Y a t-y quelqu’un qui court après toi?…

La "course au drapeau" passe devant chez moi, à la Saint-Jean-Baptiste de 1988...

La « course au drapeau » passe devant chez moi, à la Saint-Jean-Baptiste de 1988…

Je suis présentement – et pour un certain temps – ce qu’il est convenu d’appeler « une personne à mobilité réduite ». Heureusement, quand il fait beau, je déambule sur mon balcon avec une marchette. Quelle idée de génie avons-nous eue de rallonger la galerie en avant de la maison! C’est mon avenue, mon boulevard, mon agora, ma terrasse… je m’y assois quand le genou rafistolé commence à rouspéter, et je contemple mon merveilleux décor, généralement animé de la circulation inlassable des autos, motos et autres véhicules. C’est qu’il en passe, du monde! Parmi ce flot ininterrompu défilent les cyclistes, joggeurs, marcheurs, avec ou sans chien, avec aussi parfois une poussette dans laquelle un bébé stoïque s’initie sans le savoir à la science du « conditionnement physique ».

Un essai à la balle molle, été 1962.

Un essai à la balle molle, été 1962.

Dans ma jeunesse, comme tous les enfants, nous courions pour jouer. Jouer à la balle, aux « quatre-coins », au badminton. Au couvent, les religieuses tenaient à ce qu’on coure pendant la récréation afin de nous dégourdir les jambes, ce qui devait nous rendre plus réceptives ensuite pour suivre les cours : « Mens sana in corpore sano », comme le disait je ne sais plus qui (une âme saine dans un corps sain). En grandissant par contre, les cours de bienséance nous enseignaient qu’une « demoiselle » ne se garrochait pas, la jupe au vent, toute échevelée, à propos de rien. Voir si ça avait de l’allure! On courait si on était en retard, si on se faisait prendre par la pluie ou autre bonne raison du même genre. Sinon on marchait posément, à pas mesurés.

Les promenades à pied étaient considérées comme un loisir. L’hiver, on faisait des « marches de santé », ça coûtait moins cher que les skis et les patins et c’était très sain. En été, je n’irais pas jusqu’à dire que nos sorties en groupe le long des trottoirs et des rues du village, surtout le soir, étaient motivées par la santé. C’était surtout un de nos plaisirs de vacances favoris. On allait ainsi se restaurer à l’une ou l’autre roulotte « à patates frites », soit au Garage des Autobus Gauthier ou près du Garage Audet. Pour .25 cents, on avait une frite et un coke. Évidemment, nos petites marches nous menaient souvent au terrain de l’O.T.J. pour les parties de balle molle en été et de ballon-balai en hiver. On riait de tout et de rien, on chantait, on se bousculait même un peu… surtout si on avait la chance d’avoir des spectateurs. Ces promenades étaient un de nos amusements préférés. Les vacances ne coûtaient pas cher.

Une course à la Saint-Jean-Baptiste de 1981.

Une course à la Saint-Jean-Baptiste de 1981.

Au temps d’hier, marcher, se promener, pédaler, tout ça faisait partie des activités normales. Courir, pour les enfants, c’était correct; il fallait bien qu’ils dépensent leur énergie. Pour les grandes personnes, ça n’était pas d’usage. Pourquoi aurait-on couru? Une grande majorité de personnes gagnaient leur vie avec un travail manuel et autant que possible, les déplacements se faisaient à pied. Quand mon petit frère Georges a commencé à courir, il s’arrêtait chez notre mère et celle-ci, en plaisantant, lui demandait : «  Pourquoi tu cours comme ça ? Y a t-y quelqu’un qui court après toi? » Il n’y avait pas encore beaucoup de joggeurs et maman trouvait cela absurde. Ce qui l’amusait aussi c’était la tenue quasi imposée – chaussures et vêtements – qu’il fallait porter pour ces courses qu’elle n’aurait jamais qualifiées de sport.

Chère maman! Il m’arrive souvent de rêver qu’elle est assise avec moi sur ma galerie… on jase de tout, de rien. Je lui parle des médailles que mes petits-enfants gagnent, pas seulement dans les matières scolaires, ce dont elle serait très fière, mais aussi pour des activités sportives. Tu vois, maman, c’est comme ça aujourd’hui, même si personne ne nous court après, on part, on court… on calcule temps et vitesse, et c’est devenu aussi important que de savoir « en quelle année a eu lieu le massacre de Lachine »!

