L’année sans été

Pourquoi pas une petite histoire de peur?

Quand vous lirez ceci, nous serons sans doute revenus à des températures normales de saison. Mais avouez que la première quinzaine d’avril a été vraiment désolante! On cherchait vainement des signes de printemps; il n’y en avait pas! Pourtant, notre Belle Province a connu pire! Sur Internet, dans L’Histoire du Québec – L’année sans été, avec sous-titre : La disette de 1816 – la catastrophe climatique, on lit ce qui suit : « Dans les annales météorologiques, l’année 1816 est tristement célèbre.  Il semblerait qu’une vague de froid d’une intensité peu commune avait envahi tout l’hémisphère nord, ruinant les récoltes particulièrement en Amérique du Nord… Vers la fin du XVIIIe siècle, déjà on constate de grands changements climatiques sur tout le territoire du Canada. En effet, la lente dégradation du climat a lieu à compter de la fin de ce siècle. Ce phénomène se traduit par des étés plus courts et très pluvieux, ainsi que par des hivers plus rigoureux ».

Jean Provencher, dans son livre Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, nous relate cette année 1816, qui a été vraiment néfaste pour la plupart des habitants du Québec. Il faut dire qu’en ce temps-là, la subsistance des  habitants des villes et de ceux des campagnes, dépendait presqu’entièrement des cultivateurs. Durant la saison des semailles aussi bien que durant celle des récoltes, la température du lendemain décidait de la marche des travaux de la terre.  À tout moment,  la pluie, le vent, la grêle, la gelée, aussi  bien que l’excès de soleil  pouvait tout gâcher.

Déjà en 1807, toujours selon Jean Provencher, des changements subits de températures avaient retardé considérablement la végétation dans la région de Québec. En plein cœur de l’été les arbres fruitiers, tels les pruniers et les cerisiers, n’ont pas pu donner de fleurs, faute de chaleur convenable. L’été suivant s’était révélé, par contre, remarquablement chaud.

À l’été 1816, il continue de neiger jusqu’à la fin de juin, nous dit M Provencher.  Imaginez! Nous sommes au 20 avril et les conditions atmosphériques nous virent déjà à l’envers… que serait-ce, s’il fallait qu’on nous prédise cette température jusqu’en juin! Il faut avouer que nous sommes beaucoup moins patients que ne l’étaient nos ancêtres, qui avaient un meilleur rapport avec la nature; ils avaient compris, eux, qu’on n’y peut rien!

Dans le paragraphe suivant, Jean Provencher cite un capitaine de milice, Augustin Labadie, lequel dépeint dans son langage, la situation en Beauce : « Il est de mon devoir de dire la vérité que le 7 juin, il a nègé presque toute la journée et gros vent et beaucoup de froid. Ce jour même… les habitants ont traîné du bois avec leur traîne pour se chauffer. La nège était d’un pied et demis d’épaisseur ».  Plus loin, l’auteur nous apprend que cet été-là, à la mi-juillet, les lacs situés en arrière de Baie-Saint-Paul sont toujours recouverts de glace.

Et je reviens à L’Histoire du Québec. Il y est écrit que les changements climatiques touchent d’une manière particulière les paroisses de l’est du Bas-Canada (le Québec d’aujourd’hui) et c’est ce phénomène qui explique les mauvaises récoltes un peu partout en Amérique du Nord, mais il est vrai que les effets néfastes de l’éruption volcanique du Tambora, en Indonésie, ont contribué à la disette de 1816. Enfin on a identifié le coupable!

Gillen D’Arcy Wood, un Australien, a écrit en 2015 un livre ayant pour titre L’année sans été, Tambora, le volcan qui a changé le cours de l’histoire. Dans la page de présentation, l’auteur écrit : « Un an après Waterloo, en 1816, le monde est frappé par une catastrophe restée dans les mémoires comme « l’année sans été » ou « l’année des mendiants ». Une misère effroyable s’abat sur l’Europe. Des flots de paysans faméliques, en haillons abandonnent leurs champs, où les pommes de terre pourrissent, où le blé ne pousse plus. Que s’est-il passé?  En avril 1815, Près de Java, l’éruption cataclysmique du volcan Tambora a projeté dans la stratosphère un voile de poussière qui va filtrer le rayonnement solaire plusieurs années durant. »  Ce livre qui fait le tour d’un événement à l’échelle planétaire, sonne aussi comme un avertissement : ce changement climatique meurtrier n’a pourtant été que de 2 degrés C…

Avec tout ce qui se passe de nos jours, sur notre Terre et autour, à mon humble avis, moi qui ne suis pas savante et encore moins voyante, nous sommes bien chanceux de ne pas avoir de changements climatiques plus dérangeants que la température de ce mois d’avril 2018!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 avril 2018

Publicités

Ici, on parlait anglais!

Dans mon jeune temps, la plupart des gens ne parlaient que le français, je précise qu’il s’agissait du français de par chez nous! Avec le temps, il faut avouer que notre langage ressemblait de moins en moins à la langue parlée en France. Si nous avons gardé les accents des diverses régions d’où sont partis nos ancêtres, nous avons aussi intégré des expressions et des mots anglais qui nous ont été rapportés par les voyageurs autant que par ceux qui s’exilaient aux « États », comme on disait. Ces parents qu’on ne voyait pas souvent prenaient plaisir, quand ils revenaient au pays, à émailler leur français de mots anglais, qu’on répétait ensuite, fièrement, mais plus souvent qu’autrement, tout de travers! Comme on le sait, au fil des ans, l’anglais est devenu couramment utilisé dans les domaines commercial et industriel. Évidemment, pour les commerces qui s’adressaient à la clientèle touristique, il était important de s’afficher en anglais. À Deschambault, les touristes anglophones qui voyageaient de Québec à Montréal ou l’inverse, étaient très bien reçus! Ils pouvaient s’arrêter soit au Winterstage – l’ancien relais de poste, ou au Maple Leaf; cet hôtel annonçait qu’on pouvait y louer des « log-cabins » sur le bord du fleuve. Chaque été, ces petits chalets accueillaient régulièrement leur lot de touristes. Une de ces cabines est encore debout… si elle parlait, elle aurait certes beaucoup de choses à nous raconter!

« Log-cabin » de l’auberge Maple Leaf, près du fleuve à la hauteur du calvaire Naud (photo: J. Bouillé).

Plusieurs établissements aux noms bien français arboraient fièrement une affiche qui disait « Ici on parle anglais ». Notre petite localité était fort bien pourvue pour ce qui concerne les établissements hôteliers. Citons le Manoir du Boulevard et à l’entrée du village, l’Hôtel Deschambault – devenu l’Oasis Belle-Vie. L’Hôtel le Vieux Bardeau, qu’on appelait autrefois l’Hôtel Bellevue, a une longue histoire; cet endroit étant jadis très fréquenté en raison de sa proximité avec la traverse Deschambault-Lotbinière. Plus haut, dans le rang du même nom, l’Auberge de La Chevrotière, située en face de la gare du Canadien Pacifique, accueillait les voyageurs qui descendaient du train. À l’extrémité ouest de Deschambault, de l’autre côté du pont de la rivière La Chevrotière, M. Lauréat Paquet louait des cabines pour les touristes; il n’y a pas si longtemps, une clientèle régulière y venaient encore chaque été pour quelques jours ou quelques semaines.

