Mai

 

C’est un paysage à peine esquissé
C’est un dernier coup de vent qui chasse l’hiver
C’est le bourgeon qui s’ouvre, timide et fier
C’est le soleil enfin retrouvé!

* * *

C’est un enfant qui tente ses premiers pas
C’est un oiseau qui chante l’espérance
C’est la rosée sur les premiers lilas
C’est la vie qui, sans fin, recommence…

* * *

C’est une chanson qui monte dans l’air pur
Comme l’hirondelle dans l’espace
Son cri de joie traverse l’azur
Pour dire au Ciel son Action de grâces !

© Madeleine Genest Bouillé, mai 1976

C’est la première neige…

hiver-2008-059C’est la première neige,
Avec son froid cortège,
Qui blanche, nous assiège
De ses duvets qui recouvrent le sol.
Elle tombe et retombe
Le grand chêne succombe
Et rejoint dans la tombe
L’adieu des bois où fuit un dernier vol.

 La première fois que j’ai entendu cette chanson, j’étais toute petite. Chaque année à la même époque, on me la chantait. J’ai donc fini par l’apprendre, mais je ne l’ai jamais vue écrite. Les couplets sont sur le même air que le refrain; une valse à trois temps, pas trop rapide, justement le genre de musique qui convient si bien pour  bercer les enfants…

Mon frère Roger en 1949.

Mon frère Roger en 1949.

Le grand chêne succombe et rejoint dans la tombe l’adieu des bois où fuit un dernier vol… En grandissant, j’ai appris les paroles de la chanson et je me souviens que ces dernières lignes du refrain m’impressionnaient beaucoup. Je les trouvais tristes et je ne comprenais pas le rapport entre cette neige tant attendue et la tombe, l’adieu des bois.  Mais la chanson était belle et je l’aimais quand même. Quand nous étions enfants, la première neige était quelque chose de merveilleux, une joie qu’on espérait depuis longtemps, pour dire le vrai, depuis la chute des feuilles! Je me souviens d’un automne où la neige tardait un peu trop pour nous, qui avions tellement hâte de sortir vêtements d’hiver et traîneaux. Un matin, on vit que le sol était blanc. Ce n’était qu’une mince couche très légère, diaphane par endroits. On croyait que c’était de la neige. Maman tenta de nous ramener à la réalité; ce n’était qu’une grosse gelée blanche. Mais nous, on voulait aller jouer dehors! Maman, se disait sans doute que, ne trouvant pas grand-chose à faire sur cette terre gelée à peine blanchie, nous rentrerions bien vite. Évidemment on ne pouvait pas sortir les traîneaux, et ce n’était pas avec cette mince pellicule de frimas que nous ferions un bonhomme. Mais nous avons joué quand même; nous ramassions soigneusement cette manne qui fondait  vraiment trop vite, et nous en faisions des petits tas, qui ont, ma foi, peut-être duré quelques heures… jusqu’à ce que le soleil les fasse disparaître.

hiver-2008-043La neige tourbillonne
Elle tombe à flocons.
Pour nous elle chantonne
Des refrains, des chansons.
Elle revêt la terre
De givre et de frimas
Et le vent bien triste, erre
Sur nos champs ici-bas.

On ne voulait pas manquer la première neige. Et un beau matin, elle tombait enfin pour notre plus grande joie. Quel plaisir de sortir justement quand la neige tourbillonne et qu’elle tombe à flocons! Je crois que tous les enfants aiment goûter les cristaux qui viennent se poser, froids et doux, sur la langue. Qu’elle était belle, blanche et toute neuve, cette neige! J’avais un frère qui, plutôt que de se rouler dans la neige et d’en faire des balles et des bonhommes, préférait se tenir immobile, face au vent. Et là, il laissait les flocons caresser son visage tourné vers le ciel. Il contemplait le décor blanc et il pouvait rester ainsi de longues minutes… À quoi rêvait-il? Lui seul le savait. Mais il semblait tellement en communion avec les éléments. La neige, le vent, la pluie, les orages… chaque phénomène météorologique le fascinait. Pour lui, la nature était le plus merveilleux livre qui soit. Il a passé sa vie à s’en repaître.

