Tout a commencé par un concours…

C’était en 1980. Pour une deuxième année, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, M. Jean Garon, invitait les villes et les villages à participer au concours « Villes et villages fleuris ». Pour participer, la municipalité devait former un Comité d’embellissement, qui aurai pour tâche, notamment, d’organiser un concours « Maisons fleuries » et de mettre sur pied un jury local.

Rue de l’Église en 1980.

Dans Le Phare* d’avril de cette même année, Michelle Naud, alors collaboratrice au journal local, nous parle du tout nouveau Comité d’embellissement formé le 26 mars.  Marcel Millette, un imposant bonhomme jovial et enthousiaste, a été nommé président; pour l’épauler, on retrouve Horace Arcand, Lucille Bouillé, Cécile Bouillé, Camille Leclerc, Florent Genest, Marcel Gauthier et Michelle Naud. Le comité a la chance de compter sur un agronome-spécialiste, Bernard Routhier. Chaque citoyen de Deschambault est invité à embellir, planter et fleurir son domaine et le comité s’engage à donner une attention plus grande à « la montée de l’église » et au Cap Lauzon. Dans cette publication, on invitait les gens à participer à la plantation d’arbres et de fleurs sur le Cap Lauzon le samedi 10 mai. Comme les arbres n’étaient pas gratuits, on lançait la « Campagne de la piastre », pour inviter les gens à participer financièrement à l’embellissement.  Les associations locales étaient aussi  mises à contribution.

On pouvait compter sur Michelle pour nous informer sur l’évolution de l’embellissement… Dans le Phare de mai de la même année, on apprenait que les « Floralies 1980 » étaient bien amorcées. 80 nouveaux arbres et arbustes, répartis sur 22 espèces, ont été plantés. La plantation du 10 mai a été un succès. Pour la question financière, le président, M. Millette a fait le tour des commerces environnants; ceux et celles qui se souviennent de Marcel Millette savent à quel point il s’investissait quand une cause lui tenait à cœur. Pour revenir à la plantation du 10 mai, Michelle précise que parmi la cinquantaine de bénévoles présents, il y avait des personnes de 12 à 72 ans. Dans le Phare de juin, Michelle avait écrit son texte à la main, dans une grande fleur qu’elle avait tracée sur la page; c’était avec enthousiasme qu’elle nous racontait le travail du comité au cours de la semaine du 16 au 21 juin. En effet, 1800 fleurs de 8 espèces différentes avaient été plantées. Vraiment, du beau travail! Évidemment, on cherchait des idées pour financer tout ça. Le Comité d’embellissement avait tout d’abord loué une table au Marché aux puces; on avait ainsi récolté 312.10$. Dans ce même numéro du Phare, on apprenait que les arbres avaient coûté 1,842.52$… mais on nous rassurait en précisant que la campagne de financement avait rapporté assez pour assurer la continuité! L’article de Michelle se concluait ainsi : « Le 23 août, tout le monde est invité à une épluchette de Blé d’Inde à la Ferme ». C’était une première activité sociale pour le financement, ce ne fut pas la dernière! Au cours des années qui vont suivre, il y aura quelques mémorables fêtes d’Halloween au Vieux Presbytère. Je me souviens de la soirée de 1981, une grosse citrouille trônait sur le piano et les participants devaient évaluer le poids de la citrouille en question. La personne qui avait le chiffre le plus près du poids réel se méritait un prix. Pendant plusieurs années, le Comité d’embellissement a tenu le Marché aux puces du printemps, et à ce jour, la Criée du 24 juin est encore dévolue en partie à l’Embellissement.

Les années 80 ont vu l’évolution de notre Comité d’embellissement; elles ont vu aussi défiler des gens de tout âge, tous aussi enthousiastes. Comme personne n’est éternel évidemment, plusieurs membres sont partis vers un monde qu’on dit meilleur, et comme l’écrira un jour Jean-Marie Bouillé : « là où les fleurs sont éternelles et leur parfum, céleste ». Rappelons quelques-unes de ces personnes : Horace Arcand, Marcel Gauthier, Marcel Millette. Plus tard il y aura Jean-Claude Gauthier, Florent Genest; pardonnez-moi si j’en oublie, mais je n’ai pas la liste de tous les bénévoles qui ont fait partie de ce comité. Le bénévolat est souvent anonyme! Je me souviens du décès de Marcel Millette, c’était dans les derniers jours du mois d’août 1984. On perdait un bénévole infatigable…. trop sans doute! Il « bénévolait » non seulement au Comité d’embellissement, mais aussi au Vieux Presbytère et il venait d’être élu président du Club Lions. Sans jeu de mots, on perdait un « gros morceau »! Mais au cours de ces mêmes années 80, quelques nouveaux noms sont venus s’ajouter au comité initial, dont Jean-Marie Bouillé (qui avait été « enrôlé » par son épouse), Jacqueline Gignac, Murielle Naud, Simone Audet, Rolland Hamel, Johanne Fleury. De plus, dans les années 2000, on fait connaissance avec les bénévoles de Grondines – et ce, bien avant la fusion – Dolores et Marc Nadeau, Fernand Rivard, Diane Lepage, Louis Rivard; sans doute que là aussi je n’ai pas la nomenclature complète. Mais j’anticipe et dans le numéro du Phare de septembre 2005, Jean-Marie nous présentera une nouvelle recrue, il s’agit de Linda Brouillette, une agronome, donc une personne fort utile… et qui deviendra un jour présidente!