Manoir du Boulevard, à l’est de Deschambault (ancienne carte postale, coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Hôtel Bellevue, maintenant Hôtel Au Vieux Bardeau, avec ses « cabines » (ancienne carte postale, coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Qu’il s’agisse des hôtels et des garages ou encore des petits magasins de souvenirs comme celui de M. Roland Goudreault, lequel était situé tout près de la voie ferrée, en bas du village, les touristes anglophones étaient servis en anglais! Dans ces étalages, en bordure du chemin, en plus des cartes postales représentant le plus souvent le Château Frontenac, on pouvait se procurer différents objets tels porte-clés, tasses et assiettes décorées, arborant pour la plupart l’étiquette « made in Japan ». Heureusement, les dames qui tenaient ces petits commerces, en profitaient pour vendre leurs propres travaux d’artisanat, catalognes, couvertures, tricots ou broderies; tous ces ouvrages étaient d’une qualité qui dépassait largement le coût demandé. On vendait en anglais… mais on vendait!

À la maison aussi, la langue anglaise s’est glissée tout doucement, sans faire de bruit… et s’est installée de la cave au grenier! La cuisine était équipée d’une « pantry » et d’un « sink »; et comme on était fier de notre « toaster » électrique! L’été on mettait des « screens » dans les fenêtres pour empêcher les mouches d’entrer; en hiver, cependant on remettait les châssis doubles. Quand on entrait dans la maison, on était accueilli par le sifflement du « boiler » sur le poêle. On gardait toujours du thé dans le « teapot » sur l’arrière du poêle; quand il arrivait quelqu’un du voisinage, on l’accueillait ainsi : Ben le bonjour!  Assisez-vous donc une minute… vous prendrez ben une tasse de thé, avec un petit « cookie », je viens juste de les sortir du four! Tout le monde connaissait depuis longtemps les « bines », mais personne n’aurait utilisé le terme de « fèves blanches au lard », non, ça n’aurait pas eu le même goût! De même, quand on servait un « rosbif », on y ajoutait du « grévé » c’était tellement meilleur ! L’anglais ne s’est pas invité qu’à la cuisine; indiscret, il est allé jusqu’aux « closets » où il a testé la chaîne pour « flusher ». Ensuite il est passé au salon où il s’est extasié sur le nouveau « chesterfield » ainsi que le beau « rug » qui recouvrait le plancher, sans oublier le « pick-up », avec sa pile de disques! Curieux, en sortant de la maison, il est allé voir dans la « shed »; j’aurais de la difficulté à nommer tous les outils, mais il y avait sûrement une « chainsaw », une « drill », un « jack » et combien d’autres.

L’endroit où notre cours d’anglais accéléré a eu le plus d’élèves assidus, c’est sans contredit dans le domaine de l’automobile! Du « bumper » jusqu’aux « tires », en passant par la « clutch », le « dash », le « windshield » – on disait « wind shire », le « steering » et les « sealbeams », et j’en passe… on s’est rendus aux nouvelles autos « power-break –power-steering », ça c’était du char!  Pour finir, on a appris qu’il nous manquait un « car-port » pour mettre notre auto à l’abri, l’hiver prochain. Parce que dans la « shed », y a pas de place! En terminant plus sérieusement, aujourd’hui, les enfants parlent, lisent et écrivent en anglais dès le cours primaire, mais cela ne les empêche aucunement de posséder un bon français. Il faut seulement leur en donner le goût!

© Madeleine Genest Bouillé, 8 avril 2018

J’aime pas ça !

Non, je n’aime pas certains jours de l’année dont le 26 décembre, le 2 janvier, les 7 ou 8 janvier, le lundi de Pâques, le lendemain de l’Action de Grâces, celui de la Fête du Travail. Disons-le tout net, je n’aime pas les fins de vacances, surtout quand c’est la rentrée scolaire – ce dont je vous ai déjà parlé dans l’histoire de mon vieux sac d’école – et j’aime encore moins les lendemains de fête. Ce matin, après le départ de la dernière invitée, la maison comme chacun de ces lendemains, nous semblait trop tranquille, trop silencieuse, trop froide, comme après le passage d’un ouragan. Ici et là, on retrouve des objets qui ne sont pas à leur place, par exemple, j’ai découvert des petits bonhommes, qui viennent sûrement d’une autre planète, deux avions et deux chars d’assaut derrière les coussins du divan! De plus, particularité du lundi de Pâques, dans les endroits les plus incongrus, des papiers colorés, roulés en petites boules témoignent qu’on a dégusté   plusieurs cocos en chocolat et qu’on n’avait vraiment pas le temps de jeter les emballages à la poubelle! Trois petits gars, dont le plus jeune n’a pas encore 5 ans et les deux autres, âgés de 7 ans, ça fait du monde très occupé! Ça court d’un étage à l’autre et dans tous les sens; ils sont tellement affairés! Ils ont fait une cabane avec des couvertures, au milieu du salon; un peu plus tard, ils ont changé de programme et ont décidé de se déguiser… tout ça avec des pauses pour piger quelques cocos, car tout ce brouhaha, ça creuse l’appétit! Et les « grands enfants », entre 12 et 22 ans, qui meublaient l’après-souper de leurs conversations profondes et comiques en même temps… tous téléphones fermés! Après le ramassage et la vaisselle faite, les parents, mononcles, matantes et grands-parents sont venus élargir le cercle et ont continué à jaser et à rire, de tout, de rien, juste pour le plaisir d’être ensemble! Des moments de grâce, qu’on devrait enregistrer comme un film, pour se les repasser dans les moments où le vide prend trop de place.

Autre problème, qui je le sais, n’en est pas vraiment un; comme disait ma mère, « Remerciez le ciel d’avoir autant de bonnes choses à manger, y plein de monde qui seraient si heureux d’en avoir même seulement la moitié! »  Oui maman, je ne dis plus rien… mais quand même, le frigo est plein de restes, qui étaient délicieux hier, mais qui ne nous tentent vraiment pas aujourd’hui. Passe encore pour le jambon pascal qui se marie avec plein d’autres accompagnements. Les salades, ça ne se conserve pas longtemps, les entrées ne sont bonnes que pour la sortie!  Les délicieuses tartes au sirop d’érable faites par mon cuisinier préféré vont devoir durer encore quelques jours; c’est le genre d’orgie sucrée qu’on ne peut se permettre qu’avec modération! Hier, nous étions 17! Seulement 17, car voyez-vous, ça peut parfois aller jusqu’à 19 et c’est rien ça, mes grandes petites-filles ne nous ont pas encore présenté de « prétendant attitré »!