Mes frères Fernand, Georges et Florent en 1950 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Mes frères Fernand, Georges et Florent en 1950.

Quand enfin la neige avait tout recouvert et que la couche ouatée semblait signifier que l’hiver était arrivé pour de vrai, on disait : « C’est la neige hivernante, c’est sûr! Il en est tombé assez pour blanchir la terre. » Comme preuves à l’appui, il y avait plusieurs maximes supposément infaillibles. D’abord il fallait que ce soit la troisième neige tombée au sol depuis le début de la saison. Ensuite, il fallait que la couche de neige soit suffisamment abondante pour blanchir la terre complètement. De plus, il devait s’être écoulé un mois depuis les premiers flocons. Et quand l’une ou l’autre de ces remarques s’avérait inexacte, on disait : « C’est l’exception qui confirme la règle! »

Le soir de la première neige, avant d’aller nous coucher, nous regardions par la fenêtre la nuit plus claire de tout ce blanc et le vent bien triste, pouvait errer sur les champs… nous nous endormions en rêvant de la fête de Noël qui approchait, puisque la neige et Noël étaient pour nous, indissociables.

hiver-2008-046Sa blancheur éclatante
S’étale devant moi.
Sa robe éblouissante
Me cause un doux émoi
C’est l’hiver qui s’avance
Majestueusement
Et l’automne en silence
Disparaît lentement.

Les enfants ont grandi. Certains ne sont plus de ce monde, nos parents non plus. Mais, en dépit des années qui auraient dû faire de moi une personne raisonnable et sensée, la blancheur éclatante et la robe éblouissante de la première neige me causent toujours un doux émoi… J’aime quand l’hiver s’avance majestueusement, même si je suis un peu triste de voir l’automne disparaître lentement. Alors je vais marcher sous les doux flocons et je chante tout bas la vieille chanson pour moi toute seule.

© Madeleine Genest Bouillé, 1er décembre 2016

(Texte original tiré de Propos d’hiver et de Noël, 2012.)

Félix l’a si bien dit…

Novembre, ce n’est pas un mois ordinaire; disons que malgré sa triste apparence, je lui trouve un certain charme. Un charme un peu fané, comme les fleurs séchées qu’on garde en souvenir entre les pages d’un livre… Je lis beaucoup; à la bibliothèque, je choisis parfois des livres d’auteurs que je ne connais pas, il m’arrive ainsi de faire des découvertes intéressantes, d’autres par contre sont décevantes. Mon choix est souvent dicté par un titre qui m’accroche, comme celui-ci par exemple : Zut! J’ai raté mon gâteau, un  roman lu récemment et qui s’est avéré très intéressant. Mais j’aime de temps à autre, me replonger dans mes vieux livres, dont ceux de Félix Leclerc, Adagio, Andante et Allegro. Ces lectures m’amènent invariablement au très beau texte intitulé « Les matins », dans Andante,  paru en 1944. Dans ce long poème en prose, Félix fait le tour de nos quatre saisons, qu’il préfère diviser en matins de cinq couleurs différentes, or, gris, blanc, noir et rouge. Pour exprimer ce que je ressens en ce mois de novembre, je vous cite quelques extraits des « matins gris ».

automne-2015hiver-2016-092

« …Puis viennent les pluies d’automne, l’approche de la Toussaint, de l’Armistice. Ce sont les matins gris. Il faut faire un effort pour sortir du lit, pour sortir de la maison, pour sortir de la ville. Le ciel est sale… Il pleut lentement, quelques gouttes à la fois, tristement, sans arrêt. On a enlevé les jalousies vertes et on a posé les châssis doubles. On cache les vêtements d’été. C’est l’hiver qui vient. À quatre heures de l’après-midi, on allume les lampes, on évite la solitude. On se veut tous ensemble. On fait de la musique.  On se réunit le soir pour parler. Dans les hôpitaux, les malades disent aux gardes : « Reculez-moi de la fenêtre ». Il fait froid, on fait du feu. On pense à ceux qui coucheront dehors ce soir. On est résigné parce qu’il le faut bien, parce que c’est le mois de novembre. Le vent souffle, la vie est dure, c’est la montée. Plusieurs n’ont pas le courage de suivre, c’est pourquoi le mois des morts a été placé là. »