© Madeleine Genest Bouillé, 29 juin 2015

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Construire son nid, dans les années soixante

Les années soixante! On sortait parait-il de la « grande noirceur ». On s’en allait vers de grands changements, tant du côté religieux que du côté politique et ce, pas seulement ici au Québec. Mais que nous importait le monde et ses tribulations, on se mariait! Le 24 juin 1964, qui plus est un mercredi, à 10h, sonnaient les cloches de l’église où nous avions été baptisés tous les deux quelques vingt années plus tôt. Je m’amuse à dire que nous avions choisi cette date pour être bien certains d’avoir toujours congé le jour de notre anniversaire. Ce qui n’est pas vrai du tout! Écoutant les conseils éclairés de personnes expérimentées, comme il s’en trouve toujours dans l’entourage des futurs mariés, nous avions décidé de reporter de quelques jours la date fixée depuis déjà plusieurs mois. Ceci afin de nous assurer que tous nos invités seraient forcément en vacances à la fin de juin et qu’il ne manquerait personne. Précaution superflue, qui nous a causé plus de désagréments qu’autre chose, mais passons!

IMG_20150625_0010Un autre changement très radical avait eu lieu en début d’année, alors que mon marin d’eau douce avait accepté un emploi « sur le plancher des vaches » en devenant gérant de la Caisse populaire. Notre avenir se précisait… sans crainte, nous lui faisions face avec ce qu’il nous réservait, dont surtout le fait de vivre ensemble. Car, à cette époque, le mariage marquait vraiment le début de la vie à deux, dans le quotidien, chacun assumant son rôle au meilleur de sa connaissance et se révélant avec ses petites habitudes et ses petits travers… L’amour conjugué au présent devenait l’indispensable élément de survie!

IMG_20150625_0002La belle maison victorienne où nous avons construit notre premier nid, abritait un autre logement, plus petit, et mettait aussi à la disposition des clients de la Caisse populaire le beau salon double situé à l’avant de la maison. Comme plusieurs jeunes couples de notre entourage, nous avions acheté notre mobilier chez Meubles Gaston Perron à Cap-Santé. Il y avait déjà un poêle dans l’appartement, il ne nous manquait qu’un réfrigérateur et une laveuse. Le fer à repasser, le grille-pain, les lampes d’appoint et autres éléments indispensables nous avaient été offerts généreusement en cadeaux de noces par la parenté, avec les ensembles de literie et linge de cuisine. À l’époque, un nouvel emploi ne signifiait pas nécessairement un meilleur salaire; en l’occurrence, c’était même le contraire. Nous nous sommes donc contentés d’une laveuse électrique « à tordeurs », appareil dont je connaissais le maniement puisque ma mère en possédait un semblable.

Moi et mes deux premiers fils dans notre première demeure (Noël 1967).

Moi et mes deux premiers fils dans notre première demeure (Noël 1967).

Les années soixante, je les appellerais les « années orange ». Qu’il s’agisse de la décoration intérieure, de la mode vestimentaire, tout était orange! Nous avons donc suivi le courant… le mobilier du salon de style scandinave était orange, les tentures aussi. Ce fameux style scandinave était conçu pour les grandes pièces aérées des nouveaux bungalows qui poussaient un peu partout, dans les banlieues et les campagnes. Autant les sofas à quatre places que les longs buffets se casaient difficilement dans les pièces carrées de nos vieilles demeures. C’est pourquoi, quand nous avons emménagé dans la maison où nous demeurons toujours, mon époux, devant la difficulté de placer les meubles d’une façon adéquate, n’hésita pas à scier une section du fameux sofa orange. Il reconstitua ensuite le meuble, tant bien que mal…Voilà! Il n’y paraissait que très peu, si peu!

