Mes ancêtres Genest, ces inconnus…

Alvine et Joseph Genest, en 1903.

Alvine et Joseph Genest, en 1903.

J’ai l’honneur de vous présenter mes grands-parents paternels, Joseph Genest et Alvina Frédénia Pelletier. Cette photo est celle de leur mariage le 15 mai 1903, en la paroisse de Saint-Sauveur. Leur histoire est très courte et somme toute, assez triste. Mariée à 29 ans, Alvina a donné naissance à six garçons. En 1913, elle est décédée d’une méningite, nous a-t-on dit, à l’âge de 39 ans. Joseph, un homme grand, fort et en santé, a succombé à la grippe espagnole en 1918; il était dans la quarantaine. Mon père n’avait pas quatre ans lors du décès de sa mère et à la mort de son père, il avait à peine huit ans. Donc, pas vraiment de souvenirs d’enfance en famille!

J’interroge parfois cette photo pour tenter de saisir qui étaient ces grands-parents dont la vie n’a été qu’un bref passage en ce monde. Les photographies de cette époque ne révélaient pas grand-chose des personnages qui devaient demeurer immobiles de longues minutes en attendant le déclic du photographe. Grand-Mère, comment te nommait-on? Alvina ou Frédénia? Je préfère Alvine… c’est moins cérémonieux que Frédénia. D’ailleurs, à ma naissance, on m’a donné le prénom d’Alvine en plus de celui de mon autre grand-mère Blanche, qui se trouve aussi être celui de ma marraine, Blanche Petit-Paris. J’ai été gâtée, vraiment!

La généalogie de la famille de mon père nous apprend que le premier Genest de notre lignée se nommait Géraud, il avait épousé en 1670 Marie Lacoste et, à leur arrivée en Nouvelle-France, ils venaient de Toulouse. Toulouse dans le Midi de la France, au pays du soleil! Pourquoi ont-ils choisi de s’expatrier? Et comment ont-ils pu demeurer en ce pays sauvage après y avoir passé un hiver? Ils étaient peut-être des gens remplis d’espoir en l’avenir ou bien ce qu’ils laissaient derrière eux étaient pire que ce qu’ils allaient connaître.

À la cinquième génération Genest, on fait connaissance avec Jacques, qui a épousé en 1800 Madeleine Chrétien; ils vont s’établir à Saint-Raymond. C’était dans les débuts de cette toute nouvelle paroisse. Jacques a eu trois enfants, tous établis à Saint-Raymond. Madeleine, mariée à Laurent Bédard en 1851, Joseph, marié à Caroline Gauvin en 1857 et Michel, mon arrière-grand-père, marié à Marie-Délima Gagné en 1864. Michel et Marie-Délima ont eu trois filles et deux fils : Edmond, mon grand-oncle, qui a vécu à Ottawa et Joseph, mon grand-père.

Parallèlement, à la même époque, on rencontre la famille d’Édouard Pelletier, également établie à Saint-Raymond. Edouard, marié en premières noces à Marie Morasse, a deux enfants, Lorenzo et Alvina Frédénia. On peut supposer que ces deux familles se connaissaient déjà puisqu’on les retrouve à Québec en 1903, alors que Joseph Genest épouse Alvina Frédénia Pelletier.

Rangée du haut: oncle Gérard Genest, tante Alice Paquet et oncle Léo Genest; rangée du bas: maman, papa et tante Alice Petit (1961).

Rangée du haut: oncle Gérard Genest, tante Alice Paquet et oncle Léo Genest; rangée du bas: maman, papa et tante Alice Petit (1961).

Quand on lit l’histoire de Saint-Raymond, on apprend qu’en 1899, un incendie a détruit une quarantaine de maisons. Serait-ce à la suite de cet incendie que les Genest tout comme les Pelletier ont décidé de déménager à Québec ? C’est fort possible. Papa nous disait qu’il était né « au pied de la Pente Douce », sur la rue Hermine. Après le décès de Joseph, les garçons ont été éparpillés. Le bébé, Gérard, a vécu aux États-Unis chez son tuteur l’oncle Lorenzo Pelletier jusqu’à l’adolescence. Georges a été élevé à Ottawa, chez l’oncle Edmond; il a fait carrière dans la Gendarmerie Royale du Canada et a épousé une anglophone du Nouveau Brunswick, avec qui il a eu un fils. Je ne sais pas grand-chose de Laurent, sauf qu’il ne s’est pas marié. Les parrains n’avaient pas tous la possibilité de s’occuper de leurs filleuls, aussi Léo, Julien et Maurice ont connu la vie dans les orphelinats. En dernier lieu, mon père a été à l’orphelinat de Saint-Césaire, où il avait appris le métier de jardinier. C’est également à cet endroit qu’il a rencontré le Frère André qui demeurait dans cette institution; papa a toujours eu une grande dévotion au Frère André. Au cours des années 1920, mon père et mes oncles sont arrivés à Deschambault pour travailler à la Ferme-École du gouvernement provincial. Maurice a épousé une jeune fille de Portneuf, Marguerite Couture, avec laquelle il a eu deux enfants. Marguerite décédée très tôt, Maurice s’est remarié avec Yvette Germain, qui travaillait à l’Hôtel Maple Leaf à Deschambault (actuellement le 398 chemin du Roy). Ils ont eu dix enfants. Léo a épousé tante Alice, sœur de maman; ils ont eu un fils, Michel, décédé tragiquement sur un bateau à l’âge de vingt ans. Julien a rencontré Jeanne, notre mère, et ils se sont épousés le 30 août 1932… Et c’est ainsi que commence mon histoire, celle de mes frères et de ma sœur, et la vôtre, chers enfants et petits-enfants! Une histoire avec beaucoup de points d’interrogation!

