Avec les mots de ma sœur…

En septembre 2018, je vous avais fait connaître quelques pages d’un petit journal que ma sœur a tenu durant quelques années. Presqu’un an déjà! Vous vous souvenez?

Ma sœur Élyane et mon frère  Claude, étant les deux aînés de la famille, ont connu un autre genre de vie que les plus jeunes. Quand nos aînés étant enfants, papa travaillait à Deschambault, mes grands-parents étaient encore très actifs, et surtout, Élyane et Claude se retrouvaient souvent dans la maison du cordonnier.

Ma sœur a perdu son mari en septembre 1993; depuis plusieurs mois, il était en attente d’une chirurgie cardiaque, et comme il était diabétique, son état empirait de jour en jour.

Odilon et Élyane lors d’un bal d’époque au Vieux Presbytère (© coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Pour ceux qui ont connu Odilon, c’était le frère, le beau-frère, l’oncle, enfin, le parent ou l’ami que tout le monde veut avoir! Toujours de bonne humeur, même au cours des dernières années où sa santé s’était très vite détériorée. Mais je laisse parler ma sœur en ce beau mois de juillet 1994… elle vous racontera, entre autres choses, le jardin de notre grand-mère :

« Vendredi 8 juillet, 8h p.m.

Comme il s’en est passé des événements depuis l’an dernier, en août… Mon cher Amour, je te parle et t’entends souvent, mais il me faut regarder ta photo. Les oiseaux chantent leurs plus beaux chants, perchés dans les érables, avant d’aller dormir. Il vient des odeurs de viande qui cuit sur un barbecue… y a encore des gens qui mangent dehors.

Autrefois chez Pépère et Mémère, à 6hres, la vaisselle était déjà lavée. Mémère allait travailler dans son immense jardin, en prenant soir de se « mettre quelque chose sur le dos », fallait faire attention de ne pas « prendre le serein »; elle mettait le premier chandail ou veston à portée de sa main. Pépère s’asseyait sur le bord de la galerie, les jambes pendantes, en fumant sa pipe, souvent son voisin et ami, Narcisse Naud venait faire une jasette.

Claude et moi on jouait et lorsque la brunante venait, on prenait des bâtons et on courait les chauves-souris, Ça arrivait souvent que je me barrais les pieds sur la grosse marche de pierre (qui est encore là) et je m’écorchais un genou; là, Mémère accourait avec son onguent de zinc, m’enduisait l’écorchure et faisait un pansement avec une guenille; on veillait dehors longtemps, Pépère se décidait à allumer la lumière seulement à 9h30.

Puis, à 10hres, vu qu’on avait soupé à 5hres, on avait faim; on partait à tâtons dans le jardin et on allait se chercher des feuilles de salade et des radis pour mettre sur nos beurrées. C’était le temps de l’insouciance, de la jeunesse; Claude s’amusait franchement, sans arrière-pensée; tante Irma lunchait d’un œuf au miroir et des patates rôties, tantes Gisèle et Rollande riaient de tout et de rien, juste moi, qui, lorsque tout le monde s’amusait, je sentais une nostalgie m’envahir, eh oui! Déjà à 9-10 ans, j’aurais voulu retenir le temps… Je regardais les étoiles me demandant s’il y avait quelqu’un là-haut, et de quoi ils avaient l’air. Lorsqu’on avait la chance que le « bateau de la malle » passe – les paquebots CSL –, on regardait de tous nos yeux. Que c’était donc beau, toutes ces lumières et comme on les trouvait chanceux, les gens qui voyageaient sur ces bateaux!

Chez Pépère et Mémère, c’était mon paradis!… Je regardais au « Su » (sud), m’imaginant un autre paradis, ne sachant pas qu’un jour, juste en arrière de la lisière de Lotbinière, j’irais avec mon amoureux y voir sa famille, et lorsque je regardais au loin, par en bas, vers Portneuf, il me semblait que c’était là, « les vieux pays »; j’étais sûre qu’il y faisait toujours beau et chaud… Puis le jardin de Mémere… c’était merveilleux! Le vieux cerisier contre la clôture, dont les cerises faisaient envie à tout le monde… quelques pruniers par contre, n’ont jamais donné de prunes, puis il y avait le pommier, le noyer qui était trop jeune pour avoir des noix, les gadelliers, les rosiers les pavots, des centaurées au bleu mauve, et naturellement, les carrés de fines herbes, les radis, la salade, les plants de tomate avec leurs tuteurs, et près de chez Ti-Coq, la talle de lilas. Dans le penchant, vers la côte, il y avait le blé d’Inde, les petits pois que je vidais en cachette, les gourganes, des talles de marigolds, des concombres, des citrouilles, des patates, des carottes, etc…Des fois on avait la job, Claude et moi, de faire la chasse aux bêtes à patates, on les ramassait dans une « canne ». En arrière de chez Johnson, il y avait des framboisiers, de la rhubarbe, encore des patates, et d’autres choses.  Au bord de la côte, y avait des érables à Giguère, que Pépère entaillait au printemps. Des fois ma bonne Mémère faisait du miel avec des trèfles et des roses, c’était bon, mais ça passait vite… »

 * * * * *

Moi, je me souviens vaguement du grand jardin de ma grand-mère. Ce potager s’étendait alors jusque chez M. Perreault (aujourd’hui chez Jacqueline Chénard), la maison des Tousignant n’étant pas encore construite. J’entendais les gens du village parler du jardin de Madame Pétit – avec un accent aigu. Quand quelqu’un parlait de Monsieur ou Madame Petit, sans accent, c’était certainement un étranger! Je vous reviens bientôt, avec un autre texte de ma sœur où on fait plus ample connaissance avec notre tante Thérèse, l’aînée des filles du cordonnier.

Blanche et Tom.

© Madeleine Genest Bouillé, 6 juillet 2019

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Notre premier chez-nous

Comme je l’ai déjà mentionné, nous nous sommes mariés le 24 juin 1964… il y a déjà cinquante-cinq ans! C’est pas croyable comme ça passe vite. Après la lune de miel en Gaspésie, nous entrions dans notre premier « Chez-nous ». Sauf que ce chez-nous, nous le partagions avec la Caisse Populaire jusqu’à la construction du nouvel édifice, à l’automne 1969. Nous avons donc vécu dans cette maison jusqu’en 1971, alors que nous  déménagions dans notre demeure actuelle avec nos trois garçons.