Mais j’anticipe… Nous avons vécu sept années, dans notre premier nid. Nos trois garçons y sont nés. En 1969, la Caisse populaire a emménagé dans une bâtisse neuve, de style ultramoderne, tellement moderne, qu’on l’a remodelée au moins trois fois depuis sa construction, afin de l’adapter aux autres bâtisses de la vénérable Rue de l’église où elle est située. Deux années plus tard, notre famille déménageait ses pénates dans le « haut du village », près du fleuve, où nous avons refait le nid, en y ajoutant une petite fille. Je garde cependant de beaux souvenirs de cette première habitation, où nous avons vécu nos premières expériences, d’époux, de parents et de citoyens.

© Madeleine Genest Bouillé, 26 juin 2015

Nos saisons

Poème à l’occasion de notre 51e anniversaire de mariage, le 24 juin prochain…

Il en a coulé de l’eau sous le pont,Oldsmobile
Il en est tombé de la pluie.
Avec des orages en prime.
Pense donc : 51 étés!
Mais il y avait les promenades en chaloupe…
Les pique-niques, les feux sur la grève.
Les petits voyages pas trop loin.
Je me rappelle tous ces beaux jours.

Il en est tombé des feuilles,
Normal : 51 automnes!
Ça fait pas mal de pots de gelée de pommes
Et des confitures et des marinades.
Assez pour occuper tous les jours de la semaine.
Et les oisillons qui partaient pour l’école
Jusqu’à ce qu’un à un ils s’envolent…
Rappelle-toi les belles soirées d’automne!

Il en est tombé de la neige.Ete66chaloupe
Sur nos 51 hivers!
Il en est resté sur nos têtes
Tout ce gel bloque un peu nos « pentures ».
On se ressent de nos hivers!
Mais si on se souvient des tempêtes
On se rappelle la douceur de la neige,
Et les froides nuits de pleine lune,
Où on était deux pour se réchauffer.

51 fois quatre saisons
Ont tissé un manteau de souvenirs
Fait de toile de lin pour les étés
Et de chaude laine pour les hivers.
Un manteau qui ne s’usera jamais
Car on va continuer de le broder
Encore plusieurs saisons,
Si Dieu le veut!

© Madeleine Genest Bouillé, juin 2015

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Moi et mon époux, Jacques. Photo prise lors de notre 50e anniversaire de mariage l’an dernier (crédit photo: Myriam Bilodeau).

Les demoiselles de papier

IMG_20150609_0001S’il est un jouet – de filles – qui a traversé les époques, sans se démoder, c’est bien le cahier de découpage. Quand j’étais enfant, ma grande sœur avait plusieurs familles de poupées de papier; comme j’étais encore trop jeune pour jouer avec ces fragiles personnages, elle refusait de me les prêter. J’avais tellement hâte d’en avoir à moi! Ma sœur possède encore ses poupées de papier; sauf que maintenant, ce sont des personnages de collection, des actrices du cinéma muet, des danseuses célèbres, des princesses. Des merveilles, avec une garde-robe qui fait rêver!

Mes premières poupées à découper étaient des fillettes, qui avaient seulement quelques tenues, que je changeais selon l’histoire que je leur inventais. L’avantage avec ces jouets, c’est que s’il est agréable de jouer avec des amies, chacune faisant parler son personnage, on s’amuse aussi bien toute seule. J’ai eu ensuite une famille complète, il me semble qu’il y avait même un chien et un chat. Plus tard, j’ai enfin eu des vraies demoiselles de papier, avec des toilettes superbes. Comme j’avais vu faire ma sœur, je leur confectionnais des robes que je dessinais à partir de modèles que j’avais vus dans les catalogues chez Eaton ou chez Simpson’s. Je me souviens que j’avais eu une danseuse de ballet, dont j’ai oublié le nom; ses costumes étaient ceux du célèbre ballet Giselle. Sans connaître cette musique, je faisais danser ma ballerine en lui chantant les airs qui me passaient par la tête.

