Du théâtre à Deschambault… de 1920 à 1955

Deschambault a une longue tradition de théâtre amateur. En parcourant les nombreuses coupures de journaux et les papiers de toutes sortes que ma mère conservait précieusement, je suis parvenue à retrouver certains titres des pièces qui ont été jouées par des gens de chez nous. Des gens de tout âge et de toute condition, qui consacraient leurs loisirs au théâtre et qui y mettaient tout leur cœur et tout leur talent. Oui, il y a en a eu du théâtre à Deschambault! Je vous ai parlé des pièces que j’ai jouées, dans les années 60 et de celles que j’ai montées ensuite jusqu’à ces dernières années, où j’ai eu le bonheur d’applaudir mes petits-enfants.

Malheureusement, j’ai très peu de photos et celles que j’ai ne sont pas très bonnes, mais j’ai au moins les titres des pièces jouées et dans plusieurs des cas, les noms des comédiens. La première mention de théâtre que j’ai trouvée dans les archives personnelles de maman, date du mois d’août 1921. La troupe des garçons, comme on la nommait, présentait les 2, 3 et 4 août une pièce intitulée « Les parapluies », de Claude Bardane. Quelques années plus tard, en août 1927, la troupe des garçons présente deux pièces : « Le reliquaire de l’enfant adoptif » et « Le homard et les plaideurs »; je n’ai pas les noms des auteurs, ni ceux des acteurs.

La salle Saint-Laurent, maison Vézina (construite par Alfred Petit).

En mai 1928, on assiste aux « Soirées Dramatiques et musicales », dans la salle Saint-Laurent, où l’on présente « La Plage de Biarritz », drame en 3 actes du Père Camille et « Le Château de la Mare aux Biches », comédie en 2 actes de Charles Leroy-Villars. Sur le programme, on précise que ces pièces sont « données par les jeunes filles de Deschambault ». Parmi les jeunes comédiennes, on retrouve aussi quelques dames, dont Mme Louis Marcotte (Béatrice Naud). Les jeunes comédiennes se nomment Blanche et Joséphine Petit, Olive et Marie Gauthier, Blandine Naud, Germaine Montambault, Charlotte Arcand, Juliette Pagé, Corinne Paris et Angélique Dussault.

La Veillée du bon vieux temps, Alfred et Edmond Petit, vers 1930.

En 1929, la troupe des garçons présente les 30 et 31 juillet, « La nuit rouge » et « Sapeurs et Gendarmes ». En février de la même année, une troupe mixte, cette fois, présente à la salle Saint-Laurent, la « Veillée de Noël », de Camille Duguay. Dans l’hebdomadaire de l’époque, on lit à ce sujet : « Deschambault est rarement témoin d’un aussi beau succès que celui remporté par un groupe d’amis, qui avaient organisé, les 6 et 7 février, une veillée du bon vieux temps ».  Parmi les comédiens, on mentionne les noms de André Gauthier, Blandine Naud, Juliette Pagé, Olive et Marie Gauthier, Marie-Louise Marcotte, Alfred Naud, Henri Julien, Georges Montambault, Narcisse Naud, Albert Paris, Robert Paquin ainsi que Alfred et Edmond Petit, sûrement pour la musique! J’avais peut-être une dizaine d’années quand j’ai entendu parler de cette si belle pièce… du théâtre comme on n’en avait jamais vu par chez nous! En ce qui concerne la salle Saint-Laurent, il s’agissait d’une annexe qui prolongeait la maison Vézina, sur le côté ouest. À ce qu’on m’a dit, cette salle était spacieuse et très belle. La maison avait été construite par Alfred Petit qui avait nommé la salle « Saint-Laurent » autant pour le fleuve qu’elle surplombait, que pour rendre hommage à son épouse Cordélie Saint-Laurent.

Les piastres rouges, 1934 (photo: Musée virtuel de Deschambault, CPDG).

En mai 1934, la même troupe des garçons présente « Les piastres rouges », qui selon ma mère était une très belle pièce. En 1934, la même troupe présente trois pièces à la salle Saint-Laurent : « Le Secret d’Hurloux », « Un mariage au téléphone » et « Le secret de Pardhaillan ». Parmi les comédiens, des jeunes gens de l’époque, on retrouve Albert Paris, Alfred Mayrand, Gilbert et Jean-Charles Talbot, Narcisse Gignac, Toussaint Julien, Ernest Martel, Benoît et Raymond Paré, Marcel Descarreaux, Amable et Clément Paré et C.H. Johansen. En janvier 1935, la troupe est mentionnée pour la dernière fois, alors qu’on joue une pièce intitulée « La Tour du Nord ».

