Parties de plaisir…

Si on en juge par certaines photos, la vie autrefois n’était pas aussi austère qu’on le croit aujourd’hui. Il n’y avait pas de télévision, pas de téléphone intelligent, moins de loisirs organisés, mais les gens profitaient de tout ce que chacune des saisons leur offrait pour se distraire et s’amuser. L’hiver dernier, j’ai publié des photos de sports d’hiver; au printemps, il y avait les parties de sucre. J’ai sélectionné cette fois quelques photos d’été appartenant à une amie, une grande sœur presque, qui était née en 1923.

plaisirs d'été 1 @ coll. privée Mado GenestDeux des plus vieilles photos datent de 1934. Marie-Paule, la propriétaire de la photo, porte un drôle de béret à rayures. Sauf pour les vêtements, qui diffèrent quelque peu, la photo avec le petit garçon au ballon aurait pu être prise l’été dernier… C’est la même grève, au bord du même fleuve, et je connais des jeunes qui, par les jours de grande chaleur,  même s’ils ont une piscine, ne demandent pas mieux que de se retrouver au bord de l’eau, pour ramasser des coquillages, lancer des cailloux à l’eau en essayant de faire plusieurs ricochets!

plaisirs d'été 2 @coll. privée Mado GenestAu retour de cette équipée, ils ne manquent jamais d’arrêter manger une glace à la Crémerie. Quand nous avions été sages, il nous arrivait aussi de recevoir un cornet de crème glacée, que nous dégustions avec une joie sans pareille!  Les saveurs étaient moins variées que maintenant : vanille, fraise, érable et chocolat; moi, je préférais celle à la fraise. La photo du petit garçon a été prise au magasin de madame Adrienne Courteau-Savard, (au 208, chemin du Roy); elle vendait des friandises et des liqueurs douces. Et on dit que les temps changent…

plaisirs d'été 3 @coll. privée Mado GenestSur la troisième photo, Marie-Paule, alors âgée de 11 ans, est à gauche de la photo. Elle pose fièrement avec sa cousine, dans sa plus belle robe. On prenait moins de photos autrefois, alors quand on avait la chance de se faire photographier, généralement, on mettait les vêtements du dimanche et, face au soleil, on arborait son plus beau sourire…Une photo, c’est quelque chose qui dure! Celle-ci a quand même 82 ans!

 

plaisirs d'été 4 @coll. privée Mado GenestJ’aime beaucoup les photos suivantes, prises en 1940. Marie-Paule avait à l’époque son propre Kodak. Les photos ont été prises la même journée, si j’en juge par les vêtements.  Sur l’une des images, il est écrit « Partie de plaisir ». Les filles ont chacune une fleur dans les cheveux. C’était peut-être l’anniversaire de l’une d’elle…

 

 

plaisirs d'été 5 @coll. privée Mado GenestAu temps jadis, quand on voulait canoter, il fallait savoir ramer. La photo est prise de la grève. On voit au loin, une des « pointes » du bas du village. Jadis, il y avait trois pointes, chacune séparée par un ruisseau qui se jetait dans le fleuve. Évidemment, il n’y avait pas encore de constructions à cet endroit, qui était inondé à chaque printemps. Elles étaient quand même robustes, ces rameuses! Peut-être chantaient-elles « Partons la mer est belle »

 

plaisirs d'été 6 @coll. privée Mado GenestNul doute que nos belles de 1940 ont dû faire un pique-nique en revenant du fleuve. Le mobilier de jardin était plutôt rare, à part parfois un hamac, des balançoires à corde et quelques chaises de parterre. On était moins exigeant à cette époque. On étendait une nappe sur le gazon et s’il ventait, on mettait quelques roches aux quatre coins. On servait des sandwiches, des radis et des concombres du jardin, le repas était peut-être agrémenté  de liqueurs douces ou à tout le moins d’une bouteille de limonade ou de thé froid. Les jeunes filles devaient avoir confectionné des biscuits ou des gâteaux… Elles avaient toutes suivi les cours d’Économie Domestique au couvent! Pour remplacer la petite marche de digestion, pourquoi pas une promenade en voiture à cheval? Elles savaient toutes conduire, et il n’y avait pas grand risque d’accident!  Quand je regarde cette photo, il me semble entendre le rire de ces belles jeunesses, rythmé par le pas du cheval. Vraiment quelle belle finale pour « une partie de plaisir »!

© Madeleine Genest Bouillé, 10 mai 2016

La Résurrection… une farce ou une histoire pour épater les enfants?

Il y a trois jours à l’église, en ce dimanche après Pâques, on a évidemment chanté des cantiques qui parlent de la Résurrection du Christ. Le dernier chant avait pour titre Nous croyons en toi le Ressuscité. Je suis donc revenue à la maison, ayant comme « ver d’oreille », ce cantique entraînant dont on a le goût de fredonner le refrain. Les paroles des couplets sont écrites comme une entrevue avec les différentes personnes ayant assisté aux apparitions du Christ après sa sortie du tombeau. G. Jalbert, qui m’est inconnu, est l’auteur des paroles et de la musique.

Pour moi, cet événement, le plus important dans toute l’histoire de Jésus, ce n’est pas une farce. Ce n’est pas non plus une histoire pour épater les enfants. J’aimerais être assez convaincante pour que vous, qui me lisez, soyez tentés de dire: « Et si c’était vrai… pourquoi pas? » Je suis une optimiste avec cependant des hauts et des bas. C’est sans doute ce qui explique que j’ai besoin de croire que la vie n’est pas juste un passage avec rien après. J’aime les beaux miracles. Et le plus beau parmi les beaux, n’est-ce pas justement la Résurrection?

