Le petit chevreau entêté

Il y a plusieurs années, pas loin de vingt ans peut-être, j’ai reçu en cadeau pour Noël un petit tabouret. Le genre de truc qu’on appelle aussi « repose-pieds » et qui est muni d’un couvercle rembourré.  Il peut être utilisé pour ranger quelques livres, revues ou même un nécessaire à tricot. Mais voilà, je ne tricote pas et mes livres sont tous bien rangés dans ma bibliothèque. Par contre, j’apprécie grandement la fonction de repose-pieds durant mes longues heures de lecture. De plus, étant grand-mère et de ce fait, raconteuse d’histoires, j’ai pris l’habitude d’y laisser les livres préférées des enfants. Je me dois de préciser que j’ai neuf petits-enfants. Cette belle famille a débuté par trois filles, nées à peu de distance l’une de l’autre. J’avais alors tout plein de livres d’histoires pour les petites filles; de Blanche-Neige à Boucle d’Or sans oublier Cendrillon. Cette dernière était très populaire. Vraiment, il y a quand même pas mal de place dans le petit tabouret!

Puis nous est arrivée une quatrième petite fille. Elle aimait aussi les histoires, mais surtout quand il y avait des animaux, tout plein d’animaux qu’elle s’amusait à faire parler; en fait elle inventait ses propres histoires. Et un beau jour, ou plutôt un beau soir si ma mémoire est bonne, nous est né un petit garçon, enfin! Vous dire si je l’ai bercé, ce bel angelot! Entre les histoires et les Teletubbies, il était sage comme une image! Il a grandi, grandi, tellement que dans notre vieille maison aux plafonds plutôt bas, il doit prendre garde de ne pas se cogner la tête en passant les portes. Chez nous, ce ne sont pas les « blues qui passent plus dans les portes », non, ce sont les trop grandes personnes!  Quelques années plus tard, par un beau jour de mai, une cinquième fille est arrivée… je dirais avec tambour et trompette! Elle aimait les histoires, à condition qu’elles ne durent pas trop longtemps et souvent, même si elle ne lisait pas encore, elle racontait l’histoire, à sa façon. Elle aussi a grandi très vite, sans trompette… mais avec tambour!

Cette belle famille manquait tout de même de garçons, jusqu’à ce qu’en 2010, deux moussaillons, viennent s’y ajouter; un en juillet et l’autre en novembre; un blond et un brun! Enfin le dernier jour d’avril 2013, un autre petit garçon tout blond est venu clore la tribu! Ce qui fait que, depuis quelques années, le tabouret ne contient plus que des livres tout pleins d’animaux. Une histoire, entre autres, est devenue la préférée de mes trois derniers petits-fils. Elle a pour titre Le petit chevreau entêté. L’auteur s’appelle Serge Mikhalkov… un inconnu pour moi. Les illustrations ne sont pas vraiment belles, mais elles sont frappantes : l’orage est très noir, la pluie tombe sur deux pages, le cochon rose est énorme, les loups ont l’air très méchants. C’est une histoire qui frappe l’imagination des enfants et c’est certainement pour cette raison que mes petits garçons ont tant aimé Le petit chevreau entêté! Il n’y a pas si longtemps encore, je devais la raconter au moins deux fois, quand ce n’était pas trois. Presque tous les adultes de la famille ont été réquisitionnés un jour ou l’autre pour raconter Le petit chevreau entêté… et chacun ou chacune de dire, à chaque fois : « Non! Pas encore le petit chevreau! »

Alors voilà! Les garçons ont grandi et ils ne demandent plus d’histoires. Le petit chevreau entêté est pas mal amoché, mais quand même, je ne peux pas le jeter… tout à coup, un bon soir, où Zachary, notre benjamin, aurait encore envie de l’entendre et surtout de regarder les images! Je vais donc le laisser encore quelque temps dans mon repose-pied…

© Madeleine Genest Bouillé, 3 avril 2020

Et si on parlait d’autre chose…

Pour ma part, c’est depuis le vendredi 13 mars que je suis tombée dans ce sujet : le coronavirus ou, de son nom de maladie, la COVID-19. Le comité de direction de la bibliothèque municipale était placé devant un choix – à cette date, nous avions encore le choix –, est-ce qu’on peut tenir notre souper spaghetti ou est-ce qu’on le reporte, ou encore, on l’annule? Et par la même occasion, doit-on fermer la bibliothèque ? Comme on l’a appris par la suite, tout fermait partout, on nous conseillait de rester chez nous autant que possible. Le virus en question pouvait causer la mort… et vous connaissez la suite. Pour ma part, j’aime mieux changer de sujet de conversation.

