Ces pauvres iris!

On est en juin; malgré la température plutôt fraîche – du moins jusqu’à aujourd’hui – mes iris ont commencé à fleurir. J’aime beaucoup ces fleurs, surtout que nous en avons  beaucoup.  Tellement, qu’à chaque année à l’automne, mon mari en enlève, les replante ailleurs ou il en donne à qui en veut, quand il ne sait plus où les mettre!

Voilà qu’avec la nouvelle lune, nous arrivent des jours moroses, accompagnée de vents violents, Dame Nature est de plus en plus portée sur les débordements.  Ça fait partie des changements climatiques… on ne peut plus se le cacher! Quoi qu’il en soit, on doit se compter chanceux, nous n’avons quand même pas d’inondations, de cyclones, de tornades ou de tremblements de terre dévastateurs.

Mais les pauvres iris! Dès que le vent les secoue un peu fort, qu’importe le côté d’où il vient, mes iris se couchent… et ne se relèvent plus! La tige est pliée, il n’y a rien à faire. Il ne nous reste plus qu’à couper les malheureuses fleurs qui n’ont pas su rester debout. Parfois, elles ne sont même pas encore en pleine floraison, c’est dommage. Chaque fois, ça me désole!

Ce phénomène m’a inspirée une réflexion que je vous livre. Quand il arrive un coup dur, n’est-ce pas qu’il serait tentant de se coucher et de ne plus se relever? Ne plus lutter, ne plus souffrir, avoir la sainte paix!  Quand on n’offre plus de résistance, que peut-il arriver de pire que de rester à terre? Certains le font… c’est aussi ce que font les iris. Au premier gros vent qui les assaille, ils cèdent. Remarquez, je me disais aussi que si Jésus était resté à terre à sa première chute, peut-être qu’on l’aurait laissé tranquille, mais non, il s’est relevé, trois fois, alors on s’est acharné sur lui, et on a fini par le crucifier. Oui je sais bien, il était écrit qu’il fallait que ça se passe ainsi. Il fallait qu’il se relève, pour continuer son chemin vers le Calvaire. Il devait aussi se relever pour nous enseigner à faire de même…

La saison des iris passe très vite… c’est sûrement mieux ainsi. La tentation de tout laisser tomber quand ça va mal, il ne faut pas que ça dure. C’est normal, c’est humain et comme le disait Charles Péguy : « Seigneur, vous nous avez pétri de cette terre, ne vous étonnez pas de nous trouver terreux! »

© Madeleine Genest Bouillé, juin 2009

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« Au printemps… p’tites feuilles! »

Quand ma fille était petite, je regardais « Passe-Partout » chaque jour avec elle. Pour dire vrai, c’est moi qui aimait le plus cette émission! J’apprenais les chansons, je riais des blagues de Passe-Montagne, et comme bien des mères, mon préféré était évidemment Fardoche! J’aimais particulièrement la comptine :

Au printemps, p’tites feuilles
En été grandes feuilles
En automne, plein de feuilles
En hiver, pus de feuilles!

Et malgré la température un peu froide, on est enfin dans ce bout de printemps que j’adore : celui des « p’tites feuilles ». Les crocus sont passés, on a encore quelques jacinthes, quoique, dimanche dernier, mon petit Pierrot m’a demandé la permission de cueillir trois fleurs pour sa maman, deux jacinthes, une bleue et une blanche, et une petite tulipe en deux couleurs. Je ne pouvais quand même pas lui dire non! Surtout que c’était la fête des Mères. Quand j’étais jeune, autant à la maison qu’au couvent, on nous disait qu’un sacrifice était toujours récompensé; tenez, ce matin, une tulipe jaune est éclose! Et les autres sont sur le point de faire la même chose; comme on dit parfois, l’exemple entraîne!

Ce n’est pas la première fois que je le dis et que je l’écris : nous voici enfin rendus à ma saison préférée! J’aime tous les signes de renouveau, l’herbe tendre, les plantes vivaces qui se montrent le bout du nez, même les pissenlits, et surtout les myosotis qui poussent un peu partout. Vous connaissez leur nom en anglais? Ces petites fleurs bleues s’appellent « Forget-me-not »; n’est-ce pas charmant! Les feuilles de muguet sortent timidement de terre; je n’en ai pas beaucoup, ces fleurs dont j’aime tellement le parfum poussent bien humblement le long du solage de la maison, du côté ouest. Et bientôt ce sera le tour des lilas; comme le dit la chanson : « Quand les lilas refleuriront, au vent, les capuchons de laine… nos robes rouges, nous mettrons, quand les lilas refleuriront… Sur le tapis vert de la plaine, nous reviendrons danser en rond… Quand les lilas refleuriront, allez dire au printemps qu’il vienne! » Au temps des lilas, quel que soit notre âge, il nous arrive tout à coup une bouffée de nos 20 ans qui surgit soit un beau matin, quand on met le nez dehors, ou bien à la tombée du jour, à l’heure où les fleurs embaument si généreusement et où les grenouilles nous régalent de leur sérénade!