Retournons en 1990. Pour le 10e anniversaire du Comité d’embellissement, on avait choisi de fêter avec les jeunes de l’école Le Phare. Pour cette occasion, les élèves de 5e et 6e années avaient présenté un spectacle sur l’environnement intitulé « Qu’est-ce que j’en fais? » Les décors étaient exécutés par les jeunes de 4e année. Ce fut un très beau succès! Dans le Phare qui suit, on lit que la soirée de l’embellissement tenue durant la Semaine des Municipalités a été très appréciée. Un diaporama (on n’était pas encore à l’ère des vidéos) rappelle « Dix ans de bénévolat chez nous » et on souligne les dix ans au service de l’embellissement de deux membres du comité, Cécile Bouillé et Florent Genest.

D’arbre en arbre et de fleur en fleur… nous voici rendus à l’an 2000. Nos pompiers profitent de ce nouveau millénaire pour organiser le traditionnel Festival régional des Pompiers. Comme on le sait, la population est invitée à décorer maisons et parterres pour cette occasion unique. Le Comité d’embellissement s’investit donc pour lancer le concours d’éclairage et de décoration. Tout est mis en œuvre pour que le festival, tenu pour la première fois à Deschambault, connaisse une grande réussite! On n’oublie quand même pas le concours annuel d’embellissement, qui porte maintenant le nom de « Lys d’or». On avait publié dans le Phare les critères de participation et la grille d’évaluation. On dévoilerait les noms des gagnants lors de la soirée de l’Embellissement qui avait lieu généralement en septembre. Mais comme il arrivait souvent à l’époque, il y avait toujours tellement de choses à penser et à faire en début d’automne, qu’on oubliait de mentionner les noms des gagnants du concours dans le Phare! Pas grave! Les gagnants ont reçu leur prix et ils continueront d’embellir leur parterre, c’est certain!

L’année 2005 sera une étape importante pour le Comité d’embellissement. Au cours de cette saison qui marquera le 25e anniversaire du comité, plusieurs projets sont mis en œuvre. Mentionnons entre autres : inauguration du parc d’ornithologie et des sentiers; dévoilement des plaques honorant quelques-unes des familles-souches au Jardin des Ancêtres; installation d’un porche au Développement Arcand et inauguration d’un poste d’observation pour les oiseaux à Grondines. On ne perd quand même pas de vue le concours d’embellissement qui a encore changé de nom. Afin d’unir les fleurs emblématiques de chacun des secteurs de la municipalité, soit le lys et l’hémérocalle, on l’appelle maintenant : « Hémérolys d’or ». Toujours en 2005, on constate que l’embellissement rejoint les jeunes de nos deux écoles. À Deschambault, dans le parc ornithologique, on a réalisé un beau « J » qui a été fleuri par les jeunes de l’école Le Phare et à Grondines, les élèves ont commencé le projet « courges »; à l’automne, ces courges pourront être transformées en nichoirs pour les oiseaux.

Je termine cette petite histoire de l’embellissement chez nous avec ces paroles de Jean-Marie Bouillé, lequel a été durant plusieurs années président du Comité d’embellissement. Dans le Phare de septembre 2005, sous le titre : 25 ans, ça se fête! Jean-Marie disait : « 25 ans de travail, 25 ans de plaisir à embellir notre chez nous… même si parfois les mains étaient sales et les reins endoloris. Mais parce que les bases mises en place par le comité étaient solides, le résultat du travail accompli est merveilleux.  Et si vous saviez combien nous en sommes fiers! »

 Merci à toutes les personnes qui ont travaillé à ce grand projet depuis 37 ans, ainsi qu’à celles qui continuent!

Massif de fleurs à l’entrée est du village, en 2013 (300e de Deschambault).

© Madeleine Genest Bouillé, 11 mai 2017

*Le journal Le Phare est le bulletin d’information municipale de la municipalité de Deschambault-Grondines.

La marmite d’or…

La légende de « la marmite d’or » fait aussi partie des histoires de la famille de ma mère.

On était en 1759. Comme l’Histoire nous l’apprend, les Français et les Anglais étaient en guerre, et bien que les colons de la Nouvelle-France auraient préféré ne pas s’en mêler, ils en subissaient les contrecoups. Tous les hommes valides étaient enrôlés dans la milice. On avait eu vent que des villages de la côte du sud avaient été pillés et incendiés. La peur s’était installée partout dans la colonie, une peur que venait alimenter chaque jour des rumeurs de bombardements et de massacres. Justement, dans La Petite Histoire de Deschambault (Luc Delisle, 1963), on lit ceci: « …déjà que le 19 août les Anglais avaient fait une descente en bas du village, ils avaient pillé et incendié la maison du capitaine Perrot. Heureusement personne n’avait été tué. Une quinzaine de cavaliers, à la tête desquels se trouvait le major Belcourt, étaient accourus au galop, chargeant l’arrière-garde anglaise.  Aussi, les Anglais s’empressèrent-ils de rembarquer sur leur bateau, non sans emporter les animaux dérobés dans les pâturages. Ils avaient quand même eu le temps de brûler trois maisons. »

Em placement de la première église et du premier presbytère (source: Musée virtuel de Deschambault, CPDG).

