Ces « Jean » que je préfère…

Non, je ne vous révèlerai aucune nouvelle scandaleuse…  pas non plus de squelette dans le placard! Je veux seulement vous parler de mes auteurs préférés. La liste serait longue de ces écrivains qui meublent mes loisirs de leurs œuvres littéraires: roman, poésie, histoire, bandes dessinées, enfin de tout! Je m’en tiendrai seulement aux écrivains québécois, plusieurs noms me viennent à l’esprit; parmi les anciens, je cite Marie-Claire Daveluy (qui a bercé mon enfance avec ses personnages sortis tout droit de notre manuel d’Histoire du Canada), Adjutor Rivard, Félix-Antoine Savard, Pamphile Le May. Plus tard, j’ai lu et relu les œuvres de Germaine Guèvremont, Gabrielle Roy, Félix Leclerc et combien d’autres!

De cette liste d’écrivains talentueux, deux noms retiennent mon attention; tout d’abord celui de Jean Provencher, un historien qui selon moi rend l’Histoire aussi passionnante qu’un roman, et ça c’est un tour de force! Le deuxième, ou plutôt je dirais « ex-aequo », c’est Jean O’Neil, un journaliste aux multiples talents. Un auteur qui dans un même livre peut nous entretenir d’histoire, de géographie, de politique même, tout en glissant ici et là quelques poèmes qui parlent d’amour… le tout assaisonné d’un brin d’humour! Ces deux auteurs, chacun à sa façon, nous instruisent sur l’histoire du Québec, sa géographie, ses coutumes, ses Grands hommes et ses Grandes dames, et plus encore, ils nous font aimer ce pays qui est le nôtre!

Je vous parle tout d’abord du plus jeune, Jean Provencher. Né en 1943, un contemporain donc. La liste de ses œuvres est impressionnante!  Dans sa biographie, je lis qu’il a été le premier biographe de René Lévesque. Avec Luc Lacoursière et Denis Vaugeois, il est aussi l’auteur en 1968 du premier manuel d’histoire utilisé dans les polyvalentes. En 1996, il a participé à l’élaboration d’un nouveau programme du cours « Histoire du Québec et du Canada ».

Jean Provencher (photo: R. Boily, Le Devoir).

Seulement pour son ouvrage Les Quatre Saisons dans la vallée du Saint-Laurent, Jean Provencher a reçu en 1989 le Prix Sully-Olivier de Serres. On dit qu’il est le seul au Québec et au Canada à avoir reçu ce prix depuis Germaine Guèvremont qui s’est mérité ce prix Français en 1946 pour son roman Le Survenant. Toujours pour son livre sur les saisons du Québec, il se mérite en 1989 le Prix de l’Union des éditeurs de langue française du Québec, de France, de Belgique et de Suisse. Lors de la parution des « Quatre saisons », chacune faisait l’objet d’un livre, alors que maintenant, les quatre parties de l’œuvre sont réunies en un seul volume de 590 pages. Ce n’est pas qu’un livre, c’est un monument! Un monument à la gloire de cette Vallée du Saint-Laurent qui, à mon avis, est le plus beau pays du monde.

En 2013, j’ai eu le plaisir de recevoir en cadeau ce livre dans lequel à chaque saison, je retourne puiser quelque bribe d’histoire, qu’il s’agisse de température, d’habitation, de travaux ou de fêtes; tout est là! J’ai aussi, du même auteur, L’histoire du Vieux-Québec à travers son patrimoine, livre paru en 2007. Pour cet ouvrage, Jean Provencher a obtenu en 2009 une Mention d’honneur dans le cadre des Prix du patrimoine de Québec. C’est un autre trésor de ma bibliothèque, où il a sa place entre Les Quatre Saisons dans la vallée du Saint-Laurent et Les Gouttelettes, recueil de sonnets de Pamphile Le May, paru en 1937.  En 2011, à l’occasion des Journées de la Culture, notre bibliothèque locale a eu  le privilège de recevoir Jean Provencher, pour une conférence sur « Les saisons en 1900 ».  Avec un tel conférencier, le temps passe et on ne s’en aperçoit pas!  Cette soirée du 1er octobre 2011 demeurera selon moi, une des plus belles activités culturelles de la Biblio du Bord de l’eau!

Mon deuxième Jean est né le 16 décembre 1936, à Sherbrooke, si j’en crois les  références biographiques que j’ai trouvées sur Internet. Mon deuxième favori a donc l’âge vénérable de 81 ans et demi! J’ai aussi appris qu’il vit depuis plusieurs années à Paris. Il a commencé sa carrière comme journaliste  en 1958.  À compter des années 60, il a aussi été agent d’information au ministère des Affaires Culturelles, des Affaires Intergouvernementales, de l’Éducation, de la Santé et des Services sociaux ainsi qu’à l’Office de la langue française. Si je comprends bien, on se l’arrachait! Malgré ses commentaires pour le moins, acérés, surtout quand il est question de politique, Jean O’Neil a un style unique, agrémenté d’une bonne dose d’humour et parsemé de poésie.  Ai-je besoin d’ajouter que c’est justement le genre d’écriture qui m’accroche? Les livres de Jean O’Neil sont des livres qu’on relit, et pas rien qu’une fois! J’en ai quatre et je les ai lus plusieurs fois chacun: Le Fleuve, sûrement mon gros coup de cœur, Le Roman de Renart, une fable que M. de La Fontaine n’aurait pas reniée, Les Montérégiennes et Mon beau Far-Wes»… mais ma collection ne s’arrêtera pas là, je vous l’assure!

Faites comme moi, profitez des grosses chaleurs pour lire… ce n’est pas fatigant et c’est le plus beau passe-temps qui soit!

© Madeleine Genest Bouillé, 5 juillet 2018

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Histoire de Héro… ou d’Héroïne

J’aime beaucoup le thème choisi pour la Fête nationale de cette année : « Histoire de Héro ». Moi, j’ai ajouté « Héroïne », parce que, justement, j’avais envie de parler de l’héroïne de mes jeunes années. Je ne me souviens pas de l’âge que j’avais, mais c’était certainement la première année où nous avions un cours d’Histoire du Canada – on ne parlait pas d’histoire du Québec à l’époque, en fait, nous étions des « Canadiens-Français », vivant en Nouvelle-France. Vous comprendrez que je viens de reculer d’une bonne soixantaine d’années!