 

La chambre mauve, 1953.

Est-ce qu’il y a eu du théâtre entre 1935 et 1953? Je l’ignore; mes notes reprennent en 1953, alors que Rachel Paris-Loranger présentait « La chambre mauve », à la salle Paul-Benoît qu’on appelle alors « Salle syndicale ». Cette pièce est un drame mettant en scène une nombreuse distribution entièrement féminine, où on voit les noms de : Francine Roy, Muriel Houde, Élise et Roberte Paré, Claire Gauthier, Aline Paquin, Charlotte Dussault, Yvette Loranger, Michelle Naud, et Denise Gagnon. Madame Narcisse Paré jouait le rôle de la vieille tzigane qui enlève la fillette (rôle interprété par Francine Roy). Madeleine Loranger interprétait celui de la mère de la fillette, tandis que Madame Loranger, en plus de la mise en scène, jouait le rôle de la gouvernante. Charlotte Arcand, Nicole Dussault, Corinne Paris et Colette Gauthier faisaient aussi partie de la distribution. Je me souviens de cette pièce; certaines scènes surtout m’avaient frappée. Je revois la danse des Bohémiennes et l’enlèvement de la fillette… C’était dramatique à souhait! C’est sans doute de ce temps-là que j’ai commencé à vouloir être une actrice!

Évangéline, 1955 (Musée virtuel de Deschambault, CPDG).

En 1955, La troupe de Rachel Paris-Loranger est maintenant mixte. On présente tout d’abord « Les sacrifiés », une pièce dramatique, dont j’ai gardé un souvenir : je revois Yvette Loranger, interprétant le rôle de « la méchante »; elle était flamboyante et vindicative, toute vêtue de rouge, avec un immense chapeau! J’étais sidérée! Sa sœur, Madeleine, était par contre celle à qui on confiait toujours les rôles tragiques où elle excellait. Vraiment ces deux sœurs si dissemblables étaient de très bonnes comédiennes! Enfin, toujours en 1955, c’est le deuxième centenaire de la Déportation des Acadiens et Madame Loranger monte une fresque magistrale intitulée « Évangéline ». Madeleine Loranger  interprète le rôle-titre, tandis que Lionel Brisson  incarnait celui de Gabriel, son fiancé. Côme Houde, qui était professeur à l’école des garçons, incarnait avec beaucoup de talent le rôle du père d’Évangéline. Je me souviens qu’il y avait une très grosse distribution. Tout ce qu’il y avait de comédiens amateurs à Deschambault  se retrouvaient sur la scène. Cette pièce a été présentée dans un des grands hangars de la Ferme-École. Je me rappelle qu’il y eut plusieurs représentations; c’était tellement beau, tellement bien interprété! On avait pour la circonstance mis sur pied une chorale : « Les Acadiennes de Grand-Pré », lesquelles chantaient des chants de La Bonne Chanson, dont évidemment, la chanson-thème Évangéline. Ce chœur était dirigé par Gaston Bilodeau, qui en juillet de cette même année épousait Agnès Bouillé, alors que Louis-Joseph Bouillé, un des acteurs principaux, épousait Nicole Dussault, qui faisait aussi partie de la distribution de la pièce Évangéline! C’était ainsi que ça se passait à Deschambault en 1955. Ces dernières informations ne faisaient pas partie des « archives » de ma mère, mais j’ai pensé que c’était une belle finale, pour mon « grain de sel », aussi belle que celles qu’on voit au théâtre!

Chorale « Les Acadiennes de Grand-Pré », 1955.

© Madeleine Genest Bouillé, 13 juin 2017

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Place au théâtre – 2e partie

C’était l’été 64, j’étais maintenant une « madame »! J’avais un mari, une maison, avec en plus, une Caisse Populaire dans mon salon! À la messe le dimanche, j’avais porté quelques fois mon costume de voyages de noces, avec mon beau chapeau rose et mes accessoires marine. C’était la coutume et tout le monde s’y attendait.  Ça n’aurait pas été gentil de les décevoir! Surtout que nous demeurions dans notre village natal; ainsi, souvent, pour me taquiner, des personnes qui me connaissaient depuis toujours, s’amusaient à m’appeler « Madame Bouillé ». Je poursuivais tout de même mes activités, dont le théâtre faisait partie bien entendu, surtout que mon beau-frère Louis-Joseph avait moins de temps à consacrer à ce loisir, étant donné qu’il était président de l’UCC,  (Union Catholique des Cultivateurs), ancêtre de l’UPA.

