De portraits en chansons…

Je fouille dans mes albums de photos, je cherche quels portraits je pourrais bien vous présenter. J’ai très peu de photos des amies de mon enfance et de celles avec lesquelles j’ai « jeunessé ». Leur photo, elle est dans ma mémoire et ne s’en effacera jamais!

Me voici donc rendue dans mes années d’étudiante au couvent… je cherche. Je regarde les photos de groupe dans l’album du Centenaire en 1961 Je tombe sur une photo prise lors d’une fête qui avait eu lieu en mai ou en juin, avant la fin des classes. Je ne sais pas ce qu’on fêtait, plusieurs groupes d’élèves sont vêtues comme pour une mascarade. La photo qui date de 1953 est tellement mauvaise qu’on peut à peine distinguer les visages. Je me souviens vaguement que j’étais déguisée en servante noire; la scène se passait en Afrique. Nous avions fabriqué un éléphant avec des sacs de jute rembourrés de papier et nous devions le tenir pour qu’il ne tombe pas! C’est tout ce dont je me rappelle. Mon maquillage fait de suie coulait sur ma figure et sur mes bras, tachant ma robe. Pour donner un air de fête à cette journée qui devait être mémorable, on nous avait dit de venir en classe avec une robe ordinaire. Moi, j’avais choisi ma belle robe en taffetas à carreaux rouges… quelle mauvaise idée! Pas de photo, mais un souvenir ineffaçable!

Faute d’images, je peux toujours rappeler quelques-unes des chansons qu’on chantait pendant les récréations. Il y avait toujours des chansons. Même si je n’ai pas de photos des événements, ces souvenirs en musique me rappellent les compagnes avec lesquelles je chantais en chœur. Une des plus connues, et peut-être des plus chantées, est sans nul doute Les cloches du hameau, avec ses « tra, la, la » au refrain, que tout le monde reprend en chœur. Cette mélodie me ramène à ces derniers jours de classe, en juin; la période des examens approchait et nous avions parfois la permission d’aller dehors pour étudier… c’était à l’époque où nous portions encore la robe noire à manches longues, qui n’était pas vraiment une robe d’été!

La période d’études était entrecoupée de chansons, poussées à tue-tête, et il me semble entendre notre chœur improvisé : « Les cloches du hameau, chantent dans la campagne, le son du chalumeau égaye la montagne. On entend… les bergers… chanter dans la prairie, ces refrains si légers qui charment leurs amis ».  Et on entonnait les « tra, la, la» allègrement, avec les voix d’alto qui s’ajoutaient et faisaient un effet si joli!

Voici un chant qui évoque les camps d’été de la Jeunesse Étudiante Catholique, (JEC). En septembre, les grandes qui avaient assisté au camp, avaient toujours de nouvelles chansons à nous apprendre. Il n’y avait rien qui me plaisait plus que d’apprendre une nouvelle chanson! Je suis certaine que vous allez avoir envie de fredonner avec moi  La Bohême : « Chante et danse la Bohème, Faria, Faria-oh… Vole et campe où Dieu te mène, Faria, Faria-oh! Sans soucis au grand soleil, coule des jours sans pareils… Faria… Faria… Faria oh! »

 L’avant-dernière ou la dernière année, la chanson à la mode était Belle alouette grise. Elle avait d’ailleurs été publiée dans un des derniers cahiers de La Bonne Chanson. Il s’agit d’une histoire ancienne, avec un marin qui veut marier la fille du Roi. Quand le Roi répond « Petit marin, tu n’es pas assez riche », celui-ci répond : « J’ai trois vaisseaux dessus la mer jolie. L’un chargé d’or, l’autre d’argenterie, et le troisième pour promener ma mie ». Le Roi se ravise alors et lui dit : « Petit marin, tu auras donc ma fille! ». Le marin  voulant avoir le dernier mot répond : «  Sire le Roi, je vous en remercie. Dans mon pays, il y en a de plus jolies! » Alors on chantait allègrement en chœur, voix d’alto comprise : « Va, va ma petite Jeannette, va, va, le beau temps reviendra…. »

Plusieurs portraits défilent dans ma tête au rappel de ces chansons. Nous étions heureuses et nous ne le savions pas!

© Madeleine Genest Bouillé, 3 août 2018

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Noël, son histoire, ses cantiques…

Nos coutumes de Noël, ça part sûrement de quelque chose ou de quelqu’un, quelque part. Les objets, les personnages et les animaux, chacun pris à part, nous font voyager dans les traditions anciennes et dans les pays où la religion chrétienne est ancrée depuis des millénaires.

J’ai fait quelques recherches dans l’amas de paperasses que je conserve depuis l’époque où j’ai commencé à fabriquer Le Phare (je parle du bulletin local évidemment). Étant donné que j’aime Noël et le temps des Fêtes, ce ne sont pas les écrits, ni les images qui manquent.

Je commence avec la crèche. Certains textes disent que le pèlerinage sur les lieux de la naissance de l’enfant Jésus date du 3e siècle et que l’on y montrait déjà la crèche, la mangeoire et la grotte. C’est à saint François d’Assise qu’on doit une première messe de Noël en 1223 à Greccio, un petit village d’Ombrie. Dans une grotte, on avait disposé une crèche garnie de foin et on y avait amené un bœuf et un âne. Il n’y avait pas de personnages, le Christ étant vivant dans l’Eucharistie. La présence des animaux dans une crèche est significative de la nuit de Noël. Plusieurs légendes autour de la Nativité attribuent à l’âne et au bœuf, et partant, à tous les animaux de la ferme, le pouvoir de parler et de faire des prédictions au cours de cette nuit sainte. Le chant qui me vient à cette évocation des animaux de la crèche est bien entendu « Entre le bœuf et l’âne gris… où dort le petit Fils, tandis que mille anges divins, mille séraphins volent alentour de ce grand Dieu d’amour! »