Ma première vedette de cinéma était Esther Williams, une nageuse qui aurait pu devenir athlète olympique en 1940. IMG_20150609_0003Malheureusement, les Jeux Olympiques ont été annulés à cause de la guerre. Elle est donc devenue actrice à Hollywood. Ses maillots de bain, biens que plus couvrants que ceux d’aujourd’hui, étaient très élégants avec leur garniture de paillettes. J’ai eu aussi Elizabeth Taylor, que je trouvais si jolie avec ses cheveux noirs et ses yeux violets. Quelles robes magnifiques elle possédait! À cette époque, je rêvais de faire du cinéma. Et justement, je reçus ensuite Margaret O’Brien, une fillette à peu près de mon âge et dont les cheveux bruns étaient tressés comme les miens. Si elle pouvait être comédienne… pourquoi pas moi! Mais une religieuse au couvent, à qui j’avais confié mon désir – c’était bien la dernière personne à qui j’aurais dû parler de ça! – m’avait exhortée à oublier ce projet qui allait me rendre malheureuse et m’envoyer tout droit en enfer. J’ai donc enfermé ce rêve dans un tiroir de mon imagination, sans toutefois en perdre la clé! Des années plus tard, j’ai vu des films où la jeune Margaret jouait et chantait avec Judy Garland; elle était vraiment excellente!

IMG_20150609_0002Les demoiselles de papier ont aussi agrémenté l’univers de ma fille quand elle était enfant. Elle était déjà grande quand elle reçut de sa tante collectionneuse de découpage, un cahier avec des dames élégamment vêtues de toilettes sorties tout droit du Harper’s Bazar de la fin des années 1800. Elle en prenait grand soin et les rangeait précieusement avec leurs minuscules accessoires. Mais voilà que sont nées une, puis deux, puis trois petites-filles… elles ont grandi bien vite! Les demoiselles de papier avec leurs belles robes de l’époque victorienne ont alors déménagé dans la maison des trois petites filles où elles ont été très bien accueillies! Elles ont vécu à cet endroit jusqu’à ce que, tout dernièrement, elles me reviennent. Peut-être qu’un jour, elles me raconteront leur histoire… je promets de vous en faire part!

© Madeleine Genest Bouillé, juin 2015

Savez-vous planter des choux?

Qui n’a pas appris dans son enfance cette chanson et le petit jeu qui allait avec! On plantait des choux avec les mains, avec les doigts, les pieds, le nez… et pourquoi pas, avec les genoux!

"Savez-vous planter des choux", tirée de Rondes et chansons de France, No. 8, enregistrée en 1958 par Lucienne Vernay et les Quatre Barbus.

« Savez-vous planter des choux », tirée de Rondes et chansons de France, No. 8, enregistrée en 1958 par Lucienne Vernay et les Quatre Barbus.

Nous avions tellement de plaisir à jouer à « Savez-vous planter des choux »! Avec les mains et les doigts, on n’y allait pas de main morte. Avec le nez, ça prenait une certaine souplesse. Avec les coudes, il fallait en faire, des contorsions! Et avec les genoux, on finissait à quatre pattes. Je suppose qu’on a dû beaucoup jouer à ce jeu … si on considère le nombre de personnes de mon âge ou à peu près qui doivent subir des chirurgies aux genoux. Ah! Nos pauvres genoux, comme plusieurs autres articulations, telles les hanches et les coudes, on les croyait inusables. Eh bien non! Ça s’use, nous en avons la preuve. Mais heureusement, c’est maintenant remplaçable.

Les temps ont bien changé. On devrait former un club des opérés du genou et de la hanche. Une association de personnes qui aurait pour mission d’encourager les futurs opérés et de soutenir les opérés récents. Comme signe distinctif, les membres se salueraient par une petite tape sur le genou et le chant de ralliement serait, bien entendu, « Savez-vous planter des choux »!

Tout ça pour vous annoncer qu’il y aura des « points de suspension » au grain de sel de Mado… pour cause d’opération au genou droit. Si tout va bien, comme je l’espère, et si je n’ai pas le caquet trop bas… je vous reviendrai peut-être même avant la fin de juin.

À la revoyure!

10 juin 2015

(Pour entendre la version originale de la chanson enregistrée en 1958, cliquez ici.)

Allo! Quel numéro désirez-vous?…

La maison d'Alred Petit, où était située le "Central" vers 1930.

La maison d’Alred Petit, où était situé le « Central » vers 1930.

