Quand on aime la Bonne Chanson

J’ai parlé déjà des soirées « Bonne Chanson » qui avaient lieu au Vieux Presbytère, au cours des années 90.  Lors des soirées musicales, il y avait toujours un moment, généralement vers la fin, où entraînés par la musique, quelqu’un entonnait une chanson, puis une autre! Alors on finissait par chanter en chœur et souvent le concert improvisé se prolongeait… Quand on se quittait, c’était en disant : « On devrait donc en faire plus souvent, des soirées comme ça! » Je dirais que c’est sans doute de ces fins de veillées que sont nées les « Soirées Bonne Chanson ». Elles ont cessé pour je ne sais plus quelles raisons; chose certaine, le répertoire n’était pas encore épuisé.

Ce vendredi  27 septembre dernier, dans le cadre des Journées de la Culture, la Biblio du Bord de l’eau recevait un pianiste de la région, Ghislain Dubé, lequel nous offrait un spectacle sur les plus beaux thèmes de « la Bonne Chanson ». L’assistance était composée en majorité de personnes plus jeunes de cœur que d’ans!  Des gens, disons, du temps où presque chaque famille possédait les fameux cahiers de l’abbé Charles-Émile Gadbois. Pour rendre la soirée encore plus vivante, les participants était invités à chanter les vieux airs connus. Alors même si tout le monde n’avait pas les paroles, on chantait quand même! Après quelques ritournelles, pour nous donner la chance de souffler un peu, notre invité se permettait une musique un peu plus classique… le temps qu’on reprenne notre souffle, en écoutant de belles mélodies. Et on y allait pour encore quelques chansons dans le genre de : Le petit cordonnier, La Cantinière, Ah! si mon moine voulait danser… et combien d’autres! Quelle belle soirée! Bien trop courte, de l’avis des participants. Heureusement, un goûter composé de délicieux produits locaux, est venu mettre le point final aux commentaires élogieux qui disaient à peu près tous la même chose « Il devrait donc y en avoir plus souvent des soirées comme ça! »Plus ça change, plus c’est pareil!

Et je reviens aux « Soirées Bonne Chanson » du temps jadis. La première fois, je me souviens, c’était en novembre; les soirées plus longues étant tout indiquées pour ce genre de divertissement, nous avions eu une très belle assistance. Comme on ne savait pas  quelle serait la réponse des gens, on avait préparé un programme « au cas où », pour débuter la soirée et réchauffer la salle, en se disant que la suite viendrait tout naturellement, dès lors que les participants proposeraient une chanson, en solo, en duo, ou en chœur. Et c’est ainsi que  les choses se sont déroulées.  Dans la publicité, on avait invité les gens à apporter leurs cahiers de La Bonne Chanson, alors, spontanément, des petits groupes se formaient et on chantait ensemble. Nous avions fait un choix de chansons qui parlent de l’automne. En commençant par La dernière rose de l’été; sur une musique irlandaise, l’auteur nous dit que « Si demain, tu cueilles une rose dont le cœur est déjà fané… dis-toi bien que cette rose est la dernière de l’été ».  Une autre chanson intitulée simplement Chant d’automne, résume à elle seule nos soirées automnales : « Lorsque le vent du soir s’alanguit et pleure, et que tous les enfants sont dans la demeure… ! qu’il fait bon chez soi près du feu pétillant qui chante. En cercle l’on s’assoit loin de la tourmente. » Il y a des titres qui se ressemblent parmi ces chansons, ainsi une autre mélodie s’appelle Chanson d’automne.  Celle-ci est toutefois une chanson d’amour, dont le refrain dit tristement : « Viens cueillir encore un beau jour, en dépit du temps qui nous presse, et mêlons nos adieux d’amour, aux derniers parfums de la brise. »

Certaines chansons revenaient souvent; ainsi en était-il de celles que tout le monde connaît, dont : Partons, la mer est belle. Tout le monde reprenait en chœur le refrain : « Partons, la mer est belle, embarquons-nous pêcheurs. Guidons notre nacelle, ramons avec ardeur… » Et que dire de Mon chapeau de paille, qui raconte l’histoire d’un patriote de la région du Richelieu en 1837 : « À Saint-Denis, près des grands bois, un jour d’orage et de bataille…je mis pour la première fois mon chapeau de paille… Sans égard pour mon beau chapeau, contre l’ennemi, la canaille, nous nous battîmes sans repos… en chapeau de paille ». Comme elles sont belles ces chansons qui racontent l’histoire de nos ancêtres; et elles ne sont  jamais démodées!

À ce que je me rappelle, il n’y a jamais eu de soirée sans l’incontournable Souvenirs d’un vieillard. C’était le plus souvent la chanson de fin de veillée et on reprenait en chœur le refrain : « Dernier amour de ma vieillesse, venez à moi, petits enfants… Je veux de vous une caresse pour oublier mes cheveux blancs. » Vraiment, que de belles heures remplies de musique! Nul doute qu’on devrait en faire encore des soirées comme ça!

© Madeleine Genest Bouillé, 30 septembre 2019

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Laissez les enfants croire aux fées

Certains soirs, je dirais quand même assez souvent, il me prend le goût de voyager… Mon véhicule préféré étant la musique, soit j’écoute de vieux enregistrements de mes chanteurs et chanteuses préférées de jadis, que je ne me lasse point d’entendre. Ou encore, je vais chercher sur Internet les mélodies interprétées par des artistes dont je n’ai pas les CD. Je me promène dans les années 80, 70, 60 et parfois plus loin encore. Selon les chansons ou pièces instrumentales que je choisis d’entendre, je fais un voyage dans le temps!