Les crèches, telles qu’on les connait, avec les personnages de Marie, Joseph et l’enfant Jésus, ainsi que leurs visiteurs, les bergers et un peu plus tard, les rois Mages, ont fait leur apparition en Italie à partir du 15e siècle. Plusieurs cantiques se rapportent aux principaux personnages, à commencer par Il est né le Divin Enfant. Arrêtons-nous donc « Dans cette étable où Jésus est charmant! » Il y a beaucoup de monde à la crèche. Les bergers, qui ont été les premiers avisés : « Ça bergers assemblons-nous, allons voir le Messie! » Demandons plutôt à cette jeune fille, qui se tient près de l’entrée avec son petit agneau dans les bras : « D’où viens-tu bergère?  Je viens de l’étable, nous dit-elle, j’ai vu un miracle, ce soir arrivé. » Les chants de Noël ne font pas tous référence à Marie.  C’est à saint Alphonse de Liguori (1696-1787) qu’on doit le magnifique chant « Les cieux ravis ne chantaient plus, ils cessèrent leur harmonie, lorsque chanta Marie au berceau de Jésus. »  Plus près de nous, le poète et romancier français du XIXe siècle, Théophile Gauthier a composé ce très beau chant : « Le ciel est noir, la terre est blanche… Cloches, carillonnez gaiement! Jésus est né, la Vierge penche sur Lui son visage charmant. »    

     

Pour ce qui est des anges, il est évident que Noël leur appartient! C’est un ange qui annonça à Marie qu’elle mettrait au monde un enfant, vraiment pas ordinaire. C’est aussi un ange qui parla à Joseph en songe, lui disant qu’il devait épouser Marie malgré tous les cancans qui couraient dans le village. C’est un ange qui avertit les bergers de se rendre à la crèche où était né Jésus. Il n’y a pas de Noël sans au moins un ange. Qu’il trône en haut de l’arbre de Noël ou qu’il se tienne près de la crèche comme un veilleur… j’ai toujours fait une place d’honneur à l’ange de Noël! Pour ce qui est des chants, tout le monde connaît « Les anges dans nos campagnes ont entonné l’hymne des cieux Gloria, Gloria, in excelsis Deo! » Il y a aussi cet autre cantique aux accents joyeux : « Les Chœurs angéliques ont chanté Noël… mêlons nos cantiques aux accents du ciel! Noël! Noël! Chantons tous Noël! »

La liturgie de l’Avent a remis à la mode le rituel de la couronne de l’Avent avec ses quatre bougies. Autrefois, ce rituel avait une signification qui semble s’être perdue dans le temps; Ainsi, le 1er dimanche, la bougie symbolisait le pardon à Adam et Eve, qui ne seront donc pas condamnés au feu éternel. Le 2e dimanche, la bougie symbolisait la foi des patriarches qui croient au don de la Terre Promise. Le 3e dimanche, la bougie  rappelle la foi de David qui célèbre l’Alliance et le fait qu’elle durera toujours.  Et le 4e dimanche, la dernière bougie symbolise l’enseignement des prophètes qui annoncent un règne de paix et de justice. « Venez Divin Messie, nous rendre espoir et nous sauver!  Vous êtes notre vie, venez, venez, venez! »

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On arrive au sapin, issu d’une très ancienne tradition païenne, qui existait de la Rome antique jusqu’en Scandinavie. La fin de décembre, fin du cycle des saisons, était le temps où on célébrait l’arbre. La tradition du sapin de Noël est née  il y a 5 siècles en Alsace.  Toujours vert, malgré  la neige et le froid, le sapin décoré de bougies et de petits cadeaux est un symbole de vie et d’allégresse! « Mon beau sapin, roi des forêts, que j’aime ta verdure! »

La bûche de Noël, devenue un dessert apprécié de tous, possède une richesse symbolique qui remonte loin dans le temps! Cette tradition, vieille de neuf  siècles, accompagnait la veillée de Noël, au temps où on se chauffait  au feu de l’âtre. La bûche qu’on brûlait à Noël devait durer trois jours et on se devait de l’allumer avec un tison conservé de la bûche de l’année précédente. On jetait sur la bûche de Noël du sel, du vin ou du miel, pour appeler la fécondité. Tout cela rejoignait les plus anciens rites du feu régénérés par le symbole chrétien de la lumière. « Il me reste une bûche, une dernière bûche… viens t’y chauffer un peu. » ou si vous aimez mieux : « Le feu danse dans la cheminée… dehors on tremble de froid… »

Quant aux cadeaux, depuis des temps immémoriaux, le solstice d’hiver et le changement d’année incitent les gens à s’échanger des présents. Qu’ils soient apportés par le petit Jésus, saint Nicolas où, depuis le XIXe siècle, par le Père Noël.  On y trouve aussi une connotation avec la liturgie chrétienne, par le rappel de la visite des rois mages à Jésus, événement qu’on célébrait jadis le 6 janvier, lors de la fête de l’Épiphanie. « De bon matin, j’ai rencontré le train, de trois grands rois qui allaient en voyage… de bon matin, j’ai rencontré le train de trois grands rois dessus le grand chemin. »

Joyeux temps des Fêtes!

© Madeleine Genest Bouillé, 23 décembre 2017.

Noël d’enfant

Le premier Noël dont je me rappelle est celui de mes cinq ans. Étant trop jeune pour aller à « la vraie école », depuis octobre on m’avait inscrite dans une classe privée, tout d’abord parce que j’avais tellement hâte de savoir lire les bandes dessinées du journal, surtout les histoires de Philomène. Dans cette classe qui se tenait autour de la table de la cuisine chez Madame Laplante, en plus des rudiments de lecture et d’écriture, un peu de mathématiques – qu’on appelait alors « arithmétique », j’apprenais le catéchisme afin de pouvoir faire ma première communion. À l’époque, les parents tiraient une grande fierté quand ils pouvaient dire que leur enfant avait fait sa « petite communion » à cinq ans.

Moi à 5 ans… (©coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

On m’avait bien expliqué des semaines à l’avance que la messe aurait lieu durant la nuit. Il s’agissait d’une messe pas ordinaire, au cours de laquelle défileraient les cantiques que je connaissais déjà, pour les avoir entendus dans les veillées de famille au temps des Fêtes. Il faut dire que chez nous, tout comme chez mon grand-père, le cordonnier, la musique faisait partie intégrante de toutes les fêtes. Mon grand-père jouait du violon, de même que ma tante Alice, ma tante Gisèle jouait de la guitare et ma tante Rollande accompagnait au piano les musiciens, aussi bien que les chanteurs et chanteuses. D’ailleurs, presque tout le monde chantait, sauf les oncles, joueurs de cartes. Tous les airs de Noël y passaient… mon père entonnait le Minuit Chrétiens, ma sœur poursuivait avec Jésus de Nazareth. Nous, les plus jeunes, n’étions pas en reste; on nous faisait chanter Vive petit Noël. Ah! Comme on l’aimait ce Dieu des gentils bébés roses, qui donne tant de belles choses!

Le retour de la messe de minuit (XIXe siècle), source: Edmond-Joseph Massicotte/Bibliothèque et Archives Canada/ C-001119 .