En 1927, Jules-André Brillant, de Rimouski, était le propriétaire de la Corporation de Téléphone et de Pouvoir de Québec, qui deviendra par la suite, Québec-Téléphone, puis Telus. Même si je ne connais pas la date exacte à laquelle fut installée la première ligne téléphonique à Deschambault, quelques indications me portent à croire que le téléphone avait déjà fait son apparition au début des années 30. À cette époque, le « Central » du téléphone était installé dans la maison d’Alfred Petit, le frère de mon grand-père, car ma mère y a travaillé avant son mariage en 1932. J’ai appris depuis peu que mon grand-oncle n’était pas le premier à loger le central, cet important moyen de communication ayant été localisé quelque part ailleurs auparavant.

Le central fut relocalisé dans une partie du garage Mayrand, puis quelques années plus tard, dans la maison de Lauréat Laplante (la 3e vers la droite).

Le central fut relocalisé au garage Mayrand, puis quelques années plus tard, dans la maison de Lauréat Laplante (la 3e vers la droite).

Sur la photo de la maison d’A. Petit, l’agrandissement qui devint la Salle Saint-Laurent n’est pas encore construit. Il est plausible de penser que, suite à cette construction, le central a été déménagé pour être installé dans un logement à l’étage du Garage Mayrand. Ce logement où était situé le bureau du téléphone était alors occupé par la famille Talbot. C’est à cet endroit que Marie-Paule Laplante a commencé son métier de standardiste ou « opératrice », comme on disait plutôt à l’époque. Au début des années 40, le central déménage pour une troisième et dernière fois dans la maison de Lauréat Laplante et Aurore Thibodeau, où il finira son règne en septembre 1964, lors de l’avènement du téléphone « à cadran ».

Difficile de préciser combien de jeunes filles ont exercé le métier de téléphoniste entre 1930 et 1964. À l’époque, les opératrices quittaient leur emploi quand elles se mariaient. Du temps où le central était chez mon grand-oncle Alfred, il est probable que ses filles, Blanche et Joséphine, ont dû y travailler avant leur mariage. Du début des années 40 jusqu’en 1964, il y eut certainement une quinzaine de demoiselles surtout – et à ma connaissance deux dames – qui ont fait ce travail, soit comme permanente ou comme remplaçante.

Marie-Paule Laplante en 1945 (collection Madeleine Genest).

Marie-Paule Laplante en 1945 (collection Madeleine Genest).

À l’époque où Marie-Paule Laplante travaillait au central, il n’y avait pas de concours, ni d’entrevue, la procédure d’embauche se faisait par le bouche à oreilles, comme c’était la coutume en milieu rural. Il y avait seulement un poste de travail et l’opératrice devait se trouver une remplaçante. On ne demandait pas non plus de qualifications particulières. Un bon français, écrit et parlé, était important; une bonne élocution était un atout supplémentaire et il fallait faire preuve d’une certaine célérité.

La nuit, le central était équipé d’une sonnerie particulièrement détestable, qu’on appelait un « buzzer ». Vers 23 heures ou plus tard, l’opératrice n’avait qu’à actionner une petite manette, comme celles qui servaient pour opérer le central; ainsi elle pouvait somnoler en toute sécurité sur le divan, placé à côté du poste de travail. Aucun doute, si quelqu’un téléphonait, elle l’entendait! J’ignore de quand date l’engagement d’une deuxième téléphoniste permanente ainsi que la répartition du temps de travail, soit une semaine de jour et une de nuit en alternance, mais c’était ainsi au cours des années où j’y ai travaillé. La remplaçante était absolument nécessaire si on était malade ou si on voulait prendre un congé, surtout la semaine de nuit où l’on travaillait de 17 heures à 8 heures le lendemain. La semaine de jour, c’était l’inverse. Durant les trois dernières années au cours desquelles j’ai fait ce travail, nous avions une semaine de vacances payée par année. Pour les autres congés, nous devions payer la remplaçante à même notre salaire.

Moi et Marie-Paule devant la maison qui accueillit le central jusqu'à la fin de ce service (coll. Madeleine Genest).

Moi et Marie-Paule devant la maison qui accueillit le central jusqu’à la fin de ce service (coll. Madeleine Genest).