Cette année, nous avions deux événements en un :  Pâques étant le 1er jour d’avril, c’était aussi le jour du Poisson d’avril!  Il semblerait que cette coïncidence est très rare. Depuis 1879, les années où la fête de Pâques tombait le 1er avril sont, selon mes recherches : 1879, 1888, 1923, 1934, 1945, 1956, et cette année, 2018.  La prochaine fois, ce sera le 1er avril 2029! Ça ne change pas le monde, mais c’est une chose à inscrire à notre agenda : « Hier nous fêtions Pâques en même temps que le Poisson d’avril! » Pour les petits, c’était une occasion de plus de s’amuser et j’ai vu quelques petits poissons découpés à la hâte dans un bout de papier, lesquels décoraient des dos d’adultes, qui, comme il se doit, ne s’étaient aperçu de rien!

Ma fête de Pâques a commencé comme d’habitude par la messe que nous avons chantée avec ardeur et bonheur; ils sont tellement beaux les cantiques qui glorifient le Christ Ressuscité! Plus que toutes les belles et bonnes traditions pascales, il est important de mentionner que Pâques, pour les croyants, est la plus grande fête de l’année liturgique.  C’est pourquoi, tous les dimanches qui vont suivre jusqu’à l’Ascension, quarante jours plus tard, la liturgie nous fera revivre la belle histoire de tous ceux et celles qui ont rencontré er reconnu Jésus après sa résurrection. Cela devrait éclairer quelque peu ces monotones « jours d’après » que je n’aime pas!

© Madeleine Genest Bouillé, 2 avril 2018

Un petit bonhomme violet

Est-ce qu’il vous arrive de rêver à des choses loufoques, farfelues, impossibles? Moi, ça m’arrive quand même assez souvent. Ça et les rêves où l’on se retrouve dans un endroit public, comme l’église, mettons nu-pieds, en robe de chambre ou en jupon – oui je sais ça ne se porte plus –, mais dans mon jeune temps, on avait toujours un jupon en dessous de notre robe… un sous-vêtement qui ne devait jamais paraître. Il n’y avait pas pire injure à se faire dire : « ton jupon dépasse », ça vous rabaissait le caquet! Mais je m’égare… je reviens donc à mes rêves bizarres. Un jour, j’ai rêvé que je rencontrais un extraterrestre au centre d’achats. Depuis E.T., j’ai un faible pour les extraterrestres. Donc, dans ce rêve, j’ai rencontré un petit bonhomme violet, pas particulièrement beau, un peu mieux quand même que ce cher E.T. et ça me semblait tout naturel de faire une telle rencontre, tant il est vrai que dans les rêves, les choses les plus étranges paraissent normales.

Voilà que le petit bonhomme m’aborde et me demande : « Qu’est-ce donc que tous ces animaux : poules, lapins, canards, exposés dans les étalages des magasins? Ça semble fabriqué d’une drôle de matière brune, luisante, très odorante. Ces choses ne sont pas vivantes, puisqu’elles sont placées dans des boîtes. Ou alors, elles sont plongées dans une sorte de sommeil… je ne comprends pas. Ah! Il y a aussi des œufs faits de la même matière, des œufs de toutes les grosseurs. Puis-je savoir ce que c’est? J’en vois partout! »

Chocolats de Pâques de Julie Vachon, la chocolatière de notre village.

Le petit extraterrestre était déjà venu sur notre planète il y avait longtemps, mais c’était la première fois qu’il voyait ce phénomène. Je lui explique alors que ces figurines sont faites en chocolat. Cette matière est non seulement comestible, mais délicieuse. Dans quelques jours ce sera la fête de Pâques et c’est une coutume très ancienne, de déguster cette journée-là ces chocolats aux formes diverses. Pourquoi des animaux? Sans doute parce que le printemps est l’époque où naissent les petits animaux de toutes sortes. Quant aux œufs de Pâques, c’est une très vieille tradition; autrefois, à cette occasion, on décorait des œufs qu’on cachait ensuite; au matin de ce dimanche de fête, les enfants allaient à la chasse aux œufs de Pâques. Aujourd’hui, dans plusieurs familles, on a conservé cette coutume, sauf que les enfants font maintenant la récolte de cocos en chocolat.

Les surprises de Pâques attendent les petits-enfants…

Poursuivant mes explications, j’ai ajouté que cette coutume de manger des chocolats à Pâques remonte au temps où justement, on jeûnait pendant la période du Carême. Ce qui explique qu’à Pâques, après quarante jours d’abstinence, ces délicieuses friandises étaient ardemment désirées. Quand nous étions enfants, en revenant de la messe de Pâques, on chantait notre version de l’Alléluia pascal : « Alléluia! Le Carême s’en va. On mangera plus de la soupe aux pois, on va manger du bon chocolat. Alléluia! »

Le petit bonhomme violet, étant un grand savant sur sa planète, connaissait l’origine de la fête de Pâques. D’un âge très respectable, il savait sa Bible par cœur, l’ancien tout autant que le nouveau Testament! La résurrection du Christ ne le surprenait nullement. Sur sa planète, le concept mort-résurrection, c’est courant. Je lui ai dit que sur la Terre, c’était plutôt rare. Il m’expliqua alors que la fête de Pâques et le printemps était indissociable : « Dans l’hémisphère terrestre où vous habitez, me dit-il, vous êtes chanceux, vous vivez le vrai printemps. En quelques semaines, vous passez de l’hiver au printemps, allant de la neige à la boue, alors qu’enfin les bourgeons éclatent et les fleurs apparaissent. Comment ne pas croire alors à la résurrection? Tout le monde doit se sentir revivre, au-dedans comme au-dehors! »

Qu’il avait donc raison! Et ça prenait un extraterrestre pour saisir tout ce merveilleux « Pâques, printemps de Dieu… Pâques, printemps du monde », comme nous le chantons le dimanche de Pâques. Mon nouvel ami m’a remerciée pour les précieuses informations que je lui avais données; il devait retourner sur sa planète, ayant d’autres missions à accomplir. Je l’ai invité à rester encore un peu pour assister à l’arrivée des oies sauvages, mais ça lui était impossible. Avant de disparaître, il m’a dit : « Peut-être pourrai-je revenir bientôt… d’ici quatre ou cinq décennies ». Pour lui, le temps n’a certainement pas la même signification que pour nous, pauvres Terriens! J’allais lui dire un dernier « Au revoir », quand la sonnerie du réveil m’a sortie de mon rêve!

De la part de mon petit bonhomme violet, je vous souhaite « Joyeuses Pâques! »

© Madeleine Genest Bouillé, 25 mars 2018

 

Pour en finir avec les « enfants du temps de la guerre »…

Camp national des Jeunesse Catholiques.