Je reviens à ce Noël de mes cinq ans. La veille, on nous avait envoyés au lit plus tôt. Les grandes personnes ayant un tas de choses à faire : il fallait rentrer et décorer le sapin, installer la crèche, garnir les bas de Noël et mettre la dernière main aux préparatifs du réveillon. Nous étions tellement énervés que nous ne dormions pas beaucoup. Nous tentions d’aller regarder au travers des barreaux de la rampe de l’escalier, mais il y avait toujours un adulte qui découvrait le curieux – ou la curieuse, et nous retournions nous coucher en vitesse. Quand enfin nous parvenions à dormir, il était presque temps de se lever et de se préparer pour la messe.

Effectivement, quand on vint me réveiller, je dormais profondément et je mis un peu de temps à me rappeler pourquoi on me dérangeait ainsi dans un si bon sommeil. Encore endormie, je m’empêtrais dans mes vêtements. Je faillis mettre ma robe à l’envers… Elle était si belle ma nouvelle robe en velours « rouge vin », dont les boutons ressemblaient à des petits chapeaux mexicains. Sans ma mère qui vint à mon secours, je n’aurais jamais été prête à temps. Ne demeurant pas très loin de l’église, nous nous rendions à pied. C’était une belle nuit claire et froide, de quoi me réveiller tout à fait! On s’installa dans le banc de famille au jubé, à côté de l’orgue. J’aimais beaucoup cet endroit car on voyait la chorale et cela m’enchantait. On m’a raconté que je disais souvent : « Quand je serai grande, je vais aller chanter en haut à l’église, près de l’orgue ». Je croyais alors que c’était un métier comme un autre. On ne réalise pas tous nos rêves, mais j’ai eu le bonheur de réaliser celui-là!

Finalement, je ne me souviens pas de ma première communion, j’étais trop jeune et j’avais du mal à rester éveillée. Il faut dire que le curé de ce temps-là était un excellent orateur, alors évidemment, dans les grandes fêtes, il s’encourageait et prolongeait volontiers son sermon. Je n’ai gardé de cette première messe de minuit que le souvenir de la musique. L’orgue, dont les harmonies vibraient jusqu’au plafond me semblait-il, et les chants de la chorale qui éclataient comme une fanfare! Je me souviens aussi de la foule nombreuse et joyeuse; les messieurs vêtus de longs paletots, leur chapeau à la main et les dames en manteau de fourrure. Tout ce beau monde s’interpellait en riant, d’un banc à l’autre au  jubé. Plusieurs avaient sans doute déjà commencé à fêter… Malgré le bruit et la foule, j’avais trouvé la messe pas mal longue. Je devais avoir hâte de revenir à la maison. Au retour, le réveillon à peine terminé, je ne fus pas longue à retourner me coucher, certaine de trouver au matin, mon bas de Noël rempli de friandises et de petites surprises; les « étrennes » étant distribuées seulement au Jour de l’An.

La vieille route enneigée (rue Johnson) dans les années 50 (©coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Plus tard, on m’a raconté cette anecdote. Quand on m’a demandé si j’avais aimé la messe de minuit, j’aurais, paraît-il, répondu ceci: « La messe de minuit dans le soir, j’aime pas bien ça, j’aimerais mieux une messe de minuit dans le jour ». En grandissant, j’ai pu mieux apprécier ces moments merveilleux où mon église en fête, remplie à craquer, brille de toutes ses lumières… la procession avec le petit Jésus, la crèche, et surtout la musique! La belle messe de Sainte-Thérèse, de Théodore de La Hache, que j’ai eu le bonheur de chanter pendant près de quarante ans! Aujourd’hui, je participe à la messe qui a lieu plus tôt en soirée; nous y chantons les vieux cantiques toujours si beaux et c’est chaque fois un bonheur dont je ne saurais me passer. J’imagine mal un Noël qui ne commencerait pas par la célébration religieuse à l’église, mais on ne connait pas l’avenir… et c’est bien mieux ainsi!

Église Saint-Joseph, vers 1950 (©coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

© Madeleine Genest Bouillé, 12 décembre 2017

Je revois tes yeux clairs, maman…

…Et je songe à d’autres Noëls blancs. J’aime les paroles de cette chanson que tout le monde connaît, j’en aime aussi la musique. Il y a des chansons comme ça qui me rappellent Jeanne, ma mère, quand elle chantait en s’accompagnant au piano, dans le temps où les Noëls étaient toujours blancs – et si parfois ils ne l’étaient pas, ma mémoire les a effacés!

Jusqu’aux dernières années de sa vie, quand elle était encore « maîtresse de sa maison », maman chantait fréquemment. Parfois elle fredonnait doucement en travaillant et quand elle en avait le temps, elle s’asseyait au piano et chantait de sa jolie voix claire. Les deux chansons du temps des Fêtes que je lui ai entendu chanter le plus souvent, c’était Je ne crois plus au Père Noël, un des succès de Lucienne Boyer, artiste très en vogue au cours des années 30-40, et La Légende des roses, une très vieille chanson dont j’ignore la provenance et qui n’est même pas au répertoire de La Bonne Chanson.

La Légende des roses, c’est l’histoire d’une petite marchande de fleurs qui est bien triste car, comme le dit la chanson : « Sur moi le malheur se déchaîne… car elle est morte, la saison, où je vends des fleurs à la ville… je meurs de froid dans ma maison… »

Mais, un peu comme dans La dernière bûche, dont je vous ai parlé il y a quelque temps, la jeune fille rencontre un petit enfant en pleurs parce qu’il a froid et qu’il semble n’avoir personne qui l’attend, ni aucun endroit où aller. La fillette recueille donc ce petit garçon, encore plus misérable qu’elle et lui dit : « Viens te blottir tout près de moi, je te cacherai sous ma mante. » 

Le troisième couplet nous éclaire sur l’identité du petit garçon : « Soudain, à ses yeux éblouis et comme en un vrai sortilège, des milliers de roses en tapis, s’épanouirent sur la neige.  Et l’enfant dit : je suis Jésus, je veux partager ta misère, fillette, allons ne pleure plus, puisque j’exauce ta prière! »

Au dernier couplet, on précise que : « Depuis ce jour, tous les ans, quand la neige scintille aux branches, des fleurs mystérieusement, apparaissent, roses et blanches… C’est un présent sacré de Dieu, le Créateur de toutes choses.  Telle est la légende des roses. » 

J’étais très jeune quand j’ai appris cette chanson, mais elle me revient chaque année.  Alors, je la joue au piano (même si je ne suis pas virtuose), et à chaque fois, c’est la voix de maman que j’entends, sa voix qui qui me berce avec cette vieille légende.

