De Mariette… au litre en carton

Vous n’avez pas connu Mariette? Bien sûr que non, c’était la vache de mon grand-père! Jadis, il n’était pas rare de voir des gens qui, bien que n’étant pas agriculteurs, possédaient quelques animaux, soit une vache, un cochon, un cheval et parfois aussi des poules. Du moment qu’ils avaient un bout de terrain suffisamment grand et un « bâtiment » qui pouvait loger l’étable et le poulailler, ça suffisait. Du vivant de son épouse Blanche Paquin, mon grand-père, Edmond Petit le cordonnier, que tout le monde appelait « le Père Tom », avait une vache qu’il faisait paître sur le terrain qu’il possédait en bas de la côte, près de la grève. Il avait aussi des poules et un cochon, lequel disparaissait en décembre, pour revenir sur la table sous forme de rôti, boudin, cretons et autre boustifaille.

Blanche et Tom.

Blanche, ma grand-mère, qui était en même temps la cousine de son mari, avait coutume de donner des prénoms aux animaux qui faisaient partie de la famille. Ainsi, la vache – qui n’était pas toujours la même d’année en année – s’appelait invariablement Mariette, comme la chatte, qui avait pour prénom Henriette, quelle que soit sa couleur. Blanche avait un vocabulaire bien à elle, ainsi, elle faisait un dessert qu’elle appelait « des poulets à la rhubarbe ». C’est un des plus lointains souvenirs que j’ai de ma grand-mère; je croyais alors dur comme fer, que je mangeais des petits poulets cuits avec de la rhubarbe. Cette recette était tout simplement ce qu’on appelle des «  grands-pères ». Et que dire de ces dictons qu’elle nous rappelait à tout propos: « Le soleil se couche dans l’eau, il va mouiller. » « Mets pas ton chapeau sur le lit, c’est de la badluck » « Si tu sors de la maison par la porte d’en avant, reviens pas par la porte d’en arrière, tu vas être désappointé »… Après la pluie, il était interdit d’ouvrir le parapluie dans la maison pour le faire sécher, surtout pas! Car ça ferait tomber encore de la pluie! Et combien d’autres maximes, où il était souvent question de malchance!  En plus de ses nombreuses tâches, ma grand-mère tenait les comptes de la cordonnerie, car mon grand-père oubliait souvent de noter ses heures de travail. Sauf que Blanche avait la manie de rebaptiser tout le monde, donc seuls les gens de la maison pouvaient savoir qui était « Le grand Jésus de tôle » ou « Madame Pâté aux patates ». Mes tantes qui vivaient dans la même maison que mes grands-parents, avaient hérité de cette coutume d’affubler les gens de leur connaissance de noms plus ou moins gracieux. Ainsi, nous avons eu un certain temps un curé qu’on appelait « Monsieur le curé Tarte aux cerises ».  On a du Petit ou on n’en n’a pas!

Même si elle donnait des noms à tout le monde, y compris les membres de la famille, ma grand-mère n’était pas une femme joyeuse. Tout d’abord, il faut dire qu’elle travaillait  d’une étoile à l’autre. Toute menue, dotée d’un tempérament nerveux, elle mangeait et dormait très peu et elle s’inquiétait à propos de tout.  Prenant grand soin de préserver son fragile teint de rousse, elle portait été comme hiver des robes boutonnées jusqu’au cou avec des manches longues. Elle adorait son jardin et pour y travailler, elle mettait des vieux gants pour ne pas abîmer ses mains. Je n’ai jamais su de quel mal elle souffrait;  je sais seulement qu’elle est décédée à 74 ans après une longue maladie.

Après le décès de sa Blanche mon grand-père, qui avait déjà 83 ans, s’est débarrassé des animaux. Comme on dit, il avait pris un coup de vieux! C’était le début des années 50, il avait de moins en moins d’ouvrage; les chaussures s’avéraient moins résistantes, mais aussi difficilement réparables, étant le plus souvent fabriquées de cuir synthétique. La mode pour les femmes était alors aux souliers à bout pointu et à talons aiguilles… impossible d’y poser des fers, ou une nouvelle semelle. La boutique de cordonnerie était devenue surtout le lieu de rencontre des vieux amis du Père Tom : Ulric Gignac, qui a vécu au-delà de 100 ans et le voisin Narcisse Naud, qu’on appelait « le Père Nono ».  Edmond est allé rejoindre Blanche en novembre 1955, il avait 87 ans.

La boutique du cordonnier…

Adieu poules, vaches et cochon! Désormais, on achetait la viande chez le boucher et le lait, du laitier. Je me souviens du tintement des pièces de monnaies dans la pinte vide qu’on déposait sur la galerie et aussi de la bouteille pleine de lait qu’on recevait en retour, avec une bonne couche de crème sur le dessus. De temps à autre, Maman se dépêchait de ramasser précieusement cette crème épaisse et de l’utiliser pour faire son sucre à la crème. Maintenant, les supermarchés nous vendent des cartons d’un demi-litre pour la crème, qui est étiquetée « à fouetter », « à cuire » ou à je ne sais trop quoi encore… et des litres en carton pour le lait, à 1% ou 2% de gras.  Et pour finir mon histoire sur une note joyeuse, j’ajouterai que le clos où paissait Mariette est devenu une zone résidentielle où demeurent des gens qui sont sans doute très heureux de vivre ainsi tout près du fleuve.

© Madeleine Genest Bouillé, 13 avril 2019

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Jeux d’hiver 2

 Même s’il a commencé tôt,  j’ai bien l’impression que  cet hiver n’a pas envie de lâcher prise, il faudra  s’y résigner! Je me rappelle, quand on était jeunes, on ne la trouvait jamais trop longue cette saison! On s’amusait avec peu de choses. Notre vieille route, qui s’appelait encore «  la route à Morin »,  longeait un côteau, pas bien gros, juste assez pour qu’on y glisse avec tout ce qui nous tombait sous la main.  C’était cette même côte, à l’ombre du gros orme où, en été, on jouait à «  En bas de la ville »… Elle n’existe plus, on a rempli le champ marécageux  où parfois, les soirs d’hiver,  quand on ne se couchait pas à «  l’heure des poules », on pouvait voir rôder furtivement un renard; si je me souviens  bien, quelqu’un dans le coin possédait un poulailler… Enfin, un bon jour, le propriétaire de ce terrain inutile y a construit quelques maisons.

Mon frère Roger et son petit traîneau…

On avait une belle variété de «  jeux d’hiver ». Pendant que les grandes personnes faisaient du ski de fond dans les champs ou qu’elles évoluaient sur la patinoire du village, nous on glissait sur les pentes de notre côteau. Traînes sauvages, traîneaux, cartons, tout était bon; c’était bien avant les « crazy carpets ». Mes grands frères  avaient aussi  confectionné des «  traînes-fesses », qu’on appelait aussi «  branle-cul » Ce bolide était fabriqué  à partir d’un vieux ski coupé sur lequel on avait cloué une  bûche d’environ 2 pieds  de hauteur et sur cette bûche on avait fixé  une planche faisant office de siège. Ça marchait, ou plutôt, ça glissait! Cet engin n’était pas exempt de risques; la moindre bosse dans la côte nous faisait basculer, alors que le «  traîne-fesse » poursuivait sa route! Mais comme pour tous les sports, il y avait des «  pros » qui ne tombaient jamais ou presque jamais. Pour les plus jeunes, il y avait le petit traîneau sur lequel on avait cloué solidement une «  boîte à beurre » en bois. Un plus grand était alors désigné pour  faire la promenade. Même s’il manquait d’élégance, ce traîneau était solide et il devait sûrement être confortable puisque mon petit frère ne s’en plaignait jamais.  Il n’y a pas à dire, on était inventif à cette époque!