Ce qu’il est important de retenir au sujet de cette génération, dont je vous parle depuis quelque temps, c’est que l’engagement ne nous faisait pas peur. Très jeunes, nous étions pour la plupart prêts à « embarquer »; tout d’abord, il y avait la Croisade Eucharistique, dans laquelle nous étions enrôlés dès la 3e année sans trop savoir ce que cela signifiait. Par contre, je me souviens très bien de ma Profession de Foi en 6e année. Quand nous avons chanté « J’engageai ma promesse au baptême », j’ai vraiment eu l’impression de m’embarquer dans quelque chose de grand, de solennel. L’année suivante, nous, les filles de 7e année, étions reçues Enfant de Marie. Avec quelle fierté portions-nous le ruban bleu! À cette époque, l’engagement, ça faisait partie de la vie!

Ma Profession de foi.

Conseil Lacordaire à Deschambault en 1964.

La « Croisade eucharistique » à Moncton, en 1947.

Les mouvements d’Action catholique étaient florissants; à commencer par la Jeunesse Étudiante, on se dirigeait ensuite soit vers la Jeunesse Ouvrière ou la Jeunesse Rurale, et souvent plus tard, on se retrouvait dans le mouvement antialcoolique Lacordaire et Jeanne d’Arc.  Les adultes étaient membres des Dames de Sainte-Anne – aujourd’hui le Mouvement des Femmes Chrétiennes – ou Ligueurs du Sacré-Cœur. Bien entendu, tous les jeunes ne suivaient pas nécessairement cet engouement pour l’engagement catholique et social; cela dépendait quand même beaucoup des valeurs familiales. Mais généralement, on était heureux de faire partie de ces associations où on apprenait à s’exprimer, à partager et aussi à diriger. Plusieurs leaders politiques et syndicalistes ont fait leurs premières armes dans les mouvements d’Action catholique des années  quarante et cinquante.  On suivait des sessions de formation,  qui était la plupart du temps données sous forme de camps d’été, où nous rencontrions plein d’autres jeunes, enthousiastes, disponibles, généreux. J’ai encore le petit carnet où je notais toutes les belles phrases qui avaient force de loi : «  La jeunesse n’est pas l’âge du plaisir, c’est l’âge de l’héroïsme », ou encore celle-ci qui dit beaucoup : « Le monde est à ceux qui se donnent la peine de le changer ». Nous étions jeunes… nous faisions de beaux rêves et nous avions de l’énergie à dépenser. Dans le programme de ces journées d’étude et de discussions, il y avait heureusement des pauses récréatives où nous avions de joyeuses activités : chants, théâtre, jeux de société, sans oublier les soirées autour du feu de camp. Qui n’a pas quelque belle veillée près d’un feu de camp dans son tiroir aux souvenirs?  « Feu, feu, joli feu »… ton ardeur nous réjouissait!  Et comment!

Puis est venue la révolution tranquille… tranquille, mais sournoise. Elle a chamboulé les valeurs morales de presque toute une génération. On rêvait de liberté. On voulait tout essayer, on refusait toute contrainte. Tout le monde ne montait pas aux barricades, mais beaucoup de jeunes ont suivi ce courant. L’engagement qui retenait surtout l’attention était celui que favorisaient les mouvements de libération : libération de la femme, libération des mœurs, libération politique; peu importait la façon d’y arriver, il était urgent de se libérer! Le temps a passé, cette génération est rentrée dans le rang : il fallait bien gagner sa vie. Il est cependant resté de cette époque un certain refus de l’autorité, religieuse et civile. L’individualisme a pris une place prépondérante dans la société.  Maintenant, avant de s’engager, on demande : « Qu’est-ce que ça donne? » Élevée dans le matérialisme et l’individualisme, la génération actuelle a les pieds bien sur terre!

S’engager, c’est se passionner, c’est aussi avoir le désir bien humain de se réaliser soi-même. S’engager dans une équipe, c’est rêver plus grand; c’est croire qu’ensemble on peut réaliser de grandes choses. Finalement, parmi les belles phrases contenues dans mon petit carnet, j’ai retenu celle-ci qui, selon moi, décrit le mieux l’engagement : « Quand on rêve seul, ce n’est qu’un rêve; quand on rêve à plusieurs, c’est déjà la réalité. »  Nous  n’avons peut-être pas fait mieux que les générations qui nous ont précédés, non plus que celles qui ont suivi, mais pour les enfants du temps de la guerre,  l’important, c’était de «  s’embarquer », de prendre notre place dans la collectivité.

© Madeleine Genest Bouillé, 17 mars 2018

Les enfants du temps de la guerre – 2e partie

Institut familial d’Amos, vers 1950 (© Archives S.A.S.V.).

Je vous disais donc que notre génération est celle qui selon moi a connu le plus de changements et ce, à tous les points de vue. J’ai abordé les sujets de la petite enfance, les études, la religion. Et voilà qu’en parlant des métiers pour les filles, je viens de m’apercevoir tout à coup que j’ai oublié de parler de l’Institut Familial! Ces écoles fréquentées par les filles après la 9e ou 10e année ont joué un grand rôle dans la formation professionnelle des jeunes filles, qui y apprenaient tout d’abord le métier de ménagère! Plusieurs parmi mes anciennes compagnes ont étudié dans un Institut Familial, qu’on appelait aussi École Ménagère; ces institutions étant dirigées par différentes communautés religieuses. Le cours intégral formait ce qu’on appelait alors des « instructrices du gouvernement »; et qu’on nomme maintenant diététiciennes ou nutritionnistes, ainsi que certains autres métiers alors uniquement réservés aux femmes. Vraiment, j’allais passer à côté d’un détail important, puisque les étudiantes y apprenaient avant tout à être de parfaites maîtresses de maison!

Magasin Paré à Deschambault, avec voiture à cheval…

Allons maintenant vers le quotidien des familles. J’ai écrit que nous devions marcher pour aller à l’école, les autobus scolaires n’existant pas encore, du moins, pas en milieu rural. Dans mon enfance, les autos étaient encore rares… il n’y en avait pas à toutes les portes. Quand on évoque un changement, en voici un qui est de taille!  En allant à l’école le matin, inévitablement, on rencontrait des voitures à cheval qui étaient stationnées un peu partout; celle du laitier, celle du boulanger. Un peu plus loin, c’était le boucher. Par contre, la modernité nous avait quand même rejoint, car on avait un service d’autobus : les Autobus Gauthier, dont le propriétaire était J.B.H. Gauthier, qui fut aussi maire de Deschambault. Nous étions très bien servis, étant donné qu’il y avait plusieurs départs pour Québec le matin, le midi et autant de retours le soir.

Compagnie d’autobus Gauthier.