Aujourd’hui, j’ai envie de vous présenter une chanteuse dont j’ai toujours aimé la voix. Il s’agit de Vicky Leandros, de son vrai nom Vassilliki Papathanassiou, née en 1949 à Corfou en Grèce. On a commencé à l’entendre en 1967, alors qu’elle chantait L’amour est bleu. Certains se rappelleront aussi cet autre succès : C’était le temps des fleurs, chanson qui a été tellement populaire dans les années 70. Parmi les mélodies de Vicky que je préfère, il y a Après toi, Il neige sur le Lac Majeur, composition de Mort Shuman en 1972, et surtout  Laissez les enfants croire, dont je vous offre les paroles :

1
Arrive un jour où l’on ne croit plus à rien.
Arrive un jour où le rêve est incertain.
Mais laissez les enfants croire aux fées,
Aux histoires démodées,
Laissez-les donc rêver.
Oh! Laissez les enfants croire au loup,
Qui est loin après tout
Et pas si méchant que nous.

2
Arrive un jour où l’on perd son innocence.
Arrive un jour où l’on perd toute confiance.
Mais laissez les enfants croire encore
Que l’amour est plus fort.
Que la vie, que la mort.
Oh! Laissez les enfants être fous,
Laissez-les croire à tout
Ce qui est perdu pour nous.

Deux de mes petits-enfants, Pierre et Samuel…

On devrait remettre cette chanson en circulation… elle serait bien vite à la mode. Quand je vois nos gouvernants décider que les enfants de quatre ans doivent aller à l’école, j’aimerais qu’ils écoutent cette mélodie, qu’ils en apprennent les paroles par cœur. C’est exagéré? Un peu je l’admets, les chansons étant faites pour toucher pas seulement l’ouïe, mais aussi le cœur. Vous admettrez cependant que ces mots ont un sens profond, comme un cri d’alarme.

Je ne comprends pas qu’on veuille sortir les petits de leur enfance si tôt. Pourquoi cette hâte à faire entrer les enfants dans le système? Ils expérimentent déjà tout plein de choses chez leur gardienne. Comme à la maison, les enfants y font l’apprentissage de la vie en société, avec des enfants d’âges différents, mais en nombre restreint. Dans ce climat familial, ils apprennent aussi des rudiments de matières scolaires qu’ils connaîtront mieux à l’école, quand ils seront prêts!

Sans doute que certains grands manitous ne voient que le côté pratique de la chose. Et il y a certainement des joueurs qui ont tout à attendre de cette joute politique. L’innocence, la confiance, les rêves et les fées, c’est bon pour les chansons…

Et moi, comme beaucoup d’autres grand-mères, je répète : « Laissez les enfants croire aux fées, aux histoires démodées… »

© Madeleine Genest Bouillé, 10 septembre 2019

La rentrée…

En faisant du ménage, j’ai retrouvé un vieux cahier d’école. Je l’avais conservé parce que c’était un cahier de rédactions. Je n’ai gardé aucun livre ou cahier concernant les mathématiques, étant donné que c’était mon cauchemar!

À la date du 15 septembre  1955, j’étais en 10e année;  j’avais rédigé  ce texte qui avait justement pour titre : « La rentrée ».

« Nous sommes au matin du 7 septembre. Aujourd’hui c’est la rentrée. Finies les vacances! Finies les longues promenades et les excursions! Maintenant c’est la classe avec l’étude, les leçons, les devoirs. Mettons-nous-y avec ardeur pour une meilleure année scolaire. »

On dirait une publicité pour du matériel scolaire, mais je continue!

« Nous voilà dans la cour de l’école. Les élèves arrivent, quelques-unes en se traînant les pieds, la plupart en chantant et en riant. Les premières pensent encore à tout ce qu’elles viennent de quitter: «  Ah! Si les vacances pouvaient durer plus longtemps », dit Huguette » – « Finies les baignades, les jeux de toutes sortes », réplique Diane. Et l’on continue de regretter les vacances sans penser aux joies du retour, joie de se retrouver entre camarades. Comme c’est bon tout cela!  Les autres n’ont pas le temps de regretter : il y a tant de choses nouvelles. Premièrement la nouvelle maîtresse: «  Comment est-elle ?», questionne Pierrette, « Sera-t-elle sévère? » demande Aline, toujours craintive. Et les questions se poursuivent. Naturellement on regrette un peu l’ancienne maîtresse : « Elle était si gentille », dit Claudette. »

Et la rédaction continue; on énumère les matières scolaires, celles qu’on aime et celles qui nous donnent du fil à retordre. Comme je l’ai écrit dans ce texte :  « …jusqu’à ce que la cloche nous surprenne en train de bavarder. » Et alors je décrivais la classe, où je venais de passer deux années, toute rafraîchie, propre, le plancher reluisant… pas pour longtemps! Il semble que la statue de la  Sainte Vierge avait une nouvelle parure de fleurs – certainement des fleurs en papier  faites par les religieuses. On n’était pas encore à l’ère des fleurs en plastique.

 Je poursuis : « Maintenant, vous voulez  mes impressions: les voilà!  Je vous dirai bien en toute franchise que j’ai passé de très belles vacances, mais que je suis très heureuse de recommencer, parce que, à la longue, voyez-vous, les vacances, ça deviendrait monotone. »  Oui, c’est bien vrai, j’ai écrit cela!  Qu’est-ce qu’on ferait pas pour obtenir des bonnes notes!

Il fallait bien parler de la nouvelle religieuse: « Revenons aux élèves qui sont accueillies chaleureusement par leur nouvelle maîtresse. Tout de suite, elle fait bonne impression sur les élèves et nous avons confiance en l’avenir. »

Je terminais avec ceci: « Agenouillons-nous pour la prière du matin : Pater, Ave, invocation. On se relève pour offrir la nouvelle année scolaire au Saint-Esprit en chantant ::« Ô Saint-Esprit venez en nous, embrasez notre cœur de vos feux les plus doux. »

J’avais reçu un beau 85% et une note  qui disait: « Beau travail… surveillez l’écriture! »

Il y a de cela 64 ans!  Bonne année scolaire à vous tous, étudiants, parents et professeurs!