À bientôt pour la rencontre avec les familles Petit et Paquin.

© Madeleine Genest Bouillé, juillet 2015

Un voyage autour du monde… à Montréal!

IMG_20150705_0002C’était en 1967. L’année du centenaire de la Confédération. Sous le thème de Terre des Hommes, du 28 avril au 27 octobre, l’Exposition universelle de Montréal a accueilli plus de cinquante millions de visiteurs de tous les coins du globe. Soixante pays participaient à cet évènement pour lequel on avait créé de toutes pièces un site fabuleux, fait de terre et d’eau. J’ai en mémoire la chanson-thème composée par Stéphane Venne :

« Un jour, un jour, quand tu viendras

Nous t’en ferons voir de grands espaces

Un jour, un jour, quand tu viendras

Pour toi nous retiendrons le temps qui passe.

Nous te ferons la Fête

Dans une île inventée

Sortie de notre tête,

Toute aux couleurs de l’été. »

IMG_20150704_0002Dès les premières annonces de l’exposition, mon frère André et moi avions décidé de prendre un passeport afin d’aller visiter cet évènement unique. On offrait des passeports soit pour la saison, pour une semaine ou pour une journée. André naviguait encore à l’époque, il prévoyait donc prendre des vacances, ce qui était relativement facile, surtout pour un célibataire. De mon côté, j’attendais mon deuxième bébé pour mars… Pas de problème! Mon mari était d’accord pour me faire cadeau de ces vacances spéciales; pour le gardiennage et tout ce qui allait avec, on s’arrangerait! Mon deuxième petit garçon, né le 19 mars, était un bon bébé en santé. Je n’avais donc aucune inquiétude pour mes petits gars, qui étaient sous la garde de leur papa. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes! Nous avons donc pris nos passeports pour une semaine.

L'un des deux

L’un des deux « mini-rails », la Balade.

Nous avions choisi de faire notre voyage au cours de la semaine du 17 au 24 juillet. Il était entendu que nous allions demeurer chez notre grande sœur à Longueuil, car nous devions visiter l’exposition ensemble. Nous étions escortés des deux garçons de ma sœur, alors âgés de sept et neuf ans; comme ils n’en étaient pas à leur première visite, ils étaient déjà de très bons guides, sachant repérer les pavillons où il y avait une file moins longue. Nous avions fait le projet de visiter le plus grand nombre de pavillons chaque jour, même si pour certains endroits, il y avait une file d’attente de plusieurs heures. En plus des soixante pays exposants, il y avait plusieurs pavillons thématiques, tels L’Homme dans la Cité, L’Homme et la Mer, L’Homme à l’œuvre, L’Homme interroge l’univers. Les concepteurs du site avaient doublé la superficie de l’Île Sainte-Hélène et ajouté une toute nouvelle île, l’Île Notre-Dame. Pour faciliter les déplacements sur le site, il y avait deux mini-rails, le jaune et le bleu, la Balade et le Vaporetto, car plusieurs canaux reliaient les îles entre elles. Tout était nouveau; on passait d’un pays à l’autre en quelques minutes, il y avait des gens de partout. On entendait parler toutes les langues. Terre des Hommes, c’était un univers où tous les visiteurs se côtoyaient dans un même but : faire connaissance avec le Monde!

La pyramide inversée du Canada, Katimavik.

La pyramide inversée du Canada, Katimavik.

Pour l’édification des pavillons, on pouvait admirer toutes les formes d’architecture. Les États-Unis en mettaient plein la vue avec la grosse boule du concepteur Buckminster Fuller, qui était traversée par un mini-rail. Le Canada n’était pas en reste avec la pyramide inversée « Katimavik ». Le pavillon des Pâtes et Papier présentait une forêt stylisée de conifères. Certains pays offraient plutôt des constructions typiques comme le pavillon de l’Iran avec ses murs incrustés de mosaïque bleue, une merveille! La Thaïlande avec sa pagode dorée, nous transportait dans un autre monde. Pour l’originalité, j’ai retenu entre autres le pavillon des Provinces de l’Ouest qui avait la forme d’une souche géante.

Le pavillon de Trinidad et Tobago.

Le pavillon de Trinidad et Tobago.

Il y avait de la musique, aussi différente selon qu’on abordait un pavillon ou un autre. Par exemple, près de la bâtisse de Trinidad et Tobago, on pouvait entendre un « Steel Band » dans le plus pur style antillais. Ailleurs, une chorale chantait des airs tyroliens. C’était vraiment la Fête! Une fête comme on n’en avait jamais vue de semblable!

Il y a de cela quarante-huit ans! Si je vous dis que j’ai mangé ma première pizza et mon premier sous-marin à l’Expo 67, ça signifie que cette expérience est très lointaine, n’est-ce pas? Lointaine certes, mais inoubliable. C’était plus qu’une exposition, Montréal accueillait le Monde et le Monde découvrait Montréal, le Québec et le Canada. Vraiment, un de mes plus beaux souvenirs!

© Madeleine Genest Bouillé, 5 juillet 2015

Ma mère et les framboises

Ma mère, Jeanne, et moi (été 1959).