Cette même année, pour le Cercle Lacordaire, on avait monté une courte pièce, d’un auteur inconnu qui avait pour titre : « Nos maris boivent », avec tous les clichés possibles, sur les malheurs des femmes d’ivrogne!  Au cours de l’été, nous étions invités à présenter cette pièce à Grondines. En plus de la mise en scène, je remplaçais une des trois comédiennes; les deux rôles de femme d’ivrogne étaient tenus par Raymonde Pelletier et si mes souvenirs sont exacts, Jacqueline Chénard. Je reprenais donc le rôle de la femme dont le mari guéri de l’alcoolisme vient donner des conseils à ses amies. La scène de la salle paroissiale de Grondines était munie de coulisses amovibles et pivotantes, dont une face offrait un décor d’intérieur et l’autre, d’extérieur. Je frappais avant d’entrer, et Raymonde me répondait « Entrez, entrez! C’est pas malaisé, la porte tourne toute seule! » J’entre et alors, la salle explose de rire… que se passe-t-il? Mon chapeau est-il de travers? Je portais justement mon chapeau de voyage de noces. Je m’avance et viens prendre place avec mes deux amies – elles aussi mortes de rire! – et alors, en jetant un coup d’œil sur le fond de la scène, je me rends compte, qu’effectivement, à mon entrée, le panneau a tourné sur lui-même, montrant le côté extérieur. Il nous arrivait souvent de vivre des moments cocasses, j’en aurais pour plusieurs pages si le les racontais tous.

Marcel Gauthier, un des fondateurs de la Société du Vieux Presbytère, avait à quelques reprises présenté du théâtre dans le vieux hangar de M. Zéphirin Beaudry, où jadis à ce qu’on m’a raconté, les jeunes étudiants présentaient leurs pièces durant les vacances d’été. En 1965, Marcel avec quelques amis m’avait approchée pour monter une pièce qui s’appelait « Un petit manoir tranquille »… une pièce tout ce qu’il y avait de pas tranquille!  Je n’ai pas de souvenirs précis de la distribution; je me rappelle surtout qu’il y avait Fabienne et ma cousine Christiane. C’était une bonne pièce, très mouvementée avec des coups de feu et quelques cris…. rien pour endormir les spectateurs! Plus tard, nous avons présenté « Un petit manoir tranquille » à Grondines, où la pièce avait eu beaucoup de succès! Dommage… je n’ai pas de photos; la morale de cette histoire?  Il vaut toujours mieux prendre trop de photos que pas assez!

Si Jésus revenait, 1973.

À l’automne 65, Thérèse Bouillé-Naud, qui faisait partie tout comme moi des organismes locaux et qui, de surcroit, était devenue « ma tante » depuis mon mariage, m’avait donné l’idée de faire une pièce de théâtre à partir du thème : si Jésus revenait au monde, aujourd’hui et chez nous. J’ai été emballée par cette idée et je me mis à l’œuvre aussitôt!  Mais voici que je me replonge dans mes souvenirs de ces années-là et j’en oublie de mentionner la naissance de mon premier bébé, Jean-Marc, né en avril 65! Comme tous les parents d’un premier bébé, nous étions en extase devant cette petite merveille. Mais je trouvais quand même du temps pour les répétitions de théâtre, qui parfois avaient lieu chez nous, pour éviter de chercher une gardienne. Revenons en décembre 1965, j’avais écrit « Si Jésus revenait » et comme il y avait plusieurs personnages, les participants jouaient presque tous deux rôles. Cette pièce a été publiée dans mon dernier livre, Propos d’hiver et de Noël. Elle a été reprise en 1973 et plus tard, au cours de la première année de la troupe Les Fous du Roy, en décembre 1981. En 1967, peu après la naissance de mon deuxième bébé, Patrick, les jeune comédiens, dont mes frères Georges et Roger faisaient partie, demandèrent mon aide pour monter deux courtes pièces de Victor Vekeman, dont « Une fille un peu bébête » et « Un oncle et une jolie fille »… avec de tels titres, inutile de préciser qu’il s’agissait de comédies légères! Nous avions deux mois et demie à peine avant la présentation du spectacle.  Pas de problème! On répétait chez nous et on utilisait la salle seulement pour les dernières pratiques.

