Réflexions devant la crèche

Je n’ai jamais hâte d’enlever les décorations de Noël. Souvent le soir, au temps des Fêtes, quand il n’y a ni sortie, ni réception à la maison, je passe de longs moments à contempler le sapin et la crèche. Surtout que cette année, mon mari a édifié un très beau village qui s’étend au pied de l’arbre de Noël, avec un 2e et un 3e rang en hauteur. Bref, c’est magnifique!

Tout d’abord, je dois dire que nous ne faisons jamais l’arbre de Noël avant le 17 ou le 18 décembre, par coutume, mais aussi parce que nous décorons un vrai sapin et comme « Rome ne s’est pas bâtie en un jour », la construction de notre crèche s’étale sur plusieurs jours. Dans le village, il y a maintenant une bonne dizaine de maisons, dont deux plus grosses qui figurent un hôtel et la mairie. Il y a une église, un magasin de jouets, un phare qui veille sur une hauteur. Une rivière coule vers le bas de  la côte où elle forme un lac. Quelque part, il y a un bonhomme de neige et sous un réverbère, des chanteurs revêtus de costumes de l’époque victorienne interprètent de vieux Noëls.

Notre crèche date de 1981. Auparavant, nous en avons eu plusieurs, faites de carton, qui n’ont pas résisté aux assauts des tout-petits et surtout de ceux des chats! La crèche actuelle est faite en bois, le toit étant un gros champignon. Comme tout le paysage, elle est recouverte de neige.  Ici et là, certains endroits sont recouverts de papier rocher… on change alors de pays et d’époque! Ce n’est d’ailleurs pas le seul anachronisme. Il pousse des sapins et d’autres arbres plus exotiques sur les rochers. Jusqu’au 31 décembre, le Père Noël ainsi qu’un lutin et un renne attelé à son traîneau voisinent les bergers et leurs moutons. L’ange qui est venu avertir les bergers est toujours présent. Il monde la garde tout près de la crèche. Son rôle est primordial : sans lui il n’y aurait pas eu de Gloria in excelsis Deo. À bien y penser, les anges, c’était le Réseau d’information de l’époque.

Mes deux bergers, comme dans le cantique Il est né le Divin Enfant, portent un hautbois et une musette, cet instrument qui ressemble à une cornemuse. Ils font partie du décor depuis sa construction. Ils ont évidemment précédé le petit Jésus de plusieurs jours. À l’arrivée des rois mages, ils vont prendre un peu de recul – ils sont polis quand même! Et les mages ont fait un long voyage. La veille de Noël, je les ai déposés à l’orée du village, pour qu’ils aient encore un bout de chemin à parcourir. Ils sont beaux mes rois : le noir, il est toujours à genoux; humblement, il ne veut pas prendre trop de place. Le blanc, c’est le patriarche; il a les cheveux tout gris sous sa couronne. Le troisième a le teint et des traits plutôt asiatiques et il a l’air plus jeune. Ils avancent vers la crèche, quelques pas chaque jour, suivi du chameau qui a l’air un peu incongru dans ce paysage hivernal.

Marie et Joseph sont déjà arrivés dans leur logis improvisé, quelques jours avant l’événement. Tradition oblige, Marie porte un manteau bleu et un voile blanc. Cette année, après la messe de Noël, Jésus qui attendait son heure solennelle a été déposé dans la crèche par mon petit-fils Samuel. Le Divin Enfant est vraiment très peu vêtu; à chaque année, je me propose de lui confectionner une petite couverture et quand j’arrive à Noël, je m’aperçois que j’ai encore oublié. Pardon petit Jésus, c’est pas de la mauvaise volonté, mais je suis de moins en moins couturière! Quand je regarde le petit Enfant dans son berceau rustique, je pense à cette phrase du poème La Charlotte prie Notre-Dame : « Dans les temps, quand il s’est amené, vous avez bien dû avoir friot, Jésus, et vous Vierge Marie… » Je le connais quasiment par cœur ce poème et, chaque année, j’aime à le réentendre. Ça fait partie de mon rituel du temps des Fêtes, tout comme certains films tels Noël blanc et Le Miracle de la 34e rue.

Enfin, la veille du Jour de l’An, mes grands rois se retrouvent à l’entrée de la crèche. J’ai laissé le chameau un peu plus loin… Il est un peu trop gros; d’ailleurs, je lui préfère les moutons. C’est important les moutons : Jésus va grandir environné de moutons. Il utilisera ces bêtes-là pour donner des leçons à ses disciples et à tous ceux qui viendront l’entendre. Il racontera l’histoire de la brebis perdue et celle du bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. On l’écoutera, mais est-ce qu’on le comprendra? Et deux mille ans plus tard, alors que le monde est civilisé, informé, informatisé, scolarisé, il se trouvera toujours des brebis perdues qui n’auront pas encore rencontré le bon berger et d’autres qui refuseront le message… Dommage! Il a pourtant fait son possible!

Je l’aime bien ma crèche. Chaque année, on prend plusieurs photos, de tous les côtés, de jours comme de soir, alors que les lumières sont allumées. Quand mes enfants étaient petits, mon mari décorait le sapin et moi, je construisais le village et la crèche. En grandissant, tour à tour, les enfants ont participé, autant pour le sapin que pour la crèche. J’ai deux albums de photos avec des images de chaque année depuis 1964. En fait, il manque deux années : 1966, l’année où le Kodak était brisé, et 1971, où on avait une ciné-caméra – il y a donc un film quelque part de ce Noël, mais pas de photo! Je contemple toutes ces photos, avec ou sans les cadeaux au pied du sapin et je revis notre histoire!

Quoi qu’il en soit, c’est toujours merveilleux, l’arbre de Noël, la crèche, les décorations… Non vraiment, je n’ai pas hâte de défaire mes décorations de Noël!