Ma mère, Jeanne, et moi (été 1959).

Que serait l’été sans les petits fruits? Les fraises, framboises, bleuets et mûres… ce sont des cadeaux du ciel. C’est délicieux, c’est beau et ça sent bon! L’odeur que je préfère est celle des framboises; c’est l’odeur même de l’été. Et surtout, ce petit fuit aussi succulent qu’odorant me rappelle ma mère.

Maman est née un 20 juillet, justement au temps des framboises, petit fruit qu’elle aimait par-dessus tout. Maintenant, on trouve sur le marché tous les fruits et légumes à l’année longue. À l’époque où ma mère a élevé sa famille, on cueillait les fruits chacun en son temps, les fraises fin juin ou début juillet, les framboises vers la fin de juillet et les bleuets et les mûres, plus ou moins tôt en août, dépendamment de la température. Il en allait de même pour les récoltes du potager. On cueillait d’abord laitue et radis, ensuite les fèves puis les concombres, ensuite venaient les tomates et les cerises de terre, ce drôle de fruit caché dans un petit sac. Plus tard, on récoltait les légumes racines : carottes, betteraves et enfin, les patates. Tout au long de l’été, nous regardions pousser le maïs, nous l’espérions ardemment… on avait tellement hâte d’en manger! Les étés moins chauds ou pluvieux, on devait parfois attendre les derniers jours du mois d’août pour cueillir enfin les premiers épis. Du maïs, du pain, du beurre, ça nous faisait un repas, et quel repas!

Maman n’était pas gourmande, mais elle avait tout de même ses préférences, dont les framboises. Ayant élevé dix enfants, elle avait l’habitude de se servir en dernier, surtout quand il s’agissait du dessert. Il y avait toujours un jeune affamé qui réclamait : « Je peux en avoir encore un peu maman? » C’était le cas quand un dessert était particulièrement apprécié; alors maman se privait en disant qu’elle n’avait plus faim. Les petits goinfres autour de la table ne s’apercevaient de rien! Nous ne portions pas attention au fait que maman finissait son repas avec seulement une tasse de thé.

Ma mère et mon père (été 1955).

Ma mère et mon père (été 1955).

Mis à part l’orange et la pomme des bas de Noël et plus tard, l’ananas et la noix de coco – ces fruits que papa nous apportait de Montréal pour Pâques et qui étaient pour nous le comble de l’exotisme, la façon la plus courante de consommer les fruits en hiver, c’était sous forme de confitures. Ainsi, quand nous allions cueillir des petits fruits, la plus grande part de notre cueillette était donc destinée à être mise en pots. Quand je regardais les pots de confitures et de marinades alignés dans la dépense, j’avais l’impression que c’était un peu du soleil de l’été que nous conservions ainsi… Encore aujourd’hui, ça me fait toujours le même effet! Avec les fruits tout frais cueillis, maman faisait aussi des tartes, même s’il fallait pour cela chauffer le poêle à bois par les jours de grande chaleur, mais cela en valait largement la peine. Les années où les récoltes étaient très abondantes, on se permettait quelques bols de fruits nature, avec du sucre et un peu de crème, qu’on prélevait sur le dessus de la pinte de lait, un pur délice! Évidemment, l’anniversaire de maman était l’occasion idéale pour savourer des framboises, d’une manière ou d’une autre. C’était une des rares gourmandises que nous lui connaissions. Et c’est ainsi que, dans mon souvenir, les framboises sont restées associées à ma mère.

Lors de notre 30e anniversaire de mariage à l'été 1994, deux ans avant que maman nous quitte...

Lors de notre 30e anniversaire de mariage à l’été 1994, deux ans avant que maman nous quitte…

Plus tard, après que la marmaille eut tour à tour, quitté la maison, le jour de la fête de maman, nous ne manquions pas de lui apporter un contenant de framboises qu’elle pouvait déguster à sa guise, sans se sentir obligée d’en laisser pour les autres. Quand on lui souhaitait « Bonne Fête » » avec des framboises à chaque 20 juillet, sa joie faisait tellement plaisir à voir! En 1996, elle était très affaiblie, son cœur trouvait qu’il avait assez travaillé. Elle était presque toujours alitée et ne mangeait que très peu, mais le jour de sa fête, quelqu’un lui a quand même apporté un petit contenant de ses fruits préférés. Elle avait tenu à se lever, pour recevoir sa famille et je la revois, toute menue, dans sa chaise près du poêle. Quand elle a reçu ses framboises, elle nous a offert son plus beau sourire, elle a goûté quelques fruits… et elle s’est recouchée après avoir salué chacun des membres de sa famille. Maman nous a quittés deux semaines plus tard, tout doucement, sans bruit… comme elle avait vécu.

© Madeleine Genest Bouillé, février 2015

Des vacances « tout inclus », pas chères du tout!

Premières images des vacances du temps où j’allais au couvent : d’abord ranger l’uniforme noir et sortir les petites robes de coton de l’été d’avant, robes qu’il fallait bien rallonger parce que j’avais grandi. Ensuite, laisser mes cheveux libres, pas de tresses, pas de rubans que je perdais régulièrement. Déjà, la vie était plus belle!

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Plaisirs de vacances au bord du fleuve!