J’entends déjà la question : « Est-ce que vous écoutiez les conversations? » D’abord, je dois dire que nous devions vérifier fréquemment la durée des appels, pour libérer les lignes dès que les communications étaient terminées, surtout en ce qui concernait les appels interurbains, lesquels étaient facturés. Au cours de la journée et durant la soirée jusqu’à une certaine heure, nous n’avions pas vraiment le temps d’écouter les conversations… surtout que de l’une à l’autre, cela risquait de ressembler à un superbe coq-à-l’âne! Mais si par hasard ou autrement on saisissait des bribes d’échanges entre les abonnés, nous étions évidemment dans l’obligation de respecter la règle de la confidentialité. Pour ma part, quand la soirée était tranquille, j’écoutais la radio de CHRC, qui diffusait une émission appelée Blue Sky, au cours de laquelle on faisait tourner toutes les chansons à succès que j’aimais. Avec un bon roman Marabout Mademoiselle et un Coca-cola, je ne risquais pas de m’ennuyer! À ce propos, je me demande si quelqu’un se souvient de la série des Sylvie, de l’auteur René Philippe, dans la collection Marabout Mademoiselle…

J’ai débuté ce travail comme remplaçante en 1958 et je suis devenue permanente en 1960, à la suite du départ d’une des deux opératrices. Les deux dernières années, je gagnais 0.55 $ l’heure. J’ai aimé mon emploi, même si les derniers temps, le matériel étant devenu désuet. Souvent des lignes étaient défectueuses et comme il y avait de plus en plus d’abonnés, les journées étaient passablement épuisantes. J’ai quitté mon emploi le 15 mai 1964 pour une excellente raison : je me mariais le 24 juin!

© Madeleine Genest Bouillé, juin 2015

Moi au central, peu avant mon mariage... et la fin de mon travail! (coll. Madeleine Genest).

Moi au central, peu avant mon mariage… et la fin de mon travail! (coll. Madeleine Genest).

Viens chanter avec nous…

J’étais très jeune quand on a commencé à m’emmener à l’église, mais déjà ce qui m’intéressait, c’était d’entendre la chorale. Mon rêve était de faire un jour partie du chœur de chant. Mes premières expériences de chant choral, je les ai cependant vécues au couvent. Nous préparions chaque année des récitals pour Noël et la fin de l’année. Dans mes dernières années d’étudiante, je suis allée une ou deux fois chanter la messe de Minuit au couvent, avec quelques-unes de mes compagnes. J’en garde un souvenir ému. Dans la chapelle joliment décorée de fleurs et de cierges, les cantiques anciens qu’on y chantait me semblaient plus pieux. Après cette messe, nous nous rendions à l’église, où nous chantions avec la chorale les chants traditionnels de la messe de l’Aurore. Je réalisais un de mes rêves d’enfant, quel bonheur!

Le Chœur Vive la Canadienne.

Le Chœur Vive la Canadienne.

En 1963, en prévision des festivités du 250e anniversaire de notre paroisse, un chœur à quatre voix mixtes a été créé. Cette chorale portait le nom de Chœur Vive la Canadienne. Nous étions une quarantaine de choristes, de quatorze à soixante ans et plus, et pour la plupart, nous étions novices en ce domaine. Autant pour l’apprentissage musical que pour la discipline, notre directrice, Odile Naud, n’a pas eu la tâche facile. Mais nous étions tellement heureux de faire partie de la chorale; chaque répétition était une fête! Pour plusieurs d’entre nous, c’est de cette époque que date notre goût immodéré pour le chant choral.

Qui dit chorale, dit concert de Noël! Alors que l’automne en est encore à ses toutes premières couleurs et que la température a gardé une tiédeur de fin d’été, il n’y a rien que j’aime autant que de retrouver mes amis choristes et de répéter Petit Papa Noël ou Noël blanc! Parlant de chant de Noël, jamais je n’oublierai le premier Noël du Chœur Vive la Canadienne ! Dans le cadre d’une émission où on invitait des chorales à l’occasion du temps des Fêtes, nous avions été à Trois-Rivières présenter des pièces de notre répertoire au studio de télévision. Ce fut très bref! Nous avons chanté un refrain et un couplet du cantique Nouvelle agréable… le temps d’un intermède! Finalement, ce voyage de groupe fut une vraie partie de plaisir! Parmi les nombreux chants de Noël que j’ai chantés en chœur depuis ce temps, je garde une préférence pour le beau chant composé, dit-on, par saint Alphonse de Liguori, Les Cieux ravis.

