Ah! Que l’hiver tarde à passer…

On est déjà rendus en février! Février, étant le plus court, est un peu jaloux de ses frères, surtout de Janvier qui a l’honneur d’étrenner l’année nouvelle. Je ne sais pas pourquoi, mais quand les décorations du temps des Fêtes sont enlevées et rangées pour jusqu’au prochain Noël, la maison me paraît démunie. Aurais-je dû les garder plus longtemps? Mais voilà, je n’aime pas étirer les fêtes. Pour moi, ce serait comme vouloir porter la « robe du dimanche » jusqu’au vendredi. Je me rappelle maman qui n’était jamais pressée pour défaire l’arbre de Noël, même s’il perdait ses aiguilles, et je me cherche des bonnes raisons pour revenir au « temps ordinaire », même si je n’aime pas cette expression. Du temps ordinaire, il y en a toujours trop.

J’admets que cette année, la messe anniversaire du décès de mon frère Fernand arrivant le premier dimanche de février, nous avons donc eu un début de mois pas ordinaire. De quoi resserrer les liens, à la pensée de celui qui n’est plus. Mais, bon, comme on dit parfois, marmotte ou pas marmotte, il reste encore un grand bout d’hiver à passer. Alors autant l’occuper! J’ai donc décidé de faire du ménage dans mes paperasses, ma bibliothèque, sans oublier le coffre à jouets des petits qui grandissent, hélas, bien trop vite! Il n’y a maintenant que le plus jeune, Zachary, âgé de 5 ans, qui parfois délaisse son frère et son cousin – des « grands » de 8 ans – pour jouer avec les soldats, les animaux ou les petites autos. Encore une étape qui s’achève… Oh! Nostalgie, quand tu nous tiens!

Je me suis donc plongée dans le ménage de mon classeur… ménage jamais fini et sans cesse recommencé. Cette fois, je fais le tri des chansons. J’ai tout plein de paroles de vieilles chansons que j’ai copiées de mémoire afin de ne pas les oublier et d’autres, trouvées sur Internet. J’ai de la difficulté à jeter des chansons. Tenez, aujourd’hui, je suis tombée sur une belle mélodie de Stéphane Venne qui a pour titre Lorsque nous serons vieux. C’était chanté par Renée Claude qui avait belle voix douce. J’aime toujours les paroles de cette chanson; c’est un peu comme un credo que jadis, je me récitais pour plus tard…

« Plus tard » est venu, un peu trop vite évidemment. Ainsi, les paroles de la chanson prennent tout leur sens. Les voici :

« Quand nous serons au bout de notre route,
Mèches d’argent et rides sur le front
Que nos enfants seront mariés, sans doute
Dis mon ami, seront-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux.

Quand nous serons au bout de notre plage
Sable doré prendra couleur de gris
Ne vivant plus que pour le temps de l’âge
Dis mon ami, seront-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux.

Quand nous seront au bout de notre histoire
Comme un poème à son dernier quatrain
Sera-t-il dit que nous pourrons y croire
Dis mon ami, serons-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux,
Je crois que si, au moins, nous serons deux! »

Heureusement, oui, nous sommes deux et notre histoire n’est pas encore terminée! Il y a bien les désagréments de l’âge, et ils sont nombreux. La mécanique a des ratés; les chaleurs de l’été sont difficiles à supporter et les grands froids, comme cet hiver surtout, nous laissent transis. Ce qu’on peut être gauche quand on a les doigts gelés! Mais nous avons tout plein d’activités qui nous occupent tout en nous persuadant qu’on est encore utiles. Vraiment, je crois qu’on ne se sent pas vieillir, puisqu’on s’étonne quand on s’aperçoit qu’on est fatigué pour presque rien ou qu’on remet à demain ce qu’on devait faire aujourd’hui! On se cherche des bonnes raisons : « Je n’ai pas dormi assez… j’avais fait une trop grosse journée hier… »  Mais malgré tout, je crois qu’on vieillit moins vite quand on vit chez nous, dans nos affaires; même si ça nous prend un peu plus de temps pour faire « l’ordinaire » de la maison, comme disaient les anciens. Sommes-nous plus heureux? Je ne sais pas… Nous avons besoin de moins de choses, nous ne formons pas de projets à long terme. Et surtout, nous avons une belle famille, c’est notre plus grande richesse! Alors je crois, oui, que nous sommes aussi heureux, sinon plus!

© Madeleine Genest Bouillé, 4 février 2019

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