À cette époque, les vacances, ça se passait – sauf rare exception – à la maison, dans les champs, près du ruisseau, au bois pour cueillir des petits fruits et au bord du fleuve. Près de la maison entourée de champs, il y avait des buissons de cerisiers sauvages le long des clôtures. Comme mes frères, je grimpais aux arbres, quoiqu’un peu moins haut car ma mère me défendait d’aller plus loin. J’entends déjà la question horrifiée : « Grimper aux arbres? En robe? » Sachez, amis lecteurs, que les sous-vêtements du temps étaient conçus pour décourager tout regard intempestif. Il s’agissait de pantalons bouffants munis d’un élastique sur la cuisse et dont la jambe descendait au moins jusqu’à deux pouces au- dessus du genou. De plus, si j’avais le droit de monter dans les arbres, il ne fallait en aucun cas déchirer ma robe. Ma carrière dans l’escalade n’a donc pas duré longtemps. À vrai dire, je n’aurais quand même pas été loin dans ce domaine, car déjà j’avais le vertige dès que je montais sur une chaise!

C’était les vacances quand maman disait : « Il fait trop chaud pour allumer le poêle, on mange des sandwiches! » C’était la belle vie. On ne s’en lassait pas! Parfois, on étendait une couverture sur l’herbe derrière la maison et nous faisions un pique-nique. Tout était meilleur quand on mangeait dehors! Un autre souvenir délectable me revient : toujours par les journées de grande chaleur, pour ne pas avoir à cuire un dessert pour le dimanche, parfois maman achetait du boulanger un gâteau « trois couleurs ». J’ai toujours la nostalgie de ce gâteau rose, blanc et brun qu’elle découpait en parts rigoureusement égales et qui faisait notre délice.

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Une partie de la gang au 3e Rang pour l’un de nos pique-niques. On voit l’auto de M. Frenette.

Les pique-niques étaient toujours les bienvenus. Quand on allait se baigner au fleuve, soit avec papa quand il était en vacances, ou encore, sous la bonne garde de notre grande sœur, il arrivait qu’on apporte un goûter qu’on dégustait sur la grève. Chaque été, habituellement en août, nous allions faire un pique-nique sur la terre à bois de mon grand-père au 3e Rang. Pour se rendre, nous prenions le taxi de M. Frenette. Les tantes et les cousins étaient de la partie. Maman m’a raconté que lors d’un des derniers voyage au 3e Rang, nous étions dix-huit. Ne me demandez pas de quelle façon nous nous sommes rendus… Ceci reste pour moi un mystère! Après le dîner, certains des convives s’étendaient sur l’herbe pour une petite sieste avant d’aller cueillir des bleuets. Pour les plus jeunes, les jeux ne manquaient pas, on pouvait même pêcher dans la rivière Belle-Isle qui coulait paisiblement dans la clairière.

La robe que j'étrennais fièrement lors de notre visite  à St-Basile...

La robe que j’étrennais fièrement lors de notre visite à St-Basile…

Un dimanche au cours de l’été était réservé pour la visite chez l’oncle Jean-Paul, le frère de maman, à Saint-Basile. Encore là, ce voyage se faisait avec les tantes, cousins, cousines; aussi, il n’y avait que quelques privilégiés qui étaient de la partie. Vers l’âge de quatorze, quinze ans, j’eus enfin le bonheur d’être admise à ce voyage, où je pouvais rencontrer mes cousines et cousins. Mon oncle Jean-Paul était cordonnier comme son père, mais il pratiquait son métier dans le village de Saint-Basile, d’où son épouse était originaire. Je me souviens que, lors de la rentrée scolaire, notre professeur nous demandait toujours de raconter « notre plus beau voyage de vacances ». Parmi mes compagnes, certaines, plus fortunées, avaient le loisir de relater des voyages de plusieurs jours, de la Gaspésie jusqu’à Old Orchard. Généralement, j’inventais des petits voyages, à Trois-Rivières, à Ste-Anne-de-Beaupré… je ne devais quand même pas exagérer. Je n’avais jamais été bien loin. La dernière année où j’eus à exécuter cette détestable rédaction, j’ai tout simplement raconté mon dimanche à Saint-Basile, j’y ai mis les bons petits plats de tante Bernadette, la belle robe neuve que j’étrennais pour l’occasion, les rires et la musique qui animait toujours nos rencontres avec la famille Petit. J’avais terminé en soulignant le fait que cette journée était la plus belle de toutes mes vacances! J’y avais mis tout le plaisir que cette journée représentait pour nous. Ce n’était pas tellement exotique, mais j’avais cependant récolté une note plus appréciable que quand j’inventais… Nos vacances ne coûtaient vraiment pas cher, mais c’était une suite de petites joies dont nous nous souvenons avec bonheur!

© Madeleine Genest Bouillé, 3 juillet 2015

Y a t-y quelqu’un qui court après toi?…

La "course au drapeau" passe devant chez moi, à la Saint-Jean-Baptiste de 1988...

La « course au drapeau » passe devant chez moi, à la Saint-Jean-Baptiste de 1988…

Je suis présentement – et pour un certain temps – ce qu’il est convenu d’appeler « une personne à mobilité réduite ». Heureusement, quand il fait beau, je déambule sur mon balcon avec une marchette. Quelle idée de génie avons-nous eue de rallonger la galerie en avant de la maison! C’est mon avenue, mon boulevard, mon agora, ma terrasse… je m’y assois quand le genou rafistolé commence à rouspéter, et je contemple mon merveilleux décor, généralement animé de la circulation inlassable des autos, motos et autres véhicules. C’est qu’il en passe, du monde! Parmi ce flot ininterrompu défilent les cyclistes, joggeurs, marcheurs, avec ou sans chien, avec aussi parfois une poussette dans laquelle un bébé stoïque s’initie sans le savoir à la science du « conditionnement physique ».

