Avec les mots de ma sœur – 2e partie

Les pages qui suivent datent de la fin d’août 1990. Le 28, Élyane se rappelle de très anciens souvenirs. Elle avait à peine 4 ans, c’était au temps de la « cambuse » chez « pépère » :

« La « cambuse », c’était l’étage de la rallonge, ça se trouvait au-dessus du salon; un appartement pas fini, où il faisait froid l’hiver et chaud l’été. Des fois, on avait la permission d’aller courir là! Quand oncle Jean-Paul a décidé de se marier avec tante Bernadette en 1937, il a fait un salon et une cuisine à cet endroit, et en prenant la chambre d’à côté, ça lui faisait un logement pour abriter « leurs amours toutes neuves »!

Oncle Jean-Paul et tante Bernadette sont sans doute demeurés quelques années dans ce logement. Élyane se souvient qu’un jour où elle s’en venait par la « petite route », elle avait vu mon oncle et ma tante qui se berçaient sur leur balcon. J’ajoute qu’à cette époque, notre famille demeurait aussi dans la Rue Saint-Joseph. Élyane précise que ça devait être un dimanche car, dit-elle : « Je ne sais pas pourquoi, mais à la radio, ça devait jouer « Dans le jardin de mes rêves, tout notre amour est en fleurs et le bonheur vient embaumer nos cœurs », chanson qui était probablement chantée par Tino Rossi, car  chaque fois que cette chanson me trotte dans la tête, je pense à cette scène, plus loin décrite. Pourquoi certaines chansons nous ramènent à certains endroits ou à certaines personnes? »  Sur ce point, je suis entièrement d’accord avec ma sœur.

Le 30 août :  Élyane écrit : « Il y a 58 ans aujourd’hui, c’était fête à Deschambault. à 7hres, le matin, à l’église, s’épousaient devant Dieu et les hommes, une charmante jeune fille de 23 ans, toute petite, le teint clair, les yeux noisettes pétillants d’intelligence derrière ses lunettes ( à 81 ans, ce sont toujours ces mêmes yeux-là), ses cheveux bruns étaient cachés sous son grand chapeau de velours noir. Elle était vêtue d’une longue robe «  rose thé » et dans ses bras, tenait une gerbe de roses rouge ». Ma sœur ajoutait que Jeanne était un peu déçue, elle aurait bien voulu des fleurs de la même teinte que sa robe… et de plus, il ventait nordet! Élyane poursuit en précisant que mademoiselle Marie-Jeanne Petit s’avançait dans l’allée au bras de son père, Edmond Petit, au son de l’orgue joué par Blandine Naud, une ancienne compagne de classe.

Au prie-Dieu, à côté, se tenait un beau grand jeune homme, de 23 ans aussi, les cheveux et les yeux d’un noir de jais, le teint resplendissant… Ma sœur ajoute ceci : « Ce qu’elle a dû en faire des jalouses ce matin-là, la petite Jeanne, en devenant madame Julien Genest! Mon cher papa était accompagné de son frère Léo. Julien était « en amour par-dessus la tête » avec Jeanne ». Élyane était une enfant perspicace ainsi elle ajoutait : «  Je n’étais pas tellement vieille, mais je m’en rendais compte; il l’a toujours aimée, ne lui a jamais trouvé de défauts, pour lui elle fut toujours la plus belle et la plus fine… » Papa n’ayant presque pas connu sa mère, qui est décédée alors qu’il n’avait que 4 ans, n’a eu qu’une femme dans sa vie, celle qu’il a épousée, notre mère, Jeanne.

Ma grande sœur rappelle le programme musical du mariage de nos parents : tout d’abord, le Veni Cretor, chanté par le chœur des femmes, puis Célébrons le Seigneur, chanté par madame Louis Marcotte (Madame Béatrice dont je vous ai déjà parlé); le Docteur Pierre Gauthier, interpréta le Noël du Mariage, oncle Jean-Paul chanta Jésus, Divine Eucharistie tandis qu’Alice Naud (la sœur de Blandine) chanta un cantique du temps passé Je te bénis. C’était un  beau programme; après tout, Julien faisait partie du chœur de chant!  Après la messe et les photos de circonstance,  les invités  se réunirent chez mes grands-parents, Blanche et Edmond  Petit. Ce beau jour était un mardi, car autrefois les mariages avaient souvent lieu en semaine. Après le repas, les nouveaux époux, revêtus de leurs costumes de voyage, partirent en auto pour Québec; un ami de Julien, M. Philippe Bernier, les conduisait. De Québec, ils prirent le train pour Montréal et ensuite, Ottawa, où ils rendirent visite à l’oncle Edmond Genest. Au retour, ils s’arrêtèrent à Montréal pour rendre visite aux tantes de Jeanne, Ernestine et Eugénie Paquin. Pour l’époque, il s’agissait d’un très beau voyage!

Voyage de noces, 30 août 1932.

À bientôt pour un autre épisode des Mémoires d’Élyane…

© Madeleine Genest Bouillé, 4 septembre 2018

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La fête des Mères et la Bonne Chanson

Beaucoup de belles chansons honorent les mères… Entre autres, dans les cahiers de La Bonne Chanson, deux mélodies ont retenu mon attention. La première qui a pour titre, simplement Maman, exprime bien l’essence de ce mot, un des premiers que l’on prononce. Autant pour « l’enfant au réveil » que rassure la voix maternelle disant: « Ne crains rien, je suis là » que pour le grand enfant aux prises avec « les ronces du chemin »; « En nos cœurs tout est las, quand la voix n’est plus là, pour dire : Ne pleure pas! » Les personnes de ma génération qui ont grandi avec les cahiers de l’abbé Gadbois, pourraient reprendre avec moi le beau refrain : « Dans la vie, le premier cri, c’est maman; le doux nid, le cher abri, c’est maman! C’est le seul amour qui jamais ne se lasse, et qu’au fond du cœur, jamais rien ne remplace. Dans la vie, qui nous sourit, c’est maman; nous console et nous guérit, c’est maman. Dans le bonheur ou la tristesse, le mot charmant qu’avec tendresse, on murmure doucement, c’est Maman! »

