Les préjugés

Octobre s’achève. Il nous a fait des accroires, avec des températures qui parfois frôlaient le zéro, même que quelques matins, on s’est retrouvé en bas de ce foutu zéro. Les vents ont joué à qui se déchaînerait le plus… Les feuilles avaient beau essayer de résister, elles tombaient en virevoltant. À certains moments, on aurait dit un beau ballet bien orchestré. Mais qu’on le veuille ou non, voici novembre avec son gros balai; il vient nettoyer la place pour l’hiver.  Et ça me fait penser qu’on devrait aussi donner un grand coup de balai dans nos vieilles idées arrêtées, nos préjugés, pour faire de la place aux idées nouvelles, aux idées des autres. C’est pas toujours facile, j’en conviens. Dans vingt-quatre heures, on se sera donné un nouveau gouvernement… pour le meilleur? Espérons que ce ne soit pas pour le pire! Dans tous les beaux discours qu’on a entendus depuis le début de la campagne électorale, il s’est souvent glissé quelques préjugés, quelques idées préconçues; évidemment, quand on parlait des adversaires! Mais comme on dit, c’est de bonne guerre!

Dans mon vieux dictionnaire, un préjugé, c’est « ce qui a été jugé auparavant, une idée préconçue ». J’ai lu quelque part que les préjugés sont les « chaînes forgées par l’ignorance pour séparer les hommes (et les femmes aussi) ». Ailleurs j’ai lu cette phrase qui va plus loin: « Au lieu de se débarrasser de leur préjugés, la plupart d’entre nous les camouflent et les font passer pour des principes. »  Plus poétiquement, Félix Leclerc nous donne sa définition d’un préjugé : « C’est une petite branche d’arbre qui empêche de voir la mer. »  Ma définition à moi, c’est  ceci : « Un préjugé c’est ce que tout le monde prétend ne pas avoir, mais que tous, on possède, à des degrés divers. »

Si seulement on savait pourquoi on a des préjugés, ce qui les engendre; quand on va à la source d’un mal on peut plus facilement le guérir ensuite. Au départ, je crois que les préjugés sont engendrés par l’ignorance; on craint toujours un peu ce qu’on ne connaît pas, on se méfie. C’est vrai aussi qu’on essaie souvent de faire passer nos préjugés pour des principes; on n’aime pas remettre nos valeurs en question. C’est dérangeant. C’est comme quand on veut changer les meubles de place dans une pièce, et que  finalement, après cinq ou six essais, chacune des pièces du mobilier se retrouve exactement où elle était avant.  C’est rassurant! Ça veut dire qu’on avait raison. Avoir raison! Y a-t-il quelque chose de plus réconfortant?

Il faut bien l’avouer, notre vue sur le monde et les gens qui nous entourent est trop souvent bouchée par une forêt de préjugés! Novembre est là… c’est le temps du grand ménage, ça ne ferait pas de tort de balayer aussi nos préjugés!

Madeleine Genest Bouillé, 20 octobre 2019

(À partir d’un texte original de 1979).

Laissez les enfants croire aux fées

Certains soirs, je dirais quand même assez souvent, il me prend le goût de voyager… Mon véhicule préféré étant la musique, soit j’écoute de vieux enregistrements de mes chanteurs et chanteuses préférées de jadis, que je ne me lasse point d’entendre. Ou encore, je vais chercher sur Internet les mélodies interprétées par des artistes dont je n’ai pas les CD. Je me promène dans les années 80, 70, 60 et parfois plus loin encore. Selon les chansons ou pièces instrumentales que je choisis d’entendre, je fais un voyage dans le temps!

Aujourd’hui, j’ai envie de vous présenter une chanteuse dont j’ai toujours aimé la voix. Il s’agit de Vicky Leandros, de son vrai nom Vassilliki Papathanassiou, née en 1949 à Corfou en Grèce. On a commencé à l’entendre en 1967, alors qu’elle chantait L’amour est bleu. Certains se rappelleront aussi cet autre succès : C’était le temps des fleurs, chanson qui a été tellement populaire dans les années 70. Parmi les mélodies de Vicky que je préfère, il y a Après toi, Il neige sur le Lac Majeur, composition de Mort Shuman en 1972, et surtout  Laissez les enfants croire, dont je vous offre les paroles :

1
Arrive un jour où l’on ne croit plus à rien.
Arrive un jour où le rêve est incertain.
Mais laissez les enfants croire aux fées,
Aux histoires démodées,
Laissez-les donc rêver.
Oh! Laissez les enfants croire au loup,
Qui est loin après tout
Et pas si méchant que nous.

2
Arrive un jour où l’on perd son innocence.
Arrive un jour où l’on perd toute confiance.
Mais laissez les enfants croire encore
Que l’amour est plus fort.
Que la vie, que la mort.
Oh! Laissez les enfants être fous,
Laissez-les croire à tout
Ce qui est perdu pour nous.

Deux de mes petits-enfants, Pierre et Samuel…

On devrait remettre cette chanson en circulation… elle serait bien vite à la mode. Quand je vois nos gouvernants décider que les enfants de quatre ans doivent aller à l’école, j’aimerais qu’ils écoutent cette mélodie, qu’ils en apprennent les paroles par cœur. C’est exagéré? Un peu je l’admets, les chansons étant faites pour toucher pas seulement l’ouïe, mais aussi le cœur. Vous admettrez cependant que ces mots ont un sens profond, comme un cri d’alarme.