© Madeleine Genest Bouillé, 28 décembre 2017

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Noël, son histoire, ses cantiques…

Nos coutumes de Noël, ça part sûrement de quelque chose ou de quelqu’un, quelque part. Les objets, les personnages et les animaux, chacun pris à part, nous font voyager dans les traditions anciennes et dans les pays où la religion chrétienne est ancrée depuis des millénaires.

J’ai fait quelques recherches dans l’amas de paperasses que je conserve depuis l’époque où j’ai commencé à fabriquer Le Phare (je parle du bulletin local évidemment). Étant donné que j’aime Noël et le temps des Fêtes, ce ne sont pas les écrits, ni les images qui manquent.

Je commence avec la crèche. Certains textes disent que le pèlerinage sur les lieux de la naissance de l’enfant Jésus date du 3e siècle et que l’on y montrait déjà la crèche, la mangeoire et la grotte. C’est à saint François d’Assise qu’on doit une première messe de Noël en 1223 à Greccio, un petit village d’Ombrie. Dans une grotte, on avait disposé une crèche garnie de foin et on y avait amené un bœuf et un âne. Il n’y avait pas de personnages, le Christ étant vivant dans l’Eucharistie. La présence des animaux dans une crèche est significative de la nuit de Noël. Plusieurs légendes autour de la Nativité attribuent à l’âne et au bœuf, et partant, à tous les animaux de la ferme, le pouvoir de parler et de faire des prédictions au cours de cette nuit sainte. Le chant qui me vient à cette évocation des animaux de la crèche est bien entendu « Entre le bœuf et l’âne gris… où dort le petit Fils, tandis que mille anges divins, mille séraphins volent alentour de ce grand Dieu d’amour! »

Les crèches, telles qu’on les connait, avec les personnages de Marie, Joseph et l’enfant Jésus, ainsi que leurs visiteurs, les bergers et un peu plus tard, les rois Mages, ont fait leur apparition en Italie à partir du 15e siècle. Plusieurs cantiques se rapportent aux principaux personnages, à commencer par Il est né le Divin Enfant. Arrêtons-nous donc « Dans cette étable où Jésus est charmant! » Il y a beaucoup de monde à la crèche. Les bergers, qui ont été les premiers avisés : « Ça bergers assemblons-nous, allons voir le Messie! » Demandons plutôt à cette jeune fille, qui se tient près de l’entrée avec son petit agneau dans les bras : « D’où viens-tu bergère?  Je viens de l’étable, nous dit-elle, j’ai vu un miracle, ce soir arrivé. » Les chants de Noël ne font pas tous référence à Marie.  C’est à saint Alphonse de Liguori (1696-1787) qu’on doit le magnifique chant « Les cieux ravis ne chantaient plus, ils cessèrent leur harmonie, lorsque chanta Marie au berceau de Jésus. »  Plus près de nous, le poète et romancier français du XIXe siècle, Théophile Gauthier a composé ce très beau chant : « Le ciel est noir, la terre est blanche… Cloches, carillonnez gaiement! Jésus est né, la Vierge penche sur Lui son visage charmant. »    

     

Pour ce qui est des anges, il est évident que Noël leur appartient! C’est un ange qui annonça à Marie qu’elle mettrait au monde un enfant, vraiment pas ordinaire. C’est aussi un ange qui parla à Joseph en songe, lui disant qu’il devait épouser Marie malgré tous les cancans qui couraient dans le village. C’est un ange qui avertit les bergers de se rendre à la crèche où était né Jésus. Il n’y a pas de Noël sans au moins un ange. Qu’il trône en haut de l’arbre de Noël ou qu’il se tienne près de la crèche comme un veilleur… j’ai toujours fait une place d’honneur à l’ange de Noël! Pour ce qui est des chants, tout le monde connaît « Les anges dans nos campagnes ont entonné l’hymne des cieux Gloria, Gloria, in excelsis Deo! » Il y a aussi cet autre cantique aux accents joyeux : « Les Chœurs angéliques ont chanté Noël… mêlons nos cantiques aux accents du ciel! Noël! Noël! Chantons tous Noël! »

La liturgie de l’Avent a remis à la mode le rituel de la couronne de l’Avent avec ses quatre bougies. Autrefois, ce rituel avait une signification qui semble s’être perdue dans le temps; Ainsi, le 1er dimanche, la bougie symbolisait le pardon à Adam et Eve, qui ne seront donc pas condamnés au feu éternel. Le 2e dimanche, la bougie symbolisait la foi des patriarches qui croient au don de la Terre Promise. Le 3e dimanche, la bougie  rappelle la foi de David qui célèbre l’Alliance et le fait qu’elle durera toujours.  Et le 4e dimanche, la dernière bougie symbolise l’enseignement des prophètes qui annoncent un règne de paix et de justice. « Venez Divin Messie, nous rendre espoir et nous sauver!  Vous êtes notre vie, venez, venez, venez! »

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On arrive au sapin, issu d’une très ancienne tradition païenne, qui existait de la Rome antique jusqu’en Scandinavie. La fin de décembre, fin du cycle des saisons, était le temps où on célébrait l’arbre. La tradition du sapin de Noël est née  il y a 5 siècles en Alsace.  Toujours vert, malgré  la neige et le froid, le sapin décoré de bougies et de petits cadeaux est un symbole de vie et d’allégresse! « Mon beau sapin, roi des forêts, que j’aime ta verdure! »