Le téléphone était arrivé depuis quelques décennies; mais jusqu’en 1964, l’appareil consistait en une boite fixée au mur, munie d’une manivelle et d’un cornet acoustique, qu’on utilisait pour appeler le central, où l’opératrice donnait la communication avec le numéro désiré, bien entendu, quand la ligne n’était pas déjà occupée – ce qui arrivait souvent, étant donné qu’il y avait parfois huit ou dix abonnés sur la même ligne! Le téléphone « à cadran » fut sans contredit une innovation très bienvenue!

Nous nous éclairions à l’électricité depuis déjà un certain temps et nous avions aussi la radio, qu’on appelait LE radio. Pour nous chauffer, nous avions un poêle à bois, avec un four et un compartiment, le « boiler », dans lequel on gardait de l’eau chaude qu’on utilisait pour le bain, car nous n’avions pas de « tank » à eau chaude. On avait aussi plusieurs commodités qui fonctionnaient à l’électricité : le fer à repasser, la laveuse à « tordeurs », le petit poêle à deux ronds dont on se servait en été quand il faisait trop chaud pour allumer le poêle à bois, et enfin, nous avons eu un frigidaire!

Chez nous, on aimait la musique, de ce fait, en plus du piano, on avait un phonographe avec une manivelle qu’il fallait « crinquer », pour éviter que la musique ralentisse, sinon la chanson devenait méconnaissable. Vers le milieu des années 50, mon frère, qui avait commencé à naviguer, avait acheté un tourne-disque portatif qui jouait, en plus des « records 78 tours », des petits « 45 tours ». Qu’elles étaient belles, ces soirées d’été où on sortait le tourne-disque sur la galerie, avec une « rallonge » branchée dans la maison, et on écoutait les succès américains, dont évidemment ceux d’Elvis Presley et plusieurs autres chanteurs ce cette époque!

La télévision nous est arrivée en 1953 si ma mémoire qui n’aime pas les chiffres est exacte. Comme pour les autos, quelques dix ans auparavant, il n’y en avait pas dans tous les foyers! J’allais voir la télévision chez mes amies, Colette et Madeleine, surtout le mercredi soir, où l’on regardait La Famille Plouffe, qui était suivie de La Lutte au Forum; que nous regardions avec beaucoup d’intérêt; on avait même chacune notre lutteur préféré! Plus tard, quand on a eu chez nous un appareil, je n’ai plus jamais regardé la lutte! Parmi mes émissions préférées, en plus de La Famille Plouffe, il y avait Les belles histoires des pays d’en haut, Le Survenant, Cap-aux-Sorciers, et le dimanche soir, quand l’émission Les Beaux Dimanches était moins intéressante, nous regardions au canal de langue anglaise le Ed Sullivan Show. C’est lors de cette émission que nous avons vu Elvis Presley pour la première fois, en noir et blanc, évidemment. Mais quand même, c’est un souvenir inoubliable!

La télévision a chamboulé les habitudes des familles; désormais, les gens veillaient à la maison plus souvent, surtout les soirs où étaient présentées les émissions les plus populaires. En peu de temps, la « boîte à images », que mon oncle Jean-Paul désignait de son langage coloré « boîte à grimaces », s’est propagée dans tous les foyers. Je dois dire tout de même que la vie sociale n’a pas été vraiment perturbée par cette nouvelle distraction. Les fins de semaine, l’automne et l’hiver surtout, les diverses associations paroissiales organisaient des activités récréatives, qui servaient de levées de fonds. Il y avait les soirées de cartes qu’on appelait « Euchre » ou les soirées d’amateurs, lesquelles étaient très populaires. La salle était dotée d’un piano et ma tante Rollande était plus souvent qu’à son tour l’accompagnatrice désignée, tâche dont elle s’acquittait avec beaucoup d’oreille (car elle n’a jamais appris la musique) et surtout bénévolement, comme tout ce qui se faisait à l’époque. Ces soirées attiraient toujours une belle assistance. Deux soirées de bingo étaient tenues chaque année au profit de l’église. Pour Noël c’était le « Bingo aux dindes » et pour Pâques, le « Bingo aux jambons ». Si une chose n’a pas changé, c’est bien la vogue des bingos! Cependant, à cette époque, les coûts étaient plus modestes et les prix à gagner aussi! Chaque fois, la salle était pleine et les revenus, très intéressants. À Deschambault, nous avons une tradition de théâtre, qui remonte loin. Ainsi, chaque année, soit en hiver ou au printemps, une troupe présentait une pièce, tragédie ou comédie. Cette activité variait selon les disponibilités des acteurs et metteurs en scène, mais chaque fois, le théâtre faisait salle comble deux ou trois soirs.

À l’époque dont je parle, les loisirs, tant pour les jeunes que pour les adultes, étaient organisés par des bénévoles; en 1960 plusieurs de ces bénévoles déjà impliqués formèrent l’œuvre des Terrains de Jeux, communément appelée O.T.J. Chaque village avait son O.T.J, lequel gérait les loisirs sportifs, comme le hockey en hiver et la balle-molle en été. Puis nous est venue la mode du ballon-balai qui a eu beaucoup de vogue dans les années 60 et 70. Parlant d’O.T.J., je me dois d’évoquer le carnaval qui avait lieu chaque hiver, avec les duchesses, leur intendant et la fameuse soirée du couronnement. En 1955, la ville de Québec avait donné le ton et depuis, chaque village, si petit soit-il avait son carnaval. Après les Fêtes, quand retombait la frénésie de Noël et du Jour de l’An, on avait trouvé un bon moyen pour ne pas trouver l’hiver trop long!

Mais qui étaient donc tous ces bénévoles qui faisaient tourner la roue des activités récréatives et autres, et qui étaient à la tête des mouvements paroissiaux, qu’il s’agisse des Fermières, de l’O.T.J., de la Ligue du Sacré-Cœur, de la Société Saint-Jean-Baptiste  et des conseils de la Caisse Populaire? Parmi toutes ces personnes engagées dans leur milieu, on retrouvait une bonne majorité de ceux que j’ai nommés « les enfants du temps de la guerre »!

© Madeleine Genest Bouillé, 9 mars 2018.

Les enfants du temps de la guerre – 1ère partie

Si vous êtes nés entre 1939 et 1945, vous faites comme moi partie des « enfants du temps de la guerre ». Notre famille comptait dix enfants, dont quatre qui sont nés durant la 2e guerre mondiale. Sur les dix, quatre ne sont déjà plus de ce monde, mais rien n’empêche que nous étions faits forts! Réellement, je crois que nous sommes la génération qui a vécu le plus de changements, et cela à tous les niveaux… on était capables d’en prendre, on l’a prouvé et on le prouve encore!

Moi, avec deux autres filles, en 1946.