Je ne comprends pas qu’on veuille sortir les petits de leur enfance si tôt. Pourquoi cette hâte à faire entrer les enfants dans le système? Ils expérimentent déjà tout plein de choses chez leur gardienne. Comme à la maison, les enfants y font l’apprentissage de la vie en société, avec des enfants d’âges différents, mais en nombre restreint. Dans ce climat familial, ils apprennent aussi des rudiments de matières scolaires qu’ils connaîtront mieux à l’école, quand ils seront prêts!

Sans doute que certains grands manitous ne voient que le côté pratique de la chose. Et il y a certainement des joueurs qui ont tout à attendre de cette joute politique. L’innocence, la confiance, les rêves et les fées, c’est bon pour les chansons…

Et moi, comme beaucoup d’autres grand-mères, je répète : « Laissez les enfants croire aux fées, aux histoires démodées… »

© Madeleine Genest Bouillé, 10 septembre 2019

Croyez-vous au bonheur?

Je faisais du ménage dans mes paperasses. J’ai commencé par classer ma bibliothèque; c’était pas du luxe! Après cela, je me suis attaquée au tiroir des feuilles de musique de mon gros classeur. Je vous ai déjà parlé de mes tentatives de rangement jamais terminées.  Je ne sais pas combien fois je me suis plongée dans ce classement. Mais voilà, commencer un  ménage, c’est une chose, le finir, c’en est une autre!

Mais là, je m’y suis mise sérieusement. Je n’ai pas jeté grand-chose, seulement les copies supplémentaires. En repassant mes partitions, j’ai remarqué que plusieurs chansons parlent du bonheur. C’est un thème qui revient sur tous les tons, le bonheur à deux, le bonheur tout court, le bonheur qui s’en vient ou qui s’en va. Sur Facebook aussi on voit souvent des pensées ou des poèmes sur ce thème du bonheur. On partage, ça revient, on repartage… Si on ne partage pas, on ne sait jamais, tout à coup il passe dans mon bout, ce cher bonheur, et qu’il ne s’arrête pas parce que je n’ai pas partagé? On a un petit fond de superstition. Mais le bonheur, le vrai, y croit-on vraiment?

D’une chanson à l’autre, je me suis arrêtée à celle-ci, qu’on chantait dans ma jeunesse et qui a pour titre Il faut croire au bonheur.  Il y a trois couplets. Je vous les chante, même si vous n’entendez rien…

Ô toi qui de ma vie
Sais dorer les instants
Ô douce et tendre amie
Fais trêve à mon tourment
Pourquoi rester morose,
Devant les prés en fleurs
Puisqu’il y a des roses
Il faut croire au bonheur!

 Écoute, l’oiseau chante
Il se rit de tes pleurs.
De l’amour qui l’enchante
Il redit la ferveur.
Ne sois pas si dolente
Reviens de ta froideur.
Et puisque l’oiseau chante
Il faut croire au bonheur.

 Vois le ruisseau qui rêve
Il ne sait pas vieillir.
La brise le soulève
Et le fait tressaillir.
La terre est en liesse
Tout chante dans les cœurs.
Devant tant d’allégresse
Il faut croire au bonheur!

Il y en a des chansons qui parlent du bonheur! Je pense entre autres, à Il est où le bonheur?, Le bonheur c’est quand on s’aime, Le petit bonheur de Félix Leclerc et cette très belle chanson de Jacqueline Dulac Lorsqu’on est heureux : 

Lorsqu’on est heureux, on devrait pouvoir arrêter la vie
Arrêter le temps, la terre et les gens qui n’ont rien compris
Lorsqu’on est heureux, on devrait avoir pour unique envie
Tout au long des jours, de s’aimer d’amour…

J’aime bien la musique de cette chanson, mais certaines paroles me posent question, entre autres :

On devrait mourir lorsqu’on est heureux …
Pour ne pas pleurer, ne pas regretter et ne pas vieillir,
Pour ne pas sentir son bonheur finir, on devrait partir.

Qu’en pensez-vous? Moi je ne suis pas certaine que mourir soit la solution. Même si on y vient tous un jour. Il y a des moments où dans la vie on croit que tout est fini et le lendemain ou le jour d’après, le soleil brille à nouveau et on recommence à croire au bonheur.

Si je me tourne vers le petit carnet de pensées qui date de mes dernières années de couvent, j’ai une meilleure opinion du bonheur. Ainsi, il faut prendre les moments de bonheur quand ils passent, les savourer sans penser qu’ils vont peut-être finir, ou ceci : le bonheur est la seule chose qu’on est certain d’avoir lorsqu’on l’a donné. J’aime bien cette citation : le grand secret du bonheur c’est d’être bien avec soi-même. Et que penser de celle-ci: on n’a pas besoin de bonheur pour être heureux. Même s’il est vrai qu’au bonheur humain il manque toujours quelques pièces, il faut se rappeler que c’est en semant de la joie qu’on récolte du bonheur.

Tenez, je comparerais le bonheur au muguet, cette petite fleur de mai qu’on attend depuis la fonte des neiges et dont on guette les premières pousses. On le cueille brin par brin, en faisant attention; on le respire et c’est l’odeur même du printemps! Mais il ne dure pas longtemps… Hélas! Enfin, je dirais qu’on doit accepter que le bonheur soit parfois comme ces visiteurs et visiteuses qui nous arrivent sans crier gare, qui s’installent pour quelques heures ou quelques jours et qui repartent en promettant toujours de revenir… Quand? On ne le sait pas! Enfin, pour terminer je vous laisse cette savoureuse pensée :

Le bonheur, c’est comme le sucre à la crème:
si tu en veux, tu n’as qu’à t’en faire!