Les roses blanches

La deuxième chanson, Les roses blanches, c’est une belle histoire triste qui date de 1925. À cette époque, les chansons sentimentales étaient très en vogue. C’est l’histoire d’un petit gamin de Paris qui, chaque dimanche, apporte des roses blanches pour sa maman, malade, qui est sa seule famille, en lui disant: « C’est aujourd’hui dimanche, tiens, ma jolie maman, voici des roses blanches, que ton cœur aime tant. Va, quand je serai grand, j’achèterai au marchand, toutes ses roses blanches, pour toi, jolie maman. » Trois couplets décrivent l’histoire tragique de ce petit garçon, dont la mère est de plus en plus malade. Un dimanche, l’enfant se rend à l’hôpital, avec une brassée de roses blanches; à son arrivée on lui dit : « Tu n’as plus de maman »… elle est morte! Le dernier refrain nous arrache les larmes : « C’est aujourd’hui dimanche, tiens, ma jolie maman. Voici des roses blanches, toi qui les aimais tant! Et quand tu t’en iras, au grand jardin là-bas, ces belles roses blanches, tu les emporteras. »

Moi et mes trois garçons, en 1973 (©coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Plusieurs autres belles chansons ont été créées pour les mères, dont Maman, c’est toi, la plus belle du monde, qui était chantée par Luis Mariano, et Toutes les mères du monde sont belles, interprétée par Tino Rossi. Quand j’entends ces mélodies, je pense à ma mère, Jeanne, qui n’a pas choisi d’avoir dix enfants en moins de quinze ans… mais qui a accepté chacun et chacune avec tout l’amour dont elle était capable. Je pense aussi à ma grand-mère paternelle, Alvine, qui est décédée à trente-neuf ans, après seulement dix ans de mariage; elle était mère de six petits garçons, qui ont été éparpillés un peu partout étant donné que leur père est décédé quatre ans après son épouse. Ces femmes n’ont certes pas choisi leur destin. Elles s’étaient mariées par amour, sûrement, et elles faisaient confiance à la vie… Quand on parle des femmes de cette époque-là, on dit souvent qu’elles étaient des saintes.

Non, les mères n’étaient pas des saintes. Je préfère dire que ces femmes étaient des êtres de devoir, un devoir qui était surtout fait d’amour. Tout d’abord, jusqu’au milieu du XXe siècle en général, les femmes ne choisissaient pas d’être mère; elles acceptaient les enfants qui leur arrivaient, sans même avoir la possibilité de les espacer. La seule façon sûre de « s’en sauver » était d’entrer au couvent ou de demeurer célibataire. La maternité était partie prenante du mariage. D’une époque à l’autre, les femmes en sont venues à enfanter par choix; un choix qui se fait avec le conjoint, dans le meilleur des mondes.  Mais on sait aussi que « le meilleur des mondes » n’est pas le lot de toutes les mères. On en voit des exemples chaque jour sur les journaux et les réseaux sociaux. Quoi qu’il en soit, la maternité ne fait pas de nous des saintes. Autrefois, on disait que la maternité était une vocation, tout comme la vie religieuse, et certains métiers, entre autres, les métiers reliés à l’éducation ou à la santé. Par contre, une affirmation qui n’aurait pas été acceptée dans le temps, c’est que les femmes n’ont pas toutes la vocation de la maternité. À l’époque où nous vivons, le mot vocation étant beaucoup moins employé, je crois qu’il faut d’abord l’expliquer. Mon gros Petit Larousse dit que « vocation » : de vocare, appeler, est une aptitude pour un genre de vie. Je dirais donc que la vocation, c’est un appel vers un choix de vie, une façon de se réaliser, ainsi, en est-il du domaine artistique, ou des sciences.  Alors en ce sens, oui, être mère est une vocation…  une des plus belles!

Avec mon petit fils Pierre.

© Madeleine Genest Bouillé, 12 mai 2018

Ce bonheur dont on parle tant

Berthe Bernage.

« Que ça passe vite, les jours heureux! Mais ça passe sans passer tout à fait, car l’essence même de ce qui les rendit heureux demeure après qu’ils sont effacés du calendrier. » Cette phrase d’une romancière française, Berthe Bernage, auteure chère aux jeunes filles des années 50, m’est revenue, alors que quelques jours après Noël, je sortais mes calendriers 2018. Je suis maniaque de calendriers, il y en a au moins un dans chaque pièce, et quand ceux que j’ai ne me plaisent pas, j’en fabrique. Cette année, j’en ai reçu un nouveau : le calendrier des Scouts, assez grand, coloré; il y manque cependant les lunes. Mais, bon, on ne peut pas tout avoir! Et ce calendrier me vient de ma petite-fille Émilie qui est membre du mouvement Scout depuis l’automne.

Oui, vraiment, ça passe vite les jours heureux! Mais ça laisse des traces… Quand j’étais étudiante au couvent, il arrivait que je doive réciter un poème, lors de l’une ou l’autre fête. J’aimais cela et il faut croire que j’avais ce talent qui me faisait oublier ceux que je n’avais pas! Je me souviens d’une fois où j’ai dû m’exécuter en public. Je devais réciter un poème qui s’intitulait simplement Le Bonheur. Ce texte décrivait le bonheur comme une chose plutôt aride. Entre autres définitions, on disait : « Être heureux c’est bien simple et peu de choses à faire… C’est d’abord d’être bon et d’aimer son devoir, se contenter de peu, vivre toujours d’espoir… ne demandant à l’or que le strict nécessaire ». Il fallait aussi « accepter en chrétien, les chagrins, les douleurs dont chacun a sa part. » Ce n’était pas rose! Je ne me souviens plus du nom de l’auteur, j’avais à peine 12 ans et j’avoue que je ne comprenais pas très bien le sens de ce texte. Curieusement, je n’ai jamais oublié ce poème et je peux encore le réciter par cœur.