La rue Johnson enneigée en 1961 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Quand la neige était «  mottante », comme on disait dans le temps, aucun plaisir n’égalait celui  de construire un beau bonhomme de neige. Sauf peut-être celui de faire une bataille de «  mottes » de neige… Même si parfois ça tournait mal; mais ça, généralement, c’était quand les grands s’en mêlaient.  On avait construit un fort qu’on retapait à chaque bordée de neige; rendu au mois de mars, il était impressionnant! Mais voilà! La bagarre prenait entre ceux qui étaient à l’intérieur du fort – les plus jeunes – et ceux qui voulaient y entrer – les «  grands ». Habituellement, les jeux cessaient quand on se faisait rappeler que les devoirs n’étaient pas faits. Même si on tentait de négocier encore quelques minutes, ça ne marchait jamais!

Avec Colette et Madeleine, 1948 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Parlons de la pêche sur le fleuve! Quand la glace était prise solidement, aux environs du quai il y avait parfois une bonne quinzaine de cabanes, peut-être plus. Et ça pêchait! Quand on partait pour «  faire la marée », il fallait d’abord être  chaudement vêtu, surtout pour la marée de nuit; sur le fleuve, le vent vient de loin!  Le traîneau était chargé : du bois de poêle,  du foie pour appâter les lignes,  et plein d’autres accessoires, surtout un bon lunch et un «  petit remontant », quand même, dans la cabane à pêche, dès qu’on était un peu loin du poêle, c’était pas chaud!  Je n’oublierai jamais les froides nuits de pleine lune, quand on revenait, le traîneau  chargé cette fois, de  «  petites morues », comme on appelait alors  le  petit poisson des chenaux.  Il y avait quelque chose   de fantastique dans cette  randonnée sous le ciel étoilé,  avec  la glace qui craquait sous l’effet de la marée.    Vraiment, c’est quelque chose d’inoubliable!

De tout temps, il y a eu des jeux d’hiver  pour les adultes autant que pour les enfants.  Sur la patinoire de l’O.T.J. il y avait des joutes  de hockey et vers la fin des années 50, on a découvert le ballon-balai.  En plus des équipes de gars, il y avait aussi des équipes de filles. Parmi celles-ci  on retrouvait d’excellentes joueuses; entre autres, ma tante Gisèle, qui jouait à la défense. Quand elle était sur la glace, personne ne passait!  Ce sport avait l’avantage  de ne pas être dispendieux, du moins au début.  On faisait le tour du voisinage pour ramasser tous les vieux balais qu’on pouvait trouver; après les avoir coupés, on les enroulait de «  tape à hockey » et comme on dit : «  Ça faisait la job! »  Au début, garçons et filles jouaient chaussés de bottes d’hiver ou de « claques ». Ensuite, on eut l’idée de coller des morceaux de «  styrofoam » en dessous de simples espadrilles. Enfin ce sport devint lui aussi «  organisé », les joueurs et joueuses étaient alors .équipés de chaussures adaptées et de casques protecteurs, car ça peut frapper fort un ballon gelé!

Ballon-balai fin des années 60 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Évidemment l’O.T.J., comme tous les organismes bénévoles, devait faire des activités de financement. Chaque hiver, il y avait donc un carnaval, avec des duchesses commanditées par l’une ou l’autre entreprise locale.  Chaque  duchesse avait un lot de billets à vendre et le soir du couronnement, la demoiselle qui avait vendu le plus de billets devenait pour   une fin de semaine, la Reine du Carnaval!  Pour faire une belle histoire, j’ajoute ceci; une certaine  année, un   intendant  eut le coup de foudre pour sa duchesse.  Ce sont des choses qui arrivent! Comme dans les contes de fées, celle-ci fut élue reine! Après le carnaval ils ont continué de se fréquenter …si bien qu’après  quelque temps, ils se sont mariés!

Vraiment, les jeux d’hiver du temps de ma jeunesse n’avaient rien à envier aux jeux d’été!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 février 2019

Cabanes à pêche sur le fleuve, 1977 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Quand le quotidien se vivait au rythme de l’année liturgique

Aujourd’hui 25 novembre, c’est le dernier dimanche de l’année liturgique. Le « thanksgiving », le « black Friday »? Jadis on ne connaissait pas ça. Comme je l’ai écrit déjà, nous commencions le mois de novembre par la fête de tous les saints, le 1er et le lendemain, c’était le « jour des morts ».  Ce n’était pas vraiment le temps de danser des rigodons!

Le 25 novembre, c’était d’abord la fête de sainte Catherine, qui pour nous était surtout la fête des « vieilles filles ».  Quel rapport avec Catherine d’Alexandrie qui fut décapitée à cause de sa foi au Xe siècle? Je ne saurais vous le dire. Je me souviens que le Cercle des Fermières fêtait la Sainte-Catherine, avec l’inévitable tire à la mélasse, en souvenir de Marguerite Bourgeois qui, paraît-il, utilisait ce stratagème pour amadouer les jeunes amérindiennes. Albert Larieu, un français venu vivre au Québec de 1917 à 1922 et qu’on appelait le « chantre des us et coutumes », a écrit une chanson intitulée La Tire qu’on retrouve dans un des cahiers de La Bonne Chanson. Quand j’étais étudiante et que le 25 novembre était un jour de classe, mère Saint-Fortunat, la cuisinière du couvent, faisait aussi pour cette occasion la délicieuse tire qu’on étirait tant et plus et qui nous collait aux doigts. Mais quel délice!

Quand, comme aujourd’hui, le 25 novembre tombe un dimanche, on oublie un peu Catherine et on fête le Christ-Roi. Les paroles du psaume de ce jour disent ainsi : « Le Seigneur est roi, il s’est vêtu de magnificence… La terre tient bon, inébranlable. Dès l’origine, ton trône tient bon ». À la fin de la messe, aujourd’hui, nous avons chanté le beau vieux cantique en latin Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat. De plus, tout au long de cette dernière semaine de l’année liturgique, les lectures de l’Apocalypse de saint Jean nous font réfléchir à notre fin dernière. Quand l’apôtre Jean raconte ce qu’il a vu et entendu, ça m’amène à penser aux débordements de la nature qui surviennent maintenant dans toutes les zones de notre vieille terre…

Dimanche prochain, le 2 décembre, ce sera donc le premier dimanche de l’Avent. Dans le quotidien, l’avant Noël prend beaucoup plus de place que l’Avent tout court; dans mon enfance, c’était l’inverse! Maintenant, très tôt, on s’affaire aux décorations extérieures. On en profite quand la température est encore clémente et on veut que ce soit plus beau d’année en année!  Et puis, la voisine a ajouté de nouvelles illuminations… il ne faut pas être en reste! Dans ma jeunesse, à la campagne, il n’y avait que les magasins qui arboraient des décorations lumineuses, pas beaucoup, mais c’était invitant! Chez nous, on commençait à peine à mettre une couronne sur la porte de la maison et on trouvait cela bien beau! Évidemment, on ne décorait pas avant les derniers jours précédant Noël. Pour ce qui est du sapin, on allait le couper quelque part dans le bois, vers le 20 décembre et il était décoré dans la soirée du 24 décembre. C’était donc une surprise pour les enfants, quand on nous réveillait pour la messe de minuit… l’arbre de Noël  tout garni, la crèche où on venait de déposer le petit Jésus et les présents étalés sous l’arbre. Quelles merveilleuses images, quels souvenirs impérissables!