La bûche de Noël, devenue un dessert apprécié de tous, possède une richesse symbolique qui remonte loin dans le temps! Cette tradition, vieille de neuf  siècles, accompagnait la veillée de Noël, au temps où on se chauffait  au feu de l’âtre. La bûche qu’on brûlait à Noël devait durer trois jours et on se devait de l’allumer avec un tison conservé de la bûche de l’année précédente. On jetait sur la bûche de Noël du sel, du vin ou du miel, pour appeler la fécondité. Tout cela rejoignait les plus anciens rites du feu régénérés par le symbole chrétien de la lumière. « Il me reste une bûche, une dernière bûche… viens t’y chauffer un peu. » ou si vous aimez mieux : « Le feu danse dans la cheminée… dehors on tremble de froid… »

Quant aux cadeaux, depuis des temps immémoriaux, le solstice d’hiver et le changement d’année incitent les gens à s’échanger des présents. Qu’ils soient apportés par le petit Jésus, saint Nicolas où, depuis le XIXe siècle, par le Père Noël.  On y trouve aussi une connotation avec la liturgie chrétienne, par le rappel de la visite des rois mages à Jésus, événement qu’on célébrait jadis le 6 janvier, lors de la fête de l’Épiphanie. « De bon matin, j’ai rencontré le train, de trois grands rois qui allaient en voyage… de bon matin, j’ai rencontré le train de trois grands rois dessus le grand chemin. »

Joyeux temps des Fêtes!

© Madeleine Genest Bouillé, 23 décembre 2017.

Noël d’enfant

Le premier Noël dont je me rappelle est celui de mes cinq ans. Étant trop jeune pour aller à « la vraie école », depuis octobre on m’avait inscrite dans une classe privée, tout d’abord parce que j’avais tellement hâte de savoir lire les bandes dessinées du journal, surtout les histoires de Philomène. Dans cette classe qui se tenait autour de la table de la cuisine chez Madame Laplante, en plus des rudiments de lecture et d’écriture, un peu de mathématiques – qu’on appelait alors « arithmétique », j’apprenais le catéchisme afin de pouvoir faire ma première communion. À l’époque, les parents tiraient une grande fierté quand ils pouvaient dire que leur enfant avait fait sa « petite communion » à cinq ans.

Moi à 5 ans… (©coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

On m’avait bien expliqué des semaines à l’avance que la messe aurait lieu durant la nuit. Il s’agissait d’une messe pas ordinaire, au cours de laquelle défileraient les cantiques que je connaissais déjà, pour les avoir entendus dans les veillées de famille au temps des Fêtes. Il faut dire que chez nous, tout comme chez mon grand-père, le cordonnier, la musique faisait partie intégrante de toutes les fêtes. Mon grand-père jouait du violon, de même que ma tante Alice, ma tante Gisèle jouait de la guitare et ma tante Rollande accompagnait au piano les musiciens, aussi bien que les chanteurs et chanteuses. D’ailleurs, presque tout le monde chantait, sauf les oncles, joueurs de cartes. Tous les airs de Noël y passaient… mon père entonnait le Minuit Chrétiens, ma sœur poursuivait avec Jésus de Nazareth. Nous, les plus jeunes, n’étions pas en reste; on nous faisait chanter Vive petit Noël. Ah! Comme on l’aimait ce Dieu des gentils bébés roses, qui donne tant de belles choses!

Le retour de la messe de minuit (XIXe siècle), source: Edmond-Joseph Massicotte/Bibliothèque et Archives Canada/ C-001119 .

Je reviens à ce Noël de mes cinq ans. La veille, on nous avait envoyés au lit plus tôt. Les grandes personnes ayant un tas de choses à faire : il fallait rentrer et décorer le sapin, installer la crèche, garnir les bas de Noël et mettre la dernière main aux préparatifs du réveillon. Nous étions tellement énervés que nous ne dormions pas beaucoup. Nous tentions d’aller regarder au travers des barreaux de la rampe de l’escalier, mais il y avait toujours un adulte qui découvrait le curieux – ou la curieuse, et nous retournions nous coucher en vitesse. Quand enfin nous parvenions à dormir, il était presque temps de se lever et de se préparer pour la messe.

Effectivement, quand on vint me réveiller, je dormais profondément et je mis un peu de temps à me rappeler pourquoi on me dérangeait ainsi dans un si bon sommeil. Encore endormie, je m’empêtrais dans mes vêtements. Je faillis mettre ma robe à l’envers… Elle était si belle ma nouvelle robe en velours « rouge vin », dont les boutons ressemblaient à des petits chapeaux mexicains. Sans ma mère qui vint à mon secours, je n’aurais jamais été prête à temps. Ne demeurant pas très loin de l’église, nous nous rendions à pied. C’était une belle nuit claire et froide, de quoi me réveiller tout à fait! On s’installa dans le banc de famille au jubé, à côté de l’orgue. J’aimais beaucoup cet endroit car on voyait la chorale et cela m’enchantait. On m’a raconté que je disais souvent : « Quand je serai grande, je vais aller chanter en haut à l’église, près de l’orgue ». Je croyais alors que c’était un métier comme un autre. On ne réalise pas tous nos rêves, mais j’ai eu le bonheur de réaliser celui-là!

Finalement, je ne me souviens pas de ma première communion, j’étais trop jeune et j’avais du mal à rester éveillée. Il faut dire que le curé de ce temps-là était un excellent orateur, alors évidemment, dans les grandes fêtes, il s’encourageait et prolongeait volontiers son sermon. Je n’ai gardé de cette première messe de minuit que le souvenir de la musique. L’orgue, dont les harmonies vibraient jusqu’au plafond me semblait-il, et les chants de la chorale qui éclataient comme une fanfare! Je me souviens aussi de la foule nombreuse et joyeuse; les messieurs vêtus de longs paletots, leur chapeau à la main et les dames en manteau de fourrure. Tout ce beau monde s’interpellait en riant, d’un banc à l’autre au  jubé. Plusieurs avaient sans doute déjà commencé à fêter… Malgré le bruit et la foule, j’avais trouvé la messe pas mal longue. Je devais avoir hâte de revenir à la maison. Au retour, le réveillon à peine terminé, je ne fus pas longue à retourner me coucher, certaine de trouver au matin, mon bas de Noël rempli de friandises et de petites surprises; les « étrennes » étant distribuées seulement au Jour de l’An.