Quand maman chantait Je ne crois plus au Père Noël, j’aimais la musique de cette chanson, mais j’étais toujours un peu déçue, par les paroles du refrain : « Je ne crois plus au Père Noël, j’ai passé l’âge, où l’on découvre à pas de loup, dans ses souliers de beaux joujoux, quand on est sage… Je ne crois plus au Père Noël, c’est bien dommage, de ne pouvoir avec le temps, garder toujours un cœur d’enfant. »

Ces paroles s’expliquent quand on chante le deuxième couplet : « Car un soir, j’ai fait semblant de dormir en mes draps blanc, alors j’ai vu, tout étonnée, dans ma chambrette entrer maman qui déposa bien doucement, de jolis jouets dans la cheminée. »

Le dernier refrain se termine ainsi : « Je ne crois plus au Père Noël, c’est bien dommage! On s’aperçoit quand on grandit, qu’hélas on perd un paradis… » 

Qu’elles étaient belles les chansons que ma mère chantait! Je parlais dans un de mes derniers « grains de sel » de l’Esprit de Noël que maman nous a laissé en héritage. Les chansons qu’elle chantait, les airs qu’elle jouait au piano, les beaux poèmes qu’elle recopiait sur des bouts de  papier, les petits dessins à l’encre de Chine, dont elle décorait ses cartes de souhaits, les coussins colorés qui mettaient du soleil un peu partout dans la maison, de même que les souvenirs qu’elle nous racontait, toutes ces choses font partie  de ce trésor inestimable que nous devons garder bien vivant et qu’on appelle tout simplement « le goût du beau ».

Comme Jeanne, puissions-nous, autant que faire se peut, mettre de la beauté dans nos ouvrages, nos loisirs, nos relations avec ceux qui nous entourent, enfin, dans notre vie de tous les jours! Pour l’année 2018, souhaitons-nous de la Beauté!

© Madeleine Genest Bouillé, 9 décembre 2017

La Bonne Chanson : saint Nicolas et le Père Noël

Quand j’étais enfant, je regardais longuement les images qui illustrent la chanson inédite de saint Nicolas, à la page 43, dans le premier album de La Bonne Chanson.  Le saint dont on nous parle dans la chanson est encadré d’une part de l’image des trois jeunes enfants qui ont l’air de bien s’amuser et d’autre part, par celle du boucher qui se tient près du tonneau, où l’on apprend que sont entassés les pauvres enfants qui ont été tués! Je ne manquais pas d’imagination… ma mère disait que j’en avais trop! Bien avant de pouvoir lire les paroles des dix couplets de la légende, je pouvais déjà me raconter l’histoire alors que je n’en voyais que les illustrations.

Je résume aussi brièvement qu’il est possible cette légende très ancienne. Trois jeunes enfants s’en allaient glaner aux champs. Le soir tombe et les enfants frappent à la porte d’un homme qui est boucher; ils demandent asile pour la nuit. Le boucher, qui est comme on disait dans le temps « un méchant », les accueille, les tue et les met au saloir «  comme pourceau », tel que précisé dans la chanson.

Sept ans plus tard, saint Nicolas passant par-là, frappe lui aussi à la porte de ce même boucher et demande à coucher. Le boucher, très convivial, accueille le saint évêque : «  Entrez, entrez, il y a de la place, il n’en manque pas! » Sitôt entré, Nicolas demande à souper : « Voulez-vous du jambon? » – « Je n’en veux pas il n’est pas bon. » – « Voulez-vous un morceau de veau? » – « Je n’en veux pas, il n’est pas beau! »

Et, alors, notre saint évêque « lâche le morceau » : « Je veux avoir du petit salé, qu’il y a sept ans qu’est dans le saloir. »  Quand le boucher entend ça, il prend la porte et il veut s’enfuir. Mais le bon saint Nicolas, très magnanime, l’attrape par un bras et lui dit : « Boucher, ne t’enfuis pas. Repends-toi, Dieu te pardonnera. »  Et alors, Nicolas va s’asseoir sur le bord du saloir et il interpelle les enfants qui y dorment depuis sept ans : « Petits enfants qui dormez là, je suis le grand saint Nicolas! »  Il étendit trois doigts, les petits se levèrent tous les trois, comme s’ils avaient tout simplement dormi.  Le premier dit : « J’ai bien dormi », le second : «  Moi aussi! », et le troisième : «  Je me croyais en paradis! » La chanson se termine ainsi : « De tout ceci, petits enfants, vous concluez assurément, qu’il faut aimer saint Nicolas. Et que je puis m’arrêter là! ».

Qui était-il ce grand Nicolas et quel rapport avec le Père Noël? On lit dans la biographie de ce saint très ancien, qu’il vécut à Patara en Lycie (Asie Mineure), de 240 à 320. Ces chiffres varient selon les sources, mais on se situe toujours entre le premier et le quatrième siècle après Jésus-Christ. Enfin, qu’est-ce que trois siècles! On fête ce saint bien sympathique le 6 décembre dans la majorité des pays d’Europe. Détail important : étant donné qu’autrefois cette fête avait lieu au début de l’Avent, on distribuait des bonbons et des jouets aux enfants en ce jour.

Saint Nicolas… Santa Claus… il n’y a qu’une bedaine entre ces deux patriarches! Mais voilà! Saint Nicolas ne connaissait pas les « hot dogs »! Il est cependant plausible qu’on lui attribue le fait qu’il soit l’ancêtre du Père Noël. Surtout que c’est aux États-Unis qu’il est devenu le bonhomme bedonnant vêtu de rouge, qu’on connaît maintenant. Et ce qui rapproche encore plus notre grand saint du Père Noël, c’est que tout comme ce dernier, Nicolas aimait beaucoup les enfants!

Moi, je raffole des légendes!

 

© Madeleine Genest Bouillé, 29 novembre 2017

La Bonne Chanson: des choses à dire…

Tout d’abord, je vous cite quelques lignes d’un livre que j’ai lu il y a déjà plusieurs mois. Le titre, déjà, m’accrochait : Il faut que je parle à quelqu’un. L’auteur, Jean-Jacques Gauthier, un inconnu pour moi, écrit ceci : « Hâtons-nous de dire aux vivants, les mots qu’ils attendent, et qui sont vrais, et que nous remettons de prononcer, et que chacun souhaite entendre, une fois au moins, de la bouche d’un seul être, et qu’hélas nous redirions inlassablement de si grand cœur, mais en vain, sur une tombe refermée ».