À ce temps-ci de l’année, que peut-il bien y avoir d’intéressant? Surtout pas la température! Alors, si on parlait des érables? Encore dépouillés de leur feuillage, ils ne se distinguent pas tellement des autres arbres, sauf s’ils sont plantés dans une érablière et qu’ils ont chacun une chaudière accrochée à leur tronc. Sinon lorsque le ciel est nuageux, ils se fondent dans le paysage parmi les autres arbres gris, debout sur un tapis de neige vraiment plus grise que blanche. Comme ils semblent loin les paysages verdoyants, avec des fleurs de toutes les couleurs. Et encore plus, les érables parés de leur flamboyante parure d’automne! Nos saisons sont tellement différentes qu’on a l’impression de changer de planète quand on passe de l’une à l’autre.

En regardant les trois érables que mon époux a entaillés il y a quelques jours, il m’est venu une réflexion que j’ai eu l’idée de vous partager… histoire de parler d’autre chose! Pour qui n’a pas l’œil exercé d’un spécialiste des arbres de la forêt tempérée, comme on nous apprenait à l’école, ces jours-ci, les érables ne sont reconnaissables que si, justement, ils sont parés pour le temps des sucres. Sinon, on ne les remarque même pas. L’érable, à la fin de l’hiver est humble, sobre, ordinaire. Discret, il prépare en secret ce qui constitue une de nos principales richesses naturelles, cet or sucré qu’on recherche partout dans le monde.

Ce n’est pas à l’automne, quand l’érable étale ses couleurs les plus somptueuses, qu’il est le plus utile, le plus précieux, même si on vient de loin admirer sa parure. Non, la gloire des érables, c’est au printemps qu’elle éclate. Au  printemps, l’érable est vraiment le roi de nos bois, on compte sur lui pour une part importante de notre économie. Au printemps, quand il est tout gris, tout ordinaire, c’est là qu’il nous devient indispensable.

Ainsi en est-il des humains. Ce qui fait la valeur d’une personne, ce n’est pas ce qui est le plus apparent. Malheureusement, on vit dans une époque où c’est l’apparence qui compte. On a besoin d’images pour se forger une opinion sur les gens et les choses. La télévision, les réseaux sociaux, le téléphone qu’on dit « intelligent » nous parlent avec des images, toujours. Quand j’étais étudiante, on nous vantait les vertus d’humilité et de modestie. Ça faisait partie de l’apanage d’une jeune fille bien élevée… Comme le disait une chanson ancienne : « Ah! oui, c’est loin, c’est loin tout ça! »  Maintenant,  on sous-estime, on méprise même parfois les gens qui ne savent pas se mettre en valeur. Ce qui compte de nos jours, c’est ce qui se VOIT.  « Dis-moi comment tu parais, je te dirai qui tu es. »  N’est-ce pas plutôt « ce que tu veux être »?…

Les qualités de cœur telles l’honnêteté, la générosité, la sincérité, si elles sont appréciées, ne sont pas des choses dont on cause… enfin pas en société. Pourtant, les personnes qui sont le plus utiles dans leur milieu, leur famille, pour leurs amis, leurs collègues de travail, ce ne sont pas nécessairement celles qui paraissent le mieux ou qui ont le discours le plus éloquent. Les personnes sur lesquelles on peut vraiment compter, ce sont celles vers qui on se tourne quand on a un service à demander, une cause à faire valoir. Ce sont surtout celles qu’on appelle quand ça va mal, et que tout est gris comme un jour de mars très laid; celles qui disent « oui »  du fond du cœur, celles qui tendent la main, qui écoutent sans juger.

Comme les érables au printemps, ce qui fait notre gloire, ce n’est pas la beauté, la renommée, ni même la fortune. La seule gloire qui vaille la peine d’être recherchée, c’est d’être utile autour de nous, tout simplement. De cette gloire, on peut être fier même si cela ne nous mérite ni trophée, ni médaille!

Et malgré le virus, on peut profiter du temps des sucres… à condition de ne pas trop se rapprocher les uns des autres!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 mars 2020 (à partir d’un grain de sel du 16 mars 2016, La gloire des érables)

L’âge de raison… et la raison de l’âge

Quand je commence à parler de l’ancien temps, je l’avoue, j’en ai pour un bon bout de temps. J’utilise des mots et des expressions qui avaient cours à l’époque. Voyez-vous, l’un des plaisirs de vieillir, c’est d’avoir vécu plein de choses qui ne sont plus à la mode, de s’en souvenir, et partant de là, de les raconter!

Dernièrement, je mentionnais justement devant quelques jeunes cette expression d’autrefois, « l’âge de raison ». Que voilà une expression qui est vraiment tombée en désuétude! Pourtant, pour les gens de ma génération, avoir l’âge de raison, ça représentait une étape importante dans la vie.

