Je revois tes yeux clairs, maman…

…Et je songe à d’autres Noëls blancs. J’aime les paroles de cette chanson que tout le monde connaît, j’en aime aussi la musique. Il y a des chansons comme ça qui me rappellent Jeanne, ma mère, quand elle chantait en s’accompagnant au piano, dans le temps où les Noëls étaient toujours blancs – et si parfois ils ne l’étaient pas, ma mémoire les a effacés!

Jusqu’aux dernières années de sa vie, quand elle était encore « maîtresse de sa maison », maman chantait fréquemment. Parfois elle fredonnait doucement en travaillant et quand elle en avait le temps, elle s’asseyait au piano et chantait de sa jolie voix claire. Les deux chansons du temps des Fêtes que je lui ai entendu chanter le plus souvent, c’était Je ne crois plus au Père Noël, un des succès de Lucienne Boyer, artiste très en vogue au cours des années 30-40, et La Légende des roses, une très vieille chanson dont j’ignore la provenance et qui n’est même pas au répertoire de La Bonne Chanson.

La Légende des roses, c’est l’histoire d’une petite marchande de fleurs qui est bien triste car, comme le dit la chanson : « Sur moi le malheur se déchaîne… car elle est morte, la saison, où je vends des fleurs à la ville… je meurs de froid dans ma maison… »

Mais, un peu comme dans La dernière bûche, dont je vous ai parlé il y a quelque temps, la jeune fille rencontre un petit enfant en pleurs parce qu’il a froid et qu’il semble n’avoir personne qui l’attend, ni aucun endroit où aller. La fillette recueille donc ce petit garçon, encore plus misérable qu’elle et lui dit : « Viens te blottir tout près de moi, je te cacherai sous ma mante. » 

Le troisième couplet nous éclaire sur l’identité du petit garçon : « Soudain, à ses yeux éblouis et comme en un vrai sortilège, des milliers de roses en tapis, s’épanouirent sur la neige.  Et l’enfant dit : je suis Jésus, je veux partager ta misère, fillette, allons ne pleure plus, puisque j’exauce ta prière! »

Au dernier couplet, on précise que : « Depuis ce jour, tous les ans, quand la neige scintille aux branches, des fleurs mystérieusement, apparaissent, roses et blanches… C’est un présent sacré de Dieu, le Créateur de toutes choses.  Telle est la légende des roses. » 

J’étais très jeune quand j’ai appris cette chanson, mais elle me revient chaque année.  Alors, je la joue au piano (même si je ne suis pas virtuose), et à chaque fois, c’est la voix de maman que j’entends, sa voix qui qui me berce avec cette vieille légende.

Quand maman chantait Je ne crois plus au Père Noël, j’aimais la musique de cette chanson, mais j’étais toujours un peu déçue, par les paroles du refrain : « Je ne crois plus au Père Noël, j’ai passé l’âge, où l’on découvre à pas de loup, dans ses souliers de beaux joujoux, quand on est sage… Je ne crois plus au Père Noël, c’est bien dommage, de ne pouvoir avec le temps, garder toujours un cœur d’enfant. »

Ces paroles s’expliquent quand on chante le deuxième couplet : « Car un soir, j’ai fait semblant de dormir en mes draps blanc, alors j’ai vu, tout étonnée, dans ma chambrette entrer maman qui déposa bien doucement, de jolis jouets dans la cheminée. »

Le dernier refrain se termine ainsi : « Je ne crois plus au Père Noël, c’est bien dommage! On s’aperçoit quand on grandit, qu’hélas on perd un paradis… » 

Qu’elles étaient belles les chansons que ma mère chantait! Je parlais dans un de mes derniers « grains de sel » de l’Esprit de Noël que maman nous a laissé en héritage. Les chansons qu’elle chantait, les airs qu’elle jouait au piano, les beaux poèmes qu’elle recopiait sur des bouts de  papier, les petits dessins à l’encre de Chine, dont elle décorait ses cartes de souhaits, les coussins colorés qui mettaient du soleil un peu partout dans la maison, de même que les souvenirs qu’elle nous racontait, toutes ces choses font partie  de ce trésor inestimable que nous devons garder bien vivant et qu’on appelle tout simplement « le goût du beau ».

Comme Jeanne, puissions-nous, autant que faire se peut, mettre de la beauté dans nos ouvrages, nos loisirs, nos relations avec ceux qui nous entourent, enfin, dans notre vie de tous les jours! Pour l’année 2018, souhaitons-nous de la Beauté!

© Madeleine Genest Bouillé, 9 décembre 2017

Publicités

L’Esprit de Noël

On l’a ou on l’a pas! Quoi qu’il arrive dans la vie, malgré les coups durs, quand on possède l’Esprit de Noël, c’est pour longtemps.

Ma mère aimait Noël, même dans les dernières années de sa vie, alors qu’elle ne pouvait plus participer activement aux préparatifs. Demeurant toujours dans sa maison, elle n’avait plus la capacité de s’occuper de la popote, ni des décorations, mais comme elle avait hâte qu’on vienne cuisiner les beignes, les tourtières et autres mets qui seraient servis au réveillon! Quand je faisais son gâteau aux fruits, elle en surveillait la cuisson avec son nez. Habituée au poêle à bois, elle ne se fiait pas aux degrés du four électrique. Elle me disait : « Vas donc voir dans le fourneau; pour moi, le gâteau est cuit, ça sent tellement bon! »

Toute la famille de Julien et Jeanne en 1956.