Dans le premier couplet, on rencontre Marie, pas la mère de Jésus, l’autre, qu’on appelle plus souvent Marie-Madeleine. L’auteur l’interpelle ainsi: « Dis-nous, Marie, ce que tu as vu : le jardinier cet inconnu, entendant ton nom, tu l’as reconnu; c’était l’ami, c’était bien Jésus? » Il parle ensuite à Thomas; vous vous rappelez, celui qui ne croyait pas s’il n’avait pas touché du doigt… un sceptique, s’il en est! Il lui dit : « Dis-nous Thomas, ce que tu as vu, toi, l’incroyant. La plaie de son cœur, tu l’as bien touchée, tu l’as proclamé : Jésus, Seigneur ! » Un peu plus tard, rencontrant les gars d’Emmaüs, la mine abattue, il leur dit : « Dites, compagnons désespérés, il vous a rejoint, cet étranger.  Quand il a rompu le pain, vos cœurs brûlants vous ont révélé que c’était bien Jésus? » Et finalement, comme un bon reporter, notre homme s’adresse au leader du groupe, en lui rappelant ce mauvais souvenir : « Dis-nous, Simon, tu l’as entendu te demander : Toi, m’aimes-tu? –  Aujourd’hui tu le redis : tu sais bien, Jésus, que je veux t’aimer. Jusqu’à la mort, je te suivrai. »

 Il manque un bout à ce reportage. Le journaliste aurait pu conclure en disant ceci : « Selon les témoignages des personnes rencontrées, tout porte à croire que Jésus de  Nazareth, après avoir été condamné, torturé et crucifié, est vraiment ressuscité, comme il l’avait prédit. Si quelqu’un parmi vous avait des détails supplémentaires concernant cet individu, vous êtes priés de communiquer avec « L’Écho de Bethleem ». Cette histoire invraisemblable n’est certes pas terminée… »

© Madeleine Genest Bouillé, 6 avril 2016

Quand les souris ne sont pas là…

Pour bien débuter ce mois d’avril, voici un essai de fable que n’aurait pas reniée ce bon Monsieur de La Fontaine.

Vous connaissez le dicton : « Quand le chat n’est pas là, les souris dansent ». Je le comprends comme ceci : dès que les parents, les professeurs, les patrons, ainsi que tous ceux qui détiennent une certaine autorité ont le dos tourné, les enfants, les étudiants, les employés et toutes les ouailles que vous voudrez, s’en donnent à cœur joie et souvent, virent tout à l’envers!

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Pansu, qui portait bien son nom…

Je me suis amusée à inverser ce dicton.  Ça donne ceci : « Quand les souris ne sont pas là, les chats dorment et engraissent ».  Je m’explique.  Quand il n’y a pas de souris, les chats, n’étant jamais dérangés, deviennent paresseux; ils mangent, ils dorment, ils engraissent!  Un gros chat paresseux, à quoi ça sert dans une maison, je vous le demande! Il vient se faire flatter, il ronronne juste ce qu’il faut pour qu’on le trouve gentil et qu’on lui donne à manger; il se fait les griffes sur les fauteuils. Quand le besoin viscéral de chasser le prend, il tente d’attraper une mouche, une coccinelle qui s’est trompée d’adresse, ou encore une araignée très occupée à tisser sa toile. Minou s’énerve, saute partout, grimpe aux rideaux s’il le faut. Mais comme il manque d’exercice, il fait plus de dommages que de victimes. On le trouve drôle… en réalité, il est pitoyable! Nous avons eu jadis quelques spécimens de ce genre, dont un qui s’appelait « Pansu » et un autre qui avait pour nom tout simplement « Gros imbécile »…

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Alfred, la terreur des sapins de Noël!

Voyez-vous, pour qu’un chat conserve ses qualités de félin – instinct de chasseur, curiosité, souplesse, agilité – il faut nécessairement qu’il y ait des souris dans les alentours. Bien entendu, je parle d’un vrai chat, entier, avec griffes et tout l’arsenal du bon chat de gouttière. Il me revient des souvenirs émus, entre autres de notre bon Victor  et aussi d’Alfred, un valeureux chat jaune, qui s’était attaqué à l’arbre de Noël avec une ardeur dévastatrice. Il faut dire que ces animaux ont eu une vie aventureuse. Quand, au printemps, ils disparaissaient pour quelques jours, ils nous revenaient amaigris, la queue en bataille, l’oreille déchirée… témoignant de combats épiques. Hélas! Ils n’ont pas fait « de vieux os »! Tous les chats que nous avons eu ont toujours été irrésistiblement attirés par l’autre côté du chemin. La traversée de cet espace rempli de dangers a été fatale à  plusieurs d’entre eux…

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Ce cher Victor…

La morale de cette histoire, car il faut bien qu’il y en ait une, la voici : quand il n’y a pas d’opposants, ceux qui détiennent le pouvoir, qui font les règles et les lois, deviennent moins vigilants, plus complaisants. Comme personne ne discute leurs idées et leurs décisions, ils ne remettent jamais rien en question; ils s’assoient sur leurs lauriers – un très mauvais endroit pour porter les lauriers – et ils se congratulent, se flattent la bedaine. Ils sont trop sûrs d’eux… et comme les chats inoccupés, ils dorment et engraissent! Quand, par malheur, ils se réveillent (une puce qui les a piqués?), ils sont grognons, ils critiquent tout, rien ne leur convient. Il ne faut pas les contrarier… ils peuvent même devenir méchants! Est-ce à dire que les gouvernements minoritaires seraient plus productifs? Tirez-en vos conclusions!