Un essai à la balle molle, été 1962.

Un essai à la balle molle, été 1962.

Dans ma jeunesse, comme tous les enfants, nous courions pour jouer. Jouer à la balle, aux « quatre-coins », au badminton. Au couvent, les religieuses tenaient à ce qu’on coure pendant la récréation afin de nous dégourdir les jambes, ce qui devait nous rendre plus réceptives ensuite pour suivre les cours : « Mens sana in corpore sano », comme le disait je ne sais plus qui (une âme saine dans un corps sain). En grandissant par contre, les cours de bienséance nous enseignaient qu’une « demoiselle » ne se garrochait pas, la jupe au vent, toute échevelée, à propos de rien. Voir si ça avait de l’allure! On courait si on était en retard, si on se faisait prendre par la pluie ou autre bonne raison du même genre. Sinon on marchait posément, à pas mesurés.

Les promenades à pied étaient considérées comme un loisir. L’hiver, on faisait des « marches de santé », ça coûtait moins cher que les skis et les patins et c’était très sain. En été, je n’irais pas jusqu’à dire que nos sorties en groupe le long des trottoirs et des rues du village, surtout le soir, étaient motivées par la santé. C’était surtout un de nos plaisirs de vacances favoris. On allait ainsi se restaurer à l’une ou l’autre roulotte « à patates frites », soit au Garage des Autobus Gauthier ou près du Garage Audet. Pour .25 cents, on avait une frite et un coke. Évidemment, nos petites marches nous menaient souvent au terrain de l’O.T.J. pour les parties de balle molle en été et de ballon-balai en hiver. On riait de tout et de rien, on chantait, on se bousculait même un peu… surtout si on avait la chance d’avoir des spectateurs. Ces promenades étaient un de nos amusements préférés. Les vacances ne coûtaient pas cher.

Une course à la Saint-Jean-Baptiste de 1981.

Une course à la Saint-Jean-Baptiste de 1981.

Au temps d’hier, marcher, se promener, pédaler, tout ça faisait partie des activités normales. Courir, pour les enfants, c’était correct; il fallait bien qu’ils dépensent leur énergie. Pour les grandes personnes, ça n’était pas d’usage. Pourquoi aurait-on couru? Une grande majorité de personnes gagnaient leur vie avec un travail manuel et autant que possible, les déplacements se faisaient à pied. Quand mon petit frère Georges a commencé à courir, il s’arrêtait chez notre mère et celle-ci, en plaisantant, lui demandait : «  Pourquoi tu cours comme ça ? Y a t-y quelqu’un qui court après toi? » Il n’y avait pas encore beaucoup de joggeurs et maman trouvait cela absurde. Ce qui l’amusait aussi c’était la tenue quasi imposée – chaussures et vêtements – qu’il fallait porter pour ces courses qu’elle n’aurait jamais qualifiées de sport.

Chère maman! Il m’arrive souvent de rêver qu’elle est assise avec moi sur ma galerie… on jase de tout, de rien. Je lui parle des médailles que mes petits-enfants gagnent, pas seulement dans les matières scolaires, ce dont elle serait très fière, mais aussi pour des activités sportives. Tu vois, maman, c’est comme ça aujourd’hui, même si personne ne nous court après, on part, on court… on calcule temps et vitesse, et c’est devenu aussi important que de savoir « en quelle année a eu lieu le massacre de Lachine »!

© Madeleine Genest Bouillé, 29 juin 2015

Construire son nid, dans les années soixante

Les années soixante! On sortait parait-il de la « grande noirceur ». On s’en allait vers de grands changements, tant du côté religieux que du côté politique et ce, pas seulement ici au Québec. Mais que nous importait le monde et ses tribulations, on se mariait! Le 24 juin 1964, qui plus est un mercredi, à 10h, sonnaient les cloches de l’église où nous avions été baptisés tous les deux quelques vingt années plus tôt. Je m’amuse à dire que nous avions choisi cette date pour être bien certains d’avoir toujours congé le jour de notre anniversaire. Ce qui n’est pas vrai du tout! Écoutant les conseils éclairés de personnes expérimentées, comme il s’en trouve toujours dans l’entourage des futurs mariés, nous avions décidé de reporter de quelques jours la date fixée depuis déjà plusieurs mois. Ceci afin de nous assurer que tous nos invités seraient forcément en vacances à la fin de juin et qu’il ne manquerait personne. Précaution superflue, qui nous a causé plus de désagréments qu’autre chose, mais passons!

IMG_20150625_0010Un autre changement très radical avait eu lieu en début d’année, alors que mon marin d’eau douce avait accepté un emploi « sur le plancher des vaches » en devenant gérant de la Caisse populaire. Notre avenir se précisait… sans crainte, nous lui faisions face avec ce qu’il nous réservait, dont surtout le fait de vivre ensemble. Car, à cette époque, le mariage marquait vraiment le début de la vie à deux, dans le quotidien, chacun assumant son rôle au meilleur de sa connaissance et se révélant avec ses petites habitudes et ses petits travers… L’amour conjugué au présent devenait l’indispensable élément de survie!