Marie Noël

Quelques années plus tard, j’eus la chance de réciter un extrait de La Prière du Poète, de Marie Noël. J’ai aimé ce poème dès les premiers mots : « Donne-moi du bonheur, si tu veux que je le chante! » Enfin, des paroles qui me plaisaient! C’était moins ardu que le bonheur tel qu’on le proposait dans ma première récitation. Ce texte nous apprend, entre autres choses, qu’on n’a pas besoin de beaucoup de bonheur pour en donner autour de soi: « Un peu, si peu, pas même de quoi emplir mon dé à coudre, mais de quoi remplir le monde par surcroît! » Beaucoup de poètes et d’écrivains ont disserté sur ce sujet et on revient souvent à ceci : on n’a que le bonheur qu’on partage. D’une manière plus poétique, on dit que : « Le bonheur est une fleur dont on ne respire le parfum que dans la main d’autrui. » Comme le dit cette pensée d’un autre auteur inconnu, le bonheur a ses exigences car : « il ne se rencontre que lorsqu’on ne pose pas de conditions. » Et il est très important aussi « d’avoir confiance en la possibilité du bonheur; ça l’attire. »

« Il n’y a pas de chemin qui mène au bonheur, le bonheur EST le chemin. » Encore une fois, je ne sais pas qui a écrit ceci, mais cela exprime bien ce qu’est véritablement cet oiseau rare qu’on nomme « bonheur ». C’est un chemin pas toujours facile à suivre. À certains moments, il faut vraiment se persuader qu’on est sur la bonne route; ça monte, ça descend… Parfois la route rétrécit, ce n’est à peine plus qu’un sentier. Mais si on y croit, déjà la montée sera moins difficile. Il y a une autre particularité très importante pour cheminer avec bonheur : c’est d’avoir quelqu’un avec soi, quelqu’un qui compte sur nous pour suivre ce chemin. Car, il paraît que « trois choses suffisent pour être réellement heureux en ce monde : quelqu’un à aimer, quelque chose à faire et quelque chose à espérer. »

Quand on était finissante au couvent, il était d’usage de posséder un carnet d’autographes et, vers la fin de l’année, on y faisait signer nos professeurs et aussi le plus grand nombre d’élèves possible. Même les « moins amies », tant il est vrai qu’au moment de se quitter pour une autre vie, on sentait le besoin de garder un souvenir des personnes que nous avions côtoyées tout au long de nos années d’étudiante.  J’ai retrouvé ce carnet et j’ai relu les messages de mes anciennes compagnes de classe. Pour la plupart, on y retrouve des vœux de bonheur et de succès dans la vocation choisie… rien que ce mot « vocation » indique l’âge du carnet!  J’avais aussi fait signer mes parents et quelques membres de ma famille.  Ma mère avait écrit : « Si tu es une grande étoile au firmament, brille de tout ton éclat. Et si tu es une petite étoile, brille toi aussi de tout ton éclat. » Mon père avait choisi cette pensée : « Pour conserver son bonheur, il faut être heureux tout bas. » J’ai refermé le carnet et j’ai réalisé que ces deux petites phrases reflétaient bien la personnalité de mes parents. Mon père était un homme discret qui n’étalait pas ses sentiments à tout vent. Orphelin de mère à quatre ans, et de père à huit ans, à ses yeux, le bonheur était certes une chose fragile qu’il ne fallait pas laisser s’échapper. Ma mère avait été élevée à une époque où la modestie était la principale vertu, surtout pour les filles… Il n’est donc pas étonnant de constater qu’elle souhaitait pour ses enfants le bonheur qu’apporte l’épanouissement de la personnalité.

Jeanne et Julien en 1956 (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Oui, ça passe vite les jours heureux!… Nous voici rendus en 2018;  je vous souhaite donc en ce début d’année assez de bonheur pour en semer autour de vous, et bien sûr, le Paradis à la fin de vos jours!

Bonne et heureuse année 2018!

 

© Madeleine Genest Bouillé, 1er janvier 2018

Je revois tes yeux clairs, maman…

…Et je songe à d’autres Noëls blancs. J’aime les paroles de cette chanson que tout le monde connaît, j’en aime aussi la musique. Il y a des chansons comme ça qui me rappellent Jeanne, ma mère, quand elle chantait en s’accompagnant au piano, dans le temps où les Noëls étaient toujours blancs – et si parfois ils ne l’étaient pas, ma mémoire les a effacés!

Jusqu’aux dernières années de sa vie, quand elle était encore « maîtresse de sa maison », maman chantait fréquemment. Parfois elle fredonnait doucement en travaillant et quand elle en avait le temps, elle s’asseyait au piano et chantait de sa jolie voix claire. Les deux chansons du temps des Fêtes que je lui ai entendu chanter le plus souvent, c’était Je ne crois plus au Père Noël, un des succès de Lucienne Boyer, artiste très en vogue au cours des années 30-40, et La Légende des roses, une très vieille chanson dont j’ignore la provenance et qui n’est même pas au répertoire de La Bonne Chanson.

La Légende des roses, c’est l’histoire d’une petite marchande de fleurs qui est bien triste car, comme le dit la chanson : « Sur moi le malheur se déchaîne… car elle est morte, la saison, où je vends des fleurs à la ville… je meurs de froid dans ma maison… »

Mais, un peu comme dans La dernière bûche, dont je vous ai parlé il y a quelque temps, la jeune fille rencontre un petit enfant en pleurs parce qu’il a froid et qu’il semble n’avoir personne qui l’attend, ni aucun endroit où aller. La fillette recueille donc ce petit garçon, encore plus misérable qu’elle et lui dit : « Viens te blottir tout près de moi, je te cacherai sous ma mante. » 

Le troisième couplet nous éclaire sur l’identité du petit garçon : « Soudain, à ses yeux éblouis et comme en un vrai sortilège, des milliers de roses en tapis, s’épanouirent sur la neige.  Et l’enfant dit : je suis Jésus, je veux partager ta misère, fillette, allons ne pleure plus, puisque j’exauce ta prière! »

Au dernier couplet, on précise que : « Depuis ce jour, tous les ans, quand la neige scintille aux branches, des fleurs mystérieusement, apparaissent, roses et blanches… C’est un présent sacré de Dieu, le Créateur de toutes choses.  Telle est la légende des roses. » 

J’étais très jeune quand j’ai appris cette chanson, mais elle me revient chaque année.  Alors, je la joue au piano (même si je ne suis pas virtuose), et à chaque fois, c’est la voix de maman que j’entends, sa voix qui qui me berce avec cette vieille légende.

