Noël d’enfant

Le premier Noël dont je me rappelle est celui de mes cinq ans. Étant trop jeune pour aller à « la vraie école », depuis octobre on m’avait inscrite dans une classe privée, tout d’abord parce que j’avais tellement hâte de savoir lire les bandes dessinées du journal, surtout les histoires de Philomène. Dans cette classe qui se tenait autour de la table de la cuisine chez Madame Laplante, en plus des rudiments de lecture et d’écriture, un peu de mathématiques – qu’on appelait alors « arithmétique », j’apprenais le catéchisme afin de pouvoir faire ma première communion. À l’époque, les parents tiraient une grande fierté quand ils pouvaient dire que leur enfant avait fait sa « petite communion » à cinq ans.

Moi à 5 ans… (©coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

On m’avait bien expliqué des semaines à l’avance que la messe aurait lieu durant la nuit. Il s’agissait d’une messe pas ordinaire, au cours de laquelle défileraient les cantiques que je connaissais déjà, pour les avoir entendus dans les veillées de famille au temps des Fêtes. Il faut dire que chez nous, tout comme chez mon grand-père, le cordonnier, la musique faisait partie intégrante de toutes les fêtes. Mon grand-père jouait du violon, de même que ma tante Alice, ma tante Gisèle jouait de la guitare et ma tante Rollande accompagnait au piano les musiciens, aussi bien que les chanteurs et chanteuses. D’ailleurs, presque tout le monde chantait, sauf les oncles, joueurs de cartes. Tous les airs de Noël y passaient… mon père entonnait le Minuit Chrétiens, ma sœur poursuivait avec Jésus de Nazareth. Nous, les plus jeunes, n’étions pas en reste; on nous faisait chanter Vive petit Noël. Ah! Comme on l’aimait ce Dieu des gentils bébés roses, qui donne tant de belles choses!

Le retour de la messe de minuit (XIXe siècle), source: Edmond-Joseph Massicotte/Bibliothèque et Archives Canada/ C-001119 .

Je reviens à ce Noël de mes cinq ans. La veille, on nous avait envoyés au lit plus tôt. Les grandes personnes ayant un tas de choses à faire : il fallait rentrer et décorer le sapin, installer la crèche, garnir les bas de Noël et mettre la dernière main aux préparatifs du réveillon. Nous étions tellement énervés que nous ne dormions pas beaucoup. Nous tentions d’aller regarder au travers des barreaux de la rampe de l’escalier, mais il y avait toujours un adulte qui découvrait le curieux – ou la curieuse, et nous retournions nous coucher en vitesse. Quand enfin nous parvenions à dormir, il était presque temps de se lever et de se préparer pour la messe.

Effectivement, quand on vint me réveiller, je dormais profondément et je mis un peu de temps à me rappeler pourquoi on me dérangeait ainsi dans un si bon sommeil. Encore endormie, je m’empêtrais dans mes vêtements. Je faillis mettre ma robe à l’envers… Elle était si belle ma nouvelle robe en velours « rouge vin », dont les boutons ressemblaient à des petits chapeaux mexicains. Sans ma mère qui vint à mon secours, je n’aurais jamais été prête à temps. Ne demeurant pas très loin de l’église, nous nous rendions à pied. C’était une belle nuit claire et froide, de quoi me réveiller tout à fait! On s’installa dans le banc de famille au jubé, à côté de l’orgue. J’aimais beaucoup cet endroit car on voyait la chorale et cela m’enchantait. On m’a raconté que je disais souvent : « Quand je serai grande, je vais aller chanter en haut à l’église, près de l’orgue ». Je croyais alors que c’était un métier comme un autre. On ne réalise pas tous nos rêves, mais j’ai eu le bonheur de réaliser celui-là!

