Le fleuve nous a joué un tour!

hiver 2008 006Habituellement, à ce temps-ci, notre cher Saint-Laurent porte encore son manteau d’hiver. Et on guette les signes annonciateurs de sa libération! Que j’aime ce moment où la glace casse, soit par petites plaques, ou encore par larges bandes, et que le courant charrie ces vestiges d’hiver, lesquels se fracassent dans un bruit de tonnerre. Mais, on dirait bien que cet hiver qui a si curieusement commencé, va finir en queue de poisson, enfin, pour ce qui est du fleuve, car pour le reste, rien n’est encore définitif : aurons-nous encore des grands froids? Doit-on attendre encore plusieurs bordées de neige? Et le temps des sucres? Certains disent qu’il va être très court, Pâques étant à la fin de mars; d’autres disent qu’il va commencer très bientôt et qu’il durera aussi longtemps que d’habitude. Tout ça, ce sont des pronostics. On ne sait rien, sinon qu’on ne peut plus se fier sur le fleuve pour décréter que le printemps est arrivé!

IMG_6162Il faut dire que depuis que la navigation se poursuit tout l’hiver, le chenal étant libre, la glace « prend » beaucoup plus tard. Mais généralement, sur les battures et jusqu’au large, une bonne épaisseur de glace recouvre le fleuve jusqu’au printemps. En mars, normalement, survient la débâcle. C’est un spectacle que je ne veux jamais manquer! Fréquemment, je jette un coup d’œil par la fenêtre; tout à coup la glace se déciderait à partir. Disons que c’est le début du début du printemps… Et ça me donne le goût de chanter ce beau chant pascal : « Quand se fendront les embâcles, sous la force des ruisseaux… et que les rochers de glace laisseront jaillir les eaux… » Cette année, je n’aurai donc pas ce plaisir. Eh bien, tant pis! Même si le fleuve n’a pas de glace à charrier, on va le chanter quand même, notre beau cantique!

373Dans ce même chant qui s’intitule Pâques, printemps de Dieu, un autre couplet nous dit : « Quand reviendront les oies blanches de leur terre d’émigrés ». Si on ne peut pas se fier sur le fleuve, j’espère au moins que les oies blanches seront au rendez-vous. Le retour des oies, c’est un spectacle unique! Quand elles reviennent de leur grand voyage, on les entend bien avant de les voir. Ce cri semble venir de tous les côtés à la fois; c’est un appel à venir saluer le printemps! Puis on commence à entrevoir des points tantôt blancs, tantôt argentés, très haut dans le ciel. Et enfin on distingue les grands « V » qui remplissent l’azur en jacassant de plus en plus fort. Les oies arrivent par centaines, que dis-je, par milliers, puis se jettent dans le fleuve, sur les berges, dans les champs encore inondés par la fonte des neiges. Elles ont besoin de refaire leur plein d’énergie, le voyage a été long et difficile… J’aime écouter leur concert. Comme la chorale à la messe de Pâques, elles chantent : « Victoire! Célébrons la gloire de Jésus Sauveur! »

photos jacmado 080806 046Toujours dans le même chant pascal, il y a aussi ce couplet qui nous promet le vrai printemps : « Quand renaîtront sur les branches, les bourgeons inespérés… Nous fêterons la revanche du présent sur le passé ». On a tellement hâte aux premiers bourgeons, si minuscules soient-ils. Les anciens avaient un dicton qui disait comme ça que, si on cueille une branche de pommier ou d’un autre arbre fruitier le dimanche de la Passion – qui est maintenant le cinquième dimanche du Carême –, cette branche qu’on aura gardée dans l’eau, fleurira le jour de Pâques. J’ai plusieurs fois fait l’expérience; il est arrivé que la branche fleurisse, d’autres fois, non. Je ne crois pas que ce soit un vrai miracle. C’est plutôt dû d’une part à la température et d’autre part, à la date où a lieu la fête de Pâques, qui comme on le sait varie entre la fin de mars et la fin d’avril.

IMG_6170Cette année, le fleuve nous a joué un tour… Bon, je ne lui en veux pas; il est mon ami depuis toujours et encore plus depuis que j’habite juste en face. Quarante-quatre ans, c’est tout un bail! Enfin, quoi qu’il arrive, mars aura trente et un jours, comme d’habitude; nous fêterons Pâques le 27 de ce mois, et nous aurons un printemps, avec des bourgeons, des oies blanches et de la tire d’érable, même si ces derniers mots ne sont pas écrits dans le chant pascal!