Si vous avez notre âge ou à peu près, vous vous rappelez que dans les années 60, la mode était au style scandinave. Avant notre mariage, nous avions été magasiner notre mobilier chez Meubles Gaston Perron. On avait acheté l’ensemble trois pièces, salon, cuisine et chambre à coucher. Le réfrigérateur, la laveuse (à tordeur), de même que le téléviseur provenaient de chez Naud Électrique à Deschambault. Nous n’avions pas acheté de poêle, puisque nous reprenions celui qui était dans la maison. Nous étions fiers de nos achats. C’était tout nouveau, tout beau! Je ne me souviens plus où j’avais acheté les tentures du salon, je me rappelle cependant que pour la cuisine et la chambre à coucher, j’avais acheté du tissu et ma mère avait cousu les rideaux.

La maison était grande, et cela même si le salon double était dévolu aux locaux de la Caisse Populaire. Habituée que j’étais à la vieille maison de mes parents, surchargée de meubles hétéroclites, ce premier nid me semblait vide… Au début nous n’habitions que le rez-de-chaussée. Le premier automne, j’ai eu mon piano qu’on avait placé dans le salon double; je ne pouvais en jouer que lorsque la Caisse était fermée, mais qu’importe, je m’en contentais! La pièce à l’arrière – deuxième rallonge, a été utilisée comme chambre à coucher jusqu’à l’automne 1966, alors que nous y avons aménagé notre salon. Le mobilier et les tentures étaient de couleur « orange »… on n’y échappait pas! C’était LA couleur à la mode. On avait peint deux des murs en brun « chocolat au lait » et les deux autres en blanc. Nous avions aussi fait l’acquisition d’un meuble stéréo – radio et tourne-disque. C’était le bonheur!

Dans le temps, il y avait souvent des soirées de cartes qu’on appelait « Euchre »; chacune des associations paroissiales avait le sien, qui était alors la levée de fonds annuelle. L’année avant notre mariage, lors d’une de ces soirées, j’avais justement gagné une table à téléphone, munie d’un siège et d’une lampe. J’étais tellement contente d’avoir gagné ce prix! Je ne savais pas alors où nous irions demeurer; la date du mariage n’était même pas fixée, mais pour moi, où que ce soit, il y aurait une place pour mon petit meuble, que j’imaginais tellement pratique!  Finalement, dans notre chez-nous, nous avions un téléphone mural, alors le petit meuble a quand même servi, mais pour autre chose… jusqu’à ce que mes gamins l’utilisent comme char d’assaut ou autre instrument. C’était joli, mais pas très résistant!

En avril 1965 naissait notre premier enfant. Il fallut acheter un lit, une petite commode, que j’avais décorée avec des autocollants, ainsi qu’une chaise haute, un parc et un petit siège d’auto; on était loin alors des sièges que les enfants utilisent aujourd’hui. Surtout que dans l’auto, la plupart du temps, je tenais le bébé sur mes genoux! Et personne n’était attaché… autre temps, autres mœurs! C’est à l’occasion de l’arrivée de notre premier fils que nous avons reçu notre première chaise berçante, cadeau de mon petit frère Georges! À l’automne 1966, après l’annonce du deuxième bébé, nous avons alors aménagé la grande chambre à l’étage pour nous et une plus petite pour les enfants. Maman a encore cousu des rideaux…

Quand nous avons emménagé dans la maison ou nous demeurons toujours, nos fils avaient six, quatre et deux ans. La petite sœur est arrivée en 1975. Même si ce nouveau chez-nous était moins spacieux, avec des plafonds plus bas, nous le trouvions plus clair et plus chaleureux. Dehors, il y avait plus d’espace; il y avait aussi le fleuve juste en face, avec la grève où l’on pouvait aller jouer. Nos oisillons ont grandi, tous sont sortis du nid; ils y reviennent heureusement assez souvent avec les conjointes et conjoint ainsi que les petits-enfants qui sont au nombre de neuf!

© Madeleine Genest Bouillé, 20 juin 2019

Croyez-vous au bonheur?

Je faisais du ménage dans mes paperasses. J’ai commencé par classer ma bibliothèque; c’était pas du luxe! Après cela, je me suis attaquée au tiroir des feuilles de musique de mon gros classeur. Je vous ai déjà parlé de mes tentatives de rangement jamais terminées.  Je ne sais pas combien fois je me suis plongée dans ce classement. Mais voilà, commencer un  ménage, c’est une chose, le finir, c’en est une autre!

Mais là, je m’y suis mise sérieusement. Je n’ai pas jeté grand-chose, seulement les copies supplémentaires. En repassant mes partitions, j’ai remarqué que plusieurs chansons parlent du bonheur. C’est un thème qui revient sur tous les tons, le bonheur à deux, le bonheur tout court, le bonheur qui s’en vient ou qui s’en va. Sur Facebook aussi on voit souvent des pensées ou des poèmes sur ce thème du bonheur. On partage, ça revient, on repartage… Si on ne partage pas, on ne sait jamais, tout à coup il passe dans mon bout, ce cher bonheur, et qu’il ne s’arrête pas parce que je n’ai pas partagé? On a un petit fond de superstition. Mais le bonheur, le vrai, y croit-on vraiment?

D’une chanson à l’autre, je me suis arrêtée à celle-ci, qu’on chantait dans ma jeunesse et qui a pour titre Il faut croire au bonheur.  Il y a trois couplets. Je vous les chante, même si vous n’entendez rien…

Ô toi qui de ma vie
Sais dorer les instants
Ô douce et tendre amie
Fais trêve à mon tourment
Pourquoi rester morose,
Devant les prés en fleurs
Puisqu’il y a des roses
Il faut croire au bonheur!

 Écoute, l’oiseau chante
Il se rit de tes pleurs.
De l’amour qui l’enchante
Il redit la ferveur.
Ne sois pas si dolente
Reviens de ta froideur.
Et puisque l’oiseau chante
Il faut croire au bonheur.

 Vois le ruisseau qui rêve
Il ne sait pas vieillir.
La brise le soulève
Et le fait tressaillir.
La terre est en liesse
Tout chante dans les cœurs.
Devant tant d’allégresse
Il faut croire au bonheur!

Il y en a des chansons qui parlent du bonheur! Je pense entre autres, à Il est où le bonheur?, Le bonheur c’est quand on s’aime, Le petit bonheur de Félix Leclerc et cette très belle chanson de Jacqueline Dulac Lorsqu’on est heureux : 

Lorsqu’on est heureux, on devrait pouvoir arrêter la vie
Arrêter le temps, la terre et les gens qui n’ont rien compris
Lorsqu’on est heureux, on devrait avoir pour unique envie
Tout au long des jours, de s’aimer d’amour…

J’aime bien la musique de cette chanson, mais certaines paroles me posent question, entre autres :

On devrait mourir lorsqu’on est heureux …
Pour ne pas pleurer, ne pas regretter et ne pas vieillir,
Pour ne pas sentir son bonheur finir, on devrait partir.