Donc, nous avions commencé à apprendre l’histoire de notre pays, celui qui s’étend « d’un océan à l’autre », quoique, dans les premières années, on s’attardait surtout à cette partie nommée « Nouvelle France ». On apprenait tout d’abord les noms des découvreurs, de Jacques Cartier à Paul Chomedey de Maisonneuve. On s’attardait plus longuement sur Samuel de Champlain, le fondateur de Québec, dont j’admirais le portrait dans le manuel d’histoire, quoique, je lui préférais le comte de Frontenac, qui m’avait vraiment accrochée avec sa réponse aux Anglais : « Dites à votre maître que je lui répondrai par la bouche de mes canons ». J’admirais déjà les belles répliques! Par la suite, arrivaient les missionnaires, prêtres et religieuses, dont on nous parlait longuement. Beaucoup de pères, Récollets et Jésuites et, enfin, des femmes :  Marguerite Bourgeois, Jeanne Mance, Mère Marie de l’Incarnation et, ma préférée, une toute jeune fille, comme le dit une chanson du répertoire de La Bonne Chanson Madeleine, Madelon : « S’appelait la Madeleine, de son petit nom – Jeune, quatorze ans à peine, la petite Canadienne… »

L’Histoire raconte que le matin du 22 octobre1692, alors que le Sieur de Verchères était à Québec et son épouse Marie Perrot, à Montréal, leur fille Marie-Madeleine, âgée de quatorze ans, travaillait aux champs quand une troupe d’Iroquois jaillit du bois et se saisirent des quelques vingt personnes qui travaillaient hors du fort. Madeleine, ne faisant ni une, ni deux, se glissa dans le fort et donna l’alerte. Avec ses frères, elle employa une ruse pour faire croire à l’ennemi que le fort était bien gardé, en tirant des coups de fusils de différents endroits de l’enceinte. On ajoute que Madeleine réussit à tenir le fort jusqu’à l’arrivée des renforts de Montréal, au bout de huit jours. Des sceptiques soutiennent que l’héroïne, elle-même, a embelli son épopée, en se rajeunissant de quelques années et que le siège a duré moins longtemps… Que nous importe! L’exploit est véridique et c’est l’essentiel.

J’avais alors peut-être dix ans, guère plus lors de ce cours d’Histoire du Canada et ce récit est demeurée pour moi aussi merveilleux sinon plus que les contes de fées et de sorcières qu’on me racontait dans ma petite enfance. Madeleine était et resterait à jamais, mon héroïne préférée! De plus, en feuilletant les cahiers de La Bonne Chanson, que je lisais comme des livres d’histoire, je suis tombée sur une autre chanson Madeleine de Verchères. Près du titre écrit en grosses lettres, on voit Madeleine, la tête fièrement levée, armée de son fusil. Les paroles, grandiloquentes, embellissent l’histoire autant qu’il est possible de le faire.  Je vous en cite le premier et le dernier couplet :

« S’il est un nom dont la mémoire est chère… c’est l’immortel, le beau nom de Verchères, la terreur des Indiens! Il est porté par une jeune fille au cœur vaillant et fort, qui pour sauver son pays, sa famille, osa braver la mort!

« Ton souvenir, Madelon de Verchères, ne nous a pas quittés. S’il le fallait, pour défendre sa race, sa langue et sa foi. Sans hésiter, la Canadienne suivrait ta trace et vaincrait comme toi! » Que de belles et nobles paroles!

Plus tard, en 1706, Marie-Madeleine épousa Pierre-Thomas Tarieu de la Naudière, sieur de la Pérade. L’Histoire ajoute que Madeleine a eu l’occasion de sauver la vie de son mari à deux reprises lors d’attaques des Iroquois. On est une héroïne ou bien on l’est pas!

Les gens qui choisissent un thème pour la Fête Nationale, ne font pas ce choix au hasard. Nous n’avons pas vraiment besoin de fouiller dans les livres d’Histoire pour nommer nos héros.  Regardons autour de nous, il y a des héros et des héroïnes de tous âges et de toute condition. Qu’il s’agisse de jeunes écoliers ou encore de personnes d’un certain âge sinon d’un âge certain, tous les jours nous avons la chance de découvrir des héros dans notre entourage. Des gens qui se dépassent et qui se surpassent pour venir en aide aux plus mal pris que soi, des gens qui dénoncent l’injustice, la maltraitance ou le saccage de notre environnement… ou tout simplement des gens qui nous aide à découvrir et à mettre en valeur ce qu’il y a de beau et de bon autour de nous. Le 24 juin fêtons nos Héroïnes et nos Héros et disons-leur « Merci »!

© Madeleine Genest Bouillé, 22 juin 2018

Ces pauvres iris!

On est en juin; malgré la température plutôt fraîche – du moins jusqu’à aujourd’hui – mes iris ont commencé à fleurir. J’aime beaucoup ces fleurs, surtout que nous en avons  beaucoup.  Tellement, qu’à chaque année à l’automne, mon mari en enlève, les replante ailleurs ou il en donne à qui en veut, quand il ne sait plus où les mettre!

Voilà qu’avec la nouvelle lune, nous arrivent des jours moroses, accompagnée de vents violents, Dame Nature est de plus en plus portée sur les débordements.  Ça fait partie des changements climatiques… on ne peut plus se le cacher! Quoi qu’il en soit, on doit se compter chanceux, nous n’avons quand même pas d’inondations, de cyclones, de tornades ou de tremblements de terre dévastateurs.

Mais les pauvres iris! Dès que le vent les secoue un peu fort, qu’importe le côté d’où il vient, mes iris se couchent… et ne se relèvent plus! La tige est pliée, il n’y a rien à faire. Il ne nous reste plus qu’à couper les malheureuses fleurs qui n’ont pas su rester debout. Parfois, elles ne sont même pas encore en pleine floraison, c’est dommage. Chaque fois, ça me désole!