Tout d’abord à notre époque, presque tous les enfants naissaient à la maison. Les bébés, garçons ou filles, portaient tous les mêmes vêtements; une petite jaquette attachée par des cordons dans le dos, des chaussons tricotés et des couches en coton, que la maman avait taillées et cousues. Ces couches étaient lavées et rincées à l’eau de Javel aussi souvent qu’il était nécessaire. Il arrivait que la mère soit dans l’incapacité d’allaiter le petit dernier qui était arrivé un peu trop vite après l’avant-dernier, surtout s’il s’agissait du sixième ou du septième! Nous étions alors nourris au bon lait de vache, et nous nous en portions fort bien! Quand venait le temps de manger, le Pablum suffisait à la tâche jusqu’à ce qu’on ait assez de dents pour se nourrir comme tout le monde. Sans problème majeur, notre première intervention médicale était le vaccin qu’on recevait avant d’entrer en classe, en 1ère année, comme de raison, puisqu’il n’y avait pas de classe maternelle. Le dentiste? On n’allait quand même pas gaspiller de l’argent pour faire traiter des dents de lait!

Nous avons tous, sauf rare exception, étés baptisés dans la religion catholique et nous avons fait notre première communion, le plus tôt possible, entre cinq et sept ans. À partir de là, nous devions assister à la messe tous les dimanches et jours de fête et les garçons étaient bien vite enrôlés dans la cohorte des enfants de chœur et des servants de messes. Les filles n’étaient pas autorisées à franchir la balustrade séparant le chœur de l’église, de la nef… autre temps, autres mœurs! La confirmation suivait de près la « petite communion », l’âge pouvant varier du fait que l’évêque ne passait dans la paroisse qu’à tous les quatre ans. En sixième, vers la fin de l’année scolaire, on « marchait au catéchisme », pour faire notre communion solennelle – ou profession de foi. Pour plusieurs, soit par manque de goût pour les études, parfois aussi à cause de la situation financière des parents, cette étape marquait la fin de la scolarité. On avait tout de même appris que « marcher c’est bon pour la santé », étant donné qu’il n’y avait pas d’autobus scolaire… On allait à l’école à pied, par tous les temps, que ce soit au couvent, à l’école du village ou aux écoles de rang!

L’école de rang située dans le 2e Rang ouest.

Passé les études primaires, l’instruction n’était pas gratuite; cependant, plusieurs villages, s’enorgueillissaient de posséder un couvent tenu par des religieuses, lesquelles accueillaient les filles, de la 1ère jusqu’à la 11e ou la 12e année, ce qui était l’équivalent du secondaire. Plusieurs filles de ma génération ont cessé leurs études plus tôt; elles demeuraient à la maison, aidant leur mère, surtout si elles étaient l’aînée d’une famille nombreuse. Elles apprenaient donc leur métier de femme au foyer, en attendant le « prince charmant »! Pour celles qui désiraient continuer, il demeure que les choix de carrière étaient assez limités, comparé à aujourd’hui. Les Écoles Normales qui formaient des institutrices étaient très populaires. On y accédait après la 11e année et selon qu’on choisissait le Brevet C, B, ou A, les cours s’échelonnaient de un à quatre ans d’études. Le cours d’infirmière se donnait dans les hôpitaux. Je me souviens qu’on exigeait la 9e année, mais il fallait avoir 18 ans. Une autre option qui était assez répandue était le cours de puériculture, qui formait des gardes-bébé. Les exigences étaient, si je me rappelle bien, les mêmes que pour le cours d’infirmière. La vocation religieuse, dont on avait l’exemple tout au long de nos études au couvent, était tentante pour les jeunes filles qui rêvaient d’une vie consacrée aux bonnes œuvres; plusieurs compagnes ont donc endossé l’uniforme de l’une ou l’autre congrégation, mais peu d’entre elles y sont demeurées. La plupart se sont mariées, ont eu des enfants et maintenant, ce sont des grand-mères heureuses, enfin, c’est ce que j’espère! À ma connaissance, deux de mes anciennes compagnes font toujours partie de la communauté des Sœurs de la Charité de Québec.

Septembre 1949, les élèves du couvent.

Les garçons, après la 6e année, avaient la possibilité de faire le cours classique, qui durait huit ans et qui donnait accès à l’Université, bien entendu, si les parents en avaient les moyens! Il y avait alors plusieurs collèges classiques tenus par des communautés religieuses masculines, lesquelles privilégiaient évidemment la prêtrise. Comme on avait aussi besoin de gens de métiers, les écoles techniques offraient des cours comme la mécanique, l’électricité; ces cours s’échelonnant sur un ou deux ans, selon le cas. Cependant, plusieurs garçons choisissaient « l’école de la vie », en ce sens que souvent, ils restaient à la maison et travaillaient avec leur père, se préparant à reprendre la ferme ou autre entreprise familiale. Il ne faudrait pas oublier non plus tous ceux qui ont choisi d’aller naviguer sur le fleuve, parce qu’ils avaient grandi dans un village sur le bord  du Saint-Laurent, et qu’ils voyaient chaque printemps partir leurs aînés, en se disant : «  Si je peux donc avoir 18 ans, je vais embarquer moi aussi! »

Une chose est certaine, les études coûtaient cher! C’est sans doute pour cette raison qu’en 1960, au Québec, le taux d’étudiants qui se rendaient en 7e année était de 63%, tandis que le taux de ceux qui allaient jusqu’en 11e année n’était que de 13%. Il faudra attendre jusqu’en 1964, avec le nouveau Ministère de l’Éducation, pour que l’instruction devienne accessible à tous les jeunes. Enfin, en 1967, on assistait à la création des polyvalentes et, système unique au monde, des cegeps : Collèges d’Enseignement Général et Professionnel. On est rendus loin! Vous comprendrez que les « enfants du temps de la guerre » étaient déjà à peu près tous mariés et qu’ils avaient quelques enfants… pas mal moins, toutefois, que leurs parents!

Pour ce qui est de la pratique religieuse, si « la révolution tranquille » a contribué pour une bonne part à la baisse de fréquentation des églises, il y a eu plusieurs autres facteurs. Entre autres, la tenue du concile œcuménique Vatican II, en 1965, symbolisant l’ouverture au monde et à la culture contemporaine, a quand même « brassé la cage » des préceptes et de la liturgie conventionnelle. La messe célébrée face aux fidèles, la communion « dans la main », les prières et les chants dans la langue du peuple, on se souvient des « messes à gogo » avec les chants accompagnés à la guitare; tous les gens d’un certain âge ont fredonné : « Seigneur, nous arrivons des quatre coins de l’horizon »… Mais plus que tout, la sécularisation des prêtres et des religieuses ont bouleversé les pratiquants qui avaient grandi dans une religion d’interdictions, où souvent « l’habit faisait le moine »!  Les curés en complet, surtout sans col romain, aussi bien que les religieuses en jupe couvrant tout juste le genou, cela créait toute une commotion!

Je vous reviens avec la suite de la vie des « enfants du temps de la guerre ».