Quand maman chantait Je ne crois plus au Père Noël, j’aimais la musique de cette chanson, mais j’étais toujours un peu déçue, par les paroles du refrain : « Je ne crois plus au Père Noël, j’ai passé l’âge, où l’on découvre à pas de loup, dans ses souliers de beaux joujoux, quand on est sage… Je ne crois plus au Père Noël, c’est bien dommage, de ne pouvoir avec le temps, garder toujours un cœur d’enfant. »

Ces paroles s’expliquent quand on chante le deuxième couplet : « Car un soir, j’ai fait semblant de dormir en mes draps blanc, alors j’ai vu, tout étonnée, dans ma chambrette entrer maman qui déposa bien doucement, de jolis jouets dans la cheminée. »

Le dernier refrain se termine ainsi : « Je ne crois plus au Père Noël, c’est bien dommage! On s’aperçoit quand on grandit, qu’hélas on perd un paradis… » 

Qu’elles étaient belles les chansons que ma mère chantait! Je parlais dans un de mes derniers « grains de sel » de l’Esprit de Noël que maman nous a laissé en héritage. Les chansons qu’elle chantait, les airs qu’elle jouait au piano, les beaux poèmes qu’elle recopiait sur des bouts de  papier, les petits dessins à l’encre de Chine, dont elle décorait ses cartes de souhaits, les coussins colorés qui mettaient du soleil un peu partout dans la maison, de même que les souvenirs qu’elle nous racontait, toutes ces choses font partie  de ce trésor inestimable que nous devons garder bien vivant et qu’on appelle tout simplement « le goût du beau ».

Comme Jeanne, puissions-nous, autant que faire se peut, mettre de la beauté dans nos ouvrages, nos loisirs, nos relations avec ceux qui nous entourent, enfin, dans notre vie de tous les jours! Pour l’année 2018, souhaitons-nous de la Beauté!

© Madeleine Genest Bouillé, 9 décembre 2017

L’Esprit de Noël

On l’a ou on l’a pas! Quoi qu’il arrive dans la vie, malgré les coups durs, quand on possède l’Esprit de Noël, c’est pour longtemps.

Ma mère aimait Noël, même dans les dernières années de sa vie, alors qu’elle ne pouvait plus participer activement aux préparatifs. Demeurant toujours dans sa maison, elle n’avait plus la capacité de s’occuper de la popote, ni des décorations, mais comme elle avait hâte qu’on vienne cuisiner les beignes, les tourtières et autres mets qui seraient servis au réveillon! Quand je faisais son gâteau aux fruits, elle en surveillait la cuisson avec son nez. Habituée au poêle à bois, elle ne se fiait pas aux degrés du four électrique. Elle me disait : « Vas donc voir dans le fourneau; pour moi, le gâteau est cuit, ça sent tellement bon! »

Toute la famille de Julien et Jeanne en 1956.

Et les décorations! Comme elle trouvait ça beau! Elle aimait voir telle décoration en particulier à tel endroit précis. Par exemple, de sa berçante contre le poêle, elle admirait les guirlandes, une rouge et une verte, qui se croisaient au centre du plafond, entre les énormes poutres. Sur la tablette de la cheminée, on déposait les vieux chandeliers en argent, garnis de chandelles rouges et quelques bibelots à l’avenant, aussi dans les couleurs de Noël : du vert, du rouge, un peu de clinquant. Près de l’entrée, sur une autre tablette, un petit sapin doré, qui avait connu des jours meilleurs, faisait quand même son  effet, tandis que sur la table qui avait fait partie du mobilier de salon autrefois, on plaçait le plateau en argent destiné à recevoir les cartes de Noël.

Maman aimait aussi écrire ses cartes de vœux; elle s’y est appliquée jusque dans les toutes dernières années où elle disait, comme pour s’excuser : « J’écris trop mal, ça n’a pas de bon sens! » Dans sa jeunesse, elle confectionnait ses cartes, qu’elle ornait de dessins délicats à l’encre de Chine. L’important étant d’écrire pour chacun et chacune un petit mot personnel; on ne devait pas se contenter de signer seulement son nom.

Dessin de ma mère, Jeanne.

Pour ce qui est de la musique de Noël, je crois qu’elle l’aurait bien écoutée à l’année!  Elle trouvait toujours que les postes de radio tardaient à faire entendre des chansons de Noël. Aussi, dès les premières neiges ou avant si ça n’arrivait pas assez vite, on sortait la musique de circonstance : Tino Rossi qui chantait Petit Papa Noël et Lucienne Boyer qui nous affirmait : Je ne crois plus au Père Noël, et combien d’autres. Quand je faisais jouer les cassettes qu’elle aimait, cela lui rappelait des souvenirs et elle se mettait à raconter sa jeunesse, les Noëls d’autrefois, les veillées du temps des Fêtes. Elle possédait une telle mémoire! Comme elle racontait bien ces anecdotes de son jeune temps! Comme ils semblaient beaux, ses souvenirs!

Oui vraiment, ma mère aimait Noël et le temps des Fêtes. Elle n’a jamais vécu dans l’opulence et n’a jamais pu faire de cadeaux somptueux, mais elle nous a légué ce cadeau précieux entre tous, l’Esprit de Noël. Elle possédait ce qui, à mon avis, en fait véritablement l’essence : un cœur plein de générosité, une capacité d’émerveillement, une foi inébranlable. Sa tendresse pour les siens était immense; elle aimait le beau et a su nous le faire découvrir, ce qui est, je crois, un don inestimable!

Mon père Julien et ma mère Jeanne à Noël, en 1973.

Maman nous a quittés en août 1996, mais elle demeure toujours bien vivante dans notre mémoire, surtout à ce temps de l’année, qu’elle affectionnait particulièrement. Comme elle, je crois que j’aimerai toujours le temps des Fêtes. Tant pour les souvenirs qui s’y rattachent, que pour ces moments précieux que nous vivons ensemble en famille et qui un jour, deviendront souvenance.  L’Esprit de Noël, je vous le redis, on l’a ou on l’a pas!

© Madeleine Genest Bouillé, 4 décembre 2017

De filles en mères…

Je voulais remonter ma généalogie, de filles en mères… Pour ce faire, j’ai commencé par ma mère, Jeanne Petit, tout de suite après vient ma grand-mère maternelle, Blanche Paquin, et ensuite, la mère de Blanche, Amaryllis Boissonnault – dit Boissinot, épouse de Grégoire Paquin. De toute évidence, Amaryllis n’était pas native de Deschambault, car le patronyme Boissonnault ou Boissinot, tel qu’on le voit écrit sur les papiers de famille, n’est pas un nom d’ici. J’ai donc essayé d’imaginer qui pouvait bien être cette aïeule dont je n’ai pas souvent entendue parler. Je suis donc allée sur le site Mes Aïeux.com et j’ai trouvé le lieu de naissance d’Amaryllis ainsi que les noms de sa mère et  de sa grand-mère. C’était déjà beaucoup! La mère d’Amaryllis se nommait Angèle-Béatrice Corriveau, elle demeurait à Berthier-sur-Mer et la mère d’Angèle-Béatrice, s’appelait Angèle Nadeau. Ainsi donc, aussi courte soit-elle, je vous présente ma généalogie « de filles en mères ».

