Noël et les poètes

Les poètes ont chanté Noël sur tous les tons. Dans mes archives personnelles, j’ai tout plein de beaux écrits sur la fête de Noël et j’ai eu envie de vous en offrir quelques-uns en cadeau. Parce qu’il faut bien finir par se décider, j’ai choisi trois poèmes, de trois auteurs différents, mais qui curieusement, se rejoignent et me touchent. Tout d’abord, le Noël sceptique, d’un auteur évidemment sceptique. Jules Laforgue, un français, né à Montevideo en Uruguay en 1860, traîne un mal de vivre qui s’exprime dans toute son œuvre.  Lisez plutôt ce poème…

Noël! Noël! J’entends les cloches dans la nuit.
Et j’ai, sur ces feuillets sans foi, posé ma plume.
Ô souvenirs, chantez! Tout mon orgueil s’enfuit,
Et je me sens repris de ma grande amertume.

Ah! ces voix dans la nuit chantant Noël! Noël!
M’apportent de la nef qui là-bas, s’illumine
Un tendre, un si doux reproche maternel
Que mon cœur trop gonflé crève dans ma poitrine.

Et j’écoute longtemps les cloches, dans la nuit…
Je suis le paria de la famille humaine,
À qui le vent apporte en son sale réduit
La poignante rumeur d’une fête lointaine.

Jules Laforgue est décédé de la phtisie, à Paris en 1887…il n’avait que 27 ans!

Je me tourne ensuite vers une poétesse dont j’aime l’écriture et ce, depuis mes années d’étudiante. Marie Rouget, de son nom de plume, Marie Noël, est née à Auxerre en 1883 et est décédée en cette même ville, en 1967.  On a dit de Marie Noël qu’elle était « le poète du désespoir et de la foi ». J’ai choisi quelques vers d’un poème qui a pour titre Morale aux maisons trop prudentes, extrait de Le Rosaire du Jour, publié en 1930.

…Mais qui donc s’arrête ici ce soir?
Une femme passe, un vieux, un âne peureux…
Il ne reste pas de place
Sous les autres toits pour eux
Pour loger à la froidure.
Mais, ô ciel, quelle aventure!
Voici qu’en ce pauvre lieu
Ces pauvres gens sur la dure
À minuit ont couché Dieu
Dieu, le Roi des Cieux qui passe
Sa nuit sur la terre basse…

…Maisons, ce soir apprenez
À ne pas être tant pleines.
Gardez pour un Dieu nouveau-né
Qu’un pas obscur vous amène
Gardez un vide, un endroit…
Gardez un petit espace,
Ô maisons, pour Dieu qui passe.

De Jean O’Neil, un de mes auteurs québécois préféré, j’ai gardé plusieurs poèmes de Noël. La plupart sont tirés du livre qui a pour titre Hivers. Celui que je vous offre s’appelle tout simplement Joyeux Noël!

Noël a mis sa robe blanche
Et de la neige à la fenêtre
Pour un petit qui vient de naître
Car son étoile entre les branches
Dit que l’espoir est un berceau
Perdu dans l’univers immense
Qui s’enfuit hors de toute science
Telle entre les doigts passe l’eau.

Oui, Noël revient en décembre
Avec ses chants et ses lumières
Avec sa dinde et ses tourtières
L’enfant sourit dans l’antichambre
Où les pauvres sont endormis
Sans leurs agneaux, et sans chameaux
Klaxons remplaçant les grelots
Les grands rois viendront en taxi!

Salut Joseph! Salut Marie!
Grand merci d’être au rendez-vous!
Vous n’avez pas changé beaucoup
Entre le bœuf et l’âne gris
Nous sommes aussi revenus
Nous retremper dans la légende
Comme des enfants qui quémandent
Tellement ils se sentent nus.

L’entropie dégrade nos vies
Et elle gruge notre foi
Autant le quotidien déçoit
Autant la moindre fête nous ravit.
Toi, Noël, au bout de nos peines
Tu promets que tout recommence
À la fontaine de Jouvence
Où l’amour est à prix d’aubaine.

