Un été

Du vert plein les champs,
Poudré d’or au soleil de midi.
Fleurs sauvages aux tons charmants,
Émaillant le velours des prairies.
Verdure plus sombre des frondaisons
Épanouies sous le clair ciel d’été.
Bleu des vagues, parées de blancs moutons.
Matins de corail, crépuscules de feu, nuits étoilées…
Symphonie de couleurs pour un été!

Parfum sucré des roses à miel,
Douceur de lavande, œillets poivrés,
Dont se grisent les abeilles.
Senteur chaude des foins coupés,
Sauge, thym, marjolaine et sarriette.
Arôme exquis des petits fruits
Dont au sous-bois, on fait cueillette.
Effluve de marée qui monte avec la nuit…
Ivresse de parfums pour un été!

Joie d’un sourire d’enfant,
Chaleur fidèle de l’amitié,
Pensée qui vole vers un absent…
Bonheur d’un amour partagé.
Chagrins enfuis, regrets au vent,
Rires un peu fous qui fusent partout.
Après l’orage, vient le beau temps,
Tournons la page, c’est déjà tout!
Ainsi se vit un été!

© Madeleine Genest Bouillé, juin 1980

La Saint-Jean et les Gens de mon pays… au fil du temps

Je me suis levée avec cette chanson dans l’oreille : Les gens de mon pays, de Gilles Vigneault. Pourquoi? Je ne sais pas, mais comme en même temps j’avais décidé de parler des Fêtes de la Saint-Jean auxquelles j’ai pris part il y a quelques décennies, j’ai pensé que ça tombait très bien! Pour m’aider dans mes réminiscences, j’ai sorti mes vieux Phares. À chaque page ou presque, je lisais les noms des personnes avec lesquelles j’ai « bénévolé », pas seulement pour le Phare, mais aussi pour les multiples comités dont j’ai fait partie, y compris celui de la Fête nationale. Je me rappelle les gens qui faisaient partie du comité en même temps que moi. Alors je me souviens de nos discussions; chacun faisant valoir son opinion, et comme dans la chanson de Gilles Vigneault, avec « les gens de mon pays, il y en avait des palabres et des sparages! »

En 1978, la Fête nationale faisait partie de la Semaine du Patrimoine, qui s’ouvrait le 23 juin avec l’inauguration des expositions au Vieux Presbytère. Dans la salle du rez-de-chaussée, les visiteurs pouvaient voir « L’évolution des techniques agricoles », tandis qu’à l’étage, on inaugurait l’exposition « Deschambault à vol d’Oiseau », où l’on retrouvait des photographies aériennes de notre village et un montage audio-visuel sur l’architecture locale… Même si aujourd’hui, le montage serait quelque peu désuet, les photos intéresseraient encore beaucoup de monde. Le 23 toujours, durant la soirée, les chorales de Deschambault, St-Alban et St-Casimir offraient un concert conjoint à l’église. En majuscules, on précisait que ce concert était GRATUIT! Quelle belle soirée! « Gens de mon pays… je vous entends chanter dans votre trop court été. Il est question d’amour, d’espoir et de récoltes… »

Le 24, de 8 heures à 10 heures, sur le cap Lauzon, en avant du Vieux Presbytère, c’était le déjeuner. Les Fermières invitaient la population à venir déguster le pain de ménage et les confitures maison.  La messe avait lieu comme maintenant à 10 heures et elle était suivie de la criée. Durant l’après-midi, l’O.T.J. organisait des activités sportives, sur le cap toujours. Sur le terrain de la Fabrique, se tenait « La rue des enfants », où nos jeunes pouvaient peinturer et effectuer des bricolages, aidés des membres de « La Clé des Jeunes ». La soirée ressemblait un peu à ce qu’elle est aujourd’hui, sans le chapiteau évidemment.  Le bar était installé au Vieux Presbytère, et la fête se terminait avec le feu, comme maintenant. « Parlant de mon pays, je vous entends parler et j’en ai danse aux pieds et musique aux oreilles… »

Déjeuner au Vieux Presbytère, 1980.

La Semaine du Patrimoine se poursuivait chaque jour avec des activités soit sportives ou artistiques, dans le cadre d’un projet appelé « Les enfants dans le Vieux Presbytère ». Le soir, le « Café chez Rose Latulippe » rassemblait les amateurs de musique québécoise, au sous-sol du Vieux Presbytère, avec un bon café ou un thé. « Les gens de mon pays, sont aussi gens de causerie, qui parlent pour parler, et pour s’entendre! »

En 1979, c’était l’Année Internationale de l’Enfant. Le 22 juin, à la salle municipale, avait lieu l’ouverture de l’exposition des Fermières, intitulée « L’enfant, d’hier à aujourd’hui ». On y voyait des anciens vêtements, jouets et meubles d’enfant ainsi que des photos d’époques différentes. La Corporation du Moulin de La Chevrotière y avait un kiosque d’information sur les métiers traditionnels du bois de la pierre et du fer. « Les gens de mon pays… il faut les écouter. C’est parfois vérité, et c’est parfois mensonge… Mais la plupart du temps, c’est le bonheur qui dit qu’il faut croire au bonheur…» Le programme de cette année-là ressemblait un peu à l’année précédente; comme nouveauté, dans l’après-midi du 24, il y avait des activités pour le 3e âge sur le cap, un tournoi de tir au pigeon d’argile et le Marathon au Drapeau. Je crois que ce fut le premier.

1980… La politique a brouillé un peu les cartes cette année-là! Il y eut même deux fêtes, simultanées… mais heureusement pas au même endroit! Sur le programme publié dans le Phare, on lisait que la fête débuterait le dimanche 22 juin, avec un Rallye historique, l’ouverture des expositions et en soirée, le Café chez Rose Latulippe. Le 23, on offrait aux jeunes de l’École Centrale un spectacle avec le « Théâtre de Bon’Humeur », de plus, une soirée de variétés avait lieu dans une bâtisse de la Station de Recherche. Le programme du 24 reprenait à peu de chose près celui de l’année précédente. C’est certain qu’avec tout ce qui se brassait, « on entendait jaser sur les perrons des portes… et de chaque côté des cléons des clôtures… »

En 1981, les 21 et 25 juin, la toute jeune troupe Les Fous du Roy présentait à la salle de l’école Centrale trois courtes comédies. La première, « Ti-Charles va voir Arthémise » qu’on appelait une folie brève était suivie d’une folie douce, « Marions Belle-Maman » et la soirée se terminait avec une folie furieuse : « Heure de folie ».  La salle était pleine pour les deux représentations…l’entrée coûtait 2$. Ces chers Fous du Roy! « Gens de mon pays… combien de fois, vous m’avez fait plaisir, et sagesse et folie ». Les pièces de théâtre présentées par les Fous du Roy ont fait partie du programme de la Fête nationale jusqu’en 1985.