© Madeleine Genest Bouillé, 1 septembre 2019

Avec les mots de ma sœur : les vacances de tante Thérèse

Dans ce dernier épisode du journal de ma sœur Élyane, nous rencontrerons tante Thérèse, l’aînée des filles de mon grand-père Petit, tante Thérèse qu’on appelait familièrement « Daise »…

« Vendredi 19 août 1994, 8h p.m.

Le bel été s’en va…je me souviens autrefois, en cette mi-août (comme aujourd’hui), on parlait de la rentrée des classes. Sur l’Action Catholique, le journal qu’on recevait, il y avait de pleines pages de «  robes de costumes », chaque communauté de Sœurs avait son costume pour les élèves. Maman s’amusait à me montrer ça… je regardais, la mort dans l’âme, sachant bien que ces annonces signifiaient la fin des vacances. Mais dans les années 42-43, les environs du 15 août pouvaient être joyeux, car ma belle et gentille tante « Daise », qui travaillait à Montréal, venait passer sa semaine de vacances. Elle arrivait le samedi matin par le train qui entrait en gare du C.P. au 2e Rang, à 4hres du matin. C’était tellement une fête, que Claude (son filleul) et moi, on allait coucher chez les grands-parents, dans le « pit » au 3e étage, pour être là, à tout voir, tout entendre. Je me rappelle qu’une année, Pépère était debout de bonne heure et chantait de sa voix puissante : « Vainement, ma bien-aimée… on croit me désespérer… ». L’Aubade du Roi d’Ys, c’était « sa » chanson. Je suis encore toute émue à me rappeler cette voix et cette façon de chanter.

Tante Thérèse avec mes parents, Jeanne et Julien.

Et tante Daise ne venait jamais toute seule, des fois c’était avec tante Nini (une sœur de Mémère), ou les cousins Jacques, Simone, Évangéline… et la semaine de vacances était bien remplie. Fallait descendre au fleuve se baigner, aller en « flat » avec les Delisle (y avait rien qu’eux qui avaient des chaloupes). Fallait aussi aller sur le Cap, le « paradis terrestre », où il y avait des cerises, des catherines, et il fallait prendre des photos, beaucoup de photos, et j’étais là, je manquais rien… j’étais bien trop belette! Et le soir, il fallait bien une ou deux petites veillées de musique, ma tante se mettait au piano, Pépère, lui, jouait du violon. Gisèle pouvait prendre la guitare, et ça chantait. Et on retournait sur le Cap, il fallait emporter un pique-nique; on revenait les bras chargés de branches de cerisiers, de pommes, les dents noires d’avoir goûté aux cerises sauvages… des fois, les jambes grafignées par les mûriers, mais que c’était joyeux! Ma tante « Daise » avait toujours des petits cadeaux. Un jour elle m’avait donné un magnifique ruban bleu pâle avec bordure de cordonnet rouge et blanc, avec lequel ruban je me faisais une boucle pour attacher mes cheveux. Je me suis toujours souvenue de ce beau ruban, merci ma gentille tante! »

Si vous possédez mon deuxième livre, Récits du bord de l’eau,  à la page 27, le texte intitulé « la marguerite effeuillée », raconte dans les grandes lignes l’histoire de ma tante Thérèse que j’ai appelée Marguerite. Le dernier paragraphe dit comme ça : « En octobre, alors que les feuilles tombaient des arbres, la marguerite perdit ses derniers pétales. Selon les termes du temps, une péritonite éclatée emporta Marguerite à l’âge de quarante-trois ans. Elle laissait dans la peine quatre jeunes enfants, un mari effondré, une famille qui l’adorait et pour tous ceux qui l’avaient connue, le souvenir d’une femme au sourire éclatant, comme une marguerite en plein soleil ».  C’était en 1951.

© Madeleine Genest Bouillé, 8 août 2019

Avec les mots de ma sœur…

En septembre 2018, je vous avais fait connaître quelques pages d’un petit journal que ma sœur a tenu durant quelques années. Presqu’un an déjà! Vous vous souvenez?

Ma sœur Élyane et mon frère  Claude, étant les deux aînés de la famille, ont connu un autre genre de vie que les plus jeunes. Quand nos aînés étant enfants, papa travaillait à Deschambault, mes grands-parents étaient encore très actifs, et surtout, Élyane et Claude se retrouvaient souvent dans la maison du cordonnier.

Ma sœur a perdu son mari en septembre 1993; depuis plusieurs mois, il était en attente d’une chirurgie cardiaque, et comme il était diabétique, son état empirait de jour en jour.

Odilon et Élyane lors d’un bal d’époque au Vieux Presbytère (© coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Pour ceux qui ont connu Odilon, c’était le frère, le beau-frère, l’oncle, enfin, le parent ou l’ami que tout le monde veut avoir! Toujours de bonne humeur, même au cours des dernières années où sa santé s’était très vite détériorée. Mais je laisse parler ma sœur en ce beau mois de juillet 1994… elle vous racontera, entre autres choses, le jardin de notre grand-mère :

« Vendredi 8 juillet, 8h p.m.

Comme il s’en est passé des événements depuis l’an dernier, en août… Mon cher Amour, je te parle et t’entends souvent, mais il me faut regarder ta photo. Les oiseaux chantent leurs plus beaux chants, perchés dans les érables, avant d’aller dormir. Il vient des odeurs de viande qui cuit sur un barbecue… y a encore des gens qui mangent dehors.

Autrefois chez Pépère et Mémère, à 6hres, la vaisselle était déjà lavée. Mémère allait travailler dans son immense jardin, en prenant soir de se « mettre quelque chose sur le dos », fallait faire attention de ne pas « prendre le serein »; elle mettait le premier chandail ou veston à portée de sa main. Pépère s’asseyait sur le bord de la galerie, les jambes pendantes, en fumant sa pipe, souvent son voisin et ami, Narcisse Naud venait faire une jasette.