Et voilà!  On n’y peut rien. Noël, c’est le rendez-vous avec ce petit enfant dont on parle encore depuis plus de 4,000 ans!  Il ne faut pas le laisser passer tout droit.  Gardons-lui un petit espace dans notre maison, dans notre fête, dans notre vie. Je termine avec les paroles du refrain du chant de l’Avent de cette année : « Oui, nous t’attendons, toi, le Fils de Dieu. Viens combler nos cœurs d’amour et de pardon.  Oui, nous t’attendons. »  Une autre façon de dire : « Venez Divin Messie! »

 Heureuses Fêtes à vous qui me lisez!

© Madeleine Genest Bouillé, 11 décembre 2018

Ces « Jean » que je préfère…

Non, je ne vous révèlerai aucune nouvelle scandaleuse…  pas non plus de squelette dans le placard! Je veux seulement vous parler de mes auteurs préférés. La liste serait longue de ces écrivains qui meublent mes loisirs de leurs œuvres littéraires: roman, poésie, histoire, bandes dessinées, enfin de tout! Je m’en tiendrai seulement aux écrivains québécois, plusieurs noms me viennent à l’esprit; parmi les anciens, je cite Marie-Claire Daveluy (qui a bercé mon enfance avec ses personnages sortis tout droit de notre manuel d’Histoire du Canada), Adjutor Rivard, Félix-Antoine Savard, Pamphile Le May. Plus tard, j’ai lu et relu les œuvres de Germaine Guèvremont, Gabrielle Roy, Félix Leclerc et combien d’autres!

De cette liste d’écrivains talentueux, deux noms retiennent mon attention; tout d’abord celui de Jean Provencher, un historien qui selon moi rend l’Histoire aussi passionnante qu’un roman, et ça c’est un tour de force! Le deuxième, ou plutôt je dirais « ex-aequo », c’est Jean O’Neil, un journaliste aux multiples talents. Un auteur qui dans un même livre peut nous entretenir d’histoire, de géographie, de politique même, tout en glissant ici et là quelques poèmes qui parlent d’amour… le tout assaisonné d’un brin d’humour! Ces deux auteurs, chacun à sa façon, nous instruisent sur l’histoire du Québec, sa géographie, ses coutumes, ses Grands hommes et ses Grandes dames, et plus encore, ils nous font aimer ce pays qui est le nôtre!

Je vous parle tout d’abord du plus jeune, Jean Provencher. Né en 1943, un contemporain donc. La liste de ses œuvres est impressionnante!  Dans sa biographie, je lis qu’il a été le premier biographe de René Lévesque. Avec Luc Lacoursière et Denis Vaugeois, il est aussi l’auteur en 1968 du premier manuel d’histoire utilisé dans les polyvalentes. En 1996, il a participé à l’élaboration d’un nouveau programme du cours « Histoire du Québec et du Canada ».

Jean Provencher (photo: R. Boily, Le Devoir).

Seulement pour son ouvrage Les Quatre Saisons dans la vallée du Saint-Laurent, Jean Provencher a reçu en 1989 le Prix Sully-Olivier de Serres. On dit qu’il est le seul au Québec et au Canada à avoir reçu ce prix depuis Germaine Guèvremont qui s’est mérité ce prix Français en 1946 pour son roman Le Survenant. Toujours pour son livre sur les saisons du Québec, il se mérite en 1989 le Prix de l’Union des éditeurs de langue française du Québec, de France, de Belgique et de Suisse. Lors de la parution des « Quatre saisons », chacune faisait l’objet d’un livre, alors que maintenant, les quatre parties de l’œuvre sont réunies en un seul volume de 590 pages. Ce n’est pas qu’un livre, c’est un monument! Un monument à la gloire de cette Vallée du Saint-Laurent qui, à mon avis, est le plus beau pays du monde.