Célébrer l’arrivée du printemps, c’est aussi descendre sur la grève, en face de chez nous pour aller écouter la chanson des vagues, à la marée montante. Avec un peu de chance, il peut y avoir un rassemblement d’oies blanches, alors je me tiens sagement sur le balcon du chalet pour ne pas les effaroucher, quoique j’ai plutôt l’impression qu’elles se fichent pas mal de ma présence. Parfois un ou deux bateaux passent et font de belles vagues qui ne dérangent nullement les oies, lesquelles continuent leur bavardage. Après les grosses marées des dernières semaines, la grève est toute propre comme si on avait passé l’aspirateur! Non, mais que peut-il y avoir de plus beau que ce petit coin de pays, qui est le nôtre! Bien sûr, il y a la route devant ma porte, la 138. Il en passe des autos, des motos, et il va en passer encore plus dans quelques mois. On s’habitue! Et on profite des bons moments, soit tôt le matin ou tard le soir quand tout redevient calme…Voici qu’une autre chanson me vient à la mémoire : « Comme le dit un vieil adage, rien n’est si beau que son pays. Et de le chanter, c’est l’usage, le mien je chante à mes amis. »

Ai-je besoin de dire que mon souhait le plus cher est de finir mes jours chez moi? En ce sens, je rêve du jour où on mettra sur pied des services à domicile permettant aux personnes âgées relativement en bonne santé de demeurer dans leur foyer le plus longtemps possible! Je suis persuadée qu’on vieillit moins vite, quand on vieillit chez nous!

© Madeleine Genest Bouillé, 15 mai 2018

En écoutant les outardes…

Quand on sort d’un rhume de printemps, pendant un bout de temps, on n’est pas « d’équerre ». Oui, je sais, c’est pas la bonne expression, mais bonne ou mauvaise, je l’utilise, car c’est ce qui me convient le mieux actuellement. « Je suis pas d’équerre », par là je veux dire, que je suis toute croche. Pas en forme, je me fatigue vite, j’ai pas de goût pour grand-chose, alors évidemment, pour reprendre une autre expression de par chez nous, « Je suis à pic! » Ce qui s’explique peut-être par ceci : cet hiver trop long m’a maganée, et pas rien qu’un peu! Voilà, c’est dit et on peut passer à autre chose!

Au moins, la neige est pas mal toute fondue, tant sur le bord du chemin que dans l’escalier qui descend au chalet en face de chez nous. Ce chalet qui a été rénové à plusieurs reprises a une longue histoire. Ce fut tout d’abord, selon les personnes qui m’ont renseignée, soit un poulailler; un hangar ou une cabane à patates frites! Vous avez le choix. Il y a de ça entre 60, 70 ans, M. Henry Bouillé, un pilote qui demeurait au village, avait acquis cette construction pour en faire un chalet. À l’époque, l’intérieur était, m’a-t-on dit, revêtu de « Donnacona Board », matériau qui était alors très à la mode. Je me souviens de M. Henry Bouillé, son allure débonnaire, son petit sourire moqueur; il n’avait jamais l’air pressé. Je me rappelle un peu moins son épouse, une dame distinguée qui, comme toutes les femmes mariées de ce temps-là, portait le nom de son mari. On connaissait donc Madame Henry Bouillé… et beaucoup moins Olivine! À la fin de sa vie, devenue veuve, elle est allée demeurer au couvent de Deschambault, après avoir été longtemps une des bienfaitrices de cette institution qui n’a pas toujours roulé sur l’or.

Olivine et Henry avait deux filles, Simone, mariée à M. Antoine Roy, un agronome, et Colette, mariée, tout comme sa mère, à un pilote, M. Horace Arcand. Simone a eu deux enfants,  un fils et une fille, et Colette, en a eu quatre, trois fils et une fille. Le chalet était un lieu de rassemblement pour toute la famille, et on s’imagine sans peine les joyeuses rencontres entre cousins, cousines et amis par les beaux jours d’été! Jean-Paul Roy, fils de Simone, fut le dernier propriétaire issu de la famille de M. Henry Bouillé. Après être passé entre plusieurs mains, le chalet est finalement revenu à un Bouillé; lointain cousin d’Henry, le propriétaire actuel est aussi un descendant de ce Jean Bouillé arrivé à Deschambault aux environs de 1763.