Depuis cette attaque, le va-et-vient de la flotte anglaise sur le fleuve inquiétait de plus en plus les habitants du village. L’automne était arrivé; c’était un dimanche calme et doux, une de ces magnifiques journées de fin de septembre. Comment croire à la guerre quand le ciel est si beau!  Les familles étaient réunies dans l’église pour la messe.  Dans son sermon, le curé Jean Ménage avait exhorté ses paroissiens à ne pas perdre espoir, puis les fidèles agenouillés avaient prié pour que la paix revienne au pays. Mais revenons à ce que nous dit La Petite Histoire : « Pendant ce temps une frégate anglaise remontait le fleuve.  Quand le navire fut rendu à la hauteur de l’église, le bruit du canon se fit entendre et un énorme boulet vint frapper et traverser de part en part le mur de l’église près de la toiture ». 

Tous les habitants se précipitèrent dehors et prirent la fuite en direction du bois. Le curé avait en vain tenté de  rassurer ses ouailles, mais constatant les dégâts causés à son église et croyant à une descente des Anglais, il enveloppa les vases sacrés dans sa chasuble et courut rejoindre les paroissiens éplorés.

Cette photo prise en 1957 montre la butte qu’on appelait les « trois sapins »; d’après ce que j’en sais, cet endroit faisait partie de la terre du curé (photo: coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Quand nos gens se retrouvèrent à l’orée du bois, sur le haut de la côte, d’où l’on pouvait voir le fleuve, ils constatèrent que le navire anglais avait poursuivi sa course. De toute évidence, il s’agissait d’un coup de canon isolé… il n’y aurait donc pas de débarquement aujourd’hui. Le curé qui avait rejoint ses paroissiens leur conseilla de rentrer chacun chez soi et de reprendre leurs occupations sans oublier de remercier Dieu qui les avait épargnés ce jour-là.

Et c’est à ce point du récit que survient l’anecdote de « la marmite d’or »! Dans les jours qui suivirent, le boulet de canon sur l’église était devenu « l’attaque des Anglais » et il va sans dire que cet incident alimentait les conversations. Entre autres choses, il fut dit que l’un des habitants qui avait réintégré sa maison bien après les autres ce fameux dimanche, transportait avec lui au départ, une marmite qui semblait fort lourde. Il s’agissait d’un bonhomme qui vivait seul dans une petite maison au pied de la côte en bas de la « petite route ». Cet homme était peu loquace et on le disait plutôt radin. De là à ce qu’on croit qu’il avait caché un trésor… il n’y avait qu’un pas qui fut vite franchi! À l’époque, quelqu’un a affirmé que la marmite était sûrement enfouie dans le petit bois sur la terre du curé. Un autre a prétendu que c’était en bas du coteau, pas loin de la route qui monte au deuxième rang. Un autre encore déclara savoir de source sûre que la cachette était au pied de la côte, près du fleuve, justement à l’endroit où dans les années quarante, on pouvait encore voir les fondations d’une maison. À différentes époques, plusieurs ont cherché la fameuse marmite supposément remplie d’or… personne ne l’a jamais trouvée! Où est la marmite? Est-elle vraiment pleine de pièces d’or? Le secret est toujours bien gardé. Et c’est ainsi que se font les légendes!

Photo: ©Patrick Bouillé

© Madeleine Genest Bouillé, 19 avril 2017

Le cap Lauzon : ses richesses, ses couleurs

L’Histoire nous apprend que « le cap Lauzon fut ainsi appelé par Champlain, en 1627, en l’honneur de son compagnon Jean de Lauzon. Le cap s’étend sur une longueur d’environ  deux milles et quart et couvre en sa plus grande largeur l’espace d’environ un demi-mille. Il a entre 75 et 100 pieds de hauteur. Ce qu’il est convenu d’appeler le village de Deschambault s’élève sur la partie est et la partie sud du cap et occupe à peu près toute l’étendue de celui-ci ». (La Petite Histoire de Deschambault, Luc Delisle, 1963).

Le Cap Lauzon est un joyau qu’on ne se lasse pas d’admirer. C’est vraiment le cœur de Deschambault. Ce site privilégié offre aux visiteurs une vue imprenable sur le fleuve qui, depuis toujours, est étroitement lié à la vie des gens de Deschambault. Quel que soit le point de vue qu’il nous est donné de contempler, de l’est ou de l’ouest, du quai ou du fleuve, en toutes saisons, il nous offre un panorama unique!

Qu’on l’aborde, en chaloupe, par le côté ouest (photo de Jacques Bouillé, 1987).

Qu’on l’aborde, en chaloupe, par le côté ouest (photo de Jacques Bouillé, 1987).

…ou par le côté est comme nous le fait voir cette photo qui date de 1969, c’est toujours tellement beau! (Photo de Fernand Genest, 1969) .

…ou par le côté est comme nous le fait voir cette photo qui date de 1969, c’est toujours tellement beau! (Photo de Fernand Genest) .