2012-01-18-065C’est bien vrai, novembre, ce n’est plus le bel automne flamboyant. Pendant quelques jours encore, selon les caprices de Dame Nature, les mélèzes seront les seuls, avec les bouleaux et les trembles, à nous offrir leur participation au festival des couleurs. Ils apporteront leur touche de vieil or, pour nous faire accepter en douce le passage à la dernière étape. C’est un « entre-deux », une espèce de temps suspendu. C’est important dans le calendrier des jours et dans celui de la vie aussi, ces étapes « entre-deux ». Ça nous empêche d’aller plus vite que les violons. Tout va tellement trop vite dans ce siècle qui se prend pour un autre, parce qu’il est le 21e ! On pousse sur les enfants pour qu’ils deviennent au plus vite « autonomes »… plus tard on se plaindra qu’on les perd de vue trop tôt. On ne prend plus le temps de penser, de réfléchir. Il faut aller vite, on est toujours rendus deux saisons plus loin, quitte à en perdre des bouts.

photos-8janv-2015-128

J’essaie de prendre le temps de vivre chaque saison – celles de l’année et celles de la vie – avec ce que chacune a de particulier. Ainsi, novembre avec ses beautés, plus subtiles, moins éclatantes, mais bien présentes quand même. Surtout que les soirées sont plus longues, il faut en profiter;  il y a plein de choses à faire.  Ce n’est pas encore l’hiver avec son décor blanc et ses garnitures des Fêtes… mais on peut commencer à s’y préparer, c’est pour bientôt!

© Madeleine Genest Bouillé, 6 novembre 2016

Élégie

2012-01-18-065

Les feuilles qui tombent au bois,
Comme des oiseaux dorés
Aux ailes blessées,
Emportent avec elles, les larmes, les joies,
Tout ce qui fut l’espace d’un été
Et restera au cœur, à jamais gravé.

Les feuilles qui tombent en silence,
S’étalent au sol en un tapis
Où pêle-mêle, regrets et nostalgie,
Forment tissu de souvenance…

automne-2015hiver-2016-011Étincelant un instant au soleil,
Les feuilles d’or ou de vermeil
Dans leur course folle,
Sont pareilles à ces paroles,
Qui s’accrochent à la mémoire
Y apportant lueur d’espoir.

Quand vous danserez, toutes belles,
Votre farandole dans le ciel,
Ô feuilles! Un matin vous viendrez
Hélas! mourir sur la terre gelée…

Feuilles qui tombez au bois,
Comme ces oiseaux dorés
Aux ailes abimées,
Emportez  mes rires, mes soupirs,
Tout ce que fut cet été passé,
Mais laissez-moi mes souvenirs!

© Madeleine Genest Bouillé, 11 octobre 1996

Les plaisirs démodés

Je ne sais pas si vous êtes comme ça, mais moi quand je me lève, j’ai toujours une musique qui résonne dans ma tête. Je n’aime pas beaucoup l’expression « ver d’oreille », mais ça exprime bien la chose. Ce n’est pas toujours une chanson à mon goût, et parfois ça dure, hélas, une bonne partie de la journée! Heureusement, il arrive que ce soit un air qui me plaise. Comme cette chanson de Charles Aznavour, Les plaisirs démodés, dont j’aime surtout le refrain. Il y a quelques jours, par un beau matin, j’avais justement cette chanson dans l’oreille. Et voici la réflexion que j’en ai tirée…

IMG_7013Parmi les « plaisirs démodés » de notre monde moderne, ceux qu’on trouve à la campagne sont pour moi irremplaçables. Les séjours à l’extérieur de Deschambault ne représentent en fait que quelques courts moments dans mon été. Les vraies vacances, ce sont donc toutes ces journées où, chez moi, je décroche de toutes les activités qui m’occupent de septembre à juin, sauf mon bénévolat à la bibliothèque, qui se continue en été, car la lecture, c’est un passe-temps qui ne prend pas de vacances. Mais tout de même,  il me reste amplement de temps pour profiter de ce que mon petit coin de pays m’offre à profusion!