Et les décorations! Comme elle trouvait ça beau! Elle aimait voir telle décoration en particulier à tel endroit précis. Par exemple, de sa berçante contre le poêle, elle admirait les guirlandes, une rouge et une verte, qui se croisaient au centre du plafond, entre les énormes poutres. Sur la tablette de la cheminée, on déposait les vieux chandeliers en argent, garnis de chandelles rouges et quelques bibelots à l’avenant, aussi dans les couleurs de Noël : du vert, du rouge, un peu de clinquant. Près de l’entrée, sur une autre tablette, un petit sapin doré, qui avait connu des jours meilleurs, faisait quand même son  effet, tandis que sur la table qui avait fait partie du mobilier de salon autrefois, on plaçait le plateau en argent destiné à recevoir les cartes de Noël.

Maman aimait aussi écrire ses cartes de vœux; elle s’y est appliquée jusque dans les toutes dernières années où elle disait, comme pour s’excuser : « J’écris trop mal, ça n’a pas de bon sens! » Dans sa jeunesse, elle confectionnait ses cartes, qu’elle ornait de dessins délicats à l’encre de Chine. L’important étant d’écrire pour chacun et chacune un petit mot personnel; on ne devait pas se contenter de signer seulement son nom.

Dessin de ma mère, Jeanne.

Pour ce qui est de la musique de Noël, je crois qu’elle l’aurait bien écoutée à l’année!  Elle trouvait toujours que les postes de radio tardaient à faire entendre des chansons de Noël. Aussi, dès les premières neiges ou avant si ça n’arrivait pas assez vite, on sortait la musique de circonstance : Tino Rossi qui chantait Petit Papa Noël et Lucienne Boyer qui nous affirmait : Je ne crois plus au Père Noël, et combien d’autres. Quand je faisais jouer les cassettes qu’elle aimait, cela lui rappelait des souvenirs et elle se mettait à raconter sa jeunesse, les Noëls d’autrefois, les veillées du temps des Fêtes. Elle possédait une telle mémoire! Comme elle racontait bien ces anecdotes de son jeune temps! Comme ils semblaient beaux, ses souvenirs!

Oui vraiment, ma mère aimait Noël et le temps des Fêtes. Elle n’a jamais vécu dans l’opulence et n’a jamais pu faire de cadeaux somptueux, mais elle nous a légué ce cadeau précieux entre tous, l’Esprit de Noël. Elle possédait ce qui, à mon avis, en fait véritablement l’essence : un cœur plein de générosité, une capacité d’émerveillement, une foi inébranlable. Sa tendresse pour les siens était immense; elle aimait le beau et a su nous le faire découvrir, ce qui est, je crois, un don inestimable!

Mon père Julien et ma mère Jeanne à Noël, en 1973.

Maman nous a quittés en août 1996, mais elle demeure toujours bien vivante dans notre mémoire, surtout à ce temps de l’année, qu’elle affectionnait particulièrement. Comme elle, je crois que j’aimerai toujours le temps des Fêtes. Tant pour les souvenirs qui s’y rattachent, que pour ces moments précieux que nous vivons ensemble en famille et qui un jour, deviendront souvenance.  L’Esprit de Noël, je vous le redis, on l’a ou on l’a pas!

© Madeleine Genest Bouillé, 4 décembre 2017

La Bonne Chanson : saint Nicolas et le Père Noël

Quand j’étais enfant, je regardais longuement les images qui illustrent la chanson inédite de saint Nicolas, à la page 43, dans le premier album de La Bonne Chanson.  Le saint dont on nous parle dans la chanson est encadré d’une part de l’image des trois jeunes enfants qui ont l’air de bien s’amuser et d’autre part, par celle du boucher qui se tient près du tonneau, où l’on apprend que sont entassés les pauvres enfants qui ont été tués! Je ne manquais pas d’imagination… ma mère disait que j’en avais trop! Bien avant de pouvoir lire les paroles des dix couplets de la légende, je pouvais déjà me raconter l’histoire alors que je n’en voyais que les illustrations.

Je résume aussi brièvement qu’il est possible cette légende très ancienne. Trois jeunes enfants s’en allaient glaner aux champs. Le soir tombe et les enfants frappent à la porte d’un homme qui est boucher; ils demandent asile pour la nuit. Le boucher, qui est comme on disait dans le temps « un méchant », les accueille, les tue et les met au saloir «  comme pourceau », tel que précisé dans la chanson.

Sept ans plus tard, saint Nicolas passant par-là, frappe lui aussi à la porte de ce même boucher et demande à coucher. Le boucher, très convivial, accueille le saint évêque : «  Entrez, entrez, il y a de la place, il n’en manque pas! » Sitôt entré, Nicolas demande à souper : « Voulez-vous du jambon? » – « Je n’en veux pas il n’est pas bon. » – « Voulez-vous un morceau de veau? » – « Je n’en veux pas, il n’est pas beau! »

Et, alors, notre saint évêque « lâche le morceau » : « Je veux avoir du petit salé, qu’il y a sept ans qu’est dans le saloir. »  Quand le boucher entend ça, il prend la porte et il veut s’enfuir. Mais le bon saint Nicolas, très magnanime, l’attrape par un bras et lui dit : « Boucher, ne t’enfuis pas. Repends-toi, Dieu te pardonnera. »  Et alors, Nicolas va s’asseoir sur le bord du saloir et il interpelle les enfants qui y dorment depuis sept ans : « Petits enfants qui dormez là, je suis le grand saint Nicolas! »  Il étendit trois doigts, les petits se levèrent tous les trois, comme s’ils avaient tout simplement dormi.  Le premier dit : « J’ai bien dormi », le second : «  Moi aussi! », et le troisième : «  Je me croyais en paradis! » La chanson se termine ainsi : « De tout ceci, petits enfants, vous concluez assurément, qu’il faut aimer saint Nicolas. Et que je puis m’arrêter là! ».