IMG_20150625_0002La belle maison victorienne où nous avons construit notre premier nid, abritait un autre logement, plus petit, et mettait aussi à la disposition des clients de la Caisse populaire le beau salon double situé à l’avant de la maison. Comme plusieurs jeunes couples de notre entourage, nous avions acheté notre mobilier chez Meubles Gaston Perron à Cap-Santé. Il y avait déjà un poêle dans l’appartement, il ne nous manquait qu’un réfrigérateur et une laveuse. Le fer à repasser, le grille-pain, les lampes d’appoint et autres éléments indispensables nous avaient été offerts généreusement en cadeaux de noces par la parenté, avec les ensembles de literie et linge de cuisine. À l’époque, un nouvel emploi ne signifiait pas nécessairement un meilleur salaire; en l’occurrence, c’était même le contraire. Nous nous sommes donc contentés d’une laveuse électrique « à tordeurs », appareil dont je connaissais le maniement puisque ma mère en possédait un semblable.

Moi et mes deux premiers fils dans notre première demeure (Noël 1967).

Moi et mes deux premiers fils dans notre première demeure (Noël 1967).

Les années soixante, je les appellerais les « années orange ». Qu’il s’agisse de la décoration intérieure, de la mode vestimentaire, tout était orange! Nous avons donc suivi le courant… le mobilier du salon de style scandinave était orange, les tentures aussi. Ce fameux style scandinave était conçu pour les grandes pièces aérées des nouveaux bungalows qui poussaient un peu partout, dans les banlieues et les campagnes. Autant les sofas à quatre places que les longs buffets se casaient difficilement dans les pièces carrées de nos vieilles demeures. C’est pourquoi, quand nous avons emménagé dans la maison où nous demeurons toujours, mon époux, devant la difficulté de placer les meubles d’une façon adéquate, n’hésita pas à scier une section du fameux sofa orange. Il reconstitua ensuite le meuble, tant bien que mal…Voilà! Il n’y paraissait que très peu, si peu!

Mais j’anticipe… Nous avons vécu sept années, dans notre premier nid. Nos trois garçons y sont nés. En 1969, la Caisse populaire a emménagé dans une bâtisse neuve, de style ultramoderne, tellement moderne, qu’on l’a remodelée au moins trois fois depuis sa construction, afin de l’adapter aux autres bâtisses de la vénérable Rue de l’église où elle est située. Deux années plus tard, notre famille déménageait ses pénates dans le « haut du village », près du fleuve, où nous avons refait le nid, en y ajoutant une petite fille. Je garde cependant de beaux souvenirs de cette première habitation, où nous avons vécu nos premières expériences, d’époux, de parents et de citoyens.

© Madeleine Genest Bouillé, 26 juin 2015

Nos saisons

Poème à l’occasion de notre 51e anniversaire de mariage, le 24 juin prochain…

Il en a coulé de l’eau sous le pont,Oldsmobile
Il en est tombé de la pluie.
Avec des orages en prime.
Pense donc : 51 étés!
Mais il y avait les promenades en chaloupe…
Les pique-niques, les feux sur la grève.
Les petits voyages pas trop loin.
Je me rappelle tous ces beaux jours.

Il en est tombé des feuilles,
Normal : 51 automnes!
Ça fait pas mal de pots de gelée de pommes
Et des confitures et des marinades.
Assez pour occuper tous les jours de la semaine.
Et les oisillons qui partaient pour l’école
Jusqu’à ce qu’un à un ils s’envolent…
Rappelle-toi les belles soirées d’automne!

Il en est tombé de la neige.Ete66chaloupe
Sur nos 51 hivers!
Il en est resté sur nos têtes
Tout ce gel bloque un peu nos « pentures ».
On se ressent de nos hivers!
Mais si on se souvient des tempêtes
On se rappelle la douceur de la neige,
Et les froides nuits de pleine lune,
Où on était deux pour se réchauffer.

51 fois quatre saisons
Ont tissé un manteau de souvenirs
Fait de toile de lin pour les étés
Et de chaude laine pour les hivers.
Un manteau qui ne s’usera jamais
Car on va continuer de le broder
Encore plusieurs saisons,
Si Dieu le veut!

© Madeleine Genest Bouillé, juin 2015

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Moi et mon époux, Jacques. Photo prise lors de notre 50e anniversaire de mariage l’an dernier (crédit photo: Myriam Bilodeau).

Les demoiselles de papier

IMG_20150609_0001S’il est un jouet – de filles – qui a traversé les époques, sans se démoder, c’est bien le cahier de découpage. Quand j’étais enfant, ma grande sœur avait plusieurs familles de poupées de papier; comme j’étais encore trop jeune pour jouer avec ces fragiles personnages, elle refusait de me les prêter. J’avais tellement hâte d’en avoir à moi! Ma sœur possède encore ses poupées de papier; sauf que maintenant, ce sont des personnages de collection, des actrices du cinéma muet, des danseuses célèbres, des princesses. Des merveilles, avec une garde-robe qui fait rêver!

Mes premières poupées à découper étaient des fillettes, qui avaient seulement quelques tenues, que je changeais selon l’histoire que je leur inventais. L’avantage avec ces jouets, c’est que s’il est agréable de jouer avec des amies, chacune faisant parler son personnage, on s’amuse aussi bien toute seule. J’ai eu ensuite une famille complète, il me semble qu’il y avait même un chien et un chat. Plus tard, j’ai enfin eu des vraies demoiselles de papier, avec des toilettes superbes. Comme j’avais vu faire ma sœur, je leur confectionnais des robes que je dessinais à partir de modèles que j’avais vus dans les catalogues chez Eaton ou chez Simpson’s. Je me souviens que j’avais eu une danseuse de ballet, dont j’ai oublié le nom; ses costumes étaient ceux du célèbre ballet Giselle. Sans connaître cette musique, je faisais danser ma ballerine en lui chantant les airs qui me passaient par la tête.