© Madeleine Genest Bouillé, 1er mai 2019

Ah! Que l’hiver tarde à passer…

On est déjà rendus en février! Février, étant le plus court, est un peu jaloux de ses frères, surtout de Janvier qui a l’honneur d’étrenner l’année nouvelle. Je ne sais pas pourquoi, mais quand les décorations du temps des Fêtes sont enlevées et rangées pour jusqu’au prochain Noël, la maison me paraît démunie. Aurais-je dû les garder plus longtemps? Mais voilà, je n’aime pas étirer les fêtes. Pour moi, ce serait comme vouloir porter la « robe du dimanche » jusqu’au vendredi. Je me rappelle maman qui n’était jamais pressée pour défaire l’arbre de Noël, même s’il perdait ses aiguilles, et je me cherche des bonnes raisons pour revenir au « temps ordinaire », même si je n’aime pas cette expression. Du temps ordinaire, il y en a toujours trop.

J’admets que cette année, la messe anniversaire du décès de mon frère Fernand arrivant le premier dimanche de février, nous avons donc eu un début de mois pas ordinaire. De quoi resserrer les liens, à la pensée de celui qui n’est plus. Mais, bon, comme on dit parfois, marmotte ou pas marmotte, il reste encore un grand bout d’hiver à passer. Alors autant l’occuper! J’ai donc décidé de faire du ménage dans mes paperasses, ma bibliothèque, sans oublier le coffre à jouets des petits qui grandissent, hélas, bien trop vite! Il n’y a maintenant que le plus jeune, Zachary, âgé de 5 ans, qui parfois délaisse son frère et son cousin – des « grands » de 8 ans – pour jouer avec les soldats, les animaux ou les petites autos. Encore une étape qui s’achève… Oh! Nostalgie, quand tu nous tiens!

Je me suis donc plongée dans le ménage de mon classeur… ménage jamais fini et sans cesse recommencé. Cette fois, je fais le tri des chansons. J’ai tout plein de paroles de vieilles chansons que j’ai copiées de mémoire afin de ne pas les oublier et d’autres, trouvées sur Internet. J’ai de la difficulté à jeter des chansons. Tenez, aujourd’hui, je suis tombée sur une belle mélodie de Stéphane Venne qui a pour titre Lorsque nous serons vieux. C’était chanté par Renée Claude qui avait belle voix douce. J’aime toujours les paroles de cette chanson; c’est un peu comme un credo que jadis, je me récitais pour plus tard…

« Plus tard » est venu, un peu trop vite évidemment. Ainsi, les paroles de la chanson prennent tout leur sens. Les voici :

« Quand nous serons au bout de notre route,
Mèches d’argent et rides sur le front
Que nos enfants seront mariés, sans doute
Dis mon ami, seront-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux.

Quand nous serons au bout de notre plage
Sable doré prendra couleur de gris
Ne vivant plus que pour le temps de l’âge
Dis mon ami, seront-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux.

Quand nous seront au bout de notre histoire
Comme un poème à son dernier quatrain
Sera-t-il dit que nous pourrons y croire
Dis mon ami, serons-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux,
Je crois que si, au moins, nous serons deux! »

Heureusement, oui, nous sommes deux et notre histoire n’est pas encore terminée! Il y a bien les désagréments de l’âge, et ils sont nombreux. La mécanique a des ratés; les chaleurs de l’été sont difficiles à supporter et les grands froids, comme cet hiver surtout, nous laissent transis. Ce qu’on peut être gauche quand on a les doigts gelés! Mais nous avons tout plein d’activités qui nous occupent tout en nous persuadant qu’on est encore utiles. Vraiment, je crois qu’on ne se sent pas vieillir, puisqu’on s’étonne quand on s’aperçoit qu’on est fatigué pour presque rien ou qu’on remet à demain ce qu’on devait faire aujourd’hui! On se cherche des bonnes raisons : « Je n’ai pas dormi assez… j’avais fait une trop grosse journée hier… »  Mais malgré tout, je crois qu’on vieillit moins vite quand on vit chez nous, dans nos affaires; même si ça nous prend un peu plus de temps pour faire « l’ordinaire » de la maison, comme disaient les anciens. Sommes-nous plus heureux? Je ne sais pas… Nous avons besoin de moins de choses, nous ne formons pas de projets à long terme. Et surtout, nous avons une belle famille, c’est notre plus grande richesse! Alors je crois, oui, que nous sommes aussi heureux, sinon plus!

© Madeleine Genest Bouillé, 4 février 2019

Une belle histoire…

Aujourd’hui, 6 janvier, c’était l’Épiphanie. Je dis « c’était » parce qu’il est bientôt 23 heures, donc, ça achève. À la messe, on a chanté quelques cantiques du temps des Fêtes…c’était la dernière fois d’ici à Noël, dans un peu moins de 12 mois.  Je ne sais pas si vous êtes venus voir la crèche à l’église, pour ça aussi, c’était votre dernière chance, tout devra être défait pour dimanche prochain.  Autrefois, on avait comme on dit un « lousse » entre la Fête des Rois et le Baptême de Jésus, qui comme on le sait a été baptisé à l’âge adulte.  Maintenant, il n’a pas le choix, il grandit vite, dimanche le 13, c’est le Baptême et ensuite, vas-y mon homme, c’est la vie publique qui commence!