Qu’en pensez-vous? Moi je ne suis pas certaine que mourir soit la solution. Même si on y vient tous un jour. Il y a des moments où dans la vie on croit que tout est fini et le lendemain ou le jour d’après, le soleil brille à nouveau et on recommence à croire au bonheur.

Si je me tourne vers le petit carnet de pensées qui date de mes dernières années de couvent, j’ai une meilleure opinion du bonheur. Ainsi, il faut prendre les moments de bonheur quand ils passent, les savourer sans penser qu’ils vont peut-être finir, ou ceci : le bonheur est la seule chose qu’on est certain d’avoir lorsqu’on l’a donné. J’aime bien cette citation : le grand secret du bonheur c’est d’être bien avec soi-même. Et que penser de celle-ci: on n’a pas besoin de bonheur pour être heureux. Même s’il est vrai qu’au bonheur humain il manque toujours quelques pièces, il faut se rappeler que c’est en semant de la joie qu’on récolte du bonheur.

Tenez, je comparerais le bonheur au muguet, cette petite fleur de mai qu’on attend depuis la fonte des neiges et dont on guette les premières pousses. On le cueille brin par brin, en faisant attention; on le respire et c’est l’odeur même du printemps! Mais il ne dure pas longtemps… Hélas! Enfin, je dirais qu’on doit accepter que le bonheur soit parfois comme ces visiteurs et visiteuses qui nous arrivent sans crier gare, qui s’installent pour quelques heures ou quelques jours et qui repartent en promettant toujours de revenir… Quand? On ne le sait pas! Enfin, pour terminer je vous laisse cette savoureuse pensée :

Le bonheur, c’est comme le sucre à la crème:
si tu en veux, tu n’as qu’à t’en faire!

© Madeleine Genest Bouillé, 1er mai 2019

Les nouvelles… qui ne sont pas nouvelles longtemps!

Eh! Que les nouvelles vieillissent donc vite! Hier matin, en feuilletant le journal du jour, qui était le 8 mai, j’ai eu l’idée de noter des idées pour faire un « grain de sel » sur ce sujet : l’Actualité.

En première page, on voit Gilles Kègle, ce saint homme qui a depuis déjà longtemps sa place réservée au Paradis. Et quand je dis « depuis longtemps », je n’exagère pas. En 1992 ou 93, je faisais partie du comité de Pastorale scolaire, au 2e cycle du primaire. Nous avions un curé qui aimait sortir des sentiers battus (au propre comme au figuré).  Alors souvent pour emmener les jeunes à comprendre les dogmes de la foi chrétienne, nous prenions des exemples très concrets avec des personnages connus. Justement, les journaux de cette année- là parlaient de plus en plus de cet infirmier des pauvres qui œuvrait à Québec. Je me souviens qu’on avait demandé aux jeunes de trouver soit sur un journal, une revue ou à la télévision, un personnage qui se rapproche de ce qu’était « un apôtre » au temps de Jésus. Nous avions eu des réponses variées et très intéressantes. Je me rappelle surtout que le nom de Gilles Kègle revenait à plusieurs reprises. Et le personnage qui suivait de près M. Kègle était Mère Térésa. Il y a de cela 25 ou 26 ans… ces jeunes de 5e et 6e année sont maintenant dans la trentaine. S’ils suivent le fil de l’actualité, je me demande si la photo de Gilles Kègle qui circulait hier leur a rappelé quelque chose…

Gilles Kègle (photo: Le Soleil, Érik Labbé).

Je continue donc de défiler ce qui faisait hier la manchette des médias. La laïcité, sujet dont on n’aura jamais fini de discuter, avec en primeur, l’intervention de M. Bouchard, ce savant qui est sorti des boules à mites pour expliquer ce qu’il avait recommandé en 2008, lors de la commission sur les accommodements raisonnables. Visiblement personne ne semble avoir compris le sens profond de ce qu’il suggérait, enfin, pas de la même façon (c’est toujours comme ça avec les gens trop instruits). Deuxièmement, la « Profession de foi » de M. Legault, qui est tombée à pic comme un beau galet bien rond en créant beaucoup de « ronds dans l’eau »! C’est du bon monde, notre premier ministre… moi je pense qu’il fait son possible.

Évidemment, le sujet majeur en ce 8 mai était encore « la petite fille de Granby ».  J’aurais aimé qu’on lui laisse au moins son nom. Qu’est-ce que ça aurait changé? Les voisins l’auraient reconnue, mais déjà ils savent qui elle est. Sa photo a circulé sur Facebook dès le lendemain du drame. Cette victime d’une famille toute croche sera pour toujours et à jamais « la petite fille de Granby »! Triste réalité d’un monde peut-être pas pire que jadis, mais où tout est dévoilé, surtout les mauvais coups.

Bien entendu, le réchauffement de la planète est toujours d’actualité. C’est le sujet qu’on retrouve généralement dans les dix premières pages du journal. Qu’il s’agisse des inondations, de la température, du pétrole, du plastique, des déchets et combien d’autres choses qui font partie de ce sujet aussi vaste que la planète elle-même. On y revient toujours. Cela doit signifier que c’est devenu une priorité et qu’on ne peut tout simplement pas faire comme s’il n’y avait rien là!

Crédit : NiklasPntk / Pixabay

Un genre de « fait divers » qui n’en est plus un, c’est quand on nous rapporte les méfaits d’un chien méchant. Certaines espèces de chien sont manifestement plus féroces que d’autres. Mais les propriétaires y sont attachés autant sinon plus que si c’était leurs enfants. Vraiment, on n’entend pas souvent parler de sévices envers un chien, y aurait-il plus d’enfants que de chiens maltraités? Enfin, il me semble que le sujet des chiens méchants revient pas mal trop souvent. Il existe pourtant des lois!