La vieille route enneigée (rue Johnson) dans les années 50 (©coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Plus tard, on m’a raconté cette anecdote. Quand on m’a demandé si j’avais aimé la messe de minuit, j’aurais, paraît-il, répondu ceci: « La messe de minuit dans le soir, j’aime pas bien ça, j’aimerais mieux une messe de minuit dans le jour ». En grandissant, j’ai pu mieux apprécier ces moments merveilleux où mon église en fête, remplie à craquer, brille de toutes ses lumières… la procession avec le petit Jésus, la crèche, et surtout la musique! La belle messe de Sainte-Thérèse, de Théodore de La Hache, que j’ai eu le bonheur de chanter pendant près de quarante ans! Aujourd’hui, je participe à la messe qui a lieu plus tôt en soirée; nous y chantons les vieux cantiques toujours si beaux et c’est chaque fois un bonheur dont je ne saurais me passer. J’imagine mal un Noël qui ne commencerait pas par la célébration religieuse à l’église, mais on ne connait pas l’avenir… et c’est bien mieux ainsi!

Église Saint-Joseph, vers 1950 (©coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

© Madeleine Genest Bouillé, 12 décembre 2017

L’Esprit de Noël

On l’a ou on l’a pas! Quoi qu’il arrive dans la vie, malgré les coups durs, quand on possède l’Esprit de Noël, c’est pour longtemps.

Ma mère aimait Noël, même dans les dernières années de sa vie, alors qu’elle ne pouvait plus participer activement aux préparatifs. Demeurant toujours dans sa maison, elle n’avait plus la capacité de s’occuper de la popote, ni des décorations, mais comme elle avait hâte qu’on vienne cuisiner les beignes, les tourtières et autres mets qui seraient servis au réveillon! Quand je faisais son gâteau aux fruits, elle en surveillait la cuisson avec son nez. Habituée au poêle à bois, elle ne se fiait pas aux degrés du four électrique. Elle me disait : « Vas donc voir dans le fourneau; pour moi, le gâteau est cuit, ça sent tellement bon! »

Toute la famille de Julien et Jeanne en 1956.

Et les décorations! Comme elle trouvait ça beau! Elle aimait voir telle décoration en particulier à tel endroit précis. Par exemple, de sa berçante contre le poêle, elle admirait les guirlandes, une rouge et une verte, qui se croisaient au centre du plafond, entre les énormes poutres. Sur la tablette de la cheminée, on déposait les vieux chandeliers en argent, garnis de chandelles rouges et quelques bibelots à l’avenant, aussi dans les couleurs de Noël : du vert, du rouge, un peu de clinquant. Près de l’entrée, sur une autre tablette, un petit sapin doré, qui avait connu des jours meilleurs, faisait quand même son  effet, tandis que sur la table qui avait fait partie du mobilier de salon autrefois, on plaçait le plateau en argent destiné à recevoir les cartes de Noël.

Maman aimait aussi écrire ses cartes de vœux; elle s’y est appliquée jusque dans les toutes dernières années où elle disait, comme pour s’excuser : « J’écris trop mal, ça n’a pas de bon sens! » Dans sa jeunesse, elle confectionnait ses cartes, qu’elle ornait de dessins délicats à l’encre de Chine. L’important étant d’écrire pour chacun et chacune un petit mot personnel; on ne devait pas se contenter de signer seulement son nom.

Dessin de ma mère, Jeanne.

Pour ce qui est de la musique de Noël, je crois qu’elle l’aurait bien écoutée à l’année!  Elle trouvait toujours que les postes de radio tardaient à faire entendre des chansons de Noël. Aussi, dès les premières neiges ou avant si ça n’arrivait pas assez vite, on sortait la musique de circonstance : Tino Rossi qui chantait Petit Papa Noël et Lucienne Boyer qui nous affirmait : Je ne crois plus au Père Noël, et combien d’autres. Quand je faisais jouer les cassettes qu’elle aimait, cela lui rappelait des souvenirs et elle se mettait à raconter sa jeunesse, les Noëls d’autrefois, les veillées du temps des Fêtes. Elle possédait une telle mémoire! Comme elle racontait bien ces anecdotes de son jeune temps! Comme ils semblaient beaux, ses souvenirs!

Oui vraiment, ma mère aimait Noël et le temps des Fêtes. Elle n’a jamais vécu dans l’opulence et n’a jamais pu faire de cadeaux somptueux, mais elle nous a légué ce cadeau précieux entre tous, l’Esprit de Noël. Elle possédait ce qui, à mon avis, en fait véritablement l’essence : un cœur plein de générosité, une capacité d’émerveillement, une foi inébranlable. Sa tendresse pour les siens était immense; elle aimait le beau et a su nous le faire découvrir, ce qui est, je crois, un don inestimable!

Mon père Julien et ma mère Jeanne à Noël, en 1973.

Maman nous a quittés en août 1996, mais elle demeure toujours bien vivante dans notre mémoire, surtout à ce temps de l’année, qu’elle affectionnait particulièrement. Comme elle, je crois que j’aimerai toujours le temps des Fêtes. Tant pour les souvenirs qui s’y rattachent, que pour ces moments précieux que nous vivons ensemble en famille et qui un jour, deviendront souvenance.  L’Esprit de Noël, je vous le redis, on l’a ou on l’a pas!

