Ma lettre au Père Noël

Cher Père Noël,

J’espère que tu es en bonne santé. J’ai appris que tu avais perdu du poids, j’espère que ton costume te va quand même… Si tu voyais notre ministre de la santé, il a tellement perdu de livres qu’il a dû changer sa garde-robe au moins deux ou trois fois. C’est ce qui s’appelle « dégarnir une bibliothèque »! Bon, excuse le jeu de mots, c’était trop facile.

8d1ad910J’imagine que tu dois avoir encore un mois de décembre très chargé, avec beaucoup de commandes, pas toutes faciles à satisfaire. Mais ça, c’est ta vie et j’ose croire que tu es heureux ainsi. Ici, ça va bien, comme on dit « faut pas se plaindre le ventre plein ». Il y a tellement de gens démunis, sans abri, et cela, pas seulement dans les pays pauvres ou en guerre. Même dans notre beau Québec où règne l’abondance, il y a des personnes qui souffrent de la faim et aussi de solitude. Des gens qui, comme Marie et Joseph, ne trouveront pas de place pour passer la nuit de Noël. Je comprends qu’on ne peut pas toujours aider les malheureux, mais le moins qu’on puisse faire, c’est de remercier le ciel – ou qui vous voulez, selon vos croyances – pour tous les biens matériels que nous avons en abondance, et surtout pour  les personnes qui nous entourent et que nous aimons.

Une chose est certaine, le malheur des uns ne peut empêcher les autres d’être heureux. J’ai toujours aimé Noël et le temps des Fêtes et je ne crois pas que cela puisse changer. Malgré que des êtres chers sont partis, malgré les petits ennuis de santé – on ne rajeunit pas – et les inquiétudes dont chacun a sa part, oui, envers et contre tout, j’aime Noël! Chaque année je retrouve cette sorte de « grâce » faite d’un espoir tenace et aussi sans doute d’un reste d’enfance qui ne veut pas s’éteindre, enfin, ce que moi j’appelle « l’esprit de Noël ». Tu dois bien connaître cela, toi aussi, Père Noël, sinon comment ferais-tu pour continuer cette tâche surhumaine qui te fait parcourir le monde chaque  mois de décembre!

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Il serait temps que j’en vienne à « l’essentiel de mon propos ». Qu’est-ce que je demanderais bien pour Noël cette année? Tout d’abord, si tu commençais ta tournée en visitant les enfants malades, ceux dont c’est peut-être le dernier Noël. Il y a aussi tous ces jeunes maltraités, malaimés. Apporte-leur un peu de joie, de douceur. Ce serait un bon début; bien entendu, si tu veux ajouter quelques « bébelles », c’est toujours bienvenu!

pere-noel-5556Je suis encore sortie du sujet pour lequel je t’écris. Qu’est-ce que je vais demander en cadeau cette année? En fait, je veux surtout que ce soit une surprise. Ce n’est pas la grosseur, ni la valeur du cadeau qui compte pour moi, c’est la « surprise »! Tu comprends, c’est pour cette raison que les enfants d’aujourd’hui sont si difficiles à contenter; ils ne rêvent pas, ils ne souhaitent pas : ils commandent. Ils ajoutent même le coût de l’article demandé sur leur liste. Ce n’est pas ça, un cadeau! Elle est où alors, la magie de Noël? Dans l’emballage, peut-être? Sincèrement, comme dans la chanson Trois anges, ce que je désire le plus ardemment, c’est « le bonheur pour tous ceux que j’aime »! Et pourquoi pas aussi ceux que j’aime moins… Quand les gens sont heureux, ils sont plus aimables, n’est-ce pas?

saint-nicolas2Enfin, si tu ne sais pas quoi m’apporter, je vais te faire une confidence : j’aime beaucoup les chocolats de Julie Vachon, notre vaillante chocolatière. J’en achète parfois, mais c’est pour les offrir, pas pour moi! Je ne saurais lesquels choisir, ils sont tous aussi excellents les uns que les autres! Si c’est trop te demander, ne te casse pas la tête, deux ou trois « Cherry Blossom », ça fera l’affaire.