À bientôt pour jaser des fêtes de Pâques du temps passé.

© Madeleine Genest Bouillé, 4 mars 2016

L’automne, saison d’espérance

Réflexion.

L’automne, saison d’espérance? Une saison qui débute en nous offrant ses plus riches trésors, ses plus belles couleurs, pour nous laisser ensuite dans la grisaille et le dénuement le plus complet. J’aurai du mal à vous faire admettre que cette saison-là parle d’espérance.

138Et pourtant, oui, je persiste et je dis que l’automne est une saison d’espérance. Comme l’automne, l’espérance, ma vertu préférée, passe par toutes les nuances. Du rouge d’un beau matin qui nous fait croire que tout est possible, au désolant crépuscule ennuagé, en passant par le morne jour gris où l’on ferme les rideaux plus tôt, pour ne pas voir dehors. L’espérance, comme la température automnale, n’est pas toujours au beau fixe. C’est un mélange de rouge et de noir, de hauts et de bas. L’espérance?… il faut en avoir trop pour être sûr d’en avoir assez!

027 (2)L’automne qui débute avec la rentrée scolaire, me semble le parfait symbole de l’espérance. Qu’il s’agisse des petits qui prennent le chemin de l’école pour la première fois ou des plus grands qui s’orientent vers des études qui engageront leur vie, ils auront besoin d’une forte dose d’espérance pour résister aux tentations de la facilité, de la contestation ou du décrochage.

C’est aussi en automne qu’on retrouve les joies du foyer. Au cours de l’été, on a déserté notre chez-soi, que ce soit pour les voyages de vacances, le chalet, ou simplement pour vivre dehors. Voici qu’un jour on prend plaisir à réintégrer la maison. On la fait revivre, on fait le ménage, on vérifie l’isolation des fenêtres – si on habite une vieille maison, on change les doubles fenêtres – et on met le chauffage, on allume les lumières pour chasser l’obscurité qui a commencé à tomber plus tôt. C’est qu’on la veut accueillante, notre demeure! L’hiver peut venir, parée pour les longs mois de froidure, la maison sera confortable. Tout ça, vous en conviendrez, ce sont des gestes d’espérance !

photos 8janv.2015 098C’est de Charles Péguy qu’on tient ces paroles : « L’espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. » Les paysages dépouillés de fin d’automne nous révèlent des perspectives plus larges, plus nettes : les feuillages ne cachant plus la vue, on pense aussi plus loin… plus profondément. D’une certaine façon, les soirées plus longues invitent à l’intériorité. Ce n’est pas un hasard si on a placé le mois des morts en novembre. La saison qui glisse inexorablement vers l’hiver nous rappelle que nous ne sommes pas immortels, cependant, comme la nature qui renaîtra au printemps, nous connaîtrons aussi un jour, une autre vie… en tout cas, moi j’y crois! De même, le souvenir des personnes qui nous ont quittés pour un autre monde nous parle aussi d’espérance.

photos 8janv.2015 122Pour terminer sur une note poétique, voici une belle phrase que j’ai conservée dans mon vieux carnet de pensées; je ne connais malheureusement pas l’auteur : «  Quand le rayon de soleil s’est posé sur la dernière fleur qui pointait sous la première neige, j’ai entendu un ange souffler : ESPÈRE! »

© Madeleine Genest Bouillé, novembre 2014

L’arbre du jardin de ma voisine

L’arbre du jardin de ma voisine
Juste en face de la fenêtre de ma cuisine
A depuis hier, bien mauvaise mine!

Toutes ses feuilles l’ont quitté
Sur la pointe des pieds…
Sans même le saluer.

Par terre elles sont tombées
On va les piétiner, les écraser,
À moins que le vent ne vienne les éparpiller.

L’arbre du jardin de ma voisine
Que je vois de la fenêtre de ma cuisine
Me semble avoir l’humeur chagrine

« Non, mais de quoi j’ai l’air, ainsi déshabillé? »
L’entendis-je murmurer.
« Je vais sûrement m’enrhumer. »

« Vais-je demeurer longtemps ainsi?
Dites-moi, je suis déjà transi. »
Il appelait en vain les oiseaux, ses amis.

L’arbre du jardin de ma voisine
Que je contemple de la fenêtre de ma cuisine
Reprendra très bientôt meilleure mine…

Quand la neige viendra le décorer
Qu’il sera tout de blanc paré
Heureux, les oiseaux viendront s’y percher!