© Madeleine Genest Bouillé, 4 décembre 2017

L’Esprit des Noëls passés…

Les derniers jours avant Noël, j’ai relu et j’ai revu Un conte de Noël de Charles Dickens. L’histoire écrite fait partie d’un ensemble de deux volumes de contes de Noël choisis parmi les classiques du XIXe siècle; j’avais reçu ces livres en cadeau en 1997. Le film de R. Zemeckis, qui date de 2009, est à mon avis la meilleure version de cette histoire. J’aime bien l’interprétation que Dickens suggère dans ce conte, de ce qu’on appelle l’enfer ou le purgatoire, selon la largeur d’esprit du lecteur ou de la lectrice. Mais pour l’instant, je vous invite à suivre avec moi l’Esprit des Noëls passés; il a des images à me rappeler…

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Premier Noël passé:  1964…

Je m’arrête tout d’abord sur cette photo prise juste avant la messe de Minuit en 1964; c’était notre premier Noël! Nous avions magasiné ensemble les décorations du sapin et les personnages de la crèche, qui était faite tout simplement d’une boite en carton recouverte de papier imitant le rocher. Ce simple cliché en noir et blanc est une image de bonheur, notre premier bébé était attendu pour avril… que dire de plus? C’est une photo qui m’est chère!

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Deuxième Noël passé: 1967…

La première année de notre mariage, nous avions été « défoncer le Jour de l’An » chez le beau-frère Jean-Marie et son épouse Cécile qui demeuraient alors à l’Ancienne-Lorette. Par la suite, nous avons instauré cette coutume chez nous avec les membres de ma famille et quelques amis. Sur la photo prise en 1967, on aperçoit les joueurs de cartes, juste avant le moment de l’échange des souhaits de « Bonne Année! », qui était suivi du réveillon. Cette tradition s’est maintenue dans la famille, même si la soirée a déménagé d’une maison à l’autre au cours des années.

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Troisième Noël passé: 1971…

1971 : le premier Noël dans la vieille maison au coin de la route du Moulin… À cette époque, nous recevions souvent la famille Genest pour le souper de Noël, comme en témoigne cette photo de nos garçons avec la cousine Nathalie.

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Noël 1974…

Noël 1974. Les garçons sont prêts pour le dodo avant la tournée du Père Noël. Si je me souviens bien, ça ne dormait pas fort…. Noël, ce mot magique, avec ses promesses de plaisir et de surprises, ça vous tient les enfants éveillés, malgré les réprimandes (pour la forme) des parents!

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Noël 1975…

1975, le premier Noël d’une petite fille qui s’appelle Marie-Noël. Selon mes souvenirs, elle ne voulait pas du tout dormir! La perruche nous avait été donnée par tante Lucille, et  je ne me souviens plus pourquoi, mais elle n’a pas vécu longtemps!

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Noël passé 1979…

Les petits-enfants de la famille Genest en 1979… Bébé Anne-Marie, âgée d’à peine trois mois, devait faire dodo, puisqu’elle n’est pas sur la photo. Les deux plus jeunes de la famille n’étaient pas encore nées et c’était aussi le dernier Noël de Grand-Papa.

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Esprit des Noëls passés, tu m’as ramenée au temps heureux où tout mon monde était encore là. Plusieurs événements surviendraient dans les années à venir; il y aurait des mariages, des naissances…. et inévitablement aussi des départs. L’an 2000? C’était loin… vingt ans! Mais pour ce soir, si tu veux bien, fermons la porte de l’armoire aux souvenirs!

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© Madeleine Genest Bouillé, 26 décembre 2016

Un 25 décembre…

Cette année-là, Noël a eu lieu le 25 décembre. C’est toujours comme ça  me direz-vous, mais moi je vous assure que, à ma connaissance, c’est arrivé une seule fois! Habituellement, surtout à notre époque, Noël commence le 24 dans la journée, quand ce n’est pas le 23. La visite arrive d’avance. La messe de Minuit est célébrée à 10 heures ou à 8 heures, parfois même à 4 heures pour accommoder les mères de famille qui ont bien trop d’ouvrage et qui ne pourraient pas y assister. On réveillonne à l’heure du souper, surtout quand il y a de jeunes enfants. Et tout de suite après on se garroche sur les cadeaux. Le sapin est décoré depuis belle lurette étant donné que la plupart du temps il est en plastique. Du beau plastique, de la vraie belle imitation de sapin, mais quand même, du plastique! Enfin ce que je veux dire, c’est que Noël, ça se passe entre le 23 et le 26 décembre.

L’histoire que je vous raconte est arrivée en 1961 ou peut-être en 1962. Dans la nuit du 23 au 24 décembre, la neige a commencé à tomber, poussée par un vent de nordet, comme on dit, « à écorner les bœufs »! En quelques heures, toutes les routes furent bloquées de Montréal à Québec et des deux côtés du fleuve.  Les autobus ne marchaient pas, les trains non plus; plus rien ne passait. C’était l’une de ces tempêtes dont on parle encore des dizaines d’année après. Le mauvais temps a duré toute la journée du 24 et ça ne semblait pas vouloir s’arrêter, même pour la messe  qui, en ce temps-là, était chantée à minuit, pas une minute avant.

Le vent avait cassé des poteaux, ce qui fait qu’à plusieurs endroits, il y avait des pannes d’électricité. Le téléphone ne fonctionnait pas lui non plus. La demoiselle du Central était « en beau joual vert »; elle attendait sa remplaçante depuis 5 heures et il était maintenant 10 heures. Pensez donc! Elle devait se fiancer pendant la messe de Minuit, juste au moment de l’offertoire, pendant que monsieur Pierrot chanterait « Dans le silence de la nuit ». Elle était arrivée au bureau du téléphone en « berlot »  avec son père pour prendre son chiffre à 8 heures le matin, comme d’habitude. Et là, même si plus rien ne marchait, il fallait bien qu’elle reste à son poste, au cas où il y aurait des urgences.  Elle en pleurait de désespoir!