Qui étais-tu Amaryllis? Qui étais-tu, toi, mon arrière- grand-mère? Avant d’être la femme de Grégoire Paquin, avant d’être la mère de Blanche ainsi que de neuf autres enfants, dont quatre sont décédés en bas âge? Quelle enfant, quelle jeune fille, quelle femme as-tu été, toi dont on sait si peu de choses, toi dont nous n’avons même pas une photo?

Chère arrière-grand-mère Amaryllis, avec un aussi joli prénom, j’aime à croire que tu étais belle. On t’a donné un nom de fleur, ce qui n’était pas rare à l’époque, mais ton prénom est tout de même d’un usage peu courant. J’ignore si ta mère connaissait cette fleur de la famille du lys. Est-ce toi qui as légué à plusieurs de tes descendants ces cheveux blond roux, ces yeux bleus et cette peau blanche parsemée de taches de rousseur? Ou alors, ça nous vient du côté Paquin. Bien difficile à dire… surtout que ta fille Blanche a épousé son cousin, Edmond Petit, le cordonnier, fils d’Angèle, la sœur de Grégoire. Ça peut sembler un peu mêlant, mais comme je m’amuse à dire parfois : « Nous, on a du Paquin en double! »

Je me demande si c’est de toi que maman tenait son talent pour la couture… Tu devais certes être travaillante; ta fille, Blanche, une femme toute menue, travaillait sans relâche, jusqu’au jour où, paralysée, elle fut forcée d’arrêter. Elle est décédée avant même d’atteindre ses 70 ans, après quelques années de maladie. Tu aimais sans doute la musique, les chansons ? J’ose espérer que tu aimais à rire. La maison de mon grand-père a résonné de tant de rires, de musique, de chansons et d’histoires « pas toutes bonnes à mettre dans la soupe », comme aurait dit ma mère.

Où donc as-tu connu Grégoire, l’homme que tu as épousé? Je sais que tes parents, Honoré Boissonnault et Angèle-Béatrice Corriveau vivaient à Berthier-sur-Mer – ou comme on disait autrefois Berthier-en-Bas. Peut-être étais-tu en visite à Deschambault, chez des parents, des amis… c’est une possibilité. Ou bien encore, il se peut que tu aies été une « fille engagère » comme on nommait dans le temps les domestiques. Que d’inconnu! L’important, c’est que Grégoire et toi vous ayez été heureux, c’est l’essentiel.

Maison de la famille Paquin (où est située aujourd’hui celle de Léon Montambault et Laurette St-Amant).

Tout ce que les papiers nous apprennent, tient dans quelques lignes. Le 5 mai 1879, en la paroisse de Deschambault, tu épousais Grégoire Paquin, fils de Léon Paquin et Julie Proulx. Les enfants n’ont sans doute pas tardé à arriver, même si on ne connaît pas les dates de ces naissances. Il y eut tout d’abord trois garçons : Eugène, Georges et Alfred, puis un quatrième, André, qui décède en bas âge. Ensuite trois filles, Blanche, Ernestine et Eugénie s’ajoutent à la famille, et enfin, trois autres bébés, Marie, Clémentine et William, qui sont « portés en terre dans les langes », selon les termes de l’époque.

Le 5 mai 1903, vingt-quatre ans après ton propre mariage, ta fille, Blanche, toute jeunette, a épousé son cousin Edmond Petit, fils de Nérée Petit et d’Angèle Paquin. Blanche et Edmond qu’on appelait familièrement Tom, ont eu à leur tour dix enfants, dont trois, Guillaume, Jeanne et Pierrette, qui sont décédés en bas âge, Thérèse, une deuxième Jeanne –  ma mère – Jean-Paul, Alice, Irma, Gisèle et Rollande formaient la famille de mes grands-parents. Tante Rollande est ma seule tante encore vivante.

Ta petite-fille Jeanne, ma mère, s’est mariée le 30 août 1932 avec Julien Genest, un « étrange » arrivé à Deschambault depuis quelques années pour travailler à la Ferme-École du Gouvernement provincial. À leur tour, Jeanne et Julien, tout comme Blanche et Edmond, et comme toi et Grégoire, ont eus dix enfants, fort heureusement tous réchappés! Depuis, les naissances sont moins nombreuses, puisque les enfants de Jeanne et Julien, tes arrière-petits-enfants, totalisent à ce jour dix-huit enfants et seulement dix petits-enfants.

Amaryllis, c’est dommage, mais aucune de tes descendantes, à ma connaissance, ne porte ton si beau prénom! Peut-être un jour, plus tard, une arrière-arrière-petite fille, sera appelée Amaryllis… On ne sait jamais!

© Madeleine Genest Bouillé, 28 avril 2017

Dans les papiers de Jeanne, il y avait… (2e partie)

Dans un numéro de la Revue Populaire de 1947, un article avait pour titre La Châtelaine de Manderley. On rapportait une entrevue avec une romancière anglaise très à la mode. Il s’agissait de Daphné du Maurier, dont plusieurs romans ont été mis à l’écran. Cette auteure née en 1907 et décédée en 1989, était fille et petite-fille d’écrivains. On la nommait « la Châtelaine de Manderley », en référence au roman intitulé Rebecca, paru en1938, et dont Alfred Hitchcock a fait un film célèbre.

789985Le manoir que Daphné du Maurier décrit ainsi, justement dans Rebecca : « C’était Manderley, notre Manderley secret et silencieux comme toujours avec ses pierres grises luisant au clair de lune de mon rêve, les petits carreaux des fenêtres reflétant les pelouses vertes et la terrasse »; cette magnifique demeure, donc, est sise en Cornouailles et s’appelle Menabilly. C’était à l’époque la propriété de l’auteure, où elle vivait avec son mari le Major Frederick Browning et ses trois enfants.