Qui était-il ce grand Nicolas et quel rapport avec le Père Noël? On lit dans la biographie de ce saint très ancien, qu’il vécut à Patara en Lycie (Asie Mineure), de 240 à 320. Ces chiffres varient selon les sources, mais on se situe toujours entre le premier et le quatrième siècle après Jésus-Christ. Enfin, qu’est-ce que trois siècles! On fête ce saint bien sympathique le 6 décembre dans la majorité des pays d’Europe. Détail important : étant donné qu’autrefois cette fête avait lieu au début de l’Avent, on distribuait des bonbons et des jouets aux enfants en ce jour.

Saint Nicolas… Santa Claus… il n’y a qu’une bedaine entre ces deux patriarches! Mais voilà! Saint Nicolas ne connaissait pas les « hot dogs »! Il est cependant plausible qu’on lui attribue le fait qu’il soit l’ancêtre du Père Noël. Surtout que c’est aux États-Unis qu’il est devenu le bonhomme bedonnant vêtu de rouge, qu’on connaît maintenant. Et ce qui rapproche encore plus notre grand saint du Père Noël, c’est que tout comme ce dernier, Nicolas aimait beaucoup les enfants!

Moi, je raffole des légendes!

 

© Madeleine Genest Bouillé, 29 novembre 2017

La Bonne Chanson: des choses à dire…

Tout d’abord, je vous cite quelques lignes d’un livre que j’ai lu il y a déjà plusieurs mois. Le titre, déjà, m’accrochait : Il faut que je parle à quelqu’un. L’auteur, Jean-Jacques Gauthier, un inconnu pour moi, écrit ceci : « Hâtons-nous de dire aux vivants, les mots qu’ils attendent, et qui sont vrais, et que nous remettons de prononcer, et que chacun souhaite entendre, une fois au moins, de la bouche d’un seul être, et qu’hélas nous redirions inlassablement de si grand cœur, mais en vain, sur une tombe refermée ».

 Trois titres de chanson retiennent mon attention pour cette deuxième chronique, qui disent des mots qui pour moi, sont essentiels : la mère, la maison, l’église.

De sa mère, on se souvient toujours

Les paroles sont de Deprés-Lévy, la musique de Gustave Goublier (1856-1926). Cet auteur français très connu à son époque, a écrit entre autres, la musique du Credo du Paysan.

Couplets :

Il est un sentiment vivace, plus doux qu’un soleil de printemps,
Un souvenir que rien n’efface, pas même la marche du temps.
Dans les passages de la vie, où s’agite le désespoir
L’ombre d’une image chérie, apparaît dans notre ciel noir.

Le frêle enfant qui vient de naître, vers elle tends déjà ses bras.
Et bientôt le cher petit être, sous ses yeux fait ses premiers pas.
Lorsque pour les bancs de l’école, il voit qu’il lui faut la quitter
Il pleure et sa peine s’envole, sous la chaleur d’un bon baiser.

Dans le cours de notre existence, quand nous visitent les douleurs
C’est son nom que dans la souffrance, nous répétons avec des pleurs
Combien, sur les champs de bataille, sont tombés d’hommes vaillamment.
Frappés par l’horrible mitraille, en murmurant : « Adieu maman! »

Refrain :

On se rit d’une folle ivresse, on oublie un jour ses tristesses
Bonheur et peine, tour à tour… Mais de sa mère, on se souvient toujours!

La chère maison

L’auteur, E. Jaques-Dalcroze, (1855-1950) un musicien et compositeur d’origine autrichienne, qui est de plus, le créateur de la méthode rythmique qui porte son nom.

Couplets :

Ô ma chère maison, si vieille…Ô toi qui sommeilles dans le vert gazon.
Maison d’autrefois, témoin d’un autre âge.
Portant, enfouie au fond du feuillage,
Tant de chers souvenirs des anciennes saisons.

Ô petit nid discret, aux persiennes closes, Que tu vis de choses!
Et que tu sais de doux secrets. L’amour a chanté sous ton toit sonore.
La mort a passé, et tu vis encore.
Conservant le parfum des mortes floraisons.

Ô ma chère maison, d’année en année, bien des saisonnées
Défilent à tes horizons. Tu verras revivre et franchir ta porte
Des joies, des douleurs, que tu croyais mortes.
Car la vie et la mort ont les mêmes frissons.

Refrain :

Ô ma chère maison, mon nid, mon gîte.
Le passé t’habite, ô ma chère maison!

La vieille église

Albert Larrieu, chanteur, compositeur, interprète et poète français (1872-1925), est l’auteur de cette belle chanson, ainsi que de plusieurs autres pièces du répertoire de La Bonne Chanson.

Couplets :

La vieille église du village, semble n’avoir plus aucun âge.
Ses pierres grises, ses vitraux brisés, d’un lierre très vieux sont tapissés.
Sa cloche qui sonne, dans le cœur résonne.
Elle évoque tout notre passé,
Déjà par le temps, presque effacé.

L’odeur d’encens, encore parfume, les saints de bois au vieux costume.
Ils ont toujours un air de majesté, malgré leur antique pauvreté.
Sous les blanches roses, les aïeux reposent
Auprès des vieux murs, dans le champ clos.
Rien ne peut troubler ce grand repos.

Ne touchez pas à cette église, que son grand âge poétise!
Laissez-là vivre, et finir ses vieux ans.
Elle n’en a plus pour bien longtemps.
Cette pauvre aïeule, un jour toute seule.
Tombera comme un oiseau blessé
Sur les ruines de notre passé.

Heureusement pour nous, notre église, qui date de la même époque que le compositeur Albert Larrieu, ne devrait pas subir le même sort que maintes églises plusieurs fois centenaires, en France et dans d’autres pays d’Europe. Mais, elle devra s’adapter… et nous aussi!