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Illustration d’Edmond-J. Massicotte, Le retour de la messe de Minuit.

Monsieur le curé espérait que tout s’arrangerait avant la fin de la soirée. Pas tellement costaud, ce bon prêtre était meilleur pour répondre aux appels du Seigneur que pour manier la pelle à neige. Malgré ses prières, la tempête ne s’essoufflait pas vite. Il passait onze heures et demie quand Alcide, le bedeau, finit de déneiger son entrée, celle du presbytère et le perron de l’église. Monsieur le curé, emmitouflé jusqu’aux yeux, arrivait justement. Aidé de son bedeau, il revêtit ses plus beaux ornements : l’aube bordée de dentelle, la chasuble et l’étole brodées de fil d’or. Seulement voilà, il n’y avait pas de servants de messe, pas de chantres, pas d’organiste… il attendit. Vers minuit et demie, on s’aperçut que la tempête était enfin calmée, il ne tombait plus qu’une vraie petite neige de Noël, toute douce et légère.

Le chantre qui demeurait le plus près de l’église était Alphonse, qu’on surnommait Ti-Coq. Ce n’était certes pas la plus belle voix de la chorale, mais comme on dit : il faut ce qu’il faut! Il était une heure après minuit quand Ti-Coq s’amena pour chanter la messe de Minuit. Il était accompagné de son fils, Denis, qu’on appelait Ti-Poulet, comme de raison. Ti-Poulet était heureusement un servant de messe expérimenté. Monsieur le curé décida d’attendre à deux heures pour commencer sa messe, se disant qu’il arriverait sûrement d’autres fidèles. Madame Béatrice, l’organiste, fit son entrée à l’église, peu avant deux heures, toute essoufflée. C’était une dame d’une certaine corpulence et elle avait dû enjamber pas mal de bancs de neige pour réussir à se rendre. Elle commença par enlever la quantité impressionnante de châles dont elle s’était entortillée par-dessus son manteau en mouton de Perse et son chapeau à plume, et de sa voix haut perchée, réclama vivement quelqu’un pour actionner le soufflet de l’orgue. L’instrument avait été électrifié depuis peu, mais cette nuit, il faudrait bien revenir aux bonnes vieilles méthodes!

Il était deux heures et quart ce 25 décembre quand tout fut en place pour la messe de Minuit. Madame Béatrice pédalait, Alcide pompait, Ti-Coq se dérhumait, et Ti-Poulet encensait copieusement monsieur le Curé qui lui, apportait précieusement le petit Jésus dans la crèche. Dix personnes composaient l’assistance. Des gens du village, ceux qui demeuraient le plus près de l’église et qui avaient entendu sonner les cloches les invitant joyeusement à la célébration. On avait allumé tous les cierges qu’on avait pu trouver. Enfin, Ti-Coq entonna le Minuit chrétiens! Madame Béatrice, sans le dire, avait donné un ton plus bas, de crainte que le chanteur ne puisse se rendre jusqu’au bout de la pièce. Ti-Coq possédait une voix forte, mais nasillarde; de plus il avait tendance à forcer les finales, qui sortaient plutôt aigrelettes. Il réussit quand même à passer au travers de ce premier cantique; encouragé, il continua, se prenant quasiment pour Raoul Jobin. Ce qui lui donna du fil à retordre, ce furent les « Gloooria » du chant Les Anges dans nos campagnes. Quand on le chante en chœur, on peut respirer quand ça nous convient, mais en solo, c’est plus compliqué. Il faut dire que l’orgue aussi manquait de souffle, car Alcide  trouvait la tâche ardue. Il avait hâte que le curé soit rendu au sermon. Il est bien vrai que le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ce Noël qui causa tellement de désagréments à tout le monde, apporta à Ti-Coq son heure de gloire. Quarante ans plus tard, il en parlait encore!

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Monsieur le curé était un saint homme rempli de scrupules. Ce qui l’amenait dans un affreux dilemme. En ce temps-là, on chantait la messe de l’aurore immédiatement après celle de minuit,  la messe du jour étant célébrée le matin. Mais en ce Noël pas comme les autres, il devenait difficile de respecter la tradition sans manquer à la charité chrétienne. Le bedeau ne résisterait pas s’il devait pomper une deuxième messe… et pour dire le vrai, le curé n’avait pas vraiment envie d’entendre Ti-Coq en rappel. « Petit Jésus », priait-il, « faites-moi un signe… que dois-je faire? » L’Enfant Jésus entendit sans doute ces ferventes prières… à moins que lui aussi ait eu l’oreille agacée par les mélodies du chanteur. De son souffle divin,  il suggéra au bon prêtre – enfin c’est ce dont celui-ci eut l’impression – d’attendre le lever du soleil pour célébrer la messe de l’aurore, la messe du jour suivrait à neuf heures comme d’habitude.

Ceux qui avaient bravé la neige et les mauvais chemins retournèrent à la maison après cette messe de Minuit dont on se souviendrait longtemps. Au matin les communications étaient rétablies, partout le téléphone sonnait, la visite s’annonçait pour le diner ou le souper en disant : « Faites rien de spécial, on réchauffera le ragoût et les tourtières! » Les fiançailles de la demoiselle du Central furent remises au Jour de l’An. La messe du jour, célébrée avec tout le faste habituellement réservé à la messe de Minuit, n’avait jamais connu une aussi belle assistance. Évidemment l’Enfant Jésus était déjà couché dans sa crèche, entouré de Marie, Joseph et tous les autres personnages. Comme pour souligner cette fête unique, le soleil déjà haut faisait passer ses rayons au travers du vitrail, illuminant la scène de rouge, de vert et de bleu, et cela avait quelque chose de céleste! Évidemment, il n’y eut pas de Minuit Chrétiens!… ce qui laissa à Ti-Coq l’exclusivité de ce Noël  qui eut lieu véritablement le 25 décembre

Joyeux Noël à tous ceux qui lisent mes « Grains de sel » et à bientôt!