La programmation de la Fête nationale a été sensiblement la même durant quelques années.  En 1985, le 22 juin, qui était un samedi, on avait loué un chapiteau et il y eut un premier souper BBQ suivi d’une soirée dansante. Le dimanche 23, encore de la danse sous le chapiteau et le 24, de la danse, mais cette fois sur le cap! Évidemment, le bar était là pour les trois soirées! « Saurions-nous encore répéter vos parlers et vos dires… vos propos et parlures?… » En 1986, on commence encore les festivités avec un BBQ le vendredi 21 juin, mais cette fois, à la Station de Recherche.  Le lendemain, le Club Lions  recevait les joueurs de bingo à la salle de l’école Centrale. Le 23, à la Salle Municipale, il y a exposition de peinture, comptoir de pâtisseries du Club de l’Âge d’Or, et les dames de l’Amicale du Couvent tiennent un kiosque en prévision de la fête du 125e anniversaire du Couvent qui sera célébré en septembre. De nouveaux joueurs, les membres du Club Optimiste, tiennent des kiosques d’animation dans la journée du 24  ainsi qu’un comptoir de hot-dogs. On ne s’ennuiera pas, c’est certain! « Gens de mon pays, je vous entends encore  jaser et chanter… »

1987, On fête cette année sous le thème « Une culture à développer ». Et pour la première fois, le souper de la Saint-Jean prend le nom de « La Grande Tablée ». De plus, cette année, nous célébrons le 150e anniversaire de notre église. Des membres du comité avaient eu l’idée que la messe soit célébrée à la mode d’il y a 150 ans, c’est-à-dire, que le prêtre célèbre à l’autel principal, donc dos à l’assistance, et avec les beaux vêtements sacerdotaux anciens. Le curé de l’époque, M. La Rochelle, s’était un peu fait tirer l’oreille, mais il avait finalement accepté en soulignant que c’était une première… et que ce serait une dernière! La chorale avait aussi choisi un répertoire à l’avenant, dont le beau vieux cantique que nous chantons encore : « Que cette voûte retentisse de vos cantiques solennels ».

Criée de 1988.

Il y a trente ans… c’était hier! Le 24 juin, nous avons toujours le déjeuner, qui est maintenant sous la responsabilité de la Biblio du Bord de l’eau, qui comme je m’amuse à le dire « aime bien nous voir prendre quelques livres »!  Avec la messe, la criée, la soirée et le feu le 24 juin, ce sont des incontournables à Deschambault. C’est ainsi qu’on fête par chez-nous avec « Les Gens de mon pays. Il n’est coin de la terre où je ne vous entende… il n’est coin de ma vie à l’abri de vos bruits. Il n’est chanson de moi qui ne soit toute faite, avec vos mots, vos pas, avec votre musique. »

Joyeuse Saint-Jean à tous et toutes!

© Madeleine Genest Bouillé, 23 juin 2017

Les clochers

Je n’ai pas voyagé beaucoup en dehors du Québec. Toutefois, par les livres, le cinéma, la télévision et maintenant les réseaux sociaux, je connais les endroits magnifiques qu’on retrouve ailleurs dans le monde. Ce dont je suis certaine, c’est que même si j’avais la chance un jour de visiter l’Europe, l’Afrique, les pays de l’Orient ou les Iles du soleil, rien pour moi n’égalerait le fait de parcourir le fleuve Saint-Laurent, de Montréal jusqu’au golfe. Ou mieux encore, l’aller-retour.

Photo: coll. Madeleine Genest Bouillé.

J’ai toujours vécu dans le village où je suis née. Et depuis plus de quarante-cinq ans, j’ai le fleuve en face de chez moi; je l’entends, je le sens, il fait partie de mon décor quotidien. Je le consulte le matin pour savoir quelle humeur il a. Je lui parle de temps en temps. Et le soir, je lui jette un dernier coup d’œil avant d’aller dormir.

Chez nous, depuis très longtemps, nombreux sont les hommes qui ont gagné leur vie sur le fleuve, à bord de bateaux de toutes sortes, comme marin, homme de roue, capitaine ou pilote. Il y en a encore, mais beaucoup moins qu’avant. L’influence du fleuve se fait sentir jusque dans notre langage : on « descend » à Québec et on « monte » à Montréal; on « embarque » dans une auto plutôt que d’y monter. On se « greye » pour aller quelque part, on « accoste » quelqu’un sur la rue, au bureau de poste ou à l’épicerie pour piquer une jasette… on est des gens du fleuve!

Église de Chambly (photo: coll. Madeleine Genest Bouillé).

Plusieurs écrivains et poètes ont fait l’éloge de notre beau fleuve, de Pamphile Le May à Félix Leclerc. Un de mes préférés parmi nos auteurs québécois, Jean O’Neil, a dépeint dans ses livres plusieurs régions du Québec, et particulièrement le Saint-Laurent, dans le livre qui a justement pour titre Le Fleuve. Bref, on pourrait croire que tout a été dit. Moi, ce qui m’a impressionnée, lorsque j’ai descendu le fleuve en bateau de Montréal aux Iles- de-la-Madeleine et ensuite quand je l’ai remonté, c’est d’abord une sensation de liberté totale, qu’on ne retrouve que sur l’eau. Pas de rendez-vous, pas de tâches ménagères ou autres à accomplir, pas de magasinage… on vit au rythme du bateau; on se lève avec le soleil et on s’en va dormir après avoir salué les étoiles une par une! Mais l’image que je garde surtout, c’est vraiment le défilé des clochers qui sont comme une ponctuation tout au long des rives de la vallée du Saint-Laurent.

Photo: coll. Madeleine Genest Bouillé.

Chacun des villages est identifié par son clocher qui s’élève à l’endroit le plus populeux, entouré de bâtisses souvent séculaires, presbytère et couvent, qui racontent la vie des bâtisseurs. Et pas loin du clocher, un enclos semé de stèles et de croix plus ou moins vétustes, révèle que ce village a un long passé… Qu’elles sont belles, les rives de notre fleuve! Soit qu’elles s’élèvent et dressent leurs falaises abruptes, ou qu’elles descendent en pente douce jusqu’au bord de l’eau; soit qu’elles se rapprochent comme pour se conter fleurette, ou qu’elles s’éloignent, indépendantes… jusqu’à former entre elles un lac, voire presqu’une mer!

Des îles s’amusent à séparer les deux rives, à mêler le paysage : est-ce la rive nord? Non, c’est l’Ile aux Coudres! De l’Île d’Orléans qui prend toute la place, en passant par de tout petits îlots sans nom ou de belles îles sauvages, mystérieuses, et d’autres encore dont l’histoire est peuplée de fantômes, telle la Grosse Île. À maints endroits, comme l’Île aux Grues ou l’Île Verte, elles arborent fièrement un clocher, pour nous dire : « Il y a des familles qui vivent ici! ». Et partout, tout au long du fleuve, au nord comme au sud, les clochers continuent de marquer les lieux de notre géographie, sans égard pour les regroupements de municipalités et encore moins pour les fusions de paroisses!

Église de Port-au-Persil (photo: coll. Madeleine Genest Bouillé).

Difficile de croire qu’un jour, ces clochers ne sonneront plus que de temps à autre, durant la saison estivale, pour épater les touristes… à moins qu’on leur trouve une nouvelle vocation, ou au pire, qu’on les ait démolis; c’est arrivé ailleurs, ça pourrait arriver chez nous.  C’est déjà commencé d’ailleurs, dans les villes où jadis on construisait des églises à tous les deux coins de rue.

Parce que j’aime les histoires qui finissent bien, je termine avec cette phrase de Maurice Barrès : « Si l’église fait bien dans le paysage, c’est qu’elle y est une âme. » Indépendamment de toute croyance religieuse, moi je crois que les clochers nous invitent à regarder plus haut… c’est pour cela qu’on les aime!

Église Deschambault (photo: coll. Madeleine Genest Bouillé).

© Madeleine Genest Bouillé, 17 juin 2017

Du théâtre à Deschambault… de 1920 à 1955

Deschambault a une longue tradition de théâtre amateur. En parcourant les nombreuses coupures de journaux et les papiers de toutes sortes que ma mère conservait précieusement, je suis parvenue à retrouver certains titres des pièces qui ont été jouées par des gens de chez nous. Des gens de tout âge et de toute condition, qui consacraient leurs loisirs au théâtre et qui y mettaient tout leur cœur et tout leur talent. Oui, il y a en a eu du théâtre à Deschambault! Je vous ai parlé des pièces que j’ai jouées, dans les années 60 et de celles que j’ai montées ensuite jusqu’à ces dernières années, où j’ai eu le bonheur d’applaudir mes petits-enfants.