© Madeleine Genest Bouillé, 21 novembre 2017

La Bonne Chanson, une mine d’or!

J’ai grandi avec les cahiers de La Bonne Chanson de l’abbé Gadbois. On a dit que la publication de ces cahiers de chants avait pour but de contrer l’invasion massive de la chanson américaine qui devenait de plus en plus présente à la radio. Je ne pourrais pas dire si cette assertion est vraie ou non. Chose certaine, ces recueils de chants offraient un répertoire très varié, allant de la chanson patriotique aux chansons à répondre, en passant par les balades sentimentales, les airs d’opérette et les cantiques populaires, comme les Ave Maria et les chants de Noël.

La Bonne Chanson existait alors en France, diffusée surtout par le chanteur breton Théodore Botrel ­(1868-1925). Botrel a fait connaître ses chansons chez nous, lors de ces voyages au Québec en 1903 et en 1922. C’est sans doute ce qui fait qu’on retrouve plusieurs pièces de son répertoire dans les cahiers de l’abbé Charles-Émile Gadbois, qui a fondé La Bonne Chanson au Québec en 1937.

La Bonne Chanson, c’est 566 chansons pour toutes les occasions et pour chaque saison. J’ai évidemment mes préférences, lesquelles seraient longues à énumérer. Plusieurs de ces mélodies me rappellent mon enfance ou celle de mes enfants. Il m’est venu l’envie de faire une chronique sur ce thème de La Bonne Chanson. Ainsi, pour cette première fois, j’ai choisi deux chansons qui parlent d’hiver, une autre – justement de Botrel – qui raconte une légende de Noël, et une dernière, que tout le monde connaît et qu’on aime tant fredonner!

Ma première chanson d’hiver est une composition de Joseph Beaulieu, un Canadien-français, né en Ontario (1895-1965). On retrouve beaucoup de chants de cet auteur dans le répertoire de la Bonne Chanson. Celui que j’ai choisi a pour titre simplement Il neige. Mon fils aîné l’avait appris à l’école en première ou en deuxième année… je ne suis pas certaine qu’il s’en rappelle. Le voici :

Refrain :

« Il neige, il neige, de gros flocons blancs.
Il neige, il neige pour tous les enfants.

Couplets :

« La molle tenture blanchit les balcons
Les champs, les toitures, les arbres, les monts. »

 « L’hiver nous arrive, la neige le dit.
La joie est bien vive, chez tous les petits. »

 « La neige en silence, blanchit les côteaux
Allons! On s’élance, joyeux, en traîneau! »

Ma deuxième chanson d’hiver est une chanson qu’on entendait souvent dans ma jeunesse. Il est écrit « auteur inconnu »; par contre, une note au bas de la feuille dit que « cette chanson a été recueillie dans la Beauce, par l’honorable Omer Côté ». Pour en savoir plus long, je me suis renseignée sur cet honorable Monsieur et voici ce que j’ai appris : Omer Côté, né en 1905, a été député à l’Assemblée Législative de Québec de 1944 à 1956, où il a été de plus, secrétaire. Plusieurs parmi vous se rappelleront de L’hiver a chassé l’hirondelle :

Refrain :

« L’hiver a chassé l’hirondelle, l’hiver a chassé les beaux jours.
Mais de notre cœur, ô ma belle, l’hiver ne peut chasser l’amour. »

Couplets :

« Le dur hiver s’avance, adieu les belles nuits
D’amour et d’espérance, les beaux jours nous ont fuit.
Nous n’irons plus, mignonne, dans les sentiers fleuris
Car les feuilles frissonnent, dans nos rosiers jolis. »

« Adieu, tapis de mousse, petit ruisseau, adieu!
Votre plainte si douce, remonte vers les cieux.
Et vous, charmant bocage, où nous allions causer
Car votre gai feuillage, cachait nos doux baisers. »

J’en viens à la très belle légende de Noël de Théodore Botrel, qui a pour titre : La dernière bûche. Je vous la résume, car cette chanson est composée de six couplets de neuf lignes chacun. C’est ce qu’on appelle un « duo mimé ». Les deux personnages se nomment Jean le Gueux et Jean Misère. La chanson commence ainsi :

« Qui frappe à la chaumière du pauvre Jean Le Gueux : Pitié! C’est Jean Misère, plus que toi, malheureux. » Jean Le Gueux accueille cet homme pitoyable entre tous, et lui dit : « Il me reste une bûche, une dernière bûche, viens t’y chauffer un peu ». Dans le troisième couplet, on apprend que Jean Misère a les mains ensanglantées, que tous l’abandonnent, et toujours, Jean Le Gueux invite Jean Misère à se chauffer à sa dernière bûche… Au quatrième couplet, coup de théâtre! « Soudain la flamme est claire… Jean Le Gueux pousse un cri. Il a, dans Jean Misère, reconnut Jésus-Christ » Jean Misère poursuit en disant : « Vite, mets ta capuche, aujourd’hui c’est Noël! Pour te payer ta bûche, ta dernière bûche, viens te chauffer au ciel ! » J’ai appris cette chanson alors que j’étais très jeune et je me souviens combien j’étais impressionnée par les paroles de cette histoire ainsi que par la musique dont le tempo est Andantino religioso… j’en avais les larmes aux yeux; encore maintenant, la belle musique m’émeut facilement!