Dans les pages consacrées aux nouvelles internationales, les États-Unis occupent toujours quelques pages, en bonne place; on est voisins ou on l’est pas! Que ce soit pour parler d’une énième fusillade dans une école, ou des « bêtises » du président Trump, les journalistes ont toujours quelque chose à raconter.  Pour ce qui est du reste du monde,  les attentats font malheureusement trop souvent l’objet des nouvelles. Je ne suis pas régulièrement le fil de l’actualité, de sorte que je me demande parfois qui sont les « bons » et qui sont les « méchants ». Avouez que ce n’est pas toujours facile à démêler. Heureusement, il y a parfois une bonne nouvelle, soit la naissance d’un petit prince ou d’une princesse dans la famille royale d’Angleterre.  Avec cette belle famille, Sa Majesté  est assurée d’une belle relève!  Elle pourrait prendre sa retraite…

Enfin, pour terminer sur une belle note, dans un article intitulé : Dialogue avec le temps, ce journal du 8 mai soulignait le 90e anniversaire de Madame Antonine Maillet, l’auteure de la Sagouine et de plusieurs autres romans ayant pour cadre l’Acadie. On profite de l’occasion pour nous présenter son dernier livre, « Clin d’œil au temps qui passe ».  Heureux anniversaire Madame Maillet!  Merci pour vos  si belles histoires!

© Madeleine Genest Bouillé, 9 mai 2019

De Mariette… au litre en carton

Vous n’avez pas connu Mariette? Bien sûr que non, c’était la vache de mon grand-père! Jadis, il n’était pas rare de voir des gens qui, bien que n’étant pas agriculteurs, possédaient quelques animaux, soit une vache, un cochon, un cheval et parfois aussi des poules. Du moment qu’ils avaient un bout de terrain suffisamment grand et un « bâtiment » qui pouvait loger l’étable et le poulailler, ça suffisait. Du vivant de son épouse Blanche Paquin, mon grand-père, Edmond Petit le cordonnier, que tout le monde appelait « le Père Tom », avait une vache qu’il faisait paître sur le terrain qu’il possédait en bas de la côte, près de la grève. Il avait aussi des poules et un cochon, lequel disparaissait en décembre, pour revenir sur la table sous forme de rôti, boudin, cretons et autre boustifaille.

Blanche et Tom.

Blanche, ma grand-mère, qui était en même temps la cousine de son mari, avait coutume de donner des prénoms aux animaux qui faisaient partie de la famille. Ainsi, la vache – qui n’était pas toujours la même d’année en année – s’appelait invariablement Mariette, comme la chatte, qui avait pour prénom Henriette, quelle que soit sa couleur. Blanche avait un vocabulaire bien à elle, ainsi, elle faisait un dessert qu’elle appelait « des poulets à la rhubarbe ». C’est un des plus lointains souvenirs que j’ai de ma grand-mère; je croyais alors dur comme fer, que je mangeais des petits poulets cuits avec de la rhubarbe. Cette recette était tout simplement ce qu’on appelle des «  grands-pères ». Et que dire de ces dictons qu’elle nous rappelait à tout propos: « Le soleil se couche dans l’eau, il va mouiller. » « Mets pas ton chapeau sur le lit, c’est de la badluck » « Si tu sors de la maison par la porte d’en avant, reviens pas par la porte d’en arrière, tu vas être désappointé »… Après la pluie, il était interdit d’ouvrir le parapluie dans la maison pour le faire sécher, surtout pas! Car ça ferait tomber encore de la pluie! Et combien d’autres maximes, où il était souvent question de malchance!  En plus de ses nombreuses tâches, ma grand-mère tenait les comptes de la cordonnerie, car mon grand-père oubliait souvent de noter ses heures de travail. Sauf que Blanche avait la manie de rebaptiser tout le monde, donc seuls les gens de la maison pouvaient savoir qui était « Le grand Jésus de tôle » ou « Madame Pâté aux patates ». Mes tantes qui vivaient dans la même maison que mes grands-parents, avaient hérité de cette coutume d’affubler les gens de leur connaissance de noms plus ou moins gracieux. Ainsi, nous avons eu un certain temps un curé qu’on appelait « Monsieur le curé Tarte aux cerises ».  On a du Petit ou on n’en n’a pas!

Même si elle donnait des noms à tout le monde, y compris les membres de la famille, ma grand-mère n’était pas une femme joyeuse. Tout d’abord, il faut dire qu’elle travaillait  d’une étoile à l’autre. Toute menue, dotée d’un tempérament nerveux, elle mangeait et dormait très peu et elle s’inquiétait à propos de tout.  Prenant grand soin de préserver son fragile teint de rousse, elle portait été comme hiver des robes boutonnées jusqu’au cou avec des manches longues. Elle adorait son jardin et pour y travailler, elle mettait des vieux gants pour ne pas abîmer ses mains. Je n’ai jamais su de quel mal elle souffrait;  je sais seulement qu’elle est décédée à 74 ans après une longue maladie.

Après le décès de sa Blanche mon grand-père, qui avait déjà 83 ans, s’est débarrassé des animaux. Comme on dit, il avait pris un coup de vieux! C’était le début des années 50, il avait de moins en moins d’ouvrage; les chaussures s’avéraient moins résistantes, mais aussi difficilement réparables, étant le plus souvent fabriquées de cuir synthétique. La mode pour les femmes était alors aux souliers à bout pointu et à talons aiguilles… impossible d’y poser des fers, ou une nouvelle semelle. La boutique de cordonnerie était devenue surtout le lieu de rencontre des vieux amis du Père Tom : Ulric Gignac, qui a vécu au-delà de 100 ans et le voisin Narcisse Naud, qu’on appelait « le Père Nono ».  Edmond est allé rejoindre Blanche en novembre 1955, il avait 87 ans.

La boutique du cordonnier…

Adieu poules, vaches et cochon! Désormais, on achetait la viande chez le boucher et le lait, du laitier. Je me souviens du tintement des pièces de monnaies dans la pinte vide qu’on déposait sur la galerie et aussi de la bouteille pleine de lait qu’on recevait en retour, avec une bonne couche de crème sur le dessus. De temps à autre, Maman se dépêchait de ramasser précieusement cette crème épaisse et de l’utiliser pour faire son sucre à la crème. Maintenant, les supermarchés nous vendent des cartons d’un demi-litre pour la crème, qui est étiquetée « à fouetter », « à cuire » ou à je ne sais trop quoi encore… et des litres en carton pour le lait, à 1% ou 2% de gras.  Et pour finir mon histoire sur une note joyeuse, j’ajouterai que le clos où paissait Mariette est devenu une zone résidentielle où demeurent des gens qui sont sans doute très heureux de vivre ainsi tout près du fleuve.

© Madeleine Genest Bouillé, 13 avril 2019

C’est la faute de la Lune!

