De portraits en chansons…

Je fouille dans mes albums de photos, je cherche quels portraits je pourrais bien vous présenter. J’ai très peu de photos des amies de mon enfance et de celles avec lesquelles j’ai « jeunessé ». Leur photo, elle est dans ma mémoire et ne s’en effacera jamais!

Me voici donc rendue dans mes années d’étudiante au couvent… je cherche. Je regarde les photos de groupe dans l’album du Centenaire en 1961 Je tombe sur une photo prise lors d’une fête qui avait eu lieu en mai ou en juin, avant la fin des classes. Je ne sais pas ce qu’on fêtait, plusieurs groupes d’élèves sont vêtues comme pour une mascarade. La photo qui date de 1953 est tellement mauvaise qu’on peut à peine distinguer les visages. Je me souviens vaguement que j’étais déguisée en servante noire; la scène se passait en Afrique. Nous avions fabriqué un éléphant avec des sacs de jute rembourrés de papier et nous devions le tenir pour qu’il ne tombe pas! C’est tout ce dont je me rappelle. Mon maquillage fait de suie coulait sur ma figure et sur mes bras, tachant ma robe. Pour donner un air de fête à cette journée qui devait être mémorable, on nous avait dit de venir en classe avec une robe ordinaire. Moi, j’avais choisi ma belle robe en taffetas à carreaux rouges… quelle mauvaise idée! Pas de photo, mais un souvenir ineffaçable!

Faute d’images, je peux toujours rappeler quelques-unes des chansons qu’on chantait pendant les récréations. Il y avait toujours des chansons. Même si je n’ai pas de photos des événements, ces souvenirs en musique me rappellent les compagnes avec lesquelles je chantais en chœur. Une des plus connues, et peut-être des plus chantées, est sans nul doute Les cloches du hameau, avec ses « tra, la, la » au refrain, que tout le monde reprend en chœur. Cette mélodie me ramène à ces derniers jours de classe, en juin; la période des examens approchait et nous avions parfois la permission d’aller dehors pour étudier… c’était à l’époque où nous portions encore la robe noire à manches longues, qui n’était pas vraiment une robe d’été!

La période d’études était entrecoupée de chansons, poussées à tue-tête, et il me semble entendre notre chœur improvisé : « Les cloches du hameau, chantent dans la campagne, le son du chalumeau égaye la montagne. On entend… les bergers… chanter dans la prairie, ces refrains si légers qui charment leurs amis ».  Et on entonnait les « tra, la, la» allègrement, avec les voix d’alto qui s’ajoutaient et faisaient un effet si joli!

Voici un chant qui évoque les camps d’été de la Jeunesse Étudiante Catholique, (JEC). En septembre, les grandes qui avaient assisté au camp, avaient toujours de nouvelles chansons à nous apprendre. Il n’y avait rien qui me plaisait plus que d’apprendre une nouvelle chanson! Je suis certaine que vous allez avoir envie de fredonner avec moi  La Bohême : « Chante et danse la Bohème, Faria, Faria-oh… Vole et campe où Dieu te mène, Faria, Faria-oh! Sans soucis au grand soleil, coule des jours sans pareils… Faria… Faria… Faria oh! »

 L’avant-dernière ou la dernière année, la chanson à la mode était Belle alouette grise. Elle avait d’ailleurs été publiée dans un des derniers cahiers de La Bonne Chanson. Il s’agit d’une histoire ancienne, avec un marin qui veut marier la fille du Roi. Quand le Roi répond « Petit marin, tu n’es pas assez riche », celui-ci répond : « J’ai trois vaisseaux dessus la mer jolie. L’un chargé d’or, l’autre d’argenterie, et le troisième pour promener ma mie ». Le Roi se ravise alors et lui dit : « Petit marin, tu auras donc ma fille! ». Le marin  voulant avoir le dernier mot répond : «  Sire le Roi, je vous en remercie. Dans mon pays, il y en a de plus jolies! » Alors on chantait allègrement en chœur, voix d’alto comprise : « Va, va ma petite Jeannette, va, va, le beau temps reviendra…. »

Plusieurs portraits défilent dans ma tête au rappel de ces chansons. Nous étions heureuses et nous ne le savions pas!

© Madeleine Genest Bouillé, 3 août 2018

L’école avant les polyvalentes et les cégeps

Je reviens souvent sur le temps où j’étais étudiante. Mais je me rends compte, comme ça en passant, qu’il y a maintenant plus de cinquante ans que la centralisation des écoles a bouleversé les villages en y introduisant des autobus scolaires, et en y construisant les écoles les plus affreuses de tous les temps! Il y a aussi 50 ans et plus que les polyvalentes et les cégeps ont été créés. Le temps passe… et les polyvalentes ont eu le temps de devenir des écoles secondaires et les premiers diplômés des cégeps sont maintenant à la retraite!