Au temps d’hier, l’âge de raison était fixé à sept ans. Un enfant de sept ans allait à l’école et avait généralement les connaissances nécessaires pour faire sa « petite communion », étape importante, s’il en était. Bien entendu, la fillette ou le garçon qui allait sur ses sept ans entendait régulièrement des commentaires du genre : « Il faut que tu sois raisonnable, tu auras sept ans bientôt. » Alors forcément, dès que l’enfant avait atteint cet âge crucial, on lui répétait encore plus souvent : « Soir raisonnable! Tu as sept ans, tu es grand maintenant, laisse ce jouet à ton petit frère. » Les remontrances étaient toujours plus sévères quand on atteignait ce fameux chiffre sept. Nous ne comprenions pas vraiment ce qu’il y avait de changé; nous n’avions pas grandi tout d’un coup! Notre figure était la même; quelle était donc cette chose invisible qui venait balayer notre insouciance et nous investissait de responsabilités dont on se serait bien passé? On venait d’avoir sept ans, c’était la seule raison!

L’âge de la majorité représentait quelque chose d’un peu semblable. Dans notre jeune temps, l’âge légal était à vingt et un ans. La veille encore, on était jeune, sans souci; on avait vingt ans, le bel âge, selon les poètes…On coulait des jours paisibles sous la tutelle des parents. Même si on avait déjà commencé à gagner notre pain quotidien, dans bien des familles, les parents géraient le salaire du garçon ou plus encore de la fille, encore mineure. Et voilà qu’un beau matin, on avait vingt et un ans, on était maintenant majeur! On pouvait prendre des décisions importantes, on avait le droit de voter et on n’avait pas besoin de la permission des parents pour se marier, même si on n’exerçait ce droit qu’en cas d’absolue nécessité. Vingt et un ans… c’était un chiffre magique!

À soixante-cinq ans – à moins que ce soit maintenant soixante – nous voici admissibles aux prestations de la sécurité de la vieillesse. Quelle charmante expression! À la fin de la vie, tout comme au début, on est dépendant, on a besoin d’être gardé en sécurité. Pourtant on compte sur nous pour une foule de choses, comme garder nos petits-enfants ou encore initier les plus grandes et les plus grands aux mystères de la cuisine, aux « ouvrages de dames » ou à la menuiserie. Les associations bénévoles nous ouvrent leurs bras… Nous ne serons donc pas inoccupés, ce qui est excellent pour la santé autant physique que mentale. Et comme plusieurs d’entre nous fréquentent encore l’église, on est au premier rang pour le service à l’autel, les lectures et la chorale. Encore une fois, la raison de l’âge est vraiment la bonne raison!

« Le cœur ne vieillit pas » comme le dit la chanson. On ne voit pas le temps passer et on ne se sent pas vieillir. Mais il arrive un jour où, quand on se regarde dans le miroir, la personne qu’on aperçoit ne ressemble pas à celle qui nous faisait face il y a vingt ou même seulement dix ans. On constate que la silhouette a changé; le poids n’est pas réparti de la même façon qu’avant… le dos s’arrondit, les vertèbres se tassent : « Non, mais c’est qui celle-là? Depuis quand ai-je cette tête? J’avais le cou plus long, il me semble. » Et on s’étire le cou… en vain! On ne s’habitue pas à notre nouveau look. Et ces rides qui racontent notre histoire encore mieux qu’on saurait le faire avec des mots! Qu’il s’agisse des petites rides joyeuses au coin des yeux, ou de celles plus amères de chaque côté de la bouche, ou bien de celles entre les sourcils et sur le front qui disent les contrariétés, l’inquiétude, la déception…

On a la figure comme une carte routière. On a fait du chemin et ça paraît. Il faut dire que la vie nous donne tellement de claques dans le dos, de coups de poing sur la tête et de coups de pied où le dos perd son nom, ça finit par abîmer une personne, tout ça! Et c’est ainsi qu’arrive réellement l’âge de raison… lorsque la raison ne peut rien contre l’âge.

L’essentiel, c’est de vivre chaque étape de la vie pleinement, sans s’attarder à regarder en arrière et en remerciant le ciel, ou qui vous voudrez pour chaque nouvelle journée qui nous est accordée.

© Madeleine Genest Bouillé, 25 février 2020

Les paroles s’envolent…

Quand j’étais étudiante, on nous répétait souvent cette maxime : « Les paroles s’envolent, mais les écrits restent ».  On devait donc surveiller nos écrits, y penser à deux fois avant d’affirmer quelque chose. En ce sens, il fallait se demander si dans un an ou dix ans, on aurait encore la même opinion. Il y avait de quoi freiner les élans poétiques, dramatiques ou même comiques des apprentis écrivains. On ne savait pas alors qu’il existerait un jour un réseau de correspondance par Internet, un fil d’actualités qui offre à ses abonnés ce qu’il y a de plus éphémère. On y trouve des écrits qui s’envolent du jour au lendemain, quand ce n’est pas quelques heures plus tard. À moins qu’on « partage » la nouvelle, tout passe… les accidents, les propos drôles ou haineux, les phénomènes météorologiques, les recettes de cuisine, je le répète, tout passe! Le scoop de l’avion qui est tombé récemment quelque part en Ukraine, aussi bien que la pire niaiserie : « flushé »!  Cette correspondance », si je peux nommer cela ainsi, met tout dans le même panier. Le panier s’emplit parce que tout le monde partage et la nouvelle, quelle que soit son importance, se ramasse dans le fond. Voilà!  Ça s’appelle Facebook.