photos jacmado 080806 114

Qu’on se tourne vers le fleuve ou vers les champs environnants, c’est beau, vaste, l’air est bon; le vent toujours un peu là, contribue à rendre encore plus confortable les jours de grande chaleur. La verdure, les fleurs, les oiseaux, tout m’enchante!  Le chant des oiseaux surtout… Oh! Comme j’aime à me réveiller avec cette musique qui m’accompagnera tout le long du jour!

2011-08-21 095Nous avons chez nous beaucoup d’arbres, plantés un peu partout au hasard; quand on plante un petit arbre, on ne pense pas toujours à l’espace qu’il va prendre quand il sera grand; mais ça, c’est une autre histoire! Chacun de ces arbres offre gîte et couvert à une multitude d’oiseaux aussi variés qu’il y a d’espèces d’arbres. Nous n’avons pourtant ni « condos » somptueux, ni mangeoires sophistiquées à leur offrir. Non, ils viennent s’établir chez nous chaque été parce qu’ils aiment ça, je suppose. Et nous les admirons  quand ils construisent leur nid, nous assistons à leurs amours, on les observe quand ils poussent leurs petits hors du nid, afin de leur apprendre à voler. Ça me fait penser à la parole de l’Évangile : « Regardez les oiseaux du ciel… ils ne tissent, ni ne filent, et pourtant ils sont mieux vêtus que Salomon dans toute sa gloire. »

2012-01-18 010Savoir s’émerveiller du chant d’un oiseau, d’une fleur qui s’ouvre au soleil du matin, d’un papillon qui se pose un instant, du bruissement des feuilles dans l’air plus frais du soir, d’un lever ou d’un coucher de soleil, du fleuve qui coule à nos pieds, immuable et pourtant changeant et si vivant : tout ça fait partie du bonheur de vivre. Et les nuits d’été!  Quand il a fait chaud toute la journée et qu’à la nuit tombée, on sent que la nature, lasse de trop de soleil, s’amortit et se repose enfin, alors, en regardant les étoiles au ciel, on prie malgré soi. On est si petits et pourtant si importants, puisque toute cette immensité, toutes ces splendeurs ont été créées pour nous, pour notre usage, pour notre confort, pour notre bonheur.

photo © Jacques Bouillé 2014

La meilleure façon de remercier le Créateur pour toutes ces merveilles, c’est de profiter de cette saison si courte, d’en cueillir fleurs et fruits, et de faire en sorte que notre  « petite patrie » soit de plus en plus belle pour ceux qui y vivent aujourd’hui et ces autres qui y vivront demain!

Madeleine Genest Bouillé, 14 août 2016

(Tiré d’un texte paru dans Grains de sel, grains de vie).

À mon Ami

216Comme ça fait longtemps que je suis venue m’asseoir à tes pieds. Tu me manques. Je m’ennuie de ces jours où, gris et silencieux, tu sembles attendre l’orage. C’est que tu es tellement changeant! D’un bleu vibrant à certains matins, presque mauve à d’autres moments. Parfois tu chuchotes si discrètement, on dirait que tu as peur de déranger;  tandis qu’aux jours de grandes marées, tu roules, mugis, déferles… écumant de folie. Qui crois-tu donc effrayer? Certes pas les goélands qui t’accompagnent de leurs cris, comme des commères : «  C’est ça, vas-y! Montres-leur qui est le boss… depuis le temps qu’ils te prennent pour n’importe quoi, même pour un dépotoir… » Il faut craindre la colère du juste, dit-on! Moi, je t’aime même quand tu es enragé et que tu montes… jusqu’à me laisser à peine un petit coin de grève où je peux te regarder cracher ta fureur, humble, recueillie, émerveillée devant ta puissance.

automne 2015hiver 2016 076Été comme hiver (quand mes fenêtres ne sont pas gelées), c’est vers toi que se porte mon premier regard encore ensommeillé. Le soir, tu es le dernier à qui je dis « Bonne nuit! » et à toute heure du jour,  tu es le témoin de ma vie. Quand ça va bien, je te fais partager ma joie, quand ça va mal, c’est aussi vers toi que je tourne les yeux. Tu es  mon confident. Les autres t’appellent « Saint-Laurent »; moi, je t’appelle « mon Ami »… peut-être le seul qui ne m’a jamais fait défaut.