Je comprends pourquoi, quand je parle du temps de mes études au Couvent de Deschambault, j’ai l’air de sortir d’un autre siècle. Je sors effectivement d’un autre siècle! Alors, une fois pour toutes, je vous raconte ce qu’était l’école au temps du « Département de l’Instruction publique de la province de Québec ».

Comme j’en ai souvent fait mention, j’ai fait mes études au Couvent des Sœurs de la Charité de Québec à Deschambault, de la 3e à la 11e année.  J’avais tout d’abord fait une année dans une classe privée, où l’on nous donnait des rudiments de lecture, écriture et arithmétique, sans oublier le catéchisme, ce qui nous permettait de faire notre Petite Communion. Pour la dixième, ou vingtième fois, je le redis : moi, j’avais surtout hâte de pouvoir lire les bandes dessinées dans le journal, surtout « Philomène ». Cette première année a eu pour résultat qu’on m’a classée en 3e année dès mon arrivée au couvent à l’âge de 6 ans. La bonne Mère Sainte-Flavie était ébahie de mon habileté pour la lecture… Si elle avait eu l’idée de tester mes aptitudes pour les chiffres, j’aurais plutôt été placée en 2e année.

Classe de Mère Sainte-Flavie au couvent en 1961.

Pour faire le compte de mon niveau d’instruction, je dois ajouter mes trois mois à l’école Normale de Pont-Rouge. J’ai heureusement été malade, ce qui m’a obligée à faire une pause et m’a aussi donné l’opportunité de réfléchir au fait que la profession d’institutrice, comme on disait dans le temps, n’avait pour moi aucun attrait. Il faut dire qu’à la fin de ma 11e année, je n’avais que 15 ans. La plupart de mes amies s’en allaient étudier à l’école Normale, alors, pourquoi pas moi?  Comme je l’ai déjà mentionné, nous n’avions pas beaucoup d’options. Je rêvais d’être actrice, mais on m’avait prévenue que je devais oublier cette lubie.

Parlons plutôt des établissements scolaires à Deschambault. En plus du Couvent et de l’école du village, il y avait si je me rappelle bien, quatre ou cinq écoles de rang, (je ne me souviens pas s’il y avait une école au 3e Rang). Dans ces écoles, les institutrices donnaient les cours de la 1ère à la 6e ou 7e année. À l’école du village, il y avait deux classes, celle qui regroupait les filles et les garçons de la 1ère à la 6e année et la classe des garçons où l’instituteur donnait les cours jusqu’en 10e année.

Le Couvent était d’abord un pensionnat où on retrouvait des jeunes de toutes les régions du Québec. On y accueillait les filles de la 1ère à la 12e année et les garçons jusqu’à la 6e année. Quatre classes se partageaient les élèves pensionnaires et externes. Au 3e étage, la classe de Mère Sainte-Flavie regroupait les 1ère, 2e et 3e années. Il y avait aussi la classe des 4e et 5e et celle des 6e et 7e années. Au 2e étage, la classe qu’on appelait pompeusement l’Académie, recevait les filles de la 8e à la 12 année jusqu’en 1958, alors qu’on a supprimé la 12e. Cette classe était située derrière la chapelle.

Les finissantes de 11e année avaient accès aux études supérieures, soit à l’école Normale, l’école Ménagère ou à l’Université, quoiqu’à mon époque, la proportion de filles qui se rendaient aux études universitaires était plutôt minime. Les études coûtaient cher, les familles étaient nombreuses et il faut bien avouer que beaucoup de filles comptaient travailler « en attendant » soit le Prince charmant ou l’appel de la vocation religieuse! Je vous rappelle que j’ai terminé mes études en 1957… Heureusement pour moi, quelques mois après mon court séjour à l’École Normale, on avait besoin d’une remplaçante au Central du téléphone. C’est devenu mon métier et après quelques mois, un poste se libérait et j’y ai travaillé jusqu’à mon mariage en juin 1964, alors que le « téléphone à cadran » faisait son entrée à Deschambault en septembre de cette même année.  Heureuse coïncidence!

L’ancien couvent de Deschambault, en cours de restauration (photo: P. Bouillé, mai 2018).