Pour terminer, vous aurez tous envie de fredonner cette mélodie, car il s’agit de Mon beau sapin, une très vieille chanson, dont le titre original, en allemand, est O tannenbaum. Il existe plusieurs versions; celle qu’on connaît date, dit-on, de 1824, mais une première version remonterait parait-il à 1550. Vous vous souvenez des couplets?   Alors chantez-les avec moi :

« Mon beau sapin, roi des forêts, que j’aime ta parure.
 Quand par l’hiver, bois et guérets, sont dépouillés de leurs attraits.
 Mon beau sapin, roi des forêts, tu gardes ta parure. »

« Toi que Noël planta chez nous, au saint anniversaire.
 Joli sapin, comme ils sont doux, et tes bonbons, et tes joujoux.
Toi que Noël planta chez-nous, par les mains de ma mère. »

« Mon beau sapin, tes verts sommets, et leur fidèle ombrage.
 De la foi qui ne ment jamais, de la constance et de la paix.
Mon beau sapin, tes verts sommets, m’offrent la douce image. »

Je vous rappelle en terminant que le mot d’ordre de La Bonne Chanson était : « Un foyer où l’on chante est un foyer heureux. » À la prochaine fois et, en attendant, chantez ce que vous voulez, sur tous les tons, mais chantez!

© Madeleine Genest Bouillé, 16 novembre 2017

Te souviens-tu?…

Je lisais quelque part que les amoureux de longue date – ou si vous aimez mieux, « les vieux amoureux » – se disent souvent : « Te souviens-tu? » Pour ceux qui s’aiment et qui vivent ensemble depuis de nombreuses années, cette phrase est aussi importante et tout autant significative que l’éternel : « M’aimes-tu? » D’une certaine façon, ça veut presque dire la même chose! Des souvenirs communs nous rapprochent, nous font sourire; et s’il s’agit de souvenirs douloureux, le rappel est moins pénible, puisque nous avons quelqu’un avec qui les partager.

On a traversé les moments difficiles ensemble, on a vécu «  le meilleur et le pire ».  L’indéfectible présence de l’autre nous a soutenus à chaque étape de la vie. On a conjugué à tous les temps le verbe aimer, avec tendresse, passion, patience, humour, reconnaissance… Il y en a des choses dans ce « te souviens-tu? »

« Te souviens-tu? », c’est aussi ce qui nous rapproche quand, les parents partis, on se retrouve, frères et sœurs, sur la branche du haut de l’arbre généalogique. Certains sont mariés, ont leur famille : enfants et petits-enfants sont au centre des préoccupations. Les célibataires, plus libres, ont rempli leur vie de réalisations diverses. Mais toujours, lors de nos rencontres, invariablement, au détour de la conversation, la question : « Te souviens-tu » vient abolir les années écoulées. « Te souviens-tu la fois où on t’avait accusée d’avoir mangé les bananes mises de côté pour le pique-nique au 3e rang, alors qu’on les avait tout simplement oubliées à la maison? » Si je m’en rappelle? Il n’y a pas de danger que je l’oublie! – « Et toi, te souviens-tu quand vous dessiniez des moustaches sur les affiches de Daniel Johnson, quand il s’est présenté aux élections provinciales de… quand donc déjà? »  Celle-là, on s’en rappelle tous. On s’était tellement amusés!

Les « p’tits Bouillé » au cours d’une fête de famille en 1978 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Les souvenirs des bons et des mauvais coups, des tours qu’on s’est joués mutuellement, même des punitions méritées, font rayonner les visages de ces enfants d’hier! Et l’écho des fou-rires d’autrefois résonne encore à nos oreilles au rappel de nos folles équipées.

« Te souviens-tu? », c’est d’une certaine façon, le thème du mois de novembre. Est-ce à cause de son dénuement, de sa grisaille, de sa mélancolie toujours présente, même quand il fait beau? C’est en novembre qu’on rappelle à notre souvenir ceux qui nous ont quittés pour toujours. Deuils récents à la douleur encore vive ou deuils anciens à jamais présents dans notre mémoire; à moins d’être très jeune, on a tous un peu de parenté « de l’autre bord » et ils sont précieux ces moments pour se souvenir. On ne peut pas les laisser passer… Alors oui, on se souvient!

© Madeleine Genest Bouillé, 7 novembre 2017

Halloween ou Toussaint?

Dans mon enfance, on ne fêtait pas l’Halloween. Les célébrations de la Toussaint et du Jour des Morts prenaient tellement de place, il n’en restait plus pour cette antique fête païenne, dont on se gardait bien de nous expliquer l’origine.

Nous avions congé d’école les deux premiers jours de novembre, d’abord parce qu’il y avait la messe. La fête de la Toussaint, comme son nom l’indique, était la fête de tous les Saints, tandis que le Jour des Morts, les prières et les chants liturgiques avaient pour but de rappeler à notre souvenir tous les ancêtres, non seulement de la famille, mais aussi de toute la paroisse. Il n’y avait pas grand place pour une quelconque réjouissance en ces jours où l’on se promenait de l’église au cimetière. Certaines bonnes dames se vêtaient de noir de la tête aux pieds pour l’occasion, et elles passaient de longs moments en prière avant et après les offices. Pour les personnes qui ne demeuraient pas trop loin de l’église, il était d’usage d’y faire de courtes visites, autant de fois qu’on le pouvait, ce qui paraît-il, était censé rapporter des indulgences plénières. Comment vous expliquer ces indulgences? Disons que c’était comme des coupons-rabais qu’on échange au Métro ou chez Canadian Tire; on nous assurait que les indulgences étaient comptabilisées au ciel pour nous valoir des bons points afin de faciliter notre entrée au paradis. Alors, vous comprenez, on ne prenait pas de chance!