Merci, cher Père Noël de m’avoir lue jusqu’au bout et merci à l’avance pour le cadeau. Je te souhaite un Joyeux Noël et une très bonne année 2017!

Mado  Genest

© Madeleine Genest Bouillé, le 12 décembre 2016

Les personnages de la crèche

creche-1978Connaissez-vous l’histoire de notre crèche paroissiale? Peut-être pas… La voici donc, telle que ma mère me l’a racontée. Avant 1920, à l’église, il n’y avait qu’un petit Jésus, dans une vitrine, le tout entouré de lampions. Tout près, on plaçait un tronc pour « Le denier de l’Enfant-Jésus ». Vous pouvez voir ce tronc, ou si vous aimez mieux, cette « tirelire », sur ma photo la plus ancienne de la crèche en 1978. Le denier de l’Enfant-Jésus était le pendant de la quête du même nom qui se faisait selon les endroits, juste avant Noël, ou entre Noël et le Jour de l’An. On incitait ainsi les gens à donner pour les pauvres, soit des victuailles ou des vêtements et les enfants, pour leur part, étaient invités à donner quelques sous pour la même cause.

Mais je reviens à ma crèche… Avec le temps, le petit Jésus commençait à avoir quelques problèmes : il lui manquait des orteils, des doigts, etc. Or en 1920, à la suite d’une promesse, Madame Barthélémy Arcand (la grand-tante de Denys, Suzanne et Gabriel), entreprit une quête dans la paroisse afin d’acheter des statues pour la crèche paroissiale. Elle commença sa quête au mois d’août; cela lui a bien pris quelques mois. Ayant ramassé la fabuleuse somme d’une trentaine de dollars, on put alors acquérir les statues que nous pouvons admirer chaque année dans le temps des Fêtes.

Crèche de 2000.

Crèche de 2000.

En 1991, les statues de la crèche qui avaient atteint l’âge vénérable de 70 ans nécessitaient diverses chirurgies: orteils, doigts, nez… Elles devaient de plus faire rafraîchir leurs vêtements. Des membres du conseil de pastorale décidèrent alors de trouver des fonds et de restaurer ces personnages qui font partie intégrante de notre patrimoine religieux et de nos liturgies des Fêtes. On organisa donc un récital où des « artistes locaux » de tous âges, et un ténor connu, Léonard Bilodeau, mirent leurs talents en commun bénévolement pour faire une levée de fonds. L’auditoire n’avait qu’un coût minime d’entrée à défrayer; on avait aussi quêté diverses entreprises et commerces. Le résultat fut très encourageant. À Noël 1991, tout le monde put admirer le travail accompli bénévolement… comme tout ce qui se fait de beau à Deschambault!

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Crèche de 1987 et toile de Thérèse Bouillé-Naud.

Parlant de bénévolat, je ne saurais nommer toutes les personnes qui ont monté la crèche depuis 1920. Autrefois, c’était peut-être le sacristain ou la sacristine. Je sais que mes tantes Gisèle et Rollande ont aidé à l’édification de la crèche durant plusieurs années. Thérèse Bouillé-Naud, l’auteur de la toile de fond que nous pouvons encore admirer en fond de scène, a fait partie de l’équipe de la crèche. Plus tard, le comité de liturgie a repris le flambeau. La photo de 1987 montre une crèche au décor plutôt moderne, avec sa surcharge de guirlandes. C’était l’œuvre des futurs confirmés de l’année! Les sapins naturels étant interdits dans les édifices publics, on utilisait quelques bouleaux et on avait fait l’acquisition de 2 arbres artificiels… pas les plus beaux! Le curé de l’époque, qui encourageait les jeunes à participer à ce genre de travail, leur laissait pas mal le champ libre. Je me souviens que ces jeunes de 12-13 ans, étaient très fiers de leur crèche!

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Crèche de 2005.

En 1991,  les personnages  étant restaurés de fraîche date, on ne laissait plus  n’importe qui les manipuler. Pendant plusieurs années, différents comités se sont chargés de la construction de  la crèche paroissiale. En 2005, il faillit ne pas y avoir de crèche. On était en plein dans les travaux d’installation des gicleurs pour la protection contre les incendies… ça prenait une certaine bravoure et beaucoup d’imagination pour faire ce travail. Les matériaux relégués au grenier de la sacristie étaient pour la plupart inaccessibles, mais on a quand même fait une crèche! C’était une crèche bricolée avec les moyens du bord. Depuis ce temps, les marguilliers avec l’aide d’autres bénévoles au besoin, se chargent de l’édification de notre crèche. Je vous invite à venir la voir, elle sera prête pour Noël!