L’Avent était un temps de pénitence; que voilà un mot tombé en désuétude! Au couvent, les religieuses nous incitaient à faire de petits sacrifices pour « faire plaisir » au petit Jésus. Je vous ai parlé déjà du calendrier de l’Avent que nous avions fabriqué une année; sur une feuille quadrillée où on avait tracé une crèche, chaque carré correspondait au nombre de jours avant Noël. Quand nous avions bien travaillé, fait nos devoirs et appris nos leçons, nous pouvions colorier les carrés. La notion de mérite était toujours très présente. Maintenant, on achète aux enfants des calendriers de l’Avent, remplis de sucreries, qu’ils dégustent un jour à la fois, alors que dans mon enfance, on nous incitait à nous priver de bonbons durant cette période précédant Noël… autre temps, autres mœurs!

Quand j’étais dans les « petites classes », celles qui étaient situées au troisième étage du couvent, je croyais plus ou moins au Père Noël.  Même si, une année, je lui avais écrit et que j’avais reçu les cadeaux demandés, je n’étais pas certaine… Il y avait bien la fois où je l’avais vu en personne au Magasin de la Compagnie Paquet à Québec, mais il faut croire que le personnage n’était sans doute pas assez convaincant! Comme la plupart des enfants, je faisais une liste de cadeaux, mais à l’époque, nous n’étions jamais assurés de recevoir les présents que nous avions demandés. Il faut dire que la liste de cadeaux, ce n’était pas une commande… c’était seulement la liste de nos espoirs!

Il est vrai de dire que le quotidien se vivait au rythme du calendrier liturgique. Au temps d’hier, toutes les grandes fêtes commençaient par une messe; Noël, avec sa messe de Minuit, le Jour de l’An, où après la grand’messe, Papa nous donnait sa bénédiction. À la fête des Rois, nous avions hâte d’aller voir la crèche après la messe, car on y avait installé les Rois Mages et chaque année, pour nous, c’était nouveau; on avait hâte de les voir! Il y avait bien sûr le gâteau des Rois avec le pois et la fève… mais la joie de cette journée était quelque peu atténuée du fait que papa devait retourner à Montréal, et souvent, l’école recommençait dès le lendemain!

Sauf pour les grandes vacances d’été, nos congés scolaires étaient reliés aux fêtes religieuses. Nous avions aussi congé le jour de notre Confirmation, ainsi que lors de la Communion solennelle. Pour le temps des Fêtes, l’école finissait vers le 21 décembre pour ne recommencer qu’après les Rois, puisqu’il y avait trois fêtes religieuses. Le congé de Pâques, comprenait les jeudi, vendredi et samedi saints, ainsi que le lundi de Pâques.  Les seules fêtes civiles chômées étaient la Fête du Travail – souvent, les classes n’étaient pas encore commencées –, le lundi de Pâques et la Saint-Jean-Baptiste, où les cours étaient terminés. L’Action de Grâces a été instituée au Canada à la fin des années 50.

Nos dimanches et jours de fête se passaient entre le Gloria in excelsis Deo et l’Alleluia pascal!

© Madeleine Genest Bouillé, 26 novembre 2018

Ça se passait de même dans le bon vieux temps – 2e partie

Ah! la mode! On affiche notre âge à la façon dont on s’habille! Après mûre réflexion, j’en suis venue à la conclusion que l’automne est maintenant une saison qu’on hésite à accueillir. On dirait qu’on ne l’aime pas… Je remarque qu’on porte maintenant nos vêtements d’été tant qu’on ne gèle pas tout rond! Alors, parce qu’on ne peut pas faire autrement, on se décide à porter des vêtements qui couvre plus, qui sont plus chauds, plus adaptés à la saison. Mais on mélange tout; tenez, en fin septembre, quand les jours ont enfin commencé à rafraîchir, j’ai vu des jeunes filles et des moins jeunes, portant encore un pantalon court avec  un gros chandail, des bas de laine et des chaussures sport. Et le pire – c’est pas croyable! –, la mode a ramené les immortelles chaussettes de laine grise avec des rayures rouges… Des bas de bûcherons que les filles portent fièrement! J’en reviens toujours pas! Ah! oui, vraiment, autre temps, autres mœurs!

« Ça se passait pas de même dans le bon vieux temps! » Oh non! Au milieu d’août, on rangeait les chapeaux d’été, les souliers blancs, les robes-soleil; la mode le voulait ainsi.  Quand mon frère s’est marié, le 8 août en 1964, il faisait chaud comme c’est souvent le cas à cette date. Mais toutes les femmes présentes au mariage portaient un chapeau en velours noir ou en plumes d’une couleur assortie à la robe de soie brochée, de velours ou de lainage. Évidemment, on avait rangé les souliers blancs et les sandales… ça faisait « colon » ou « habitant »; les femmes de la ville disaient « ça fait campagne ». En matière de mode, ces mots ne faisaient pas référence à nos valeureux ancêtres, ça signifiait seulement qu’on n’était pas au courant de ce qui devait se porter pour être « up to date »! Impensable, puisque dans presque toutes les familles, on recevait les catalogues de chez Eaton, Simpson’s ou Dupuis Frères; on n’avait aucune excuse à ne pas suivre le courant, donc on le suivait.

Si je retourne en arrière, mais là, très en arrière… quand j’étais enfant, on n’était pas riche, mais notre mère avait à cœur que ses enfants ne soient pas « habillés comme la chienne à Jacques ». Tout d’abord, la robe noire que je portais tout au long de l’année scolaire me donnait le goût de me vêtir autrement à la maison, surtout le dimanche.  Même si bien souvent je portais des vêtements qui avaient appartenus à ma sœur, maman les avait patiemment refaits et ajustés à ma taille. La plupart du temps, pour les robes, habituellement cousues à la maison, on faisait un bord assez large pour rallonger le vêtement une ou deux fois. Quand on ne le pouvait plus, on posait un « rossignol », c’est-à-dire, une bande d’étoffe qu’on insérait entre la taille et le corsage. La robe était bonne pour une saison de plus. Les garçons qui grandissaient trop vite se retrouvaient bientôt avec « les culottes à mer haute ». Ils n’aimaient pas bien ça, car ils se faisaient étriver par les plus grands qui leur demandaient : « Y a t-y de l’eau dans la cave chez vous? ».  