© Madeleine Genest Bouillé, 19 mai 2018

Les enfants du temps de la guerre – 1ère partie

Si vous êtes nés entre 1939 et 1945, vous faites comme moi partie des « enfants du temps de la guerre ». Notre famille comptait dix enfants, dont quatre qui sont nés durant la 2e guerre mondiale. Sur les dix, quatre ne sont déjà plus de ce monde, mais rien n’empêche que nous étions faits forts! Réellement, je crois que nous sommes la génération qui a vécu le plus de changements, et cela à tous les niveaux… on était capables d’en prendre, on l’a prouvé et on le prouve encore!

Moi, avec deux autres filles, en 1946.

Tout d’abord à notre époque, presque tous les enfants naissaient à la maison. Les bébés, garçons ou filles, portaient tous les mêmes vêtements; une petite jaquette attachée par des cordons dans le dos, des chaussons tricotés et des couches en coton, que la maman avait taillées et cousues. Ces couches étaient lavées et rincées à l’eau de Javel aussi souvent qu’il était nécessaire. Il arrivait que la mère soit dans l’incapacité d’allaiter le petit dernier qui était arrivé un peu trop vite après l’avant-dernier, surtout s’il s’agissait du sixième ou du septième! Nous étions alors nourris au bon lait de vache, et nous nous en portions fort bien! Quand venait le temps de manger, le Pablum suffisait à la tâche jusqu’à ce qu’on ait assez de dents pour se nourrir comme tout le monde. Sans problème majeur, notre première intervention médicale était le vaccin qu’on recevait avant d’entrer en classe, en 1ère année, comme de raison, puisqu’il n’y avait pas de classe maternelle. Le dentiste? On n’allait quand même pas gaspiller de l’argent pour faire traiter des dents de lait!

Nous avons tous, sauf rare exception, étés baptisés dans la religion catholique et nous avons fait notre première communion, le plus tôt possible, entre cinq et sept ans. À partir de là, nous devions assister à la messe tous les dimanches et jours de fête et les garçons étaient bien vite enrôlés dans la cohorte des enfants de chœur et des servants de messes. Les filles n’étaient pas autorisées à franchir la balustrade séparant le chœur de l’église, de la nef… autre temps, autres mœurs! La confirmation suivait de près la « petite communion », l’âge pouvant varier du fait que l’évêque ne passait dans la paroisse qu’à tous les quatre ans. En sixième, vers la fin de l’année scolaire, on « marchait au catéchisme », pour faire notre communion solennelle – ou profession de foi. Pour plusieurs, soit par manque de goût pour les études, parfois aussi à cause de la situation financière des parents, cette étape marquait la fin de la scolarité. On avait tout de même appris que « marcher c’est bon pour la santé », étant donné qu’il n’y avait pas d’autobus scolaire… On allait à l’école à pied, par tous les temps, que ce soit au couvent, à l’école du village ou aux écoles de rang!

L’école de rang située dans le 2e Rang ouest.

Passé les études primaires, l’instruction n’était pas gratuite; cependant, plusieurs villages, s’enorgueillissaient de posséder un couvent tenu par des religieuses, lesquelles accueillaient les filles, de la 1ère jusqu’à la 11e ou la 12e année, ce qui était l’équivalent du secondaire. Plusieurs filles de ma génération ont cessé leurs études plus tôt; elles demeuraient à la maison, aidant leur mère, surtout si elles étaient l’aînée d’une famille nombreuse. Elles apprenaient donc leur métier de femme au foyer, en attendant le « prince charmant »! Pour celles qui désiraient continuer, il demeure que les choix de carrière étaient assez limités, comparé à aujourd’hui. Les Écoles Normales qui formaient des institutrices étaient très populaires. On y accédait après la 11e année et selon qu’on choisissait le Brevet C, B, ou A, les cours s’échelonnaient de un à quatre ans d’études. Le cours d’infirmière se donnait dans les hôpitaux. Je me souviens qu’on exigeait la 9e année, mais il fallait avoir 18 ans. Une autre option qui était assez répandue était le cours de puériculture, qui formait des gardes-bébé. Les exigences étaient, si je me rappelle bien, les mêmes que pour le cours d’infirmière. La vocation religieuse, dont on avait l’exemple tout au long de nos études au couvent, était tentante pour les jeunes filles qui rêvaient d’une vie consacrée aux bonnes œuvres; plusieurs compagnes ont donc endossé l’uniforme de l’une ou l’autre congrégation, mais peu d’entre elles y sont demeurées. La plupart se sont mariées, ont eu des enfants et maintenant, ce sont des grand-mères heureuses, enfin, c’est ce que j’espère! À ma connaissance, deux de mes anciennes compagnes font toujours partie de la communauté des Sœurs de la Charité de Québec.