Chorale du Vieux Presbytère, dirigée à l'époque par Louise Montambault (extrême droite, première rangée).

Chorale du Vieux Presbytère, dirigée à l’époque par Louise Montambault (extrême droite, première rangée).

Le Chœur Vive la Canadienne n’a pas eu la vie longue! Notre directrice, travaillant à l’extérieur, a dû nous quitter. Comme c’est souvent le cas quand un chef de chœur est compétent et très apprécié de ses choristes, on n’a trouvé personne pour la remplacer. Ce problème a marqué le déclin de toutes les chorales dont j’ai fait partie. Il s’est écoulé dix années avant que soit créée la Chorale du Vieux Presbytère. À cette époque, nous présentions chaque printemps des « Soirées chantantes », dans l’une ou l’autre municipalité de la région. Plusieurs chorales participaient à ces concerts conjoints qui réunissaient plusieurs centaines de choristes, et attiraient évidemment une nombreuse assistance. Quels magnifiques concerts furent donnés dans ces églises, qui sont comme on sait, les meilleures salles de concert qui soient.

Chœur des Retrouvailles, en spectacle à l'église en 1988, pour le 275e anniversaire de Deschambault.

Chœur des Retrouvailles, en spectacle à l’église en 1988, pour le 275e anniversaire de Deschambault.

En 1988, la paroisse allait célébrer son 275e anniversaire… Il fallait une chorale! Pour diriger le Chœur des Retrouvailles, on fit appel à un ancien choriste, Gaston Bilodeau, qui, bien que demeurant à l’extérieur, consentit à prendre en mains la nouvelle chorale. Après deux années, Gaston n’étant plus disponible, certains choristes se sont joints à la chorale de Saint-Casimir, laquelle comptait déjà dans ses rangs des personnes de plusieurs municipalités voisines. Si bien qu’en 1992, ces adeptes de chant choral formèrent le chœur La Mosaïque, qui regroupait des choristes de plusieurs endroits dans la région de Portneuf. Fait inusité, ce chœur était dirigé par trois chefs. Malgré certains inconvénients, je dirais que pour la plupart des membres de cette chorale, ce fut une belle aventure!

Chorale La Mosaïque, formée de choristes de plusieurs municipalités de la région portneuvoise.

Chorale La Mosaïque, formée de choristes de plusieurs municipalités de la région portneuvoise.

À l’automne 1995, renaissait la Chorale du Vieux Presbytère, dirigée cette fois par une ancienne accompagnatrice, Jacinthe Montambault, alors directrice de l’École de Musique du couvent de Deschambault (aujourd’hui l’École de Musique Denys Arcand). Malgré quelques éclipses, dues à la naissance des bébés de la directrice, le groupe a connu de belles saisons de chant. Toutefois, il faut bien convenir que, chez nous du moins, les chorales ont une durée de vie plutôt brève! Au cours des années 2000, une autre chorale prit la relève. La Chorale des Jeunes de Cœur, dirigée par Manon Chénard-Marcotte, était composée de personnes du troisième âge et offrait des pièces de tout genre et de toutes époques.

En 2012, le 300e anniversaire de Deschambault s’annonçait. Impossible de célébrer sans chorale! Jacinthe reprit donc les rênes d’une chorale qui allait évidemment porter le nom de Chœur d’Eschambault. Un 300e anniversaire, ça exige du panache! Le concert du 30 juin 2013 fut mémorable, autant par le choix des pièces que par leur interprétation, le tout rehaussé d’accompagnement non seulement au piano, mais aussi à la flûte traversière et au violoncelle, avec support technique pour le son et les effets de lumière. C’était féérique! Une choriste, Linda Martel, avait pour l’occasion composé une chanson, harmonisée par Jacinthe, en hommage à la paroisse tricentenaire : « Grande Dame tricentenaire, Deschambault de toi on est fiers… Belle d’autrefois, belle à jamais! » Cliquez ici pour visionner le chant.

Nous étions aussi très fiers de notre chorale, si bien que nous avons continué une deuxième année. Comme nous n’avons pas dit « adieu », j’en conclus que nous sommes présentement « en pause »…

© Madeleine Genest Bouillé, juin 2015