Tu es toujours là, immuable… même si tu changes de visage cent fois par jour.  Même si l’hiver tu te caches sous une couverture glacée, tu es là quand même. Le soir, quand je me promène, je t’entends murmurer et choquer tes vagues contre les blocs de glace.  Quand le moment sera venu, je le sais, tu vas briser toute cette carapace et, tu vas sortir de là, triomphant. Je serai là pour participer à ta libération, j’irai te retrouver et, ensemble, nous pleurerons de joie!

014Alors, nous entreprendrons une autre « belle saison », avec des jours bleus et d’autres gris, avec des soirs roses ou dorés, avec la chanson de tes vagues pour m’éveiller le matin et pour me bercer la nuit. J’ai besoin de toi. Tu fais partie de ma vie. Tu délimites mon horizon, ce qui me fait dire que si je te perds… je perds le nord!

IMG_20160708_0013 (2)Jadis, durant les beaux jours d’été, je te rejoignais en chaloupe et, l’un portant l’autre,  nous longions la côte, tout le long de ce coin de pays qu’on appelle Deschambault, et dont tu es le seigneur incontesté.  C’est par toi que sont venus les premiers arrivants; c’est ta fougue et tes rapides qui les ont  fait débarquer ici… c’est sûrement à cause de toi qu’ils ont bâti ce petit village. Et à vivre près de toi, leurs descendants ont fini par te ressembler un peu : fiers, indépendants, n’aimant pas brusquer le cours des choses… n’aimant pas être dérangés. Tout comme toi, ils sont patients, persévérants, et ils aiment leur liberté. Même dans leurs mots de tous les jours, on retrouve ton influence, par exemple « on monte » à Montréal ou « on descend » à Québec!

photos jacmado 080806 094Depuis plusieurs générations, beaucoup de gars d’ici ont vécu avec toi, de toi. Ils ont remonté ton cours jusqu’à la tête des Grands Lacs; ils l’ont descendu jusque dans le Golfe.  Ils t’ont vu dans tes bons comme dans tes mauvais jours, ils ont appris à connaître tes écueils, tes hauts fonds, tes rapides. Sous les pluies glaciales de novembre, quand tu te confonds avec le ciel, dans la même grisaille, ils soupiraient après le foyer… Pourtant, chaque printemps, ils te revenaient. Ceux qui ont ainsi vécu près de toi de longs mois pendant plusieurs années ne t’oublieront jamais! Même pour ceux qui ont mis pied à terre depuis longtemps, tu demeures le seul horizon, comme tu es aussi le mien, toi, mon ami le Saint-Laurent!

© Madeleine Genest Bouillé, 28 juillet 2016

(D’après un texte paru dans le Journal-souvenir du 275e, en 1988)

Il était une fois un arbre

IMG_20160717_0001À chaque fois que j’ai dans la tête l’air du Vieux sapin, c’est à l’orme de notre vieille route que je pense. La chanson commence ainsi : « Que de fois au déclin de la vie, quand je songe aux beaux jours du passé… je reviens l’âme toute ravie, au nid charmant qui m’a tant bercé. » Tous ceux et celles qui ont grandi avec les Cahiers de La Bonne Chanson de l’abbé Gadbois, connaissent cette chanson. C’est une musique qu’on retient facilement et le refrain a juste assez de nostalgie pour qu’on s’y attarde… faisant ainsi des notes noires là où il y a des croches et des notes blanches où il y a des noires!