Je disais donc que cet après-midi,  je suis descendue au chalet pour la première fois cette année. Enfin, je me retrouvais près du fleuve pour assister au spectacle des outardes qui jacassent groupées sur la grève, où elles tiennent de longues discussions. Tout à coup, une dizaine d’entre elles se sont envolées vers l’ouest, tandis que quelques-unes    s’obstinaient pour enfin se décider à partir vers l’est. Curieusement, un groupe de « placoteuses », se tenaient un peu plus haut que les ilets, certaines tournant le dos aux autres, tandis que trois ou quatre se détachaient complètement du groupe. J’ai supposé que ces dames fomentaient peut-être une révolution, qui sait? Pour ne pas les déranger, je suis remontée vers la maison. De retour sur ma galerie, j’ai jeté un coup d’œil vers mes voyageuses. Je voyais maintenant quatre groupes d’outardes; les deux plus nombreux se laissaient descendre au gré de la marée, en bavardant comme de raison. Un troisième groupe remontait vers le large, sans se préoccuper des autres. Celles-là avaient l’air décidé des gens qui savent où ils vont. Les quelques commères qui restaient s’en allaient à contre-courant, nageant assez près du bord; j’ai eu l’impression que leurs discussions étaient loin d’être terminées!

Et savez-vous quoi?  J’ai trouvé que ça ressemblait aux partis politiques qui ont déjà commencé leur voyage vers les élections qui seront tenues en octobre. Comme les outardes, certains politiciens se laissent porter par la marée… c’est moins fatigant! D’autres travaillent fort pour remonter le courant, quitte à être essoufflés avant le temps, tandis que certains passent un temps fou à discuter, se contredire, se reprendre, virer de bord et recommencer. Un seul groupe sera vainqueur… et les autres? Vous savez aussi bien que moi, qu’en octobre, c’est le temps de la chasse! Malheureusement, plusieurs oiseaux n’y survivront pas! Ainsi en sera-t-il de nos politiciennes et politiciens…

En écoutant les outardes… je suis passée de la fatigue de fin d’hiver, à l’histoire du chalet, pour terminer avec les prochaines élections! Et mon humeur va déjà beaucoup mieux.  Portez-vous bien, on s’en va vers le vrai printemps!

© Madeleine Genest Bouillé, 25 avril 2018

L’année sans été

Pourquoi pas une petite histoire de peur?

Quand vous lirez ceci, nous serons sans doute revenus à des températures normales de saison. Mais avouez que la première quinzaine d’avril a été vraiment désolante! On cherchait vainement des signes de printemps; il n’y en avait pas! Pourtant, notre Belle Province a connu pire! Sur Internet, dans L’Histoire du Québec – L’année sans été, avec sous-titre : La disette de 1816 – la catastrophe climatique, on lit ce qui suit : « Dans les annales météorologiques, l’année 1816 est tristement célèbre.  Il semblerait qu’une vague de froid d’une intensité peu commune avait envahi tout l’hémisphère nord, ruinant les récoltes particulièrement en Amérique du Nord… Vers la fin du XVIIIe siècle, déjà on constate de grands changements climatiques sur tout le territoire du Canada. En effet, la lente dégradation du climat a lieu à compter de la fin de ce siècle. Ce phénomène se traduit par des étés plus courts et très pluvieux, ainsi que par des hivers plus rigoureux ».

Jean Provencher, dans son livre Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, nous relate cette année 1816, qui a été vraiment néfaste pour la plupart des habitants du Québec. Il faut dire qu’en ce temps-là, la subsistance des  habitants des villes et de ceux des campagnes, dépendait presqu’entièrement des cultivateurs. Durant la saison des semailles aussi bien que durant celle des récoltes, la température du lendemain décidait de la marche des travaux de la terre.  À tout moment,  la pluie, le vent, la grêle, la gelée, aussi  bien que l’excès de soleil  pouvait tout gâcher.

Déjà en 1807, toujours selon Jean Provencher, des changements subits de températures avaient retardé considérablement la végétation dans la région de Québec. En plein cœur de l’été les arbres fruitiers, tels les pruniers et les cerisiers, n’ont pas pu donner de fleurs, faute de chaleur convenable. L’été suivant s’était révélé, par contre, remarquablement chaud.

À l’été 1816, il continue de neiger jusqu’à la fin de juin, nous dit M Provencher.  Imaginez! Nous sommes au 20 avril et les conditions atmosphériques nous virent déjà à l’envers… que serait-ce, s’il fallait qu’on nous prédise cette température jusqu’en juin! Il faut avouer que nous sommes beaucoup moins patients que ne l’étaient nos ancêtres, qui avaient un meilleur rapport avec la nature; ils avaient compris, eux, qu’on n’y peut rien!

Dans le paragraphe suivant, Jean Provencher cite un capitaine de milice, Augustin Labadie, lequel dépeint dans son langage, la situation en Beauce : « Il est de mon devoir de dire la vérité que le 7 juin, il a nègé presque toute la journée et gros vent et beaucoup de froid. Ce jour même… les habitants ont traîné du bois avec leur traîne pour se chauffer. La nège était d’un pied et demis d’épaisseur ».  Plus loin, l’auteur nous apprend que cet été-là, à la mi-juillet, les lacs situés en arrière de Baie-Saint-Paul sont toujours recouverts de glace.