 Trois titres de chanson retiennent mon attention pour cette deuxième chronique, qui disent des mots qui pour moi, sont essentiels : la mère, la maison, l’église.

De sa mère, on se souvient toujours

Les paroles sont de Deprés-Lévy, la musique de Gustave Goublier (1856-1926). Cet auteur français très connu à son époque, a écrit entre autres, la musique du Credo du Paysan.

Couplets :

Il est un sentiment vivace, plus doux qu’un soleil de printemps,
Un souvenir que rien n’efface, pas même la marche du temps.
Dans les passages de la vie, où s’agite le désespoir
L’ombre d’une image chérie, apparaît dans notre ciel noir.

Le frêle enfant qui vient de naître, vers elle tends déjà ses bras.
Et bientôt le cher petit être, sous ses yeux fait ses premiers pas.
Lorsque pour les bancs de l’école, il voit qu’il lui faut la quitter
Il pleure et sa peine s’envole, sous la chaleur d’un bon baiser.

Dans le cours de notre existence, quand nous visitent les douleurs
C’est son nom que dans la souffrance, nous répétons avec des pleurs
Combien, sur les champs de bataille, sont tombés d’hommes vaillamment.
Frappés par l’horrible mitraille, en murmurant : « Adieu maman! »

Refrain :

On se rit d’une folle ivresse, on oublie un jour ses tristesses
Bonheur et peine, tour à tour… Mais de sa mère, on se souvient toujours!

La chère maison

L’auteur, E. Jaques-Dalcroze, (1855-1950) un musicien et compositeur d’origine autrichienne, qui est de plus, le créateur de la méthode rythmique qui porte son nom.

Couplets :

Ô ma chère maison, si vieille…Ô toi qui sommeilles dans le vert gazon.
Maison d’autrefois, témoin d’un autre âge.
Portant, enfouie au fond du feuillage,
Tant de chers souvenirs des anciennes saisons.

Ô petit nid discret, aux persiennes closes, Que tu vis de choses!
Et que tu sais de doux secrets. L’amour a chanté sous ton toit sonore.
La mort a passé, et tu vis encore.
Conservant le parfum des mortes floraisons.

Ô ma chère maison, d’année en année, bien des saisonnées
Défilent à tes horizons. Tu verras revivre et franchir ta porte
Des joies, des douleurs, que tu croyais mortes.
Car la vie et la mort ont les mêmes frissons.

Refrain :

Ô ma chère maison, mon nid, mon gîte.
Le passé t’habite, ô ma chère maison!

La vieille église

Albert Larrieu, chanteur, compositeur, interprète et poète français (1872-1925), est l’auteur de cette belle chanson, ainsi que de plusieurs autres pièces du répertoire de La Bonne Chanson.

Couplets :

La vieille église du village, semble n’avoir plus aucun âge.
Ses pierres grises, ses vitraux brisés, d’un lierre très vieux sont tapissés.
Sa cloche qui sonne, dans le cœur résonne.
Elle évoque tout notre passé,
Déjà par le temps, presque effacé.

L’odeur d’encens, encore parfume, les saints de bois au vieux costume.
Ils ont toujours un air de majesté, malgré leur antique pauvreté.
Sous les blanches roses, les aïeux reposent
Auprès des vieux murs, dans le champ clos.
Rien ne peut troubler ce grand repos.

Ne touchez pas à cette église, que son grand âge poétise!
Laissez-là vivre, et finir ses vieux ans.
Elle n’en a plus pour bien longtemps.
Cette pauvre aïeule, un jour toute seule.
Tombera comme un oiseau blessé
Sur les ruines de notre passé.

Heureusement pour nous, notre église, qui date de la même époque que le compositeur Albert Larrieu, ne devrait pas subir le même sort que maintes églises plusieurs fois centenaires, en France et dans d’autres pays d’Europe. Mais, elle devra s’adapter… et nous aussi!

© Madeleine Genest Bouillé, 21 novembre 2017

La Bonne Chanson, une mine d’or!

J’ai grandi avec les cahiers de La Bonne Chanson de l’abbé Gadbois. On a dit que la publication de ces cahiers de chants avait pour but de contrer l’invasion massive de la chanson américaine qui devenait de plus en plus présente à la radio. Je ne pourrais pas dire si cette assertion est vraie ou non. Chose certaine, ces recueils de chants offraient un répertoire très varié, allant de la chanson patriotique aux chansons à répondre, en passant par les balades sentimentales, les airs d’opérette et les cantiques populaires, comme les Ave Maria et les chants de Noël.

La Bonne Chanson existait alors en France, diffusée surtout par le chanteur breton Théodore Botrel ­(1868-1925). Botrel a fait connaître ses chansons chez nous, lors de ces voyages au Québec en 1903 et en 1922. C’est sans doute ce qui fait qu’on retrouve plusieurs pièces de son répertoire dans les cahiers de l’abbé Charles-Émile Gadbois, qui a fondé La Bonne Chanson au Québec en 1937.

La Bonne Chanson, c’est 566 chansons pour toutes les occasions et pour chaque saison. J’ai évidemment mes préférences, lesquelles seraient longues à énumérer. Plusieurs de ces mélodies me rappellent mon enfance ou celle de mes enfants. Il m’est venu l’envie de faire une chronique sur ce thème de La Bonne Chanson. Ainsi, pour cette première fois, j’ai choisi deux chansons qui parlent d’hiver, une autre – justement de Botrel – qui raconte une légende de Noël, et une dernière, que tout le monde connaît et qu’on aime tant fredonner!

Ma première chanson d’hiver est une composition de Joseph Beaulieu, un Canadien-français, né en Ontario (1895-1965). On retrouve beaucoup de chants de cet auteur dans le répertoire de la Bonne Chanson. Celui que j’ai choisi a pour titre simplement Il neige. Mon fils aîné l’avait appris à l’école en première ou en deuxième année… je ne suis pas certaine qu’il s’en rappelle. Le voici :

Refrain :

« Il neige, il neige, de gros flocons blancs.
Il neige, il neige pour tous les enfants.