« Ça se passait de même dans le temps… » et aussi dans la cuisine! Jadis, cuisiner était le travail qui prenait la plus grande partie du temps des ménagères. Il n’existait pas de cuisine rapide, pas de surgelés, pas d’autres conserves que celles qui étaient faites à la maison. Sitôt la vaisselle du  déjeuner lavée et essuyée, on partait la soupe pour le dîner. Et ça n’arrêtait pas! Les recettes de nos mères avaient leur franc-parler!  De la « soupe à l’ivrogne », au « bœuf du rang 3 », en passant par le « jambon du nordet » et les « œufs dans le purgatoire », on avait « la truite de la visite des États », qui n’était pas piquée des vers, et les indispensables binnes, plôrines, cipâtes et gibelottes, sans oublier les cochonnailles qui se faisaient en décembre quand on tuait le cochon et qu’on préparait la boustifaille des Fêtes. Ah! la popote du temps des Fêtes! Rien qu’à l’évoquer, on en a l’eau à la bouche: ragoût de pattes, tourtières, tartes à la « farlouche », au sucre ou aux pommes, beignes et croquignoles… Sans oublier les petites douceurs : le sucre à la crème, le fudge à l’érable et surtout le gâteau froid, fait avec des biscuits Village écrasés, du sucre en poudre, du cacao et des cerises confites. C’était ma friandise préférée.

Ma grand-mère qui avait toujours des appellations pas comme tout le monde, faisait un dessert qu’elle appelait des « poulets à la rhubarbe »; c’était un dessert d’été bien entendu, mais dans mon souvenir c’était quelque chose d’extraordinaire! J’ai su plus tard que ce qu’elle nommait ainsi était tout simplement des « grands-pères ». Mais j’étais très jeune alors et j’étais persuadée de manger des petits poulets, cuits avec de la rhubarbe. Évidemment, après les Fêtes et les Jours-Gras, venait le Carême dont j’ai parlé dans la première partie de ce « Grain de sel ».  À l’époque, ils étaient nombreux les jours « sans viande ». Il n’y avait pas que chez Séraphin Poudrier qu’on mangeait des galettes de sarrazin. Dans le même genre, on avait les galettes aux patates, qu’on mangeait toutes chaudes avec du beurre, puis ensuite avec de la mélasse ou du sirop d’érable. Une chose était certaine, il était inutile de « farfiner », et de lever le nez sur l’un ou l’autre plat, la consigne était « tu manges ce qu’il y a dans ton assiette, ou tu vas te coucher ». Maman n’était pas une mère sévère… finalement, plutôt que de laisser un enfant aller dormir le ventre vide, elle passait en douce une « beurrée de beurre de pinottes » au jeune récalcitrant!

Les ménagères cuisinaient de manière à ne pas « jeter les choux gras ». Gaspiller la nourriture, ça ne se faisait pas.  Par exemple, les restes du rôti de bœuf du dimanche midi servis sous forme de ragoût, de hachis ou de pâté, agrémentés de légumes, surtout de patates et d’oignons, nourriraient la famille pour plusieurs repas. Ah! les patates et les oignons! Qu’aurait-on fait sans eux? Le vendredi étant un jour maigre, c’est-à-dire sans viande, le poisson était à l’honneur. Durant la saison de la pêche aux petits poissons sur le fleuve, quand on avait fait « une bonne marée », on se régalait de cette manne qui ne durait qu’un temps! Ensuite? Eh bien, on mangeait des crêpes, une omelette ou un « chiard blanc », fait de patates et d’oignons fricassés dans une sauce blanche. Une expression en usage disait que le vendredi c’est « le jour où le ventre nous retire ». 

Enfin, d’une saison à l’autre, « ça se passait de même dans le bon vieux temps »!

©Madeleine Genest Bouillé, 20 octobre 2018

Novembre, le mois des défunts

Novembre, c’était jadis le mois consacré aux défunts. D’emblée, on entrait dans le vif du sujet dès le premier jour, fête de la Toussaint. Comme son nom l’indique, c’est la fête de tous les saints, autant les inconnus que ceux qui ont leur nom sur le calendrier. Et le lendemain, 2 novembre, c’était le Jour des Morts; ce qui voulait dire, la messe obligatoire deux jours de suite; pour cette raison, nous avions congé d’école ces deux jours. Quelle qu’en soit la raison, un congé, c’est un congé et c’est toujours bienvenu. Donc, ce jour réservé aux défunts de la paroisse, l’église était parée des ornements noirs comme pour un service de première classe. Parce qu’il faut tout d’abord que je vous dise que jusque dans les années 60 ou un peu avant, il y avait trois catégories de funérailles. Pour la « Première Classe », l’église était tendue d’ornements noirs jusqu’aux fenêtres; on sortait les candélabres qui encadraient à cette époque le catafalque revêtu de son drap noir imprimé de larmes blanches. La chorale des hommes chantait le Dies Irae, Dies Illa… c’était funèbre à souhait. Et ça coûtait plus cher! Pour les funérailles de 2e classe, il y avait un peu moins de tentures noires et on ne bouchait pas les fenêtres. Je ne suis pas certaine qu’on mettait le drap très funèbre, la chorale chantait évidemment, mais peut-être un peu moins et moins fort… vraiment, je ne m’en souviens pas. Pour les funérailles de 3e classe, on plaçait un chandelier de chaque côté du catafalque, il n’y avait pas d’autres ornements noirs que ceux portés par le célébrant et je ne me souviens pas s’il y avait du chant. Madame Blandine jouait de l’orgue, de cela, j’en suis certaine, pour elle tous les paroissiens étaient égaux!

Les « anges frileux »
Dans le rituel catholique, en plus des célébrations, il y a tout ce qui entoure le Champ des morts. À commencer par les anges du Jugement dernier. Chez nous, jusque vers la moitié du XXe siècle, ces anges, qui étaient l’œuvre du sculpteur Louis Jobin, étaient installés sur les piliers qui encadrent l’entrée du cimetière. Un de ces personnages célestes tenant la balance de nos bons et de nos mauvais coups, tandis que l’autre joue de la trompette pour guider les « bons », vers le sentier du paradis. Faites de bois en 1892, ces œuvres d’art étaient évidemment devenues « frileuses »! C’est pourquoi on a décidé de les installer à l’arrière de l’église pour les préserver. Dans les années 80, mon frère Claude, décédé en 1988, avait travaillé à la restauration de ces statues; c’était, comme tout ce qu’il faisait, du travail minutieux! Pour commémorer le 300e anniversaire de la paroisse Saint-Joseph de Deschambault en 2013, deux nouveaux anges en aluminium, de facture moderne, œuvre du sculpteur Éric Lapointe, un artiste local, gardent maintenant l’entrée du cimetière. Mais voilà! Pour les regarder, il faut jouer un peu à cache-cache. Mais le jeu en vaut la chandelle!