Et je reviens à L’Histoire du Québec. Il y est écrit que les changements climatiques touchent d’une manière particulière les paroisses de l’est du Bas-Canada (le Québec d’aujourd’hui) et c’est ce phénomène qui explique les mauvaises récoltes un peu partout en Amérique du Nord, mais il est vrai que les effets néfastes de l’éruption volcanique du Tambora, en Indonésie, ont contribué à la disette de 1816. Enfin on a identifié le coupable!

Gillen D’Arcy Wood, un Australien, a écrit en 2015 un livre ayant pour titre L’année sans été, Tambora, le volcan qui a changé le cours de l’histoire. Dans la page de présentation, l’auteur écrit : « Un an après Waterloo, en 1816, le monde est frappé par une catastrophe restée dans les mémoires comme « l’année sans été » ou « l’année des mendiants ». Une misère effroyable s’abat sur l’Europe. Des flots de paysans faméliques, en haillons abandonnent leurs champs, où les pommes de terre pourrissent, où le blé ne pousse plus. Que s’est-il passé?  En avril 1815, Près de Java, l’éruption cataclysmique du volcan Tambora a projeté dans la stratosphère un voile de poussière qui va filtrer le rayonnement solaire plusieurs années durant. »  Ce livre qui fait le tour d’un événement à l’échelle planétaire, sonne aussi comme un avertissement : ce changement climatique meurtrier n’a pourtant été que de 2 degrés C…

Avec tout ce qui se passe de nos jours, sur notre Terre et autour, à mon humble avis, moi qui ne suis pas savante et encore moins voyante, nous sommes bien chanceux de ne pas avoir de changements climatiques plus dérangeants que la température de ce mois d’avril 2018!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 avril 2018

Réflexion devant une rose…

Les fleurs de notre parterre commencent à pendre la lippe. Les vaillants phlox résistent de leur mieux; surtout les mauves. Les roses sont presque tous fanés et les blancs s’en tirent pas trop mal, mais on voit bien qu’ils se forcent pour tenir le plus longtemps possible. Vraiment, il ne reste plus que quelques plantes robustes, qui ne fleuriront qu’à l’automne. Par contre, mon rosier de la fête des Mères, qu’on a transplanté au printemps a décidé de nous faire une surprise. Il nous avait donné une rose, au début de l’été, une seule! Ensuite, les pucerons ont ravagé le feuillage. Mais il y a quelques semaines, une nouvelle tige a poussé, ses feuilles sont magnifiques… les pucerons doivent être partis ailleurs! Et voilà qu’aujourd’hui, une rose a commencé à s’ouvrir. Une superbe rose rouge. Bien qu’encore timide, cette fleur sera, j’en suis bien certaine, notre dernière rose de l’été!

Et alors, m’est venue à l’oreille cette jolie chanson, originaire d’Irlande, The last rose of summer. La version originale (cliquez ici pour en entendre une version) est un poème de Thomas Moore, qui date de 1805; la musique serait de John Stevenson. Il y a plusieurs versions françaises de La dernière rose de l’été, dont celle du compositeur Eddy Marnay, qui était interprétée par Nana Mouskouri :

Pour entendre la version de Nana Mouskouri, cliquez sur l’image.

« Si demain tu cueilles une rose, dont le cœur est déjà fané
 Dis-toi bien que cette rose, est la dernière de l’été.
Hier encore au voisinage, fleurissait tout un jardin
Dont il ne reste que feuillage, que l’hiver brûlera demain. »

J’aime particulièrement le deuxième couplet,  que voici :

« En amour comme en toute chose, en amour comme en amitié
Si ton cœur trouve une rose, cette rose, il faut la garder.
Même si c’est la première que tu aies jamais trouvée
C’est peut-être aussi la dernière, et la vie n’a qu’un seul été. »

J’ai trouvé une autre version, celle-ci de Francis Blanche (1921-1974), un parolier français qui était aussi un acteur connu. On y ressent là aussi la mélancolie de la fin de l’été :

« Une rose que l’on cueille, la dernière d’un bel été
Une rose qui s’effeuille, avant même d’avoir été.
Plus un chant au vent d’automne, plus d’oiseaux aux alentours.
Et personne qui lui donne, la chaleur des anciens jours. »

« Une rose que l’on garde, la dernière d’un bel été.
Une rose que l’on regarde, souvenir d’un roman passé.
On retrouve un jour d’automne, la couleur de la fleur coupée.
Mais personne ne redonne son parfum à l’amour fané. »