À l’homélie, notre pasteur suppléant, nous a raconté la visite des Rois Mages, qui étaient de grands savants, venus adorer Jésus dont ils avaient été avertis de la naissance, d’une façon pas ordinaire. Ces Mages avaient vu une étoile pas comme les autres, plus brillante, qui se déplaçait vers l’est, ou l’Orient, comme vous voulez. Ils ont donc suivi cette étoile…Imaginez, en 2019, trois hommes ou trois femmes, si vous préférez, qui partent en plein hiver pour une destination inconnue, parce qu’ils suivent une étoile. Juste ça, c’est déjà de la science-fiction!  L’histoire nous dit ensuite que l’étoile s’est arrêtée au-dessus d’une grotte, ou une étable. Dans « Emmanuel à Joseph à Davit », écrit par Antonine Maillet en 1975, c’est une cabane à pêche sur la glace.  Enfin, quel que soit le lieu, ils demandent aux gens où est le Roi des Juifs qui est né cette nuit. M’est avis, qu’au pas lent des chameaux, ça devait bien faire une couple de semaines qu’il était né, le petit. Mais ce n’est pas ça qui est important.  Le roi Hérode – un ancêtre de Donald Trump – avait des informateurs un peu partout. Il fait donc dire aux grands savants de venir l’aviser quand ils auraient trouvé l’endroit où était cet enfant, futur roi, pour qu’il puisse lui aussi aller l’adorer. Plus « crasse » que ça, ça se peut pas!

Dans l’Histoire Sainte qu’on étudiait dans ma jeunesse, on avait appris qu’Hérode était un méchant roi, tellement tordu qu’ayant appris dans les Écritures (qu’il lisait pour se renseigner) qu’un nouveau roi naîtrait dans son pays, il n’avait pas pris de chance et il avait fait tuer tous les petits garçons de moins de deux ans.  Moi, j’ai pour mon dire qu’il a bien dû y en avoir une couple qui ont été réchappés! Quand même! Enfin, c’est ainsi que dans les Écritures on lit : « Avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, les mages regagnèrent leur pays par une autre chemin. ». Aux leçons de catéchisme, on nous avait raconté cet épisode de la vie de Jésus d’une autre façon. On nous disait qu’un ange messager – à l’époque, c’était très populaire – enfin, un ange avait averti ces messieurs qu’ils devaient se méfier du roi Hérode et changer d’itinéraire pour le voyage de retour, ce qu’ils ont fait, respectant ainsi le cours de l’Histoire.

Vraiment, je trouve qu’on en saute pas mal de bouts, de cette fabuleuse histoire.  Il s’en passe des choses, avant le baptême de Jésus!  Il y a la fuite en Égypte.  Encore là, il y a un ange qui a dit à Joseph : « Ramasse tes affaires, ta femme et le petit, attelle ton âne, puis vas-t-en d’ici au plus vite. Il y a Hérode qui est viré fou puis qui veut tuer tous les petits gars ». C’était pas une petite trotte, de Bethléem jusqu’en Égypte! Joseph, il l’avait solide, la foi!  Ensuite il y a eu le massacre des enfants…ça je veux bien qu’on en passe des bouts. Enfin, après la mort d’Hérode, il y a encore un ange – ça doit être le même, je suppose – qui va en Égypte dire à Joseph : « O.K. Tu peux revenir au pays, Hérode est mort, il n’y a plus de danger. Mais pour être plus sûr, va donc t’installer en Galilée, à Nazareth, les logements sont pas trop chers et il y a de l’ouvrage pour un menuisier. »  Bon, admettons que c’est pas écrit tout à fait comme ça, dans les Écritures, mais en gros ça veut dire la même chose. Il y a aussi la fois, quelques années plus tard, quand Marie et Joseph ont perdu Jésus dans le Temple.  Quand ils l’ont trouvé en train de prêcher comme un père Jésuite, il me semble qu’ils ont dû se dire : « Ah non! Pas déjà!  On n’a pas fini avec lui! »

 Vraiment, l’Épiphanie, c’est seulement une partie d’une bien belle histoire!  Et même si le gâteau des Rois avec le pois et la fève ne s’y rattache que de très loin, c’est une  façon  agréable de fêter  ce dernier jour du temps des Fêtes!

© Madeleine Genest Bouillé, 6 janvier 2019

C’est dans le temps du Jour de l’An…

« Ah qu’il fait bon, bon, prendre un verre de bière
Avec la cuisinière, dans un p’tit coin noir…
…dans l’temps du Jour de l’An! »

J’écoute parfois des reprises de l’émission Soirée canadienne, rediffusées sur Prise 2. Cette émission animée par Louis Bilodeau du début des années 60 jusqu’en 1983 nous a promenés des Cantons de l’Est jusqu’à Lanaudière, en passant par la Beauce, la Mauricie, et aussi loin que Charlevoix et la Gaspésie. 985 soirées ont été ainsi présentées pour le plus grand plaisir des téléspectateurs. Les maires et les curés des villages participants avaient à cœur de mettre en valeur ce qui faisait la fierté de leur patelin. Soirée canadienne, je dirais que ce fut l’ancêtre de La petite séduction, qui durant plusieurs saisons a mis « sur la carte » un bon nombre de villages et villes du Québec, et aussi d’autres provinces canadiennes.

Ce soir, 31 décembre, en attendant la fin de 2018, j’ai revu des bribes de ces soirées, avec à peu près les mêmes chansons à répondre, du genre de celle dont j’ai reproduit quelques lignes au début de ce « grain de sel ». J’ai aussi revu les jeunes danseurs de gigue qui reprenaient les mêmes pas d’un village à l’autre. On était en 1978… les robes d’époque portées par les dames, dans le style « Petite maison dans la prairie » côtoyaient les habits de fortrel alors à la mode pour les messieurs. Je regardais danser les fillettes de 10 – 12 ans et je me suis demandé si ces dames, qui ont maintenant environ 50 ans, regardaient elles aussi leurs prouesses d’il y a 40 ans.