Le cimetière des « enfants morts sans baptême »
Si vous allez au Vestiaire du Couvent, vous prenez l’allée qui conduit à l’entrée de cette pièce qui était jadis justement le vestiaire des élèves externes et qui fait face au mur du cimetière. À peu près vis-à-vis de la porte, vous voyez une ouverture qui adopte la forme des anciennes tombes. Dans mon enfance, j’avais peur de tout, y compris des morts, je n’aimais donc pas cette fenêtre découpée dans la muraille! Jadis, cette portion du cimetière n’était pas sacralisée. C’était l’endroit où en enterrait les enfants morts sans baptême. J’oserais dire que c’est la partie obscure du rituel catholique concernant la mort. On croyait alors que si un enfant mourait sans avoir été au moins ondoyé, son âme s’en allait dans les Limbes, un endroit neutre et intermédiaire, où les âmes étaient censées demeurer jusqu’au Jugement Dernier. Le concept de « Limbes » a été aboli définitivement en 2007. À ce même endroit, on enterrait aussi les suicidés et les étrangers dont on ignorait la religion. Selon ce que racontait ma mère, comme plusieurs autres coutumes, cela dépendait bien un peu de l’ouverture d’esprit du curé de la paroisse.  Graduellement, au cours des années 50, le refus d’enterrer les personnes suicidées dans le cimetière béni est devenu facultatif, selon que la personne était dépressive ou souffrait d’une autre maladie « de la tête », comme on disait alors. J’ignore en quelle année on a réuni cette parcelle de terrain au reste du cimetière; on y trouve maintenant des stèles attestant l’inhumation de plusieurs personnes à cet endroit qui fut certes dûment consacré.

La « chapelle voyageuse »
Connaissez-vous la petite chapelle dédiée à Saint-Antoine? Peut-être bien que non! Cette « chapelle voyageuse » fut érigée en 1907 sur un terrain situé juste à l’endroit où l’on entre dans la rue Janelle. Sur une photo ancienne, la chapelle est encadrée de magnifiques arbres, peut-être des chênes, je ne sais plus. Lors de la procession de la Fête-Dieu, on s’y arrêtait parfois pour une prière. Quand on a ouvert la nouvelle rue, il fallait bien déménager la chapelle, quelqu’un eut alors l’idée de la placer dans le fond du cimetière où elle servirait de charnier. L’idée était bonne. Mais la chapelle ainsi retirée était la proie des vandales, de plus, elle ne rajeunissait pas; elle aurait eu besoin de rénovations et comme on sait, les Fabriques étaient, sont et seront sans doute presque toujours à court d’argent! La petite construction a été vendue et déménagée près du fleuve, dans le bas du village… Elle y est toujours. Dans quel état?  Je ne sais pas… car si « les voyages forment la jeunesse », souvent, ils « maganent » un peu ou beaucoup la vieillesse!

Voilà! Passez un beau mois de novembre et préparez-vous à l’hiver!

© Madeleine Genest Bouillé, 3 novembre 2018

Ça se passait de même dans le bon vieux temps – partie 1

Ce soir il fait un vent à écorner les bœufs. Demain, c’est l’ouverture de la chasse aux canards. Si ça continue comme ça, la chaloupe va se faire brasser au large… Ce sera pas la première fois!  On en a vu, des matins d’ouverture où les chasseurs, le dos rond comme une chenille qui s’en va aux Vêpres, le casque rabattu par-dessus les oreilles, attendent les canards qui tardent à se montrer… Quoi? Vous n’avez jamais entendu parler de la chenille qui s’en va aux Vêpres? Ça ne m’étonne pas; cette expression me vient de ma grand-mère et c’est une des plus imagées que je connaisse. Pourtant dans la parlure des gens de par chez nous, il y en avait des images! L’une n’attendait pas l’autre. En fait, cette comparaison avec une chenille a un certain sens. Avez-vous déjà regardé avancer une chenille, une de celles qu’on appelle minou-castor? Effectivement, elle se déplace tranquillement, pas vite, en arrondissant le dos.

Pour ce qui est des Vêpres, ça, c’est une autre paire de manches. Il s’agissait de cette partie de la Liturgie des Heures qui était célébrée le dimanche soir, sauf en hiver ou, pour éviter une deuxième sortie aux paroissiens qui demeuraient loin de l’église, le curé chantait cet office vespéral aussitôt la messe achevée. Pendant la belle saison, nous retournions donc, avec plus ou moins d’ardeur, prier après le souper du dimanche. Souvent la mère et les filles demeuraient à la maison pour faire la vaisselle, si bien que l’assistance était composée surtout de dames et demoiselles d’un âge certain, d’enfants impatients de retourner jouer et de pères repus, baillant aux corneilles, parfois même cognant des clous! La fatigue de la journée, la digestion laborieuse ou la perspective de commencer une semaine de dur labeur faisaient sans doute courber le dos de ces bonnes gens qui se rendaient accomplir leur dernier devoir dominical! Ça se tient comme explication… les expressions de ma grand-mère avaient toujours un sens, même s’il fallait des fois faire travailler ses méninges pour le trouver!

À l’époque, la pratique religieuse ne se discutait pas, même s’il y avait beaucoup plus de « Fêtes d’obligation » et donc plus d’offices. Après le temps des Fêtes, selon le calendrier liturgique qui varie d’une année à l’autre, le Mardi-Gras était plus ou moins vite arrivé mais je vous assure qu’on le fêtait « en pas pour rire »… jusqu’à minuit, pas une minute de plus! Parce que le lendemain, c’était l’austère Mercredi des Cendres et le début du Carême. On ne nous laissait pas oublier que « Nous étions poussière et que nous retournerions en poussière ». Les sermons des dimanches du Carême, surtout si on avait un curé plutôt sévère, nous rappelaient durant quarante jours que le chemin du Ciel n’était pas une belle route asphaltée! Et les offices des Jours-Saints qui arrivaient après ces longues semaines de jeune et de privations étaient particulièrement exigeants, en plus d’être presque entièrement en latin. De plus, pour  « faire ses Pâques », il fallait tout d’abord passer par le confessionnal. Les longues files de pénitents, attendant leur tour pour rencontrer le prêtre, avaient pour effet de rallonger le temps qu’on devait passer à l’église. Vraiment, quand Pâques arrivait il y avait de quoi chanter : « Alleluia! Le Carême s’en va, on mangera plus de la soupe aux pois, on va manger du bon lard gras. Alleluia! » Les enfants s’amusaient à changer les dernières paroles de la chanson par : « du bon chocolat! ».