© Madeleine Genest Bouillé, 5 mars 2018

Mes Jeux Olympiques à moi

Non, je n’ai jamais assisté aux Jeux Olympiques! Dans ma jeunesse, ces jeux se tenaient toujours très loin, de « l’autre bord », comme on disait, jusqu’en 1976, où nous avons eu les Jeux d’été à Montréal. On se souvient que la reine de ces jeux était la jeune Nadia Comaneci, gymnaste roumaine. Nous avions attiré l’attention sur Montréal avec l’Expo universelle en 1967, il fallait bien que ça continue! Mais depuis les Jeux de 1976, on dirait que les grands manitous de l’olympisme boudent le Québec.  Pourtant, il me semble que nous avons tout ce qu’il faut pour la tenue des Jeux d’hiver! Pour ce qui est des Jeux tenus ailleurs au Canada, en 1988, Calgary recevait les Jeux d’hiver; j’ai justement une photo, prise en début décembre 1987, du porteur de la flamme Olympique qui passait devant chez nous, courant tranquillement vers l’ouest! Les dernier Jeux d’hiver tenus dans notre pays sont les Jeux de Vancouver en 2010; on se souvient surtout de la dernière présentation de la patineuse, Joannie Rochette, qui a remporté la médaille de bronze, alors que sa mère était décédée le matin même.

Nos voisins américains ont été plus chanceux que nous. Si on regarde la liste des Jeux olympiques, on constate qu’ils ont été gâtés nos voisins! Pour ce qui est des Jeux d’été, les premiers Jeux ont été tenus à St-Louis en1904, tandis que Los Angeles a été la ville hôte en 1984 et Atlanta, en 1986. Les premiers Jeux d’hiver aux USA furent tenus à Lake Placid en 1932. Squaw Valley a été l’hôte de ces mêmes Jeux en 1960, on a fait un retour à Lake Placid en 1980 et les derniers Jeux à être tenus en sol américain se sont déroulés à Salt Lake City, en 2002.

Mais voilà, comme j’en ai l’habitude, je retourne dans mes jeunes années. Comme nous n’avions pas encore la télévision, quand il y avait des Jeux olympiques quelque part, on n’en savait que ce que les journaux et magazines nous montraient. Pour dire le vrai, ce n’était pas grand-chose : des articles et parfois quelques photos, en noir et blanc! On s’y intéressait surtout lorsqu’il y avait des champions canadiens; il y avait alors plus de photos et on en parlait à la radio. Je me souviens que mon père qui aimait beaucoup le patinage artistique, nous parlait de la championne olympique canadienne, Barbara Ann Scott, médaillée d’or aux Jeux d’hiver de 1948, à Saint-Moritz, en Suisse. C’était notre championne! Je me rappelle qu’il y avait des poupées et aussi des cahiers à découper à l’effigie de Barbara Ann. Quelques années plus tard à mon anniversaire, j’ai justement reçu un de ces cahiers à découper. C’était l’un de mes jouets préférés, alors vous imaginez, quel beau cadeau c’était!

Mes Jeux olympiques à moi, ce furent les spectacles des Ice Capades et des Ice Follies auxquels j’ai assisté au Forum de Montréal, avec ma sœur et mon beau-frère, Odilon.  Une fois, je me souviens que papa nous accompagnait. C’était en 1960, avant son accident. Les Ice Capades avaient lieu en novembre, tandis que les Ice Follies étaient toujours tenus en février. Plus tard, ces spectacles ont été présentés au Colisée de Québec.

J’ai conservé le programme des Ice Follies de 1963. Je travaillais au Central du téléphone et j’avais pris ma fin de semaine de congé pour « monter » à Montréal. Le spectacle avait lieu le samedi soir, 8 février. Le livret, dont je vous fais voir quelques photos, coûtait 50 cents. Je ne me souviens pas du coût du billet et ce n’est évidemment pas inscrit sur le programme.  On indique cependant qu’on en était à la 27e édition des Ice Follies, intitulé « Le Spectacle des Champions ». Plusieurs médaillés des Jeux olympiques de 1960 participaient au spectacle, où évoluaient plus d’une centaine de patineuses et patineurs professionnels. Évidemment, tous les numéros étaient accompagnés de musique et il y en avait pour tous les goûts; des valses de Strauss aux airs de Cha-Cha ou de Rock’n’Roll! Il y a de cela 55 ans, et j’en garde encore un merveilleux souvenir!

Je suis retournée une dernière fois voir les Ice Follies, en 1965. Je n’oublierai jamais ce voyage; mon frère, André, m’accompagnait et comme d’habitude, nous avions pris l’autobus de la Provincial Transport pour nous rendre à Montréal. J’ajoute que j’étais enceinte de sept mois. Il n’y avait pas d’autoroute, l’autobus faisait donc « la run de lait », comme on dit parfois. Et à ce temps de l’année la route était passablement cahoteuse. Je m’en souviens comme si c’était hier; à chaque cahot, André, bien calmement me demandait : « Vas-tu accoucher? » Je lui répondais : « Non, ça va. » Nous nous sommes rendus, sains et saufs; le spectacle devait être magnifique, comme toujours!  Au fil des années, j’ai égaré le programme… mes petits gars l’ont peut-être trop regardé, avec leurs menottes pas toujours très délicates! Peu importe, quelque part dans ma mémoire, je conserve ces belles images de mes Olympiques à moi!

© Madeleine Genest Bouillé, 24 février 2018

Un mois qui n’en finit plus

Février n’a que 28 jours, une fois seulement tous les quatre ans, il en a 29. C’est un petit mois tout court! Pouvez-vous m’expliquer pourquoi on le trouve si long? Cet hiver surtout, j’ai l’impression qu’il s’étire à n’en plus finir!

Et là, pour « rallonger la sauce », la température a refroidi, après un doux temps où ça fondait comme au printemps. Et alors, qu’est-ce qui arrive? C’est devenu glissant partout.  Le petit chemin – dix ou quinze pas – pour me rendre à la route en avant de la maison, est tout glacé… je dois m’accrocher aux bancs de neige de chaque côté. Vous êtes-vous déjà accroché à un banc de neige?  C’est ce que j’ai fait hier soir en revenant chez nous. Il n’y avait heureusement personne pour me prendre en photo.  Ce matin, quand je suis sortie pour me rendre à l’auto, une chance mon cher époux avait rapproché le véhicule tant qu’il a pu, si bien qu’on aurait presque pu y monter de la dernière marche de l’escalier. Encore là, c’est en dansant qu’on fait ces quelques pas, en essayant de ne pas se tordre le dos. Ciel! mon dos!

Mais on est chanceux quand même, autour de nous, tout le monde a une grippe :  musculaire, intestinale, rhumatismale, quand ce n’est pas tout simplement l’influenza. On touche du bois; à date, on est « tannés », mais pas malades! Vivement qu’il s’en aille, ce mois de février! Avec tout ça, savez-vous bien qu’on est rendus au Carême! Heureusement, ce n’est plus comme quand nous étions jeunes; dans le temps, le Carême, c’était quelque chose de sérieux. Si ma mère était encore de ce monde, elle me dirait d’offrir mes problèmes de marche sur surface raboteuse et glacée « pour la conversion des pécheurs et la délivrance des âmes abandonnées du purgatoire »!