Novembre, c’était aussi le mois des histoires de peur! Chaque famille avait la sienne. Dans la famille de ma mère, je crois qu’on avait une collection de ces histoires qui nous venaient surtout du côté de ma grand-mère Blanche. Peut-être que je vous ai déjà raconté celle qui suit, mais bon, une fois par année… c’est pas trop! La voici donc :

« C’était un soir de Toussaint… la noirceur vient vite en novembre! Donc, en ce premier soir du mois des morts, après souper, Nérée et sa famille venaient justement de s’agenouiller pour la prière, quand tout à coup on entendit des gémissements qui semblaient provenir du jardin à l’arrière de la maison. Au même instant, on entendit les cloches de l’église qui sonnaient le glas, comme chaque soir durant ce mois. Cette coïncidence ne laissait aucun doute : il s’agissait d’âmes errantes qui demandaient des prières!

Nérée et sa femme étaient de bons catholiques, aussi se mirent-ils à égrener chapelet sur chapelet, ne s’arrêtant que pour réciter les invocations pour la délivrance des âmes du purgatoire. On entendait toujours les gémissements, parfois plus fort; à d’autres moments, ça ressemblait à des sanglots… Ça donnait froid dans le dos! Alors, on redoublait d’ardeur. Toute la sainte soirée se passa en prières. Les plus jeunes dormaient à genoux! Vint le moment où il fallut bien aller se coucher, malgré les gémissements qui persistaient, quoique s’affaiblissant d’heure en heure… Au matin, quelle ne fut pas la consternation de notre pieux paysan quand il trouva une de ses vaches morte, la tête prise dans la clôture. Nérée, c’était du bon monde, et surtout, il avait cette qualité très utile qu’on appelle le gros bon sens. Il rassura ses enfants en leur disant que leurs prières serviraient certainement pour le repos d’une âme abandonnée. Pour ce qui était de la vache, il s’agissait de la vieille Mariette, qui ne donnait presque plus de lait et qui était promise à l’abattoir. »

Il y avait aussi des chansons épeurantes, surtout dans les cahiers de La Bonne Chanson. Je me souviens quand maman nous chantait Le Grand Lustucru. Le Lustucru faisait partie d’une ribambelle de  personnages dont on nous menaçait quand venait le temps d’aller dormir et qu’on aurait préféré veiller encore un peu. Personnellement en plus de cet affreux bonhomme, j’ai entendu parler du « Bonhomme Sept-Heures », de « Poil-au-Plume » et d’autres dont j’ai oublié les noms.

Le Grand Lustucru est une chanson de Théodore Botrel, ce Breton qui excellait dans les chants de marins perdus en mer et autres tristes couplets. Vous connaissez le Lustucru?  Ça commence ainsi : « Entendez-vous dans la plaine, ce bruit venant jusqu’à nous. On dirait un bruit de chaînes, se traînant sur les cailloux. C’est le Grand Lustucru qui passe, qui repasse et s’en ira. Emportant dans sa besace tous les petits gars qui ne dorment pas. »  Dans le deuxième couplet, ça rempire : « Quelle est cette voix démente qui traverse nos volets? Non, ce n’est pas la tourmente qui joue avec les galets… » Et au troisième couplet, on a envie de se boucher les oreilles : « Qui donc gémit de la sorte, dans l’enclos, tout près d’ici? Faudra-t-il donc que je sorte, pour voir qui soupire ainsi? » Heureusement, à la fin du quatrième couplet, la maman répond : « Allez-vous-en méchant homme, quérir ailleurs vos repas, puisqu’ils font leur petit somme, non, vous n’aurez pas, mes petits gars. ». Inutile de dire qu’on avait toujours hâte au dernier couplet… on ne se serait jamais endormi avant!

Le mois de novembre, c’est vraiment un mois pour les histoires de peur… racontées ou chantées!

© Madeleine Genest Bouillé, 31 octobre 2017

Le temps qui passe

Il y a de ces petites phrases qui nous accrochent, qui nous trottent dans la tête et qui nous reviennent parfois au détour d’une conversation ou à d’autres moments, opportuns ou non. Ainsi en est-il de celle que je cite ici et qui est tirée du film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain : « C’est l’angoisse du temps qui passe qui nous fait tant parler du temps qu’il fait ».

Grande marée du mois d’avril.

Y a-t-il quelqu’un qui ne parle jamais du temps qu’il fait? On y vient tous à un moment ou à un autre : « Il fait beau aujourd’hui, il faut en profiter, il paraît que ça durera pas! », « Il faudrait de la pluie… un automne trop sec, c’est pas bon pour la terre », « Non, mais c’est ben terrible si on a du temps plate… il pleut tout le temps! » Et on parle des automnes qu’on a connus, des bien pires que cette année, ou des bien plus beaux. La température c’est l’entrée en matière idéale quand on rencontre quelqu’un. Et c’est suivi de près par la politique… surtout en temps d’élection! Mais on s’aperçoit bien vite si notre interlocuteur est intéressé par ce dernier sujet…ou quand on constate qu’on n’est pas du même bord; alors on revient vite à la température. Ah! la température! Quel merveilleux sujet! C’est finalement ce qui meuble la conversation quand on n’a pas trop de points en commun et qu’on cherche ce qui pourrait bien intéresser la personne qui est avec nous, surtout si elle n’est pas trop jasante. Et puis, parler des variations de la température, c’est aussi une façon de cacher sa timidité ou d’abréger un dialogue mal parti.

Coup d’eau de juin 2015.

Il y a quand même des personnes que les variations de la température intéressent pour vrai et qui peuvent nous entretenir sur ce thème pendant plusieurs minutes, que dis-je, des heures! Avec les passionnés de haute et de basse pression atmosphérique, les fervents de précipitations, les amoureux de stratus et de cumulo-nimbus, la conversation peut prendre une tournure sérieuse, voire scientifique! C’était le sujet préféré de mon frère Florent, dont les souvenirs étaient marqués par le temps qu’il avait fait à chaque occasion. Qu’il s’agisse de la pire tempête de neige en 1955 ou du gros orage de 1971, du jour de mon mariage le 24 juin 1964 ou bien du baptême de mon premier bébé, le jour de Pâques 1965, il se rappelait le temps qu’il faisait à cette date. Mais Florent était lui-même un phénomène! Il possédait une mémoire comme on en voit peu… ce fut d’autant plus triste de voir cette fabuleuse mémoire se dégrader.