Quand on l’aperçoit, tout emmitouflé dans son manteau d’hiver, il est impressionnant! (Photo de Jacques Bouillé, 1997).

Quand on l’aperçoit, tout emmitouflé dans son manteau d’hiver, il est impressionnant! (Photo de Jacques Bouillé, 1997).

L’endroit d’où le cap est le plus photographié, c’est évidemment du quai. J’ai plusieurs photos prises de cet endroit, à différentes époques, telle cette photo en noir et blanc, prise avec mon petit « kodak » en 1956…

L’endroit d’où le cap est le plus photographié, c’est évidemment du quai. J’ai plusieurs photos prises de cet endroit, à différentes époques, telle cette photo en noir et blanc, prise avec mon petit « kodak » en 1956…

Et celle-ci, avec un magnifique coucher de soleil, prise à l’hiver 1969 (photo de Fernand Genest, 1969).

Et celle-ci, avec un magnifique coucher de soleil, prise à l’hiver 1969 (photo de Fernand Genest, 1969).

Peut-être préférez-vous une photo du haut des airs… N’est-ce pas qu’il est majestueux?

Peut-être préférez-vous une photo du haut des airs… N’est-ce pas qu’il est majestueux?

« Ramons, ramons, bien vite, je l’aperçois… droit devant! » (Photo de 1986).

« Ramons, ramons, bien vite, je l’aperçois… droit devant! » (Photo de 1986).

De tout temps, pour les gens de Deschambault, comme pour les touristes le cap Lauzon a été lieu de détente, de loisirs… Au début du siècle, le curé Rousseau y fit construire un kiosque dans lequel les prêtres allaient se reposer. En 1945, le petit édicule était abandonné depuis déjà plusieurs années; un jour de grand vent, il tomba en bas de la falaise. Il était irrécupérable. (Photo provenant du CARP, vers 1918).

De tout temps, pour les gens de Deschambault, comme pour les touristes le cap Lauzon a été lieu de détente, de loisirs… Au début du siècle, le curé Rousseau y fit construire un kiosque dans lequel les prêtres allaient se reposer. En 1945, le petit édicule était abandonné depuis déjà plusieurs années; un jour de grand vent, il tomba en bas de la falaise. Il était irrécupérable. (Photo provenant du CARP, vers 1918).

En 1995, un nouveau kiosque est construit… inutile de préciser qu’il est très fréquenté (photo datant de 2012).

En 1995, un nouveau kiosque est construit… inutile de préciser qu’il est très fréquenté (photo datant de 2012).

Le cap, c’est aussi le lieu où l’on retrouve nos bâtisses patrimoniales qu’on voit ici du haut du clocher (photo de Jacques Bouillé).

Le cap, c’est aussi le lieu où l’on retrouve nos bâtisses patrimoniales qu’on voit ici du haut du clocher (photo de Jacques Bouillé).

Plusieurs pages d’histoire ont été tournées depuis que Champlain a nommé notre cap « Lauzon » : la colonisation, la guerre, la construction de deux églises, trois presbytères, le couvent, la salle des Habitants, etc… Depuis toujours les gens d’ici l’ont fréquenté; chaque année, quand il fait beau, à la Saint-Jean, des centaines de personnes s’y rassemblent pour fêter. Chaque été, il accueille des centaines de visiteurs d’un peu partout au pays ou de l’étranger. Et pourquoi s’y arrête-t-on, croyez-vous? Tout simplement parce que c’est beau!

© Madeleine Genest Bouillé, 1er août 2016

Vous souvenez-vous?

IMG_20160708_00091978 :
C’était le jour de l’Action de Grâces. Nous étions rassemblés au Vieux Presbytère avec la famille de mon mari pour notre fête annuelle, quand un vent « à écorner les bœufs », c’est le cas de le dire, s’est levé. La demeure de mon beau-frère Jean-Marie était entourée de beaux grands peupliers… Lorsqu’il est revenu chez lui avec sa famille après la fête, quelle ne fut pas sa surprise quand il s’aperçut que trois des peupliers étaient couchés  au sol, déracinés. Cette année- là, Dame Nature avait fêté trop fort le congé de l’Action de Grâces!

IMG_20160708_00081983 :
Le verglas du 3 décembre 1983. Il y en a eu des verglas, mais comme celui-là, je crois que je n’en ai jamais vu. Même pas lors de celui de 1998. Regardez bien la photo, vous remarquerez l’épaisseur de la couche de verglas sur les branches. Nos pauvres arbres  avaient l’air piteux, leurs branches alourdies traînant jusqu’à terre… Les enfants étaient heureux : ils avaient eu congé d’école deux jours si je me souviens bien.

IMG_20160708_00061984 :
C’était l’année de « Québec, Mer et Monde ». De nombreux et magnifiques voiliers étaient venus d’un peu partout. Certains avaient remonté le fleuve jusqu’à Montréal. Au Vieux Presbytère, on présentait une exposition sur le fleuve, avec une maquette artisanale représentant le fleuve devant notre village. C’était fabriqué avec les moyens du bord, comme on faisait dans le temps, mais c’était quand même captivant, autant pour les gens d’ici que ceux d’ailleurs qui s’intéressaient à la vie maritime. Ce voilier, installé sur le terre-plein à l’entrée est du village, avait été fabriqué par M. Guy Savard, un marin retraité qui vivait alors à Deschambault.