Soirée canadienne s’inspirait des veillées du temps des Fêtes d’une époque révolue. De ces rencontres familiales d’antan, on a gardé les repas où la boustifaille prend presque toute la place. Ce qu’on peut manger dans le temps des Fêtes, c’est pas croyable! C’est à qui ferait les meilleures tourtières, le ragoût de boulettes le plus délicieux et la dinde farcie ou non la plus incroyable! Et que dire des hors d’œuvre qui varient d’une famille à l’autre, en passant par les indispensables « petites saucisses »,  jusqu’aux petits légumes accompagnant les trempettes… sans compter les merveilleux fromages de par chez nous servis avec du pain fait maison ou qui y ressemble à s’y méprendre Chose certaine, il reste toujours de la place pour les desserts! La traditionnelle bûche, qu’elle soit faite maison ou non, est tout d’abord un régal pour les yeux! Puis, ça continue avec les beignes, le gâteau aux fruits et les diverses pâtisseries. Chaque cuisinière est fière de ses recettes qu’elle tient de sa mère, qui les tenait de la sienne… Beaucoup de nos traditions proviennent des cuisines de nos aïeules!  Et c’est le temps des Fêtes qui nous permet  de les ressortir!

Une veillée d’autrefois, illustration d’Edmond-J. Massicotte (Bibliothèque et Archives nationales du Canada).

Que ça passe vite le temps des Fêtes, trop vite! Quand j’écris cela, il me revient ce passage d’un livre que j’ai noté il y a longtemps: « Ça passe vite les jours heureux! Mais ils passent sans passer tout à fait. Car l’essence même de ce qui les rendit heureux, demeure, après qu’ils sont effacés du calendrier. » J’ai quand même l’impression que je « tire de l’arrière » comme un vieux cheval. Mais bon, quoi qu’il en soit, j’ai donc délaissé l’écriture pour fêter; c’était quand même le Jour de l’An! Et voilà que nous sommes déjà rendus au 3 janvier. Les calendriers affichent tous de beaux paysages d’hiver. J’en reçu un en cadeau : il s’agit d’un album de photos qui s’étale sur une quarantaine d’années et dont chaque page, sauf une, représente le fleuve à Deschambault.  La plupart des pages montre une chaloupe ou un bateau,  tout près  de  nos deux anciens phares.  Je vis déjà au bord du fleuve, mais avec ce calendrier, le fleuve, il est dans la maison! Comme j’ai la manie de tout noter sur un calendrier, plusieurs dates entourées d’un trait de crayon, attestent déjà que la vie normale va bientôt reprendre son cours. Les autobus jaunes vont recommencer à sillonner nos routes, remplis de jeunes  écoliers.  Les activités de toutes sortes vont recommencer, la Fadoq, le Club Lions, les Fermières ont sans doute déjà fixé les dates de leurs réunions et ce, jusqu’en juin. Il y a aussi la chorale de l’École de musique qui illumine les soirées du vendredi!  Je serai au poste… si j’ai la chance de ne pas être terrassée par le vilain rhume qui flottait dans l’air le soir du Jour de l’An!

Et c’est comme ça qu’il passe, le temps des Fêtes! Il passe très vite, en laissant des restes dans le frigo, des petits jouets dans les endroits les plus incongrus, quelques moutons sur le dos près de la crèche et le chameau qui a déménagé près de l’église. Mais surtout, il m’a laissé de tendres souvenirs qui mettent de la brume dans mes lunettes et qui vont m’aider à passer l’hiver.

© Madeleine Genest Bouillé, 3 janvier 2019

Que sont mes amis devenus?

Une ancienne compagne de classe, qui a fait sa vie aux Iles de la Madeleine, est venue se ressourcer, ou se refaire une santé – ou les deux – dans son village natal. Quelle bonne idée! Nous nous sommes d’abord parlé au téléphone, puis nous nous sommes rencontrées, avec les inévitables : « Comme ça fait longtemps! » suivi de : « Qu’es-tu devenue tout ce temps? »  Ces mots m’ont rappelé les paroles d’une vieille chanson. Dans les années 80, Nana Mouskouri avait repris cette complainte du Trouvère Rutebeuf; sur un petit air tristounet, la chanson dit : « Que sont mes amis devenus, que j’avais de si près tenus et tant aimés… Ce sont amis que vent emporte, et il ventait devant ma porte, les emporta. »

Avec Colette et Madeleine, 1948 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Dans ma mémoire sont d’abord apparues les premières amies avec lesquelles j’ai joué dans mon enfance, elles ont évidemment une place de choix! Et alors ont défilé les compagnes de classe, de la 3e à la 11e année, ça en fait du monde! Inévitablement, sont revenus à ma mémoire les rires et les plaisanteries des filles et garçons avec qui j’ai « jeunessé », du temps où je travaillais au Central du téléphone. On se rencontrait soit à la salle, au restaurant ou au terrain de jeux, lors des parties de balle-molle, en été et de ballon-balai en hiver. J’aime bien ce terme, « jeunesser », je trouve qu’il exprime parfaitement ces relations amicales et sans conséquence qui sont le lot de notre adolescence  et des débuts de notre vie d’adulte. C’est souvent de ce temps que datent les  vraies amitiés, celles qui durent toujours!