En 2013, j’ai eu le plaisir de recevoir en cadeau ce livre dans lequel à chaque saison, je retourne puiser quelque bribe d’histoire, qu’il s’agisse de température, d’habitation, de travaux ou de fêtes; tout est là! J’ai aussi, du même auteur, L’histoire du Vieux-Québec à travers son patrimoine, livre paru en 2007. Pour cet ouvrage, Jean Provencher a obtenu en 2009 une Mention d’honneur dans le cadre des Prix du patrimoine de Québec. C’est un autre trésor de ma bibliothèque, où il a sa place entre Les Quatre Saisons dans la vallée du Saint-Laurent et Les Gouttelettes, recueil de sonnets de Pamphile Le May, paru en 1937.  En 2011, à l’occasion des Journées de la Culture, notre bibliothèque locale a eu  le privilège de recevoir Jean Provencher, pour une conférence sur « Les saisons en 1900 ».  Avec un tel conférencier, le temps passe et on ne s’en aperçoit pas!  Cette soirée du 1er octobre 2011 demeurera selon moi, une des plus belles activités culturelles de la Biblio du Bord de l’eau!

Mon deuxième Jean est né le 16 décembre 1936, à Sherbrooke, si j’en crois les  références biographiques que j’ai trouvées sur Internet. Mon deuxième favori a donc l’âge vénérable de 81 ans et demi! J’ai aussi appris qu’il vit depuis plusieurs années à Paris. Il a commencé sa carrière comme journaliste  en 1958.  À compter des années 60, il a aussi été agent d’information au ministère des Affaires Culturelles, des Affaires Intergouvernementales, de l’Éducation, de la Santé et des Services sociaux ainsi qu’à l’Office de la langue française. Si je comprends bien, on se l’arrachait! Malgré ses commentaires pour le moins, acérés, surtout quand il est question de politique, Jean O’Neil a un style unique, agrémenté d’une bonne dose d’humour et parsemé de poésie.  Ai-je besoin d’ajouter que c’est justement le genre d’écriture qui m’accroche? Les livres de Jean O’Neil sont des livres qu’on relit, et pas rien qu’une fois! J’en ai quatre et je les ai lus plusieurs fois chacun: Le Fleuve, sûrement mon gros coup de cœur, Le Roman de Renart, une fable que M. de La Fontaine n’aurait pas reniée, Les Montérégiennes et Mon beau Far-Wes»… mais ma collection ne s’arrêtera pas là, je vous l’assure!

Faites comme moi, profitez des grosses chaleurs pour lire… ce n’est pas fatigant et c’est le plus beau passe-temps qui soit!

© Madeleine Genest Bouillé, 5 juillet 2018

Félix l’a si bien dit…

Novembre, ce n’est pas un mois ordinaire; disons que malgré sa triste apparence, je lui trouve un certain charme. Un charme un peu fané, comme les fleurs séchées qu’on garde en souvenir entre les pages d’un livre… Je lis beaucoup; à la bibliothèque, je choisis parfois des livres d’auteurs que je ne connais pas, il m’arrive ainsi de faire des découvertes intéressantes, d’autres par contre sont décevantes. Mon choix est souvent dicté par un titre qui m’accroche, comme celui-ci par exemple : Zut! J’ai raté mon gâteau, un  roman lu récemment et qui s’est avéré très intéressant. Mais j’aime de temps à autre, me replonger dans mes vieux livres, dont ceux de Félix Leclerc, Adagio, Andante et Allegro. Ces lectures m’amènent invariablement au très beau texte intitulé « Les matins », dans Andante,  paru en 1944. Dans ce long poème en prose, Félix fait le tour de nos quatre saisons, qu’il préfère diviser en matins de cinq couleurs différentes, or, gris, blanc, noir et rouge. Pour exprimer ce que je ressens en ce mois de novembre, je vous cite quelques extraits des « matins gris ».

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« …Puis viennent les pluies d’automne, l’approche de la Toussaint, de l’Armistice. Ce sont les matins gris. Il faut faire un effort pour sortir du lit, pour sortir de la maison, pour sortir de la ville. Le ciel est sale… Il pleut lentement, quelques gouttes à la fois, tristement, sans arrêt. On a enlevé les jalousies vertes et on a posé les châssis doubles. On cache les vêtements d’été. C’est l’hiver qui vient. À quatre heures de l’après-midi, on allume les lampes, on évite la solitude. On se veut tous ensemble. On fait de la musique.  On se réunit le soir pour parler. Dans les hôpitaux, les malades disent aux gardes : « Reculez-moi de la fenêtre ». Il fait froid, on fait du feu. On pense à ceux qui coucheront dehors ce soir. On est résigné parce qu’il le faut bien, parce que c’est le mois de novembre. Le vent souffle, la vie est dure, c’est la montée. Plusieurs n’ont pas le courage de suivre, c’est pourquoi le mois des morts a été placé là. »