Et pour terminer cette histoire de chats, pour que ceux-ci puissent remplir correctement leur rôle de chat, forcément, il doit y avoir des souris!

© Madeleine Genest Bouillé, 31 mars 2016

La gloire des érables

En mars, il y a de ces jours sans soleil, où tout est gris; les arbres s’habillent de tous les tons de gris, même la neige toute sale est grise. Où sont passés nos paysages verdoyants? Les fleurs, le gazon, les potagers bien alignés? Et les érables flamboyants dans leurs atours d’automne? Nos saisons sont tellement différentes qu’on a l’impression de changer de planète quand on passe de l’une à l’autre.

10636550_1078955628814718_6109870604541876372_oJe reviens de prendre ma petite marche de santé… Je regardais les érables. Vous les avez remarqués au début du mois de mars? Peut-être si vous avez une érablière et que vous surveillez les signes imminents de montée de sève. Quoique, ça ne se voit pas à l’œil nu. Disons plutôt que pour le commun des mortels, à ce temps-ci, les érables, dépouillés comme les autres feuillus, ne se distinguent pas des hêtres, merisiers et autres arbres, sauf les conifères. L’érable à la fin de l’hiver est humble, sobre, même pas beau. Discret, il prépare en secret ce qui constitue l’une de nos principales richesses naturelles; cet or sucré recherché partout dans le monde!

Ce n’est pas à l’automne, quand l’érable étale ses couleurs les plus somptueuses, qu’il est le plus utile, le plus précieux, même si on vient de loin admirer sa parure. Non, la gloire des érables, c’est au printemps qu’elle éclate. Au printemps, l’érable est vraiment le roi de nos bois, on compte sur lui pour une part importante de notre économie. Au printemps, oui, quand il est tout gris, tout ordinaire, c’est le moment où il nous est le plus indispensable!

photos 8janv.2015 003Ainsi en est-il des humains. Ce qui fait la valeur d’une personne, ce n’est pas ce qui est le plus apparent. Malheureusement, les médias et tous les faiseurs de mode, cherchent à nous convaincre qu’il faut « flasher », avoir de l’audace, du panache, être drôle, sinon beau. Les mots « humilité » et « modestie » sont tombés en désuétude – on va sûrement finir par les enlever du dictionnaire. Ce ne sont pas des valeurs qu’on enseigne à l’école. Si on en juge par la popularité des photos « selfie », où la popularité se compte sur les réseaux sociaux à coup de « j’aime », ce qui importe, c’est ce qui se VOIT. Montre-moi comment tu parais, je te dirai qui tu es. Ne serait-ce pas plutôt « qui tu VEUX être »?

Les qualités de cœur comme l’honnêteté, la générosité, la sincérité, si elles sont appréciées, ne sont pas des choses dont on cause… enfin, en société. Tout le monde sait pourtant que les personnes qui sont le plus utiles dans leur milieu, leur famille, pour leurs amis, ce ne sont pas nécessairement celles qui paraissent le mieux, qui ont le discours le plus éloquent… ni même celles qui ont le plus « d’amis Facebook ». Les personnes sur qui on peut vraiment compter, ce sont celles vers qui on se tourne quand on a un service à demander, une cause à faire valoir. Celles qu’on appelle quand ça va mal et que tout est gris comme un jour de mars très laid; celles qui tendent la main et qui écoutent sans juger.

Comme les érables au printemps, ce qui fait notre gloire, ce n’est pas la beauté, la renommée, ni même la fortune. La seule gloire qui vaille la peine d’être recherchée, c’est d’être utile aux autres, tout simplement. Cette gloire-là on peut en être fier, même si ça ne nous mérite ni trophée ni médaille.

Profitez du temps des sucres si vous le pouvez!

© Madeleine Genest Bouillé, 16 mars 2016

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Histoire pour le temps du Carême

Mado 1951Voici une petite histoire que je n’ai jamais oubliée. J’étais en 5e année. De cela je suis sûre parce que je portais le ruban rose. Bon, vous allez vous demander quel rapport avec l’histoire? Les souvenirs sont rattachés à notre mémoire par toutes sortes de petits détails. Ainsi, du temps où le costume des filles qui étudiaient au couvent était la robe noire, nous avions au cou un ruban qui identifiait la classe dont nous faisions partie. Dans la classe de Mère Sainte-Flavie, les 1êre, 2e et 3e années, le ruban était rouge. En 4e et 5e, le ruban était rose. Les classes de 6e et 7e ainsi que l’Académie des grandes de 8e à 12e, portaient le ruban bleu des Enfants de Marie.

IMG_20160305_0003L’année 1950 avait été proclamée « Année Sainte » par le Pape Pie XII. Évidemment il y avait profusion d’images pieuses à l’effigie de ce Pape, qu’on disait « Pape de la Paix ». Jusqu’en 1953, ou même 54, j’ai reçu plusieurs de ces images avec l’inscription « Annus Sanctus 1950 ». Les religieuses n’étaient pas avares de récompenses et d’encouragement, des images, on en recevait! Images du Sacré-Cœur, de Marie, avec ou sans son enfant Jésus, des anges gardiens et tous les saints du ciel… J’en ai une belle collection! C’était surtout en français que j’en récoltais le plus. Détail qui a son importance, il y avait plusieurs formats d’images, les plus grandes étant environ de 4 pouces par 6 pouces.