Ce phénomène m’a inspirée une réflexion que je vous livre. Quand il arrive un coup dur, n’est-ce pas qu’il serait tentant de se coucher et de ne plus se relever? Ne plus lutter, ne plus souffrir, avoir la sainte paix!  Quand on n’offre plus de résistance, que peut-il arriver de pire que de rester à terre? Certains le font… c’est aussi ce que font les iris. Au premier gros vent qui les assaille, ils cèdent. Remarquez, je me disais aussi que si Jésus était resté à terre à sa première chute, peut-être qu’on l’aurait laissé tranquille, mais non, il s’est relevé, trois fois, alors on s’est acharné sur lui, et on a fini par le crucifier. Oui je sais bien, il était écrit qu’il fallait que ça se passe ainsi. Il fallait qu’il se relève, pour continuer son chemin vers le Calvaire. Il devait aussi se relever pour nous enseigner à faire de même…

La saison des iris passe très vite… c’est sûrement mieux ainsi. La tentation de tout laisser tomber quand ça va mal, il ne faut pas que ça dure. C’est normal, c’est humain et comme le disait Charles Péguy : « Seigneur, vous nous avez pétri de cette terre, ne vous étonnez pas de nous trouver terreux! »

© Madeleine Genest Bouillé, juin 2009

L’école avant les polyvalentes et les cégeps

Je reviens souvent sur le temps où j’étais étudiante. Mais je me rends compte, comme ça en passant, qu’il y a maintenant plus de cinquante ans que la centralisation des écoles a bouleversé les villages en y introduisant des autobus scolaires, et en y construisant les écoles les plus affreuses de tous les temps! Il y a aussi 50 ans et plus que les polyvalentes et les cégeps ont été créés. Le temps passe… et les polyvalentes ont eu le temps de devenir des écoles secondaires et les premiers diplômés des cégeps sont maintenant à la retraite!

Je comprends pourquoi, quand je parle du temps de mes études au Couvent de Deschambault, j’ai l’air de sortir d’un autre siècle. Je sors effectivement d’un autre siècle! Alors, une fois pour toutes, je vous raconte ce qu’était l’école au temps du « Département de l’Instruction publique de la province de Québec ».

Comme j’en ai souvent fait mention, j’ai fait mes études au Couvent des Sœurs de la Charité de Québec à Deschambault, de la 3e à la 11e année.  J’avais tout d’abord fait une année dans une classe privée, où l’on nous donnait des rudiments de lecture, écriture et arithmétique, sans oublier le catéchisme, ce qui nous permettait de faire notre Petite Communion. Pour la dixième, ou vingtième fois, je le redis : moi, j’avais surtout hâte de pouvoir lire les bandes dessinées dans le journal, surtout « Philomène ». Cette première année a eu pour résultat qu’on m’a classée en 3e année dès mon arrivée au couvent à l’âge de 6 ans. La bonne Mère Sainte-Flavie était ébahie de mon habileté pour la lecture… Si elle avait eu l’idée de tester mes aptitudes pour les chiffres, j’aurais plutôt été placée en 2e année.

Classe de Mère Sainte-Flavie au couvent en 1961.

Pour faire le compte de mon niveau d’instruction, je dois ajouter mes trois mois à l’école Normale de Pont-Rouge. J’ai heureusement été malade, ce qui m’a obligée à faire une pause et m’a aussi donné l’opportunité de réfléchir au fait que la profession d’institutrice, comme on disait dans le temps, n’avait pour moi aucun attrait. Il faut dire qu’à la fin de ma 11e année, je n’avais que 15 ans. La plupart de mes amies s’en allaient étudier à l’école Normale, alors, pourquoi pas moi?  Comme je l’ai déjà mentionné, nous n’avions pas beaucoup d’options. Je rêvais d’être actrice, mais on m’avait prévenue que je devais oublier cette lubie.

Parlons plutôt des établissements scolaires à Deschambault. En plus du Couvent et de l’école du village, il y avait si je me rappelle bien, quatre ou cinq écoles de rang, (je ne me souviens pas s’il y avait une école au 3e Rang). Dans ces écoles, les institutrices donnaient les cours de la 1ère à la 6e ou 7e année. À l’école du village, il y avait deux classes, celle qui regroupait les filles et les garçons de la 1ère à la 6e année et la classe des garçons où l’instituteur donnait les cours jusqu’en 10e année.

Le Couvent était d’abord un pensionnat où on retrouvait des jeunes de toutes les régions du Québec. On y accueillait les filles de la 1ère à la 12e année et les garçons jusqu’à la 6e année. Quatre classes se partageaient les élèves pensionnaires et externes. Au 3e étage, la classe de Mère Sainte-Flavie regroupait les 1ère, 2e et 3e années. Il y avait aussi la classe des 4e et 5e et celle des 6e et 7e années. Au 2e étage, la classe qu’on appelait pompeusement l’Académie, recevait les filles de la 8e à la 12 année jusqu’en 1958, alors qu’on a supprimé la 12e. Cette classe était située derrière la chapelle.

Les finissantes de 11e année avaient accès aux études supérieures, soit à l’école Normale, l’école Ménagère ou à l’Université, quoiqu’à mon époque, la proportion de filles qui se rendaient aux études universitaires était plutôt minime. Les études coûtaient cher, les familles étaient nombreuses et il faut bien avouer que beaucoup de filles comptaient travailler « en attendant » soit le Prince charmant ou l’appel de la vocation religieuse! Je vous rappelle que j’ai terminé mes études en 1957… Heureusement pour moi, quelques mois après mon court séjour à l’École Normale, on avait besoin d’une remplaçante au Central du téléphone. C’est devenu mon métier et après quelques mois, un poste se libérait et j’y ai travaillé jusqu’à mon mariage en juin 1964, alors que le « téléphone à cadran » faisait son entrée à Deschambault en septembre de cette même année.  Heureuse coïncidence!

L’ancien couvent de Deschambault, en cours de restauration (photo: P. Bouillé, mai 2018).