Certains ont des tas d’amis sur Facebook. Parfois des amis qu’ils connaissent pour vrai, mais plus souvent, de parfaits inconnus. Pour ceux qui ont des « amis » qui se comptent par milliers, je crois que ce n’est pas la relation qui compte, c’est le nombre! J’avoue qu’il arrive en effet qu’on s’adonne sur plusieurs sujets avec de parfaits étrangers. Ainsi, j’ai une amie Facebook qui, bien qu’elle me soit inconnue, porte le même nom que moi tout en n’ayant aucun lien de parenté ou sinon, un lien très lointain. Comme par hasard, nous aimons souvent les mêmes auteurs, les mêmes œuvres d’art, les mêmes chansons. Et nos opinions sur les sujets épineux, comme la politique, se rejoignent. Mais des amis inconnus comme ça, ce n’est pas comme les feuilles mortes : on ne les ramasse pas à la pelle!

Facebook a ceci de bon qu’on y retrouve parfois d’anciens compagnons et compagnes de classe aussi bien que des gens qui ont vécu dans notre village avant de s’établir ailleurs. C’est agréable! Nos racines nous rapprochent. On a connu les mêmes personnes, on se rappelle qui habitait telle maison. En vieillissant, je constate combien on attache d’importance à ces personnes que nous avons connues dans notre jeunesse et qui, tout comme nous, ont vieilli quelque peu : l’un d’eux ressemble au Père Noël tandis qu’une autre est plus blonde que dans mon souvenir…  mais on se reconnaît et c’est un plaisir de renouer des liens.

Quand j’ai commencé ce texte, j’avais imaginé tout plein de choses à dire à ce propos : « Les paroles s’envolent, et les écrits restent ». Je dois avouer que j’étais un peu mélancolique : le temps des Fêtes qui passe toujours trop vite, la température froide, les journées où le soleil se montre parcimonieusement… tout cela ne m’inspirait rien de bien réjouissant. Juste avant de commencer à écrire, je suis tombée sur une petite phrase qui dit comme ça : « Du haut en bas de l’échelle, l’espoir circule gaiement. Car notre part la plus belle, est toujours celle qu’on attend. »  Et comme on sait, l’attente est toujours plus aisée quand on sait s’occuper… en attendant!  Et c’est ainsi que le moral a grimpé quelques barreaux de l’échelle. Allons! Plus qu’une semaine dans ce premier mois de 2020.

© Madeleine Genest Bouillé, 22 janvier 2020

Le Noël des petits oiseaux

J’ai toujours aimé cette chanson, Le Noël des petits oiseaux. La musique est jolie, les paroles aussi : « Les verts sapins de la vallée, ce soir sont habillés de blanc. » C’est féérique! « Car de Noël, c’est la veillée, et minuit s’avance à pas lents » : on ne voudrait pas qu’il avance plus vite, c’est une si belle attente que celle de Noël; une attente meublée de chansons, de souvenirs joyeux et de rêve, surtout de rêve! « Plus d’un petit oiseau frissonne, car il a neigé sur les toits… Mais chut! Voici l’heure qui sonne, entendez-vous ces douces voix? » Et nous voilà au refrain! « Il est minuit, et Jésus vient de naître, pour protéger les nids et les berceaux… » Là, ça se gâte un peu : « … le ciel est bleu, le printemps va renaître… Noël pour les petits oiseaux. » On ne veut pas entendre parler du printemps!  On est au plus beau de l’hiver, il est tout neuf, tout blanc; on a à peine commencé à jouer dans la neige, à glisser, à patiner. Le premier bonhomme n’est pas bien dodu, mais guettez bien ceux qui vont suivre! Ne nous parlez surtout pas du printemps!

« Les roitelets, les rouges-gorges, quittant les bois et les buissons, gazouillaient comme au temps des orges, et l’air était plein de chansons ». Pauvres oiseaux! Ils se croient au printemps pour de vrai! « Puis croyant au réveil du monde, et préparant déjà leurs nids, ils cherchaient de la laine blonde, pour abriter tous leurs petits. » Il n’y a pas qu’aux oiseaux que la température joue des tours… Les caprices de l’hiver nous tombent dessus sans avertissement; et comme disait ma mère : « On tient pas le temps dans notre poche! » Mais voilà, c’est le Noël des petits oiseaux! Donnons-leur une chance!