IMG_20160305_0002Un jour, je venais justement de recevoir une image du Pape, une « grand format », cette fois. La cloche avait sonné, nous descendions l’escalier qui menait au vestiaire. Il fallait se dépêcher, on allait à la prière du Carême. Je portais mon image comme un trophée… à neuf ans, on n’a besoin de peu de chose pour être heureux! Je déposai l’image sur mon sac d’école, le temps d’endosser manteau, bonnet et bottes. Je n’étais pas la plus rapide… Quelques compagnes, qui n’étaient pas vraiment des amies, se moquaient de moi en disant : « C’est rien qu’une image, on en a des centaines!… des bien plus belles à part ça. Mets-là dans ton sac, grouille-toi, on attend après toi ». Je rétorquai : « Moi aussi, j’en ai en masse, des images. » Mais elles continuaient; les enfants sont parfois méchants… mais sans mauvaise intention, ils font ça juste « pour voir ». De fil en aiguille, espérant me débarrasser de mes tortionnaires, et aussi pour démontrer que j’étais plus indépendante que j’en avais l’air, je déchirai l’image en question, disant que je n’y tenais pas du tout, ce qui était faux bien entendu! Je gardais précieusement mes images dans une boite. Je les ai encore! Devant ce geste, dont je n’étais pas très fière je dois dire, les deux fillettes, l’air scandalisé, s’empressèrent de dire : « Qu’est-ce que t’as fait là? On va le dire à Mère. C’est péché de déchirer une image ». J’étais consternée, vous pensez bien! Je suis donc allée avec les autres assister à la prière du Carême à l’église; j’avais le cœur gros… je ne voulais surtout pas pleurer. Je croyais vraiment avoir fait quelque chose d’impardonnable. Cette sombre journée est toujours restée dans un recoin de ma mémoire, un petit coin où je ne vais pas souvent.

Année scolaire1948-1949 au couvent de Deschambault (photo tirée de l'album souvenir du centenaire du couvent en 1961.

Année scolaire1948-1949 au couvent de Deschambault (photo tirée de l’album souvenir du centenaire du couvent en 1961.

Comme je m’y attendais, l’histoire a fait le tour du couvent. Mon professeur m’avait envoyée au bureau de Mère Supérieure, laquelle m’avait demandé pourquoi j’avais commis cette faute; comme je ne savais pas quoi répondre, elle me fit un sermon dont j’ai retenu surtout que j’étais irrespectueuse. En plein Carême, faire une chose aussi odieuse, je devrais m’en confesser, etc., etc. Je ne savais pas quoi inventer pour me défendre, j’avais beau dire que c’était la faute à celle-ci et celle-là, rien n’y faisait. Je ne retenais qu’une chose; on ne déchire pas une image pieuse! Cette année-là, je n’en reçu aucune autre jusqu’à la fin de l’année. Et pourtant, je continuais à avoir de bonnes notes en Français, en Histoire et en Géographie…

La religieuse qui nous enseignait connaissait assez bien ses élèves; elle avait sans doute deviné que ce geste de défi dont je n’étais pas coutumière était le résultat de ce qu’on appellerait aujourd’hui de l’intimidation! Heureusement, l’enfance a ceci de bien que le temps atténue les mauvais souvenirs. On ne les oublie pas, mais ils ne font plus mal!

Pâques peut venir… ma confession est faite!

© Madeleine Genest Bouillé, 9 mars 2016

La mémoire est une bibliothèque

Ce beau mot n’est pas de moi. Je l’ai trouvé dans un livre. Mais j’ai aimé cette expression et je l’ai retournée dans ma tête comme j’ai l’habitude de faire quand j’aime un mot ou une expression. Tenez, comme quand j’étais enfant et que j’avais entendu parler d’un « coffre d’espérance ».

Mado avec chienJe vois très bien la première bibliothèque, toute petite avec seulement les quelques livres d’images que contient la mémoire d’un enfant. Dans ces livres, on voit des jouets, des personnes… un chat, un chien, très laid, mais gentil avec un bon regard. Je vois aussi un tricycle en bois rouge et bleu. La mémoire est aussi auditive; une musique se fait entendre, la petite valse, sur laquelle l’enfant dansait toute seule dans le salon. Un peu plus tard, s’ajoutent une maison, une chambre… des rideaux fleuris. Il y a aussi des odeurs : une tarte aux framboises qui cuit dans le four, un bouquet de muguet, des pommes dans un plateau rose. Peu à peu, l’enfant grandit, la bibliothèque se garnit de toutes sortes de documents pêle-mêle. Il y a encore des photos, mais elles sont mélangées avec les cahiers de devoirs, les livres de classe, des feuilles éparses annotées, tout ce qui rappelle la vie étudiante. Parmi ces souvenirs pas toujours joyeux, se glissent des dessins, des poupées de papier, un view-master. Puis, graduellement, la gardienne de la mémoire fait le ménage; elle ne veut garder que ce qu’elle considère comme de beaux souvenirs. Elle tente de faire disparaître la chambre aux rideaux tirés parce que le soleil pourrait blesser les yeux d’une jeune malade, le lit dans lequel il faut rester couché pendant plusieurs jours à cause de la rougeole. On préfère garder l’image d’un piano, des cahiers de la Bonne Chanson, puis cette chanson que l’enfant aimait beaucoup: « Le rêve bleu, léger, mystérieux… comme un oiseau, vole autour des berceaux… »