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Crèche de 2015.

© Madeleine Genest Bouillé, 9 décembre 2016

Des vieilles cartes de Noël

carte-nouvel-anJe faisais du ménage dans ma boite de vieilles cartes de Noël. Je garde une pleine boite de cartes de vœux qui m’ont été envoyées il y a longtemps, par des personnes qui ne sont plus de ce monde, ou encore parce que je les trouve trop belles pour les jeter. Je suis ramasseuse, je n’y peux rien! D’une fois à l’autre, je parviens à en jeter quelques-unes. Quoi qu’il en soit, à chaque fois que j’ouvre cette boîte, je me retrouve plusieurs années en arrière et je fais un voyage au pays de mes souvenirs…

carte-ancVoici des cartes écrites par ma mère; elle nous disait toujours qu’on ne doit pas se contenter de signer une carte de vœux, il faut écrire un petit mot personnel. Elle passait de longues heures à écrire ses cartes de Noël, et en envoyait à toute la parenté, même quand les destinataires demeuraient dans à Deschambault. Elle écrivait si bien, ma mère!  Quand on lui disait : « Maman, pourquoi tu téléphones pas à la place? » Elle répondait : « Un téléphone, ça s’oublie vite… les écrits, ça reste. » Je continue à chercher… Voici une belle carte que j’avais reçue de mon frère Florent. Lui aussi avait mis en pratique la consigne de notre mère, et comme il était maître de postes, même si on se voyait régulièrement, il envoyait toujours ses cartes de vœux, dûment timbrées, en bon employé des Postes qu’il était! Tiens, voici une carte de ma tante Gisèle, son écriture rapide était celle d’une femme toujours occupée. Sur cette autre, je reconnais la grande écriture de mon frère Claude, sa signature en diagonale… Je relis ces courts messages, les signatures, surtout… et je retrouve un peu de la personnalité de tous ces gens qui ont fait partie de ma vie.

carte-enfantSur les cartes, on voit des paysages d’hiver, des Pères Noël avec ou sans traîneau, des cloches, du gui. Sur certaines sont reproduites des images représentant la Nativité, la visite des bergers ou celle des Mages.  Plusieurs cartes ornées d’images enfantines sont défraîchies; elles ont sans doute été collées sur le mur en guise de décoration, dans la chambre de l’un ou l’autre de mes enfants. Les messages imprimés souvent se ressemblent : « En ce temps de réjouissance et de paix »… « Pour un Noël joyeux et une année remplie de bonheur et de paix »… « Que la paix soit dans vos cœurs en ce jour de Noël et pour toute l’année. » La paix, toujours, sur un fond de neige, avec un ciel étoilé… Un rêve qui revient chaque année!

La Paix dans le monde… plus le temps passe et plus cela me parait impossible. Quand une guerre semble finie à un endroit, une autre éclate ailleurs, dans une autre contrée, quand ce n’est pas entre les habitants d’un même pays, qui n’ont pas la même religion. Il y a toujours quelque part des villes, des villages qui sont détruits, des innocents qui meurent, des familles qui sont brisées, ou qui doivent fuir.  Les armes sont de plus en plus meurtrières; elles font de plus en plus de ravage! À la télévision, entre deux publicités d’automobiles ou de bière, on nous montre régulièrement des images atroces de maisons en ruines, de femmes et d’enfants tués… L’horreur fait désormais partie du quotidien.

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Seigneur, je crois qu’il faudrait qu’ils reviennent tes anges, avec des trompettes retentissantes, pour réveiller les consciences endormies. Qu’ils redisent bien fort à tous les peuples de la terre ces paroles qui ont traversé les millénaires : « Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre aux hommes et aux femmes de bonne volonté! »  Parce que, du train où vont les choses, la paix dans le monde, c’est comme le dit le refrain de cette belle chanson de John Littleton : « De soir en soir, pourquoi retarde le temps où naissent les libertés? De jour en jour, autant d’amour… n’est-ce qu’un rêve à oublier? »

Bon, c’est assez pour aujourd’hui, je vais ranger ma boîte de vieilles cartes de Noël.