Claude et moi on jouait et lorsque la brunante venait, on prenait des bâtons et on courait les chauves-souris, Ça arrivait souvent que je me barrais les pieds sur la grosse marche de pierre (qui est encore là) et je m’écorchais un genou; là, Mémère accourait avec son onguent de zinc, m’enduisait l’écorchure et faisait un pansement avec une guenille; on veillait dehors longtemps, Pépère se décidait à allumer la lumière seulement à 9h30.

Puis, à 10hres, vu qu’on avait soupé à 5hres, on avait faim; on partait à tâtons dans le jardin et on allait se chercher des feuilles de salade et des radis pour mettre sur nos beurrées. C’était le temps de l’insouciance, de la jeunesse; Claude s’amusait franchement, sans arrière-pensée; tante Irma lunchait d’un œuf au miroir et des patates rôties, tantes Gisèle et Rollande riaient de tout et de rien, juste moi, qui, lorsque tout le monde s’amusait, je sentais une nostalgie m’envahir, eh oui! Déjà à 9-10 ans, j’aurais voulu retenir le temps… Je regardais les étoiles me demandant s’il y avait quelqu’un là-haut, et de quoi ils avaient l’air. Lorsqu’on avait la chance que le « bateau de la malle » passe – les paquebots CSL –, on regardait de tous nos yeux. Que c’était donc beau, toutes ces lumières et comme on les trouvait chanceux, les gens qui voyageaient sur ces bateaux!

Chez Pépère et Mémère, c’était mon paradis!… Je regardais au « Su » (sud), m’imaginant un autre paradis, ne sachant pas qu’un jour, juste en arrière de la lisière de Lotbinière, j’irais avec mon amoureux y voir sa famille, et lorsque je regardais au loin, par en bas, vers Portneuf, il me semblait que c’était là, « les vieux pays »; j’étais sûre qu’il y faisait toujours beau et chaud… Puis le jardin de Mémere… c’était merveilleux! Le vieux cerisier contre la clôture, dont les cerises faisaient envie à tout le monde… quelques pruniers par contre, n’ont jamais donné de prunes, puis il y avait le pommier, le noyer qui était trop jeune pour avoir des noix, les gadelliers, les rosiers les pavots, des centaurées au bleu mauve, et naturellement, les carrés de fines herbes, les radis, la salade, les plants de tomate avec leurs tuteurs, et près de chez Ti-Coq, la talle de lilas. Dans le penchant, vers la côte, il y avait le blé d’Inde, les petits pois que je vidais en cachette, les gourganes, des talles de marigolds, des concombres, des citrouilles, des patates, des carottes, etc…Des fois on avait la job, Claude et moi, de faire la chasse aux bêtes à patates, on les ramassait dans une « canne ». En arrière de chez Johnson, il y avait des framboisiers, de la rhubarbe, encore des patates, et d’autres choses.  Au bord de la côte, y avait des érables à Giguère, que Pépère entaillait au printemps. Des fois ma bonne Mémère faisait du miel avec des trèfles et des roses, c’était bon, mais ça passait vite… »

 * * * * *

Moi, je me souviens vaguement du grand jardin de ma grand-mère. Ce potager s’étendait alors jusque chez M. Perreault (aujourd’hui chez Jacqueline Chénard), la maison des Tousignant n’étant pas encore construite. J’entendais les gens du village parler du jardin de Madame Pétit – avec un accent aigu. Quand quelqu’un parlait de Monsieur ou Madame Petit, sans accent, c’était certainement un étranger! Je vous reviens bientôt, avec un autre texte de ma sœur où on fait plus ample connaissance avec notre tante Thérèse, l’aînée des filles du cordonnier.

Blanche et Tom.

© Madeleine Genest Bouillé, 6 juillet 2019

Notre premier chez-nous

Comme je l’ai déjà mentionné, nous nous sommes mariés le 24 juin 1964… il y a déjà cinquante-cinq ans! C’est pas croyable comme ça passe vite. Après la lune de miel en Gaspésie, nous entrions dans notre premier « Chez-nous ». Sauf que ce chez-nous, nous le partagions avec la Caisse Populaire jusqu’à la construction du nouvel édifice, à l’automne 1969. Nous avons donc vécu dans cette maison jusqu’en 1971, alors que nous  déménagions dans notre demeure actuelle avec nos trois garçons.

Si vous avez notre âge ou à peu près, vous vous rappelez que dans les années 60, la mode était au style scandinave. Avant notre mariage, nous avions été magasiner notre mobilier chez Meubles Gaston Perron. On avait acheté l’ensemble trois pièces, salon, cuisine et chambre à coucher. Le réfrigérateur, la laveuse (à tordeur), de même que le téléviseur provenaient de chez Naud Électrique à Deschambault. Nous n’avions pas acheté de poêle, puisque nous reprenions celui qui était dans la maison. Nous étions fiers de nos achats. C’était tout nouveau, tout beau! Je ne me souviens plus où j’avais acheté les tentures du salon, je me rappelle cependant que pour la cuisine et la chambre à coucher, j’avais acheté du tissu et ma mère avait cousu les rideaux.

La maison était grande, et cela même si le salon double était dévolu aux locaux de la Caisse Populaire. Habituée que j’étais à la vieille maison de mes parents, surchargée de meubles hétéroclites, ce premier nid me semblait vide… Au début nous n’habitions que le rez-de-chaussée. Le premier automne, j’ai eu mon piano qu’on avait placé dans le salon double; je ne pouvais en jouer que lorsque la Caisse était fermée, mais qu’importe, je m’en contentais! La pièce à l’arrière – deuxième rallonge, a été utilisée comme chambre à coucher jusqu’à l’automne 1966, alors que nous y avons aménagé notre salon. Le mobilier et les tentures étaient de couleur « orange »… on n’y échappait pas! C’était LA couleur à la mode. On avait peint deux des murs en brun « chocolat au lait » et les deux autres en blanc. Nous avions aussi fait l’acquisition d’un meuble stéréo – radio et tourne-disque. C’était le bonheur!