Ma première vedette de cinéma était Esther Williams, une nageuse qui aurait pu devenir athlète olympique en 1940. IMG_20150609_0003Malheureusement, les Jeux Olympiques ont été annulés à cause de la guerre. Elle est donc devenue actrice à Hollywood. Ses maillots de bain, biens que plus couvrants que ceux d’aujourd’hui, étaient très élégants avec leur garniture de paillettes. J’ai eu aussi Elizabeth Taylor, que je trouvais si jolie avec ses cheveux noirs et ses yeux violets. Quelles robes magnifiques elle possédait! À cette époque, je rêvais de faire du cinéma. Et justement, je reçus ensuite Margaret O’Brien, une fillette à peu près de mon âge et dont les cheveux bruns étaient tressés comme les miens. Si elle pouvait être comédienne… pourquoi pas moi! Mais une religieuse au couvent, à qui j’avais confié mon désir – c’était bien la dernière personne à qui j’aurais dû parler de ça! – m’avait exhortée à oublier ce projet qui allait me rendre malheureuse et m’envoyer tout droit en enfer. J’ai donc enfermé ce rêve dans un tiroir de mon imagination, sans toutefois en perdre la clé! Des années plus tard, j’ai vu des films où la jeune Margaret jouait et chantait avec Judy Garland; elle était vraiment excellente!

IMG_20150609_0002Les demoiselles de papier ont aussi agrémenté l’univers de ma fille quand elle était enfant. Elle était déjà grande quand elle reçut de sa tante collectionneuse de découpage, un cahier avec des dames élégamment vêtues de toilettes sorties tout droit du Harper’s Bazar de la fin des années 1800. Elle en prenait grand soin et les rangeait précieusement avec leurs minuscules accessoires. Mais voilà que sont nées une, puis deux, puis trois petites-filles… elles ont grandi bien vite! Les demoiselles de papier avec leurs belles robes de l’époque victorienne ont alors déménagé dans la maison des trois petites filles où elles ont été très bien accueillies! Elles ont vécu à cet endroit jusqu’à ce que, tout dernièrement, elles me reviennent. Peut-être qu’un jour, elles me raconteront leur histoire… je promets de vous en faire part!

© Madeleine Genest Bouillé, juin 2015

Savez-vous planter des choux?

Qui n’a pas appris dans son enfance cette chanson et le petit jeu qui allait avec! On plantait des choux avec les mains, avec les doigts, les pieds, le nez… et pourquoi pas, avec les genoux!

"Savez-vous planter des choux", tirée de Rondes et chansons de France, No. 8, enregistrée en 1958 par Lucienne Vernay et les Quatre Barbus.

« Savez-vous planter des choux », tirée de Rondes et chansons de France, No. 8, enregistrée en 1958 par Lucienne Vernay et les Quatre Barbus.

Nous avions tellement de plaisir à jouer à « Savez-vous planter des choux »! Avec les mains et les doigts, on n’y allait pas de main morte. Avec le nez, ça prenait une certaine souplesse. Avec les coudes, il fallait en faire, des contorsions! Et avec les genoux, on finissait à quatre pattes. Je suppose qu’on a dû beaucoup jouer à ce jeu … si on considère le nombre de personnes de mon âge ou à peu près qui doivent subir des chirurgies aux genoux. Ah! Nos pauvres genoux, comme plusieurs autres articulations, telles les hanches et les coudes, on les croyait inusables. Eh bien non! Ça s’use, nous en avons la preuve. Mais heureusement, c’est maintenant remplaçable.

Les temps ont bien changé. On devrait former un club des opérés du genou et de la hanche. Une association de personnes qui aurait pour mission d’encourager les futurs opérés et de soutenir les opérés récents. Comme signe distinctif, les membres se salueraient par une petite tape sur le genou et le chant de ralliement serait, bien entendu, « Savez-vous planter des choux »!

Tout ça pour vous annoncer qu’il y aura des « points de suspension » au grain de sel de Mado… pour cause d’opération au genou droit. Si tout va bien, comme je l’espère, et si je n’ai pas le caquet trop bas… je vous reviendrai peut-être même avant la fin de juin.

À la revoyure!

10 juin 2015

(Pour entendre la version originale de la chanson enregistrée en 1958, cliquez ici.)

Allo! Quel numéro désirez-vous?…

La maison d'Alred Petit, où était située le "Central" vers 1930.

La maison d’Alred Petit, où était situé le « Central » vers 1930.

En 1927, Jules-André Brillant, de Rimouski, était le propriétaire de la Corporation de Téléphone et de Pouvoir de Québec, qui deviendra par la suite, Québec-Téléphone, puis Telus. Même si je ne connais pas la date exacte à laquelle fut installée la première ligne téléphonique à Deschambault, quelques indications me portent à croire que le téléphone avait déjà fait son apparition au début des années 30. À cette époque, le « Central » du téléphone était installé dans la maison d’Alfred Petit, le frère de mon grand-père, car ma mère y a travaillé avant son mariage en 1932. J’ai appris depuis peu que mon grand-oncle n’était pas le premier à loger le central, cet important moyen de communication ayant été localisé quelque part ailleurs auparavant.