Profession de foi, 1952 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Et ensuite se succèdent les personnes que j’ai rencontrées au gré des différentes activités auxquelles j’ai participé.  Que sont-ils tous devenus?  J’avoue que j’en ai perdu plusieurs de vue, et ce depuis longtemps.  Comme dans la chanson «  le vent les a emportés ». Par contre, demeurant dans le village où je suis née, je rencontre quand même souvent d’anciennes compagnes de classe ou des amis que je connais depuis de nombreuses années. En vieillissant, je remarque qu’on se rapproche volontiers des personnes avec lesquelles on a partagé des tranches de vie et c’est normal. On a des souvenirs en commun; on a fait du théâtre, de la pastorale, on était ensemble dans la chorale, nos enfants sont allés à l’école ensemble… on a ri ensemble! À plus forte raison, quand il s’agit des gens avec qui on a « bénévolé », un autre mot qui en dit long! Alors forcément, ça tisse des liens. Et ces liens qui nous rattachent les uns aux autres, c’est de la chaleur pour le cœur. Mais, comme le dit une autre chanson : « Avec le temps, va… tout s’en va ». Alors, quand l’un ou l’une part pour le dernier voyage, qu’importe la saison, on sent un courant d’air tout à coup, on a froid. On sent surtout le besoin de se rapprocher de ceux qui restent.

La chorale du 250e anniversaire en 1963 (collé privée Madeleine Genest Bouillé).

Lors du 50e anniversaire de vie religieuse de Sœur Louisette en 2003 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Qu’est-ce donc que l’amitié? Une autre chanson me revient, elle était chantée par Françoise Hardy : « Beaucoup de mes amis sont venus des nuages… ils ont fait la saison des amitiés sincères, la plus belle saison des quatre de la terre. » Déjà, quand j’étais enfant, j’hésitais toujours un peu avant de dire qu’une autre fillette était mon amie. Je me souviens que j’avais peur de me tromper; j’attendais d’être certaine. Pour moi, l’amitié était comme une maison où on est invité; on frappe à la porte, mais on attend pour entrer que quelqu’un vienne ouvrir.

Au cours de mes années d’étudiante, j’ai noué des relations amicales avec plusieurs compagnes en tenant compte toutefois qu’il était dans l’ordre des choses que nos chemins se séparent à la fin de nos études. Plus tard, au fil des années, j’ai connu des personnes que je nomme « des  étoiles filantes ». Rencontrés dans différents groupes, ces «  amis »  en devenir, pour une raison ou une autre, n’ont fait que traverser ma vie.  Il y a eu des déménagements. On sait ce que c’est, on se promet de demeurer en contact, et le cours des choses en décide autrement. Parfois on s’éloigne parce que, malgré certaines affinités, on n’est pas sur la même longueur d’ondes, ou on n’a pas les mêmes valeurs. C’est dommage!

Il y a encore heureusement des personnes qui « font la saison des amitiés sincères ». Ils et elles ne sont pas légion; certains sont des amis depuis très longtemps, d’autres  depuis peu, mais tous me sont chers. Que ces amitiés se soient forgées au fil des ans ou au gré des activités qui nous ont rapprochés, j’espère de tout mon cœur que le vent ne les emportera pas! L’amitié, c’est comme le soleil; parfois il se cache; mais on sait qu’il n’est pas loin, et qu’il va revenir. Pour les vrais amis, l’essentiel c’est que chacun sache qu’il peut compter sur l’autre.

En terminant  je vous cite deux pensées tirées de mon vieux petit carnet, d’abord celle-ci : « Les vrais amis attendent la réponse quand ils demandent : Comment vas-tu? » Et celle-là : « Un ami : quelqu’un qui sait tout de toi et qui t’aime quand même. »

© Madeleine Genest Bouillé, août 2015 et 2018

Ces pauvres iris!

On est en juin; malgré la température plutôt fraîche – du moins jusqu’à aujourd’hui – mes iris ont commencé à fleurir. J’aime beaucoup ces fleurs, surtout que nous en avons  beaucoup.  Tellement, qu’à chaque année à l’automne, mon mari en enlève, les replante ailleurs ou il en donne à qui en veut, quand il ne sait plus où les mettre!

Voilà qu’avec la nouvelle lune, nous arrivent des jours moroses, accompagnée de vents violents, Dame Nature est de plus en plus portée sur les débordements.  Ça fait partie des changements climatiques… on ne peut plus se le cacher! Quoi qu’il en soit, on doit se compter chanceux, nous n’avons quand même pas d’inondations, de cyclones, de tornades ou de tremblements de terre dévastateurs.

Mais les pauvres iris! Dès que le vent les secoue un peu fort, qu’importe le côté d’où il vient, mes iris se couchent… et ne se relèvent plus! La tige est pliée, il n’y a rien à faire. Il ne nous reste plus qu’à couper les malheureuses fleurs qui n’ont pas su rester debout. Parfois, elles ne sont même pas encore en pleine floraison, c’est dommage. Chaque fois, ça me désole!

Ce phénomène m’a inspirée une réflexion que je vous livre. Quand il arrive un coup dur, n’est-ce pas qu’il serait tentant de se coucher et de ne plus se relever? Ne plus lutter, ne plus souffrir, avoir la sainte paix!  Quand on n’offre plus de résistance, que peut-il arriver de pire que de rester à terre? Certains le font… c’est aussi ce que font les iris. Au premier gros vent qui les assaille, ils cèdent. Remarquez, je me disais aussi que si Jésus était resté à terre à sa première chute, peut-être qu’on l’aurait laissé tranquille, mais non, il s’est relevé, trois fois, alors on s’est acharné sur lui, et on a fini par le crucifier. Oui je sais bien, il était écrit qu’il fallait que ça se passe ainsi. Il fallait qu’il se relève, pour continuer son chemin vers le Calvaire. Il devait aussi se relever pour nous enseigner à faire de même…