IMG_20160708_00111990 :
Si on prenait aujourd’hui la même photo que celle de ce crépuscule automnal sur le bord de la côte longeant le fleuve, pas loin de chez nous, on chercherait en vain les beaux ormes qui faisait l’orgueil de cette portion du Chemin du Roy. D’autres arbres ont poussé depuis, mais ils n’ont pas la même majesté que ces ormes qui jadis étaient nombreux dans nos campagnes.

IMG_20160708_00021993 :
J’aime bien cette photo d’une citrouille d’Halloween décorée d’un chapeau de neige. C’était le premier jour de novembre et on s’était réveillés dans un paysage tout blanc! Pourtant, la veille, un  dimanche, il faisait beau et on avait reçu plusieurs petits monstres.  Cette année-là nous avions fêté l’Halloween le samedi 30 octobre, au Moulin de La Chevrotière… un endroit sans aucun doute visité par les fantômes, enfin c’est ce que nous avions fait croire à ceux qui étaient venus fêter avec nous!

IMG_20160708_00041996 :
C’était durant l’été. Les débordements climatiques qu’on vit maintenant, nous inquiètent.  Mais ça fait déjà plusieurs années que la nature a commencé à manifester sa colère par des actions brutales…Vous souvenez-vous des orages et des coups de pluie de l’été 1996? Le 20 juillet, alors qu’au Saguenay c’était le déluge, ici, la tente, plantée sur le cap Lauzon pour le rassemblement des familles Naud avait failli être emportée par le vent. Et ce même été, je ne me rappelle malheureusement plus la date, lors d’un autre orage mémorable, le gros érable sur le bord du cap Lauzon avait été jeté par terre par un fort coup de vent, comme vous pouvez le constater sur cette photo qui a été prise quelques minutes à peine après l’incident.

IMG_20160708_00122000 :
Un beau souvenir! Au début d’août 2000, c’était notre tour d’accueillir le traditionnel Festival des Pompiers de la région de Portneuf. Comme plusieurs autres citoyens de Deschambault, nous avions décoré la maison pour l’occasion. Entourés des membres de la famille, nous avions regardé défiler la parade des beaux camions rouges. Je me souviens que la petite dernière, Clémence, qui avait juste un an à cette époque, n’avait pas  bronché, alors que les camions faisaient retentir leurs plus tonitruants klaxons et que les valeureux pompiers jetaient des poignées de bonbons aux enfants. C’était tout une fête!

À bientôt pour d’autres images commentées!

© Madeleine Genest Bouillé, 10 juillet 2016

Une histoire inventée?…

« Deschambault, 1735…

Enfin! Nous allons avoir notre église! On va construire aussi un presbytère et nous aurons un curé bien à nous. Il était temps! Il y a plus de dix ans que Deschambault est devenue une paroisse civile. Cet immense domaine s’étend – selon les dires  de mon mari – depuis la seigneurie du Cap-Santé, à l’est, et au nord, la rivière Sainte-Anne, jusqu’à la seigneurie des Grondines à l’ouest, avec au sud, le fleuve. C’est tout ça, Deschambault, du nom de Monsieur Jacques-Alexis Fleury d’Eschambault, le seigneur, aujourd’hui décédé. Et selon les dires des anciens, c’était quelqu’un de bien Monsieur d’Eschambault! J’ai peine à m’imaginer  l’étendue de toutes ces terres…Vous comprenez bien que je ne suis pas près d’en faire le tour! 

C’est comme je vous le dis, il paraît qu’après tous ces pourparlers, pas toujours paisibles, nous allons l’avoir notre église. Entre vous et moi, la chapelle Saint-Antoine à La Chevrotière, c’est devenu trop petit, et surtout, c’est bien trop près de l’eau; à chaque printemps, nous risquons la catastrophe. En plus, pour nous, les habitants de Deschambault, c’est loin;  le chemin n’est pas toujours praticable. La plupart du temps, on ne peut s’y rendre que par la grève, et encore, par les grandes mers, il faut attendre la marée basse, ce qui n’adonne pas toujours. Autant dire qu’à certaines périodes de l’année, nous sommes parfois plusieurs semaines sans recevoir les sacrements. Et quand il faut faire baptiser, pensez donc! 

Madame la Seigneuresse voulait absolument que l’église soit construite sur son domaine à La Chevrotière, mais tout le monde, depuis Monseigneur l’Évêque jusqu’à Monsieur de La Gorgendière, tous, je vous le dis, ont jugé préférable de construire ici, au centre de Deschambault. Je n’y connais pas grand-chose,  mais je crois que c’est une bien meilleure idée. Je ne suis pas prophète, je ne suis qu’une humble femme de colon, mais, j’ai quand même dans l’idée que l’avenir de Deschambault, il est ici, sur le cap Lauzon. C’est le cœur de la paroisse, le point le plus élevé, avec le cap comme une forteresse qui s’avance jusqu’au milieu du fleuve.

Em placement de la première église et du premier presbytère (source: Musée virtuel du 300e de Deschambault, Culture et patrimoine Deschambault-Grondines).