© Madeleine Genest Bouillé, 23 décembre 2016

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(Texte paru la première fois dans Récits du Bord de l’eau, 2008)

Douce nuit

Ô nuit de Joie, douce nuit!
Soyons heureux, oublions les soucis…
Ce soir, c’est de nouveau Noël!
Allons vers Celui qui nous appelle…

nativite-5Ô nuit d’Espoir, douce nuit!
L’enfant qui est né cette nuit
A entendu nos prières,
Il vient soulager nos misères…

Ô nuit d’Amour, douce nuit!
C’est grande fête, parents et amis,
Réjouissons-nous, ouvrons nos cœurs
Osons encore croire au bonheur!

Ô nuit de Paix, douce nuit!
Une fois de plus, je vous redis :
Passez le plus beau des Noëls!
Santé, prospérité pour l’année nouvelle!

 

© Madeleine Genest Bouillé, 2014

Bonjour Noël!

Une autre chanson de Noël qui me rappelle des souvenirs de mes jeunes années: Bonjour Noël, une chanson joyeuse, qui était chantée au couvent lors du récital de Noël par les élèves de la classe des petits.

« Bonjour Noël! Voici que dans les rues
La neige est revenue
Comme un tapis tout blanc… »

Enfin! Cette année, tout annonce un Noël blanc! Mais il ne faut pas crier « victoire! » trop vite. Si vous avez lu Les caprices de l’hiver, vous savez que Dame Nature peut parfois nous réserver des surprises. Mais quand même, espérons que la neige demeure en place au moins jusqu’après le Jour de l’An, les décorations des Fêtes sont tellement plus belles dans ce décor blanc.

« Bonjour Noël! Bonjour belles vitrines
Qui le soir s’illuminent
Pour la joie des passants… »

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Source photo: Tourisme Portneuf

Ah! les vitrines! Après les catalogues des magasins Eaton et Simpson’s, les vitrines concrétisaient nos espérances de cadeaux. Quand j’étais enfant, il était très rare qu’on nous emmène magasiner à Québec. Ça prenait une excellente raison, soit par exemple, la nécessité d’acheter des chaussures, qu’il fallait essayer. Alors les seules vitrines qu’on connaissait, c’était celles des magasins de Deschambault. La grande fenêtre au deuxième étage du Magasin Paré était toujours joliment décorée pour Noël! J’aimais beaucoup aller au « deuxième » chez Paré, surtout à ce temps de l’année. En bas, on trouvait les choses utiles : la « grocerie », les « cannages », les outils, la peinture; la seule denrée intéressante pour les enfants, c’était les bonbons. En décembre, il y en avait pour tous les goûts! Des « tuques » en chocolat, des bonbons français, des bonbons durs de toutes les couleurs, sans oublier les petits poissons rouges et blancs, à la cannelle ou au clou de girofle. Au « deuxième », il y avait toutes sortes de belles choses : de la vaisselle et des bibelots, des coutelleries, de la lingerie fine, et puis, évidemment, des jouets! Je me souviens de l’épouse de Monsieur Narcisse Paré – c’était du temps où les femmes portaient le nom de leur époux – elle régnait sur son étage, comme une actrice sur une scène. Plus tard est arrivée Madame Jeannette, l’épouse de Monsieur Raymond, moins gênante et toujours si gentille et souriante. Elle était secondée par Mademoiselle Bibiane, une personne un peu effacée, qui ne parlait pas fort, mais qui cadrait bien elle aussi dans ce décor victorien. Vraiment, le deuxième étage de notre magasin général, c’était un étage « pour Dames »!

« Les petits nez s’écrasent
Pour mieux les admirer.
Et les yeux pleins d’extase
Sont tout émerveillés. »

Juste en face de la rue de l’Église, était situé le magasin de Mademoiselle Corinne Paris, celui que mes enfants appelaient « le petit magasin vert ». Au temps des Fêtes, la vitrine était illuminée et Mademoiselle Corinne y exposait diverses choses à offrir en cadeaux. Sur l’annonce publicitaire, on lisait « marchandises sèches et cadeaux ». L’expression « marchandises sèches » désignait une foule de choses, dont les seules qui étaient comestibles étaient les bonbons, chocolats et pastilles pour la toux! Elle avait du choix, Mademoiselle Corinne! Elle tenait des livres, format « poche »… plus tard, je suis devenue une fidèle cliente des « Marabout Mademoiselle ».  On y trouvait aussi du papier à lettre, des cartes de souhaits, des bibelots, des jouets – je me souviens qu’elle vendait de beaux cahiers à découper. Elle avait aussi de la lingerie … qu’elle tenait rangée dans les tiroirs derrière le comptoir.  Elle sortait ses trésors de nylon ou de coton sur demande, et seulement s’il n’y avait pas d’enfant dans le magasin, ou pire encore, un homme!