La saison des iris passe très vite… c’est sûrement mieux ainsi. La tentation de tout laisser tomber quand ça va mal, il ne faut pas que ça dure. C’est normal, c’est humain et comme le disait Charles Péguy : « Seigneur, vous nous avez pétri de cette terre, ne vous étonnez pas de nous trouver terreux! »

© Madeleine Genest Bouillé, juin 2009

En écoutant les outardes…

Quand on sort d’un rhume de printemps, pendant un bout de temps, on n’est pas « d’équerre ». Oui, je sais, c’est pas la bonne expression, mais bonne ou mauvaise, je l’utilise, car c’est ce qui me convient le mieux actuellement. « Je suis pas d’équerre », par là je veux dire, que je suis toute croche. Pas en forme, je me fatigue vite, j’ai pas de goût pour grand-chose, alors évidemment, pour reprendre une autre expression de par chez nous, « Je suis à pic! » Ce qui s’explique peut-être par ceci : cet hiver trop long m’a maganée, et pas rien qu’un peu! Voilà, c’est dit et on peut passer à autre chose!

Au moins, la neige est pas mal toute fondue, tant sur le bord du chemin que dans l’escalier qui descend au chalet en face de chez nous. Ce chalet qui a été rénové à plusieurs reprises a une longue histoire. Ce fut tout d’abord, selon les personnes qui m’ont renseignée, soit un poulailler; un hangar ou une cabane à patates frites! Vous avez le choix. Il y a de ça entre 60, 70 ans, M. Henry Bouillé, un pilote qui demeurait au village, avait acquis cette construction pour en faire un chalet. À l’époque, l’intérieur était, m’a-t-on dit, revêtu de « Donnacona Board », matériau qui était alors très à la mode. Je me souviens de M. Henry Bouillé, son allure débonnaire, son petit sourire moqueur; il n’avait jamais l’air pressé. Je me rappelle un peu moins son épouse, une dame distinguée qui, comme toutes les femmes mariées de ce temps-là, portait le nom de son mari. On connaissait donc Madame Henry Bouillé… et beaucoup moins Olivine! À la fin de sa vie, devenue veuve, elle est allée demeurer au couvent de Deschambault, après avoir été longtemps une des bienfaitrices de cette institution qui n’a pas toujours roulé sur l’or.

Olivine et Henry avait deux filles, Simone, mariée à M. Antoine Roy, un agronome, et Colette, mariée, tout comme sa mère, à un pilote, M. Horace Arcand. Simone a eu deux enfants,  un fils et une fille, et Colette, en a eu quatre, trois fils et une fille. Le chalet était un lieu de rassemblement pour toute la famille, et on s’imagine sans peine les joyeuses rencontres entre cousins, cousines et amis par les beaux jours d’été! Jean-Paul Roy, fils de Simone, fut le dernier propriétaire issu de la famille de M. Henry Bouillé. Après être passé entre plusieurs mains, le chalet est finalement revenu à un Bouillé; lointain cousin d’Henry, le propriétaire actuel est aussi un descendant de ce Jean Bouillé arrivé à Deschambault aux environs de 1763.

Je disais donc que cet après-midi,  je suis descendue au chalet pour la première fois cette année. Enfin, je me retrouvais près du fleuve pour assister au spectacle des outardes qui jacassent groupées sur la grève, où elles tiennent de longues discussions. Tout à coup, une dizaine d’entre elles se sont envolées vers l’ouest, tandis que quelques-unes    s’obstinaient pour enfin se décider à partir vers l’est. Curieusement, un groupe de « placoteuses », se tenaient un peu plus haut que les ilets, certaines tournant le dos aux autres, tandis que trois ou quatre se détachaient complètement du groupe. J’ai supposé que ces dames fomentaient peut-être une révolution, qui sait? Pour ne pas les déranger, je suis remontée vers la maison. De retour sur ma galerie, j’ai jeté un coup d’œil vers mes voyageuses. Je voyais maintenant quatre groupes d’outardes; les deux plus nombreux se laissaient descendre au gré de la marée, en bavardant comme de raison. Un troisième groupe remontait vers le large, sans se préoccuper des autres. Celles-là avaient l’air décidé des gens qui savent où ils vont. Les quelques commères qui restaient s’en allaient à contre-courant, nageant assez près du bord; j’ai eu l’impression que leurs discussions étaient loin d’être terminées!

Et savez-vous quoi?  J’ai trouvé que ça ressemblait aux partis politiques qui ont déjà commencé leur voyage vers les élections qui seront tenues en octobre. Comme les outardes, certains politiciens se laissent porter par la marée… c’est moins fatigant! D’autres travaillent fort pour remonter le courant, quitte à être essoufflés avant le temps, tandis que certains passent un temps fou à discuter, se contredire, se reprendre, virer de bord et recommencer. Un seul groupe sera vainqueur… et les autres? Vous savez aussi bien que moi, qu’en octobre, c’est le temps de la chasse! Malheureusement, plusieurs oiseaux n’y survivront pas! Ainsi en sera-t-il de nos politiciennes et politiciens…

En écoutant les outardes… je suis passée de la fatigue de fin d’hiver, à l’histoire du chalet, pour terminer avec les prochaines élections! Et mon humeur va déjà beaucoup mieux.  Portez-vous bien, on s’en va vers le vrai printemps!

© Madeleine Genest Bouillé, 25 avril 2018

Ce bonheur dont on parle tant

Berthe Bernage.