Septembre 1949, les élèves du couvent.

Les garçons, après la 6e année, avaient la possibilité de faire le cours classique, qui durait huit ans et qui donnait accès à l’Université, bien entendu, si les parents en avaient les moyens! Il y avait alors plusieurs collèges classiques tenus par des communautés religieuses masculines, lesquelles privilégiaient évidemment la prêtrise. Comme on avait aussi besoin de gens de métiers, les écoles techniques offraient des cours comme la mécanique, l’électricité; ces cours s’échelonnant sur un ou deux ans, selon le cas. Cependant, plusieurs garçons choisissaient « l’école de la vie », en ce sens que souvent, ils restaient à la maison et travaillaient avec leur père, se préparant à reprendre la ferme ou autre entreprise familiale. Il ne faudrait pas oublier non plus tous ceux qui ont choisi d’aller naviguer sur le fleuve, parce qu’ils avaient grandi dans un village sur le bord  du Saint-Laurent, et qu’ils voyaient chaque printemps partir leurs aînés, en se disant : «  Si je peux donc avoir 18 ans, je vais embarquer moi aussi! »

Une chose est certaine, les études coûtaient cher! C’est sans doute pour cette raison qu’en 1960, au Québec, le taux d’étudiants qui se rendaient en 7e année était de 63%, tandis que le taux de ceux qui allaient jusqu’en 11e année n’était que de 13%. Il faudra attendre jusqu’en 1964, avec le nouveau Ministère de l’Éducation, pour que l’instruction devienne accessible à tous les jeunes. Enfin, en 1967, on assistait à la création des polyvalentes et, système unique au monde, des cegeps : Collèges d’Enseignement Général et Professionnel. On est rendus loin! Vous comprendrez que les « enfants du temps de la guerre » étaient déjà à peu près tous mariés et qu’ils avaient quelques enfants… pas mal moins, toutefois, que leurs parents!

Pour ce qui est de la pratique religieuse, si « la révolution tranquille » a contribué pour une bonne part à la baisse de fréquentation des églises, il y a eu plusieurs autres facteurs. Entre autres, la tenue du concile œcuménique Vatican II, en 1965, symbolisant l’ouverture au monde et à la culture contemporaine, a quand même « brassé la cage » des préceptes et de la liturgie conventionnelle. La messe célébrée face aux fidèles, la communion « dans la main », les prières et les chants dans la langue du peuple, on se souvient des « messes à gogo » avec les chants accompagnés à la guitare; tous les gens d’un certain âge ont fredonné : « Seigneur, nous arrivons des quatre coins de l’horizon »… Mais plus que tout, la sécularisation des prêtres et des religieuses ont bouleversé les pratiquants qui avaient grandi dans une religion d’interdictions, où souvent « l’habit faisait le moine »!  Les curés en complet, surtout sans col romain, aussi bien que les religieuses en jupe couvrant tout juste le genou, cela créait toute une commotion!

Je vous reviens avec la suite de la vie des « enfants du temps de la guerre ».

© Madeleine Genest Bouillé, 5 mars 2018

Un voyage dans le temps

Je me lève toujours avec une chanson dans l’oreille. Évidemment, je ne choisis pas et ça peut être n’importe quoi; parfois même un air que je n’aime pas du tout. Ce matin, c’était une vieille chanson qu’on entendait à la radio chaque midi; la chanson-thème de l’émission « Le Réveil Rural ». Cette émission débutait à midi et demie, du lundi au vendredi, et je connaissais par cœur la chanson : « C’est le réveil de la nature, tout va revivre au grand soleil ». C’était presque l’heure de  retourner au couvent pour l’après-midi, les cours recommençant à « une heure moins dix »  comme on disait dans le temps. Alors m’est venu le goût de faire encore une fois un petit voyage à l’époque de mes études au couvent de Deschambault…

Moi, étudiante au couvent, en 1951…

Jusque dans mes dernières années, chaque matin, sauf le jeudi, nous commencions notre journée de classe au son de la cloche, à 8 heures 20. Mon voyage aura lieu disons, en 1954,  je suis en 8e année. C’est une belle journée de février, comme celle qu’on a connue le lundi 5, pas trop froide et ensoleillée. Je ne marche pas très vite, avec mon gros sac d’école rempli de cahiers et de livres pêle-mêle. Nous portons encore l’ancien uniforme de notre institution; la robe noire, un peu trop grande, car il faut qu’elle puisse faire au moins deux années. Hier on a changé les dentelles qui ornent les poignets et le col de cette tenue austère, car ces modestes ornements doivent être impeccables… surtout qu’on attend la visite de la Mère supérieure provinciale dans le courant de la semaine. Notre professeur tient à être fière de ses filles. On est dans l’Académie quand même!