© Madeleine Genest Bouillé, 28 novembre 2016

La visiteuse de Noël

Conte de Noël

Tout le monde l’appelait « la vieille Clara ». Elle vivait dans une maison grise, au toit pentu, loin du chemin, la dernière au bout du rang. Comme on disait dans le temps, elle vivait de ses rentes. Dans l’étable, sise derrière la maison, se trouvaient une vache et un cheval qui n’avaient pas l’air plus jeunes que leur propriétaire.

Clara n’étais pas si vieille qu’elle le paraissait. C’était une grande femme anguleuse, à l’air sévère. Ses vêtements ternes et surannés ne l’aidaient pas, accusant plutôt sa cinquantaine largement entamée. Il faut dire qu’à l’époque, la coquetterie était mal vue pour celles qu’on étiquetait impitoyablement « vieilles filles ». Curieusement, quand elle souriait, son visage s’éclairait et elle semblait rajeunir de plusieurs années.

DanslesilenceSes parents étaient décédés alors qu’elle était très jeune. Elle s’était habituée à vivre seule et avait très tôt cessé de rêver à un hypothétique prétendant. Elle était demeurée timide et ne fréquentait pas beaucoup les gens de son entourage. Clara n’en parlait jamais, mais le seul temps de l’année où elle s’ennuyait vraiment, c’était à l’approche du temps des fêtes. Elle gardait au fond de sa mémoire les images des Noëls de sa petite enfance. Dans ses souvenirs, il y avait des étoiles d’argent qui brillaient et des guirlandes de papier crêpé rouge et vert qui s’étalaient devant ses yeux… Il y avait aussi quelque chose dans son soulier près de la cheminée. D’autres souvenirs sentaient bon la vanille et le sucre d’orge. Quand elle n’en pouvait plus de s’ennuyer si fort, elle attelait sa vieille jument et elle filait dans sa carriole. Qu’importait alors le vent, la neige… elle fuyait sa maison et sa vie!

Un soir de décembre, alors que Clara brodait un long chemin de table à la lueur de la lampe qui projetait tout plein d’ombres dansantes sur le mur de l’escalier, on frappa à la porte. Clara se demandait bien qui pouvait venir frapper chez elle aussi tard, dix heures venant de sonner à la vieille horloge. Clara alla ouvrir et une fillette apparut devant elle, souriante. Très à l’aise, la fillette enleva son manteau, son bonnet, ses mitaines et ses bottes qu’elle déposa soigneusement sur le tapis devant la porte. Clara sentit monter en elle une bouffée de tendresse, un sentiment comme elle n’en avait plus ressenti depuis… depuis quand donc? Elle ne demanda pas à l’enfant qui elle était ni d’où elle venait. Il lui paraissait tout à coup naturel qu’une enfant de sept ou huit ans arrive ainsi de nulle part à cette heure tardive, un 22 décembre.

visiteusedenoelClara demanda à l’enfant si elle voulait rester à coucher. La fillette, baillant et se frottant les yeux, accepta l’offre de son hôtesse et se dirigea vers l’escalier, suivie de Clara qui s’aperçut que la petite fille allait tout droit à la chambrette qu’elle-même occupait quand elle était enfant. Clara sortit de l’armoire un gros édredon en disant à la fillette : « C’est la grosse couverte que maman m’avait faite quand j’avais ton âge. Et voilà aussi une chemise de nuit que je portais dans le temps. Dors bien… Bonne nuit! » L’enfant ne fut pas longue à s’endormir et Clara redescendit à la cuisine. Elle rangea sa broderie et après avoir mis une bûche dans le poêle, elle alla se coucher. Soudainement très lasse, elle s’endormit aussitôt.