Daphné du Maurier a écrit plusieurs romans entre 1931 et 1955, des livres que ma mère et moi avons aimés et que plus tard, à son tour, ma fille a lus et appréciés, tels l’Auberge de la Jamaïque, Rebecca, Ma cousine Rachel. Des romans tellement bien écrits, indémodables… Ils font partie de ces livres qu’on relit avec toujours le même plaisir.

IMG_20160210_0002Parlant d’auteurs, dans une revue de 1955, ma mère avait conservé cet article : « Il y a un an mourait Colette. » En effet, cette écrivaine, dont on nous défendait la lecture dans mes années d’étudiante, est décédée le 9 août 1954, à l’âge de 81 ans. Son premier roman à succès écrit au début des années 1900, avait pour titre Claudine à l’école. Par la suite, Claudine a été le personnage principal de plusieurs romans. En 1955 je ne connaissais pas encore Colette. J’ai vu le film Gigi, tourné à cette époque, et j’ai ensuite lu le roman du même nom. C’est l’histoire d’une très jeune fille, que sa grand-mère, sa tante et sa mère veulent « placer », chez un monsieur fortuné. Gigi constatant qu’elle vit dans une famille de célibataires, a cette réplique : « Je comprends que dans notre famille, on ne se marie pas », phrase à laquelle sa grand-mère répond ceci : « Non, pas exactement, seulement, au lieu de se marier « déjà », il arrive qu’on se marie «  enfin »! J’ai aimé l’écriture de Colette, son esprit pétillant, son sens de l’humour. Ses mœurs légères ne choqueraient plus grand monde aujourd’hui… et son style d’écriture serait toujours à la mode!

IMG_20160209_0005Enfin, dans un numéro de 1951, on apprend que « La femme doit sa liberté à la machine à écrire. » Je vous fais un résumé de la page consacrée à cet article. Les premières machines à écrire auraient été à l’usage des aveugles. Au cours des années 1800, un premier brevet a été accordé à William Burt de Detroit. Plus tard, Xavier Progin de Marseille, inventa une « Machine Krypthographique ». En 1867, la presse commence à s’intéresser à une machine inventée par John Pratt. La même année, un imprimeur, Christopher Scholes, commença des expériences qui devaient rendre célèbre dans le monde entier le nom de Remington. En 1882, on lit qu’il ne se vendait pas plus de 1500 Remington par an. C’est alors que l’Association des Jeunes Femmes Chrétiennes (Y.W.C.A.) lança en Angleterre des cours de dactylographie pour femmes. Les hommes d’affaires assez audacieux pour employer ces dames rédactrices furent enchantés des résultats. On dut se rendre à l’évidence que la lettre tapée était non seulement plus facile à lire, mais plus digne que la meilleure calligraphie du meilleur clerc. Depuis ce temps, il va sans dire, la machine à écrire s’est imposée. Il est certain que dans les pays occidentaux, c’est la machine à écrire qui la première donna aux femmes la possibilité d’entrer dans la vie active.

Je termine ce deuxième volet des « extraits des papiers de Jeanne » par une anecdote juridique, parue dans une revue de 1938. « Au cours d’un récent procès à Londres, une femme qui avait un peu cassé la figure de son mari présente sa défense en ces termes : mon enfant de six ans a battu le chat; ma fille de quatorze ans tapa sa petite sœur parce qu’elle avait battu le chat et mon mari donna ensuite la volée à ma fille de quatorze ans parce qu’elle avait frappé sa petite sœur. Alors, naturellement, moi j’ai donné la volée à mon homme pour avoir battu ma fille. »

Je vous reviens prochainement avec encore quelques vieilles histoires…

© Madeleine Genest Bouillé, 10 février 2016

Dans les papiers de Jeanne, il y avait…

Je vous ai dit que ma mère était ramasseuse. Dans ses paperasses, il y avait de tout. J’ai conservé plusieurs de ces découpages dans les revues et journaux. À ce propos, j’ai appris que l’abonnement à la Revue Populaire dans les années quarante coûtait 2.00$ pour un abonnement de deux ans! Maman aimait bien ces revues, il y avait aussi la Revue Moderne, où l’on retrouvait pas mal les mêmes sujets; de l’Histoire, des nouvelles, des artistes locaux et internationaux, une chronique de livres, des conseils sur l’étiquette – ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, selon les usages. Évidemment, il y avait aussi des pages de mode, parfois des patrons de couture et autant de publicités qu’on en voit dans nos magazines, avec en plus les recettes de cuisine présentées par les grandes chaînes alimentaires telles Kraft, Catelli, Aylmer, etc…

IMG_20160209_0001Tout d’abord, un peu d’Histoire. Depuis quelque temps, on nous parle beaucoup du 375e anniversaire de la fondation de Montréal. J’ai cinq pages de texte avec illustrations anciennes et photos sur le 300e anniversaire de cette ville, cela avait paru dans la Revue Populaire de mai 1942. On peut lire que « M. de Maisonneuve a fondé Villemarie (on l’écrit ainsi) en 1642, et que l’ingénieur D’Ailleboust a ajouté de solides bastions en 1645. Les fortifications hautes de 12 pieds 8 pouces formaient un quadrilatère mesurant 320 pieds de côté ». Un peu plus loin, on apprend que : « en 1693, Montréal comptait une population de 800 âmes. En 1880, la ville compte 140,000 personnes. C’est la plus grande ville du pays. Et, en 1900, avec un total de 267,000 âmes Montréal a presque doublé sa population en vingt ans. C’est le plus grand centre industriel et maritime du pays ». Si M. de Maisonneuve revenait à Villemarie… il s’y perdrait à coup sûr!