Le dernier couplet nous dit : « Mais tout à coup la nuit s’achève. Voici l’aurore au front vermeil! Et ne sachant si c’est un rêve, chacun se dit « Quel doux soleil! » Car Noël sur les plaines blanches, a fait luire un beau rayon d’or. Puis sur les toits et sur les branches, on entend gazouiller encore. » Que c’est joliment dit! Mais voilà, Noël, ce n’est pas que la fête d’une seule nuit. Comme on nous le redit depuis toujours, tout a commencé par cette nuit quasi irréelle, avec une étoile qui brillait comme on n’en avait jamais vu de semblable. Il y eut surtout ce petit enfant, avec ses parents, des voyageurs réfugiés dans une étable, parce qu’ils n’avaient pas trouvé mieux pour y mettre au monde leur bébé. Et toute cette histoire qui continue avec des anges qui chantent : « Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre aux femmes et aux hommes de bonne volonté! » On nous l’a racontée tant de fois, cette histoire… et curieusement, plus on la conte, moins de gens semblent y croire! On aime mieux les histoires modernes qui nous disent que la planète est en danger, qu’il faut apprendre à vivre autrement. Et alors, je me dis que si le petit enfant de la crèche de Bethléem revenait et qu’il nous faisait dire, de la bouche de ses anges, qu’on doit « prendre soin de la planète », peut-être qu’on le croirait? En fait, la jeune Greta, c’est peut-être un ange, un ange moderne bien entendu, un ange qui n’a pas la langue dans sa poche, et qui se fâche, et qui gueule un peu fort, mais un ange quand même. Non?

Quoi qu’il en soit, je reviens au dernier refrain de ma chanson : « L’ombre s’enfuit et le jour va paraître, pour éclairer les nids et les berceaux. Le ciel est bleu, le printemps va renaître. Noël! Noël! Pour les petits oiseaux! » Il faut les comprendre, ces pauvres oiseaux. Surtout qu’il n’y a pas qu’eux qui trouvent que ça coûte cher le chauffage en hiver, et qui espèrent que le printemps va renaître pas trop tard. Tout comme Marie, Joseph et le petit qui, après la visite des bergers et des grands rois, entreprirent leur long voyage en Égypte, espérant surtout ne pas rencontrer le méchant roi Hérode… Alors, je terminerai mon grain de sel en disant plutôt : « Noël pour les oiseaux et aussi pour les itinérants, pour les familles qui manquent du nécessaire, pour les personnes qui sont seules… Et surtout, Noël pour tous ceux qui y croient! »

© Madeleine Genest Bouillé, 3 décembre 2019

Te souviens-tu?

Je lisais quelque part que les amoureux de longue date aiment à se dire : « Te souviens-tu? »  Pour les couples qui sont ensemble et qui s’aiment depuis longtemps, cette phrase est aussi importante que l’éternel « M’aimes-tu? » Elle veut presque dire la même chose. Des souvenirs communs nous rapprochent, nous font sourire; même les souvenirs douloureux sont moins pénibles, parce qu’on a quelqu’un avec qui les partager.

On a traversé les moments difficiles ensemble, on a vécu le meilleur et le pire. L’indéfectible présence de l’autre nous a soutenu à chaque étape de la vie. On a conjugué à tous les temps le verbe aimer, avec tendresse, passion, patience, humour, reconnaissance… Il y en a des choses dans ce « Te souviens-tu? »

« Te souviens-tu », c’est aussi ce qui nous rapproche quand, les parents partis, on se retrouve, frères et sœurs, sur la ligne d’en haut de l’arbre généalogique. Certains se sont mariés, ont leur famille, enfants et petits-enfants sont au centre des préoccupations. Les célibataires, plus libres, ont rempli leur vie avec diverses réalisations. On se rencontre, et au détour de la conversation, la phrase magique « Te souviens-tu? », vient abolir les années écoulées. Les souvenirs des bons et des mauvais coups, des tours qu’on a joués, même des punitions méritées, font rayonner les visages de tous ces enfants d’hier.

« Te souviens-tu? », c’est le mot d’ordre de ce mois de novembre. Est-ce à cause de son dénuement, de sa grisaille, de sa mélancolie toujours présente même quand il fait beau? C’est en novembre qu’on rappelle à notre souvenir ceux qui nous ont quittés pour toujours. Deuils récent à la douleur encore vive ou deuils anciens encore présents à la mémoire, à moins d’être très jeune, on a tous un peu de parenté «  de l’autre bord » et ils sont précieux ces moments pour se souvenir. On ne doit pas les laisser passer…

© Madeleine Genest Bouillé, 22 novembre 2019

Les préjugés

Octobre s’achève. Il nous a fait des accroires, avec des températures qui parfois frôlaient le zéro, même que quelques matins, on s’est retrouvé en bas de ce foutu zéro. Les vents ont joué à qui se déchaînerait le plus… Les feuilles avaient beau essayer de résister, elles tombaient en virevoltant. À certains moments, on aurait dit un beau ballet bien orchestré. Mais qu’on le veuille ou non, voici novembre avec son gros balai; il vient nettoyer la place pour l’hiver.  Et ça me fait penser qu’on devrait aussi donner un grand coup de balai dans nos vieilles idées arrêtées, nos préjugés, pour faire de la place aux idées nouvelles, aux idées des autres. C’est pas toujours facile, j’en conviens. Dans vingt-quatre heures, on se sera donné un nouveau gouvernement… pour le meilleur? Espérons que ce ne soit pas pour le pire! Dans tous les beaux discours qu’on a entendus depuis le début de la campagne électorale, il s’est souvent glissé quelques préjugés, quelques idées préconçues; évidemment, quand on parlait des adversaires! Mais comme on dit, c’est de bonne guerre!