Couplets :

« La molle tenture blanchit les balcons
Les champs, les toitures, les arbres, les monts. »

 « L’hiver nous arrive, la neige le dit.
La joie est bien vive, chez tous les petits. »

 « La neige en silence, blanchit les côteaux
Allons! On s’élance, joyeux, en traîneau! »

Ma deuxième chanson d’hiver est une chanson qu’on entendait souvent dans ma jeunesse. Il est écrit « auteur inconnu »; par contre, une note au bas de la feuille dit que « cette chanson a été recueillie dans la Beauce, par l’honorable Omer Côté ». Pour en savoir plus long, je me suis renseignée sur cet honorable Monsieur et voici ce que j’ai appris : Omer Côté, né en 1905, a été député à l’Assemblée Législative de Québec de 1944 à 1956, où il a été de plus, secrétaire. Plusieurs parmi vous se rappelleront de L’hiver a chassé l’hirondelle :

Refrain :

« L’hiver a chassé l’hirondelle, l’hiver a chassé les beaux jours.
Mais de notre cœur, ô ma belle, l’hiver ne peut chasser l’amour. »

Couplets :

« Le dur hiver s’avance, adieu les belles nuits
D’amour et d’espérance, les beaux jours nous ont fuit.
Nous n’irons plus, mignonne, dans les sentiers fleuris
Car les feuilles frissonnent, dans nos rosiers jolis. »

« Adieu, tapis de mousse, petit ruisseau, adieu!
Votre plainte si douce, remonte vers les cieux.
Et vous, charmant bocage, où nous allions causer
Car votre gai feuillage, cachait nos doux baisers. »

J’en viens à la très belle légende de Noël de Théodore Botrel, qui a pour titre : La dernière bûche. Je vous la résume, car cette chanson est composée de six couplets de neuf lignes chacun. C’est ce qu’on appelle un « duo mimé ». Les deux personnages se nomment Jean le Gueux et Jean Misère. La chanson commence ainsi :

« Qui frappe à la chaumière du pauvre Jean Le Gueux : Pitié! C’est Jean Misère, plus que toi, malheureux. » Jean Le Gueux accueille cet homme pitoyable entre tous, et lui dit : « Il me reste une bûche, une dernière bûche, viens t’y chauffer un peu ». Dans le troisième couplet, on apprend que Jean Misère a les mains ensanglantées, que tous l’abandonnent, et toujours, Jean Le Gueux invite Jean Misère à se chauffer à sa dernière bûche… Au quatrième couplet, coup de théâtre! « Soudain la flamme est claire… Jean Le Gueux pousse un cri. Il a, dans Jean Misère, reconnut Jésus-Christ » Jean Misère poursuit en disant : « Vite, mets ta capuche, aujourd’hui c’est Noël! Pour te payer ta bûche, ta dernière bûche, viens te chauffer au ciel ! » J’ai appris cette chanson alors que j’étais très jeune et je me souviens combien j’étais impressionnée par les paroles de cette histoire ainsi que par la musique dont le tempo est Andantino religioso… j’en avais les larmes aux yeux; encore maintenant, la belle musique m’émeut facilement!

Pour terminer, vous aurez tous envie de fredonner cette mélodie, car il s’agit de Mon beau sapin, une très vieille chanson, dont le titre original, en allemand, est O tannenbaum. Il existe plusieurs versions; celle qu’on connaît date, dit-on, de 1824, mais une première version remonterait parait-il à 1550. Vous vous souvenez des couplets?   Alors chantez-les avec moi :

« Mon beau sapin, roi des forêts, que j’aime ta parure.
 Quand par l’hiver, bois et guérets, sont dépouillés de leurs attraits.
 Mon beau sapin, roi des forêts, tu gardes ta parure. »

« Toi que Noël planta chez nous, au saint anniversaire.
 Joli sapin, comme ils sont doux, et tes bonbons, et tes joujoux.
Toi que Noël planta chez-nous, par les mains de ma mère. »

« Mon beau sapin, tes verts sommets, et leur fidèle ombrage.
 De la foi qui ne ment jamais, de la constance et de la paix.
Mon beau sapin, tes verts sommets, m’offrent la douce image. »

Je vous rappelle en terminant que le mot d’ordre de La Bonne Chanson était : « Un foyer où l’on chante est un foyer heureux. » À la prochaine fois et, en attendant, chantez ce que vous voulez, sur tous les tons, mais chantez!

© Madeleine Genest Bouillé, 16 novembre 2017

Réflexion devant une rose…

Les fleurs de notre parterre commencent à pendre la lippe. Les vaillants phlox résistent de leur mieux; surtout les mauves. Les roses sont presque tous fanés et les blancs s’en tirent pas trop mal, mais on voit bien qu’ils se forcent pour tenir le plus longtemps possible. Vraiment, il ne reste plus que quelques plantes robustes, qui ne fleuriront qu’à l’automne. Par contre, mon rosier de la fête des Mères, qu’on a transplanté au printemps a décidé de nous faire une surprise. Il nous avait donné une rose, au début de l’été, une seule! Ensuite, les pucerons ont ravagé le feuillage. Mais il y a quelques semaines, une nouvelle tige a poussé, ses feuilles sont magnifiques… les pucerons doivent être partis ailleurs! Et voilà qu’aujourd’hui, une rose a commencé à s’ouvrir. Une superbe rose rouge. Bien qu’encore timide, cette fleur sera, j’en suis bien certaine, notre dernière rose de l’été!

Et alors, m’est venue à l’oreille cette jolie chanson, originaire d’Irlande, The last rose of summer. La version originale (cliquez ici pour en entendre une version) est un poème de Thomas Moore, qui date de 1805; la musique serait de John Stevenson. Il y a plusieurs versions françaises de La dernière rose de l’été, dont celle du compositeur Eddy Marnay, qui était interprétée par Nana Mouskouri :

Pour entendre la version de Nana Mouskouri, cliquez sur l’image.