Emplacement de la première église et du premier presbytère (source: Musée virtuel du 300e de Deschambault, Culture et patrimoine Deschambault-Grondines).

Dans les alentours, nous ne sommes pas encore bien nombreux; la majorité des colons habitent plutôt les environs du manoir seigneurial, sur les bords de la rivière La Chevrotière, mais à mon avis, quand l’église et le presbytère seront construits, ça va changer… c’est ici que notre village va se développer. Comme j’ai hâte de la voir, cette église qu’on va bâtir sur le cap. Ce ne sera pas une cathédrale, mais on n’en demande pas tant! Une petite église, toute simple, en bois, avec un clocher dans lequel on installera une cloche qui va sonner les dimanches, les jours de fête, les baptêmes et hélas aussi, les enterrements. Bien entendu, il va falloir d’abord défricher, il y a beaucoup d’arbres sur le cap, des pins surtout.  Mais c’est le plus bel endroit de la paroisse. On va la voir de loin, sur le fleuve, notre église, ce sera comme une sentinelle! On dit que le presbytère sera un peu plus à l’est… il pourra venir notre curé, il aura sa maison et son église. Enfin!  Pouvoir assister à la sainte Messe tous les dimanches, même en hiver, quel bonheur!

 Je n’ai pas beaucoup d’instruction; je sais lire et écrire, guère plus, mais j’en ai la certitude, Deschambault est là pour durer. Dans cent ans, deux, trois cents ans et plus, que sais-je, un beau gros village s’étendra ici, sur le cap Lauzon et tout autour… »

Non, ceci n’est pas une page véridique de notre histoire.  Mais je me suis plu à imaginer les impressions d’une femme de colon résidant à Deschambault en 1735;  sa joie, sa fierté, en apprenant que la paroisse aurait enfin son église. Après tout, même si cette histoire n’a pas été écrite, qui sait?  Peut-être a-t-elle été vécue…

© Madeleine Genest Bouillé, 7 juin 2016

Les grands pins du cap Lauzon...

Les grands pins du cap Lauzon…

Mon village

IMG_20160428_0004Mon village m’appartient. Il n’appartient pas qu’à moi, c’est bien sûr. Mais j’y suis attachée et je crois que rien ne pourrait m’en défaire. J’ai toujours vécu à Deschambault. Toutes ces années, ce sont autant de matins, de couchers de soleil, de clairs de lune. Des printemps fous, des étés odorants, des automnes lumineux, des Noëls magiques et des hivers emmitouflés. Chaque événement de ma vie est inscrit dans le décor de ce village; c’est le théâtre où s’est déroulée mon histoire et c’est ici que je voudrais qu’elle se termine.

Je suis née à Deschambault et j’y ai des racines. Pas du côté paternel cependant. À l’inverse du vieux dicton qui disait « Qui prend mari, prend pays », c’est mon père qui, en prenant épouse, y a pris aussi pays! Mes racines dans ce village me viennent de la famille de ma mère, alors qu’en 1774, Augustin Petit partait de Cap-Santé pour venir s’établir à Deschambault avec son épouse Marie-Josèphe Godin. Le 20 août 1799, son fils Nicolas épousait Angélique Marcotte en l’église de Deschambault, et depuis ce jour, la famille Petit a tenu « feu et lieu » comme on disait alors, dans notre patelin. Dans un précédent grain de sel, où je parlais de mes ancêtres, j’ai mentionné que ma grand-mère maternelle, Blanche Paquin avait épousé son cousin Edmond Petit en 1903. On sait que la famille Paquin est l’une des familles-souche de Deschambault. L’ancêtre Nicolas avait d’abord épousé Marie-Anne Perreault de qui il a eu plusieurs enfants. Devenu veuf, il s’est remarié à Thérèse Grosleau; c’est donc de cette deuxième épouse que descend notre parentèle du côté Paquin. Autrefois à Deschambault, l’arbre des Paquin portait plusieurs branches; tenez, en 1900, on comptait dix-sept familles portant ce nom, dont plusieurs n’étaient apparentées que du coin gauche de la fesse gauche. C’est vous dire! À cette époque, on retrouvait beaucoup de familles portant le même nom, en plus des Paquin, il y avait les Gauthier, les Mayrand, les Delisle, les Gariépy, et combien d’autres. Souvent, on identifiait les familles du même nom, en y ajoutant le prénom de l’ancêtre, ou encore on donnait des surnoms. Ah! C’est qu’il y en avait des surnoms! Certains étaient parfois cocasses : Minou, Mignon, Cârisse, La Blague, La Palette, La Misère. Il serait bien difficile aujourd’hui de retrouver l’origine de tous ces « petits noms ».

Photo de Fernand Genest, 1977.

Photo de Fernand Genest, 1977.

Mon village est vieux. Mieux que vieux, je dirais qu’il est vénérable. Tout le monde sait – ou doit savoir – que tout a commencé par une seigneurie concédée en 1640,  puis une autre un peu plus tard, puis en 1713, c’est enfin devenu une paroisse. C’était bien avant qu’on parle de municipalité. Cette désignation est venue plus tard, avec les Anglais.  Après que les habitants eurent défriché toutes les terres longeant le fleuve, ils ont ouvert un deuxième, puis un troisième, puis un quatrième rang… peut-être bien aussi un cinquième, je ne sais plus.  Ces rangs ont fini par devenir une paroisse, Saint-Gilbert, puis d’autres paroisses ont été fondées à mesure que les bois reculaient pour faire place aux maisons des colons.