Dans mon vieux dictionnaire, un préjugé, c’est « ce qui a été jugé auparavant, une idée préconçue ». J’ai lu quelque part que les préjugés sont les « chaînes forgées par l’ignorance pour séparer les hommes (et les femmes aussi) ». Ailleurs j’ai lu cette phrase qui va plus loin: « Au lieu de se débarrasser de leur préjugés, la plupart d’entre nous les camouflent et les font passer pour des principes. »  Plus poétiquement, Félix Leclerc nous donne sa définition d’un préjugé : « C’est une petite branche d’arbre qui empêche de voir la mer. »  Ma définition à moi, c’est  ceci : « Un préjugé c’est ce que tout le monde prétend ne pas avoir, mais que tous, on possède, à des degrés divers. »

Si seulement on savait pourquoi on a des préjugés, ce qui les engendre; quand on va à la source d’un mal on peut plus facilement le guérir ensuite. Au départ, je crois que les préjugés sont engendrés par l’ignorance; on craint toujours un peu ce qu’on ne connaît pas, on se méfie. C’est vrai aussi qu’on essaie souvent de faire passer nos préjugés pour des principes; on n’aime pas remettre nos valeurs en question. C’est dérangeant. C’est comme quand on veut changer les meubles de place dans une pièce, et que  finalement, après cinq ou six essais, chacune des pièces du mobilier se retrouve exactement où elle était avant.  C’est rassurant! Ça veut dire qu’on avait raison. Avoir raison! Y a-t-il quelque chose de plus réconfortant?

Il faut bien l’avouer, notre vue sur le monde et les gens qui nous entourent est trop souvent bouchée par une forêt de préjugés! Novembre est là… c’est le temps du grand ménage, ça ne ferait pas de tort de balayer aussi nos préjugés!

Madeleine Genest Bouillé, 20 octobre 2019

(À partir d’un texte original de 1979).

Laissez les enfants croire aux fées

Certains soirs, je dirais quand même assez souvent, il me prend le goût de voyager… Mon véhicule préféré étant la musique, soit j’écoute de vieux enregistrements de mes chanteurs et chanteuses préférées de jadis, que je ne me lasse point d’entendre. Ou encore, je vais chercher sur Internet les mélodies interprétées par des artistes dont je n’ai pas les CD. Je me promène dans les années 80, 70, 60 et parfois plus loin encore. Selon les chansons ou pièces instrumentales que je choisis d’entendre, je fais un voyage dans le temps!

Aujourd’hui, j’ai envie de vous présenter une chanteuse dont j’ai toujours aimé la voix. Il s’agit de Vicky Leandros, de son vrai nom Vassilliki Papathanassiou, née en 1949 à Corfou en Grèce. On a commencé à l’entendre en 1967, alors qu’elle chantait L’amour est bleu. Certains se rappelleront aussi cet autre succès : C’était le temps des fleurs, chanson qui a été tellement populaire dans les années 70. Parmi les mélodies de Vicky que je préfère, il y a Après toi, Il neige sur le Lac Majeur, composition de Mort Shuman en 1972, et surtout  Laissez les enfants croire, dont je vous offre les paroles :

1
Arrive un jour où l’on ne croit plus à rien.
Arrive un jour où le rêve est incertain.
Mais laissez les enfants croire aux fées,
Aux histoires démodées,
Laissez-les donc rêver.
Oh! Laissez les enfants croire au loup,
Qui est loin après tout
Et pas si méchant que nous.

2
Arrive un jour où l’on perd son innocence.
Arrive un jour où l’on perd toute confiance.
Mais laissez les enfants croire encore
Que l’amour est plus fort.
Que la vie, que la mort.
Oh! Laissez les enfants être fous,
Laissez-les croire à tout
Ce qui est perdu pour nous.

Deux de mes petits-enfants, Pierre et Samuel…

On devrait remettre cette chanson en circulation… elle serait bien vite à la mode. Quand je vois nos gouvernants décider que les enfants de quatre ans doivent aller à l’école, j’aimerais qu’ils écoutent cette mélodie, qu’ils en apprennent les paroles par cœur. C’est exagéré? Un peu je l’admets, les chansons étant faites pour toucher pas seulement l’ouïe, mais aussi le cœur. Vous admettrez cependant que ces mots ont un sens profond, comme un cri d’alarme.

Je ne comprends pas qu’on veuille sortir les petits de leur enfance si tôt. Pourquoi cette hâte à faire entrer les enfants dans le système? Ils expérimentent déjà tout plein de choses chez leur gardienne. Comme à la maison, les enfants y font l’apprentissage de la vie en société, avec des enfants d’âges différents, mais en nombre restreint. Dans ce climat familial, ils apprennent aussi des rudiments de matières scolaires qu’ils connaîtront mieux à l’école, quand ils seront prêts!