© Madeleine Genest Bouillé, 19 mai 2018

Des mots…

Ah! les mots! J’aime les mots, depuis toujours je crois. Très importants sont les souvenirs que certains  mots évoquent. Par contre, il y a des mots que je n’aime vraiment pas. Par exemple, le mot « néanmoins », à mon oreille ça fait « nez en moins », donc je ne l’utilise jamais, je vais plutôt écrire « cependant ». Écrire, c’est aussi jouer avec les mots!

Un beau lundi soir, je regardais l’émission « Les Chefs ». Le plat principal que les concurrents avaient à exécuter ce soir-là, était une blanquette de veau. Si je me souviens bien, ma mère en faisait parfois. Je n’ai aucune idée de ce qu’elle y mettait, mais je me rappelle que c’était bon. Je sais surtout que j’aimais ce mot « Blanquette ».  Forcément, il y avait des morceaux de viande blanche,  il devait aussi y avoir des légumes;  les mêmes qu’on utilisait dans presque tous les mets. Dans ma jeunesse, les champignons, brocolis et choux de Bruxelles, entre autres, n’avaient pas encore fait leur entrée dans la cuisine québécoise. Les carottes, les navets, et les petits pois devaient donc faire leur possible pour mettre de la couleur dans nos plats.

Comme je n’aime pas parler (ou écrire) au travers de mon chapeau, j’ai fouillé dans La Cuisine Raisonnée, édition 1963; ce livre précieux, je l’avais reçu en cadeau de ma belle-mère qui l’offrait à chacune de ses brus en cadeau de fiançailles. À la page 168, j’y trouve donc la recette de la « Blanquette de veau ».  On prenait un rôti de veau de 2 à 3 lb coupé en morceaux et saupoudré de farine. On y ajoutait de l’oignon haché, du sel, du poivre, des fines herbes et de l’eau chaude et on laissait mijoter. Dans ce bouquin, les recettes étaient écrites avec un certain souci de rédaction. Ainsi, on lit : « Lorsque la viande est cuite, la disposer avec goût sur un plat ». On ne voit plus  de telles indications dans les recettes modernes. On devait cuire la sauce doucement jusqu’à ce qu’elle  ait la consistance désirée pour ensuite, la passer au tamis, afin qu’elle en sorte veloutée et surtout sans grumeaux! Parlant de grumeaux (un mot que je n’aime pas), ça me fait penser à la béchamel de Mère Saint-Fortunat, durant le cours de cuisine au couvent. Un autre mot magique « Béchamel »! Pourtant juste une sauce blanche, lisse et crémeuse, mais dans la cuisine du couvent, ce mot si doux, Béchamel, ça prenait un tout autre sens, c’était du grand art!

Alors que je repense à mes années de couventine, d’autres mots me reviennent à l’esprit, comme  le « Réfectoire » et le « Dortoir ». Prendre un repas  dans un « réfectoire », ça me paraissait solennel! Rien de comparable aux repas que nous prenions chez-nous, autour de la table de la cuisine, cette même table où après le souper, on faisait nos devoirs, et où ensuite on jouait aux cartes ou on dessinait…Un « réfectoire », c’était  une grande salle à manger, dès lors, c’était très différent. Forcément, on y mangeait en silence, et sûrement pas la même chose que chez nous! Quant au « dortoir », je trouvais ce mot austère. On ne pouvait pas y faire les mêmes rêves que dans une chambre à coucher ordinaire. On ne visitait jamais les dortoirs du couvent, on s’imaginait  vaguement ces espaces  où  étaient disposées des rangées de lits tous  pareils. Vraiment, je  n’enviais pas les pensionnaires  qui devaient s’habiller et se déshabiller toutes dans la même grande pièce. Définitivement, je préférais la petite chambre en haut chez nous dans notre vieille maison, et le lit où je dormais avec ma grande sœur, qui repoussait résolument mes pieds toujours gelés en hiver. La chambre était pourtant située au-dessus de la cuisine et la chaleur montait d’une petite grille où je pouvais de plus, écouter les conversations des  « grands » avant de m’endormir, ma sœur se couchant beaucoup plus tard.

Ah! les conversations des « grands »! Ce qu’ils pouvaient s’en dire des mots inconnus!  Par exemple, un soir où je ne dormais pas encore, j’entendis maman demander à Jacques, s’il avait fini ses devoirs; celui-ci répondit d’une voix excédée : « Non, j’ai encore mon devoir d’algèbre ». « Algèbre »?… j’ignorais ce que c’était, est-ce que ça pouvait avoir un rapport avec l’Algérie, qui, je le savais, était un pays?  Plus tard, j’ai appris ce qu’était l’algèbre, j’ai aussi compris  pourquoi  mon frère  n’avait pas envie de faire ce devoir;  il aurait certainement préféré aller s’amuser avec le cousin Michel!

Papa (avec sa gabardine) et Maman en 1942 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Un autre mot que j’ai mis beaucoup de temps à comprendre, après l’avoir entendu au travers de la grille, c’est « Gabardine ». Mon père finissait son congé et devait repartir tôt le lendemain; il conversait à voix basse avec maman quand celle-ci lui dit  « Vas-tu emporter ta gabardine ? ». N’ayant pas compris la réponse, j’ai donc essayé de me faire une idée de cette chose qui ressemblait vaguement à « galantine », un mets en gelée que j’aimais bien.  Mais ça ne marchait pas du tout, papa n’apportait pas de nourriture quand il s’en allait à Montréal pour travailler. Plus tard, j’ai su qu’il s’agissait du manteau imperméable, dont mon père, en homme soigné, prenait grand soin, comme il le faisait pour tous ses vêtements d’ailleurs.

Ah! les mots!  Je suis partie d’une « Blanquette », pour me rappeler la « Gabardine » de mon père, sans oublier la « Béchamel » de Mère Saint-Fortunat, en passant par le « Réfectoire » et le « Dortoir » du couvent, le tout assaisonné de problèmes « d’Algèbre ». La morale de cette histoire? Je dirais que c’est avec des mots qu’on fait des histoires!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 mai 2018

« Au printemps… p’tites feuilles! »

Quand ma fille était petite, je regardais « Passe-Partout » chaque jour avec elle. Pour dire vrai, c’est moi qui aimait le plus cette émission! J’apprenais les chansons, je riais des blagues de Passe-Montagne, et comme bien des mères, mon préféré était évidemment Fardoche! J’aimais particulièrement la comptine :

Au printemps, p’tites feuilles
En été grandes feuilles
En automne, plein de feuilles
En hiver, pus de feuilles!