Comment se fait-il  qu’il y ait autant de neige, à la fin de mars?  Il en est tombé beaucoup, c’est vrai.  Et l’hiver nous est tombé dessus très tôt,  ça aussi  c’est vrai.  Étant donné que, depuis mon jeune âge, j’ai toujours entendu les «  vieux » ( 50 ans et plus ), parler de lune en retard, de lune du matin et de celle du soir … Bref, j’ai cru comprendre que la lune  pourtant  toujours accrochée  à son perchoir,  est responsable de bien des choses, surtout des dérangements de la température. Donc, comme ce sujet m’intéresse, j’ai cherché un peu partout des réponses à mes questions, car je n’ai  malheureusement pas fait d’études en cette matière.

À l’époque –  celle de  mon enfance –  on entendait  régulièrement les anciens parler de la lune, comme d’une personne  bien connue, on disait :   la lune  a les cornes longues, il va faire froid… la lune a les cornes par en bas, on va avoir de la pluie… la lune est brouillée, elle est cachée, et quoi encore! La lune faisait partie de la famille. Si bien  que j’entendais parfois  des  femmes adultes  parler de  Dame Lune  comme d’une espèce de sorcière  qui réglait  des  détails  d’un domaine uniquement féminin,  comme si elle en était la responsable.  Ce à quoi je ne comprenais évidemment rien de rien!

J’ai grandi avec cette  parente lointaine  qu’on ne voyait pas toujours  mais dont  l’influence sur  la température, la santé, le moral aussi parfois, était incontestable. Est-ce qu’on vous a déjà dit que vous étiez «  mal luné »?  Voici donc l’essentiel de mon propos : si le printemps est en retard, c’est que la lune est aussi en retard.  Voilà!  Tout est dit… Non?  Ah oui!  Comment la lune peut-elle être en retard?  J’avoue qu’il m’en manque un bout…  Ah! si mon frère Florent était encore de ce monde, il m’expliquerait tout ça!   Je vais donc essayer de faire du mieux que je peux.

Partant du principe qu’il y a un certain nombre de lunaisons  dans une année  et que  les mois du calendrier ne tiennent pas compte  des caprices de Dame Lune, ça complique un peu les choses. Tenez, le calendrier de 2002 est exactement pareil à  celui de cette année, et pourtant, Pâques était le 31 mars… la lune ne devait donc pas être en retard!  Si vous avez un calendrier où sont inscrites les phases de la lune – le meilleur est celui de Notre-Dame du Cap – il  comporte aussi les noms des saints,  mais  surtout vous avez les phases de la lune.  Vous voyez la lune noire avec les lettres  NL  pour nouvelle lune; il y a même l’heure où elle se lève.  La nouvelle lune  est aussi appelée  la lune noire, car elle est tellement nouvelle qu’on ne la voit pas!  Elle est souvent au début du mois, mais  comme  la lunaison n’a pas toujours le même nombre de jours que le mois du calendrier,  pendant un certain temps  la Nouvelle Lune  arrive au début du  mois en cours mais comme vous pourrez le remarquer en juillet de cette année, la lune «  noire » arrivera le 1er et elle reviendra le 31.  Par la suite elle sera au poste à la fin du mois jusqu’en décembre  où elle  tombe pile le 26… donc retenez ceci : il n’y aura pas  de clair de lune  la nuit de Noël!

Environ une semaine après la Nouvelle Lune,  c’est le P.Q. –  Premier Quartier, et par les beaux soirs,  la lune commence à se montrer.  Une autre semaine, un peu plus ou un peu moins, et c’est enfin  la Pleine Lune – P.L. Si le beau temps s’y met  on aura de belles soirées au clair de lune. Hélas, une semaine, c’est vite passé!  Et le Dernier Quartier   D.Q.  qui n’a  pas grand-chose à exhiber  tentera quand même de nous  charmer avant d’aller se coucher!

Bon, nous avons appris les phases de la lune. C’est déjà ça de pris. Pour ce qui est du  retard des saisons, ça se complique. Je citerai mon grand-père qui,  en véritable oracle, disait: «  Pâques tombe toujours dans le décours de la lune de mars.».  Vous avez  saisi, j’imagine,  que le «  décours »  veut dire le «  décroissant ». Ceci explique cela : le mois prochain, la pleine lune tombera le 19 avril et le 21 ce sera le dimanche de Pâques.  Donc, pour finaliser tout ce beau verbiage,  je constate sur mon calendrier que la Nouvelle Lune de mars  est le 6  avril… j’en déduis donc que effectivement le printemps est en retard!  N’ayant personne pour m’enseigner cette partie  de la science  des saisons vs  les lunes, je vais me fier à mon grand-père qui est parti rejoindre ses amis pour en discuter depuis 1955!  Chose certaine, je vais continuer de croire que les saisons peuvent être en retard et que nous n’y pouvons rien!

Joyeux printemps!

© Madeleine Genest Bouillé, 24 mars 2019

Jeux d’hiver 2

 Même s’il a commencé tôt,  j’ai bien l’impression que  cet hiver n’a pas envie de lâcher prise, il faudra  s’y résigner! Je me rappelle, quand on était jeunes, on ne la trouvait jamais trop longue cette saison! On s’amusait avec peu de choses. Notre vieille route, qui s’appelait encore «  la route à Morin »,  longeait un côteau, pas bien gros, juste assez pour qu’on y glisse avec tout ce qui nous tombait sous la main.  C’était cette même côte, à l’ombre du gros orme où, en été, on jouait à «  En bas de la ville »… Elle n’existe plus, on a rempli le champ marécageux  où parfois, les soirs d’hiver,  quand on ne se couchait pas à «  l’heure des poules », on pouvait voir rôder furtivement un renard; si je me souviens  bien, quelqu’un dans le coin possédait un poulailler… Enfin, un bon jour, le propriétaire de ce terrain inutile y a construit quelques maisons.