Sans doute que certains grands manitous ne voient que le côté pratique de la chose. Et il y a certainement des joueurs qui ont tout à attendre de cette joute politique. L’innocence, la confiance, les rêves et les fées, c’est bon pour les chansons…

Et moi, comme beaucoup d’autres grand-mères, je répète : « Laissez les enfants croire aux fées, aux histoires démodées… »

© Madeleine Genest Bouillé, 10 septembre 2019

Croyez-vous au bonheur?

Je faisais du ménage dans mes paperasses. J’ai commencé par classer ma bibliothèque; c’était pas du luxe! Après cela, je me suis attaquée au tiroir des feuilles de musique de mon gros classeur. Je vous ai déjà parlé de mes tentatives de rangement jamais terminées.  Je ne sais pas combien fois je me suis plongée dans ce classement. Mais voilà, commencer un  ménage, c’est une chose, le finir, c’en est une autre!

Mais là, je m’y suis mise sérieusement. Je n’ai pas jeté grand-chose, seulement les copies supplémentaires. En repassant mes partitions, j’ai remarqué que plusieurs chansons parlent du bonheur. C’est un thème qui revient sur tous les tons, le bonheur à deux, le bonheur tout court, le bonheur qui s’en vient ou qui s’en va. Sur Facebook aussi on voit souvent des pensées ou des poèmes sur ce thème du bonheur. On partage, ça revient, on repartage… Si on ne partage pas, on ne sait jamais, tout à coup il passe dans mon bout, ce cher bonheur, et qu’il ne s’arrête pas parce que je n’ai pas partagé? On a un petit fond de superstition. Mais le bonheur, le vrai, y croit-on vraiment?

D’une chanson à l’autre, je me suis arrêtée à celle-ci, qu’on chantait dans ma jeunesse et qui a pour titre Il faut croire au bonheur.  Il y a trois couplets. Je vous les chante, même si vous n’entendez rien…

Ô toi qui de ma vie
Sais dorer les instants
Ô douce et tendre amie
Fais trêve à mon tourment
Pourquoi rester morose,
Devant les prés en fleurs
Puisqu’il y a des roses
Il faut croire au bonheur!

 Écoute, l’oiseau chante
Il se rit de tes pleurs.
De l’amour qui l’enchante
Il redit la ferveur.
Ne sois pas si dolente
Reviens de ta froideur.
Et puisque l’oiseau chante
Il faut croire au bonheur.

 Vois le ruisseau qui rêve
Il ne sait pas vieillir.
La brise le soulève
Et le fait tressaillir.
La terre est en liesse
Tout chante dans les cœurs.
Devant tant d’allégresse
Il faut croire au bonheur!

Il y en a des chansons qui parlent du bonheur! Je pense entre autres, à Il est où le bonheur?, Le bonheur c’est quand on s’aime, Le petit bonheur de Félix Leclerc et cette très belle chanson de Jacqueline Dulac Lorsqu’on est heureux : 

Lorsqu’on est heureux, on devrait pouvoir arrêter la vie
Arrêter le temps, la terre et les gens qui n’ont rien compris
Lorsqu’on est heureux, on devrait avoir pour unique envie
Tout au long des jours, de s’aimer d’amour…

J’aime bien la musique de cette chanson, mais certaines paroles me posent question, entre autres :

On devrait mourir lorsqu’on est heureux …
Pour ne pas pleurer, ne pas regretter et ne pas vieillir,
Pour ne pas sentir son bonheur finir, on devrait partir.

Qu’en pensez-vous? Moi je ne suis pas certaine que mourir soit la solution. Même si on y vient tous un jour. Il y a des moments où dans la vie on croit que tout est fini et le lendemain ou le jour d’après, le soleil brille à nouveau et on recommence à croire au bonheur.

Si je me tourne vers le petit carnet de pensées qui date de mes dernières années de couvent, j’ai une meilleure opinion du bonheur. Ainsi, il faut prendre les moments de bonheur quand ils passent, les savourer sans penser qu’ils vont peut-être finir, ou ceci : le bonheur est la seule chose qu’on est certain d’avoir lorsqu’on l’a donné. J’aime bien cette citation : le grand secret du bonheur c’est d’être bien avec soi-même. Et que penser de celle-ci: on n’a pas besoin de bonheur pour être heureux. Même s’il est vrai qu’au bonheur humain il manque toujours quelques pièces, il faut se rappeler que c’est en semant de la joie qu’on récolte du bonheur.