Quand on n’avait pas de pièce qui convenait pour les comédiens disponibles, j’en écrivais une. Ce fut le cas pour « Coup de foudre », qui fut jouée en 1971, 1973 et 1978. Trois filles, trois garçons, une intrigue loufoque : une demoiselle plus très jeune à la recherche d’employés, ses deux femmes de chambre et trois bandits déguisés, le premier en intendant et les deux autres en valets de pied.  L’arnaque prévue par les méchants garçons se transforme en  romance; à chacun, sa chacune! Et à chaque fois, tellement de plaisir, pour la troupe autant que pour les spectateurs.

Coup de foudre, 1978.

Et tout ça nous mène en 1981, à la création de la troupe Les Fous du Roy, dont j’ai assuré les débuts jusqu’en 1986. Étant donné que les pièces choisies étaient courtes, on en présentait quatre ou cinq chaque année. En 1984, alors qu’on répétait « Le Sauteur de Beaucanton », deux comédiens durent être remplacés; je devais alors jouer tout en faisant la mise en scène. Heureusement, Marielle Nadeau-Vézina, qui devint par la suite la directrice de la troupe, nous avait apporté son aide. Ce fut malgré tout un succès. En 1985, alors que je montais « Surprise! Surprise! », Marielle présenta sa première pièce « Manon Lastcall », à moins que ce ne soit « Sortez ce cheval du château, Mathilda, il fait des crottes ». Un vrai beau titre!

Ma Rosalie, 1981.

La Corriveau, 2014.

Au début des années 2000, Lucille Bouillé, qui a longtemps enseigné le français et le théâtre dans une école secondaire, présentait à chaque automne une ou deux pièces pour lesquelles elle recrutait une dizaine de jeunes. À quelques reprises, il m’est arrivé de lui donner un coup de main. Trois de mes petites-filles ont fait partie de cette troupe…. et ont ainsi pris goût au théâtre! En 2012, pour le 40e anniversaire de notre bibliothèque municipale, avec quelques jeunes bénévoles, dont mes trois petites-filles, nous avons créé une drôle de « Visite à la bibliothèque », pièce qui fut présentée lors du souper annuel de la bibliothèque. Ces dernières années, dirigés par Blanche, l’aînée des filles, cinq de mes petits-enfants ont à leur tour présenté quelques pièces dans le cadre du Rendez-Vous des Arts. J’espère sincèrement les revoir sur les planches un beau soir! Dans un prochain « grain de sel », je parlerai du théâtre en général dans le Deschambault d’autrefois.

© Madeleine Genest Bouillé, 6 juin 2017

Place au théâtre!

Toute jeune, je rêvais d’être une actrice. J’entendais les comédiens à la radio qui jouaient dans les radioromans que j’écoutais soit le midi ou le soir : Jeunesse dorée, Rue Principale, Un homme et son péché. Je ne comprenais pas toujours les intrigues, mais j’écoutais les dialogues et je trouvais ça beau. Je feuilletais la revue RadioMonde, où s’étalaient les photos des vedettes. On voyait les acteurs en train de lire leur rôle à la radio; ils avaient leur texte en mains, ça ne devait donc pas être si difficile!

Au couvent, on présentait de courtes pièces de théâtre, pour Noël ou pour la fin de l’année. Le premier rôle que j’ai joué, c’était en 1954. Nous présentions un texte dialogué de Félix Leclerc intitulé, La Grande Nuit, extrait d’Andante. À vrai dire, ce n’était pas vraiment une pièce de théâtre, en ce sens  qu’il n’y avait pas d’action. Sur la scène, trois étoiles; l’étoile des Bergers et l’étoile des Marins, racontent à la plus jeune, l’étoile des Amours, la nuit du premier Noël. J’étais l’étoile des Marins. Nous  étions juchés sur je ne me rappelle plus quoi, au-dessus d’une rangée de sapins couronnés de neige ouatée; on ne voyait de nous que la figure qui était encadrée d’une grande étoile brillante. Peu m’importait, j’étais heureuse de jouer ce rôle si beau! Le texte était magnifique, mais passablement long, alors on avait ménagé des pauses, pendant lesquelles la chorale chantait des cantiques de Noël.