« Si demain tu cueilles une rose, dont le cœur est déjà fané
 Dis-toi bien que cette rose, est la dernière de l’été.
Hier encore au voisinage, fleurissait tout un jardin
Dont il ne reste que feuillage, que l’hiver brûlera demain. »

J’aime particulièrement le deuxième couplet,  que voici :

« En amour comme en toute chose, en amour comme en amitié
Si ton cœur trouve une rose, cette rose, il faut la garder.
Même si c’est la première que tu aies jamais trouvée
C’est peut-être aussi la dernière, et la vie n’a qu’un seul été. »

J’ai trouvé une autre version, celle-ci de Francis Blanche (1921-1974), un parolier français qui était aussi un acteur connu. On y ressent là aussi la mélancolie de la fin de l’été :

« Une rose que l’on cueille, la dernière d’un bel été
Une rose qui s’effeuille, avant même d’avoir été.
Plus un chant au vent d’automne, plus d’oiseaux aux alentours.
Et personne qui lui donne, la chaleur des anciens jours. »

« Une rose que l’on garde, la dernière d’un bel été.
Une rose que l’on regarde, souvenir d’un roman passé.
On retrouve un jour d’automne, la couleur de la fleur coupée.
Mais personne ne redonne son parfum à l’amour fané. »

La version qu’on retrouve dans le 7e album de « La Bonne Chanson » est d’une tristesse, comme on en voyait souvent dans les paroles des chansons d’autrefois, où il était courant de « mourir d’amour »… alors qu’il est tellement plus agréable d’en vivre!  En haut de la page, un nom seulement : F. Flotow. Est-ce le compositeur des paroles? Sans doute, puisque la musique est de J. Stevenson.  On a du moins l’avantage d’avoir la musique…

« Seule ici, fraîche rose, comment peux-tu fleurir?
Alors qu’à peine éclose, tu vois tes sœurs mourir.
En ces lieux, des hivers, le deuil sombre s’étale,
Et la brise n’exhale nul parfum dans les airs. »

« Pourquoi seule, ignorée, languir dans ce jardin?
L’aquilon t’a frappée, ne fuis plus ton destin.
Laisse-moi te cueillir, sur ta tige tremblante
Et d’amour palpitante, sur mon cœur, ah! viens mourir! »

Pauvre rose!  Elle doit vraiment regretter d’être encore là, tandis que ses sœurs sont toutes  disparues.

Toutes ces belles paroles, pour une rose! Mais, c’est la dernière de l’été… Elle mérite d’être célébrée. L’été n’est jamais trop long dans notre beau Québec. Pour beaucoup de gens, l’automne est la saison que l’on accueille sans joie. On dit « Déjà! Ça n’aurait pas pu attendre un peu! » Et puis, quand décembre approche, pour reprendre les paroles la chanson C’est la première neige : « C’est l’hiver qui s’avance et l’automne, en silence, disparaît lentement. » La fin du printemps nous réjouit, c’est l’été qui fait son entrée comme une star, escortée  de soleil et de chants d’oiseaux! Les beaux jours ensoleillés, les soirées plus longues, les vacances! Que de la joie! Par contre, quand l’hiver prend de l’âge, il ne fait rien pour qu’on le regrette. Je le comparerais à une personne qui vieillit mal, qui se laisse aller, l’humeur morose, quelqu’un qui renonce à tout ce qui peut lui rendre la vie plus douce. L’hiver s’enlaidit avant de nous quitter, vraiment il ne veut pas qu’on garde de lui quelque beau souvenir. Mais, Dieu sait qu’on a la mémoire courte… en novembre, on recommencera à se préparer à l’hiver et à souhaiter un peu de neige, pour égayer les jours trop courts!

© Madeleine Genest Bouillé, 31 août 2017

Sombreros et mantilles

On a les vers d’oreille qu’on peut! Depuis quelques jours, je m’éveille avec une chanson des années 40 qui a pour titre Sombreros et mantilles. Allez savoir pourquoi! L’artiste qui interprétait cette chanson s’appelait Rina Ketty; elle avait un fort accent italien, étant née à Sparzana, en Italie. Elle avait pour prénom Cesarina… dont elle avait gardé seulement les deux dernières syllabes, comme nom d’artiste.

Maman aimait bien cette chanteuse qui avait une jolie voix claire. J’étais toute jeune encore alors que Rina Ketty était déjà une vedette très connue. Ses chansons passaient fréquemment à la radio. Je me rappelle que maman fredonnait souvent en écoutant ces refrains, soit : Sérénade sans espoir, La Madone aux fleurs, et évidemment Sombreros et mantilles. J’essayais bien d’apprendre les paroles pour chanter moi aussi ces chansons, mais je ne les comprenais qu’à moitié… et encore!

Voici les paroles du début de la chanson Sombreros et mantilles : « Je revois les grands sombreros et les mantilles, j’entends les airs de fandango et seguedilles, que chantent les senoritas si brunes, quand luit sur la plazza, la lune ». Et voici à peu près ce que je comprenais: « Je revois les grands sombreros et les frémilles… j’entends un air de vent dans le dos et des guenilles… qui chante la senorita des prunes… quand on est loin là-bas, la lune. » C’était n’importe quoi! Mais j’aimais tellement chanter que ça ne dérangeait nullement de ne pas avoir les bons mots.

Je dois ajouter que chez nous, avec quelques frères plutôt moqueurs, c’était un jeu de changer les paroles des chansons qu’on entendait à la radio ou sur les disques qu’on écoutait à la maison, surtout qu’on n’y comprenait pas grand’chose. On plaçait n’importe quel mot, du moment que ça rimait, ça faisait l’affaire. Et certains de mes frérots avaient un vrai talent pour rendre la chanson comique et parfois même un peu méchante, mais si peu! On avait du plaisir à peu de frais, surtout quand il s’agissait de chanteurs et chanteuses qui possédaient un accent étranger, tels Rina Ketty, Tino Rossi et surtout Luis Mariano, qui était originaire du pays Basque espagnol. C’était alors le chanteur préféré de ma grande sœur et elle n’aimait pas ça du tout quand on virait les chansons de son beau Mariano à l’envers. Ce pauvre Luis! Il écorchait le français tellement qu’on ne saisissait presqu’aucune des paroles qu’il s’efforçait pourtant de bien chanter, de sa superbe voix de ténor. Il me revient justement la chanson du film Andalousie, dans lequel Mariano  incarne un toreador; alors qu’il est porté en triomphe juste avant de livrer un combat sans merci avec le taureau, il chante « Ole torero! C’est l’honneur des gens de cœur et de courage… » Je crois que c’est la seule phrase complète dont on saisissait les mots. Les couplets de cette chanson parlent entre autres, du « fier torero Dominguez Romero, dont la vaillance sans défaillance est le drapeau ». Ce pauvre torero! Il était méconnaissable, quand nous chantions ses exploits!

Les chansons de Luis Mariano étaient pour la plupart truffées de mots espagnols. Entre autres, la chanson thème du film La Belle de Cadix, où on parle de caballeros, de posada, des hidalgos, Juanito de Cristobal et Pedro le matador. Ce n’était vraiment pas étonnant si la Belle de Cadix, à la fin du premier couplet « ne voulait pas d’un amant » et à la fin du deuxième, « est entrée au couvent »!