© Madeleine Genest Bouillé, octobre 2015

Pas déjà l’automne!

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C’est pas déjà l’automne!

Sur le calendrier,

Il reste encore deux semaines d’été…

 

Aujourd’hui, l’air sentait la pomme,

Quand je suis allée marcher.

Je vais faire ma confiture d’automne,

Pommes, poires, pêches et prunes sucrées.

 

confitures_c_thinkstockC’est pas vraiment l’automne!

J’ai bien regardé,

Il reste deux bonnes semaines d’été…

 

J’ai rangé ma petite robe en rayonne

Et plusieurs vêtements trop légers.

Si c’est pas l’automne, c’est tout comme!

Aujourd’hui les fenêtres sont demeurées fermées.

 

Voyons donc! Pas déjà l’automne?

À bien y penser,

L’été vient à peine de commencer…

 

On sent passer un petit vent qui frissonne

Et nous donne le goût de s’encabaner.

Comme ça serait bon, une tarte aux pommes,

Toute chaude avec de la crème glacée!

 

Ne me dites pas que c’est l’automne!

Certain, on s’est pas trompé?

Hier encore, c’était l’été.

 

IMG_20150907_0001Sors les « châssis doubles », mon homme!

Puis oublie pas de les calfeutrer.

Le chat fait des manchons et il ronronne

Ça sera pas long qu’il va y avoir une gelée!

 

Vraiment, il est bien là, l’automne!

C’est seulement sur le calendrier

Qu’on est encore en été…

 

© Madeleine Genest Bouillé, 8 septembre 2014

La plus belle heure de la journée

Certains disent que la plus belle heure de la journée, c’est l’aube, quand le jour est tout neuf et qu’il n’a point encore été utilisé. Quand la nature se réveille, c’est chaque jour LE premier jour!

Crédit photo: Jacques Bouillé.

Crédit photo: Jacques Bouillé.

D’autres préfèrent la plénitude du milieu du jour. Comme dans le conte de Barbe-Bleue, à l’heure où « le soleil poudroie et l’herbe verdoie ». Les couleurs éclatent, on dirait un décor fraîchement peint. Il ne manque qu’une affiche « peinture fraîche ».

Il y a bien sûr les amoureux de la nuit. Pas de soleil pour eux. Que des étoiles… et la lune quand elle daigne se montrer, petit à petit, car elle est pudique. Elle se dévoile par croissant… et enfin, elle se montre dans toute sa rondeur pour ensuite retourner se cacher pour un mois, en prenant son temps. Quand on aime la nuit, on l’aime sous tous ses aspects. Nuit d’été, d’automne ou d’hiver… Nuit noire, nuit bleue, nuit blanche… Nuit remplie de chuchotements, de bruissements, de soupirs… « O Nuit! Viens apporter à la terre, le calme enchantement de ton mystère. »

Crédit photo: Jacques Bouillé.

Crédit photo: Jacques Bouillé.

Le moment de la journée que moi, je préfère, c’est la dernière heure avant la nuit. Quand la nature, lasse des bruits du jour, se repose avant de commencer son travail nocturne. Le vent tombe, les oiseaux se taisent. On se croirait au théâtre avant le lever du rideau. Les spectateurs sont installés; ils ont rangé leurs gants, leur programme, sorti leur mouchoir au cas où… Pas un bruit. La lumière change : on fait des essais d’éclairage. Le soleil baisse, il demande un nuage. Pas celui-ci, il est trop lourd… En voici un plus léger, teinté de rose. Puis il demande qu’on éteigne un peu le vert des feuillages et celui de l’herbe. Le bleu à l’horizon est très atténué. Sur le fleuve, pas une ride. Pour l’effet dramatique, c’est parfait! On baisse encore un peu la lumière… Un ultime rayon vient balayer les roses, avivant leur couleur. Elles ont gardé toute la chaleur du jour, elles resplendissent! On ne regarde qu’elles. Les secondes s’écoulent, deviennent des minutes… Pendant ce temps, lentement, solennellement, le soleil s’est éteint. Il ne reste à l’horizon qu’une traînée rose, comme un voile pour un fond de scène. Chacun retient son souffle… Dans le lointain, on entend des voix d’enfants qui chantent : « O Nuit! O laisse encore à la terre, le calme enchantement de ton mystère. »

© Madeleine Genest Bouillé, juillet 2014