La version qu’on retrouve dans le 7e album de « La Bonne Chanson » est d’une tristesse, comme on en voyait souvent dans les paroles des chansons d’autrefois, où il était courant de « mourir d’amour »… alors qu’il est tellement plus agréable d’en vivre!  En haut de la page, un nom seulement : F. Flotow. Est-ce le compositeur des paroles? Sans doute, puisque la musique est de J. Stevenson.  On a du moins l’avantage d’avoir la musique…

« Seule ici, fraîche rose, comment peux-tu fleurir?
Alors qu’à peine éclose, tu vois tes sœurs mourir.
En ces lieux, des hivers, le deuil sombre s’étale,
Et la brise n’exhale nul parfum dans les airs. »

« Pourquoi seule, ignorée, languir dans ce jardin?
L’aquilon t’a frappée, ne fuis plus ton destin.
Laisse-moi te cueillir, sur ta tige tremblante
Et d’amour palpitante, sur mon cœur, ah! viens mourir! »

Pauvre rose!  Elle doit vraiment regretter d’être encore là, tandis que ses sœurs sont toutes  disparues.

Toutes ces belles paroles, pour une rose! Mais, c’est la dernière de l’été… Elle mérite d’être célébrée. L’été n’est jamais trop long dans notre beau Québec. Pour beaucoup de gens, l’automne est la saison que l’on accueille sans joie. On dit « Déjà! Ça n’aurait pas pu attendre un peu! » Et puis, quand décembre approche, pour reprendre les paroles la chanson C’est la première neige : « C’est l’hiver qui s’avance et l’automne, en silence, disparaît lentement. » La fin du printemps nous réjouit, c’est l’été qui fait son entrée comme une star, escortée  de soleil et de chants d’oiseaux! Les beaux jours ensoleillés, les soirées plus longues, les vacances! Que de la joie! Par contre, quand l’hiver prend de l’âge, il ne fait rien pour qu’on le regrette. Je le comparerais à une personne qui vieillit mal, qui se laisse aller, l’humeur morose, quelqu’un qui renonce à tout ce qui peut lui rendre la vie plus douce. L’hiver s’enlaidit avant de nous quitter, vraiment il ne veut pas qu’on garde de lui quelque beau souvenir. Mais, Dieu sait qu’on a la mémoire courte… en novembre, on recommencera à se préparer à l’hiver et à souhaiter un peu de neige, pour égayer les jours trop courts!

© Madeleine Genest Bouillé, 31 août 2017

Les fruits et les gens de par chez nous!

Comme on les aime les fruits de par chez nous! Ils nous arrivent frais, ils n’ont pas subi les désagréments d’un long voyage en train, en camion ou autrement. Ils ont été cueilli hier… on les déguste aujourd’hui! La belle saison n’est pas longue, mais pour se faire pardonner d’être aussi brève, elle est vraiment généreuse.

Notre été nous offre tout d’abord les petits fruits, sans doute les plus délicieux! Fraises, framboises, bleuets et mûres… merveilles! Viennent ensuite les pommes, les prunes et tous les produits du potager, en terminant avec les nombreuses variétés de courges et citrouilles qui célèbrent à leur manière l’automne et ses couleurs! J’aime vivre dans un pays qui a quatre saisons. Je reprends les paroles de Gilles Vigneault, dans la chanson Les Gens de mon pays; on apprécie encore plus « notre trop court été », du fait qu’il est précédé de « notre hiver si long ».

Ma petite-fille Émilie au verger (Photo: ©JMontambault).

Si on me demande lequel de nos petits fruits est mon préféré, je ne suis pas capable de choisir. Je les aime tous. Chacun a sa saveur, sa texture particulière… c’est comme les gens en fait.

Certaines personnes sont comme les fraises, les petites fraises des champs. Ce qu’elles peuvent être discrètes, ces mignonnes! Il faut vraiment les chercher pour les trouver, et c’est parfois leur parfum qui nous guide. Comme ces timides qui ne se laissent découvrir que petit à petit, qui s’effarouchent si on veut aller trop vite; des êtres charmants une fois qu’on les connaît bien. Mais comme on doit user de délicatesse pour parvenir à les approcher!

Ah! les framboises! Quels merveilleux souvenirs me reviennent à la mémoire quand je me rappelle nos randonnées jusqu’au bois, avec mes frères et notre père ! C’est peut-être le plus savoureux parmi les petits fruits. Mais si les framboises sont faciles à cueillir, elles nous déçoivent souvent après. On revient du champ ou du bois avec un contenant rempli à ras bord…et quand on arrive à la maison, le contenant n’est plus qu’au trois-quarts plein, et encore : elles ont « foulé » les pas fines! De plus, elles sont difficiles à nettoyer. Il y a de ces personnes décevantes; elles promettent beaucoup, mais ne tiennent guère leurs promesses. Oh! Elles sont gentilles, aimables; toujours prêtes à dire oui si on leur demande un service, mais il ne faut pas trop s’y fier. Au jour dit, soit elles ont oublié ou elles ont un autre rendez-vous!