« Le temps qui passe », il passe à une vitesse ahurissante et ça peut devenir vraiment angoissant. Quand j’étais petite, comme tous les enfants, je disais à tout propos : « J’ai hâte! » : hâte à ma fête, hâte à Noël, hâte à dimanche. Un vieil oncle d’au moins quarante ans m’avait répondu un jour où j’avais redis une fois de plus ma hâte à je ne sais plus quoi : « T’as donc bien hâte de vieillir! » J’étais restée interloquée. Je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire.

Grosse bordée de neige…

Maintenant que j’ai atteint un âge respectable, et j’ose le croire, une certaine maturité, je réalise que nos attentes, nos désirs, nos espoirs nous poussent en avant inexorablement. Difficile de vivre au jour le jour, comme on le conseille aux aînés que nous sommes! Je ne peux m’en empêcher, j’ai toujours hâte à quelque chose.  Mon mari et moi, nous avons neuf petits-enfants. Quand ils étaient tout-petits, nous vivions dans la hâte du premier sourire, des premiers pas, des premiers mots.  Puis, ce furent tous les premiers exploits :  premier dessin qu’on expose fièrement sur la porte du frigo, premiers succès scolaires, artistiques ou sportifs, qu’on applaudissait à chaque fois. Et maintenant on suit avec bonheur le parcours  de chacune et chacun, du premier emploi d’été à la première voiture.  On a hâte de connaître leurs succès… et en même temps on trouve que ça va beaucoup trop vite!

Notre vie est un calendrier jalonné d’anniversaires; il y a les jours marqués par des événements heureux : les mariages, les naissances.  Évidemment, il y a de plus en plus de dates qui rappellent ces moments plus tristes que sont les décès de nos proches. Avec l‘arrivée du mois de  novembre, justement appelé le « mois du souvenir »,  même, si on n’a pas le choix de penser à nos chers disparus, dans notre famille, on a pour équilibrer la balance, plusieurs anniversaires. Alors, je ne peux pas m’en empêcher, j’ai hâte!  Non, mais vraiment,  comment fait-on pour vivre sans avoir hâte à quelque chose? Ça fait partie des petits bonheurs de la vie! Et tant pis pour le temps qui passe, qu’au moins, il soit bien employé!

© Madeleine Genest Bouillé, 27 octobre 2017

Du temps de « Madame Chose »

Autrefois, il était d’usage pour les femmes mariées de porter le nom du mari.  Et pas juste le nom, le prénom aussi. Ma mère, Jeanne Petit, s’appelait donc Madame Julien Genest, et comme sa sœur Alice avait elle aussi épousé un Genest, pour les différencier, on disait Madame Julien et Madame Léo. Quand je me suis mariée, cette façon de faire était  encore en usage. J’étais née et j’avais grandi dans ce même village où nous demeurons encore; comme je travaillais « au téléphone » – même si on ne me voyait pas, on m’entendait –, la plupart des gens connaissaient mon nom. Et voilà, que du jour au lendemain, je devenais Madame Bouillé… pas Madame Zéphirin, ni Madame Louis-Joseph, non, Madame Jacques!

Papa et Maman, 1942 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

À cette époque, il y avait aussi une mode vraiment ridicule; les femmes s’adressaient à leur voisine, en l’appelant « Madame Chose »… en langage courant, ça donnait plutôt « Mame Chose ». On entendait ça couramment. Une fois, je ne sais plus quelle dame s’était adressée à ma mère en utilisant l’expression « Mame Chose »; ma mère avait répondu : « Genest, Madame Genest ».

Il n’y a pas longtemps, j’ai regardé la retransmission d’une des fameuses « Soirées du Bon Vieux Temps », qui était télédiffusées au canal 7, le poste de Sherbrooke. Ces soirées étaient animées par Louis Bilodeau. Je crois que tous les villages du Québec y sont passés. L’émission que j’ai visionnée présentait le village de Saint-Marc-des-Carrières. C’était en 1976, l’année où nos voisins fêtaient le 75e anniversaire de fondation de leur municipalité. J’ai revu des gens que je connaissais… plusieurs sont disparus; pensez donc, il y a quarante et un ans de ça! L’animateur présentait tout ce beau monde, en commençant par les notables, Monsieur le curé Beauchemin, Monsieur le Maire, Alcide Rochette, accompagné de son épouse, qui fut présentée ainsi : « Madame la Mairesse »! Elle n’avait pas besoin d’autre présentation. Puis ce fut le tour du président des Fêtes, Monsieur le Docteur Antoine B. Dussault, accompagné aussi de son épouse, Madame Docteur Dussault. Que dire de plus? Ensuite on présenta les musiciens, les danseurs et autres artistes. Madame Robert Légaré que je connaissais pour l’avoir souvent rencontrée au cours des soirées Lacordaire, a chanté une chanson à répondre de sa belle voix de soprano, qui était plutôt habituée aux  mélodies plus classiques. C’était quelqu’un Madame Légaré! Quel beau souvenir! Et que de belles dames, dans cette assemblée… toutes vêtues de robes longues et joliment coiffées. Mais pas un seul prénom à mettre sur les visages de toutes ces femmes… Dommage!

Comité historique du 75e anniversaire de St-Marc-des-Carrières (image du programme souvenir).