Dans le temps, il y avait souvent des soirées de cartes qu’on appelait « Euchre »; chacune des associations paroissiales avait le sien, qui était alors la levée de fonds annuelle. L’année avant notre mariage, lors d’une de ces soirées, j’avais justement gagné une table à téléphone, munie d’un siège et d’une lampe. J’étais tellement contente d’avoir gagné ce prix! Je ne savais pas alors où nous irions demeurer; la date du mariage n’était même pas fixée, mais pour moi, où que ce soit, il y aurait une place pour mon petit meuble, que j’imaginais tellement pratique!  Finalement, dans notre chez-nous, nous avions un téléphone mural, alors le petit meuble a quand même servi, mais pour autre chose… jusqu’à ce que mes gamins l’utilisent comme char d’assaut ou autre instrument. C’était joli, mais pas très résistant!

En avril 1965 naissait notre premier enfant. Il fallut acheter un lit, une petite commode, que j’avais décorée avec des autocollants, ainsi qu’une chaise haute, un parc et un petit siège d’auto; on était loin alors des sièges que les enfants utilisent aujourd’hui. Surtout que dans l’auto, la plupart du temps, je tenais le bébé sur mes genoux! Et personne n’était attaché… autre temps, autres mœurs! C’est à l’occasion de l’arrivée de notre premier fils que nous avons reçu notre première chaise berçante, cadeau de mon petit frère Georges! À l’automne 1966, après l’annonce du deuxième bébé, nous avons alors aménagé la grande chambre à l’étage pour nous et une plus petite pour les enfants. Maman a encore cousu des rideaux…

Quand nous avons emménagé dans la maison ou nous demeurons toujours, nos fils avaient six, quatre et deux ans. La petite sœur est arrivée en 1975. Même si ce nouveau chez-nous était moins spacieux, avec des plafonds plus bas, nous le trouvions plus clair et plus chaleureux. Dehors, il y avait plus d’espace; il y avait aussi le fleuve juste en face, avec la grève où l’on pouvait aller jouer. Nos oisillons ont grandi, tous sont sortis du nid; ils y reviennent heureusement assez souvent avec les conjointes et conjoint ainsi que les petits-enfants qui sont au nombre de neuf!

© Madeleine Genest Bouillé, 20 juin 2019

Croyez-vous au bonheur?

Je faisais du ménage dans mes paperasses. J’ai commencé par classer ma bibliothèque; c’était pas du luxe! Après cela, je me suis attaquée au tiroir des feuilles de musique de mon gros classeur. Je vous ai déjà parlé de mes tentatives de rangement jamais terminées.  Je ne sais pas combien fois je me suis plongée dans ce classement. Mais voilà, commencer un  ménage, c’est une chose, le finir, c’en est une autre!

Mais là, je m’y suis mise sérieusement. Je n’ai pas jeté grand-chose, seulement les copies supplémentaires. En repassant mes partitions, j’ai remarqué que plusieurs chansons parlent du bonheur. C’est un thème qui revient sur tous les tons, le bonheur à deux, le bonheur tout court, le bonheur qui s’en vient ou qui s’en va. Sur Facebook aussi on voit souvent des pensées ou des poèmes sur ce thème du bonheur. On partage, ça revient, on repartage… Si on ne partage pas, on ne sait jamais, tout à coup il passe dans mon bout, ce cher bonheur, et qu’il ne s’arrête pas parce que je n’ai pas partagé? On a un petit fond de superstition. Mais le bonheur, le vrai, y croit-on vraiment?

D’une chanson à l’autre, je me suis arrêtée à celle-ci, qu’on chantait dans ma jeunesse et qui a pour titre Il faut croire au bonheur.  Il y a trois couplets. Je vous les chante, même si vous n’entendez rien…

Ô toi qui de ma vie
Sais dorer les instants
Ô douce et tendre amie
Fais trêve à mon tourment
Pourquoi rester morose,
Devant les prés en fleurs
Puisqu’il y a des roses
Il faut croire au bonheur!

 Écoute, l’oiseau chante
Il se rit de tes pleurs.
De l’amour qui l’enchante
Il redit la ferveur.
Ne sois pas si dolente
Reviens de ta froideur.
Et puisque l’oiseau chante
Il faut croire au bonheur.

 Vois le ruisseau qui rêve
Il ne sait pas vieillir.
La brise le soulève
Et le fait tressaillir.
La terre est en liesse
Tout chante dans les cœurs.
Devant tant d’allégresse
Il faut croire au bonheur!

Il y en a des chansons qui parlent du bonheur! Je pense entre autres, à Il est où le bonheur?, Le bonheur c’est quand on s’aime, Le petit bonheur de Félix Leclerc et cette très belle chanson de Jacqueline Dulac Lorsqu’on est heureux : 

Lorsqu’on est heureux, on devrait pouvoir arrêter la vie
Arrêter le temps, la terre et les gens qui n’ont rien compris
Lorsqu’on est heureux, on devrait avoir pour unique envie
Tout au long des jours, de s’aimer d’amour…

J’aime bien la musique de cette chanson, mais certaines paroles me posent question, entre autres :

On devrait mourir lorsqu’on est heureux …
Pour ne pas pleurer, ne pas regretter et ne pas vieillir,
Pour ne pas sentir son bonheur finir, on devrait partir.