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Photo de Patrick Bouillé, 2015.

Beaucoup de vieilles maisons témoignent de la vie autrefois. Et si on compte maintenant plusieurs nouvelles familles, il demeure que les noms des anciens sont encore bien vivaces, même si les descendants n’habitent pas toujours sur le bien des ancêtres.  Comme dans la plupart des vieux villages, de nouvelles rues ont été tracées et de nouvelles résidences y ont été construites. C’est bon qu’il y ait du sang neuf, ça empêche de s’étioler.  L’important, c’est la vie qui continue avec les enfants qui vont à l’école, qui déambulent à vélo durant la belle saison et qui, l’hiver venu, construisent des bonhommes de neige qui saluent les passants!

Si mes aïeuls revenaient, ils seraient étonnés et sans doute aussi amusés de voir le nombre toujours croissant de touristes qui débarquent sur le cap Lauzon chaque été, et même en automne. Ces gens provenant de tous les coins de la planète – comment une planète ronde peut-elle avoir des coins?… Mais passons! Je disais donc que ces gens venus d’un peu partout viennent admirer le fleuve, la rue de l’Église et le magnifique point de vue qu’on a justement du haut du cap.  En fait, il n’est pas très haut ce cap. C’est surtout cette façon qu’il a de s’avancer dans le fleuve comme par exprès, pour faire admirer les bâtisses anciennes qui y sont situées, comme une coquette qui veut attirer l’attention.

Église Deschambault - Extérieur - nb - 010K1 845Autrefois, le cap était couvert de pins qui formaient  comme un rempart faisant  face aux grands vents qui s’engouffrent du nordet et qui font gronder les vagues sur les cailloux de la grève.  Quand ces vents s’accompagnent de pluie ou de neige, c’est une vraie furie! C’est alors qu’on les trouve accueillantes comme jamais, nos chères vieilles bâtisses en pierre : l’église, le couvent, les vieux presbytères sans curé…Du temps de ma mère, le cap, c’était le lieu de rendez-vous du dimanche après-midi. Plusieurs vieilles photos de l’album de famille montrent de joyeux groupes de filles et de garçons endimanchés posant sur le cap. Qu’ils ont l’air heureux ces belles jeunesses des années trente! On pouvait paraît-il aller cueillir des framboises, des mûres, faire des pique-niques, se promener tout au long de petits sentiers tortueux et même descendre sur la grève.  L’autre endroit de prédilection des jeunes du village était le quai, là encore, maintes photos rappellent les beaux moments  de cette époque.

Photo de Patrick Bouillé, 2016.

Photo de Patrick Bouillé, 2016.

Il y a toujours un quai; on peut aller s’y promener et admirer la vue incomparable qu’on a de la petite rue Saint-Joseph et du cap Lauzon avec ses édifices séculaires. Et sur le cap,  même s’il n’y a plus de grands pins pour retenir le vent, on a retracé les sentiers d’autrefois, on les a bordés de fleurs. Alors les amoureux d’aujourd’hui peuvent, comme jadis mes parents, se conter fleurette en admirant les splendeurs que leur offre la nature.  Il y a même un escalier pour aller près du fleuve, avec des paliers qui permettent de souffler quand on n’est plus aussi alerte et qu’on veut se ménager.

photos jacmado 270809 149Mon village m’appartient, mais je lui appartiens également. Je l’aime tout le long et tout le tour. J’aime la vieille route maganée qui passe à côté de chez moi et où je me promène par les beaux jours. J’aime le murmure de la rivière, les champs qui changent de toilette au gré des saisons. Et j’aime le fleuve forcément. C’est lui qui donne le ton, lui qui dessine le relief, qui met la couleur, le mouvement. La route principale chemine près du fleuve sur la plus belle partie de son parcours, soit qu’elle le surplombe ou qu’elle le frôle; les deux ne se quittent jamais bien longtemps. Quel que soit l’endroit où vous habitez à Deschambault, le fleuve n’est jamais loin.  Vous ne le voyez peut-être pas, mais souvent vous le sentez et les goélands qui font la course en criant jusqu’au bout des terres, annoncent sa présence.

Je le dis parce que j’en suis convaincue : même si j’avais la possibilité de faire le tour du monde,  je sais que le seul endroit où je veux vivre, c’est dans ce village qui m’a vu naître et grandir, qui a abrité ma jeunesse, mes amours, ma famille, et qui bercera, je l’espère,  ma vieillesse jusqu’à la fin!

(Paru dans Récits du Bord de l’eau, 2008.)

