Construire son nid, dans les années soixante

Les années soixante! On sortait parait-il de la « grande noirceur ». On s’en allait vers de grands changements, tant du côté religieux que du côté politique et ce, pas seulement ici au Québec. Mais que nous importait le monde et ses tribulations, on se mariait! Le 24 juin 1964, qui plus est un mercredi, à 10h, sonnaient les cloches de l’église où nous avions été baptisés tous les deux quelques vingt années plus tôt. Je m’amuse à dire que nous avions choisi cette date pour être bien certains d’avoir toujours congé le jour de notre anniversaire. Ce qui n’est pas vrai du tout! Écoutant les conseils éclairés de personnes expérimentées, comme il s’en trouve toujours dans l’entourage des futurs mariés, nous avions décidé de reporter de quelques jours la date fixée depuis déjà plusieurs mois. Ceci afin de nous assurer que tous nos invités seraient forcément en vacances à la fin de juin et qu’il ne manquerait personne. Précaution superflue, qui nous a causé plus de désagréments qu’autre chose, mais passons!

IMG_20150625_0010Un autre changement très radical avait eu lieu en début d’année, alors que mon marin d’eau douce avait accepté un emploi « sur le plancher des vaches » en devenant gérant de la Caisse populaire. Notre avenir se précisait… sans crainte, nous lui faisions face avec ce qu’il nous réservait, dont surtout le fait de vivre ensemble. Car, à cette époque, le mariage marquait vraiment le début de la vie à deux, dans le quotidien, chacun assumant son rôle au meilleur de sa connaissance et se révélant avec ses petites habitudes et ses petits travers… L’amour conjugué au présent devenait l’indispensable élément de survie!

IMG_20150625_0002La belle maison victorienne où nous avons construit notre premier nid, abritait un autre logement, plus petit, et mettait aussi à la disposition des clients de la Caisse populaire le beau salon double situé à l’avant de la maison. Comme plusieurs jeunes couples de notre entourage, nous avions acheté notre mobilier chez Meubles Gaston Perron à Cap-Santé. Il y avait déjà un poêle dans l’appartement, il ne nous manquait qu’un réfrigérateur et une laveuse. Le fer à repasser, le grille-pain, les lampes d’appoint et autres éléments indispensables nous avaient été offerts généreusement en cadeaux de noces par la parenté, avec les ensembles de literie et linge de cuisine. À l’époque, un nouvel emploi ne signifiait pas nécessairement un meilleur salaire; en l’occurrence, c’était même le contraire. Nous nous sommes donc contentés d’une laveuse électrique « à tordeurs », appareil dont je connaissais le maniement puisque ma mère en possédait un semblable.

Moi et mes deux premiers fils dans notre première demeure (Noël 1967).

Moi et mes deux premiers fils dans notre première demeure (Noël 1967).

Les années soixante, je les appellerais les « années orange ». Qu’il s’agisse de la décoration intérieure, de la mode vestimentaire, tout était orange! Nous avons donc suivi le courant… le mobilier du salon de style scandinave était orange, les tentures aussi. Ce fameux style scandinave était conçu pour les grandes pièces aérées des nouveaux bungalows qui poussaient un peu partout, dans les banlieues et les campagnes. Autant les sofas à quatre places que les longs buffets se casaient difficilement dans les pièces carrées de nos vieilles demeures. C’est pourquoi, quand nous avons emménagé dans la maison où nous demeurons toujours, mon époux, devant la difficulté de placer les meubles d’une façon adéquate, n’hésita pas à scier une section du fameux sofa orange. Il reconstitua ensuite le meuble, tant bien que mal…Voilà! Il n’y paraissait que très peu, si peu!

Mais j’anticipe… Nous avons vécu sept années, dans notre premier nid. Nos trois garçons y sont nés. En 1969, la Caisse populaire a emménagé dans une bâtisse neuve, de style ultramoderne, tellement moderne, qu’on l’a remodelée au moins trois fois depuis sa construction, afin de l’adapter aux autres bâtisses de la vénérable Rue de l’église où elle est située. Deux années plus tard, notre famille déménageait ses pénates dans le « haut du village », près du fleuve, où nous avons refait le nid, en y ajoutant une petite fille. Je garde cependant de beaux souvenirs de cette première habitation, où nous avons vécu nos premières expériences, d’époux, de parents et de citoyens.

© Madeleine Genest Bouillé, 26 juin 2015

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