Qu’en pensez-vous? Moi je ne suis pas certaine que mourir soit la solution. Même si on y vient tous un jour. Il y a des moments où dans la vie on croit que tout est fini et le lendemain ou le jour d’après, le soleil brille à nouveau et on recommence à croire au bonheur.

Si je me tourne vers le petit carnet de pensées qui date de mes dernières années de couvent, j’ai une meilleure opinion du bonheur. Ainsi, il faut prendre les moments de bonheur quand ils passent, les savourer sans penser qu’ils vont peut-être finir, ou ceci : le bonheur est la seule chose qu’on est certain d’avoir lorsqu’on l’a donné. J’aime bien cette citation : le grand secret du bonheur c’est d’être bien avec soi-même. Et que penser de celle-ci: on n’a pas besoin de bonheur pour être heureux. Même s’il est vrai qu’au bonheur humain il manque toujours quelques pièces, il faut se rappeler que c’est en semant de la joie qu’on récolte du bonheur.

Tenez, je comparerais le bonheur au muguet, cette petite fleur de mai qu’on attend depuis la fonte des neiges et dont on guette les premières pousses. On le cueille brin par brin, en faisant attention; on le respire et c’est l’odeur même du printemps! Mais il ne dure pas longtemps… Hélas! Enfin, je dirais qu’on doit accepter que le bonheur soit parfois comme ces visiteurs et visiteuses qui nous arrivent sans crier gare, qui s’installent pour quelques heures ou quelques jours et qui repartent en promettant toujours de revenir… Quand? On ne le sait pas! Enfin, pour terminer je vous laisse cette savoureuse pensée :

Le bonheur, c’est comme le sucre à la crème:
si tu en veux, tu n’as qu’à t’en faire!

© Madeleine Genest Bouillé, 1er mai 2019

Les nouvelles… qui ne sont pas nouvelles longtemps!

Eh! Que les nouvelles vieillissent donc vite! Hier matin, en feuilletant le journal du jour, qui était le 8 mai, j’ai eu l’idée de noter des idées pour faire un « grain de sel » sur ce sujet : l’Actualité.

En première page, on voit Gilles Kègle, ce saint homme qui a depuis déjà longtemps sa place réservée au Paradis. Et quand je dis « depuis longtemps », je n’exagère pas. En 1992 ou 93, je faisais partie du comité de Pastorale scolaire, au 2e cycle du primaire. Nous avions un curé qui aimait sortir des sentiers battus (au propre comme au figuré).  Alors souvent pour emmener les jeunes à comprendre les dogmes de la foi chrétienne, nous prenions des exemples très concrets avec des personnages connus. Justement, les journaux de cette année- là parlaient de plus en plus de cet infirmier des pauvres qui œuvrait à Québec. Je me souviens qu’on avait demandé aux jeunes de trouver soit sur un journal, une revue ou à la télévision, un personnage qui se rapproche de ce qu’était « un apôtre » au temps de Jésus. Nous avions eu des réponses variées et très intéressantes. Je me rappelle surtout que le nom de Gilles Kègle revenait à plusieurs reprises. Et le personnage qui suivait de près M. Kègle était Mère Térésa. Il y a de cela 25 ou 26 ans… ces jeunes de 5e et 6e année sont maintenant dans la trentaine. S’ils suivent le fil de l’actualité, je me demande si la photo de Gilles Kègle qui circulait hier leur a rappelé quelque chose…

Gilles Kègle (photo: Le Soleil, Érik Labbé).

Je continue donc de défiler ce qui faisait hier la manchette des médias. La laïcité, sujet dont on n’aura jamais fini de discuter, avec en primeur, l’intervention de M. Bouchard, ce savant qui est sorti des boules à mites pour expliquer ce qu’il avait recommandé en 2008, lors de la commission sur les accommodements raisonnables. Visiblement personne ne semble avoir compris le sens profond de ce qu’il suggérait, enfin, pas de la même façon (c’est toujours comme ça avec les gens trop instruits). Deuxièmement, la « Profession de foi » de M. Legault, qui est tombée à pic comme un beau galet bien rond en créant beaucoup de « ronds dans l’eau »! C’est du bon monde, notre premier ministre… moi je pense qu’il fait son possible.

Évidemment, le sujet majeur en ce 8 mai était encore « la petite fille de Granby ».  J’aurais aimé qu’on lui laisse au moins son nom. Qu’est-ce que ça aurait changé? Les voisins l’auraient reconnue, mais déjà ils savent qui elle est. Sa photo a circulé sur Facebook dès le lendemain du drame. Cette victime d’une famille toute croche sera pour toujours et à jamais « la petite fille de Granby »! Triste réalité d’un monde peut-être pas pire que jadis, mais où tout est dévoilé, surtout les mauvais coups.

Bien entendu, le réchauffement de la planète est toujours d’actualité. C’est le sujet qu’on retrouve généralement dans les dix premières pages du journal. Qu’il s’agisse des inondations, de la température, du pétrole, du plastique, des déchets et combien d’autres choses qui font partie de ce sujet aussi vaste que la planète elle-même. On y revient toujours. Cela doit signifier que c’est devenu une priorité et qu’on ne peut tout simplement pas faire comme s’il n’y avait rien là!

Crédit : NiklasPntk / Pixabay

Un genre de « fait divers » qui n’en est plus un, c’est quand on nous rapporte les méfaits d’un chien méchant. Certaines espèces de chien sont manifestement plus féroces que d’autres. Mais les propriétaires y sont attachés autant sinon plus que si c’était leurs enfants. Vraiment, on n’entend pas souvent parler de sévices envers un chien, y aurait-il plus d’enfants que de chiens maltraités? Enfin, il me semble que le sujet des chiens méchants revient pas mal trop souvent. Il existe pourtant des lois!