Mon frère Roger et son petit traîneau…

On avait une belle variété de «  jeux d’hiver ». Pendant que les grandes personnes faisaient du ski de fond dans les champs ou qu’elles évoluaient sur la patinoire du village, nous on glissait sur les pentes de notre côteau. Traînes sauvages, traîneaux, cartons, tout était bon; c’était bien avant les « crazy carpets ». Mes grands frères  avaient aussi  confectionné des «  traînes-fesses », qu’on appelait aussi «  branle-cul » Ce bolide était fabriqué  à partir d’un vieux ski coupé sur lequel on avait cloué une  bûche d’environ 2 pieds  de hauteur et sur cette bûche on avait fixé  une planche faisant office de siège. Ça marchait, ou plutôt, ça glissait! Cet engin n’était pas exempt de risques; la moindre bosse dans la côte nous faisait basculer, alors que le «  traîne-fesse » poursuivait sa route! Mais comme pour tous les sports, il y avait des «  pros » qui ne tombaient jamais ou presque jamais. Pour les plus jeunes, il y avait le petit traîneau sur lequel on avait cloué solidement une «  boîte à beurre » en bois. Un plus grand était alors désigné pour  faire la promenade. Même s’il manquait d’élégance, ce traîneau était solide et il devait sûrement être confortable puisque mon petit frère ne s’en plaignait jamais.  Il n’y a pas à dire, on était inventif à cette époque!

La rue Johnson enneigée en 1961 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Quand la neige était «  mottante », comme on disait dans le temps, aucun plaisir n’égalait celui  de construire un beau bonhomme de neige. Sauf peut-être celui de faire une bataille de «  mottes » de neige… Même si parfois ça tournait mal; mais ça, généralement, c’était quand les grands s’en mêlaient.  On avait construit un fort qu’on retapait à chaque bordée de neige; rendu au mois de mars, il était impressionnant! Mais voilà! La bagarre prenait entre ceux qui étaient à l’intérieur du fort – les plus jeunes – et ceux qui voulaient y entrer – les «  grands ». Habituellement, les jeux cessaient quand on se faisait rappeler que les devoirs n’étaient pas faits. Même si on tentait de négocier encore quelques minutes, ça ne marchait jamais!

Avec Colette et Madeleine, 1948 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Parlons de la pêche sur le fleuve! Quand la glace était prise solidement, aux environs du quai il y avait parfois une bonne quinzaine de cabanes, peut-être plus. Et ça pêchait! Quand on partait pour «  faire la marée », il fallait d’abord être  chaudement vêtu, surtout pour la marée de nuit; sur le fleuve, le vent vient de loin!  Le traîneau était chargé : du bois de poêle,  du foie pour appâter les lignes,  et plein d’autres accessoires, surtout un bon lunch et un «  petit remontant », quand même, dans la cabane à pêche, dès qu’on était un peu loin du poêle, c’était pas chaud!  Je n’oublierai jamais les froides nuits de pleine lune, quand on revenait, le traîneau  chargé cette fois, de  «  petites morues », comme on appelait alors  le  petit poisson des chenaux.  Il y avait quelque chose   de fantastique dans cette  randonnée sous le ciel étoilé,  avec  la glace qui craquait sous l’effet de la marée.    Vraiment, c’est quelque chose d’inoubliable!

De tout temps, il y a eu des jeux d’hiver  pour les adultes autant que pour les enfants.  Sur la patinoire de l’O.T.J. il y avait des joutes  de hockey et vers la fin des années 50, on a découvert le ballon-balai.  En plus des équipes de gars, il y avait aussi des équipes de filles. Parmi celles-ci  on retrouvait d’excellentes joueuses; entre autres, ma tante Gisèle, qui jouait à la défense. Quand elle était sur la glace, personne ne passait!  Ce sport avait l’avantage  de ne pas être dispendieux, du moins au début.  On faisait le tour du voisinage pour ramasser tous les vieux balais qu’on pouvait trouver; après les avoir coupés, on les enroulait de «  tape à hockey » et comme on dit : «  Ça faisait la job! »  Au début, garçons et filles jouaient chaussés de bottes d’hiver ou de « claques ». Ensuite, on eut l’idée de coller des morceaux de «  styrofoam » en dessous de simples espadrilles. Enfin ce sport devint lui aussi «  organisé », les joueurs et joueuses étaient alors .équipés de chaussures adaptées et de casques protecteurs, car ça peut frapper fort un ballon gelé!

Ballon-balai fin des années 60 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Évidemment l’O.T.J., comme tous les organismes bénévoles, devait faire des activités de financement. Chaque hiver, il y avait donc un carnaval, avec des duchesses commanditées par l’une ou l’autre entreprise locale.  Chaque  duchesse avait un lot de billets à vendre et le soir du couronnement, la demoiselle qui avait vendu le plus de billets devenait pour   une fin de semaine, la Reine du Carnaval!  Pour faire une belle histoire, j’ajoute ceci; une certaine  année, un   intendant  eut le coup de foudre pour sa duchesse.  Ce sont des choses qui arrivent! Comme dans les contes de fées, celle-ci fut élue reine! Après le carnaval ils ont continué de se fréquenter …si bien qu’après  quelque temps, ils se sont mariés!

Vraiment, les jeux d’hiver du temps de ma jeunesse n’avaient rien à envier aux jeux d’été!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 février 2019

Cabanes à pêche sur le fleuve, 1977 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Ah! Que l’hiver tarde à passer…

On est déjà rendus en février! Février, étant le plus court, est un peu jaloux de ses frères, surtout de Janvier qui a l’honneur d’étrenner l’année nouvelle. Je ne sais pas pourquoi, mais quand les décorations du temps des Fêtes sont enlevées et rangées pour jusqu’au prochain Noël, la maison me paraît démunie. Aurais-je dû les garder plus longtemps? Mais voilà, je n’aime pas étirer les fêtes. Pour moi, ce serait comme vouloir porter la « robe du dimanche » jusqu’au vendredi. Je me rappelle maman qui n’était jamais pressée pour défaire l’arbre de Noël, même s’il perdait ses aiguilles, et je me cherche des bonnes raisons pour revenir au « temps ordinaire », même si je n’aime pas cette expression. Du temps ordinaire, il y en a toujours trop.

J’admets que cette année, la messe anniversaire du décès de mon frère Fernand arrivant le premier dimanche de février, nous avons donc eu un début de mois pas ordinaire. De quoi resserrer les liens, à la pensée de celui qui n’est plus. Mais, bon, comme on dit parfois, marmotte ou pas marmotte, il reste encore un grand bout d’hiver à passer. Alors autant l’occuper! J’ai donc décidé de faire du ménage dans mes paperasses, ma bibliothèque, sans oublier le coffre à jouets des petits qui grandissent, hélas, bien trop vite! Il n’y a maintenant que le plus jeune, Zachary, âgé de 5 ans, qui parfois délaisse son frère et son cousin – des « grands » de 8 ans – pour jouer avec les soldats, les animaux ou les petites autos. Encore une étape qui s’achève… Oh! Nostalgie, quand tu nous tiens!