IMG_20160717_0006« Je revois la maison paternelle, le jardin, le vieux puits, la margelle, je revois sur le bord du chemin, l’arbre géant, le cher vieux sapin »… Quand je  pense à la maison  de ma jeunesse, l’arbre géant qui était au bord du chemin, sur le haut de la côte, était un orme. Le plus beau de tous ceux que j’ai connus. Maman disait que c’était lui qui tenait la côte. Il est vrai que ses racines s’étendaient certainement très profondément dans la terre, et très loin, traversant la route, jusqu’on ne sait pas où! Si aujourd’hui il faisait encore partie du paysage, en changeant quelque peu les paroles de la chanson, je pourrais lui fredonner les couplets : « Vieil orme à l’allure si fière, tu redis les vertus d’autrefois… Quand jadis, sous ta fraîche feuillée, près de toi la nombreuse nichée, grandissait comme en un coin des cieux, vivait en paix près de l’arbre ombreux. » Il était tellement grand, son feuillage s’étalait comme un immense parasol et il couvrait de son ombrage la route qui descendait jusque devant la vieille maison de pierre. Je crois qu’ils étaient aussi vieux l’un que l’autre. Ils se connaissaient depuis toujours…

IMG_20160717_0003« Vieil orme, dans ma mémoire, tu revis comme un arbre enchanté. Je te vois plein d’orgueil et de gloire, près du vieux gîte encore habité. Bien des soirs, sous la verte charmille, près de toi, réunis en famille, nous allions nous reposer un peu… et folâtrer sous le vieil orme ». Il en avait vu passer des gens, sur cette route qu’on appelait le chemin du roi, avant qu’on en construise un nouveau, moins abrupt et plus droit. Quand on montait la côte un peu vite, rendu au gros orme, on ralentissait le pas, pour souffler un peu, en profitant du magnifique point de vue sur le fleuve qui nous enchantait toujours!  Car voyez-vous, dans notre temps, il n’y avait que très peu d’arbres et seulement quelques chalets de chaque côté de la route du quai.

Puis un jour, plus personne ne se souvient à partir de quand, comme beaucoup de ses pareils, le gros orme a commencé à perdre sa bonne mine; il était malade, incurable! Ici et là, les branches séchaient et perdaient leurs feuilles… d’un printemps à l’autre, son feuillage s’amenuisait. Il était condamné. En contrebas, le champ qui séparait la vieille route de la nouvelle était marécageux. Au printemps, les grenouilles s’en donnaient à cœur joie sur ce terrain humide, et en hiver, comme il y avait un poulailler dans le coin, les renards  venaient chiper quelques poules effarées.  Et nous, quand nous étions enfants, en été, on y jouait au jeu qu’on appelait « en bas de la ville » et l’hiver, on glissait en  « traîne-fesse ».

IMG_20160717_0004

Mais il arriva ce qui devait arriver; le gros orme dépouillé rendit l’âme. Un promoteur ayant acheté le champ inutile dont personne ne voulait, coupa le vieil arbre, puis il remplit le terrain, qu’il divisa ensuite en lotissements. Quelques maisons s’élèvent maintenant où était jadis notre terrain de jeux!

Il était une fois un arbre… et je termine son histoire avec le refrain de ma chanson que je dois bien modifier un peu afin qu’il s’accorde avec les couplets : « Mon âme alors rayonne, et tout en moi chantonne… j’entends toujours le gros orme, qui redit son refrain… à la brise légère, il mêlait sa voix claire, et son hymne joyeux : c’était l’écho des aïeux! » Sans oublier le point d’orgue sur le mot « aïeux », pour une belle finale!

© Madeleine Genest Bouillé, 17 juillet 2016

N.B. Les photographies de la rue Johnson datent de 1956 et sont tirées de ma collection privée.

Vous souvenez-vous?

IMG_20160708_00091978 :
C’était le jour de l’Action de Grâces. Nous étions rassemblés au Vieux Presbytère avec la famille de mon mari pour notre fête annuelle, quand un vent « à écorner les bœufs », c’est le cas de le dire, s’est levé. La demeure de mon beau-frère Jean-Marie était entourée de beaux grands peupliers… Lorsqu’il est revenu chez lui avec sa famille après la fête, quelle ne fut pas sa surprise quand il s’aperçut que trois des peupliers étaient couchés  au sol, déracinés. Cette année- là, Dame Nature avait fêté trop fort le congé de l’Action de Grâces!