« Bonjour Noël!  Chacun fait sa demande
Toutes les mains se tendent
Vers les jouets rêvés… »

sears1955À l’époque, on ne faisait pas de liste de cadeaux. On se contentait de mettre des « X » sur les choses qu’on préférait dans le catalogue de Noël… et on espérait! Parfois, quand nous étions allés faire des commissions à l’un ou l’autre magasin, en revenant, on parlait des jouets qu’on avait vus. Mine de rien, on disait: « Mamzelle Corinne, elle a un petit  téléphone, presque pareil que celui dans le catalogue…» ou encore : « En haut, chez Paré, il y a un beau jeu de Serpent-Échelles, je pense qu’il coûte pas trop cher. » On savait déjà qu’il ne fallait pas choisir des objets trop chers! Jusqu’à la veille de Noël, on rêvait en feuilletant le catalogue… Les pages de jouets étaient racornies et marquées de « X » un peu partout, sans compter les barbouillages laissés par les plus jeunes qui ne savaient pas encore faire de beaux « X » ! Heureuse enfance, dont les rêves, étant accessibles, deviennent presque toujours réalité…. Et sinon, c’est que la réalité est encore plus belle que le rêve!

 « Bonjour Noël!  Sonnez, sonnez clochettes!
C’est aujourd’hui la fête de la terre et du ciel.
Bonjour Noël!

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 © Madeleine Genest Bouillé, 19 décembre 2016

« Y a une étoile pour vous »…

Nous avions jadis un curé que tout le monde aimait beaucoup. Il était proche de ses ouailles. Il trouvait toujours du temps pour écouter ceux et celles qui avaient des choses à lui dire. Ce n’était pas un homme qui « brassait la cage », pas un Jean-Baptiste… Simplement un pasteur, qui préférait nous parler d’un Dieu père, à l’écoute de ses enfants, plutôt que d’un Dieu inaccessible, trônant dans les hauteurs.

Qu’est-ce que notre ancien curé vient faire  ici aujourd’hui… Tout simplement parce que je viens d’entendre une chanson que ce cher curé aimait beaucoup. Vous vous souvenez sûrement d’Angèle Arsenault qui chantait : « Y a une étoile pour vous… y a une étoile pour chacun de vous ». Un des derniers Noëls avant que ce bon prêtre nous quitte, parce qu’il était très malade, cette chanson était alors à la mode. Irénée – c’était son prénom – aimait beaucoup les chansons d’Angèle Arsenault. Et tout particulièrement celle-ci. Il en avait fait le thème de son homélie de Noël. L’abbé Tessier n’était pas un grand orateur; il parlait tout simplement avec son cœur, mais tout le monde l’écoutait et disait ensuite : « Ses sermons, ils nous font du bien. »

nativite-1Comme le dit si bien Félix Leclerc dans La Grande Nuit (Andante) : « Les étoiles forcent les hommes à lever la tête vers le ciel. » Qu’y a- t-il de plus beau qu’une nuit étoilée? En hiver surtout, lorsque la neige éclaire de sa douce lueur bleutée la terre endormie. On se sent petit devant l’immensité du ciel, et en même temps, on ressent une grande paix… Mais je reviens à l’homélie de notre curé. Entre autres choses, il nous souhaitait que « cette étoile qui brille pour chacun et chacune de nous » nous apporte ce dont nous avons le plus besoin, ce que nous désirons le plus ardemment.

« Il y a tant d’étoiles dans le ciel »… Et alors défilaient toutes ces étoiles, qu’il aurait voulu nous offrir en cadeau. D’abord l’étoile « Bonheur », puis l’étoile « Joie » et aussi l’étoile « Espoir »; celle-là, c’était sa préférée. Il l’offrait à toutes les personnes qui attendent quelque chose d’important: la santé, du travail, ou le retour d’un enfant prodigue – ça n’existe pas seulement dans l’évangile. Il y avait encore l’étoile « Douceur », l’étoile « Sérénité ». Celles-ci étaient dédiées en particulier aux personnes qui vivent une grande peine ou une maladie grave. Des étoiles qu’on voudrait toujours présentes pour ceux qui souffrent,  qu’aucun nuage ne vienne les cacher jamais.

Il terminait son homélie en disant que « L’étoile la plus importante est sans contredit l’étoile « Amour ». Aujourd’hui comme au temps de notre bon curé, c’est l’étoile dont nous avons tous besoin; d’ailleurs sans elle, il n’y aurait jamais eu Noël! Elle fait la paire avec l’étoile « Paix », dont la brillance est tout aussi essentielle à l’époque où nous vivons qu’elle l’était au temps où naquit Jésus, dans un pays opprimé, sous la domination des Romains. Notre curé nous a quittés au cours des années 80. S’il y avait à l’époque des conflits entre certaines contrées, les pays occidentaux vivaient en paix. Mais depuis le 11 septembre 2001, s’est installé un sentiment d’insécurité qui ne cesse de s’accroître, alors que se produisent des attentats meurtriers dans divers endroits, et que la guerre sévit actuellement dans le pays qui fut, selon ce que raconte l’Histoire, « le berceau de l’humanité ». Plus que jamais nous avons besoin que l’étoile « Paix » brille de tout son éclat pour les hommes, les femmes et les enfants qui veulent vivre paisiblement, dans le pays où ils sont nés.

nadalEn terminant, j’aimerais offrir à chacun et chacune de vous qui me lisez, une étoile qui vous guide et vous protège tout au long de cette année 2017!

© Madeleine Genest Bouillé, 15 décembre 2016

Allons voir cet enfant

Voici le temps où l’on aime se rassembler
Comme jadis à la crèche, les bergers.
C’est la fête, on offre des présents,
À ceux qu’on aime évidemment…

En regardant bien là-haut, on voit l’étoile,
À moins que le ciel, de nuages se voile…
Suivons quand même jusqu’au bout
La route qui nous mène à cet Enfant si doux.

Au milieu de nos festins, de nos rires, de nos chants,
Entre les visites des parents, des amis,
Allons gaiement voir le Messie !
Blotti auprès de sa maman…

Il tend les bras ce Divin Enfant,
Et nous promet comme dans l’ancien temps
Malgré nos oublis, pour calmer nos alarmes,
La Paix et tous ses charmes !

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© Madeleine Genest Bouillé, décembre 2010