MadoJacLes jours, les mois passent… voici que le temps file à toute allure. Le Présent prend toute la place; il prépare l’Avenir et n’a que faire des souvenirs! Pauvre bibliothèque! On la délaisse; pourtant, elle aurait besoin de rangement. Des jeunes dansent sur les airs entraînants diffusés par un juke-box. Les images défilent à toute allure : des robes à crinoline qui virevoltent… des bouteilles de coca-cola, des cornets de frites jonchent les petites tables carrées d’un restaurant. Les odeurs de friture et de cigarette masquent le parfum des fleurs. C’est l’été! Puis, quelque chose se passe… une figure s’impose et fait reculer toutes les autres dans l’ombre. C’est celle d’un garçon. On ne voit que lui! Le Présent, c’est lui! Même s’il ne le sait pas encore, il sera aussi l’Avenir…

enfants2Les années ont passé. Des figures nouvelles sont apparues, des bébés qui ont grandi si vite! La bibliothèque a dû être agrandie. On y voit les photos de deux maisons, une chaloupe, puis une autre et une autre encore. Des murs peints en jaune, puis en vert… Des bouts de papier peint, un piano, des livres, des bandes dessinées. Il y a tout plein de jouets éparpillés, un chat, puis un autre et encore un autre; vraiment une collection de chats! Plus tard enfin, on voit de mignons vêtements roses, des poupées, des toutous, des petites pouliches. On s’attarde sur les albums de photos des fêtes de famille, des Noëls tout illuminés. Comme il y en a! Des autos, plusieurs. Des étés, des voyages en Gaspésie, des automnes, des hivers, et des printemps avec l’amélanchier en fleurs, le parfum des lilas… Et d’autres étés, et encore la Gaspésie!

La famille Genest, en 1956.

Avec le temps, notre bibliothèque a atteint sa pleine capacité, elle travaille jour et nuit, pour choisir ce qui vaut la peine d’être conservé. Des photos en noir et blanc défilent… les images de ceux et celles qui ne sont plus dans le monde des vivants. Pauvre mémoire! En vieillissant, nous lui donnons du fil à retordre… Alors parfois, elle joue à la cachette; elle transmet le mauvais mot, une image différente de ce qu’on voudrait. On dit que la mémoire est capricieuse, ainsi s’il lui arrive d’embellir l’histoire, parfois elle refuse de rappeler certains faits. C’est peut-être mieux ainsi. Elle sait ce qui est bon pour nous et ce qui peut nous faire mal; il y a des choses qu’il est préférable d’oublier. Je termine cette réflexion avec ces paroles d’une chanson qui dit comme ça :

« C’est incroyable, la mémoire, comme ça déforme la vue.
Ça vous raconte une autre histoire, que celle qu’on a vécue. »

Comme c’est vrai!

© Madeleine Genest Bouillé, 24 février 2016

C’est donc de valeur!

Oui, c’est ben de valeur que personne ne sache d’où vient cette expression, que nous, les natifs des années quarante et cinquante, disons encore assez souvent quand on veut exprimer un regret, ou déplorer certaine chose. Par contre, en parlant d’un bébé qui n’était pas tannant ou qui faisait ses nuits, autrefois on disait qu’il n’était pas de valeur. Cette expression aurait donc deux significations. Comment expliquer ça? Mystère et boule de gomme!

Pour nous, les « seniors », il y a ainsi tout plein de ces vieux mots ou tournures de phrases que nous utilisons encore par habitude. Quand il fait froid et qu’on entend péter les clous, on dit qu’il faut mettre une attisée dans le poêle… Que voulez-vous, on a grandi dans des maisons où le froid faisait péter les clous et alors la mère disait : « Mettez donc une attisée quelqu’un… on gèle! » Le langage des anciens faisait aussi beaucoup référence à la nature, aux animaux. Ainsi, quand on tenait à une chose en particulier, on disait qu’on ne l’échangerait pas pour une terre en bois debout. Il était d’usage autrefois de prendre le temps de bien faire les choses et de ne pas brûler les étapes, ainsi on disait de ne pas mettre la charrue en avant des bœufs. Tout le monde connaît le vent à écorner les bœufs ou le temps à ne pas mettre un chien dehors. Ces expressions avaient l’avantage d’être très imagées! Comme celle de ma mère quand elle faisait cuire un rôti de porc au four; lorsque la viande commençait à grésiller elle disait : « le cochon crie, c’est le temps de l’arroser! »

Il est loin le temps où l’on disputait les enfants tannants en les appelant petit insécrable (une déformation du mot « exécrable ») ou espèce de pas de service!  Et en définitive, on disait : « t’as donc pas de jarnigoine! » Les troubles de comportement devaient bien exister, mais quand il y avait six, huit ou dix enfants dans une maison, on n’avait pas le temps de se pencher sur les particularités de chacun; ils étaient tous élevés de la même manière. Parfois on disait en parlant d’un jeune plus turbulent : « Je sais pas ce qu’il a celui-là, y a pas moyen de le faire tenir tranquille, une vraie queue de veau! » Le diagnostic était prononcé, la sentence tombait, froide et implacable : « Quand ça comprend pas par un bout, ça comprend par l’autre! »

Il n’est que de voir l’expression interrogative ou étonnée dans le regard de nos petits-enfants qui ne sont plus petits, pour comprendre que notre parlure est parfois quelque peu désuète. Par exemple, par un jour de grand vent d’automne, on demande au jeune qui nous arrive sur son vélo : « As-tu au moins un bon coupe-vent ?  – Un quoi ? – Une veste, un manteau.Aaaah! oui. » Compréhensif, le grand-père ajoute: « Tu pédalais vent devantVent… quoi ? Grand-père traduit : « Tu avais le vent dans la face! » À la jeune étudiante qui doit écourter sa visite dominicale aux grands-parents parce qu’elle a un devoir de maths à terminer, c’est la grand-mère qui dira, compatissante et se souvenant du temps de ses études : « J’espère que t’as pas trop de misère ?  –  De la misère ? Non, ce n’est pas si difficile. »  Il ne se passe pas d’année sans que les étudiants aient une ou deux campagnes de financement pour des activités parascolaires; évidemment, les grands-parents sont des clients tout désignés. Ils ne disent jamais non! Lors d’une de ces campagnes, grand-papa, sortant son portefeuille pour payer les achats, a laissé tomber tout bonnement: « Au moins, vous êtes pas trop chèrants ! » … Il aurait parlé en russe que la jeune vendeuse n’aurait pas eu l’air plus perplexe.