Je me suis donc plongée dans le ménage de mon classeur… ménage jamais fini et sans cesse recommencé. Cette fois, je fais le tri des chansons. J’ai tout plein de paroles de vieilles chansons que j’ai copiées de mémoire afin de ne pas les oublier et d’autres, trouvées sur Internet. J’ai de la difficulté à jeter des chansons. Tenez, aujourd’hui, je suis tombée sur une belle mélodie de Stéphane Venne qui a pour titre Lorsque nous serons vieux. C’était chanté par Renée Claude qui avait belle voix douce. J’aime toujours les paroles de cette chanson; c’est un peu comme un credo que jadis, je me récitais pour plus tard…

« Plus tard » est venu, un peu trop vite évidemment. Ainsi, les paroles de la chanson prennent tout leur sens. Les voici :

« Quand nous serons au bout de notre route,
Mèches d’argent et rides sur le front
Que nos enfants seront mariés, sans doute
Dis mon ami, seront-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux.

Quand nous serons au bout de notre plage
Sable doré prendra couleur de gris
Ne vivant plus que pour le temps de l’âge
Dis mon ami, seront-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux.

Quand nous seront au bout de notre histoire
Comme un poème à son dernier quatrain
Sera-t-il dit que nous pourrons y croire
Dis mon ami, serons-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux,
Je crois que si, au moins, nous serons deux! »

Heureusement, oui, nous sommes deux et notre histoire n’est pas encore terminée! Il y a bien les désagréments de l’âge, et ils sont nombreux. La mécanique a des ratés; les chaleurs de l’été sont difficiles à supporter et les grands froids, comme cet hiver surtout, nous laissent transis. Ce qu’on peut être gauche quand on a les doigts gelés! Mais nous avons tout plein d’activités qui nous occupent tout en nous persuadant qu’on est encore utiles. Vraiment, je crois qu’on ne se sent pas vieillir, puisqu’on s’étonne quand on s’aperçoit qu’on est fatigué pour presque rien ou qu’on remet à demain ce qu’on devait faire aujourd’hui! On se cherche des bonnes raisons : « Je n’ai pas dormi assez… j’avais fait une trop grosse journée hier… »  Mais malgré tout, je crois qu’on vieillit moins vite quand on vit chez nous, dans nos affaires; même si ça nous prend un peu plus de temps pour faire « l’ordinaire » de la maison, comme disaient les anciens. Sommes-nous plus heureux? Je ne sais pas… Nous avons besoin de moins de choses, nous ne formons pas de projets à long terme. Et surtout, nous avons une belle famille, c’est notre plus grande richesse! Alors je crois, oui, que nous sommes aussi heureux, sinon plus!

© Madeleine Genest Bouillé, 4 février 2019

Une belle histoire…

Aujourd’hui, 6 janvier, c’était l’Épiphanie. Je dis « c’était » parce qu’il est bientôt 23 heures, donc, ça achève. À la messe, on a chanté quelques cantiques du temps des Fêtes…c’était la dernière fois d’ici à Noël, dans un peu moins de 12 mois.  Je ne sais pas si vous êtes venus voir la crèche à l’église, pour ça aussi, c’était votre dernière chance, tout devra être défait pour dimanche prochain.  Autrefois, on avait comme on dit un « lousse » entre la Fête des Rois et le Baptême de Jésus, qui comme on le sait a été baptisé à l’âge adulte.  Maintenant, il n’a pas le choix, il grandit vite, dimanche le 13, c’est le Baptême et ensuite, vas-y mon homme, c’est la vie publique qui commence!

À l’homélie, notre pasteur suppléant, nous a raconté la visite des Rois Mages, qui étaient de grands savants, venus adorer Jésus dont ils avaient été avertis de la naissance, d’une façon pas ordinaire. Ces Mages avaient vu une étoile pas comme les autres, plus brillante, qui se déplaçait vers l’est, ou l’Orient, comme vous voulez. Ils ont donc suivi cette étoile…Imaginez, en 2019, trois hommes ou trois femmes, si vous préférez, qui partent en plein hiver pour une destination inconnue, parce qu’ils suivent une étoile. Juste ça, c’est déjà de la science-fiction!  L’histoire nous dit ensuite que l’étoile s’est arrêtée au-dessus d’une grotte, ou une étable. Dans « Emmanuel à Joseph à Davit », écrit par Antonine Maillet en 1975, c’est une cabane à pêche sur la glace.  Enfin, quel que soit le lieu, ils demandent aux gens où est le Roi des Juifs qui est né cette nuit. M’est avis, qu’au pas lent des chameaux, ça devait bien faire une couple de semaines qu’il était né, le petit. Mais ce n’est pas ça qui est important.  Le roi Hérode – un ancêtre de Donald Trump – avait des informateurs un peu partout. Il fait donc dire aux grands savants de venir l’aviser quand ils auraient trouvé l’endroit où était cet enfant, futur roi, pour qu’il puisse lui aussi aller l’adorer. Plus « crasse » que ça, ça se peut pas!

Dans l’Histoire Sainte qu’on étudiait dans ma jeunesse, on avait appris qu’Hérode était un méchant roi, tellement tordu qu’ayant appris dans les Écritures (qu’il lisait pour se renseigner) qu’un nouveau roi naîtrait dans son pays, il n’avait pas pris de chance et il avait fait tuer tous les petits garçons de moins de deux ans.  Moi, j’ai pour mon dire qu’il a bien dû y en avoir une couple qui ont été réchappés! Quand même! Enfin, c’est ainsi que dans les Écritures on lit : « Avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, les mages regagnèrent leur pays par une autre chemin. ». Aux leçons de catéchisme, on nous avait raconté cet épisode de la vie de Jésus d’une autre façon. On nous disait qu’un ange messager – à l’époque, c’était très populaire – enfin, un ange avait averti ces messieurs qu’ils devaient se méfier du roi Hérode et changer d’itinéraire pour le voyage de retour, ce qu’ils ont fait, respectant ainsi le cours de l’Histoire.