 

Chacune des saisons était marquée par l’une ou l’autre fête religieuse. Quarante jours après Pâques, c’était l’Ascension, « fête chômée » comme on disait, et qui avait toujours lieu un jeudi, ce qui nous valait un petit congé de quatre jours. Puis arrivait le mois de mai, le Mois de Marie! Du temps de mes années de couvent, vous pensez si on était assidues à l’église les beaux soirs de mai! En revenant, on cueillait des lilas près de la clôture du Vieux Presbytère. Et dès qu’on s’éloignait du couvent, on s’épivardait un peu, en virant les cantiques à l’envers : « Ave Maris Stella, des springs, pis des matelas… » Quels beaux souvenirs! La plus grande fête religieuse de l’été, c’était la Fête-Dieu; on appelait ainsi la fête du Saint-Sacrement, dernier dimanche avant qu’on tombe dans le temps liturgique dit « temps ordinaire ». À la fin de la messe, si la température le permettait bien entendu, le curé allait revêtir la belle chasuble dorée tandis que quatre messieurs, généralement des marguilliers, sortaient le dais sous lequel se tiendrait le célébrant portant l’ostensoir. Tout le monde sortait sur le perron de l’église et après avoir établi l’ordre de marche, la procession s’ébranlait. Si je me souviens bien, les enfants de chœur et les élèves du couvent, portant des bannières richement brodées, précédaient le célébrant tenant précieusement l’ostensoir, accompagné d’un servant de messe qui s’occupait de l’encensoir. Ensuite venaient les chantres, puis les fidèles, hommes et femmes séparément bien entendu. Évidemment, nous n’étions pas tous aussi pieux, même si nous en avions l’air… Exemple : comme nous étions fières, nous les jeunes filles, quand on pouvait étrenner un chapeau neuf ou une nouvelle robe à la Fête-Dieu! La procession marchant d’un pas assez lent s’arrêtait à un endroit, prévu à l’avance, où les habitants de la maison avaient préparé le reposoir. La famille qui avait l’honneur de recevoir le Saint-Sacrement se faisait un devoir de décorer de fleurs et de feuillage la galerie et la table recouverte d’une nappe immaculée où serait déposé l’ostensoir.

Et ainsi le calendrier égrenait ses jours et ses mois, entrecoupé de fêtes et d’événements, jusqu’au au retour de l’automne avec l’année scolaire qui recommençait… Les feuilles tombaient, la température refroidissait, puis un bon vendredi soir où il faisait un vent à écorner les bœufs, c’était justement la veille de l’ouverture de la chasse aux canards…

 

© Madeleine Genest Bouillé, 21 septembre 2018

De portraits en chansons…

Je fouille dans mes albums de photos, je cherche quels portraits je pourrais bien vous présenter. J’ai très peu de photos des amies de mon enfance et de celles avec lesquelles j’ai « jeunessé ». Leur photo, elle est dans ma mémoire et ne s’en effacera jamais!

Me voici donc rendue dans mes années d’étudiante au couvent… je cherche. Je regarde les photos de groupe dans l’album du Centenaire en 1961 Je tombe sur une photo prise lors d’une fête qui avait eu lieu en mai ou en juin, avant la fin des classes. Je ne sais pas ce qu’on fêtait, plusieurs groupes d’élèves sont vêtues comme pour une mascarade. La photo qui date de 1953 est tellement mauvaise qu’on peut à peine distinguer les visages. Je me souviens vaguement que j’étais déguisée en servante noire; la scène se passait en Afrique. Nous avions fabriqué un éléphant avec des sacs de jute rembourrés de papier et nous devions le tenir pour qu’il ne tombe pas! C’est tout ce dont je me rappelle. Mon maquillage fait de suie coulait sur ma figure et sur mes bras, tachant ma robe. Pour donner un air de fête à cette journée qui devait être mémorable, on nous avait dit de venir en classe avec une robe ordinaire. Moi, j’avais choisi ma belle robe en taffetas à carreaux rouges… quelle mauvaise idée! Pas de photo, mais un souvenir ineffaçable!

Faute d’images, je peux toujours rappeler quelques-unes des chansons qu’on chantait pendant les récréations. Il y avait toujours des chansons. Même si je n’ai pas de photos des événements, ces souvenirs en musique me rappellent les compagnes avec lesquelles je chantais en chœur. Une des plus connues, et peut-être des plus chantées, est sans nul doute Les cloches du hameau, avec ses « tra, la, la » au refrain, que tout le monde reprend en chœur. Cette mélodie me ramène à ces derniers jours de classe, en juin; la période des examens approchait et nous avions parfois la permission d’aller dehors pour étudier… c’était à l’époque où nous portions encore la robe noire à manches longues, qui n’était pas vraiment une robe d’été!

La période d’études était entrecoupée de chansons, poussées à tue-tête, et il me semble entendre notre chœur improvisé : « Les cloches du hameau, chantent dans la campagne, le son du chalumeau égaye la montagne. On entend… les bergers… chanter dans la prairie, ces refrains si légers qui charment leurs amis ».  Et on entonnait les « tra, la, la» allègrement, avec les voix d’alto qui s’ajoutaient et faisaient un effet si joli!

Voici un chant qui évoque les camps d’été de la Jeunesse Étudiante Catholique, (JEC). En septembre, les grandes qui avaient assisté au camp, avaient toujours de nouvelles chansons à nous apprendre. Il n’y avait rien qui me plaisait plus que d’apprendre une nouvelle chanson! Je suis certaine que vous allez avoir envie de fredonner avec moi  La Bohême : « Chante et danse la Bohème, Faria, Faria-oh… Vole et campe où Dieu te mène, Faria, Faria-oh! Sans soucis au grand soleil, coule des jours sans pareils… Faria… Faria… Faria oh! »

 L’avant-dernière ou la dernière année, la chanson à la mode était Belle alouette grise. Elle avait d’ailleurs été publiée dans un des derniers cahiers de La Bonne Chanson. Il s’agit d’une histoire ancienne, avec un marin qui veut marier la fille du Roi. Quand le Roi répond « Petit marin, tu n’es pas assez riche », celui-ci répond : « J’ai trois vaisseaux dessus la mer jolie. L’un chargé d’or, l’autre d’argenterie, et le troisième pour promener ma mie ». Le Roi se ravise alors et lui dit : « Petit marin, tu auras donc ma fille! ». Le marin  voulant avoir le dernier mot répond : «  Sire le Roi, je vous en remercie. Dans mon pays, il y en a de plus jolies! » Alors on chantait allègrement en chœur, voix d’alto comprise : « Va, va ma petite Jeannette, va, va, le beau temps reviendra…. »

Plusieurs portraits défilent dans ma tête au rappel de ces chansons. Nous étions heureuses et nous ne le savions pas!

© Madeleine Genest Bouillé, 3 août 2018

L’école avant les polyvalentes et les cégeps

Je reviens souvent sur le temps où j’étais étudiante. Mais je me rends compte, comme ça en passant, qu’il y a maintenant plus de cinquante ans que la centralisation des écoles a bouleversé les villages en y introduisant des autobus scolaires, et en y construisant les écoles les plus affreuses de tous les temps! Il y a aussi 50 ans et plus que les polyvalentes et les cégeps ont été créés. Le temps passe… et les polyvalentes ont eu le temps de devenir des écoles secondaires et les premiers diplômés des cégeps sont maintenant à la retraite!

Je comprends pourquoi, quand je parle du temps de mes études au Couvent de Deschambault, j’ai l’air de sortir d’un autre siècle. Je sors effectivement d’un autre siècle! Alors, une fois pour toutes, je vous raconte ce qu’était l’école au temps du « Département de l’Instruction publique de la province de Québec ».

Comme j’en ai souvent fait mention, j’ai fait mes études au Couvent des Sœurs de la Charité de Québec à Deschambault, de la 3e à la 11e année.  J’avais tout d’abord fait une année dans une classe privée, où l’on nous donnait des rudiments de lecture, écriture et arithmétique, sans oublier le catéchisme, ce qui nous permettait de faire notre Petite Communion. Pour la dixième, ou vingtième fois, je le redis : moi, j’avais surtout hâte de pouvoir lire les bandes dessinées dans le journal, surtout « Philomène ». Cette première année a eu pour résultat qu’on m’a classée en 3e année dès mon arrivée au couvent à l’âge de 6 ans. La bonne Mère Sainte-Flavie était ébahie de mon habileté pour la lecture… Si elle avait eu l’idée de tester mes aptitudes pour les chiffres, j’aurais plutôt été placée en 2e année.