Parlons des bleuets. Si vous avez remarqué, les bleuets ne poussent pas dans de belles terres riches. Non, ce délicieux petit fruit, on le trouve dans les savanes, les « brûlés », les terres pauvres. Le bleuet est un fruit tout simple, solide, facile à cueillir et facile à conserver ou à congeler. Il ne perd ni sa saveur, ni sa couleur. Ainsi, les gens les plus serviables, honnêtes, ne sont pas toujours issus de milieux favorisés. Ce ne sont pas nécessairement les plus instruits, ni ceux qui nous en mettent plein la vue. Mais quel bonheur, quand on trouve un ami qui, comme le bleuet, est sincère, pas compliqué,  quelqu’un sur qui on peut vraiment compter.  C’est un vrai trésor!

Vous êtes déjà allé cueillir des mûres? C’est une entreprise risquée! Ce petit fruit s’entoure de barbelés, comme pour se défendre de toute intrusion. Pourtant, comme elles sont bonnes ces mûres! Les grains plus serrés, plus fermes que les framboises, elles se tiennent bien dans le contenant quand on les cueille; mais on en revient les doigts ensanglantés, les jambes aussi parfois. Il y a des gens comme ça. Remplis de qualités, mais d’un abord difficile, on ne sait pas trop par quel côté les approcher…de vrais ours! À peine un « bonjour » quand on les rencontre, il faut avec eux aller droit au but, sans s’embarrasser de civilités. La plupart du temps, lorsqu’on est venu à bout de franchir ce rempart souvent fait de timidité, on découvre une personne gentille, qui ne demande qu’à rendre service. Ça vaut la peine d’aller au-delà de la première impression, on y gagne parfois un ami sincère!

Ma fille Marie-Noël, en pleine cueillette! (Photo: ©JBouillé).

Cherchez bien parmi vos connaissances… Vous trouverez des petites fraises, sûrement quelques framboises, plusieurs même! Donnez-vous la peine de trouver des mûres… et je vous souhaite de trouver au moins un vrai bleuet!

© Madeleine Genest Bouillé, 2 août 2017

 

(Tiré d’un texte paru dans Grains de sel, grains de vie en 2006.)

Ah! Les framboises!

Ce soir, après le souper, mon époux est allé bravement cueillir des framboises dans le champ près de la rivière. Des vraies framboises sauvages, comme on en ramassait quand on était enfants et que papa nous emmenait avec lui dans le bois sur la côte, de l’autre côté de la voie ferrée du CN. Ça nous semblait loin; on montait dans le champ derrière notre vieille maison de pierre, on traversait le ruisseau Gignac sur le pont de bois et on continuait… Un peu plus haut dans le champ, il y avait un petit bosquet où il poussait toutes sortes d’arbres, cenelliers, trembles, cerisiers sauvages, amélanchiers – qu’on appelait « arbres à petites poires ». Et enfin, on arrivait à la « track », comme on disait. Parfois, on avait la chance de voir passer un train; on comptait les « cages », jusqu’à ce qu’enfin arrive la dernière, « la cage du Père Noël ». La petite gare était peut-être encore utilisée, mais je n’en suis pas certaine.

Le combat fait rage dans le champ! À l’arrière-scène, on voit la petite gare d’autrefois… (photo: Fernand Genest, coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Nous n’avions plus qu’à monter la côte, qui n’était pas bien raide, mais il fallait attendre les plus jeunes qui allaient à la vitesse à laquelle leurs petites jambes leur permettaient d’aller. Georges ne voulait pas passer pour un bébé; il se dépêchait et marchait à grandes enjambées, comme un homme! Roger, plus jeune d’une année, faisait de son mieux, mais son petit seau attaché à sa ceinture lui battait les jambes et il nous criait de l’attendre. Pauvre petit bonhomme! Parfois, il fallait rattacher son soulier, ou encore il perdait son chapeau, c’était toujours une aventure! Il nous ralentissait, mais jamais notre père ne réprimandait  les petits… ni même les plus grands!

Mes frères! (Coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Nous ne devions pas trop nous éloigner les uns des autres, même si le bois n’était pas très épais. Florent était le champion ramasseur de framboises! Il cueillait les fruits consciencieusement comme tout ce qu’il faisait et remplissait son contenant avant tout le monde. Heureusement! Car André et moi n’arrêtions pas de parler et de s’inventer des histoires. Nous étions des espions à la poursuite de redoutables bandits; les vaches qui paissaient au pied de la côte n’ont jamais su qu’elles faisaient partie de notre scénario. Sans s’en douter, ces pauvres bêtes jouaient le rôle des méchants! Il existait à cette époque un illustré qui avait pour titre, l’Agent X-13, et André dévorait ces petites revues. Alors on jouait aux détectives et on prenait notre rôle tellement à cœur qu’on en oubliait évidemment de ramasser les framboises. Florent nous disputait bien un peu, mais il finissait de remplir nos seaux! Il n’était pas question de revenir à la maison avec un contenant vide.