Vraiment, je trouve qu’on en saute pas mal de bouts, de cette fabuleuse histoire.  Il s’en passe des choses, avant le baptême de Jésus!  Il y a la fuite en Égypte.  Encore là, il y a un ange qui a dit à Joseph : « Ramasse tes affaires, ta femme et le petit, attelle ton âne, puis vas-t-en d’ici au plus vite. Il y a Hérode qui est viré fou puis qui veut tuer tous les petits gars ». C’était pas une petite trotte, de Bethléem jusqu’en Égypte! Joseph, il l’avait solide, la foi!  Ensuite il y a eu le massacre des enfants…ça je veux bien qu’on en passe des bouts. Enfin, après la mort d’Hérode, il y a encore un ange – ça doit être le même, je suppose – qui va en Égypte dire à Joseph : « O.K. Tu peux revenir au pays, Hérode est mort, il n’y a plus de danger. Mais pour être plus sûr, va donc t’installer en Galilée, à Nazareth, les logements sont pas trop chers et il y a de l’ouvrage pour un menuisier. »  Bon, admettons que c’est pas écrit tout à fait comme ça, dans les Écritures, mais en gros ça veut dire la même chose. Il y a aussi la fois, quelques années plus tard, quand Marie et Joseph ont perdu Jésus dans le Temple.  Quand ils l’ont trouvé en train de prêcher comme un père Jésuite, il me semble qu’ils ont dû se dire : « Ah non! Pas déjà!  On n’a pas fini avec lui! »

 Vraiment, l’Épiphanie, c’est seulement une partie d’une bien belle histoire!  Et même si le gâteau des Rois avec le pois et la fève ne s’y rattache que de très loin, c’est une  façon  agréable de fêter  ce dernier jour du temps des Fêtes!

© Madeleine Genest Bouillé, 6 janvier 2019

C’est dans le temps du Jour de l’An…

« Ah qu’il fait bon, bon, prendre un verre de bière
Avec la cuisinière, dans un p’tit coin noir…
…dans l’temps du Jour de l’An! »

J’écoute parfois des reprises de l’émission Soirée canadienne, rediffusées sur Prise 2. Cette émission animée par Louis Bilodeau du début des années 60 jusqu’en 1983 nous a promenés des Cantons de l’Est jusqu’à Lanaudière, en passant par la Beauce, la Mauricie, et aussi loin que Charlevoix et la Gaspésie. 985 soirées ont été ainsi présentées pour le plus grand plaisir des téléspectateurs. Les maires et les curés des villages participants avaient à cœur de mettre en valeur ce qui faisait la fierté de leur patelin. Soirée canadienne, je dirais que ce fut l’ancêtre de La petite séduction, qui durant plusieurs saisons a mis « sur la carte » un bon nombre de villages et villes du Québec, et aussi d’autres provinces canadiennes.

Ce soir, 31 décembre, en attendant la fin de 2018, j’ai revu des bribes de ces soirées, avec à peu près les mêmes chansons à répondre, du genre de celle dont j’ai reproduit quelques lignes au début de ce « grain de sel ». J’ai aussi revu les jeunes danseurs de gigue qui reprenaient les mêmes pas d’un village à l’autre. On était en 1978… les robes d’époque portées par les dames, dans le style « Petite maison dans la prairie » côtoyaient les habits de fortrel alors à la mode pour les messieurs. Je regardais danser les fillettes de 10 – 12 ans et je me suis demandé si ces dames, qui ont maintenant environ 50 ans, regardaient elles aussi leurs prouesses d’il y a 40 ans.

Soirée canadienne s’inspirait des veillées du temps des Fêtes d’une époque révolue. De ces rencontres familiales d’antan, on a gardé les repas où la boustifaille prend presque toute la place. Ce qu’on peut manger dans le temps des Fêtes, c’est pas croyable! C’est à qui ferait les meilleures tourtières, le ragoût de boulettes le plus délicieux et la dinde farcie ou non la plus incroyable! Et que dire des hors d’œuvre qui varient d’une famille à l’autre, en passant par les indispensables « petites saucisses »,  jusqu’aux petits légumes accompagnant les trempettes… sans compter les merveilleux fromages de par chez nous servis avec du pain fait maison ou qui y ressemble à s’y méprendre Chose certaine, il reste toujours de la place pour les desserts! La traditionnelle bûche, qu’elle soit faite maison ou non, est tout d’abord un régal pour les yeux! Puis, ça continue avec les beignes, le gâteau aux fruits et les diverses pâtisseries. Chaque cuisinière est fière de ses recettes qu’elle tient de sa mère, qui les tenait de la sienne… Beaucoup de nos traditions proviennent des cuisines de nos aïeules!  Et c’est le temps des Fêtes qui nous permet  de les ressortir!

Une veillée d’autrefois, illustration d’Edmond-J. Massicotte (Bibliothèque et Archives nationales du Canada).

Que ça passe vite le temps des Fêtes, trop vite! Quand j’écris cela, il me revient ce passage d’un livre que j’ai noté il y a longtemps: « Ça passe vite les jours heureux! Mais ils passent sans passer tout à fait. Car l’essence même de ce qui les rendit heureux, demeure, après qu’ils sont effacés du calendrier. » J’ai quand même l’impression que je « tire de l’arrière » comme un vieux cheval. Mais bon, quoi qu’il en soit, j’ai donc délaissé l’écriture pour fêter; c’était quand même le Jour de l’An! Et voilà que nous sommes déjà rendus au 3 janvier. Les calendriers affichent tous de beaux paysages d’hiver. J’en reçu un en cadeau : il s’agit d’un album de photos qui s’étale sur une quarantaine d’années et dont chaque page, sauf une, représente le fleuve à Deschambault.  La plupart des pages montre une chaloupe ou un bateau,  tout près  de  nos deux anciens phares.  Je vis déjà au bord du fleuve, mais avec ce calendrier, le fleuve, il est dans la maison! Comme j’ai la manie de tout noter sur un calendrier, plusieurs dates entourées d’un trait de crayon, attestent déjà que la vie normale va bientôt reprendre son cours. Les autobus jaunes vont recommencer à sillonner nos routes, remplis de jeunes  écoliers.  Les activités de toutes sortes vont recommencer, la Fadoq, le Club Lions, les Fermières ont sans doute déjà fixé les dates de leurs réunions et ce, jusqu’en juin. Il y a aussi la chorale de l’École de musique qui illumine les soirées du vendredi!  Je serai au poste… si j’ai la chance de ne pas être terrassée par le vilain rhume qui flottait dans l’air le soir du Jour de l’An!

Et c’est comme ça qu’il passe, le temps des Fêtes! Il passe très vite, en laissant des restes dans le frigo, des petits jouets dans les endroits les plus incongrus, quelques moutons sur le dos près de la crèche et le chameau qui a déménagé près de l’église. Mais surtout, il m’a laissé de tendres souvenirs qui mettent de la brume dans mes lunettes et qui vont m’aider à passer l’hiver.

© Madeleine Genest Bouillé, 3 janvier 2019