Classe de Mère Sainte-Flavie au couvent en 1961.

Pour faire le compte de mon niveau d’instruction, je dois ajouter mes trois mois à l’école Normale de Pont-Rouge. J’ai heureusement été malade, ce qui m’a obligée à faire une pause et m’a aussi donné l’opportunité de réfléchir au fait que la profession d’institutrice, comme on disait dans le temps, n’avait pour moi aucun attrait. Il faut dire qu’à la fin de ma 11e année, je n’avais que 15 ans. La plupart de mes amies s’en allaient étudier à l’école Normale, alors, pourquoi pas moi?  Comme je l’ai déjà mentionné, nous n’avions pas beaucoup d’options. Je rêvais d’être actrice, mais on m’avait prévenue que je devais oublier cette lubie.

Parlons plutôt des établissements scolaires à Deschambault. En plus du Couvent et de l’école du village, il y avait si je me rappelle bien, quatre ou cinq écoles de rang, (je ne me souviens pas s’il y avait une école au 3e Rang). Dans ces écoles, les institutrices donnaient les cours de la 1ère à la 6e ou 7e année. À l’école du village, il y avait deux classes, celle qui regroupait les filles et les garçons de la 1ère à la 6e année et la classe des garçons où l’instituteur donnait les cours jusqu’en 10e année.

Le Couvent était d’abord un pensionnat où on retrouvait des jeunes de toutes les régions du Québec. On y accueillait les filles de la 1ère à la 12e année et les garçons jusqu’à la 6e année. Quatre classes se partageaient les élèves pensionnaires et externes. Au 3e étage, la classe de Mère Sainte-Flavie regroupait les 1ère, 2e et 3e années. Il y avait aussi la classe des 4e et 5e et celle des 6e et 7e années. Au 2e étage, la classe qu’on appelait pompeusement l’Académie, recevait les filles de la 8e à la 12 année jusqu’en 1958, alors qu’on a supprimé la 12e. Cette classe était située derrière la chapelle.

Les finissantes de 11e année avaient accès aux études supérieures, soit à l’école Normale, l’école Ménagère ou à l’Université, quoiqu’à mon époque, la proportion de filles qui se rendaient aux études universitaires était plutôt minime. Les études coûtaient cher, les familles étaient nombreuses et il faut bien avouer que beaucoup de filles comptaient travailler « en attendant » soit le Prince charmant ou l’appel de la vocation religieuse! Je vous rappelle que j’ai terminé mes études en 1957… Heureusement pour moi, quelques mois après mon court séjour à l’École Normale, on avait besoin d’une remplaçante au Central du téléphone. C’est devenu mon métier et après quelques mois, un poste se libérait et j’y ai travaillé jusqu’à mon mariage en juin 1964, alors que le « téléphone à cadran » faisait son entrée à Deschambault en septembre de cette même année.  Heureuse coïncidence!

L’ancien couvent de Deschambault, en cours de restauration (photo: P. Bouillé, mai 2018).

© Madeleine Genest Bouillé, 19 mai 2018

Des mots…

Ah! les mots! J’aime les mots, depuis toujours je crois. Très importants sont les souvenirs que certains  mots évoquent. Par contre, il y a des mots que je n’aime vraiment pas. Par exemple, le mot « néanmoins », à mon oreille ça fait « nez en moins », donc je ne l’utilise jamais, je vais plutôt écrire « cependant ». Écrire, c’est aussi jouer avec les mots!

Un beau lundi soir, je regardais l’émission « Les Chefs ». Le plat principal que les concurrents avaient à exécuter ce soir-là, était une blanquette de veau. Si je me souviens bien, ma mère en faisait parfois. Je n’ai aucune idée de ce qu’elle y mettait, mais je me rappelle que c’était bon. Je sais surtout que j’aimais ce mot « Blanquette ».  Forcément, il y avait des morceaux de viande blanche,  il devait aussi y avoir des légumes;  les mêmes qu’on utilisait dans presque tous les mets. Dans ma jeunesse, les champignons, brocolis et choux de Bruxelles, entre autres, n’avaient pas encore fait leur entrée dans la cuisine québécoise. Les carottes, les navets, et les petits pois devaient donc faire leur possible pour mettre de la couleur dans nos plats.

Comme je n’aime pas parler (ou écrire) au travers de mon chapeau, j’ai fouillé dans La Cuisine Raisonnée, édition 1963; ce livre précieux, je l’avais reçu en cadeau de ma belle-mère qui l’offrait à chacune de ses brus en cadeau de fiançailles. À la page 168, j’y trouve donc la recette de la « Blanquette de veau ».  On prenait un rôti de veau de 2 à 3 lb coupé en morceaux et saupoudré de farine. On y ajoutait de l’oignon haché, du sel, du poivre, des fines herbes et de l’eau chaude et on laissait mijoter. Dans ce bouquin, les recettes étaient écrites avec un certain souci de rédaction. Ainsi, on lit : « Lorsque la viande est cuite, la disposer avec goût sur un plat ». On ne voit plus  de telles indications dans les recettes modernes. On devait cuire la sauce doucement jusqu’à ce qu’elle  ait la consistance désirée pour ensuite, la passer au tamis, afin qu’elle en sorte veloutée et surtout sans grumeaux! Parlant de grumeaux (un mot que je n’aime pas), ça me fait penser à la béchamel de Mère Saint-Fortunat, durant le cours de cuisine au couvent. Un autre mot magique « Béchamel »! Pourtant juste une sauce blanche, lisse et crémeuse, mais dans la cuisine du couvent, ce mot si doux, Béchamel, ça prenait un tout autre sens, c’était du grand art!

Alors que je repense à mes années de couventine, d’autres mots me reviennent à l’esprit, comme  le « Réfectoire » et le « Dortoir ». Prendre un repas  dans un « réfectoire », ça me paraissait solennel! Rien de comparable aux repas que nous prenions chez-nous, autour de la table de la cuisine, cette même table où après le souper, on faisait nos devoirs, et où ensuite on jouait aux cartes ou on dessinait…Un « réfectoire », c’était  une grande salle à manger, dès lors, c’était très différent. Forcément, on y mangeait en silence, et sûrement pas la même chose que chez nous! Quant au « dortoir », je trouvais ce mot austère. On ne pouvait pas y faire les mêmes rêves que dans une chambre à coucher ordinaire. On ne visitait jamais les dortoirs du couvent, on s’imaginait  vaguement ces espaces  où  étaient disposées des rangées de lits tous  pareils. Vraiment, je  n’enviais pas les pensionnaires  qui devaient s’habiller et se déshabiller toutes dans la même grande pièce. Définitivement, je préférais la petite chambre en haut chez nous dans notre vieille maison, et le lit où je dormais avec ma grande sœur, qui repoussait résolument mes pieds toujours gelés en hiver. La chambre était pourtant située au-dessus de la cuisine et la chaleur montait d’une petite grille où je pouvais de plus, écouter les conversations des  « grands » avant de m’endormir, ma sœur se couchant beaucoup plus tard.