Dans les pages consacrées aux nouvelles internationales, les États-Unis occupent toujours quelques pages, en bonne place; on est voisins ou on l’est pas! Que ce soit pour parler d’une énième fusillade dans une école, ou des « bêtises » du président Trump, les journalistes ont toujours quelque chose à raconter.  Pour ce qui est du reste du monde,  les attentats font malheureusement trop souvent l’objet des nouvelles. Je ne suis pas régulièrement le fil de l’actualité, de sorte que je me demande parfois qui sont les « bons » et qui sont les « méchants ». Avouez que ce n’est pas toujours facile à démêler. Heureusement, il y a parfois une bonne nouvelle, soit la naissance d’un petit prince ou d’une princesse dans la famille royale d’Angleterre.  Avec cette belle famille, Sa Majesté  est assurée d’une belle relève!  Elle pourrait prendre sa retraite…

Enfin, pour terminer sur une belle note, dans un article intitulé : Dialogue avec le temps, ce journal du 8 mai soulignait le 90e anniversaire de Madame Antonine Maillet, l’auteure de la Sagouine et de plusieurs autres romans ayant pour cadre l’Acadie. On profite de l’occasion pour nous présenter son dernier livre, « Clin d’œil au temps qui passe ».  Heureux anniversaire Madame Maillet!  Merci pour vos  si belles histoires!

© Madeleine Genest Bouillé, 9 mai 2019

De Mariette… au litre en carton

Vous n’avez pas connu Mariette? Bien sûr que non, c’était la vache de mon grand-père! Jadis, il n’était pas rare de voir des gens qui, bien que n’étant pas agriculteurs, possédaient quelques animaux, soit une vache, un cochon, un cheval et parfois aussi des poules. Du moment qu’ils avaient un bout de terrain suffisamment grand et un « bâtiment » qui pouvait loger l’étable et le poulailler, ça suffisait. Du vivant de son épouse Blanche Paquin, mon grand-père, Edmond Petit le cordonnier, que tout le monde appelait « le Père Tom », avait une vache qu’il faisait paître sur le terrain qu’il possédait en bas de la côte, près de la grève. Il avait aussi des poules et un cochon, lequel disparaissait en décembre, pour revenir sur la table sous forme de rôti, boudin, cretons et autre boustifaille.

Blanche et Tom.

Blanche, ma grand-mère, qui était en même temps la cousine de son mari, avait coutume de donner des prénoms aux animaux qui faisaient partie de la famille. Ainsi, la vache – qui n’était pas toujours la même d’année en année – s’appelait invariablement Mariette, comme la chatte, qui avait pour prénom Henriette, quelle que soit sa couleur. Blanche avait un vocabulaire bien à elle, ainsi, elle faisait un dessert qu’elle appelait « des poulets à la rhubarbe ». C’est un des plus lointains souvenirs que j’ai de ma grand-mère; je croyais alors dur comme fer, que je mangeais des petits poulets cuits avec de la rhubarbe. Cette recette était tout simplement ce qu’on appelle des «  grands-pères ». Et que dire de ces dictons qu’elle nous rappelait à tout propos: « Le soleil se couche dans l’eau, il va mouiller. » « Mets pas ton chapeau sur le lit, c’est de la badluck » « Si tu sors de la maison par la porte d’en avant, reviens pas par la porte d’en arrière, tu vas être désappointé »… Après la pluie, il était interdit d’ouvrir le parapluie dans la maison pour le faire sécher, surtout pas! Car ça ferait tomber encore de la pluie! Et combien d’autres maximes, où il était souvent question de malchance!  En plus de ses nombreuses tâches, ma grand-mère tenait les comptes de la cordonnerie, car mon grand-père oubliait souvent de noter ses heures de travail. Sauf que Blanche avait la manie de rebaptiser tout le monde, donc seuls les gens de la maison pouvaient savoir qui était « Le grand Jésus de tôle » ou « Madame Pâté aux patates ». Mes tantes qui vivaient dans la même maison que mes grands-parents, avaient hérité de cette coutume d’affubler les gens de leur connaissance de noms plus ou moins gracieux. Ainsi, nous avons eu un certain temps un curé qu’on appelait « Monsieur le curé Tarte aux cerises ».  On a du Petit ou on n’en n’a pas!

Même si elle donnait des noms à tout le monde, y compris les membres de la famille, ma grand-mère n’était pas une femme joyeuse. Tout d’abord, il faut dire qu’elle travaillait  d’une étoile à l’autre. Toute menue, dotée d’un tempérament nerveux, elle mangeait et dormait très peu et elle s’inquiétait à propos de tout.  Prenant grand soin de préserver son fragile teint de rousse, elle portait été comme hiver des robes boutonnées jusqu’au cou avec des manches longues. Elle adorait son jardin et pour y travailler, elle mettait des vieux gants pour ne pas abîmer ses mains. Je n’ai jamais su de quel mal elle souffrait;  je sais seulement qu’elle est décédée à 74 ans après une longue maladie.

Après le décès de sa Blanche mon grand-père, qui avait déjà 83 ans, s’est débarrassé des animaux. Comme on dit, il avait pris un coup de vieux! C’était le début des années 50, il avait de moins en moins d’ouvrage; les chaussures s’avéraient moins résistantes, mais aussi difficilement réparables, étant le plus souvent fabriquées de cuir synthétique. La mode pour les femmes était alors aux souliers à bout pointu et à talons aiguilles… impossible d’y poser des fers, ou une nouvelle semelle. La boutique de cordonnerie était devenue surtout le lieu de rencontre des vieux amis du Père Tom : Ulric Gignac, qui a vécu au-delà de 100 ans et le voisin Narcisse Naud, qu’on appelait « le Père Nono ».  Edmond est allé rejoindre Blanche en novembre 1955, il avait 87 ans.