Malheureusement, j’ai très peu de photos et celles que j’ai ne sont pas très bonnes, mais j’ai au moins les titres des pièces jouées et dans plusieurs des cas, les noms des comédiens. La première mention de théâtre que j’ai trouvée dans les archives personnelles de maman, date du mois d’août 1921. La troupe des garçons, comme on la nommait, présentait les 2, 3 et 4 août une pièce intitulée « Les parapluies », de Claude Bardane. Quelques années plus tard, en août 1927, la troupe des garçons présente deux pièces : « Le reliquaire de l’enfant adoptif » et « Le homard et les plaideurs »; je n’ai pas les noms des auteurs, ni ceux des acteurs.

La salle Saint-Laurent, maison Vézina (construite par Alfred Petit).

En mai 1928, on assiste aux « Soirées Dramatiques et musicales », dans la salle Saint-Laurent, où l’on présente « La Plage de Biarritz », drame en 3 actes du Père Camille et « Le Château de la Mare aux Biches », comédie en 2 actes de Charles Leroy-Villars. Sur le programme, on précise que ces pièces sont « données par les jeunes filles de Deschambault ». Parmi les jeunes comédiennes, on retrouve aussi quelques dames, dont Mme Louis Marcotte (Béatrice Naud). Les jeunes comédiennes se nomment Blanche et Joséphine Petit, Olive et Marie Gauthier, Blandine Naud, Germaine Montambault, Charlotte Arcand, Juliette Pagé, Corinne Paris et Angélique Dussault.

La Veillée du bon vieux temps, Alfred et Edmond Petit, vers 1930.

En 1929, la troupe des garçons présente les 30 et 31 juillet, « La nuit rouge » et « Sapeurs et Gendarmes ». En février de la même année, une troupe mixte, cette fois, présente à la salle Saint-Laurent, la « Veillée de Noël », de Camille Duguay. Dans l’hebdomadaire de l’époque, on lit à ce sujet : « Deschambault est rarement témoin d’un aussi beau succès que celui remporté par un groupe d’amis, qui avaient organisé, les 6 et 7 février, une veillée du bon vieux temps ».  Parmi les comédiens, on mentionne les noms de André Gauthier, Blandine Naud, Juliette Pagé, Olive et Marie Gauthier, Marie-Louise Marcotte, Alfred Naud, Henri Julien, Georges Montambault, Narcisse Naud, Albert Paris, Robert Paquin ainsi que Alfred et Edmond Petit, sûrement pour la musique! J’avais peut-être une dizaine d’années quand j’ai entendu parler de cette si belle pièce… du théâtre comme on n’en avait jamais vu par chez nous! En ce qui concerne la salle Saint-Laurent, il s’agissait d’une annexe qui prolongeait la maison Vézina, sur le côté ouest. À ce qu’on m’a dit, cette salle était spacieuse et très belle. La maison avait été construite par Alfred Petit qui avait nommé la salle « Saint-Laurent » autant pour le fleuve qu’elle surplombait, que pour rendre hommage à son épouse Cordélie Saint-Laurent.

Les piastres rouges, 1934 (photo: Musée virtuel de Deschambault, CPDG).

En mai 1934, la même troupe des garçons présente « Les piastres rouges », qui selon ma mère était une très belle pièce. En 1934, la même troupe présente trois pièces à la salle Saint-Laurent : « Le Secret d’Hurloux », « Un mariage au téléphone » et « Le secret de Pardhaillan ». Parmi les comédiens, des jeunes gens de l’époque, on retrouve Albert Paris, Alfred Mayrand, Gilbert et Jean-Charles Talbot, Narcisse Gignac, Toussaint Julien, Ernest Martel, Benoît et Raymond Paré, Marcel Descarreaux, Amable et Clément Paré et C.H. Johansen. En janvier 1935, la troupe est mentionnée pour la dernière fois, alors qu’on joue une pièce intitulée « La Tour du Nord ».

 

La chambre mauve, 1953.

Est-ce qu’il y a eu du théâtre entre 1935 et 1953? Je l’ignore; mes notes reprennent en 1953, alors que Rachel Paris-Loranger présentait « La chambre mauve », à la salle Paul-Benoît qu’on appelle alors « Salle syndicale ». Cette pièce est un drame mettant en scène une nombreuse distribution entièrement féminine, où on voit les noms de : Francine Roy, Muriel Houde, Élise et Roberte Paré, Claire Gauthier, Aline Paquin, Charlotte Dussault, Yvette Loranger, Michelle Naud, et Denise Gagnon. Madame Narcisse Paré jouait le rôle de la vieille tzigane qui enlève la fillette (rôle interprété par Francine Roy). Madeleine Loranger interprétait celui de la mère de la fillette, tandis que Madame Loranger, en plus de la mise en scène, jouait le rôle de la gouvernante. Charlotte Arcand, Nicole Dussault, Corinne Paris et Colette Gauthier faisaient aussi partie de la distribution. Je me souviens de cette pièce; certaines scènes surtout m’avaient frappée. Je revois la danse des Bohémiennes et l’enlèvement de la fillette… C’était dramatique à souhait! C’est sans doute de ce temps-là que j’ai commencé à vouloir être une actrice!

Évangéline, 1955 (Musée virtuel de Deschambault, CPDG).

En 1955, La troupe de Rachel Paris-Loranger est maintenant mixte. On présente tout d’abord « Les sacrifiés », une pièce dramatique, dont j’ai gardé un souvenir : je revois Yvette Loranger, interprétant le rôle de « la méchante »; elle était flamboyante et vindicative, toute vêtue de rouge, avec un immense chapeau! J’étais sidérée! Sa sœur, Madeleine, était par contre celle à qui on confiait toujours les rôles tragiques où elle excellait. Vraiment ces deux sœurs si dissemblables étaient de très bonnes comédiennes! Enfin, toujours en 1955, c’est le deuxième centenaire de la Déportation des Acadiens et Madame Loranger monte une fresque magistrale intitulée « Évangéline ». Madeleine Loranger  interprète le rôle-titre, tandis que Lionel Brisson  incarnait celui de Gabriel, son fiancé. Côme Houde, qui était professeur à l’école des garçons, incarnait avec beaucoup de talent le rôle du père d’Évangéline. Je me souviens qu’il y avait une très grosse distribution. Tout ce qu’il y avait de comédiens amateurs à Deschambault  se retrouvaient sur la scène. Cette pièce a été présentée dans un des grands hangars de la Ferme-École. Je me rappelle qu’il y eut plusieurs représentations; c’était tellement beau, tellement bien interprété! On avait pour la circonstance mis sur pied une chorale : « Les Acadiennes de Grand-Pré », lesquelles chantaient des chants de La Bonne Chanson, dont évidemment, la chanson-thème Évangéline. Ce chœur était dirigé par Gaston Bilodeau, qui en juillet de cette même année épousait Agnès Bouillé, alors que Louis-Joseph Bouillé, un des acteurs principaux, épousait Nicole Dussault, qui faisait aussi partie de la distribution de la pièce Évangéline! C’était ainsi que ça se passait à Deschambault en 1955. Ces dernières informations ne faisaient pas partie des « archives » de ma mère, mais j’ai pensé que c’était une belle finale, pour mon « grain de sel », aussi belle que celles qu’on voit au théâtre!