Les jeunes comprennent plus vite que nous les complexités de l’informatique, d’Internet et des réseaux sociaux. Il y a là un langage particulier qu’on adopte difficilement. Quand il est question d’application, de fonctionnalité, de site, de page, de lien, de menu (rien à voir avec la bouffe!) et j’en passe, ça devient vraiment trop compliqué! On est alors tenté de laisser tomber en disant: « Tu parles d’un aria! » Chose curieuse, ce mot qui signifie « désagrément » et qui se retrouve régulièrement dans les mots croisés est très rarement utilisé… sauf par nous, les « aînés »!

Bon, on peut pas dire que c’est un soir où il fait un frette noir, au point que les clous pètent… mais c’est assez pour avoir envie de rester encabané. Ça fait que je vais mettre ma jaquette et m’en aller dans ma couchette! Bonne nuit!

© Madeleine Genest Bouillé, février 2016

Dans les papiers de Jeanne, il y avait… (2e partie)

Dans un numéro de la Revue Populaire de 1947, un article avait pour titre La Châtelaine de Manderley. On rapportait une entrevue avec une romancière anglaise très à la mode. Il s’agissait de Daphné du Maurier, dont plusieurs romans ont été mis à l’écran. Cette auteure née en 1907 et décédée en 1989, était fille et petite-fille d’écrivains. On la nommait « la Châtelaine de Manderley », en référence au roman intitulé Rebecca, paru en1938, et dont Alfred Hitchcock a fait un film célèbre.

789985Le manoir que Daphné du Maurier décrit ainsi, justement dans Rebecca : « C’était Manderley, notre Manderley secret et silencieux comme toujours avec ses pierres grises luisant au clair de lune de mon rêve, les petits carreaux des fenêtres reflétant les pelouses vertes et la terrasse »; cette magnifique demeure, donc, est sise en Cornouailles et s’appelle Menabilly. C’était à l’époque la propriété de l’auteure, où elle vivait avec son mari le Major Frederick Browning et ses trois enfants.

Daphné du Maurier a écrit plusieurs romans entre 1931 et 1955, des livres que ma mère et moi avons aimés et que plus tard, à son tour, ma fille a lus et appréciés, tels l’Auberge de la Jamaïque, Rebecca, Ma cousine Rachel. Des romans tellement bien écrits, indémodables… Ils font partie de ces livres qu’on relit avec toujours le même plaisir.

IMG_20160210_0002Parlant d’auteurs, dans une revue de 1955, ma mère avait conservé cet article : « Il y a un an mourait Colette. » En effet, cette écrivaine, dont on nous défendait la lecture dans mes années d’étudiante, est décédée le 9 août 1954, à l’âge de 81 ans. Son premier roman à succès écrit au début des années 1900, avait pour titre Claudine à l’école. Par la suite, Claudine a été le personnage principal de plusieurs romans. En 1955 je ne connaissais pas encore Colette. J’ai vu le film Gigi, tourné à cette époque, et j’ai ensuite lu le roman du même nom. C’est l’histoire d’une très jeune fille, que sa grand-mère, sa tante et sa mère veulent « placer », chez un monsieur fortuné. Gigi constatant qu’elle vit dans une famille de célibataires, a cette réplique : « Je comprends que dans notre famille, on ne se marie pas », phrase à laquelle sa grand-mère répond ceci : « Non, pas exactement, seulement, au lieu de se marier « déjà », il arrive qu’on se marie «  enfin »! J’ai aimé l’écriture de Colette, son esprit pétillant, son sens de l’humour. Ses mœurs légères ne choqueraient plus grand monde aujourd’hui… et son style d’écriture serait toujours à la mode!

IMG_20160209_0005Enfin, dans un numéro de 1951, on apprend que « La femme doit sa liberté à la machine à écrire. » Je vous fais un résumé de la page consacrée à cet article. Les premières machines à écrire auraient été à l’usage des aveugles. Au cours des années 1800, un premier brevet a été accordé à William Burt de Detroit. Plus tard, Xavier Progin de Marseille, inventa une « Machine Krypthographique ». En 1867, la presse commence à s’intéresser à une machine inventée par John Pratt. La même année, un imprimeur, Christopher Scholes, commença des expériences qui devaient rendre célèbre dans le monde entier le nom de Remington. En 1882, on lit qu’il ne se vendait pas plus de 1500 Remington par an. C’est alors que l’Association des Jeunes Femmes Chrétiennes (Y.W.C.A.) lança en Angleterre des cours de dactylographie pour femmes. Les hommes d’affaires assez audacieux pour employer ces dames rédactrices furent enchantés des résultats. On dut se rendre à l’évidence que la lettre tapée était non seulement plus facile à lire, mais plus digne que la meilleure calligraphie du meilleur clerc. Depuis ce temps, il va sans dire, la machine à écrire s’est imposée. Il est certain que dans les pays occidentaux, c’est la machine à écrire qui la première donna aux femmes la possibilité d’entrer dans la vie active.