© Madeleine Genest Bouillé, 29 avril 2016

Des lieux où s’écrit l’histoire

Si les lieux pouvaient parler, ils raconteraient peut-être l’histoire autrement. Ils ont été témoins d’épisodes qui ont eu une incidence heureuse ou malheureuse sur ceux qui les ont vécus. J’aurais pu m’attarder sur les endroits qu’on cite habituellement, tels l’église, le couvent, le Vieux Presbytère, les Jardins du cap Lauzon ou le Moulin de La Chevrotière. J’ai préféré aller vers d’autres lieux dont on parle moins. Certains témoins de la vie de notre village tricentenaire sont disparus, d’autres subsistent malgré le temps et les exigences de la vie moderne, tandis que de nouvelles structures ont été édifiées pour remplacer ce qui n’est plus.

Descente du quai (source: Centre d'archives régional de Portneuf).

Descente du quai (source: Centre d’archives régional de Portneuf).

Voici quelques-uns de ces lieux ou édifices qui ont jalonné l’histoire de notre patelin. Allons d’abord sur le quai, lequel a été construit en 1928 pour remplacer le vieux quai de bois, qui accueillait le navire l’Étoile. Dans l’édition spéciale du bulletin municipal Le Phare, parue au mois d’août 1988, ma mère racontait ses souvenirs de l’époque où «  ce paquebot blanc, actionné par un moteur à vapeur, desservait plusieurs paroisses de Québec à Montréal, entre autres, Cap-Santé, Grondines, Lotbinière, Deschambault et bien d’autres sans doute. » Dans cet article, ma mère parlait de l’animation qui régnait aux alentours du quai quand, à marée haute, l’Étoile prenait le chenal pour venir y accoster. Les voyageurs et les promeneurs empruntaient le petit trottoir de bois qui longeait la côte chez Alfred Petit (actuellement M. Vézina) pour se rendre sur la place du quai. Dans les années cinquante, même s’il n’y avait plus de navires qui venaient accoster au quai, celui-ci avait encore ses deux gros piliers et sa cabane, qui était utilisée pour ranger chaloupes et rames. De nos jours, à marée haute durant la belle saison, le quai rénové accueille toujours les pêcheurs tandis que les flâneurs y viennent pour admirer un des plus beaux points de vue de Deschambault.

Visite de Mgr Bégin en 1918 (source: Centre d'archives régional de Portneuf).

Visite de Mgr Bégin en 1918 (source: Centre d’archives régional de Portneuf).

Du quai, on a contemplé le cap Lauzon… allons donc y faire un tour! Un petit édifice construit en 1995 nous reçoit… s’il n’est pas trop achalandé! Qu’on l’appelle gazebo ou kiosque ou autrement, il cadre bien dans ce magnifique décor. Ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que ce kiosque – je préfère cette appellation – a eu un prédécesseur, lequel était situé plus près de la « grotte » (qui n’existait pas encore). Au début du vingtième siècle, le curé du temps, Ulric Rousseau, avait fait construire ce pavillon où les prêtres venaient se reposer; tout près, on avait aménagé un jeu de croquet. Les années ont passé et le petit édicule fut abandonné. Un jour de grand vent en 1945, il tomba en bas de la falaise; il était irrécupérable. À l’époque, un sentier longeait le cap jusque derrière le couvent et un escalier rudimentaire permettait de descendre sur la grève. Il n’y a plus de pensionnaires au couvent, mais comme elles auraient aimé descendre et monter l’imposant escalier érigé en 1995!

Toujours sur le cap, un monument de pierre édifié en 1963 attire l’attention. Comme un phare, sa lumière chaque soir s’allume et s’éteint pour rappeler que Deschambault a longtemps été un village de marins. D’ailleurs, sur la pierre, on peut lire ceci : « Naviguer c’est prévoir ». Il n’y a plus de phare sur l’îlot Richelieu, ni dans le fleuve au pied des rapides, mais le monument des marins continue de veiller.

Chapelle située au fond du cimetière, autour de 1970 (crédit photo: Fernand Genest).

Chapelle située au fond du cimetière, autour de 1970 (crédit photo: Fernand Genest).

Au début de notre histoire, il est dit « qu’une première chapelle fut érigée par le seigneur de La Chevrotière, peu après 1700, près de son manoir ». (Claude Paulette, Deschambault et son patrimoine, 1990). Cette chapelle située à l’endroit appelé « cap d’Ulysse », était dédiée à saint Antoine. Deux cents ans plus tard, une chapelle votive, elle aussi dédiée à saint Antoine, fut construite près de l’ancien relais de poste, à l’endroit où maintenant s’ouvre la rue Janelle. Elle servait de reposoir lors de la procession de la Fête-Dieu jusqu’au jour où, cette pratique étant devenue désuète, on décida de déménager la chapelle au fond du cimetière. Dès lors, elle fut utilisée comme charnier durant l’hiver. Cette décision favorisait ainsi l’ouverture d’une nouvelle rue et la création d’un nouveau développement domiciliaire. Pour la chapelle, le lieu était bien choisi : saint Antoine veillerait sur nos disparus. La petite chapelle aurait pu demeurer à cet endroit, mais, quelques années plus tard, elle fut vendue et transportée près du fleuve où elle est toujours. Dans une histoire, il arrive que certaines pages soient moins heureuses que d’autres!

© Madeleine Genest Bouillé, mai 2015

Monument des marins, 2013 (crédit photo: Jean-Marie-Bouillé).

Monument des marins, 2013 (crédit photo: Linda Brouillette, coll. Comité d’Embellissement Deschambault-Grondines).