Chorale « Les Acadiennes de Grand-Pré », 1955.

© Madeleine Genest Bouillé, 13 juin 2017

Place au théâtre – 2e partie

C’était l’été 64, j’étais maintenant une « madame »! J’avais un mari, une maison, avec en plus, une Caisse Populaire dans mon salon! À la messe le dimanche, j’avais porté quelques fois mon costume de voyages de noces, avec mon beau chapeau rose et mes accessoires marine. C’était la coutume et tout le monde s’y attendait.  Ça n’aurait pas été gentil de les décevoir! Surtout que nous demeurions dans notre village natal; ainsi, souvent, pour me taquiner, des personnes qui me connaissaient depuis toujours, s’amusaient à m’appeler « Madame Bouillé ». Je poursuivais tout de même mes activités, dont le théâtre faisait partie bien entendu, surtout que mon beau-frère Louis-Joseph avait moins de temps à consacrer à ce loisir, étant donné qu’il était président de l’UCC,  (Union Catholique des Cultivateurs), ancêtre de l’UPA.

Cette même année, pour le Cercle Lacordaire, on avait monté une courte pièce, d’un auteur inconnu qui avait pour titre : « Nos maris boivent », avec tous les clichés possibles, sur les malheurs des femmes d’ivrogne!  Au cours de l’été, nous étions invités à présenter cette pièce à Grondines. En plus de la mise en scène, je remplaçais une des trois comédiennes; les deux rôles de femme d’ivrogne étaient tenus par Raymonde Pelletier et si mes souvenirs sont exacts, Jacqueline Chénard. Je reprenais donc le rôle de la femme dont le mari guéri de l’alcoolisme vient donner des conseils à ses amies. La scène de la salle paroissiale de Grondines était munie de coulisses amovibles et pivotantes, dont une face offrait un décor d’intérieur et l’autre, d’extérieur. Je frappais avant d’entrer, et Raymonde me répondait « Entrez, entrez! C’est pas malaisé, la porte tourne toute seule! » J’entre et alors, la salle explose de rire… que se passe-t-il? Mon chapeau est-il de travers? Je portais justement mon chapeau de voyage de noces. Je m’avance et viens prendre place avec mes deux amies – elles aussi mortes de rire! – et alors, en jetant un coup d’œil sur le fond de la scène, je me rends compte, qu’effectivement, à mon entrée, le panneau a tourné sur lui-même, montrant le côté extérieur. Il nous arrivait souvent de vivre des moments cocasses, j’en aurais pour plusieurs pages si le les racontais tous.

Marcel Gauthier, un des fondateurs de la Société du Vieux Presbytère, avait à quelques reprises présenté du théâtre dans le vieux hangar de M. Zéphirin Beaudry, où jadis à ce qu’on m’a raconté, les jeunes étudiants présentaient leurs pièces durant les vacances d’été. En 1965, Marcel avec quelques amis m’avait approchée pour monter une pièce qui s’appelait « Un petit manoir tranquille »… une pièce tout ce qu’il y avait de pas tranquille!  Je n’ai pas de souvenirs précis de la distribution; je me rappelle surtout qu’il y avait Fabienne et ma cousine Christiane. C’était une bonne pièce, très mouvementée avec des coups de feu et quelques cris…. rien pour endormir les spectateurs! Plus tard, nous avons présenté « Un petit manoir tranquille » à Grondines, où la pièce avait eu beaucoup de succès! Dommage… je n’ai pas de photos; la morale de cette histoire?  Il vaut toujours mieux prendre trop de photos que pas assez!

Si Jésus revenait, 1973.

À l’automne 65, Thérèse Bouillé-Naud, qui faisait partie tout comme moi des organismes locaux et qui, de surcroit, était devenue « ma tante » depuis mon mariage, m’avait donné l’idée de faire une pièce de théâtre à partir du thème : si Jésus revenait au monde, aujourd’hui et chez nous. J’ai été emballée par cette idée et je me mis à l’œuvre aussitôt!  Mais voici que je me replonge dans mes souvenirs de ces années-là et j’en oublie de mentionner la naissance de mon premier bébé, Jean-Marc, né en avril 65! Comme tous les parents d’un premier bébé, nous étions en extase devant cette petite merveille. Mais je trouvais quand même du temps pour les répétitions de théâtre, qui parfois avaient lieu chez nous, pour éviter de chercher une gardienne. Revenons en décembre 1965, j’avais écrit « Si Jésus revenait » et comme il y avait plusieurs personnages, les participants jouaient presque tous deux rôles. Cette pièce a été publiée dans mon dernier livre, Propos d’hiver et de Noël. Elle a été reprise en 1973 et plus tard, au cours de la première année de la troupe Les Fous du Roy, en décembre 1981. En 1967, peu après la naissance de mon deuxième bébé, Patrick, les jeune comédiens, dont mes frères Georges et Roger faisaient partie, demandèrent mon aide pour monter deux courtes pièces de Victor Vekeman, dont « Une fille un peu bébête » et « Un oncle et une jolie fille »… avec de tels titres, inutile de préciser qu’il s’agissait de comédies légères! Nous avions deux mois et demie à peine avant la présentation du spectacle.  Pas de problème! On répétait chez nous et on utilisait la salle seulement pour les dernières pratiques.

Quand on n’avait pas de pièce qui convenait pour les comédiens disponibles, j’en écrivais une. Ce fut le cas pour « Coup de foudre », qui fut jouée en 1971, 1973 et 1978. Trois filles, trois garçons, une intrigue loufoque : une demoiselle plus très jeune à la recherche d’employés, ses deux femmes de chambre et trois bandits déguisés, le premier en intendant et les deux autres en valets de pied.  L’arnaque prévue par les méchants garçons se transforme en  romance; à chacun, sa chacune! Et à chaque fois, tellement de plaisir, pour la troupe autant que pour les spectateurs.

Coup de foudre, 1978.

Et tout ça nous mène en 1981, à la création de la troupe Les Fous du Roy, dont j’ai assuré les débuts jusqu’en 1986. Étant donné que les pièces choisies étaient courtes, on en présentait quatre ou cinq chaque année. En 1984, alors qu’on répétait « Le Sauteur de Beaucanton », deux comédiens durent être remplacés; je devais alors jouer tout en faisant la mise en scène. Heureusement, Marielle Nadeau-Vézina, qui devint par la suite la directrice de la troupe, nous avait apporté son aide. Ce fut malgré tout un succès. En 1985, alors que je montais « Surprise! Surprise! », Marielle présenta sa première pièce « Manon Lastcall », à moins que ce ne soit « Sortez ce cheval du château, Mathilda, il fait des crottes ». Un vrai beau titre!

Ma Rosalie, 1981.

La Corriveau, 2014.

Au début des années 2000, Lucille Bouillé, qui a longtemps enseigné le français et le théâtre dans une école secondaire, présentait à chaque automne une ou deux pièces pour lesquelles elle recrutait une dizaine de jeunes. À quelques reprises, il m’est arrivé de lui donner un coup de main. Trois de mes petites-filles ont fait partie de cette troupe…. et ont ainsi pris goût au théâtre! En 2012, pour le 40e anniversaire de notre bibliothèque municipale, avec quelques jeunes bénévoles, dont mes trois petites-filles, nous avons créé une drôle de « Visite à la bibliothèque », pièce qui fut présentée lors du souper annuel de la bibliothèque. Ces dernières années, dirigés par Blanche, l’aînée des filles, cinq de mes petits-enfants ont à leur tour présenté quelques pièces dans le cadre du Rendez-Vous des Arts. J’espère sincèrement les revoir sur les planches un beau soir! Dans un prochain « grain de sel », je parlerai du théâtre en général dans le Deschambault d’autrefois.