Le central fut relocalisé dans une partie du garage Mayrand, puis quelques années plus tard, dans la maison de Lauréat Laplante (la 3e vers la droite).

Le central fut relocalisé au garage Mayrand, puis quelques années plus tard, dans la maison de Lauréat Laplante (la 3e vers la droite).

Sur la photo de la maison d’A. Petit, l’agrandissement qui devint la Salle Saint-Laurent n’est pas encore construit. Il est plausible de penser que, suite à cette construction, le central a été déménagé pour être installé dans un logement à l’étage du Garage Mayrand. Ce logement où était situé le bureau du téléphone était alors occupé par la famille Talbot. C’est à cet endroit que Marie-Paule Laplante a commencé son métier de standardiste ou « opératrice », comme on disait plutôt à l’époque. Au début des années 40, le central déménage pour une troisième et dernière fois dans la maison de Lauréat Laplante et Aurore Thibodeau, où il finira son règne en septembre 1964, lors de l’avènement du téléphone « à cadran ».

Difficile de préciser combien de jeunes filles ont exercé le métier de téléphoniste entre 1930 et 1964. À l’époque, les opératrices quittaient leur emploi quand elles se mariaient. Du temps où le central était chez mon grand-oncle Alfred, il est probable que ses filles, Blanche et Joséphine, ont dû y travailler avant leur mariage. Du début des années 40 jusqu’en 1964, il y eut certainement une quinzaine de demoiselles surtout – et à ma connaissance deux dames – qui ont fait ce travail, soit comme permanente ou comme remplaçante.

Marie-Paule Laplante en 1945 (collection Madeleine Genest).

Marie-Paule Laplante en 1945 (collection Madeleine Genest).

À l’époque où Marie-Paule Laplante travaillait au central, il n’y avait pas de concours, ni d’entrevue, la procédure d’embauche se faisait par le bouche à oreilles, comme c’était la coutume en milieu rural. Il y avait seulement un poste de travail et l’opératrice devait se trouver une remplaçante. On ne demandait pas non plus de qualifications particulières. Un bon français, écrit et parlé, était important; une bonne élocution était un atout supplémentaire et il fallait faire preuve d’une certaine célérité.

La nuit, le central était équipé d’une sonnerie particulièrement détestable, qu’on appelait un « buzzer ». Vers 23 heures ou plus tard, l’opératrice n’avait qu’à actionner une petite manette, comme celles qui servaient pour opérer le central; ainsi elle pouvait somnoler en toute sécurité sur le divan, placé à côté du poste de travail. Aucun doute, si quelqu’un téléphonait, elle l’entendait! J’ignore de quand date l’engagement d’une deuxième téléphoniste permanente ainsi que la répartition du temps de travail, soit une semaine de jour et une de nuit en alternance, mais c’était ainsi au cours des années où j’y ai travaillé. La remplaçante était absolument nécessaire si on était malade ou si on voulait prendre un congé, surtout la semaine de nuit où l’on travaillait de 17 heures à 8 heures le lendemain. La semaine de jour, c’était l’inverse. Durant les trois dernières années au cours desquelles j’ai fait ce travail, nous avions une semaine de vacances payée par année. Pour les autres congés, nous devions payer la remplaçante à même notre salaire.

Moi et Marie-Paule devant la maison qui accueillit le central jusqu'à la fin de ce service (coll. Madeleine Genest).

Moi et Marie-Paule devant la maison qui accueillit le central jusqu’à la fin de ce service (coll. Madeleine Genest).

J’entends déjà la question : « Est-ce que vous écoutiez les conversations? » D’abord, je dois dire que nous devions vérifier fréquemment la durée des appels, pour libérer les lignes dès que les communications étaient terminées, surtout en ce qui concernait les appels interurbains, lesquels étaient facturés. Au cours de la journée et durant la soirée jusqu’à une certaine heure, nous n’avions pas vraiment le temps d’écouter les conversations… surtout que de l’une à l’autre, cela risquait de ressembler à un superbe coq-à-l’âne! Mais si par hasard ou autrement on saisissait des bribes d’échanges entre les abonnés, nous étions évidemment dans l’obligation de respecter la règle de la confidentialité. Pour ma part, quand la soirée était tranquille, j’écoutais la radio de CHRC, qui diffusait une émission appelée Blue Sky, au cours de laquelle on faisait tourner toutes les chansons à succès que j’aimais. Avec un bon roman Marabout Mademoiselle et un Coca-cola, je ne risquais pas de m’ennuyer! À ce propos, je me demande si quelqu’un se souvient de la série des Sylvie, de l’auteur René Philippe, dans la collection Marabout Mademoiselle…

J’ai débuté ce travail comme remplaçante en 1958 et je suis devenue permanente en 1960, à la suite du départ d’une des deux opératrices. Les deux dernières années, je gagnais 0.55 $ l’heure. J’ai aimé mon emploi, même si les derniers temps, le matériel étant devenu désuet. Souvent des lignes étaient défectueuses et comme il y avait de plus en plus d’abonnés, les journées étaient passablement épuisantes. J’ai quitté mon emploi le 15 mai 1964 pour une excellente raison : je me mariais le 24 juin!

© Madeleine Genest Bouillé, juin 2015

Moi au central, peu avant mon mariage... et la fin de mon travail! (coll. Madeleine Genest).

Moi au central, peu avant mon mariage… et la fin de mon travail! (coll. Madeleine Genest).