2012-01-18-065C’est bien vrai, novembre, ce n’est plus le bel automne flamboyant. Pendant quelques jours encore, selon les caprices de Dame Nature, les mélèzes seront les seuls, avec les bouleaux et les trembles, à nous offrir leur participation au festival des couleurs. Ils apporteront leur touche de vieil or, pour nous faire accepter en douce le passage à la dernière étape. C’est un « entre-deux », une espèce de temps suspendu. C’est important dans le calendrier des jours et dans celui de la vie aussi, ces étapes « entre-deux ». Ça nous empêche d’aller plus vite que les violons. Tout va tellement trop vite dans ce siècle qui se prend pour un autre, parce qu’il est le 21e ! On pousse sur les enfants pour qu’ils deviennent au plus vite « autonomes »… plus tard on se plaindra qu’on les perd de vue trop tôt. On ne prend plus le temps de penser, de réfléchir. Il faut aller vite, on est toujours rendus deux saisons plus loin, quitte à en perdre des bouts.

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J’essaie de prendre le temps de vivre chaque saison – celles de l’année et celles de la vie – avec ce que chacune a de particulier. Ainsi, novembre avec ses beautés, plus subtiles, moins éclatantes, mais bien présentes quand même. Surtout que les soirées sont plus longues, il faut en profiter;  il y a plein de choses à faire.  Ce n’est pas encore l’hiver avec son décor blanc et ses garnitures des Fêtes… mais on peut commencer à s’y préparer, c’est pour bientôt!

© Madeleine Genest Bouillé, 6 novembre 2016

Un livre qui a quelque chose à dire…

Il y a des moments dans la vie où l’on a besoin de se plonger dans un livre qui a quelque chose d’important à nous dire. Ce qui est le cas ces jours-ci. Je cherchais… et je me suis rappelé ce petit livre d’Éric-Emmanuel Schmitt, Oscar et la dame rose. J’ai lu plusieurs livres de cet auteur qui nous fait voyager avec des personnages très différents les uns des autres, dans différents pays, à différentes époques. Le moins qu’on puisse dire est que c’est un excellent auteur, dont les œuvres ne peuvent laisser personne indifférent. Parmi les auteurs contemporains, Eric-Emmanuel Schmitt est l’un de ceux que je préfère avec ses histoires pas comme celles de tout le monde, je cite entre autres : La part de l’autre, L’enfant de Noé, Ma vie avec Mozart ou encore Concerto à la mémoire d’un ange. La première fois que j’avais lu Oscar et la dame rose, il m’avait été prêté par une amie, une fille « pas comme tout le monde », elle non plus.

Au départ, le sujet du livre ne m’attirait pas du tout. Je n’aime pas les histoires de personnes atteintes de maladie incurable et justement, Oscar est atteint de leucémie en phase terminale, alors, non, ce n’est vraiment pas « ma tasse de thé »!

J’avais donc au départ une opinion défavorable. Mais le livre m’avais été offert avec un si gentil sourire : « Tu vas voir, ce n’est pas ce que tu penses. » Je l’ai lu, en trois fins de soirée, plus longtemps le dernier soir, car je relisais certaines pages plus touchantes, la boîte de kleenex pas loin… Et oui, j’assume mon prénom!

Je n’ai jamais lu de livre aussi plein de vie, d’espoir. Je le conseille à tout le monde : malades ou bien portants, jeunes et moins jeunes, croyants ou non. Si on ne l’a pas à votre bibliothèque, demandez-le, on se le procurera, ou bien achetez-le, on le trouve dans toutes les librairies et c’est un livre  que vous ne lirez pas qu’une seule fois!

IMG_20160711_0001Oscar et la dame rose, c’est un livre qui fait du bien. C’est doux comme la première neige ou comme l’herbe tendre du printemps, selon ce que vous préférez. Mais aussi c’est fort, ça vous bouscule comme le vent de nordet dans les hautes mers du printemps. C’est vif et ensoleillé, et c’est serein… comme un beau clair de lune sur le fleuve en été.  Parfois, vous riez… et vous avez en même temps les yeux pleins d’eau. Je vous le redis : lisez Oscar et la dame rose… Vous m’en donnerez des nouvelles!