© Madeleine Genest Bouillé, 6 juin 2017

Place au théâtre!

Toute jeune, je rêvais d’être une actrice. J’entendais les comédiens à la radio qui jouaient dans les radioromans que j’écoutais soit le midi ou le soir : Jeunesse dorée, Rue Principale, Un homme et son péché. Je ne comprenais pas toujours les intrigues, mais j’écoutais les dialogues et je trouvais ça beau. Je feuilletais la revue RadioMonde, où s’étalaient les photos des vedettes. On voyait les acteurs en train de lire leur rôle à la radio; ils avaient leur texte en mains, ça ne devait donc pas être si difficile!

Au couvent, on présentait de courtes pièces de théâtre, pour Noël ou pour la fin de l’année. Le premier rôle que j’ai joué, c’était en 1954. Nous présentions un texte dialogué de Félix Leclerc intitulé, La Grande Nuit, extrait d’Andante. À vrai dire, ce n’était pas vraiment une pièce de théâtre, en ce sens  qu’il n’y avait pas d’action. Sur la scène, trois étoiles; l’étoile des Bergers et l’étoile des Marins, racontent à la plus jeune, l’étoile des Amours, la nuit du premier Noël. J’étais l’étoile des Marins. Nous  étions juchés sur je ne me rappelle plus quoi, au-dessus d’une rangée de sapins couronnés de neige ouatée; on ne voyait de nous que la figure qui était encadrée d’une grande étoile brillante. Peu m’importait, j’étais heureuse de jouer ce rôle si beau! Le texte était magnifique, mais passablement long, alors on avait ménagé des pauses, pendant lesquelles la chorale chantait des cantiques de Noël.

L’année suivante, on devait monter une vraie pièce en trois actes, avec décors, costumes et tout le tralala! Si je me souviens bien, le titre était : L’orpheline des Pyrénées, œuvre d’un auteur français. J’avais de bonnes notes en français, selon moi, je pouvais donc espérer avoir un rôle, si petit soit-il, j’en serais ravie! On apprenait des récitations pour toutes sortes d’occasions et quand arrivait mon tour, la bonne Mère me gardait quelquefois après l’école pour me faire répéter. Lors d’une de ces répétitions, Mère me demanda, à brûle-pourpoint : « Avez-vous pensé à ce que vous vouliez faire plus tard ? » Il ne m’est pas venue à l’esprit que la réponse à faire était la suivante : « J’aimerais devenir religieuse ». Naïvement, je répondis: « Je voudrais devenir une actrice! » Coup de théâtre! Roulement de tambour… et comme on dit « e finita la commedia »! J’eus droit à tout un sermon dans lequel il était clair que je ne devais pas rêver à cette vie de perdition où je devrais tout d’abord m’expatrier, et où les plus grands malheurs m’attendaient. En terminant avec cette phrase célèbre : « Vous savez, la gloire, c’est le deuil éclatant du bonheur! » Voilà! Je n’ai évidemment pas eu de rôle dans la pièce dont curieusement, je n’ai aucun souvenir. On m’a confié la tâche de « maître de cérémonie ».  Et à compter de ce jour, j’ai souvent tenu cet emploi, ce qui m’a été bien utile, plus tard quand j’eus à parler en public dans les différentes associations dont j’ai fait partie.

Livret de pièce ayant appartenu à Mme E.V. Paris.

Après mes études, alors que je travaillais au Central, j’ai enfin commencé à faire du théâtre, en amateur comme c’est la tradition à Deschambault et ce, depuis très longtemps. En fouillant dans les nombreux papiers de ma mère, j’ai appris qu’il y avait eu déjà dans le passé une troupe masculine, composée d’étudiants qui présentaient du théâtre pendant les vacances d’été. À une certaine époque, il y eut aussi une troupe féminine, sous la direction de Mme E.V. Paris, la mère de Rachel Paris-Loranger, à qui, plus tard, on devra plusieurs magnifiques pièces de théâtre, dont Évangéline, pièce qui relatait la déportation des Acadiens en 1755.  Quand j’ai débuté, c’était Louis-Joseph Bouillé qui était metteur en scène. Il avait lui-même été un des plus brillants comédiens avec Lionel Brisson, dans la troupe de Madame Loranger. À cette époque, le Cercle Lacordaire, mouvement antialcoolique alors très florissant, organisait chaque année en mai, à l’occasion de l’anniversaire du cercle, une soirée où il y avait tout d’abord une partie « sérieuse ». On honorait les membres méritants de 5, 10 ans et plus et ensuite, pour la partie récréative, il était d’usage de présenter une pièce de théâtre qui exploitait, autant que faire se peut, les malheurs causés dans les familles par l’alcoolisme, histoire de faire valoir les bienfaits de l’abstinence.

On était donc en 1961. La pièce qu’on préparait avait pour titre L’Absolution, c’était l’œuvre d’un auteur franco-américain du nom de Victor Vekeman. Nous avons d’ailleurs joué plusieurs pièces de ce même auteur, autant des comédies que des tragédies. Avec un titre comme L’Absolution, il est évident qu’il s’agissait d’une tragédie! Je jouais le rôle de l’épouse d’un ivrogne, mère de deux enfants, je me souviens que Jacqueline Chénard jouait le rôle de ma fille; nous vivions dans la misère et je m’effondrais dès la fin du premier acte. À la fin du 2e acte, mon fils, devenu prêtre, donnait l’absolution à un moribond alcoolique, dans lequel il reconnaissait avec stupeur son propre père! La pièce se terminait sur cette réplique lancée par le jeune abbé : « C’était Hubert! C’était mon père! » C’était vraiment pathétique! Le jeune homme qui tenait ce rôle s’appelait Robert Deshaies; c’était  son premier rôle et il le rendait très bien. Je n’ai pas malheureusement pas de photos de cette pièce, qu’on a jouée plusieurs fois, entre autres à Cap-Santé et à Saint-Gilbert.

Jeu scénique du Centenaire du Couvent en 1961.

Ce  même été, les 15, 16 et 17 juillet, avaient lieu les célébrations du Centenaire du Couvent de Deschambault. Ces fêtes grandioses étaient rehaussées par un jeu scénique intitulé Un phare sur la côte, où se retrouvait un nombre impressionnant d’élèves anciennes et actuelles, interprétant des rôles où se rencontraient des astronomes célestes, des archanges, les sœurs fondatrices du couvent et plusieurs autres personnages historiques.  Je crois me souvenir que cette œuvre magistrale était présentée sur une scène  installée à l’extérieur. J’interprétais justement le rôle d’un astronome céleste, une sorte d’ange… sans les ailes! Bizarrement, je n’ai pas de souvenir de cette pièce, je me rappelle plutôt certaines répétitions, avec les deux compagnes qui me donnaient la réplique, Lorraine Marcotte et Annette Pelletier, avec qui j’avais bien du plaisir.

Mon deuxième exploit en théâtre s’est produit en 1962. On jouait Bichette, une comédie pleine de quiproquos dans laquelle jouaient Élisabeth Montambault, Huguette Dussault, René Montambault, Claude Groleau, Louis-Joseph Bouillé, Lionel Brisson et moi.  J’ai une photo pas très bonne, datée du 18 février 1962… ce qu’on ne voit pas sur la photo, ce sont les « techniciens », dont le petit frère de notre metteur en scène, Jacques, qui ne manquait pas une répétition!

Pièce de théâtre « Bichette », en 1962.