Comme tous les autres jours, celui-ci débute par la prière qui est suivie d’un cantique. Lundi, on implore le Saint-Esprit; on aura bien besoin de ses lumières! Mardi, c’est le tour de notre ange gardien et le mercredi est consacré à Saint Joseph. Jeudi étant jour de congé, nous nous retrouvons le vendredi matin, à prier le Sacré-Cœur de Jésus, tandis que le samedi est comme de juste, dédié à la Sainte Vierge Marie. Et les cours se succèdent, en commençant par le catéchisme. Ensuite, vient l’arithmétique ou le français, avec entre les deux, la récréation qui est très bienvenue. Ça passe vite quand même, la cloche sonne : il est 11 heures moins dix! On descend à l’externat (aujourd’hui le vestiaire) où on s’habille et on babille, et c’est le retour à la maison. Le temps d’enlever manteau, chapeau, foulard, mitaines et bottes, de rendre compte de mon avant-midi et il est déjà presque 11heures et demie. À la radio j’entends frapper : « Qui est là? »… « Les Joyeux Troubadours! »… « Mais entrez voyons! » La chanson-thème, interprétée par Estelle Caron et Gérard Paradis, commence ainsi : « Durant toute la semaine, les Joyeux Troubadours, ont confiance en leur veine, et rigolent toujours… » L’animateur était Jean-Maurice Bailly, qui était aussi commentateur à la Soirée du Hockey. On dinait à midi, en écoutant « Jeunesse dorée » jusqu’à midi et quart et ensuite « Rue Principale », les radioromans que nos mères, pour la plupart, écoutaient religieusement, tout en s’occupant du dîner.  Elles faisaient régulièrement deux choses à la fois!

Couvent de Deschambault, autour de 1950

Comme je l’ai mentionné au début de ce texte, « Le Réveil Rural » nous retournait dehors, alors qu’on serait bien demeurés à la maison une autre petite demi-heure, surtout quand il faisait tempête. Les cours de l’après-midi étaient plus variés étant donné que selon le jour de la semaine, on alternait entre les matières moins importantes, tels l’histoire, la géographie, l’anglais, le dessin et l’enseignement ménager, cours qui était parfois donné à la cuisine de Mère Saint-Fortunat. On allait volontiers à ce cours qui se terminait souvent par une dégustation. J’aimais beaucoup moins quand l’enseignement ménager consistait en un cours de tricot ou de broderie, ouvrages dans lesquels je n’ai jamais excellé. L’après-midi était aussi entrecoupé par une récréation. Quand il neigeait, nous passions ce moment dans la « salle des filles » (maintenant le théâtre Élise-Paré). On chantait, on faisait des rondes comme « Trois fois passera la dernière, la dernière y restera »; on riait et on criait beaucoup! Ça faisait du bien de se défouler, car le silence était de rigueur durant les cours. Pendant l’hiver le mercredi, les cours se terminaient plus tôt, car nous allions à l’église pour la prière du Carême. Je n’ai pas de très bons souvenirs de cette sortie; sans doute parce que je n’ai jamais passé un hiver sans tousser quelques semaines, quand ce n’était pas un bon mois! Un rien pouvait déclencher la quinte de toux : la descente du deuxième étage jusqu’à l’externat où l’on s’habillait à la hâte, et ensuite il fallait se dépêcher pour ne pas être en retard à l’église. Était-ce le contraste entre chaud et froid? Bien que petite pour mon âge, j’étais facilement essoufflée, alors, après dix ou quinze minutes de récitation du chapelet à voix haute, je commençais à tousser! Quelqu’un me passait une pastille; la bonne mère qui nous accompagnait se  dérhumait, sans doute pour que j’en fasse autant… Rien n’y faisait! C’était vraiment mon calvaire!

Septembre 1949, les élèves du couvent.