Je vous laisse avec quelques réflexions d’Oscar :

« La plupart des gens sont sans curiosité.  Ils s’accrochent à ce qu’ils ont, comme le pou dans l’oreille d’un chauve. »

« Les gens craignent de mourir parce qu’ils redoutent l’inconnu. »

« Il n’y a pas de solution à la vie sinon vivre. »

« La vie c’est un drôle de cadeau. Au départ on le surestime : on croit avoir reçu la vie éternelle. Après, on le sous-estime, on le trouve pourri, trop court. Enfin on se rend compte que ce n’était pas un cadeau mais juste un prêt.  Alors on essaie de le mériter. »

Et cette réplique de la « dame rose » : « Chaque fois que tu croiras en Dieu, il existera un peu plus. Si tu persistes, il existera complètement. Alors il te fera du bien. »

 Bonne lecture!

© Madeleine Genest Bouillé, 11 juillet 2016

De poèmes en Histoire…

photos jacmado 270809 162Si Deschambault est aujourd’hui salué surtout par maints photographes et artistes en arts visuels, il a jadis inspiré plusieurs auteurs. D’abord, Albert Ferland, auteur québécois né en 1872, et qui s’est fait connaître par ces œuvres : Mélodies poétiques, publié en 1893, Femmes rêvées, en 1899 et plusieurs fascicules, intitulés Le Canada chanté, entre 1908 et 1910. Dans un poème intitulé Visage du Pays dans l’aube, dont je cite un court extrait,  ce poète et dessinateur autodidacte, chante les beautés du fleuve, entre Deschambault et Lotbinière :

Visage du pays dans l’aube, je te chante
Je vous aime, ô caps bleus qui semblez dans l’attente
Du baiser du jour clair et des reflets de l’eau;
Vers vous, bords endormis, vole ce chant nouveau.
Salut, clochers muets qui guettez la lumière,
Vous dont le jet d’étain pointe sur Lotbinière,
Et vous, gravement gris sur ce cap sombre et beau,
Surgis parmi les pins, clochers de Deschambault!…

Bernard Courteau, auteur dont la famille est originaire de Deschambault, a publié plusieurs livres sur Émile Nelligan, sa vie et son œuvre. Dans un recueil de poésie  intitulé Les Labyrinthes, publié en 1975, il dédie « à son père » ce beau poème :

Lorsque sur Deschambault, les grands vents voyageurs
Grondent dans des brouillards que les rochers grafignent
Ou que les pluies d’hiver viennent tendre leurs lignes
Entre le phare et l’aube en de vagues blancheurs

photos jacmado 270809 149Qui dérivent sans bruit vers la nuit des falaises
Mon village est navire et porte les antans
Gestes faits de sagesse, au sein de ses haubans…

Inondant la batture en buissons de feu frais,
En amont des midis mon village est forêt
Où l’enfance est feuillage et les vieux sont racines.

Vers la fin du XVIIIe siècle, Charles-Denis Dénéchaud, alors curé de Deschambault, avait composé des vers qui, d’après un critique inconnu « nous donnent une description chaste et précise  de ce beau paysage ». Le poème était écrit en latin selon une coutume du temps. Le critique mentionne que « ces vers furent d’abord assez mal traduits en français, mais que,  finalement, on les a rétablis comme suit : »

Église Deschambault - Extérieur - nb - 010K1 845Deschambault
Sur un mont escarpé que cent beaux pins couronnent
De leur feuillage épais, les ombres t’environnent.
La vapeur et les vents conduisent les vaisseaux
Sur un fleuve profond orgueilleux de ses eaux.
Sur toi, séjour heureux, souffle le doux zéphir
Pour t’orner, avec art, la nature conspire.