Je me suis égarée avec Luis Mariano… rien que de très normal! Mais je reviens à Rina Ketty dont les mélodies rythmées étaient aussi sujettes à des changements de paroles de notre part lorsque nous étions enfants. Une de ses plus belles chansons a pour titre Montevideo, qu’on s’amusait à nommer « Montez vider l’veau ». Et pourtant, quelques années plus tard, alors que je commençais à connaître les chansons à la mode et que je me faisais un devoir d’apprendre consciencieusement toutes les paroles, c’est justement Montevideo que j’ai interprété pour ma première soirée d’amateurs. Ce genre de veillée était très à la mode. Tous ceux et celles qui chantaient ou jouaient d’un instrument donnaient leur nom pour participer à ce concours, où les gagnants recevaient un prix, jamais bien gros; mais ce qui importait, c’était de participer et d’être applaudi, comme de vrais artistes! Ma tante Rollande était l’accompagnatrice attitrée. Elle jouait du piano à l’oreille et pouvait accompagner presque n’importe quelle pièce… même quand l’interprétation était plus ou moins juste. C’était elle qui m’avait suggéré cette chanson, dont la musique, sur un rythme sud-américain, est assez difficile. C’était toutefois une pièce qui mettait en valeur autant le talent de l’accompagnatrice que celui de l’interprète. Vous me demandez si j’ai gagné? Je ne m’en souviens même pas… mais il me semble que je portais une robe mauve.

Pour terminer, j’emprunte quelques-unes des paroles de Sombreros et mantilles :

« J’ai quitté le pays de la guitare… Mais son doux souvenir en mon âme s’égare… Dans un songe souvent, tandis que mon cœur bat… Il me semble entendre tout bas… Une chanson qui vient de là-bas. »  Il me faudrait plutôt dire, « une chanson qui vient de ce temps si lointain ».  À une prochaine parlure!

© Madeleine Genest Bouillé, 20 juillet 2017

J’ai tant dansé, j’ai tant chanté!

Quand j’étais étudiante, j’ai appris tout plein de choses importantes : le français, le catéchisme, les mathématiques, les bonnes manières… et aussi la danse et le chant! Nous chantions souvent, à propos de tout et de rien… il ne se passait pas une journée sans qu’on chante. Comme j’ai toujours adoré chanter, je ne m’en plaignais pas! Tout d’abord, comme je l’ai déjà mentionné, jusque dans les dernières années, chaque matin nous commencions la journée par un cantique, qui variait selon le jour de la semaine; lundi, on invoquait l’Esprit-Saint, mardi, notre ange gardien, mercredi, Saint Joseph, jeudi, c’était congé, vendredi était consacré au Sacré-Cœur et samedi à la Saint Vierge. Selon la température, l’humeur ou l’ambiance, ce premier chant était plus ou moins « magané », si vous me passez l’expression.

Quand venait le temps de la récréation, tant qu’il ne faisait pas trop froid, ou plus tard, au printemps, quand tout était sec dehors, nous allions à l’extérieur. Les garçons jouaient dans la cour à côté du couvent. Nous, les filles, prenions nos ébats dans la cour en haut de l’escalier de pierre. Ces jeux ne variaient que très peu… on jouait au « Drapeau » ou à ce qu’on appelait la « Balle au Camp ». Nos bonnes Mères encourageaient fortement les « chefs » à choisir leurs équipières sans parti pris… Sans parti pris? Comme si ça se pouvait! J’en sais quelque chose, j’étais une des plus mauvaises joueuses. Je ne courais pas vite, je me foutais complètement du ballon ou du drapeau… je me tenais le plus loin possible des buts. J’étais toujours choisie la dernière ou presque. Et vraiment, ça ne m’a jamais tellement dérangée. Mais je dois avouer que cette attitude n’aide pas beaucoup à acquérir de la popularité!

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Heureusement, j’avais d’autres occasions pour me reprendre! Les jours de mauvais temps, tout comme en hiver, nous prenions nos récréations dans la grande salle. Et que faisions-nous? Des « rondes », il fallait éviter autant que possible le mot « danse ».  Alors nous dansions sans le dire, en chantant des chansons. Une de ces « rondes » se dansait en chantant : J’ai tant dansé, un folklore qu’on retrouve dans La Bonne Chanson, comme presque toutes les chansons de notre répertoire. Les « rondes », bien évidemment, se dansent en cercle, en se tenant par la main; la plupart du temps; au refrain, on se prend par le bras et on tourne (en swingant, n’en déplaise à nos professeurs). Une autre ronde très populaire était J’ai un beau château; on se divisait en deux cercles et on dansait en sens contraire, ainsi, les filles qui chantaient « J’ai un beau château » allait vers la droite tandis que celles qui répondait « J’en ai un plus beau », allaient vers la gauche.

meunier-tu-dorsCertaines de ces rondes finissaient en débandade, entre autres, celle qu’on faisait en chantant Meunier, tu dors. Cette chanson commence très lentement avec : « Trois canards déployant leurs ailes… », quand on arrive au refrain : « Ton moulin va trop vite, ton moulin va trop fort », la ronde accélère de plus en plus vite, jusqu’à ce que la chaîne se détache. Quand on dansait cette ronde, à la fin, il n’était pas rare qu’une ou deux plus petites tombent par terre, pour le plus grand plaisir des meneuses du jeu qui n’attendaient que ça!

scanParfois, pour changer, on faisait des « chansons de geste ». Je me souviens en particulier de deux de ces chansons : Comme ça et La Cantinière. Dans la première, comme il s’agit de la rencontre de « Majorique » et « Phonsine », c’est une chanson dialoguée, alors on divisait le chœur en deux parties qui se répondaient. Pour ce qui est de La Cantinière, c’est une chanson qui peut s’étirer à l’infini, exemple : « La Cantinière, a de beaux gants, de beaux bas, un beau chapeau », etc. On s’amusait beaucoup à inventer des paroles à ces chansons.

bonheur

Les chansons que je préférais étaient toutefois celles qu’on entonnait quand on était assises dans la balançoire à la fin de l’année pour étudier… les belles mélodies comme Partons la mer est belle, La prière en famille, ou Il faut croire au bonheur. On y mettait tout notre cœur et notre plus belle voix: « Pourquoi rester morose devant les prés en fleurs… Puisqu’il y a des roses, il faut croire au bonheur ». J’y crois encore!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 janvier 2017

100 plus belles.jpgNote :  Les chansons dont je parle sont regroupées dans un petit chansonnier Les 100 plus belles chansons, édité en 1948 par La Bonne Chanson de Ch. Émile Gadbois. Le coût était de 1.00$