1963 étant l’année du 250e anniversaire de fondation de la paroisse, il va sans dire que tout était mis en œuvre pour que cet anniversaire soit souligné avec tout le faste possible. Un jeu scénique relatant l’histoire de Deschambault depuis la visite de Jacques Cartier à Ochelay, jusqu’après la guerre qui mit fin au Régime français, était sans contredit le clou de ces fêtes qui eurent lieu les 2, 3 et 4 août. Le texte de la pièce était tiré de la toute nouvelle Petite Histoire de Deschambault, de M. Luc Delisle. J’eus l’honneur d’interpréter le rôle de la seigneuresse Éléonore de Grand’Maison, épouse de François de Chavigny. Dans un tableau décrivant la descente des Anglais à Deschambault en 1759, le petit frère du metteur en scène, devenu mon amoureux, figurait un soldat anglais capturé par les miliciens. Comme on dit, « il s’adonnait » à être à Deschambault, ayant laissé le bateau pour profiter des Fêtes… Quelle belle coïncidence! Au cours de l’hiver, nous avions présenté une comédie de Jean des Marchenelles, un auteur belge, que mon futur beau-frère Louis-Joseph appréciait particulièrement. Intitulée Le Château des Loufoques », cette pièce cocasse et absolument hilarante était magistralement interprétée par Louis-Joseph et Lionel Brisson dans les rôles du propriétaire et du majordome d’un vieux château belge, tandis que Gérard Naud et moi formions le couple de nouveaux mariés, pas tellement heureux de passer leur nuit de noces dans un château hanté! Encore une fois, malheureusement pas de photos!

 

En 1964…. je préparais mon mariage. Mais contrairement aux fiancées de l’ancien temps, je ne brodais ni ne cousais… Je travaillais au Central, et ce jusqu’à la mi-mai.  Dans mes temps libres, je faisais partie de la chorale et j’avais écrit une pièce de théâtre pour l’anniversaire Lacordaire. D’abord un titre accrocheur : Au fond du verre. C’était l’histoire d’une jeune fille alcoolique menacée de perdre son emploi, ses amis et son fiancé, quand une amie généreuse lui vient en aide afin de l’aider à vaincre son problème d’alcoolisme. Ayant assisté quelques fois aux sessions d’été des Jeunesse Lacordaire, j’étais assez bien documentée. Partant du fait qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même, je m’étais allouée le rôle principal… Mon frère Georges était de la distribution, de même que Raymonde Pelletier, Jacqueline Chénard et mon fiancé, qui jouait le rôle de… mon fiancé!

Dans les années qui vont suivre, j’ai été plus souvent metteur en scène que comédienne, ce que j’ai adoré.  Je vous reviens donc avec la suite de mon histoire de théâtre!

© Madeleine Genest Bouillé, 24 mai 2017

Mai

 

C’est un paysage à peine esquissé
C’est un dernier coup de vent qui chasse l’hiver
C’est le bourgeon qui s’ouvre, timide et fier
C’est le soleil enfin retrouvé!

* * *

C’est un enfant qui tente ses premiers pas
C’est un oiseau qui chante l’espérance
C’est la rosée sur les premiers lilas
C’est la vie qui, sans fin, recommence…

* * *

C’est une chanson qui monte dans l’air pur
Comme l’hirondelle dans l’espace
Son cri de joie traverse l’azur
Pour dire au Ciel son Action de grâces !

© Madeleine Genest Bouillé, mai 1976

Tout a commencé par un concours…

C’était en 1980. Pour une deuxième année, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, M. Jean Garon, invitait les villes et les villages à participer au concours « Villes et villages fleuris ». Pour participer, la municipalité devait former un Comité d’embellissement, qui aurai pour tâche, notamment, d’organiser un concours « Maisons fleuries » et de mettre sur pied un jury local.

Rue de l’Église en 1980.

Dans Le Phare* d’avril de cette même année, Michelle Naud, alors collaboratrice au journal local, nous parle du tout nouveau Comité d’embellissement formé le 26 mars.  Marcel Millette, un imposant bonhomme jovial et enthousiaste, a été nommé président; pour l’épauler, on retrouve Horace Arcand, Lucille Bouillé, Cécile Bouillé, Camille Leclerc, Florent Genest, Marcel Gauthier et Michelle Naud. Le comité a la chance de compter sur un agronome-spécialiste, Bernard Routhier. Chaque citoyen de Deschambault est invité à embellir, planter et fleurir son domaine et le comité s’engage à donner une attention plus grande à « la montée de l’église » et au Cap Lauzon. Dans cette publication, on invitait les gens à participer à la plantation d’arbres et de fleurs sur le Cap Lauzon le samedi 10 mai. Comme les arbres n’étaient pas gratuits, on lançait la « Campagne de la piastre », pour inviter les gens à participer financièrement à l’embellissement.  Les associations locales étaient aussi  mises à contribution.

On pouvait compter sur Michelle pour nous informer sur l’évolution de l’embellissement… Dans le Phare de mai de la même année, on apprenait que les « Floralies 1980 » étaient bien amorcées. 80 nouveaux arbres et arbustes, répartis sur 22 espèces, ont été plantés. La plantation du 10 mai a été un succès. Pour la question financière, le président, M. Millette a fait le tour des commerces environnants; ceux et celles qui se souviennent de Marcel Millette savent à quel point il s’investissait quand une cause lui tenait à cœur. Pour revenir à la plantation du 10 mai, Michelle précise que parmi la cinquantaine de bénévoles présents, il y avait des personnes de 12 à 72 ans. Dans le Phare de juin, Michelle avait écrit son texte à la main, dans une grande fleur qu’elle avait tracée sur la page; c’était avec enthousiasme qu’elle nous racontait le travail du comité au cours de la semaine du 16 au 21 juin. En effet, 1800 fleurs de 8 espèces différentes avaient été plantées. Vraiment, du beau travail! Évidemment, on cherchait des idées pour financer tout ça. Le Comité d’embellissement avait tout d’abord loué une table au Marché aux puces; on avait ainsi récolté 312.10$. Dans ce même numéro du Phare, on apprenait que les arbres avaient coûté 1,842.52$… mais on nous rassurait en précisant que la campagne de financement avait rapporté assez pour assurer la continuité! L’article de Michelle se concluait ainsi : « Le 23 août, tout le monde est invité à une épluchette de Blé d’Inde à la Ferme ». C’était une première activité sociale pour le financement, ce ne fut pas la dernière! Au cours des années qui vont suivre, il y aura quelques mémorables fêtes d’Halloween au Vieux Presbytère. Je me souviens de la soirée de 1981, une grosse citrouille trônait sur le piano et les participants devaient évaluer le poids de la citrouille en question. La personne qui avait le chiffre le plus près du poids réel se méritait un prix. Pendant plusieurs années, le Comité d’embellissement a tenu le Marché aux puces du printemps, et à ce jour, la Criée du 24 juin est encore dévolue en partie à l’Embellissement.