La boutique du cordonnier…

Adieu poules, vaches et cochon! Désormais, on achetait la viande chez le boucher et le lait, du laitier. Je me souviens du tintement des pièces de monnaies dans la pinte vide qu’on déposait sur la galerie et aussi de la bouteille pleine de lait qu’on recevait en retour, avec une bonne couche de crème sur le dessus. De temps à autre, Maman se dépêchait de ramasser précieusement cette crème épaisse et de l’utiliser pour faire son sucre à la crème. Maintenant, les supermarchés nous vendent des cartons d’un demi-litre pour la crème, qui est étiquetée « à fouetter », « à cuire » ou à je ne sais trop quoi encore… et des litres en carton pour le lait, à 1% ou 2% de gras.  Et pour finir mon histoire sur une note joyeuse, j’ajouterai que le clos où paissait Mariette est devenu une zone résidentielle où demeurent des gens qui sont sans doute très heureux de vivre ainsi tout près du fleuve.

© Madeleine Genest Bouillé, 13 avril 2019

C’est la faute de la Lune!

Comment se fait-il  qu’il y ait autant de neige, à la fin de mars?  Il en est tombé beaucoup, c’est vrai.  Et l’hiver nous est tombé dessus très tôt,  ça aussi  c’est vrai.  Étant donné que, depuis mon jeune âge, j’ai toujours entendu les «  vieux » ( 50 ans et plus ), parler de lune en retard, de lune du matin et de celle du soir … Bref, j’ai cru comprendre que la lune  pourtant  toujours accrochée  à son perchoir,  est responsable de bien des choses, surtout des dérangements de la température. Donc, comme ce sujet m’intéresse, j’ai cherché un peu partout des réponses à mes questions, car je n’ai  malheureusement pas fait d’études en cette matière.

À l’époque –  celle de  mon enfance –  on entendait  régulièrement les anciens parler de la lune, comme d’une personne  bien connue, on disait :   la lune  a les cornes longues, il va faire froid… la lune a les cornes par en bas, on va avoir de la pluie… la lune est brouillée, elle est cachée, et quoi encore! La lune faisait partie de la famille. Si bien  que j’entendais parfois  des  femmes adultes  parler de  Dame Lune  comme d’une espèce de sorcière  qui réglait  des  détails  d’un domaine uniquement féminin,  comme si elle en était la responsable.  Ce à quoi je ne comprenais évidemment rien de rien!

J’ai grandi avec cette  parente lointaine  qu’on ne voyait pas toujours  mais dont  l’influence sur  la température, la santé, le moral aussi parfois, était incontestable. Est-ce qu’on vous a déjà dit que vous étiez «  mal luné »?  Voici donc l’essentiel de mon propos : si le printemps est en retard, c’est que la lune est aussi en retard.  Voilà!  Tout est dit… Non?  Ah oui!  Comment la lune peut-elle être en retard?  J’avoue qu’il m’en manque un bout…  Ah! si mon frère Florent était encore de ce monde, il m’expliquerait tout ça!   Je vais donc essayer de faire du mieux que je peux.

Partant du principe qu’il y a un certain nombre de lunaisons  dans une année  et que  les mois du calendrier ne tiennent pas compte  des caprices de Dame Lune, ça complique un peu les choses. Tenez, le calendrier de 2002 est exactement pareil à  celui de cette année, et pourtant, Pâques était le 31 mars… la lune ne devait donc pas être en retard!  Si vous avez un calendrier où sont inscrites les phases de la lune – le meilleur est celui de Notre-Dame du Cap – il  comporte aussi les noms des saints,  mais  surtout vous avez les phases de la lune.  Vous voyez la lune noire avec les lettres  NL  pour nouvelle lune; il y a même l’heure où elle se lève.  La nouvelle lune  est aussi appelée  la lune noire, car elle est tellement nouvelle qu’on ne la voit pas!  Elle est souvent au début du mois, mais  comme  la lunaison n’a pas toujours le même nombre de jours que le mois du calendrier,  pendant un certain temps  la Nouvelle Lune  arrive au début du  mois en cours mais comme vous pourrez le remarquer en juillet de cette année, la lune «  noire » arrivera le 1er et elle reviendra le 31.  Par la suite elle sera au poste à la fin du mois jusqu’en décembre  où elle  tombe pile le 26… donc retenez ceci : il n’y aura pas  de clair de lune  la nuit de Noël!

Environ une semaine après la Nouvelle Lune,  c’est le P.Q. –  Premier Quartier, et par les beaux soirs,  la lune commence à se montrer.  Une autre semaine, un peu plus ou un peu moins, et c’est enfin  la Pleine Lune – P.L. Si le beau temps s’y met  on aura de belles soirées au clair de lune. Hélas, une semaine, c’est vite passé!  Et le Dernier Quartier   D.Q.  qui n’a  pas grand-chose à exhiber  tentera quand même de nous  charmer avant d’aller se coucher!

Bon, nous avons appris les phases de la lune. C’est déjà ça de pris. Pour ce qui est du  retard des saisons, ça se complique. Je citerai mon grand-père qui,  en véritable oracle, disait: «  Pâques tombe toujours dans le décours de la lune de mars.».  Vous avez  saisi, j’imagine,  que le «  décours »  veut dire le «  décroissant ». Ceci explique cela : le mois prochain, la pleine lune tombera le 19 avril et le 21 ce sera le dimanche de Pâques.  Donc, pour finaliser tout ce beau verbiage,  je constate sur mon calendrier que la Nouvelle Lune de mars  est le 6  avril… j’en déduis donc que effectivement le printemps est en retard!  N’ayant personne pour m’enseigner cette partie  de la science  des saisons vs  les lunes, je vais me fier à mon grand-père qui est parti rejoindre ses amis pour en discuter depuis 1955!  Chose certaine, je vais continuer de croire que les saisons peuvent être en retard et que nous n’y pouvons rien!

Joyeux printemps!

© Madeleine Genest Bouillé, 24 mars 2019