 Une notice suit cette page. On y apprend que « cette traduction est due à la plume intelligente de M. Jacques Paquin, prêtre, décédé en 1847 à Saint-Eustache, Bas-Canada. »

Qui était ce Jacques Paquin, prêtre catholique et auteur? Jacques Paquin, né le 8 septembre 1791 à Deschambault, était le fils de Paul Paquin, cultivateur, et de Marguerite Marcot.  Ma recherche m’a appris que c’est dans une famille de cultivateurs que Jacques  a passé toute son enfance. Son père était aussi sacristain. Le jeune Jacques ayant exprimé à ses parents son désir de devenir prêtre, en bons catholiques, ceux-ci ne s’opposent pas à ce projet. Il est donc ordonné prêtre en 1814 et en 1815 il obtient la cure de Saint-François du Lac et de la mission d’Odanak qui y est rattachée. Plus tard, on le retrouve curé à Saint-Eustache durant les troubles de 1837.

Photo: Christopher Chartier Jacques 2009, © Ministère de la Culture et des Communications.

Photo: Christopher Chartier Jacques 2009 © Ministère de la Culture et des Communications.

Jacques Paquin est l’auteur d’une brochure intitulée Journal historique des évènements arrivés à Saint-Eustache, pendant la rébellion du comté du Lac des Deux-Montagnes (Montréal 1838).

Jacques Paquin,  fils de Paul, est donc apparenté aux Paquin de Deschambault.

© Madeleine Genest Bouillé, 28 mars 2016

Mes amis, les livres! (2e partie)

Ma mère, Jeanne, et moi (été 1959).

Ma mère, Jeanne, et moi (été 1959).

Pour parler de livres, un texte, ça ne suffit pas! Tout d’abord, j’aimerais vous partager les livres préférés de ma mère, et puis, pourquoi pas aussi les miens. Ces beaux romans d’amour qu’elle lisait et relisait… les auteurs s’appelaient Magali, Claude Jaunière; il y en avait d’autres aussi dont j’ai oublié les noms. Je me souviens de quelques titres: Pourquoi lui?, Romance à Grenade, J’aimais un vagabond. Le roman qu’elle préférait entre tous était Le collier brisé de Concordia Merrel. Quelque temps après le décès de maman, j’ai eu envie de lire l’histoire de ce fameux « collier brisé ». C’est un beau livre, bien écrit, un vrai roman d’amour compliqué à souhait, mais qui finit bien! Pour maman, c’était important que l’histoire finisse bien.

L'auteure Blanche Lamontagne-Beauregard, 1889-1958.

L’auteure Blanche Lamontagne-Beauregard, 1889-1958.

Ma mère aimait aussi la poésie, elle découpait des poèmes dans les journaux et les revues et elle aimait particulièrement Blanche Lamontagne-Beauregard, l’une des premières femmes journalistes au Québec. Lors d’un voyage en Gaspésie, il y a plusieurs années, j’ai acheté un recueil de poèmes choisis parmi les livres qu’a publiés cette écrivaine que je ne connaissais que peu. Je vous ai dit dans une autre « grain de sel », combien ma mère aimait les paysages champêtres. Eh bien voilà! La poésie de Blanche Lamontagne-Beauregard, c’est une suite de paysages campagnards, en toutes saisons. Tantôt on longe le fleuve, à d’autres moments on marche dans le bois, on gravit une colline… on cueille des fleurs ou des fruits dans les champs : « Viens dans les champs fleuris, la nature t’appelle… la plaine est souriante et les bois sont joyeux. » Les poèmes sur l’automne et l’hiver sont plus nostalgiques… mais tellement beaux, tels Le Noroît : « Le noroît siffle dans les branches… Il fait bien noir, il fait bien froid… Et la nuit jette son effroi… » C’est là que j’ai découvert que j’aimais la poésie!

EmmanuelMa mère privilégiait les œuvres de Germaine Guèvremont, Gabrielle Roy, Françoise Gaudet-Smet et Antonine Maillet. De cette dernière, elle aimait surtout Emmanuel à Joseph à Davit. Ce livre est un conte de Noël. L’auteure nous raconte la venue d’un enfant, dont les parents en voyage ont dû se réfugier dans une cabane de pêcheurs au pays de la Sagouine. J’aime les livres d’Antonine Maillet et comme maman, je préfère aussi ce merveilleux conte, l’un des moins connus parmi les livres de cette auteure.

