Une histoire inventée?…

« Deschambault, 1735…

Enfin! Nous allons avoir notre église! On va construire aussi un presbytère et nous aurons un curé bien à nous. Il était temps! Il y a plus de dix ans que Deschambault est devenue une paroisse civile. Cet immense domaine s’étend – selon les dires  de mon mari – depuis la seigneurie du Cap-Santé, à l’est, et au nord, la rivière Sainte-Anne, jusqu’à la seigneurie des Grondines à l’ouest, avec au sud, le fleuve. C’est tout ça, Deschambault, du nom de Monsieur Jacques-Alexis Fleury d’Eschambault, le seigneur, aujourd’hui décédé. Et selon les dires des anciens, c’était quelqu’un de bien Monsieur d’Eschambault! J’ai peine à m’imaginer  l’étendue de toutes ces terres…Vous comprenez bien que je ne suis pas près d’en faire le tour! 

C’est comme je vous le dis, il paraît qu’après tous ces pourparlers, pas toujours paisibles, nous allons l’avoir notre église. Entre vous et moi, la chapelle Saint-Antoine à La Chevrotière, c’est devenu trop petit, et surtout, c’est bien trop près de l’eau; à chaque printemps, nous risquons la catastrophe. En plus, pour nous, les habitants de Deschambault, c’est loin;  le chemin n’est pas toujours praticable. La plupart du temps, on ne peut s’y rendre que par la grève, et encore, par les grandes mers, il faut attendre la marée basse, ce qui n’adonne pas toujours. Autant dire qu’à certaines périodes de l’année, nous sommes parfois plusieurs semaines sans recevoir les sacrements. Et quand il faut faire baptiser, pensez donc! 

Madame la Seigneuresse voulait absolument que l’église soit construite sur son domaine à La Chevrotière, mais tout le monde, depuis Monseigneur l’Évêque jusqu’à Monsieur de La Gorgendière, tous, je vous le dis, ont jugé préférable de construire ici, au centre de Deschambault. Je n’y connais pas grand-chose,  mais je crois que c’est une bien meilleure idée. Je ne suis pas prophète, je ne suis qu’une humble femme de colon, mais, j’ai quand même dans l’idée que l’avenir de Deschambault, il est ici, sur le cap Lauzon. C’est le cœur de la paroisse, le point le plus élevé, avec le cap comme une forteresse qui s’avance jusqu’au milieu du fleuve.

Em placement de la première église et du premier presbytère (source: Musée virtuel du 300e de Deschambault, Culture et patrimoine Deschambault-Grondines).

Emplacement de la première église et du premier presbytère (source: Musée virtuel du 300e de Deschambault, Culture et patrimoine Deschambault-Grondines).

Dans les alentours, nous ne sommes pas encore bien nombreux; la majorité des colons habitent plutôt les environs du manoir seigneurial, sur les bords de la rivière La Chevrotière, mais à mon avis, quand l’église et le presbytère seront construits, ça va changer… c’est ici que notre village va se développer. Comme j’ai hâte de la voir, cette église qu’on va bâtir sur le cap. Ce ne sera pas une cathédrale, mais on n’en demande pas tant! Une petite église, toute simple, en bois, avec un clocher dans lequel on installera une cloche qui va sonner les dimanches, les jours de fête, les baptêmes et hélas aussi, les enterrements. Bien entendu, il va falloir d’abord défricher, il y a beaucoup d’arbres sur le cap, des pins surtout.  Mais c’est le plus bel endroit de la paroisse. On va la voir de loin, sur le fleuve, notre église, ce sera comme une sentinelle! On dit que le presbytère sera un peu plus à l’est… il pourra venir notre curé, il aura sa maison et son église. Enfin!  Pouvoir assister à la sainte Messe tous les dimanches, même en hiver, quel bonheur!

 Je n’ai pas beaucoup d’instruction; je sais lire et écrire, guère plus, mais j’en ai la certitude, Deschambault est là pour durer. Dans cent ans, deux, trois cents ans et plus, que sais-je, un beau gros village s’étendra ici, sur le cap Lauzon et tout autour… »

Non, ceci n’est pas une page véridique de notre histoire.  Mais je me suis plu à imaginer les impressions d’une femme de colon résidant à Deschambault en 1735;  sa joie, sa fierté, en apprenant que la paroisse aurait enfin son église. Après tout, même si cette histoire n’a pas été écrite, qui sait?  Peut-être a-t-elle été vécue…

© Madeleine Genest Bouillé, 7 juin 2016

Les grands pins du cap Lauzon...

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