Et malgré la température un peu froide, on est enfin dans ce bout de printemps que j’adore : celui des « p’tites feuilles ». Les crocus sont passés, on a encore quelques jacinthes, quoique, dimanche dernier, mon petit Pierrot m’a demandé la permission de cueillir trois fleurs pour sa maman, deux jacinthes, une bleue et une blanche, et une petite tulipe en deux couleurs. Je ne pouvais quand même pas lui dire non! Surtout que c’était la fête des Mères. Quand j’étais jeune, autant à la maison qu’au couvent, on nous disait qu’un sacrifice était toujours récompensé; tenez, ce matin, une tulipe jaune est éclose! Et les autres sont sur le point de faire la même chose; comme on dit parfois, l’exemple entraîne!

Ce n’est pas la première fois que je le dis et que je l’écris : nous voici enfin rendus à ma saison préférée! J’aime tous les signes de renouveau, l’herbe tendre, les plantes vivaces qui se montrent le bout du nez, même les pissenlits, et surtout les myosotis qui poussent un peu partout. Vous connaissez leur nom en anglais? Ces petites fleurs bleues s’appellent « Forget-me-not »; n’est-ce pas charmant! Les feuilles de muguet sortent timidement de terre; je n’en ai pas beaucoup, ces fleurs dont j’aime tellement le parfum poussent bien humblement le long du solage de la maison, du côté ouest. Et bientôt ce sera le tour des lilas; comme le dit la chanson : « Quand les lilas refleuriront, au vent, les capuchons de laine… nos robes rouges, nous mettrons, quand les lilas refleuriront… Sur le tapis vert de la plaine, nous reviendrons danser en rond… Quand les lilas refleuriront, allez dire au printemps qu’il vienne! » Au temps des lilas, quel que soit notre âge, il nous arrive tout à coup une bouffée de nos 20 ans qui surgit soit un beau matin, quand on met le nez dehors, ou bien à la tombée du jour, à l’heure où les fleurs embaument si généreusement et où les grenouilles nous régalent de leur sérénade!

Célébrer l’arrivée du printemps, c’est aussi descendre sur la grève, en face de chez nous pour aller écouter la chanson des vagues, à la marée montante. Avec un peu de chance, il peut y avoir un rassemblement d’oies blanches, alors je me tiens sagement sur le balcon du chalet pour ne pas les effaroucher, quoique j’ai plutôt l’impression qu’elles se fichent pas mal de ma présence. Parfois un ou deux bateaux passent et font de belles vagues qui ne dérangent nullement les oies, lesquelles continuent leur bavardage. Après les grosses marées des dernières semaines, la grève est toute propre comme si on avait passé l’aspirateur! Non, mais que peut-il y avoir de plus beau que ce petit coin de pays, qui est le nôtre! Bien sûr, il y a la route devant ma porte, la 138. Il en passe des autos, des motos, et il va en passer encore plus dans quelques mois. On s’habitue! Et on profite des bons moments, soit tôt le matin ou tard le soir quand tout redevient calme…Voici qu’une autre chanson me vient à la mémoire : « Comme le dit un vieil adage, rien n’est si beau que son pays. Et de le chanter, c’est l’usage, le mien je chante à mes amis. »

Ai-je besoin de dire que mon souhait le plus cher est de finir mes jours chez moi? En ce sens, je rêve du jour où on mettra sur pied des services à domicile permettant aux personnes âgées relativement en bonne santé de demeurer dans leur foyer le plus longtemps possible! Je suis persuadée qu’on vieillit moins vite, quand on vieillit chez nous!

© Madeleine Genest Bouillé, 15 mai 2018

La fête des Mères et la Bonne Chanson

Beaucoup de belles chansons honorent les mères… Entre autres, dans les cahiers de La Bonne Chanson, deux mélodies ont retenu mon attention. La première qui a pour titre, simplement Maman, exprime bien l’essence de ce mot, un des premiers que l’on prononce. Autant pour « l’enfant au réveil » que rassure la voix maternelle disant: « Ne crains rien, je suis là » que pour le grand enfant aux prises avec « les ronces du chemin »; « En nos cœurs tout est las, quand la voix n’est plus là, pour dire : Ne pleure pas! » Les personnes de ma génération qui ont grandi avec les cahiers de l’abbé Gadbois, pourraient reprendre avec moi le beau refrain : « Dans la vie, le premier cri, c’est maman; le doux nid, le cher abri, c’est maman! C’est le seul amour qui jamais ne se lasse, et qu’au fond du cœur, jamais rien ne remplace. Dans la vie, qui nous sourit, c’est maman; nous console et nous guérit, c’est maman. Dans le bonheur ou la tristesse, le mot charmant qu’avec tendresse, on murmure doucement, c’est Maman! »

Les roses blanches

La deuxième chanson, Les roses blanches, c’est une belle histoire triste qui date de 1925. À cette époque, les chansons sentimentales étaient très en vogue. C’est l’histoire d’un petit gamin de Paris qui, chaque dimanche, apporte des roses blanches pour sa maman, malade, qui est sa seule famille, en lui disant: « C’est aujourd’hui dimanche, tiens, ma jolie maman, voici des roses blanches, que ton cœur aime tant. Va, quand je serai grand, j’achèterai au marchand, toutes ses roses blanches, pour toi, jolie maman. » Trois couplets décrivent l’histoire tragique de ce petit garçon, dont la mère est de plus en plus malade. Un dimanche, l’enfant se rend à l’hôpital, avec une brassée de roses blanches; à son arrivée on lui dit : « Tu n’as plus de maman »… elle est morte! Le dernier refrain nous arrache les larmes : « C’est aujourd’hui dimanche, tiens, ma jolie maman. Voici des roses blanches, toi qui les aimais tant! Et quand tu t’en iras, au grand jardin là-bas, ces belles roses blanches, tu les emporteras. »

Moi et mes trois garçons, en 1973 (©coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Plusieurs autres belles chansons ont été créées pour les mères, dont Maman, c’est toi, la plus belle du monde, qui était chantée par Luis Mariano, et Toutes les mères du monde sont belles, interprétée par Tino Rossi. Quand j’entends ces mélodies, je pense à ma mère, Jeanne, qui n’a pas choisi d’avoir dix enfants en moins de quinze ans… mais qui a accepté chacun et chacune avec tout l’amour dont elle était capable. Je pense aussi à ma grand-mère paternelle, Alvine, qui est décédée à trente-neuf ans, après seulement dix ans de mariage; elle était mère de six petits garçons, qui ont été éparpillés un peu partout étant donné que leur père est décédé quatre ans après son épouse. Ces femmes n’ont certes pas choisi leur destin. Elles s’étaient mariées par amour, sûrement, et elles faisaient confiance à la vie… Quand on parle des femmes de cette époque-là, on dit souvent qu’elles étaient des saintes.