Finalement, je ne me souviens pas de ma première communion, j’étais trop jeune et j’avais du mal à rester éveillée. Il faut dire que le curé de ce temps-là était un excellent orateur, alors évidemment, dans les grandes fêtes, il s’encourageait et prolongeait volontiers son sermon. Je n’ai gardé de cette première messe de minuit que le souvenir de la musique. L’orgue, dont les harmonies vibraient jusqu’au plafond me semblait-il, et les chants de la chorale qui éclataient comme une fanfare! Je me souviens aussi de la foule nombreuse et joyeuse; les messieurs vêtus de longs paletots, leur chapeau à la main et les dames en manteau de fourrure. Tout ce beau monde s’interpellait en riant, d’un banc à l’autre au  jubé. Plusieurs avaient sans doute déjà commencé à fêter… Malgré le bruit et la foule, j’avais trouvé la messe pas mal longue. Je devais avoir hâte de revenir à la maison. Au retour, le réveillon à peine terminé, je ne fus pas longue à retourner me coucher, certaine de trouver au matin, mon bas de Noël rempli de friandises et de petites surprises; les « étrennes » étant distribuées seulement au Jour de l’An.

La vieille route enneigée (rue Johnson) dans les années 50 (©coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Plus tard, on m’a raconté cette anecdote. Quand on m’a demandé si j’avais aimé la messe de minuit, j’aurais, paraît-il, répondu ceci: « La messe de minuit dans le soir, j’aime pas bien ça, j’aimerais mieux une messe de minuit dans le jour ». En grandissant, j’ai pu mieux apprécier ces moments merveilleux où mon église en fête, remplie à craquer, brille de toutes ses lumières… la procession avec le petit Jésus, la crèche, et surtout la musique! La belle messe de Sainte-Thérèse, de Théodore de La Hache, que j’ai eu le bonheur de chanter pendant près de quarante ans! Aujourd’hui, je participe à la messe qui a lieu plus tôt en soirée; nous y chantons les vieux cantiques toujours si beaux et c’est chaque fois un bonheur dont je ne saurais me passer. J’imagine mal un Noël qui ne commencerait pas par la célébration religieuse à l’église, mais on ne connait pas l’avenir… et c’est bien mieux ainsi!

Église Saint-Joseph, vers 1950 (©coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

© Madeleine Genest Bouillé, 12 décembre 2017

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Une réflexion sur “Noël d’enfant

  1. Bonjour,

    J’ai retrouvé un peu d’information sur «La légende des roses». Il s’agirait d’une chanson française de Noëlle Mansuy

    Amicalement,

    Bruno

    En voici le texte :

    La légende des roses (parNoëlle MANSUY)
    C’est Noël, c’est le jour sacré
    La neige en flocons papillonne.
    De blancheur le toit est nacré
    Et la cloche au loin carillonne.
    Là-bas dans le bois clairsemé
    Une fillette à pâle mine
    Le pas lent, le souffle opprimé,
    Tout le long du sentier chemine.
    .
    Voilà qu’au détour du sentier,
    Comme elle tombait éplorée,
    Elle aperçut, près d’un hallier,
    Un enfant, à la dérobée.
    Petit ami, il fait bien froid,
    Dit-elle, alors, compatissante,
    Viens te blottir tout près de moi.
    Je te cacherai sous ma mante.
    .
    Quoi ! Tu pleures, lui répond l’enfant,
    Quelqu’un t’a donc fait de la peine,
    Oh ! non, mais c’est décourageant,
    Sur moi le malheur se déchaîne.
    Car elle est close la saison
    Où je vends des fleurs à la ville,
    On meurt de faim à la maison.
    Et mon espoir reste stérile.
    .
    Soudain à ses yeux éblouits
    Et comme en un vrai sortilège,
    Des milliers de roses en tapis
    S’épanouissent sous la neige.
    Et l’enfant dit : « Je suis Jésus,
    Je viens protéger ta misère,
    Fillette, allons, ne pleure plus,
    Puisque j’exauce ta prière. »
    .
    Et depuis ce jour, tous les ans,
    Quand la neige scintille aux branches,
    Des fleurs, mystérieusement,
    Apparaissent, roses et blanches.
    C’est un présent sacré de Dieu.
    Le Créateur de toutes choses.
    Du pauvre, il a comblé le voeu.
    Telle est « La Légende des roses ».
    ¤¤¤¤¤
    (Noëlle MANSUY, Thaon-les-Vosges, France-Lorraine)
    (source : Les Veillées des Chaumières)

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