Le lendemain, à son réveil, Clara se souvint de l’enfant qui dormait là-haut. Après avoir allumé le feu, elle gravit l’escalier, en faisant attention aux marches qui craquaient. La petite fille dormait encore et Clara put la contempler à loisir. Elle lui trouvait un air familier, mais ne pouvait définir la ressemblance. À ce moment, la fillette s’éveilla. Joyeuse comme seul peut l’être un enfant qui commence une nouvelle journée, elle sauta à bas du lit et rapidement, se vêtit. Clara proposa de coiffer sa longue chevelure : « J’ai sûrement encore des rubans, veux-tu que j’attache tes cheveux? » La fillette se laissa peigner. Clara accomplissait ces gestes qu’elle n’avait jamais faits auparavant et cela lui paraissait normal.

La femme et l’enfant descendirent à la cuisine où Clara s’affaira à préparer le déjeuner. Tout à coup, elle demanda à l’enfant : « Tu ne m’as pas encore dit ton nom? » — « Je m’appelle Claire, répondit l’enfant », qui dévorait son déjeuner avec un solide appétit. « Ah! Tiens, c’est drôle, ça ressemble à Clara! », remarqua la vieille demoiselle. Après le repas, l’enfant demanda : « Tu n’as pas encore accroché les guirlandes de Noël et les étoiles?… C’est bientôt, Noël! » Clara eut un moment d’hésitation, se demandant où elle avait bien pu ranger les décorations, quand elle se souvint que les guirlandes n’existaient plus depuis longtemps. Penaude, elle dit à l’enfant : « Je pense bien qu’il ne me reste que quelques étoiles… j’irai acheter des guirlandes au magasin. » La fillette reprit : « Tu n’oublieras pas les sucres d’orge, j’espère! »… « Bien sûr, se dit Clara… les sucres d’orge »… Jamais elle n’avait acheté de sucre d’orge, ni aucune autre friandise d’ailleurs.

La journée passa rapidement, la femme et l’enfant occupées toutes deux par les innombrables préparatifs pour la fête de Noël. En aucun moment, Clara n’avait pensé à poser à la fillette les questions essentielles : qui elle était, d’où elle venait, comment elle était arrivée ici. Cela n’avait pas d’importance. La vieille demoiselle ne voulait rien savoir de plus, même si parfois elle se demandait si elle était en train de rêver, ou si ce qu’elle vivait était réel. Dans ces moments-là, elle se disait : « Mon Dieu, si je rêve, faites que je ne me réveille pas. Je suis si heureuse! ».

Après le repas du soir, la fillette, baillant déjà, demanda à Clara si elle voulait la bercer et lui raconter une histoire. Clara entreprit de lui raconter une histoire de sa propre enfance, Boucle d’or et les trois ours. Quand elle eut fini, la fillette lui demanda : « Tu veux bien me chanter C’est la première neige ? » Sur le moment, la femme demeura figée. Comment connaissait-elle cette vieille chanson que Clara n’avait jamais entendu chanter par d’autre que pas sa mère, qui disait la tenir de sa grand-mère? Encore une fois, Clara refusa de laisser ses pensées aller plus loin.

mademoisellemarieLa fillette s’endormit dans les bras de Clara. La vieille demoiselle gravit lentement l’escalier, afin d’aller la porter dans son lit. Après l’avoir bordée et embrassé légèrement sur le front, Clara redescendit s’asseoir dans sa chaise berçante. Elle se sentit tout à coup très fatiguée. Elle ramassa la vieille poupée de chiffon retrouvée et qui était tombée par terre, elle ferma les yeux et se mit à fredonner : « C’est la première neige, avec son froid cortège… Le grand chêne succombe, et rejoint dans la tombe, l’adieu des bois… »

Le lendemain matin, les voisins passant en voiture devant la maison de Clara furent étonnés de ne voir aucun signe de vie : les rideaux étaient clos, aucune fumée ne sortait de la cheminée… Son plus proche voisin après avoir frappé à la porte plusieurs fois, força l’entrée et découvrit Clara, qui semblait dormir dans sa chaise berçante. Le vieux médecin appelé au chevet de la demoiselle conclut que Clara avait succombé à une crise cardiaque. Personne ne mentionna la présence d’une enfant dans la maison…

Qui était la petite Claire? Peut-être est-il possible de croire que, au soir de sa vie, il avait été donné à Clara de retrouver, le temps d’une journée avant Noël, la fillette heureuse qu’elle avait été longtemps auparavant!