L’année suivante, on devait monter une vraie pièce en trois actes, avec décors, costumes et tout le tralala! Si je me souviens bien, le titre était : L’orpheline des Pyrénées, œuvre d’un auteur français. J’avais de bonnes notes en français, selon moi, je pouvais donc espérer avoir un rôle, si petit soit-il, j’en serais ravie! On apprenait des récitations pour toutes sortes d’occasions et quand arrivait mon tour, la bonne Mère me gardait quelquefois après l’école pour me faire répéter. Lors d’une de ces répétitions, Mère me demanda, à brûle-pourpoint : « Avez-vous pensé à ce que vous vouliez faire plus tard ? » Il ne m’est pas venue à l’esprit que la réponse à faire était la suivante : « J’aimerais devenir religieuse ». Naïvement, je répondis: « Je voudrais devenir une actrice! » Coup de théâtre! Roulement de tambour… et comme on dit « e finita la commedia »! J’eus droit à tout un sermon dans lequel il était clair que je ne devais pas rêver à cette vie de perdition où je devrais tout d’abord m’expatrier, et où les plus grands malheurs m’attendaient. En terminant avec cette phrase célèbre : « Vous savez, la gloire, c’est le deuil éclatant du bonheur! » Voilà! Je n’ai évidemment pas eu de rôle dans la pièce dont curieusement, je n’ai aucun souvenir. On m’a confié la tâche de « maître de cérémonie ».  Et à compter de ce jour, j’ai souvent tenu cet emploi, ce qui m’a été bien utile, plus tard quand j’eus à parler en public dans les différentes associations dont j’ai fait partie.

Livret de pièce ayant appartenu à Mme E.V. Paris.

Après mes études, alors que je travaillais au Central, j’ai enfin commencé à faire du théâtre, en amateur comme c’est la tradition à Deschambault et ce, depuis très longtemps. En fouillant dans les nombreux papiers de ma mère, j’ai appris qu’il y avait eu déjà dans le passé une troupe masculine, composée d’étudiants qui présentaient du théâtre pendant les vacances d’été. À une certaine époque, il y eut aussi une troupe féminine, sous la direction de Mme E.V. Paris, la mère de Rachel Paris-Loranger, à qui, plus tard, on devra plusieurs magnifiques pièces de théâtre, dont Évangéline, pièce qui relatait la déportation des Acadiens en 1755.  Quand j’ai débuté, c’était Louis-Joseph Bouillé qui était metteur en scène. Il avait lui-même été un des plus brillants comédiens avec Lionel Brisson, dans la troupe de Madame Loranger. À cette époque, le Cercle Lacordaire, mouvement antialcoolique alors très florissant, organisait chaque année en mai, à l’occasion de l’anniversaire du cercle, une soirée où il y avait tout d’abord une partie « sérieuse ». On honorait les membres méritants de 5, 10 ans et plus et ensuite, pour la partie récréative, il était d’usage de présenter une pièce de théâtre qui exploitait, autant que faire se peut, les malheurs causés dans les familles par l’alcoolisme, histoire de faire valoir les bienfaits de l’abstinence.

On était donc en 1961. La pièce qu’on préparait avait pour titre L’Absolution, c’était l’œuvre d’un auteur franco-américain du nom de Victor Vekeman. Nous avons d’ailleurs joué plusieurs pièces de ce même auteur, autant des comédies que des tragédies. Avec un titre comme L’Absolution, il est évident qu’il s’agissait d’une tragédie! Je jouais le rôle de l’épouse d’un ivrogne, mère de deux enfants, je me souviens que Jacqueline Chénard jouait le rôle de ma fille; nous vivions dans la misère et je m’effondrais dès la fin du premier acte. À la fin du 2e acte, mon fils, devenu prêtre, donnait l’absolution à un moribond alcoolique, dans lequel il reconnaissait avec stupeur son propre père! La pièce se terminait sur cette réplique lancée par le jeune abbé : « C’était Hubert! C’était mon père! » C’était vraiment pathétique! Le jeune homme qui tenait ce rôle s’appelait Robert Deshaies; c’était  son premier rôle et il le rendait très bien. Je n’ai pas malheureusement pas de photos de cette pièce, qu’on a jouée plusieurs fois, entre autres à Cap-Santé et à Saint-Gilbert.