Je termine ce deuxième volet des « extraits des papiers de Jeanne » par une anecdote juridique, parue dans une revue de 1938. « Au cours d’un récent procès à Londres, une femme qui avait un peu cassé la figure de son mari présente sa défense en ces termes : mon enfant de six ans a battu le chat; ma fille de quatorze ans tapa sa petite sœur parce qu’elle avait battu le chat et mon mari donna ensuite la volée à ma fille de quatorze ans parce qu’elle avait frappé sa petite sœur. Alors, naturellement, moi j’ai donné la volée à mon homme pour avoir battu ma fille. »

Je vous reviens prochainement avec encore quelques vieilles histoires…

© Madeleine Genest Bouillé, 10 février 2016

Dans les papiers de Jeanne, il y avait…

Je vous ai dit que ma mère était ramasseuse. Dans ses paperasses, il y avait de tout. J’ai conservé plusieurs de ces découpages dans les revues et journaux. À ce propos, j’ai appris que l’abonnement à la Revue Populaire dans les années quarante coûtait 2.00$ pour un abonnement de deux ans! Maman aimait bien ces revues, il y avait aussi la Revue Moderne, où l’on retrouvait pas mal les mêmes sujets; de l’Histoire, des nouvelles, des artistes locaux et internationaux, une chronique de livres, des conseils sur l’étiquette – ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, selon les usages. Évidemment, il y avait aussi des pages de mode, parfois des patrons de couture et autant de publicités qu’on en voit dans nos magazines, avec en plus les recettes de cuisine présentées par les grandes chaînes alimentaires telles Kraft, Catelli, Aylmer, etc…

IMG_20160209_0001Tout d’abord, un peu d’Histoire. Depuis quelque temps, on nous parle beaucoup du 375e anniversaire de la fondation de Montréal. J’ai cinq pages de texte avec illustrations anciennes et photos sur le 300e anniversaire de cette ville, cela avait paru dans la Revue Populaire de mai 1942. On peut lire que « M. de Maisonneuve a fondé Villemarie (on l’écrit ainsi) en 1642, et que l’ingénieur D’Ailleboust a ajouté de solides bastions en 1645. Les fortifications hautes de 12 pieds 8 pouces formaient un quadrilatère mesurant 320 pieds de côté ». Un peu plus loin, on apprend que : « en 1693, Montréal comptait une population de 800 âmes. En 1880, la ville compte 140,000 personnes. C’est la plus grande ville du pays. Et, en 1900, avec un total de 267,000 âmes Montréal a presque doublé sa population en vingt ans. C’est le plus grand centre industriel et maritime du pays ». Si M. de Maisonneuve revenait à Villemarie… il s’y perdrait à coup sûr!

IMG_20160209_0002Parlons maintenant de livres… Nous sommes en 1945, Gabrielle Roy vient de publier le roman qui la rendra célèbre et qui a pour titre Bonheur d’occasion. On sait que l’action de ce roman se situe dans le quartier Saint-Henri, à Montréal. Un quartier ouvrier où vivaient des familles nombreuses entassées dans des logements souvent insalubres, et tellement près du chemin de fer que les murs tremblaient au passage des trains (comme il est mentionné dans Bonheur d’occasion). Aimé Plamondon, un des collaborateurs de la Revue Populaire, a donc écrit un article, À Saint-Henri, sur les pas de Florentine, il était accompagné du photographe Conrad Poirier. Les photos étaient toujours en noir et blanc, la couleur étant réservée pour les annonces publicitaires. L’auteur a donc visité les lieux où se déroulent plusieurs scènes de la triste histoire de Florentine Lacasse. J’en ai choisie quatre, dont l’intérieur de l’église paroissiale où Florentine est allée prier la Sainte Vierge pour revoir Jean, le jeune homme dont elle est éprise. Une des photos montre un cinéma de quartier, où Florentine a attendu Jean en vain, tandis que sur une autre, nous voyons le restaurant du quartier « Les Deux Records », et enfin, on peut voir la demeure où Azarias Lacasse va déménager sa famille. Il dira à sa femme, Alphonsine : « J’ai trouvé notre affaire! Cinq chambres, une salle de bain et un petit bout de galerie. » L’été dernier, j’ai relu ce roman de Gabrielle Roy. Je me rappelle que maman avait dit après en avoir fait la lecture : « Être pauvre en ville, c’est bien pire qu’être pauvre en campagne… c’est la misère! »

IMG_20160209_0003 Dans un autre numéro de la Revue Populaire, en 1947, j’ai trouvé un reportage photos sur les restaurants les plus réputés de Montréal. Je ne peux pas publier toutes les photos, mais je vous fais voir quelques-uns de ces endroits bien connus à l’époque. Malheureusement, je ne pourrais pas vous dire si ces lieux existent encore. Voici les photos de quatre de ces restaurants : La Bohème, sur la rue Guy, le Café Martin, sur la rue de la Montagne, Chez Pierre, rue Labelle et le plus récent, le Quartier Latin, rue de la Montagne. On mentionnait aussi Le Café Busque et Chez Ernest, tous deux sur la rue Drummond et Chez Roncari, rue Saint-Laurent.

IMG_20160209_0016Pour terminer cette première partie des « extraits des papiers de Jeanne », en 1952, une page de la revue soulignait les 4 ans du Prince Charles… futur roi d’Angleterre. L’article de la revue titrait « Un petit garçon pas comme les autres ». On disait dans cet article qu’un des spectacles qui le fascinait le plus était la relève de la Garde. On dit qu’ « il imitait ensuite avec un réalisme saisissant tous les mouvements des gardiens à la tunique écarlate. »

 À bientôt pour d’autres vieux potins.