Les dangereux ennemis de nos aventures champêtres! (photo: Fernand Genest, coll. privée Madeleine Genest Bouillé)

Papa qui travaillait à Montréal, dans une fonderie, était tellement heureux quand il se retrouvait dans la nature. Il profitait de ces moments pour nous enseigner les noms des arbres, des fleurs et des fruits. Il semblait connaître tout ce qui poussait dans le bois. Quand il trouvait une « talle » de « quatre-temps » ou de « catherines », il nous les faisait goûter, tout en nous prévenant de ne goûter que les fruits qu’il nous indiquait. Je n’ai jamais trouvé le vrai nom des « catherines », petit fruit qui ressemblait aux framboises, et qui n’était peut-être qu’une variété de cette espèce. Par contre, je sais maintenant que le quatre-temps est le fruit du cornouiller. Ces petits fruits ronds d’un beau rouge orangé, sont groupés par quatre. Au printemps, les cornouillers forment un beau tapis de fleurs blanches. Papa nommait aussi les différents oiseaux qui nous égayaient de leurs chants. Nous aimions particulièrement l’oiseau des bois qu’on appelait « Frédéric » et qui a pour nom le bruand chanteur. Quand on l’entendait, on lui répondait sur le même ton: « Cache tes fesses, Frédéric, Frédéric! » Un des garçons s’amusait à siffler comme l’oiseau, si bien qu’on les prenait souvent l’un pour l’autre. Comme je marche maintenant de préférence sur les surfaces planes et solides, je n’entends plus que rarement le chant de « Frédéric ».

Mes parents, Julien Genest et Jeanne Petit (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Ah! les framboises! J’ai déjà dit que c’était le fruit préféré de ma mère. Je ne crois pas que c’était seulement à cause de sa saveur et de son parfum. Le temps des framboises, voyez-vous, c’était aussi le temps des vacances de notre père… des vacances qui passaient hélas, bien trop vite! Ce petit fruit si fragile, qui, quand on le cueille, se tasse dans le contenant, si bien qu’il baisse de moitié, c’était le symbole même de notre été, si court qu’on aurait toujours voulu le remplir à ras bord. Malgré tout, aujourd’hui encore, quand on arrive à la fin de l’été, on a toujours l’impression qu’il nous en manque un bout! Mais quand même, quel beau temps que celui des framboises!

© Madeleine Genest Bouillé, 26 juillet 2017

Le trèfle qui croyait avoir quatre feuilles

Il avait grandi dans un terrain vague, en bordure du fleuve, là où la tondeuse n’a jamais mis le pied. Il faut savoir que la vie normale d’un brin de trèfle, comme celle d’un brin de chiendent ou autre herbe du même genre, ça dure un été… à moins d’avoir la malchance de pousser sur un terrain où il y a des humains, donc des tondeuses à gazon!

champ trèfle

En ce lieu béni des dieux, en général tout poussait et vivait librement. Je dis bien « en général », car comme il y poussait aussi des petites fraises des champs, il arrivait donc que des gens viennent cueillir ces petits fruits, et en même temps quelques fleurs sauvages. Les humains, ça ne fait pas attention, ça pose leurs gros pieds n’importe où et forcément, il arrive qu’ils détruisent d’innocentes plantes qui ne leur ont pourtant jamais rien fait.

Le brin de trèfle dont je vous parle avait ceci de particulier qu’il croyait avoir quatre feuilles. Lui et ses frères vivaient tellement rapprochés les uns des autres, pour ainsi dire, imbriqués les uns dans les autres, qu’il était vraiment difficile de savoir quelle feuille appartenait à qui. Ils se balançaient tous ensemble au gré du vent, se couchant tous du même côté, pour se relever d’un même geste, comme en un ballet bien ordonné. Leurs feuilles pendaient tristement toutes ensemble sous la pluie, puis reprenaient vie d’un commun accord sous les chauds rayons du soleil. Pourquoi ce petit brin se croyait-il différent? Nul n’aurait pu le dire. Mais c’était ainsi. Et ça lui faisait comme on dit « un petit velours »!