Les autres jours de la semaine, les cours se terminaient à 4 heures moins dix. Pour les élèves qui restaient à l’heure de l’étude, de 4 heures 20 à 5 heures 20, il y avait une période de récréation. Les pensionnaires prenaient leur collation dans le « réfectoire des filles » (la salle du rez-de-chaussée), tandis que les externes avaient le choix, soit de demeurer à l’externat pour prendre leur goûter ou de sortir et aller s’acheter une friandise au magasin de mademoiselle Corinne Paris (où se trouve de nos jours la boulangerie). C’est justement lors d’une de ces sorties à l’heure de la collation que j’avais un jour commis une faute impardonnable! Eh oui! Succombant à la tentation que représentait pour moi une tablette de chocolat Caramilk à 5 sous, j’avais utilisé les quelques sous destinés à la Sainte-Enfance, pour m’acheter cette friandise tant convoitée! Durant le Carême, en plus!

Mais heureusement dans ma vie d’écolière, il n’y avait pas que mes gros rhumes, le Carême et la Sainte-Enfance! Il n’y avait pas non plus que des cours de mathématiques… Et l’hiver passait, pas moins ni plus vite que maintenant. Chaque jour, à midi et demie, j’entendais « Le Réveil Rural » qui me disait : « Ô la minute libre et pure de la campagne à son réveil… autour de toi, l’instant proclame l’amour, la paix, la liberté! » Sur ces   belles paroles, je partais pour une autre demi-journée d’école, avec la belle insouciance de mes 13 ans!

© Madeleine Genest Bouillé, 7 février 2018

Ce bonheur dont on parle tant

Berthe Bernage.

« Que ça passe vite, les jours heureux! Mais ça passe sans passer tout à fait, car l’essence même de ce qui les rendit heureux demeure après qu’ils sont effacés du calendrier. » Cette phrase d’une romancière française, Berthe Bernage, auteure chère aux jeunes filles des années 50, m’est revenue, alors que quelques jours après Noël, je sortais mes calendriers 2018. Je suis maniaque de calendriers, il y en a au moins un dans chaque pièce, et quand ceux que j’ai ne me plaisent pas, j’en fabrique. Cette année, j’en ai reçu un nouveau : le calendrier des Scouts, assez grand, coloré; il y manque cependant les lunes. Mais, bon, on ne peut pas tout avoir! Et ce calendrier me vient de ma petite-fille Émilie qui est membre du mouvement Scout depuis l’automne.

Oui, vraiment, ça passe vite les jours heureux! Mais ça laisse des traces… Quand j’étais étudiante au couvent, il arrivait que je doive réciter un poème, lors de l’une ou l’autre fête. J’aimais cela et il faut croire que j’avais ce talent qui me faisait oublier ceux que je n’avais pas! Je me souviens d’une fois où j’ai dû m’exécuter en public. Je devais réciter un poème qui s’intitulait simplement Le Bonheur. Ce texte décrivait le bonheur comme une chose plutôt aride. Entre autres définitions, on disait : « Être heureux c’est bien simple et peu de choses à faire… C’est d’abord d’être bon et d’aimer son devoir, se contenter de peu, vivre toujours d’espoir… ne demandant à l’or que le strict nécessaire ». Il fallait aussi « accepter en chrétien, les chagrins, les douleurs dont chacun a sa part. » Ce n’était pas rose! Je ne me souviens plus du nom de l’auteur, j’avais à peine 12 ans et j’avoue que je ne comprenais pas très bien le sens de ce texte. Curieusement, je n’ai jamais oublié ce poème et je peux encore le réciter par cœur.

Marie Noël

Quelques années plus tard, j’eus la chance de réciter un extrait de La Prière du Poète, de Marie Noël. J’ai aimé ce poème dès les premiers mots : « Donne-moi du bonheur, si tu veux que je le chante! » Enfin, des paroles qui me plaisaient! C’était moins ardu que le bonheur tel qu’on le proposait dans ma première récitation. Ce texte nous apprend, entre autres choses, qu’on n’a pas besoin de beaucoup de bonheur pour en donner autour de soi: « Un peu, si peu, pas même de quoi emplir mon dé à coudre, mais de quoi remplir le monde par surcroît! » Beaucoup de poètes et d’écrivains ont disserté sur ce sujet et on revient souvent à ceci : on n’a que le bonheur qu’on partage. D’une manière plus poétique, on dit que : « Le bonheur est une fleur dont on ne respire le parfum que dans la main d’autrui. » Comme le dit cette pensée d’un autre auteur inconnu, le bonheur a ses exigences car : « il ne se rencontre que lorsqu’on ne pose pas de conditions. » Et il est très important aussi « d’avoir confiance en la possibilité du bonheur; ça l’attire. »