© Madeleine Genest Bouillé, 2012

(Version intégrale dans le livre Propos d’hiver et de Noël, 2012. Illustrations de Marie-Noël Bouillé)

Tombe la neige

Poème

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Tombe la neige, sur le temps joyeux de notre enfance,
Où nous vivions du printemps l’innocence,
Alors que tout nous paraissait possible,
Nous étions alors invincibles!

Tombe la neige, sur le temps heureux de notre jeunesse,
Où nous voguions sur une mer d’allégresse,
Vers des pays où tout nous était promis.
L’avenir nous appartenait, c’était l’été de la vie!

Tombe la neige, sur le temps fertile des labeurs
Que nous vivions sans souci et sans peur!
L’automne rayonnait des couleurs de l’espérance
Nous étions alors remplis de confiance.

Tombe la neige, sur le temps paisible de notre hiver.
Encore une fois, Noël nous est donné
Avec ses chants, sa joie, ses lumières…
Qu’il nous apporte la Paix, la Santé, la Prospérité!

© Madeleine Genest Bouillé, décembre 2015

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Trois anges sont venus

Poème de Noël

0_697ff_230d2a11_XXLTrois anges sont venus un soir…
Le premier était un petit enfant,
Les ailes en plumes blanches, tout de rose vêtu.
Souriant comme un bébé joufflu,
Il était mignon et charmant.
Pour mon Noël, il m’offrait en cadeau,
Mille jouets, bijoux et bibelots.
Ce n’était pas ce que je souhaitais recevoir…

Le deuxième portait à pleines mains
Or, argent et autres richesses.
Grand, imposant, il semblait un archange!
Sa tunique était d’azur, bordée de longues franges.
Dans ses yeux rayonnait tant d’allégresse,
« C’est Noël! », me dit-il. « Voici pour toi et les tiens!
Profitez enfin des plaisirs de la vie. »
Ce n’était pas non plus ce dont j’avais envie.

003 (2)Le troisième ange était un très vieil homme,
Portant une longue barbe grise, il se tenait courbé,
« Je suis l’Étranger, c’est ainsi qu’on me nomme.
Mais le cadeau que j’apporte est le plus recherché,
C’est la Paix, pour tous les gens de bonne volonté! »
C’était là mon souhait, quand je voulus le remercier
Il avait disparu dans la nuit noire
Sans même un au revoir!

© Madeleine Genest Bouillé, décembre 2012

(Ce poème fait référence au texte intitulé L’Étranger, dans Propos d’hiver et de Noël.)

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Les recettes de cuisine d’autrefois

DomesticNos recettes du temps des Fêtes nous viennent le plus souvent de notre mère, qui elle les tenait de sa mère; de sorte que nous cuisinons des mets qui sont dans la famille depuis parfois trois ou même quatre générations. Bien sûr, certains ingrédients ont changé. Ainsi, nous utilisons de plus en plus des huiles végétales ou de la margarine, là où nos mères n’avaient que la « graisse pur lard », de marque « Domestic », si je me rappelle bien. Il demeure que même si nos mets sont allégés en gras, nous avons conservé pour nos menus du temps des Fêtes, beaucoup des recettes de la bonne cuisine d’autrefois.

Quand on parle repas des Fêtes, on pense aussitôt aux tourtières ou pâtés à la viande. Qu’ils soient faits uniquement de viande de porc, ou qu’on y mêle du bœuf ou du veau, aux Fêtes, dans toutes les familles, on sert des pâtés à la viande! Qu’il s’agisse du buffet du réveillon ou du dîner du Jour de l’An, il manquerait quelque chose s’il n’y avait pas ces fameux pâtés; grands ou petits, qu’on les nomme tourtières ou pâtés, c’est indiscutable!

IMG_20151211_0002Et que dire des desserts! Là encore, on utilise les recettes de nos aïeules. Vous aurez beau avoir une grande variété de tartes et de biscuits, si vous n’avez pas de beignes, votre grand-mère vous regardera du haut du ciel avec une grosse déception. Vous ne voudriez quand même pas décevoir votre grand-mère! Alors, on se lance! On sort le rouleau, la planche, le coupe-beigne, la friteuse… et on y va pour les beignes. On roule, on découpe et on fait cuire. Une recette normale donne trois ou quatre douzaines de beignes. De quoi passer les Fêtes… Et se rappeler grand-maman!