Ah! les conversations des « grands »! Ce qu’ils pouvaient s’en dire des mots inconnus!  Par exemple, un soir où je ne dormais pas encore, j’entendis maman demander à Jacques, s’il avait fini ses devoirs; celui-ci répondit d’une voix excédée : « Non, j’ai encore mon devoir d’algèbre ». « Algèbre »?… j’ignorais ce que c’était, est-ce que ça pouvait avoir un rapport avec l’Algérie, qui, je le savais, était un pays?  Plus tard, j’ai appris ce qu’était l’algèbre, j’ai aussi compris  pourquoi  mon frère  n’avait pas envie de faire ce devoir;  il aurait certainement préféré aller s’amuser avec le cousin Michel!

Papa (avec sa gabardine) et Maman en 1942 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Un autre mot que j’ai mis beaucoup de temps à comprendre, après l’avoir entendu au travers de la grille, c’est « Gabardine ». Mon père finissait son congé et devait repartir tôt le lendemain; il conversait à voix basse avec maman quand celle-ci lui dit  « Vas-tu emporter ta gabardine ? ». N’ayant pas compris la réponse, j’ai donc essayé de me faire une idée de cette chose qui ressemblait vaguement à « galantine », un mets en gelée que j’aimais bien.  Mais ça ne marchait pas du tout, papa n’apportait pas de nourriture quand il s’en allait à Montréal pour travailler. Plus tard, j’ai su qu’il s’agissait du manteau imperméable, dont mon père, en homme soigné, prenait grand soin, comme il le faisait pour tous ses vêtements d’ailleurs.

Ah! les mots!  Je suis partie d’une « Blanquette », pour me rappeler la « Gabardine » de mon père, sans oublier la « Béchamel » de Mère Saint-Fortunat, en passant par le « Réfectoire » et le « Dortoir » du couvent, le tout assaisonné de problèmes « d’Algèbre ». La morale de cette histoire? Je dirais que c’est avec des mots qu’on fait des histoires!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 mai 2018

La fête des Mères et la Bonne Chanson

Beaucoup de belles chansons honorent les mères… Entre autres, dans les cahiers de La Bonne Chanson, deux mélodies ont retenu mon attention. La première qui a pour titre, simplement Maman, exprime bien l’essence de ce mot, un des premiers que l’on prononce. Autant pour « l’enfant au réveil » que rassure la voix maternelle disant: « Ne crains rien, je suis là » que pour le grand enfant aux prises avec « les ronces du chemin »; « En nos cœurs tout est las, quand la voix n’est plus là, pour dire : Ne pleure pas! » Les personnes de ma génération qui ont grandi avec les cahiers de l’abbé Gadbois, pourraient reprendre avec moi le beau refrain : « Dans la vie, le premier cri, c’est maman; le doux nid, le cher abri, c’est maman! C’est le seul amour qui jamais ne se lasse, et qu’au fond du cœur, jamais rien ne remplace. Dans la vie, qui nous sourit, c’est maman; nous console et nous guérit, c’est maman. Dans le bonheur ou la tristesse, le mot charmant qu’avec tendresse, on murmure doucement, c’est Maman! »

Les roses blanches

La deuxième chanson, Les roses blanches, c’est une belle histoire triste qui date de 1925. À cette époque, les chansons sentimentales étaient très en vogue. C’est l’histoire d’un petit gamin de Paris qui, chaque dimanche, apporte des roses blanches pour sa maman, malade, qui est sa seule famille, en lui disant: « C’est aujourd’hui dimanche, tiens, ma jolie maman, voici des roses blanches, que ton cœur aime tant. Va, quand je serai grand, j’achèterai au marchand, toutes ses roses blanches, pour toi, jolie maman. » Trois couplets décrivent l’histoire tragique de ce petit garçon, dont la mère est de plus en plus malade. Un dimanche, l’enfant se rend à l’hôpital, avec une brassée de roses blanches; à son arrivée on lui dit : « Tu n’as plus de maman »… elle est morte! Le dernier refrain nous arrache les larmes : « C’est aujourd’hui dimanche, tiens, ma jolie maman. Voici des roses blanches, toi qui les aimais tant! Et quand tu t’en iras, au grand jardin là-bas, ces belles roses blanches, tu les emporteras. »

Moi et mes trois garçons, en 1973 (©coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Plusieurs autres belles chansons ont été créées pour les mères, dont Maman, c’est toi, la plus belle du monde, qui était chantée par Luis Mariano, et Toutes les mères du monde sont belles, interprétée par Tino Rossi. Quand j’entends ces mélodies, je pense à ma mère, Jeanne, qui n’a pas choisi d’avoir dix enfants en moins de quinze ans… mais qui a accepté chacun et chacune avec tout l’amour dont elle était capable. Je pense aussi à ma grand-mère paternelle, Alvine, qui est décédée à trente-neuf ans, après seulement dix ans de mariage; elle était mère de six petits garçons, qui ont été éparpillés un peu partout étant donné que leur père est décédé quatre ans après son épouse. Ces femmes n’ont certes pas choisi leur destin. Elles s’étaient mariées par amour, sûrement, et elles faisaient confiance à la vie… Quand on parle des femmes de cette époque-là, on dit souvent qu’elles étaient des saintes.

Non, les mères n’étaient pas des saintes. Je préfère dire que ces femmes étaient des êtres de devoir, un devoir qui était surtout fait d’amour. Tout d’abord, jusqu’au milieu du XXe siècle en général, les femmes ne choisissaient pas d’être mère; elles acceptaient les enfants qui leur arrivaient, sans même avoir la possibilité de les espacer. La seule façon sûre de « s’en sauver » était d’entrer au couvent ou de demeurer célibataire. La maternité était partie prenante du mariage. D’une époque à l’autre, les femmes en sont venues à enfanter par choix; un choix qui se fait avec le conjoint, dans le meilleur des mondes.  Mais on sait aussi que « le meilleur des mondes » n’est pas le lot de toutes les mères. On en voit des exemples chaque jour sur les journaux et les réseaux sociaux. Quoi qu’il en soit, la maternité ne fait pas de nous des saintes. Autrefois, on disait que la maternité était une vocation, tout comme la vie religieuse, et certains métiers, entre autres, les métiers reliés à l’éducation ou à la santé. Par contre, une affirmation qui n’aurait pas été acceptée dans le temps, c’est que les femmes n’ont pas toutes la vocation de la maternité. À l’époque où nous vivons, le mot vocation étant beaucoup moins employé, je crois qu’il faut d’abord l’expliquer. Mon gros Petit Larousse dit que « vocation » : de vocare, appeler, est une aptitude pour un genre de vie. Je dirais donc que la vocation, c’est un appel vers un choix de vie, une façon de se réaliser, ainsi, en est-il du domaine artistique, ou des sciences.  Alors en ce sens, oui, être mère est une vocation…  une des plus belles!

Avec mon petit fils Pierre.

© Madeleine Genest Bouillé, 12 mai 2018