kiosque et trèfle 2

Sur ce terrain où, je le répète, tout poussait comme au paradis d’Adam et Ève, il y avait aussi plusieurs églantiers. Un jour, une jeune fille du village vint pour cueillir des églantines, une douzaine exactement, les plus belles, bien sûr. Elle choisissait les fleurs avec grand soin et prenait bien garde de ne pas écraser les autres plantes. Elle allait légère et court vêtue comme la Perrette de la fable, sauf qu’elle était toute à sa cueillette et ne rêvait pas à d’improbables fortunes. Après avoir ramassé les fleurs dont elle avait besoin, elle se mit à chercher des fleurs de trèfle, une douzaine de blanches et une douzaine de mauves, comme le mentionnait la recette du miel de trèfle. Notre petit brin de trèfle, voyant venir la jeune fille, tentait de relever la tête afin qu’elle le choisisse, lui qui, croyait-il, possédait quatre feuilles. Il disait : « Si tu me cueilles, tu auras la chance tout au long de ta vie, penche-toi un peu plus, regarde par ici… non pas par-là, je te dis : par ici! »  Mais les brins de trèfle ont une toute petite voix et la jeune fille n’entendait rien.  Justement elle se mit à chanter une bien jolie ballade où il était question « d’une fille blonde et douce, qui aimait à se reposer dans les bois, couchée sur la mousse, écoutant les oiseaux chanter ». Les oiseaux semblaient aimer ce chant puisqu’ils l’accompagnaient de leurs trilles les plus mélodieuses.

La jeune fille ramassait toujours ses trèfles et bien entendu, quelques feuilles se mêlaient aux caboches blanches et mauves. Soudain, notre petit brin rempli de prétention se sentit frémir, puis il perdit pied et se vit soulevé par des doigts légers mais solides. Il en fut tout étourdi, il se voyait monter, monter…jusqu’au ciel, lui sembla-t-il!  Il secoua la tête, puis s’aperçut alors qu’il n’avait que trois feuilles comme presque tous ses frères. Il n’en croyait pas ses yeux et il fut tout d’abord très déçu. Mais ce qui lui arrivait était tellement extraordinaire qu’il n’eut pas le loisir de pleurer longtemps sur son sort, cette aventure lui parut même plutôt excitante. Finalement il n’était pas si malheureux que cela. Il faisait maintenant partie d’un joli bouquet rose, mauve et blanc, égayé du vert des feuilles de trèfle et d’églantines. Du haut de son perchoir, il vit tous les trèfles encore sur le sol, si près les uns des autres, qu’il était bien difficile de savoir s’ils avaient trois ou quatre feuilles.

Avant d’être déposé soigneusement par les mains de la jeune fille dans un grand sac de toile avec les autres plantes, il eut le temps de se souvenir de la vie qu’il avait menée, là en bas, tout près de ses semblables. Il se rappela la force du lien qui les tenait unis, lui et ses frères, face aux intempéries et aux grands vents; il revit les beaux jours de l’été où ils se gorgeaient de soleil tous ensemble. Et il comprit combien il avait été heureux. Il ne savait pas ce que lui réservait l’avenir – y avait-il seulement un avenir? Alors il envoya vers le ciel un « merci », seulement merci, pour ce cadeau qui s’appelle la vie!

© Madeleine Genest Bouillé, 17 juillet 2017

(Tiré de Récits du bord de l’eau, 2008.)

Un été

Du vert plein les champs,
Poudré d’or au soleil de midi.
Fleurs sauvages aux tons charmants,
Émaillant le velours des prairies.
Verdure plus sombre des frondaisons
Épanouies sous le clair ciel d’été.
Bleu des vagues, parées de blancs moutons.
Matins de corail, crépuscules de feu, nuits étoilées…
Symphonie de couleurs pour un été!

Parfum sucré des roses à miel,
Douceur de lavande, œillets poivrés,
Dont se grisent les abeilles.
Senteur chaude des foins coupés,
Sauge, thym, marjolaine et sarriette.
Arôme exquis des petits fruits
Dont au sous-bois, on fait cueillette.
Effluve de marée qui monte avec la nuit…
Ivresse de parfums pour un été!

Joie d’un sourire d’enfant,
Chaleur fidèle de l’amitié,
Pensée qui vole vers un absent…
Bonheur d’un amour partagé.
Chagrins enfuis, regrets au vent,
Rires un peu fous qui fusent partout.
Après l’orage, vient le beau temps,
Tournons la page, c’est déjà tout!
Ainsi se vit un été!

© Madeleine Genest Bouillé, juin 1980

Mai

 

C’est un paysage à peine esquissé
C’est un dernier coup de vent qui chasse l’hiver
C’est le bourgeon qui s’ouvre, timide et fier
C’est le soleil enfin retrouvé!

* * *

C’est un enfant qui tente ses premiers pas
C’est un oiseau qui chante l’espérance
C’est la rosée sur les premiers lilas
C’est la vie qui, sans fin, recommence…

* * *

C’est une chanson qui monte dans l’air pur
Comme l’hirondelle dans l’espace
Son cri de joie traverse l’azur
Pour dire au Ciel son Action de grâces !

© Madeleine Genest Bouillé, mai 1976