IMG_20151211_0003Je vous ai sorti de mes archives personnelles quelques recettes qui ont un âge certain! Tout d’abord, deux mets qui datent de 1943, dans le temps de la guerre, où tout était « à la ration », ce qui veut dire qu’il ne fallait pas que ça coûte cher! Il s’agit du « roulé aux œufs », lequel se mange froid pour un repas estival, ou chaud pour un gros déjeuner hivernal ou un brunch. De toute façon, c’est consistant et c’est excellent! Quant aux « brioches », quand j’étais écolière, c’était ma collation préférée. Pour ce qui est du gâteau aux fruits, cette recette date de 1950. C’était celui que cuisinait Aurore – je vous ai parlé d’Aurore dans l’un de mes premiers grain de sel. Elle n’allait pas jusqu’à faire la décoration qu’on voit sur l’image, elle trouvait ça trop « fancy »! Mais, même sans cette garniture, son gâteau était délicieux. Dans mon enfance, Noël n’aurait pas été Noël sans le traditionnel gâteau aux fruits.

Pour terminer, je vous ai recopié une recette qui date, parait-il, des années 1800. Je l’ai écrite en conservant rigoureusement l’orthographe. Voici les « galettes au sirop » :

1 louche de mélase
1 louche de castonade
2 zeux tu choisira lé plus gros du poulayer
1 petite culière de soda
Tu comencera par mettre une petite afaire de farine, pi ten rajoutera pour fére une pate mole. Tu lé coupera de la groceur du verre à gin de ton mari. Tu donera une bonne atisé pour que ton four soye a 375. Cuir 25 minute.

Bonne cuisine des Fêtes!IMG_20151211_0004

© Madeleine Genest Bouillé, décembre 2015

Dans la clarté d’une belle nuit

Poème

Dans la clarté d’une belle nuit
Un enfant a choisi de naître
Deux millénaires ont passé depuis
Noël nous le fait renaître.

Gloire à Dieu au plus haut des Cieux!
Et paix à tous ceux qui sur terre
Travaillent à rendre les autres heureux
Au nom de Dieu notre Père.

Les parents, les amis, les voisins,
Se saluent tous joyeusement
Près de la table, autour du sapin
On échange vœux et présents.

IMG_20151214_0001Partout les lumières dans la nuit
Brillent si fort qu’on en oublie
L’Enfant qui nous appelle au berceau
Cet enfant qu’on dit le plus beau.

En regardant vers le ciel sans voile
On voit bien la petite étoile
Qui nous rappelle la grande nuit
Où naquit le Divin Messie.

Que votre Noël soit le plus beau!
Rempli de joie et d’amitié
Bonheur et Paix, pour cet an nouveau
Santé et Prospérité!

© Madeleine Genest Bouillé, décembre 2011

Mes jouets préférés

IMG_20141128_0001_NEWQuand approche le temps des Fêtes, j’ai plaisir à me rappeler les jouets que j’ai reçus dans mon enfance, surtout ceux que j’ai préférés entre tous. L’année de mes huit ans, si ma mémoire est bonne, j’avais écrit au Père Noël, et dans cette lettre, je lui demandais un téléphone et une maison de poupée. J’avais sans doute remarqué ces jouets dans le catalogue, soit chez Eaton ou chez Simpson’s. Sur la photo, où assise près du sapin dans ma belle robe en taffetas écossais rouge, je tiens précieusement un petit téléphone « à cadran », on voit bien la maison de poupée. C’était sans aucun doute l’année de la lettre au Père Noël! Je la revois… ma belle maison en carton! Elle était bleue avec des auvents bleus et blancs. À l’intérieur, il y avait de petits meubles en plastique. J’étais sûrement très contente d’avoir reçu les cadeaux que j’avais demandés; étant donné que je commençais à douter un peu de la réalité du Père Noël… J’ai dû être rassurée pour un bout de temps!