« Que ça passe vite, les jours heureux! Mais ça passe sans passer tout à fait, car l’essence même de ce qui les rendit heureux demeure après qu’ils sont effacés du calendrier. » Cette phrase d’une romancière française, Berthe Bernage, auteure chère aux jeunes filles des années 50, m’est revenue, alors que quelques jours après Noël, je sortais mes calendriers 2018. Je suis maniaque de calendriers, il y en a au moins un dans chaque pièce, et quand ceux que j’ai ne me plaisent pas, j’en fabrique. Cette année, j’en ai reçu un nouveau : le calendrier des Scouts, assez grand, coloré; il y manque cependant les lunes. Mais, bon, on ne peut pas tout avoir! Et ce calendrier me vient de ma petite-fille Émilie qui est membre du mouvement Scout depuis l’automne.

Oui, vraiment, ça passe vite les jours heureux! Mais ça laisse des traces… Quand j’étais étudiante au couvent, il arrivait que je doive réciter un poème, lors de l’une ou l’autre fête. J’aimais cela et il faut croire que j’avais ce talent qui me faisait oublier ceux que je n’avais pas! Je me souviens d’une fois où j’ai dû m’exécuter en public. Je devais réciter un poème qui s’intitulait simplement Le Bonheur. Ce texte décrivait le bonheur comme une chose plutôt aride. Entre autres définitions, on disait : « Être heureux c’est bien simple et peu de choses à faire… C’est d’abord d’être bon et d’aimer son devoir, se contenter de peu, vivre toujours d’espoir… ne demandant à l’or que le strict nécessaire ». Il fallait aussi « accepter en chrétien, les chagrins, les douleurs dont chacun a sa part. » Ce n’était pas rose! Je ne me souviens plus du nom de l’auteur, j’avais à peine 12 ans et j’avoue que je ne comprenais pas très bien le sens de ce texte. Curieusement, je n’ai jamais oublié ce poème et je peux encore le réciter par cœur.

Marie Noël

Quelques années plus tard, j’eus la chance de réciter un extrait de La Prière du Poète, de Marie Noël. J’ai aimé ce poème dès les premiers mots : « Donne-moi du bonheur, si tu veux que je le chante! » Enfin, des paroles qui me plaisaient! C’était moins ardu que le bonheur tel qu’on le proposait dans ma première récitation. Ce texte nous apprend, entre autres choses, qu’on n’a pas besoin de beaucoup de bonheur pour en donner autour de soi: « Un peu, si peu, pas même de quoi emplir mon dé à coudre, mais de quoi remplir le monde par surcroît! » Beaucoup de poètes et d’écrivains ont disserté sur ce sujet et on revient souvent à ceci : on n’a que le bonheur qu’on partage. D’une manière plus poétique, on dit que : « Le bonheur est une fleur dont on ne respire le parfum que dans la main d’autrui. » Comme le dit cette pensée d’un autre auteur inconnu, le bonheur a ses exigences car : « il ne se rencontre que lorsqu’on ne pose pas de conditions. » Et il est très important aussi « d’avoir confiance en la possibilité du bonheur; ça l’attire. »

« Il n’y a pas de chemin qui mène au bonheur, le bonheur EST le chemin. » Encore une fois, je ne sais pas qui a écrit ceci, mais cela exprime bien ce qu’est véritablement cet oiseau rare qu’on nomme « bonheur ». C’est un chemin pas toujours facile à suivre. À certains moments, il faut vraiment se persuader qu’on est sur la bonne route; ça monte, ça descend… Parfois la route rétrécit, ce n’est à peine plus qu’un sentier. Mais si on y croit, déjà la montée sera moins difficile. Il y a une autre particularité très importante pour cheminer avec bonheur : c’est d’avoir quelqu’un avec soi, quelqu’un qui compte sur nous pour suivre ce chemin. Car, il paraît que « trois choses suffisent pour être réellement heureux en ce monde : quelqu’un à aimer, quelque chose à faire et quelque chose à espérer. »

Quand on était finissante au couvent, il était d’usage de posséder un carnet d’autographes et, vers la fin de l’année, on y faisait signer nos professeurs et aussi le plus grand nombre d’élèves possible. Même les « moins amies », tant il est vrai qu’au moment de se quitter pour une autre vie, on sentait le besoin de garder un souvenir des personnes que nous avions côtoyées tout au long de nos années d’étudiante.  J’ai retrouvé ce carnet et j’ai relu les messages de mes anciennes compagnes de classe. Pour la plupart, on y retrouve des vœux de bonheur et de succès dans la vocation choisie… rien que ce mot « vocation » indique l’âge du carnet!  J’avais aussi fait signer mes parents et quelques membres de ma famille.  Ma mère avait écrit : « Si tu es une grande étoile au firmament, brille de tout ton éclat. Et si tu es une petite étoile, brille toi aussi de tout ton éclat. » Mon père avait choisi cette pensée : « Pour conserver son bonheur, il faut être heureux tout bas. » J’ai refermé le carnet et j’ai réalisé que ces deux petites phrases reflétaient bien la personnalité de mes parents. Mon père était un homme discret qui n’étalait pas ses sentiments à tout vent. Orphelin de mère à quatre ans, et de père à huit ans, à ses yeux, le bonheur était certes une chose fragile qu’il ne fallait pas laisser s’échapper. Ma mère avait été élevée à une époque où la modestie était la principale vertu, surtout pour les filles… Il n’est donc pas étonnant de constater qu’elle souhaitait pour ses enfants le bonheur qu’apporte l’épanouissement de la personnalité.

Jeanne et Julien en 1956 (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Oui, ça passe vite les jours heureux!… Nous voici rendus en 2018;  je vous souhaite donc en ce début d’année assez de bonheur pour en semer autour de vous, et bien sûr, le Paradis à la fin de vos jours!

Bonne et heureuse année 2018!

 

© Madeleine Genest Bouillé, 1er janvier 2018