Non, les mères n’étaient pas des saintes. Je préfère dire que ces femmes étaient des êtres de devoir, un devoir qui était surtout fait d’amour. Tout d’abord, jusqu’au milieu du XXe siècle en général, les femmes ne choisissaient pas d’être mère; elles acceptaient les enfants qui leur arrivaient, sans même avoir la possibilité de les espacer. La seule façon sûre de « s’en sauver » était d’entrer au couvent ou de demeurer célibataire. La maternité était partie prenante du mariage. D’une époque à l’autre, les femmes en sont venues à enfanter par choix; un choix qui se fait avec le conjoint, dans le meilleur des mondes.  Mais on sait aussi que « le meilleur des mondes » n’est pas le lot de toutes les mères. On en voit des exemples chaque jour sur les journaux et les réseaux sociaux. Quoi qu’il en soit, la maternité ne fait pas de nous des saintes. Autrefois, on disait que la maternité était une vocation, tout comme la vie religieuse, et certains métiers, entre autres, les métiers reliés à l’éducation ou à la santé. Par contre, une affirmation qui n’aurait pas été acceptée dans le temps, c’est que les femmes n’ont pas toutes la vocation de la maternité. À l’époque où nous vivons, le mot vocation étant beaucoup moins employé, je crois qu’il faut d’abord l’expliquer. Mon gros Petit Larousse dit que « vocation » : de vocare, appeler, est une aptitude pour un genre de vie. Je dirais donc que la vocation, c’est un appel vers un choix de vie, une façon de se réaliser, ainsi, en est-il du domaine artistique, ou des sciences.  Alors en ce sens, oui, être mère est une vocation…  une des plus belles!

Avec mon petit fils Pierre.

© Madeleine Genest Bouillé, 12 mai 2018

En écoutant les outardes…

Quand on sort d’un rhume de printemps, pendant un bout de temps, on n’est pas « d’équerre ». Oui, je sais, c’est pas la bonne expression, mais bonne ou mauvaise, je l’utilise, car c’est ce qui me convient le mieux actuellement. « Je suis pas d’équerre », par là je veux dire, que je suis toute croche. Pas en forme, je me fatigue vite, j’ai pas de goût pour grand-chose, alors évidemment, pour reprendre une autre expression de par chez nous, « Je suis à pic! » Ce qui s’explique peut-être par ceci : cet hiver trop long m’a maganée, et pas rien qu’un peu! Voilà, c’est dit et on peut passer à autre chose!

Au moins, la neige est pas mal toute fondue, tant sur le bord du chemin que dans l’escalier qui descend au chalet en face de chez nous. Ce chalet qui a été rénové à plusieurs reprises a une longue histoire. Ce fut tout d’abord, selon les personnes qui m’ont renseignée, soit un poulailler; un hangar ou une cabane à patates frites! Vous avez le choix. Il y a de ça entre 60, 70 ans, M. Henry Bouillé, un pilote qui demeurait au village, avait acquis cette construction pour en faire un chalet. À l’époque, l’intérieur était, m’a-t-on dit, revêtu de « Donnacona Board », matériau qui était alors très à la mode. Je me souviens de M. Henry Bouillé, son allure débonnaire, son petit sourire moqueur; il n’avait jamais l’air pressé. Je me rappelle un peu moins son épouse, une dame distinguée qui, comme toutes les femmes mariées de ce temps-là, portait le nom de son mari. On connaissait donc Madame Henry Bouillé… et beaucoup moins Olivine! À la fin de sa vie, devenue veuve, elle est allée demeurer au couvent de Deschambault, après avoir été longtemps une des bienfaitrices de cette institution qui n’a pas toujours roulé sur l’or.

Olivine et Henry avait deux filles, Simone, mariée à M. Antoine Roy, un agronome, et Colette, mariée, tout comme sa mère, à un pilote, M. Horace Arcand. Simone a eu deux enfants,  un fils et une fille, et Colette, en a eu quatre, trois fils et une fille. Le chalet était un lieu de rassemblement pour toute la famille, et on s’imagine sans peine les joyeuses rencontres entre cousins, cousines et amis par les beaux jours d’été! Jean-Paul Roy, fils de Simone, fut le dernier propriétaire issu de la famille de M. Henry Bouillé. Après être passé entre plusieurs mains, le chalet est finalement revenu à un Bouillé; lointain cousin d’Henry, le propriétaire actuel est aussi un descendant de ce Jean Bouillé arrivé à Deschambault aux environs de 1763.

Je disais donc que cet après-midi,  je suis descendue au chalet pour la première fois cette année. Enfin, je me retrouvais près du fleuve pour assister au spectacle des outardes qui jacassent groupées sur la grève, où elles tiennent de longues discussions. Tout à coup, une dizaine d’entre elles se sont envolées vers l’ouest, tandis que quelques-unes    s’obstinaient pour enfin se décider à partir vers l’est. Curieusement, un groupe de « placoteuses », se tenaient un peu plus haut que les ilets, certaines tournant le dos aux autres, tandis que trois ou quatre se détachaient complètement du groupe. J’ai supposé que ces dames fomentaient peut-être une révolution, qui sait? Pour ne pas les déranger, je suis remontée vers la maison. De retour sur ma galerie, j’ai jeté un coup d’œil vers mes voyageuses. Je voyais maintenant quatre groupes d’outardes; les deux plus nombreux se laissaient descendre au gré de la marée, en bavardant comme de raison. Un troisième groupe remontait vers le large, sans se préoccuper des autres. Celles-là avaient l’air décidé des gens qui savent où ils vont. Les quelques commères qui restaient s’en allaient à contre-courant, nageant assez près du bord; j’ai eu l’impression que leurs discussions étaient loin d’être terminées!