Jeu scénique du Centenaire du Couvent en 1961.

Ce  même été, les 15, 16 et 17 juillet, avaient lieu les célébrations du Centenaire du Couvent de Deschambault. Ces fêtes grandioses étaient rehaussées par un jeu scénique intitulé Un phare sur la côte, où se retrouvait un nombre impressionnant d’élèves anciennes et actuelles, interprétant des rôles où se rencontraient des astronomes célestes, des archanges, les sœurs fondatrices du couvent et plusieurs autres personnages historiques.  Je crois me souvenir que cette œuvre magistrale était présentée sur une scène  installée à l’extérieur. J’interprétais justement le rôle d’un astronome céleste, une sorte d’ange… sans les ailes! Bizarrement, je n’ai pas de souvenir de cette pièce, je me rappelle plutôt certaines répétitions, avec les deux compagnes qui me donnaient la réplique, Lorraine Marcotte et Annette Pelletier, avec qui j’avais bien du plaisir.

Mon deuxième exploit en théâtre s’est produit en 1962. On jouait Bichette, une comédie pleine de quiproquos dans laquelle jouaient Élisabeth Montambault, Huguette Dussault, René Montambault, Claude Groleau, Louis-Joseph Bouillé, Lionel Brisson et moi.  J’ai une photo pas très bonne, datée du 18 février 1962… ce qu’on ne voit pas sur la photo, ce sont les « techniciens », dont le petit frère de notre metteur en scène, Jacques, qui ne manquait pas une répétition!

Pièce de théâtre « Bichette », en 1962.

1963 étant l’année du 250e anniversaire de fondation de la paroisse, il va sans dire que tout était mis en œuvre pour que cet anniversaire soit souligné avec tout le faste possible. Un jeu scénique relatant l’histoire de Deschambault depuis la visite de Jacques Cartier à Ochelay, jusqu’après la guerre qui mit fin au Régime français, était sans contredit le clou de ces fêtes qui eurent lieu les 2, 3 et 4 août. Le texte de la pièce était tiré de la toute nouvelle Petite Histoire de Deschambault, de M. Luc Delisle. J’eus l’honneur d’interpréter le rôle de la seigneuresse Éléonore de Grand’Maison, épouse de François de Chavigny. Dans un tableau décrivant la descente des Anglais à Deschambault en 1759, le petit frère du metteur en scène, devenu mon amoureux, figurait un soldat anglais capturé par les miliciens. Comme on dit, « il s’adonnait » à être à Deschambault, ayant laissé le bateau pour profiter des Fêtes… Quelle belle coïncidence! Au cours de l’hiver, nous avions présenté une comédie de Jean des Marchenelles, un auteur belge, que mon futur beau-frère Louis-Joseph appréciait particulièrement. Intitulée Le Château des Loufoques », cette pièce cocasse et absolument hilarante était magistralement interprétée par Louis-Joseph et Lionel Brisson dans les rôles du propriétaire et du majordome d’un vieux château belge, tandis que Gérard Naud et moi formions le couple de nouveaux mariés, pas tellement heureux de passer leur nuit de noces dans un château hanté! Encore une fois, malheureusement pas de photos!

 

En 1964…. je préparais mon mariage. Mais contrairement aux fiancées de l’ancien temps, je ne brodais ni ne cousais… Je travaillais au Central, et ce jusqu’à la mi-mai.  Dans mes temps libres, je faisais partie de la chorale et j’avais écrit une pièce de théâtre pour l’anniversaire Lacordaire. D’abord un titre accrocheur : Au fond du verre. C’était l’histoire d’une jeune fille alcoolique menacée de perdre son emploi, ses amis et son fiancé, quand une amie généreuse lui vient en aide afin de l’aider à vaincre son problème d’alcoolisme. Ayant assisté quelques fois aux sessions d’été des Jeunesse Lacordaire, j’étais assez bien documentée. Partant du fait qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même, je m’étais allouée le rôle principal… Mon frère Georges était de la distribution, de même que Raymonde Pelletier, Jacqueline Chénard et mon fiancé, qui jouait le rôle de… mon fiancé!

Dans les années qui vont suivre, j’ai été plus souvent metteur en scène que comédienne, ce que j’ai adoré.  Je vous reviens donc avec la suite de mon histoire de théâtre!

© Madeleine Genest Bouillé, 24 mai 2017