849900_TZ3Q1L2PLOK7B7JYDD6UCOQTTEHNPT_marievivie122_H085504_LCurieusement, je n’ai pas de photos prises avec un de mes jouets préférés. Parmi ces jouets qui ont marqué mon enfance, il y a tout d’abord les poupées en papier, qu’on nommait aussi des « cahiers de découpage ». Seule ou avec mes amies, comme j’ai joué avec ces demoiselles de papier! Dans un grain de sel publié en juin, je vous parlais des poupées de papier, du plaisir que j’avais à les habiller, les faire parler, chanter et danser! Je pouvais passer des heures à inventer une vie à ces personnages. Sans en être consciente, j’avais déjà le goût de raconter des histoires!

81TveXgGnXLL’autre jouet qui prend une place privilégiée dans mes souvenirs, n’est pas à proprement parlé un jouet; il s’agit de mon premier album de bandes dessinées, Tintin en Amérique. J’ai commencé très tôt à lire et je ne me souviens plus exactement en quelle année j’ai reçu cet album. Mais je l’ai lu et relu…. Je lis beaucoup de livres, sérieux ou non, mais j’aime toujours autant les bandes dessinées : Astérix, Lucky Luke et combien d’autres! Mais disons que j’ai gardé un petit faible pour Tintin.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe jouet qui est resté pour moi la merveille des merveilles, c’est mon View-Master. J’étais âgée de dix ans quand je l’ai reçu. C’était avant la télévision et les images que je voyais à l’aide de ce petit appareil me transportaient dans des univers inconnus pour moi. Trois disquettes accompagnaient la visionneuse. Ma préférée était le film de Disney, La veille de Noël. J’ai encore bien présente à ma mémoire l’image représentant le traîneau du Père Noël, attelé de ses rennes, traversant une nuit d’un bleu si profond… je demeurais de longues minutes rivée à cette vision de rêve! Mes autres disques représentaient Les chutes du Niagara et Le Rocher Percé. Avec mon View-Master, j’ai fait ces deux voyages je ne sais combien de fois.

Le dernier, mais non le moindre, c’est un jouet que mon père avait acheté pour les plus jeunes de la famille. Je me rappelle que parfois nous recevions ainsi un cadeau que nous partagions, jeu de construction ou de société, jeu de hockey sur table. Cette année-là, il s’agissait d’un kaléidoscope. Pas une lunette en carton avec des morceaux de plastique, non! À l’intérieur de notre kaléidoscope, s’étalaient des éclats de verre de toutes les couleurs. Les plus jeunes regardaient quelques minutes, puis ils passaient à autre chose. Mais nous, les trois plus âgés du groupe des « petits », nous réclamions tour à tour le jouet : « Encore un peu!…  Tu l’as eu plus longtemps!… Non, c’est toi… » Les parents devaient intervenir pour éviter les disputes, tellement nous étions émerveillés par ces jeux de couleurs et de lumière qui changeaient sans cesse. Le meilleur moment de la journée pour utiliser le kaléidoscope, c’était le soir, à la lumière électrique. C’était féérique! Il me semble qu’après, quand nous allions nous coucher, nous devions faire de bien beaux rêves!

IMG_20151210_0001Je termine avec une phrase tirée d’un film des années cinquante. En anglais, le titre est An affair to remember; en français, on l’a traduit par Elle et Lui. Ça dit comme ça : « L’hiver doit être bien froid pour ceux qui n’ont pas de chauds souvenirs! »

© Madeleine Genest Bouillé, décembre 2015

Il neige…

Poème

Il neige un peu ce soir…
Les enfants sont contents
Dans leurs yeux brillent l’espoir
Et la joie d’un Noël tout blanc.

Il neige et déjà tout est blanchiver 2008 046
Les champs, les arbres, ma vieille clôture…
Tout est recouvert d’un manteau charmant
Les voix se taisent dans l’air pur.

Il neige et c’est le plus beau des présents
La nature nous l’offre si généreusement
Le Père Noël n’a vraiment rien de mieux
Pour nous émerveiller et nous rendre heureux.

056 (2)Que votre Noël soit vraiment joyeux.
Et que l’An Nouveau soit pour vous
Rempli d’amour, de bonheur,
Le tout assaisonné de douceur!

© Mado, décembre 1976