Et savez-vous quoi?  J’ai trouvé que ça ressemblait aux partis politiques qui ont déjà commencé leur voyage vers les élections qui seront tenues en octobre. Comme les outardes, certains politiciens se laissent porter par la marée… c’est moins fatigant! D’autres travaillent fort pour remonter le courant, quitte à être essoufflés avant le temps, tandis que certains passent un temps fou à discuter, se contredire, se reprendre, virer de bord et recommencer. Un seul groupe sera vainqueur… et les autres? Vous savez aussi bien que moi, qu’en octobre, c’est le temps de la chasse! Malheureusement, plusieurs oiseaux n’y survivront pas! Ainsi en sera-t-il de nos politiciennes et politiciens…

En écoutant les outardes… je suis passée de la fatigue de fin d’hiver, à l’histoire du chalet, pour terminer avec les prochaines élections! Et mon humeur va déjà beaucoup mieux.  Portez-vous bien, on s’en va vers le vrai printemps!

© Madeleine Genest Bouillé, 25 avril 2018

L’année sans été

Pourquoi pas une petite histoire de peur?

Quand vous lirez ceci, nous serons sans doute revenus à des températures normales de saison. Mais avouez que la première quinzaine d’avril a été vraiment désolante! On cherchait vainement des signes de printemps; il n’y en avait pas! Pourtant, notre Belle Province a connu pire! Sur Internet, dans L’Histoire du Québec – L’année sans été, avec sous-titre : La disette de 1816 – la catastrophe climatique, on lit ce qui suit : « Dans les annales météorologiques, l’année 1816 est tristement célèbre.  Il semblerait qu’une vague de froid d’une intensité peu commune avait envahi tout l’hémisphère nord, ruinant les récoltes particulièrement en Amérique du Nord… Vers la fin du XVIIIe siècle, déjà on constate de grands changements climatiques sur tout le territoire du Canada. En effet, la lente dégradation du climat a lieu à compter de la fin de ce siècle. Ce phénomène se traduit par des étés plus courts et très pluvieux, ainsi que par des hivers plus rigoureux ».

Jean Provencher, dans son livre Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, nous relate cette année 1816, qui a été vraiment néfaste pour la plupart des habitants du Québec. Il faut dire qu’en ce temps-là, la subsistance des  habitants des villes et de ceux des campagnes, dépendait presqu’entièrement des cultivateurs. Durant la saison des semailles aussi bien que durant celle des récoltes, la température du lendemain décidait de la marche des travaux de la terre.  À tout moment,  la pluie, le vent, la grêle, la gelée, aussi  bien que l’excès de soleil  pouvait tout gâcher.

Déjà en 1807, toujours selon Jean Provencher, des changements subits de températures avaient retardé considérablement la végétation dans la région de Québec. En plein cœur de l’été les arbres fruitiers, tels les pruniers et les cerisiers, n’ont pas pu donner de fleurs, faute de chaleur convenable. L’été suivant s’était révélé, par contre, remarquablement chaud.

À l’été 1816, il continue de neiger jusqu’à la fin de juin, nous dit M Provencher.  Imaginez! Nous sommes au 20 avril et les conditions atmosphériques nous virent déjà à l’envers… que serait-ce, s’il fallait qu’on nous prédise cette température jusqu’en juin! Il faut avouer que nous sommes beaucoup moins patients que ne l’étaient nos ancêtres, qui avaient un meilleur rapport avec la nature; ils avaient compris, eux, qu’on n’y peut rien!

Dans le paragraphe suivant, Jean Provencher cite un capitaine de milice, Augustin Labadie, lequel dépeint dans son langage, la situation en Beauce : « Il est de mon devoir de dire la vérité que le 7 juin, il a nègé presque toute la journée et gros vent et beaucoup de froid. Ce jour même… les habitants ont traîné du bois avec leur traîne pour se chauffer. La nège était d’un pied et demis d’épaisseur ».  Plus loin, l’auteur nous apprend que cet été-là, à la mi-juillet, les lacs situés en arrière de Baie-Saint-Paul sont toujours recouverts de glace.

Et je reviens à L’Histoire du Québec. Il y est écrit que les changements climatiques touchent d’une manière particulière les paroisses de l’est du Bas-Canada (le Québec d’aujourd’hui) et c’est ce phénomène qui explique les mauvaises récoltes un peu partout en Amérique du Nord, mais il est vrai que les effets néfastes de l’éruption volcanique du Tambora, en Indonésie, ont contribué à la disette de 1816. Enfin on a identifié le coupable!

Gillen D’Arcy Wood, un Australien, a écrit en 2015 un livre ayant pour titre L’année sans été, Tambora, le volcan qui a changé le cours de l’histoire. Dans la page de présentation, l’auteur écrit : « Un an après Waterloo, en 1816, le monde est frappé par une catastrophe restée dans les mémoires comme « l’année sans été » ou « l’année des mendiants ». Une misère effroyable s’abat sur l’Europe. Des flots de paysans faméliques, en haillons abandonnent leurs champs, où les pommes de terre pourrissent, où le blé ne pousse plus. Que s’est-il passé?  En avril 1815, Près de Java, l’éruption cataclysmique du volcan Tambora a projeté dans la stratosphère un voile de poussière qui va filtrer le rayonnement solaire plusieurs années durant. »  Ce livre qui fait le tour d’un événement à l’échelle planétaire, sonne aussi comme un avertissement : ce changement climatique meurtrier n’a pourtant été que de 2 degrés C…

Avec tout ce qui se passe de nos jours, sur notre Terre et autour, à mon humble avis, moi qui ne suis pas savante et encore moins voyante, nous sommes bien chanceux de ne pas avoir de changements climatiques plus dérangeants que la température de ce mois d’avril 2018!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 avril 2018

Ici, on parlait anglais!