Tenez, je comparerais le bonheur au muguet, cette petite fleur de mai qu’on attend depuis la fonte des neiges et dont on guette les premières pousses. On le cueille brin par brin, en faisant attention; on le respire et c’est l’odeur même du printemps! Mais il ne dure pas longtemps… Hélas! Enfin, je dirais qu’on doit accepter que le bonheur soit parfois comme ces visiteurs et visiteuses qui nous arrivent sans crier gare, qui s’installent pour quelques heures ou quelques jours et qui repartent en promettant toujours de revenir… Quand? On ne le sait pas! Enfin, pour terminer je vous laisse cette savoureuse pensée :

Le bonheur, c’est comme le sucre à la crème:
si tu en veux, tu n’as qu’à t’en faire!

© Madeleine Genest Bouillé, 1er mai 2019

Ah! Que l’hiver tarde à passer…

On est déjà rendus en février! Février, étant le plus court, est un peu jaloux de ses frères, surtout de Janvier qui a l’honneur d’étrenner l’année nouvelle. Je ne sais pas pourquoi, mais quand les décorations du temps des Fêtes sont enlevées et rangées pour jusqu’au prochain Noël, la maison me paraît démunie. Aurais-je dû les garder plus longtemps? Mais voilà, je n’aime pas étirer les fêtes. Pour moi, ce serait comme vouloir porter la « robe du dimanche » jusqu’au vendredi. Je me rappelle maman qui n’était jamais pressée pour défaire l’arbre de Noël, même s’il perdait ses aiguilles, et je me cherche des bonnes raisons pour revenir au « temps ordinaire », même si je n’aime pas cette expression. Du temps ordinaire, il y en a toujours trop.

J’admets que cette année, la messe anniversaire du décès de mon frère Fernand arrivant le premier dimanche de février, nous avons donc eu un début de mois pas ordinaire. De quoi resserrer les liens, à la pensée de celui qui n’est plus. Mais, bon, comme on dit parfois, marmotte ou pas marmotte, il reste encore un grand bout d’hiver à passer. Alors autant l’occuper! J’ai donc décidé de faire du ménage dans mes paperasses, ma bibliothèque, sans oublier le coffre à jouets des petits qui grandissent, hélas, bien trop vite! Il n’y a maintenant que le plus jeune, Zachary, âgé de 5 ans, qui parfois délaisse son frère et son cousin – des « grands » de 8 ans – pour jouer avec les soldats, les animaux ou les petites autos. Encore une étape qui s’achève… Oh! Nostalgie, quand tu nous tiens!

Je me suis donc plongée dans le ménage de mon classeur… ménage jamais fini et sans cesse recommencé. Cette fois, je fais le tri des chansons. J’ai tout plein de paroles de vieilles chansons que j’ai copiées de mémoire afin de ne pas les oublier et d’autres, trouvées sur Internet. J’ai de la difficulté à jeter des chansons. Tenez, aujourd’hui, je suis tombée sur une belle mélodie de Stéphane Venne qui a pour titre Lorsque nous serons vieux. C’était chanté par Renée Claude qui avait belle voix douce. J’aime toujours les paroles de cette chanson; c’est un peu comme un credo que jadis, je me récitais pour plus tard…

« Plus tard » est venu, un peu trop vite évidemment. Ainsi, les paroles de la chanson prennent tout leur sens. Les voici :

« Quand nous serons au bout de notre route,
Mèches d’argent et rides sur le front
Que nos enfants seront mariés, sans doute
Dis mon ami, seront-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux.

Quand nous serons au bout de notre plage
Sable doré prendra couleur de gris
Ne vivant plus que pour le temps de l’âge
Dis mon ami, seront-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux.

Quand nous seront au bout de notre histoire
Comme un poème à son dernier quatrain
Sera-t-il dit que nous pourrons y croire
Dis mon ami, serons-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux,
Je crois que si, au moins, nous serons deux! »

Heureusement, oui, nous sommes deux et notre histoire n’est pas encore terminée! Il y a bien les désagréments de l’âge, et ils sont nombreux. La mécanique a des ratés; les chaleurs de l’été sont difficiles à supporter et les grands froids, comme cet hiver surtout, nous laissent transis. Ce qu’on peut être gauche quand on a les doigts gelés! Mais nous avons tout plein d’activités qui nous occupent tout en nous persuadant qu’on est encore utiles. Vraiment, je crois qu’on ne se sent pas vieillir, puisqu’on s’étonne quand on s’aperçoit qu’on est fatigué pour presque rien ou qu’on remet à demain ce qu’on devait faire aujourd’hui! On se cherche des bonnes raisons : « Je n’ai pas dormi assez… j’avais fait une trop grosse journée hier… »  Mais malgré tout, je crois qu’on vieillit moins vite quand on vit chez nous, dans nos affaires; même si ça nous prend un peu plus de temps pour faire « l’ordinaire » de la maison, comme disaient les anciens. Sommes-nous plus heureux? Je ne sais pas… Nous avons besoin de moins de choses, nous ne formons pas de projets à long terme. Et surtout, nous avons une belle famille, c’est notre plus grande richesse! Alors je crois, oui, que nous sommes aussi heureux, sinon plus!

© Madeleine Genest Bouillé, 4 février 2019