Un peu plus tôt cet automne, je vous ai parlé des maires qui ont jalonné l’histoire de notre municipalité. S’il fallait que j’essaie de nommer le prénom de chacune des épouses, je devrais chercher pas mal loin!  À commencer par le Sieur Paul Benoît, dont il n’est nulle part fait mention qu’il ait eu une épouse… et pourtant, il a quand même eu une belle descendance. Celle qui a eu la chance de porter son nom le plus longtemps fut certes l’épouse de notre maire Louis-Philippe Proulx. Marie-Louise Marcotte était une « demoiselle attardée », très connue par chez nous, quand elle convola avec M. Proulx, qui n’était pas non plus de la première jeunesse. Comme celui-ci ne survécut pas longtemps à son mariage, Marie-Louise reprit donc son nom… qu’on n’avait pas eu le temps d’oublier!

Louis-Philippe Proulx et son épouse, Marie-Louise, 1947 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Je n’ai pas très bien connu Madame J.B.H. Gauthier, mais je sais qu’elle s’appelait Marie-Ange. À ce qu’on m’a raconté, cette femme qui tenait sa maison et sa famille de main de maître (ou plutôt de maîtresse), me laisse croire qu’elle aurait mérité qu’on l’appelle par son prénom. Par contre, j’ai bien connu l’épouse du maire C.H. Johansen, Madame Simone. Dans mon premier livre, Grains de sel, grains de vie, j’ai parlé de cette femme admirable, qui était la mère de mes amies d’enfance, Colette et Madeleine, ainsi que de sept autres enfants. J’ai parlé de sa patience, de son accueil chaleureux. À la fin du texte qui lui est consacré, j’ai écrit : « Sans bruit, sans longs discours, tout simplement, vous avez pris votre place : ni devant, ni derrière votre « notable » de mari, mais à côté de lui, toujours. » Elle méritait son titre de « Madame la Mairesse », mais elle préférait qu’on l’appelle Madame Johansen, comme c’était encore la coutume.

Au cours des années soixante-dix, il a été décrété que les femmes mariées porteraient leur nom de baptême, évidemment, elles reprenaient aussi leur prénom. Dans les débuts de cette nouvelle loi, il arrivait parfois qu’on doive appeler deux fois les femmes qui attendaient leur tour dans une salle d’attente, soit chez le médecin ou chez le dentiste; il y avait tellement longtemps qu’on ne les avait pas appelées par leur nom!  Plusieurs dames ne se sentaient pas à l’aise d’utiliser leur nom de « jeune fille »  dans la vie courante; au téléphone surtout, elles continuaient de se nommer  du nom de leur mari.  Mais au moins,  le terme « Madame Chose » avait disparu!

© Madeleine Genest Bouillé (ou Madame Jacques…), 22 octobre 2017

La course qui n’a pas eu lieu…

Le lièvre et la tortue en sont un témoignage
Rien ne sert de courir, il faut partir à point.
À ceci je réplique : « Rien ne sert de partir…
Laisse courir le lièvre, il finira bien par revenir! »
Mais Sire Lièvre se retrouvera en ces pages
Avec un autre genre de personnage,
Pas plus pressé qu’il faut, calme et sage…

lievre

Un chasseur sachant chasser se retrouva un beau matin
Dans une belle forêt, de hêtres, d’érables et de pins.
Ce chasseur émérite savait comme tous ses pareils
Se hâter avec lenteur, savourant chaque merveille :
Quatre-temps, ail des bois, fougère et colchiques…
Respirant l’air pur et frais. Quel tonique!

Fusil en bandoulière, allant d’un pas léger, prudent,
Oreille aux aguets, œil vigilant, nez au vent…
Épiant les plus infimes bruits de la forêt,
Les supputant, devinant leurs secrets…
« Assurément ce bois est riche en gibier,
Je le sens! » Il faut avouer qu’il avait du nez!

Mais soudain, à cent pas de là, il se fait un remue-ménage
Un lièvre bondit, fait face et s’enfuit, quel dommage!
« D’où sort cet olibrius? » se demande notre chasseur.
« Que poursuit-il…de quoi aurait-il peur? »
Du coup, notre homme immobile, s’apprête et attend.
« Reviens coquin! Tu n’es pas loin pourtant. »

L’animal reparaît un instant, puis repart aussitôt.
« Serait-ce donc que tu veux faire la course?
Comme avec la tortue de la fable, pauvre sot!
J’ai pour toi mon beau, de quoi te donner la frousse.
Tu veux courir, grand bien te fasse.
Patient je suis, j’attendrai que tu te lasses. »

Le lièvre, beau joueur, à ces mots, réapparaît.
Mais sitôt dans l’autre sens repart d’un trait.
Le chasseur s’installe donc commodément.
Jouissant de ce fait de la beauté du moment.
Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures
Dit-on. Il en est de même des jeux, sauf erreur.

Le lièvre s’essouffle… À la fin quand il s’aperçoit
Dépité, qu’il est seul à courir en ces bois,
Il revient sur ses pas en trottinant, penaud.
« Tiens donc, tu n’es plus aussi faraud!
Dis-moi maintenant à quoi t’as servi ta vitesse?
Vivant toujours comme si tu avais le feu aux fesses? »

Épaulant son fusil, le chasseur reprit :
« Je regrette pour toi mon bel ami,
J’ai pour ma part passé excellente matinée,
Je te dis adieu, tu fus de bonne compagnie,
Tu termineras ta carrière en délicieux pâté. »
Et sur ce… Pan! Le coup partit!

eric photo 046 (002)

(Essai de fable d’après Le lièvre et la tortue de ce bon M. de La Fontaine.)

© Madeleine Genest Bouillé, 2008