IMG_20160708_00081983 :
Le verglas du 3 décembre 1983. Il y en a eu des verglas, mais comme celui-là, je crois que je n’en ai jamais vu. Même pas lors de celui de 1998. Regardez bien la photo, vous remarquerez l’épaisseur de la couche de verglas sur les branches. Nos pauvres arbres  avaient l’air piteux, leurs branches alourdies traînant jusqu’à terre… Les enfants étaient heureux : ils avaient eu congé d’école deux jours si je me souviens bien.

IMG_20160708_00061984 :
C’était l’année de « Québec, Mer et Monde ». De nombreux et magnifiques voiliers étaient venus d’un peu partout. Certains avaient remonté le fleuve jusqu’à Montréal. Au Vieux Presbytère, on présentait une exposition sur le fleuve, avec une maquette artisanale représentant le fleuve devant notre village. C’était fabriqué avec les moyens du bord, comme on faisait dans le temps, mais c’était quand même captivant, autant pour les gens d’ici que ceux d’ailleurs qui s’intéressaient à la vie maritime. Ce voilier, installé sur le terre-plein à l’entrée est du village, avait été fabriqué par M. Guy Savard, un marin retraité qui vivait alors à Deschambault.

IMG_20160708_00111990 :
Si on prenait aujourd’hui la même photo que celle de ce crépuscule automnal sur le bord de la côte longeant le fleuve, pas loin de chez nous, on chercherait en vain les beaux ormes qui faisait l’orgueil de cette portion du Chemin du Roy. D’autres arbres ont poussé depuis, mais ils n’ont pas la même majesté que ces ormes qui jadis étaient nombreux dans nos campagnes.

IMG_20160708_00021993 :
J’aime bien cette photo d’une citrouille d’Halloween décorée d’un chapeau de neige. C’était le premier jour de novembre et on s’était réveillés dans un paysage tout blanc! Pourtant, la veille, un  dimanche, il faisait beau et on avait reçu plusieurs petits monstres.  Cette année-là nous avions fêté l’Halloween le samedi 30 octobre, au Moulin de La Chevrotière… un endroit sans aucun doute visité par les fantômes, enfin c’est ce que nous avions fait croire à ceux qui étaient venus fêter avec nous!

IMG_20160708_00041996 :
C’était durant l’été. Les débordements climatiques qu’on vit maintenant, nous inquiètent.  Mais ça fait déjà plusieurs années que la nature a commencé à manifester sa colère par des actions brutales…Vous souvenez-vous des orages et des coups de pluie de l’été 1996? Le 20 juillet, alors qu’au Saguenay c’était le déluge, ici, la tente, plantée sur le cap Lauzon pour le rassemblement des familles Naud avait failli être emportée par le vent. Et ce même été, je ne me rappelle malheureusement plus la date, lors d’un autre orage mémorable, le gros érable sur le bord du cap Lauzon avait été jeté par terre par un fort coup de vent, comme vous pouvez le constater sur cette photo qui a été prise quelques minutes à peine après l’incident.

IMG_20160708_00122000 :
Un beau souvenir! Au début d’août 2000, c’était notre tour d’accueillir le traditionnel Festival des Pompiers de la région de Portneuf. Comme plusieurs autres citoyens de Deschambault, nous avions décoré la maison pour l’occasion. Entourés des membres de la famille, nous avions regardé défiler la parade des beaux camions rouges. Je me souviens que la petite dernière, Clémence, qui avait juste un an à cette époque, n’avait pas  bronché, alors que les camions faisaient retentir leurs plus tonitruants klaxons et que les valeureux pompiers jetaient des poignées de bonbons aux enfants. C’était tout une fête!

À bientôt pour d’autres images commentées!

© Madeleine Genest Bouillé, 10 juillet 2016

Reflets

Arbres, maisons, reflets verts, bleus, blancs,

Jeux d’eau calme, miroir déformant…

Graffitis roses sur la pierre des rochers

En désordre,  sur la grève éparpillés…

Envers du ciel, envers du décor

Dessin qui s’effiloche sur les bords.