© Madeleine Genest Bouillé, 9 février 2016

Chère balançoire…

Ma balançoire est vide, toute seule, par ce soir d’hiver… Le vent la bouscule sans ménagements, elle se désole. Comme je la comprends! Alors, en attendant le retour des beaux jours, je lui dédie cette page.

photos jacmado 270809 223Chère balançoire, tu fais partie de notre décor extérieur depuis déjà un certain temps. Je t’avais reçue en cadeau pour la Fête des Mères, il y a de cela pas loin de dix ans, si je ne m’abuse. Tu remplaçais une de tes pareilles qui avait rendu l’âme après plusieurs années de bons et loyaux services. Pour mal faire, cette année-là, l’été tardait et j’ai dû attendre le début de juin pour profiter de ta présence. Au début, on t’avait installée en plein soleil; ça n’était pas une très bonne idée, étant donné que je n’aime le soleil que quand je suis à l’ombre! Avant de trouver le bon endroit, on t’a déménagée deux ou trois fois. Mais tu restais toujours du côté est de la maison.

Il y a quelques années, nous t’avons peinte en vert afin que tu t’harmonises avec la maison et le hangar; j’avoue que cette couleur te va très bien. L’été dernier, je m’étais dit comme ça, que ça serait bien si tu étais plus proche de la galerie; on t’a donc déplacée du côté ouest du parterre. Tu es ce qu’on pourrait appeler une « balançoire voyageuse »! Comme j’ai passé ce dernier été pratiquement toujours à la maison, j’ai profité de ta présence plus que jamais. On est si bien en ta compagnie! Un érable tout près nous offre son ombrage, quand le soleil tape trop fort. Comme il est agréable de se balancer tranquillement avec un bon livre ou un recueil de mots croisés! Et par les jours de grande chaleur, tu sais te faire accueillante, quand on se berce à deux, à trois ou à quatre… avec une boisson fraîche ou une bonne crème glacée!

photos jacmado 080806 112 (2)On ne peut se le cacher, là où nous sommes situés, il y a bien quelques inconvénients… Nous demeurons à proximité du Chemin du Roy; tout au long de la belle saison, tu dois donc comme nous subir le trafic incessant et surtout le vacarme infernal des motos, en particulier les fins de semaine. Heureusement, cela ne semble pas t’incommoder. Et puis, il y a quand même des avantages. Le décor est magnifique! Pendant que les oiseaux gazouillent dans les arbres, un petit suisse court le long des fils électriques ou téléphoniques… les papillons viennent butiner les fleurs tout près, sans demander la permission. Un grand aigle tourne très haut dans le ciel au-dessus des frênes et des saules qui bordent la rive du fleuve. C’est presque le paradis!

À l'arrière-plan, le vieux hangar où autrefois on ferrait les chevaux...

À l’arrière-plan, le vieux hangar où autrefois on ferrait les chevaux…

Quand le soir tombe et que le trafic ralentit, on entend le murmure des vagues, à la marée montante. C’est l’heure que je préfère… L’heure où j’ai envie de faire un retour dans le temps. Notre demeure est habitée depuis presque deux cents ans. Au début, avant la réfection de la route en 1937, notre maison ainsi que quelques voisines étaient placées au sud du chemin; à cette époque, le tracé de la route principale passait sur ce qu’on appelle maintenant la rue Saint-Laurent. Les trois ou quatre maisons dont je parle ont alors dû être transportées du côté nord. Nous avons aussi un hangar, qui fut jadis un atelier de forgeron; comme il n’a jamais été refait, il a toujours ses trois portes et la petite porte du fenil. Quand nous avons emménagé ici, il y avait encore des vestiges du feu de forge et des stalles pour les chevaux. Il faut que tu saches, ma chère balançoire, que tu es sise en sol historique!

Notre maison, du temps de la famille Rousseau, à l'intersection de la route Bouillé et de la "Route 2" (chemin du Roy).

Notre maison, du temps de la famille Rousseau, à l’intersection de la route Bouillé et de la « Route 2 » (chemin du Roy).

Souvent, j’essaie d’imaginer la vie des femmes qui m’ont précédée dans cette maison. Avant nous, la dernière famille qui a habité ici était les Rousseau; Madame Rousseau était une Julien, de Deschambault. Au début du siècle le propriétaire était Gédéon Perron et auparavant, il y eut une Dame Mac Cormack. Comment était la vie de ces femmes? Je me demande si elles apprécieraient les changements qu’on a apportés à la maison. J’aime à croire qu’elles étaient heureuses… Même s’il n’y avait pas encore de balançoire autre que les balançoires « à corde » des enfants, sûrement que les femmes de la maison devaient venir s’asseoir sur la galerie, par les beaux soirs d’été, quand les travaux du jour étaient terminés. Peut-être que, comme nous, elles se reposaient et causaient, en écoutant le murmure des vagues à la marée montante…

Chère balançoire, quand l’été reviendra, avec tous ses parfums, ses chants d’oiseaux, ses insectes piqueurs et bourdonnants, j’aimerais que tu te sentes en vacances toi aussi, même si tu ne changes jamais de décor et que tu ne fais pas de long voyage. Tu fais partie de notre été, tu partages nos moments de détente, tu berces aussi bien les rêves des plus jeunes que les discussions enflammées des adultes. Tu accompagnes doucement les voix des plus vieux qui se racontent leurs souvenirs. Tu es une compagne précieuse!

Patiente encore quelques mois… nous te reviendrons!

© Madeleine Genest Bouillé, février 2016