Dans mon jeune temps, la plupart des gens ne parlaient que le français, je précise qu’il s’agissait du français de par chez nous! Avec le temps, il faut avouer que notre langage ressemblait de moins en moins à la langue parlée en France. Si nous avons gardé les accents des diverses régions d’où sont partis nos ancêtres, nous avons aussi intégré des expressions et des mots anglais qui nous ont été rapportés par les voyageurs autant que par ceux qui s’exilaient aux « États », comme on disait. Ces parents qu’on ne voyait pas souvent prenaient plaisir, quand ils revenaient au pays, à émailler leur français de mots anglais, qu’on répétait ensuite, fièrement, mais plus souvent qu’autrement, tout de travers! Comme on le sait, au fil des ans, l’anglais est devenu couramment utilisé dans les domaines commercial et industriel. Évidemment, pour les commerces qui s’adressaient à la clientèle touristique, il était important de s’afficher en anglais. À Deschambault, les touristes anglophones qui voyageaient de Québec à Montréal ou l’inverse, étaient très bien reçus! Ils pouvaient s’arrêter soit au Winterstage – l’ancien relais de poste, ou au Maple Leaf; cet hôtel annonçait qu’on pouvait y louer des « log-cabins » sur le bord du fleuve. Chaque été, ces petits chalets accueillaient régulièrement leur lot de touristes. Une de ces cabines est encore debout… si elle parlait, elle aurait certes beaucoup de choses à nous raconter!

« Log-cabin » de l’auberge Maple Leaf, près du fleuve à la hauteur du calvaire Naud (photo: J. Bouillé).

Plusieurs établissements aux noms bien français arboraient fièrement une affiche qui disait « Ici on parle anglais ». Notre petite localité était fort bien pourvue pour ce qui concerne les établissements hôteliers. Citons le Manoir du Boulevard et à l’entrée du village, l’Hôtel Deschambault – devenu l’Oasis Belle-Vie. L’Hôtel le Vieux Bardeau, qu’on appelait autrefois l’Hôtel Bellevue, a une longue histoire; cet endroit étant jadis très fréquenté en raison de sa proximité avec la traverse Deschambault-Lotbinière. Plus haut, dans le rang du même nom, l’Auberge de La Chevrotière, située en face de la gare du Canadien Pacifique, accueillait les voyageurs qui descendaient du train. À l’extrémité ouest de Deschambault, de l’autre côté du pont de la rivière La Chevrotière, M. Lauréat Paquet louait des cabines pour les touristes; il n’y a pas si longtemps, une clientèle régulière y venaient encore chaque été pour quelques jours ou quelques semaines.

Manoir du Boulevard, à l’est de Deschambault (ancienne carte postale, coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Hôtel Bellevue, maintenant Hôtel Au Vieux Bardeau, avec ses « cabines » (ancienne carte postale, coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Qu’il s’agisse des hôtels et des garages ou encore des petits magasins de souvenirs comme celui de M. Roland Goudreault, lequel était situé tout près de la voie ferrée, en bas du village, les touristes anglophones étaient servis en anglais! Dans ces étalages, en bordure du chemin, en plus des cartes postales représentant le plus souvent le Château Frontenac, on pouvait se procurer différents objets tels porte-clés, tasses et assiettes décorées, arborant pour la plupart l’étiquette « made in Japan ». Heureusement, les dames qui tenaient ces petits commerces, en profitaient pour vendre leurs propres travaux d’artisanat, catalognes, couvertures, tricots ou broderies; tous ces ouvrages étaient d’une qualité qui dépassait largement le coût demandé. On vendait en anglais… mais on vendait!

À la maison aussi, la langue anglaise s’est glissée tout doucement, sans faire de bruit… et s’est installée de la cave au grenier! La cuisine était équipée d’une « pantry » et d’un « sink »; et comme on était fier de notre « toaster » électrique! L’été on mettait des « screens » dans les fenêtres pour empêcher les mouches d’entrer; en hiver, cependant on remettait les châssis doubles. Quand on entrait dans la maison, on était accueilli par le sifflement du « boiler » sur le poêle. On gardait toujours du thé dans le « teapot » sur l’arrière du poêle; quand il arrivait quelqu’un du voisinage, on l’accueillait ainsi : Ben le bonjour!  Assisez-vous donc une minute… vous prendrez ben une tasse de thé, avec un petit « cookie », je viens juste de les sortir du four! Tout le monde connaissait depuis longtemps les « bines », mais personne n’aurait utilisé le terme de « fèves blanches au lard », non, ça n’aurait pas eu le même goût! De même, quand on servait un « rosbif », on y ajoutait du « grévé » c’était tellement meilleur ! L’anglais ne s’est pas invité qu’à la cuisine; indiscret, il est allé jusqu’aux « closets » où il a testé la chaîne pour « flusher ». Ensuite il est passé au salon où il s’est extasié sur le nouveau « chesterfield » ainsi que le beau « rug » qui recouvrait le plancher, sans oublier le « pick-up », avec sa pile de disques! Curieux, en sortant de la maison, il est allé voir dans la « shed »; j’aurais de la difficulté à nommer tous les outils, mais il y avait sûrement une « chainsaw », une « drill », un « jack » et combien d’autres.

L’endroit où notre cours d’anglais accéléré a eu le plus d’élèves assidus, c’est sans contredit dans le domaine de l’automobile! Du « bumper » jusqu’aux « tires », en passant par la « clutch », le « dash », le « windshield » – on disait « wind shire », le « steering » et les « sealbeams », et j’en passe… on s’est rendus aux nouvelles autos « power-break –power-steering », ça c’était du char!  Pour finir, on a appris qu’il nous manquait un « car-port » pour mettre notre auto à l’abri, l’hiver prochain. Parce que dans la « shed », y a pas de place! En terminant plus sérieusement, aujourd’hui, les enfants parlent, lisent et écrivent en anglais dès le cours primaire, mais cela ne les empêche aucunement de posséder un bon français. Il faut seulement leur en donner le goût!

© Madeleine Genest Bouillé, 8 avril 2018