Reflet changeant qui vient mourir à nos pieds,

Dans un soupir à peine exhalé.

Au gré de la lumière… au gré du vent,

Avec la marée qui monte ou qui descend.

 

© Madeleine Genest Bouillé, 8 juillet 2016

IMG_20160708_0010

La gloire des érables

En mars, il y a de ces jours sans soleil, où tout est gris; les arbres s’habillent de tous les tons de gris, même la neige toute sale est grise. Où sont passés nos paysages verdoyants? Les fleurs, le gazon, les potagers bien alignés? Et les érables flamboyants dans leurs atours d’automne? Nos saisons sont tellement différentes qu’on a l’impression de changer de planète quand on passe de l’une à l’autre.

10636550_1078955628814718_6109870604541876372_oJe reviens de prendre ma petite marche de santé… Je regardais les érables. Vous les avez remarqués au début du mois de mars? Peut-être si vous avez une érablière et que vous surveillez les signes imminents de montée de sève. Quoique, ça ne se voit pas à l’œil nu. Disons plutôt que pour le commun des mortels, à ce temps-ci, les érables, dépouillés comme les autres feuillus, ne se distinguent pas des hêtres, merisiers et autres arbres, sauf les conifères. L’érable à la fin de l’hiver est humble, sobre, même pas beau. Discret, il prépare en secret ce qui constitue l’une de nos principales richesses naturelles; cet or sucré recherché partout dans le monde!

Ce n’est pas à l’automne, quand l’érable étale ses couleurs les plus somptueuses, qu’il est le plus utile, le plus précieux, même si on vient de loin admirer sa parure. Non, la gloire des érables, c’est au printemps qu’elle éclate. Au printemps, l’érable est vraiment le roi de nos bois, on compte sur lui pour une part importante de notre économie. Au printemps, oui, quand il est tout gris, tout ordinaire, c’est le moment où il nous est le plus indispensable!

photos 8janv.2015 003Ainsi en est-il des humains. Ce qui fait la valeur d’une personne, ce n’est pas ce qui est le plus apparent. Malheureusement, les médias et tous les faiseurs de mode, cherchent à nous convaincre qu’il faut « flasher », avoir de l’audace, du panache, être drôle, sinon beau. Les mots « humilité » et « modestie » sont tombés en désuétude – on va sûrement finir par les enlever du dictionnaire. Ce ne sont pas des valeurs qu’on enseigne à l’école. Si on en juge par la popularité des photos « selfie », où la popularité se compte sur les réseaux sociaux à coup de « j’aime », ce qui importe, c’est ce qui se VOIT. Montre-moi comment tu parais, je te dirai qui tu es. Ne serait-ce pas plutôt « qui tu VEUX être »?

Les qualités de cœur comme l’honnêteté, la générosité, la sincérité, si elles sont appréciées, ne sont pas des choses dont on cause… enfin, en société. Tout le monde sait pourtant que les personnes qui sont le plus utiles dans leur milieu, leur famille, pour leurs amis, ce ne sont pas nécessairement celles qui paraissent le mieux, qui ont le discours le plus éloquent… ni même celles qui ont le plus « d’amis Facebook ». Les personnes sur qui on peut vraiment compter, ce sont celles vers qui on se tourne quand on a un service à demander, une cause à faire valoir. Celles qu’on appelle quand ça va mal et que tout est gris comme un jour de mars très laid; celles qui tendent la main et qui écoutent sans juger.

Comme les érables au printemps, ce qui fait notre gloire, ce n’est pas la beauté, la renommée, ni même la fortune. La seule gloire qui vaille la peine d’être recherchée, c’est d’être utile aux autres, tout simplement. Cette gloire-là on peut en être fier, même si ça ne nous mérite ni trophée ni médaille.

Profitez du temps des sucres si vous le pouvez!

© Madeleine Genest Bouillé, 16 mars 2016

12819372_1078706995506248_3126678904287846021_o (2)