« Il n’y a pas de chemin qui mène au bonheur, le bonheur EST le chemin. » Encore une fois, je ne sais pas qui a écrit ceci, mais cela exprime bien ce qu’est véritablement cet oiseau rare qu’on nomme « bonheur ». C’est un chemin pas toujours facile à suivre. À certains moments, il faut vraiment se persuader qu’on est sur la bonne route; ça monte, ça descend… Parfois la route rétrécit, ce n’est à peine plus qu’un sentier. Mais si on y croit, déjà la montée sera moins difficile. Il y a une autre particularité très importante pour cheminer avec bonheur : c’est d’avoir quelqu’un avec soi, quelqu’un qui compte sur nous pour suivre ce chemin. Car, il paraît que « trois choses suffisent pour être réellement heureux en ce monde : quelqu’un à aimer, quelque chose à faire et quelque chose à espérer. »

Quand on était finissante au couvent, il était d’usage de posséder un carnet d’autographes et, vers la fin de l’année, on y faisait signer nos professeurs et aussi le plus grand nombre d’élèves possible. Même les « moins amies », tant il est vrai qu’au moment de se quitter pour une autre vie, on sentait le besoin de garder un souvenir des personnes que nous avions côtoyées tout au long de nos années d’étudiante.  J’ai retrouvé ce carnet et j’ai relu les messages de mes anciennes compagnes de classe. Pour la plupart, on y retrouve des vœux de bonheur et de succès dans la vocation choisie… rien que ce mot « vocation » indique l’âge du carnet!  J’avais aussi fait signer mes parents et quelques membres de ma famille.  Ma mère avait écrit : « Si tu es une grande étoile au firmament, brille de tout ton éclat. Et si tu es une petite étoile, brille toi aussi de tout ton éclat. » Mon père avait choisi cette pensée : « Pour conserver son bonheur, il faut être heureux tout bas. » J’ai refermé le carnet et j’ai réalisé que ces deux petites phrases reflétaient bien la personnalité de mes parents. Mon père était un homme discret qui n’étalait pas ses sentiments à tout vent. Orphelin de mère à quatre ans, et de père à huit ans, à ses yeux, le bonheur était certes une chose fragile qu’il ne fallait pas laisser s’échapper. Ma mère avait été élevée à une époque où la modestie était la principale vertu, surtout pour les filles… Il n’est donc pas étonnant de constater qu’elle souhaitait pour ses enfants le bonheur qu’apporte l’épanouissement de la personnalité.

Jeanne et Julien en 1956 (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Oui, ça passe vite les jours heureux!… Nous voici rendus en 2018;  je vous souhaite donc en ce début d’année assez de bonheur pour en semer autour de vous, et bien sûr, le Paradis à la fin de vos jours!

Bonne et heureuse année 2018!

 

© Madeleine Genest Bouillé, 1er janvier 2018

45 ans, déjà!

Eh bien oui! Notre bibliothèque municipale fête cet automne ses 45 ans d’existence. En 1972, le conseil municipal de Deschambault, alors dirigé par le maire Claude Sauvageau, adoptait le projet d’offrir à sa population une bibliothèque de prêt, laquelle serait installée au Vieux Presbytère.

Je me souviens de mes visites à la bibliothèque le vendredi soir, avec mes garçons d’abord et plus tard avec ma fille. Les livres pour adultes étaient rangés dans de grandes armoires dont le haut  était muni de portes vitrées, tandis que les étagères du bas offraient leurs trésors aux tout-petits qui s’asseyaient par terre pour fouiller à leur aise. Quelle belle acquisition!  Et c’était gratuit!

30e anniversaire de la Biblio, en 2002. Le maire de l’époque Jacques Bouillé avec l’une des fondatrices de la bibliothèque, Mme Aline Paquin. À l’extrême droite, on voit l’actuelle responsable, Mme Jacqueline Gignac.

Les premières bénévoles que j’ai rencontrées à la bibliothèque étaient Aline Paquin, Gabrielle Dussault et Yvette Loranger. Elles étaient présentes tous les vendredis, beau temps, mauvais temps! Puis, d’autres se sont ajoutées, dont, Jacqueline Gignac, qui est depuis plusieurs années déjà, la responsable, Marielle Vézina, Madeleine Bilodeau, Jeannette Paré, Cécile Bourgeois, Thérèse Tessier, ma petite belle-soeur Diane… et tant d’autres, que je ne peux toutes nommer, de peur d’en oublier! Si on ajoute les bénévoles actuelles, en comptant aussi celles qui ne sont plus de ce monde, ça doit bien faire une cinquantaine de femmes dont les âges varient maintenant entre 12 et pas loin de 80 ans.  Il ne faudrait surtout pas que j’oublie les quelques hommes, souvent des conjoints de nos bénévoles dont la présence nous est tellement utile, surtout lors de notre souper-spaghetti. Et, bien entendu, nos indispensables Guy et Yvon!