IMG_20160209_0002Parlons maintenant de livres… Nous sommes en 1945, Gabrielle Roy vient de publier le roman qui la rendra célèbre et qui a pour titre Bonheur d’occasion. On sait que l’action de ce roman se situe dans le quartier Saint-Henri, à Montréal. Un quartier ouvrier où vivaient des familles nombreuses entassées dans des logements souvent insalubres, et tellement près du chemin de fer que les murs tremblaient au passage des trains (comme il est mentionné dans Bonheur d’occasion). Aimé Plamondon, un des collaborateurs de la Revue Populaire, a donc écrit un article, À Saint-Henri, sur les pas de Florentine, il était accompagné du photographe Conrad Poirier. Les photos étaient toujours en noir et blanc, la couleur étant réservée pour les annonces publicitaires. L’auteur a donc visité les lieux où se déroulent plusieurs scènes de la triste histoire de Florentine Lacasse. J’en ai choisie quatre, dont l’intérieur de l’église paroissiale où Florentine est allée prier la Sainte Vierge pour revoir Jean, le jeune homme dont elle est éprise. Une des photos montre un cinéma de quartier, où Florentine a attendu Jean en vain, tandis que sur une autre, nous voyons le restaurant du quartier « Les Deux Records », et enfin, on peut voir la demeure où Azarias Lacasse va déménager sa famille. Il dira à sa femme, Alphonsine : « J’ai trouvé notre affaire! Cinq chambres, une salle de bain et un petit bout de galerie. » L’été dernier, j’ai relu ce roman de Gabrielle Roy. Je me rappelle que maman avait dit après en avoir fait la lecture : « Être pauvre en ville, c’est bien pire qu’être pauvre en campagne… c’est la misère! »

IMG_20160209_0003 Dans un autre numéro de la Revue Populaire, en 1947, j’ai trouvé un reportage photos sur les restaurants les plus réputés de Montréal. Je ne peux pas publier toutes les photos, mais je vous fais voir quelques-uns de ces endroits bien connus à l’époque. Malheureusement, je ne pourrais pas vous dire si ces lieux existent encore. Voici les photos de quatre de ces restaurants : La Bohème, sur la rue Guy, le Café Martin, sur la rue de la Montagne, Chez Pierre, rue Labelle et le plus récent, le Quartier Latin, rue de la Montagne. On mentionnait aussi Le Café Busque et Chez Ernest, tous deux sur la rue Drummond et Chez Roncari, rue Saint-Laurent.

IMG_20160209_0016Pour terminer cette première partie des « extraits des papiers de Jeanne », en 1952, une page de la revue soulignait les 4 ans du Prince Charles… futur roi d’Angleterre. L’article de la revue titrait « Un petit garçon pas comme les autres ». On disait dans cet article qu’un des spectacles qui le fascinait le plus était la relève de la Garde. On dit qu’ « il imitait ensuite avec un réalisme saisissant tous les mouvements des gardiens à la tunique écarlate. »

 À bientôt pour d’autres vieux potins.

© Madeleine Genest Bouillé, 9 février 2016

Mes amis, les livres! (2e partie)

Ma mère, Jeanne, et moi (été 1959).

Ma mère, Jeanne, et moi (été 1959).

Pour parler de livres, un texte, ça ne suffit pas! Tout d’abord, j’aimerais vous partager les livres préférés de ma mère, et puis, pourquoi pas aussi les miens. Ces beaux romans d’amour qu’elle lisait et relisait… les auteurs s’appelaient Magali, Claude Jaunière; il y en avait d’autres aussi dont j’ai oublié les noms. Je me souviens de quelques titres: Pourquoi lui?, Romance à Grenade, J’aimais un vagabond. Le roman qu’elle préférait entre tous était Le collier brisé de Concordia Merrel. Quelque temps après le décès de maman, j’ai eu envie de lire l’histoire de ce fameux « collier brisé ». C’est un beau livre, bien écrit, un vrai roman d’amour compliqué à souhait, mais qui finit bien! Pour maman, c’était important que l’histoire finisse bien.

L'auteure Blanche Lamontagne-Beauregard, 1889-1958.

L’auteure Blanche Lamontagne-Beauregard, 1889-1958.

Ma mère aimait aussi la poésie, elle découpait des poèmes dans les journaux et les revues et elle aimait particulièrement Blanche Lamontagne-Beauregard, l’une des premières femmes journalistes au Québec. Lors d’un voyage en Gaspésie, il y a plusieurs années, j’ai acheté un recueil de poèmes choisis parmi les livres qu’a publiés cette écrivaine que je ne connaissais que peu. Je vous ai dit dans une autre « grain de sel », combien ma mère aimait les paysages champêtres. Eh bien voilà! La poésie de Blanche Lamontagne-Beauregard, c’est une suite de paysages campagnards, en toutes saisons. Tantôt on longe le fleuve, à d’autres moments on marche dans le bois, on gravit une colline… on cueille des fleurs ou des fruits dans les champs : « Viens dans les champs fleuris, la nature t’appelle… la plaine est souriante et les bois sont joyeux. » Les poèmes sur l’automne et l’hiver sont plus nostalgiques… mais tellement beaux, tels Le Noroît : « Le noroît siffle dans les branches… Il fait bien noir, il fait bien froid… Et la nuit jette son effroi… » C’est là que j’ai découvert que j’aimais la poésie!

EmmanuelMa mère privilégiait les œuvres de Germaine Guèvremont, Gabrielle Roy, Françoise Gaudet-Smet et Antonine Maillet. De cette dernière, elle aimait surtout Emmanuel à Joseph à Davit. Ce livre est un conte de Noël. L’auteure nous raconte la venue d’un enfant, dont les parents en voyage ont dû se réfugier dans une cabane de pêcheurs au pays de la Sagouine. J’aime les livres d’Antonine Maillet et comme maman, je préfère aussi ce merveilleux conte, l’un des moins connus parmi les livres de cette auteure.

bois-d-ebene-de-frank-g-slaughter-977591816_MLAyant commencé à lire très jeune, je lisais tout ce qui me tombait sous la main, parfois même des livres qui ne portaient pas le Nihil Obstat de l’Évêché. Quand j’ai commencé à travailler au central du téléphone, j’achetais des livres de la collection Marabout Mademoiselle, au  « petit magasin vert », (magasin de Corinne Paris qui fut plus tard repris par sa nièce, Yvette Loranger – aujourd’hui la boulangerie Au Soleil levain). Si j’en ai lu de ces petits livres! Ils ne coûtaient vraiment pas chers, alors je ne m’en privais pas. La « Chef-opératrice », comme on l’appelait, était aussi une fervente lectrice et elle laissait souvent quelques livres au central, pour la semaine « de nuit ». Étant plus âgée que moi, elle me conseillait sur ce qui me convenait ou pas. C’est ainsi que j’ai découvert les romans de l’auteur américain Frank Slaughter. Il s’agissait de traductions évidemment, mais tellement bien écrits! L’auteur était médecin, alors les principaux personnages de ses livres étaient invariablement des médecins. Les histoires variaient entre le roman biblique, dont David, qui raconte la vie du roi d’Israël, ou le roman de cape et d’épée, tel Bois d’ébène, roman d’aventures de l’époque des marchands d’esclaves. J’ai conservé plusieurs de ces romans; j’en ai relu un l’été dernier… malgré le style un peu compassé, c’est encore bien beau!