bois-d-ebene-de-frank-g-slaughter-977591816_MLAyant commencé à lire très jeune, je lisais tout ce qui me tombait sous la main, parfois même des livres qui ne portaient pas le Nihil Obstat de l’Évêché. Quand j’ai commencé à travailler au central du téléphone, j’achetais des livres de la collection Marabout Mademoiselle, au  « petit magasin vert », (magasin de Corinne Paris qui fut plus tard repris par sa nièce, Yvette Loranger – aujourd’hui la boulangerie Au Soleil levain). Si j’en ai lu de ces petits livres! Ils ne coûtaient vraiment pas chers, alors je ne m’en privais pas. La « Chef-opératrice », comme on l’appelait, était aussi une fervente lectrice et elle laissait souvent quelques livres au central, pour la semaine « de nuit ». Étant plus âgée que moi, elle me conseillait sur ce qui me convenait ou pas. C’est ainsi que j’ai découvert les romans de l’auteur américain Frank Slaughter. Il s’agissait de traductions évidemment, mais tellement bien écrits! L’auteur était médecin, alors les principaux personnages de ses livres étaient invariablement des médecins. Les histoires variaient entre le roman biblique, dont David, qui raconte la vie du roi d’Israël, ou le roman de cape et d’épée, tel Bois d’ébène, roman d’aventures de l’époque des marchands d’esclaves. J’ai conservé plusieurs de ces romans; j’en ai relu un l’été dernier… malgré le style un peu compassé, c’est encore bien beau!

L'un de mes livres préférés: Les Quatre Saisons, de Jean Provencher.

L’un de mes livres préférés: Les Quatre Saisons, de Jean Provencher.

Il fut un temps où j’étais abonnée à un club de lecture, « Les Éditions Rencontre ». J’ai ainsi lu certains classiques : Émile Zola, Alexandre Dumas et combien d’autres. Puis j’ai fait des choix très variés. Entre Pierre Daninos, Marcel Pagnol, Daphné Du Maurier, Saint-Exupéry, Agatha Christie… et j’en passe! Je lis encore un peu de tout; étant bénévole à la bibliothèque municipale, j’ai le loisir de connaître de nouveaux auteurs, d’essayer de nouveaux genres. Récemment, ma petite-fille Marie-Claire  m’a même fait découvrir le roman fantastique avec son premier livre Le trône d’Irysie… j’ai hâte de lire la suite! Les livres que je me plais à relire sont encore mes vieux romans de Pearl Buck, Daphné Du Maurier, Gabrielle Roy; et plus que tout, Jean Provencher et ses Saisons dans la Vallée du Saint-Laurent (c’est mon livre d’Histoire!), Jean O’Neil, (lui, c’est ma Géographie)… Sans oublier mes beaux livres d’images, ceux de la collection Aux limites de la mémoire ainsi que les volumes d’Henri Dorion et Pierre Lahoud, des merveilles! Je le redis, on ne s’ennuie jamais dans une maison où il y a des livres!

© Madeleine Genest Bouillé. 29 janvier 2016

Mes amis, les livres!

IMG_20160125_0004Quand j’étais enfant, je regardais les bandes dessinées dans les journaux, surtout Philomène, ma préférée! Comme j’avais hâte d’apprendre à lire, justement pour faire connaissance avec tous ces personnages des bandes dessinées du journal L’Action Catholique! On était tellement fier quand on pouvait enfin lire un vrai livre « avec pas d’images ». Cela faisait sans doute travailler notre imagination; on se forgeait nos propres images. Quand je me rappelle mes premières lectures, je revois les volumes de l’Encyclopédie de la Jeunesse, que mon père avait achetés pour nous. Les images étaient rares; elles servaient principalement à illustrer les pages où l’on décrivait les oiseaux, les fleurs et les papillons entre autres, et sur lesquelles on se penchait longuement – ces pages ont d’ailleurs été usées plus vite que les autres! Les histoires étaient illustrées de dessins en noir et blanc au début ou à la fin des chapitres; j’ai souvenir surtout des images qui ornaient l’histoire extravagante d’Alice au Pays des Merveilles. Pendant les vacances, les treize volumes de l’encyclopédie remplissaient les moments creux des jours de pluie, ou même ceux où il faisait soleil mais où rien d’autre nous tentait que lire… et encore lire! Maman s’entêtait à nous exhorter d’aller dehors, afin de profiter du beau temps; invariablement, nous disions : « Oui… j’achève ce chapitre. Après ça, j’y vais. »