Les années 80 ont vu l’évolution de notre Comité d’embellissement; elles ont vu aussi défiler des gens de tout âge, tous aussi enthousiastes. Comme personne n’est éternel évidemment, plusieurs membres sont partis vers un monde qu’on dit meilleur, et comme l’écrira un jour Jean-Marie Bouillé : « là où les fleurs sont éternelles et leur parfum, céleste ». Rappelons quelques-unes de ces personnes : Horace Arcand, Marcel Gauthier, Marcel Millette. Plus tard il y aura Jean-Claude Gauthier, Florent Genest; pardonnez-moi si j’en oublie, mais je n’ai pas la liste de tous les bénévoles qui ont fait partie de ce comité. Le bénévolat est souvent anonyme! Je me souviens du décès de Marcel Millette, c’était dans les derniers jours du mois d’août 1984. On perdait un bénévole infatigable…. trop sans doute! Il « bénévolait » non seulement au Comité d’embellissement, mais aussi au Vieux Presbytère et il venait d’être élu président du Club Lions. Sans jeu de mots, on perdait un « gros morceau »! Mais au cours de ces mêmes années 80, quelques nouveaux noms sont venus s’ajouter au comité initial, dont Jean-Marie Bouillé (qui avait été « enrôlé » par son épouse), Jacqueline Gignac, Murielle Naud, Simone Audet, Rolland Hamel, Johanne Fleury. De plus, dans les années 2000, on fait connaissance avec les bénévoles de Grondines – et ce, bien avant la fusion – Dolores et Marc Nadeau, Fernand Rivard, Diane Lepage, Louis Rivard; sans doute que là aussi je n’ai pas la nomenclature complète. Mais j’anticipe et dans le numéro du Phare de septembre 2005, Jean-Marie nous présentera une nouvelle recrue, il s’agit de Linda Brouillette, une agronome, donc une personne fort utile… et qui deviendra un jour présidente!

Retournons en 1990. Pour le 10e anniversaire du Comité d’embellissement, on avait choisi de fêter avec les jeunes de l’école Le Phare. Pour cette occasion, les élèves de 5e et 6e années avaient présenté un spectacle sur l’environnement intitulé « Qu’est-ce que j’en fais? » Les décors étaient exécutés par les jeunes de 4e année. Ce fut un très beau succès! Dans le Phare qui suit, on lit que la soirée de l’embellissement tenue durant la Semaine des Municipalités a été très appréciée. Un diaporama (on n’était pas encore à l’ère des vidéos) rappelle « Dix ans de bénévolat chez nous » et on souligne les dix ans au service de l’embellissement de deux membres du comité, Cécile Bouillé et Florent Genest.

D’arbre en arbre et de fleur en fleur… nous voici rendus à l’an 2000. Nos pompiers profitent de ce nouveau millénaire pour organiser le traditionnel Festival régional des Pompiers. Comme on le sait, la population est invitée à décorer maisons et parterres pour cette occasion unique. Le Comité d’embellissement s’investit donc pour lancer le concours d’éclairage et de décoration. Tout est mis en œuvre pour que le festival, tenu pour la première fois à Deschambault, connaisse une grande réussite! On n’oublie quand même pas le concours annuel d’embellissement, qui porte maintenant le nom de « Lys d’or». On avait publié dans le Phare les critères de participation et la grille d’évaluation. On dévoilerait les noms des gagnants lors de la soirée de l’Embellissement qui avait lieu généralement en septembre. Mais comme il arrivait souvent à l’époque, il y avait toujours tellement de choses à penser et à faire en début d’automne, qu’on oubliait de mentionner les noms des gagnants du concours dans le Phare! Pas grave! Les gagnants ont reçu leur prix et ils continueront d’embellir leur parterre, c’est certain!

L’année 2005 sera une étape importante pour le Comité d’embellissement. Au cours de cette saison qui marquera le 25e anniversaire du comité, plusieurs projets sont mis en œuvre. Mentionnons entre autres : inauguration du parc d’ornithologie et des sentiers; dévoilement des plaques honorant quelques-unes des familles-souches au Jardin des Ancêtres; installation d’un porche au Développement Arcand et inauguration d’un poste d’observation pour les oiseaux à Grondines. On ne perd quand même pas de vue le concours d’embellissement qui a encore changé de nom. Afin d’unir les fleurs emblématiques de chacun des secteurs de la municipalité, soit le lys et l’hémérocalle, on l’appelle maintenant : « Hémérolys d’or ». Toujours en 2005, on constate que l’embellissement rejoint les jeunes de nos deux écoles. À Deschambault, dans le parc ornithologique, on a réalisé un beau « J » qui a été fleuri par les jeunes de l’école Le Phare et à Grondines, les élèves ont commencé le projet « courges »; à l’automne, ces courges pourront être transformées en nichoirs pour les oiseaux.

Je termine cette petite histoire de l’embellissement chez nous avec ces paroles de Jean-Marie Bouillé, lequel a été durant plusieurs années président du Comité d’embellissement. Dans le Phare de septembre 2005, sous le titre : 25 ans, ça se fête! Jean-Marie disait : « 25 ans de travail, 25 ans de plaisir à embellir notre chez nous… même si parfois les mains étaient sales et les reins endoloris. Mais parce que les bases mises en place par le comité étaient solides, le résultat du travail accompli est merveilleux.  Et si vous saviez combien nous en sommes fiers! »

 Merci à toutes les personnes qui ont travaillé à ce grand projet depuis 37 ans, ainsi qu’à celles qui continuent!

Massif de fleurs à l’entrée est du village, en 2013 (300e de Deschambault).

© Madeleine Genest Bouillé, 11 mai 2017

*Le journal Le Phare est le bulletin d’information municipale de la municipalité de Deschambault-Grondines.

V’là l’bon vent!

Pour amadouer le vent qui se fait présent plus que jamais, j’ai pensé utiliser des chansons, de La Bonne Chanson, où plusieurs nous parlent du vent. En commençant tout d’abord par V’là l’bon vent! :

« V’là l’bon vent, v’là l’joli vent, V’là l’bon vent, ma mie m’appelle 
 V’là l’bon vent, v’là l’joli vent, V’là l’bon vent ma mie m’attend. »

La grève près de l’embouchure de la rivière Belle-Isle.

Je le dis et je le répète, à Deschambault, il vente tout le temps! Depuis le début de cette année 2017, on dirait que c’est pire. Cet hiver, souvent après une journée plutôt calme, quoique froide, vers la fin de la soirée, le vent se levait comme s’il se fâchait, allez savoir pourquoi. Il venait peut-être de se réveiller et il avait fait un mauvais rêve. On peut penser ce qu’on veut… le vent étant le vent, il passe, et il se fiche pas mal de ce qu’il dérange sur son passage!

Comme le dit la Chanson aux nuages : « Nuages là-haut dans le vent qui vous mène, écoutez… Rivières et ruisseaux qui courez dans la plaine, écoutez. Et vous les échos qui dansez sur la plaine, écoutez… Je chante ma peine aux horizons mêmes que tous ceux que j’aime ont quittés. »

La Route Bouillé (Route du Moulin).

Chose certaine, qu’il vienne du nordet, où il s’accompagne généralement de pluie ou de neige, ou qu’il souffle du nord, traînant avec lui toute la froidure qu’il a rencontrée  depuis les contrées où le sol ne dégèle jamais, quand il arrive chez nous, Sire Vent se déchaîne. Il se déchaîne ou il pleure? Voyez plutôt cette chanson qui a simplement pour titre : Le Vent :

« Écoutez le vent comme il chante… il se fait mélodieux. Mais voici que le ciel est noir. Et le vent, pris de désespoir, sur les arbres se laisse choir. Écoutez le vent comme il tremble! Aurait-il donc un cœur de chair? Écoutez le vent comme il pleure… »

Paysage de la Gaspésie (lors de l’un de mes nombreux voyages là-bas).

Avec le doux mois de mai (enfin, il va bien finir par être doux!), il me semble qu’on aimerait une petite brise caressante, parfumée de l’odeur des nouvelles pousses, jacinthes, jonquilles, tulipes et feuillages nouveaux. Mais non, le vent a décidé de faire le grand ménage du printemps; les feuilles mortes, les débris de décorations de Noël, les résidus de l’automne qui ne dérangeaient personne tant qu’on ne les voyait pas, tout y passe!  Mais bientôt, quand même, nous en serons au temps des lilas, et nous chanterons Quand les lilas refleuriront.