L'un de mes livres préférés: Les Quatre Saisons, de Jean Provencher.

L’un de mes livres préférés: Les Quatre Saisons, de Jean Provencher.

Il fut un temps où j’étais abonnée à un club de lecture, « Les Éditions Rencontre ». J’ai ainsi lu certains classiques : Émile Zola, Alexandre Dumas et combien d’autres. Puis j’ai fait des choix très variés. Entre Pierre Daninos, Marcel Pagnol, Daphné Du Maurier, Saint-Exupéry, Agatha Christie… et j’en passe! Je lis encore un peu de tout; étant bénévole à la bibliothèque municipale, j’ai le loisir de connaître de nouveaux auteurs, d’essayer de nouveaux genres. Récemment, ma petite-fille Marie-Claire  m’a même fait découvrir le roman fantastique avec son premier livre Le trône d’Irysie… j’ai hâte de lire la suite! Les livres que je me plais à relire sont encore mes vieux romans de Pearl Buck, Daphné Du Maurier, Gabrielle Roy; et plus que tout, Jean Provencher et ses Saisons dans la Vallée du Saint-Laurent (c’est mon livre d’Histoire!), Jean O’Neil, (lui, c’est ma Géographie)… Sans oublier mes beaux livres d’images, ceux de la collection Aux limites de la mémoire ainsi que les volumes d’Henri Dorion et Pierre Lahoud, des merveilles! Je le redis, on ne s’ennuie jamais dans une maison où il y a des livres!

© Madeleine Genest Bouillé. 29 janvier 2016

Les passe-temps de Jeanne

Jeanne, ma mère, était une femme qui sortait peu de chez elle. Surtout à partir du jour où nous avons habité la vieille maison de pierre dans le rue Johnson, la vieille route. Elle s’y trouvait bien, elle vivait au milieu des gens et des choses qu’elle aimait. Vous ai-je dit que les paysages préférés de ma mère étaient justement ceux qui entouraient notre chez-nous? Les champs, les arbres, les vieilles clôtures de perches, les vaches broutant paisiblement. Elle trouvait cela reposant… elle aimait les alentours de sa maison autant que l’intérieur!

IMG_20160116_0003Malgré l’ouvrage qui ne manquait pas et sa grosse famille, elle se ménageait des moments de loisir, le soir surtout, quand les enfants étaient couchés ou sortis. J’ai déjà parlé des coussins qu’elle recouvrait de tissus décorés au gré de sa fantaisie. Souvent, aussi, maman dessinait; elle choisissait des petits motifs qu’elle trouvait dans des revues. Elle se procurait du papier à lettre dont elle ornait le haut des pages de ces petits dessins qu’elle reproduisait à l’encre de Chine et que, parfois, elle coloriait. Elle vendait ce papier à lettre au petit magasin de Mademoiselle Angela Dussault, qui demeurait au rez-de-chaussée de l’ancien bureau de poste, juste à côté de l’école du village.

Jeanne avait un autre passe-temps…dont j’ai hérité quelque peu. Elle était « ramasseuse ». En plus des modèles pour ses dessins, elle découpait des poèmes, des articles dans les journaux et les revues, des récits d’événements qui étaient survenus à Deschambault surtout. J’ai trouvé entre autres choses, un compte rendu paru dans l’Écho de Portneuf, il s’agit de la messe de minuit à Deschambault en 1928. Je vous livre cet article intitulé Noël à Deschambault  :

« La fête de Noël fut célébrée solennellement en notre paroisse. M. le curé Lepage officia à la messe de minuit et à la messe du jour et M. le vicaire fit le sermon de circonstance à la messe du jour. La chorale qui exécuta un très joli programme musical remporta un grand succès. En voici le programme

MESSE DE MINUIT
Entrée : Minuit Chrétiens
Messe en trois parties de Ste-Thérèse de T. la Hache
Offertoire : Adeste Fideles
À la fin de l’Évangile : Ça Bergers, assemblons-nous.

MESSE DE L’AURORE
Bergers, entendez-vous?
Les anges dans nos campagnes
Suspendant leur douce harmonie
Jésus de Nazareth
Dans le silence de la nuit
Nouvelle agréable
Dans cette étable
Il est né, le Divin Enfant

À la messe du jour, la chorale répéta la messe de Minuit et à l’offertoire, Puer Natus Es, en trois parties, par six voix. »

Il y a 88 ans de cela … et la messe de minuit à l’église de Deschambault attire toujours autant les foules!

Une pièce de théâtre ayant pour titre La Veillée du bon vieux temps avait été jouée les 6 et 7 février 1929. Cette pièce avait connu un immense succès. Le texte relatant cette soirée théâtrale a paru dans le numéro spécial du Phare en janvier 2000. Je vous en ferai part en décembre peut-être… si ça vous intéresse!

Julien et Jeanne, 1973.

Julien et Jeanne, 1973.

Dans la famille de mon grand-père, on s’intéressait aux élections et j’ai comme preuve, une copie de la liste électorale de l’Arrondissement no.1 – ce qui me semble être uniquement le « rang d’en bas » et le village – à l’élection du 24 août 1931. On y retrouve 248 noms, des hommes seulement, les femmes n’ayant pas encore le droit de vote. Un autre dossier assez volumineux contient des listes, soigneusement transcrites de la main de maman; on y trouve de tout : des mariages, des sépultures et combien d’autres. Sur l’une d’entre elles, sont inscrits les noms des élèves qui ont « marché au catéchisme » avec ma mère, du 26 mars au 26 avril 1920, alors qu’avait lieu la Profession de Foi.

Quand la journée de travail de Jeanne était terminée, elle avait toujours quelque chose à lire, quelque chose à écrire, un peu de couture à finir… Elle se couchait quand tout le monde était rentré – la plupart de ses enfants étant plutôt veilleux, alors seulement, elle se permettait d’aller dormir. Ma mère ne s’ennuyait jamais… moi non plus!

© Madeleine Genest Bouillé, 16 janvier 2016

Dessin de Jeanne.

Dessin de Jeanne.