La religion prenait une place importante dans la vie de nos gens. Tout était prétexte à nous faire gagner notre ciel. Nous étions en contact avec les réseaux célestes constamment.  Nous commencions et finissions notre journée par un signe de croix… et tout au long du jour, maintes fois, il nous était donné d’offrir notre travail, nos peines et nos joies au Seigneur. Nos contacts avec le ciel étaient aussi réels que le sont aujourd’hui ceux qu’on a avec le monde entier grâce aux téléphones intelligents.

Selon nos parents et nos professeurs, rien n’arrivait pour rien dans la vie; il n’y avait rien d’inutile, car tout était comptabilisé pour notre vie future. Il me revient un vieux cantique qui m’impressionnait beaucoup, et pour cause, il s’intitule Le ciel en est le prix.  Je vous cite quelques phrases de ce chant sublime :

« Le ciel en est le prix,  Mon âme, prends courage!
Ici-bas, je gémis, le ciel en est le prix »

« Le ciel en est le prix, amusement frivole,
De grand cœur, je t’immole, au pied du Crucifix. »

« Le ciel en est le prix, conservons l’innocence
Ou par la pénitence, sauvons-en les débris »

« Le ciel en est le prix, dans l’éternel empire
Qu’il sera doux de dire : tous nos maux sont finis! »

Dans un registre plus léger et pour demeurer dans le thème du Carême, je vous rappelle ce texte d’Adjutor Rivard, extrait de Chez Nous, paru en 1935, et qui a pour titre « Le signe de la Croix ». Je résume; Monsieur le Curé revenait vers son presbytère lorsqu’il rencontre un enfant qui avait commencé à « aller au catéchisme », comme on disait alors, il est accompagné de son père. Le curé demande à l’enfant s’il savait bien faire son signe de la croix. Le petit garçon, très sérieusement, trace sur lui une croix démesurée. Il commence : « Au nom du Père », presque à la nuque; « et du Fils », sa main descend jusqu’aux genoux, il décrit ensuite les deux bras : « et du Saint-Esprit », d’un geste très large jusque derrière ses épaules. Le Curé sourit et dit au père : « C’est bien, ton gars sait son signe de la croix, même s’il le fait un peu grand ».  Le père répond : « Voyez-vous monsieur le Curé, le signe de la croix, par les temps qui courent, ça refoule toujours en vieillissant. »

Avec tout ça, savez-vous bien qu’il ne reste que 11 jours en février… Et puis, quand mars arrive, veut, veut pas, ça finit par sentir le printemps!

À bientôt donc!

© Madeleine Genest Bouillé, 17 février 2018

Une petite douceur au cœur de l’hiver

Je ne sais pas si vous êtes de mon avis, mais je trouve qu’on a un hiver particulièrement rude : il neige presque tous les jours et quand il fait beau soleil, souvent il vente, et  alors  la poudrerie se déchaîne. Chaque saison a ses beautés et rien n’égale la splendeur d’un paysage d’hiver! Tout ce blanc ouaté, avec le bleu du ciel – quand il fait beau évidemment – c’est magnifique! Je ne voudrais pas vivre ailleurs que dans notre beau pays avec ses quatre saisons.  Mais j’avoue que je trouve ça long! Contrairement à ceux qui passent une partie de l’hiver dans le sud, nous vivons la saison froide chez nous, du début à la fin, comme la plupart de ceux et celles qui s’impliquent bénévolement dans leur milieu. Les activités ne cessent pas en hiver, au contraire!

Justement, au cœur de l’hiver, la Saint-Valentin, avec ses petits cœurs et ses cupidons, nous apporte un prétexte pour fêter. Mais qui était donc ce saint qu’on fête avec fleurs, chocolat et mots tendres le 14 février? Valentin de Terni était un prêtre qui vivait au troisième siècle. L’empereur romain Claude II trouvait que les hommes mariés faisaient de piètres soldats, étant donné qu’ils ne voulaient pas abandonner leur famille. Ne reculant devant rien, cet empereur a donc aboli le mariage. L’histoire nous dit que Valentin encouragea alors les jeunes fiancés à venir le trouver en secret pour recevoir la bénédiction du mariage. Il fut donc arrêté et emprisonné. Il mourut martyrisé par les Romains le 14 février de l’an 270.

L’histoire ajoute ceci : pendant qu’il attend son exécution dans sa prison, Valentin se prend d’amitié pour la fille de son geôlier, laquelle était aveugle, et lui redonne la vue. Juste avant d’être décapité, il lui offre des feuilles en forme de cœur avec le message suivant : « De ton Valentin ».

Mais bien avant Valentin, il existait déjà une fête païenne célébrée à la mi-février qu’on appelait « Les Lupercales ». Pendant cette fête romaine, les adolescents devaient se soumettre à un rite d’initiation. Chaque jeune homme pigeait le nom d’une jeune fille qui lui était assignée pour l’année. En 496, le pape interdit cette fête qui était devenue trop licencieuse. Il choisit alors Valentin comme patron des amoureux et décrète le 14 février, jour de fête.

À partir de là, commencent les coutumes qui encore aujourd’hui marquent cette fête des amoureux. Cupidon, qui dans la mythologie romaine représente le dieu de l’amour, est tout désigné pour devenir le représentant de la fête. Pour ce qui est des cartes de vœux affectueux, on dit que la plus ancienne carte connue fut envoyée par Charles, duc d’Orléans alors qu’il était emprisonné à la Tour de Londres. En effet, il envoya à sa femme une carte contenant un poème d’amour. Les fleurs, de par leur beauté et leur fragilité, sont parmi les présents les plus appréciés de même que les chocolats.

Beaucoup de gens trop raisonnables déplorent la commercialisation excessive de cette fête et jugent ces manifestations « quétaines ». Moi je crois plutôt qu’on doit prendre cette journée pour ce qu’elle est : une occasion de faire plaisir, de mettre un peu de chaleur dans notre hiver. Évidemment, quand on aime quelqu’un on n’a pas besoin de date spéciale pour exprimer nos sentiments, mais la Saint-Valentin est une occasion de plus. Ce n’est donc pas négligeable. Et puis, la Saint-Valentin, ce n’est pas que pour les amoureux; quelques mots sur une carte, ça peut aussi apporter un peu de joie à un ou une ami(e) qu’on ne voit pas souvent, à une personne de notre entourage dont on connaît la solitude… Dans la vie, il ne faut pas négliger ces occasions qui apportent une petite douceur au cœur de l’hiver.

Bonne Saint-Valentin à chacun et chacune de vous!

Madeleine Genest Bouillé, 14 février 2018