Il y en avait des livres, chez nous. Un peu partout… et un peu de tout. Nous avons commencé à lire très tôt, encouragés en cela par nos parents, surtout notre mère qui avait toujours une revue ou un roman qui attendait ses rares moments libres. Je revois très bien mes frères, Florent ou André, dans quelque recoin de la maison, de préférence dans l’embrasure d’une des larges et profondes fenêtres de notre vieille maison de pierre, un livre à la main… c’étaient nos petits salons de lecture!

IMG_20160125_0001D’après mes souvenirs, mes premiers livres ont été les volumes de la série Perrine et Charlot, de Marie-Claire Daveluy. J’ai conservé un volume de cette série qui nous transportait à l’époque de la colonisation de la Nouvelle-France, le titre est très évocateur : Charlot à la Mission des Martyrs; on y retrouvait des personnages de notre manuel d’Histoire du Canada. Parmi mes vieux trésors, il y a cet autre livre, un de mes préférés, qui a pour titre Autour de la Maison, l’auteur était Michelle Le Normand. J’avais aussi reçu en prix de fin d’année Contes et propos divers ainsi que Chez Nous, d’Adjutor Rivard, des livres de récits… j’aimais ces histoires courtes. Je me souviens du premier texte, La Maison, qui commençait ainsi : « Il y en avait de plus grandes, il n’y en avait pas de plus hospitalières… » Plus loin, l’auteur écrit : « Je ferme les yeux, et je la revois encore, la maison de nos gens, blanche dans la lumière, sur le chemin du roi ». Coïncidence, sûrement, j’ai toujours habité des vieilles maisons, elles n’étaient pas toutes blanches, mais celle où nous vivons depuis bientôt quarante-cinq ans est située sur le chemin du Roy et elle est devenue blanche depuis les années quatre-vingt!

Autour de la maison, de Michelle LeNormand, L'un de mes livres préférés...

Autour de la maison, de Michelle LeNormand, l’un de mes livres préférés…

Avec André, j’ai connu ensuite les romans scouts, deux titres me reviennent Le Prince Éric et la suite, Le bracelet de vermeil. Comme nous aimions ces histoires où l’amitié était synonyme de courage et d’honnêteté. Au couvent, nous avions le loisir de puiser dans une bibliothèque bien garnie. Comme la plupart des filles de ma génération, j’ai fait connaissance avec Berthe Bernage, auteure française, dont la série la plus connue est sans aucun doute celle des Brigitte. De cette écrivaine, j’ai quand même préféré les six volumes du Roman d’Élisabeth, que j’ai relu cinq ou six fois. À la maison, nous avions aussi des bandes dessinées, dont le premier héros fut Tintin. Mais ça se lit très vite une B.D.! Alors qu’avec un livre, on plonge, pour n’en ressortir que longtemps après, un peu abasourdi, comme après un décalage horaire, en se frottant les yeux… Quand nous étions en compagnie de nos amis les livres, il fallait nous appeler plusieurs fois pour l’heure des repas, et plus encore, pour l’heure du coucher.

J’ai neuf petits-enfants. Les trois derniers ne lisent pas encore… mais ils se font raconter des histoires par leurs parents ou par les grandes sœurs, il arrive que la même histoire soit redemandée trois ou quatre fois! Les cinq autres, âgés de neuf à presque vingt ans aiment tous la lecture. La deuxième de mes petites-filles vient de publier le premier volet d’un roman fantastique qui en comptera trois. Ai-je besoin de vous dire que j’en suis très fière?

Il y a quelques années, pour l’anniversaire de notre bibliothèque municipale, nous avons fait imprimer un signet qui porte cette phrase de Jacques Folch-Ribas : « Quand tu sauras lire, tu ne seras jamais plus seul. » Les livres sont des amis discrets, qui révèlent leurs secrets lentement au fil des pages qu’on tourne une à une… C’est vrai qu’on ne s’ennuie jamais dans une maison où il y a des livres!

© Madeleine Genest Bouillé, 25 janvier 2016

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