« Quand les lilas refleuriront, au vent les capuchons de laine! Nos robes rouges nous mettrons… Et nous descendrons dans la plaine.  Cloches sonnez vos carillons! Les papillons qui se promènent, dans l’air avec les moucherons, comme nous danseront en rond!… Quand les lilas refleuriront… Allez dire au printemps qu’il vienne! »

Le cap Lauzon, fouetté régulièrement par le vent.

J’ai souvent dit, à chaque printemps je crois, combien j’aime cette saison, même avec ses vents qui nous décoiffent. Le printemps, c’est le seul politicien qui tient ses promesses. Il nous promet qu’on s’en va vers le beau temps, le soleil, l’été, et voyez : beau temps, mauvais temps, les bourgeons feront des feuilles, les fleurs et les plantes de toutes sortes pousseront, tandis que les oiseaux, occupés à faire leur nid, nous raconteront leur voyage dans le sud de l’hiver dernier. Vraiment, le printemps porte en lui tous les espoirs; on peut dormir tranquille… comme dans cette chanson qui s’intitule : Dormez sans crainte :

« Sur le haut de la grève et dans les sapinières, il se fait moins de bruit : c’est l’heure du repos. Qui chante au loin, qui chante? J’entends : un écho me hante, c’est la plainte du buisson, c’est le vent dans la ramure, le flot aussi qui murmure : N’ayez crainte mes enfants.  Dormez chers enfants! »

Ferme René Germain.

© Madeleine Genest Bouillé, 2 mai 2017

(Photos: © collection privée Madeleine Genest Bouillé).

Mois de mai, mois de Marie

« C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau… » La mémoire s’amuse souvent à embellir nos meilleurs souvenirs, tout comme elle noircit à plaisir les moins beaux. Mais aujourd’hui, en ce début de mai, j’ai le cœur en fête, comme chaque année à ce temps-ci. J’ai de si belles images des mois de mai de ma jeunesse!

Monument à la Vierge, 1963 (communément appelé « la Grotte »).

Ainsi, quand j’étais étudiante et qu’on allait au « Mois de Marie », il me semble qu’il faisait toujours beau. Je me rappelle aussi qu’en sortant de l’église, on s’attardait pour cueillir des lilas derrière le vieux presbytère; curieusement, les photos de cette époque indiquent que le terrain était entouré d’une clôture pas mal haute et difficile à enjamber. Sans doute y avait-il un passage quelque part, car dans le film tout droit sorti de ma mémoire, je marche en riant et en chantant avec quelques jeunes aussi folles que moi et on a chacune un bouquet de lilas! On était très assidues au « Mois de Marie » qui avait lieu tous les soirs de mai, sauf peut-être le dimanche, sur ce point, mon souvenir n’est pas clair. Évidemment, n’ayant pas l’habitude de sortir le soir les jours de classe, ces exercices de piété étaient pour nous une occasion rêvée! À bien y penser, il y avait certainement des soirs où il pleuvait et certaines années, forcément il devait bien arriver que la floraison des lilas soit en retard. Comme quoi la mémoire ne conserve dans son album de photos que ce qu’elle veut bien garder!

Durant mes dernières années d’étudiante au couvent, je me souviens que parfois, au mois de mai, on s’installait sur la galerie le soir pour étudier; les examens de fin d’année approchaient, il fallait redoubler de zèle. Mais quel plaisir nous avions! Comme dans la chanson interprétée par Dominique Michel, En veillant sur l’perron, on se moquait des gens qui passaient et on riait beaucoup pour tout et pour rien. J’avais un petit poste de radio à « transistor », que je plaçais pas loin de la porte, car ce bidule n’avait pas une grande portée et il fonctionnait mieux à l’intérieur qu’à l’extérieur. On écoutait les chansons du Hit Parade américain. Il y avait un nouveau chanteur, canadien celui-là, il s’appelait Paul Anka; à ma connaissance, il est toujours vivant; je l’espère bien, il a mon âge ! Alors quand on entendait un des succès de ce chanteur, soit Diana ou Put your head on my shoulder, c’était l’euphorie! On chantait à tue-tête, sans connaître les paroles, mais ça n’avait aucune importance. Finalement, je ne crois pas qu’on étudiait très fort. De ces moments de notre jeunesse où nous étions, selon les adultes, « pas raisonnables » et « énervées », je ne garde que des souvenirs heureux.  Oui, vraiment, je ne regrette rien de nos folies de jeunes étudiantes. C’était le bon temps!

Un souvenir plus lointain se pointe… il date de mai 1949. Au cours de l’année scolaire, je demeurais chez Aurore et Lauréat Laplante, soi-disant parce que c’était plus près pour aller au couvent, mais en plus, cette année-là, ma famille était occupée par le déménagement qui à l’époque, avait toujours lieu le 1er mai. J’avais gagné lors d’un concours un cabaret décoré d’une image sous verre représentant l’Angelus de Millet. Aurore m’avait suggéré de donner ce cabaret à maman pour la fête des Mères, qui avait lieu le dimanche suivant. Je ne gagnais jamais rien dans les multiples tirages pour les œuvres missionnaires des Sœurs, et cette fois j’avais reçu un prix; je ne me souviens plus pourquoi, sans doute pour un concours de français. Inutile de dire que j’en étais très fière! Mes parents venaient d’emménager dans la vieille maison de pierre, sur la rue qui s’est appelée plus tard Johnson. C’était la première fois où j’allais dans cette nouvelle demeure, et de plus la première fois où je sortais non-accompagnée, sauf pour aller à l’école ou à l’église. Je revois encore Aurore et Lauréat, debout sur le coin de la galerie, qui me suivaient du regard jusqu’à ce que j’aie tourné le coin de l’hôtel Deschambault, lieu de perdition et endroit dangereux en raison des autos qui arrivaient et repartaient à toute heure du jour. C’était aussi la première fois où je marchais dans la vieille route, j’avais 7 ans… Imaginez, c’était toute une aventure! Par la suite, j’ai pris l’habitude de me rendre chez nous à chaque congé et pour les vacances. En 1957, à la fin de mes études au couvent, je suis revenue dans ma famille pour y demeurer, et ce, jusqu’à mon mariage.

Maison Genest, en 1955.

La vie est drôlement faite… après avoir réintégré le cercle familial, dès 1958, je retournais chez les Laplante pour travailler au Central du téléphone, d’abord comme remplaçante et après l’intermède « presseuse » à Ville Le Moyne, je repris le chemin du Central jusqu’en mai 1964.  J’étais prédestinée à fréquenter la vieille maison sise aujourd’hui au 215, sur le Chemin du Roy, puisque mon frère et sa famille y habitent depuis 1974.  À chaque fois que j’y vais, le souvenir des personnes que j’ai connues me revient… et encore plus, depuis le départ de ma petite belle-sœur Diane, qui nous a quittés il y aura bientôt un an.

Moi au 215, chemin du Roy, en 1957…

Aujourd’hui, il n’y a plus de célébration du « Mois de Marie » à l’église et quand je m’assois sur la galerie, c’est pour lire ou pour admirer le paysage, le même depuis plus de 45 ans, mais dont jamais je ne me lasse. J’aime toujours autant le mois de mai et quand je cueille mes lilas sur le bord de la côte en face de chez moi, il me semble que je retrouve un peu de l’insouciance de mes jeunes années!

© Madeleine Genest Bouillé, 27 avril 2017