Au début, la bibliothèque ouvrait le vendredi soir seulement. Puis, la clientèle se faisant plus nombreuse, on a ajouté l’ouverture du mercredi soir. À ses débuts, notre bibliothèque était affiliée au Réseau de la Mauricie. En 1984, nous sommes passés au Réseau CNCA (Capitale-Nationale/Chaudière-Appalaches). Les volumes venant du Réseau étaient alors plus nombreux et nous avions déjà commencé à  nous enrichir d’une collection locale qui allait elle aussi en augmentant. En 1987, la bibliothèque déménageait dans l’édifice qui porte maintenant le nom de « Paul-Benoît », en rappel du premier maire de Deschambault.  Les présentoirs étaient dissimulés derrière des portes, sur le théâtre. Et les bénévoles s’installaient à la table du conseil pour faire les inscriptions et les retours! C’est à cet endroit que j’ai commencé à « bénévoler » à la bibliothèque; sous la tutelle de Gabrielle Dussault, qui ne négligeait aucun détail. Merci Gabrielle! C’est aussi en 1987, qu’à la suite d’un concours à l’école primaire, notre  biblio fut nommée « Biblio du bord de l’eau » : un nom bien simple, mais on ne peut plus significatif.

En 1993, la Municipalité de Deschambault se dotait d’un Hôtel de ville, en déménageant ses pénates dans l’ancien presbytère –  pas le « Vieux Presbytère », non, le deuxième, celui qui date de 1872.  Les pompiers qui logeaient à l’arrière de la salle s’en allait   dans l’ancien édifice de la compagnie des Autobus Gauthier.  Et nous avions enfin une vraie salle municipale rajeunie et embellie… ce qui signifiait un autre déménagement pour la bibliothèque, qui s’est retrouvée cette fois, à l’Hôtel de ville, au rez-de-chaussée. Mais, on supposait déjà que cet aménagement  n’était que temporaire.

En 1994, la Municipalité acquérait le couvent des Sœurs de la Charité de Québec, dont les dernières religieuses nous avaient quittés à la fin de juin. Déjà on prévoyait  la création  d’une école de  musique qui viendrait perpétuer l’enseignement musical qui avait toujours eu une place de choix du temps des religieuses.  L’ancien parloir abriterait le bureau de la Fabrique, le vestiaire, qui de mon temps d’écolière s’appelait « externat »,   viendrait continuer l’ouvroir que Sœur Lucienne avait déjà créé depuis quelques années. Une salle de réunion, complétait le côté nord du rez-de-chaussée. Évidemment, il était déjà prévu  que les deux pièces contigües à l’avant du côté sud, seraient  dévolues à la Biblio du Bord de l’eau. Le 15 octobre 1995, la bibliothèque déménageait une fois encore… mais on nous assurait que cette fois c’était pour longtemps.

Vingt-deux années ont passé… Lors de l’installation de la bibliothèque au couvent, la responsable était Claire Matte. Ceux qui ont connu Claire savent qu’elle ne comptait pas ses heures de bénévolat; elle avait donc eu l’idée d’ouvrir le lundi dans l’après-midi en plus des mercredi et vendredi soir.  C’était une idée de génie!  Encore maintenant,  c’est la  plupart du temps la période la plus achalandée. Mais… il y a toujours un « mais »! Vingt-deux ans plus tard, la belle bibliothèque spacieuse, bien organisée, meublée de présentoirs  et de comptoirs assortis, est pleine, elle déborde! On a ajouté des présentoirs, de formes, de couleurs et de matériaux différents,  les quelques deux ou trois cents volumes  du Réseau qui sont changés trois fois par année, se comptent  maintenant aux alentours de 800. La  collection locale que nous présentions fièrement en 1995, à 2,500 livres, est rendue à environ 4,000. On ne doit quand même pas se plaindre le ventre plein! Des réaménagements sont prévus, dans  le  plan de rajeunissement de la vénérable bâtisse qui date de 1861. Notre bibliothèque sera sûrement  rénovée,  de quelle façon?  Je n’en ai aucune idée, mais j’ai confiance. Une bibliothèque municipale, qui compte pas loin de 30 bénévoles et qui dessert la population depuis 45 ans, c’est pas rien, ça mérite considération!

Je ne peux terminer sans rappeler à notre souvenir les amies bénévoles qui nous ont quittés : Rita Delisle, Marthe Mongrain, Madeleine Bilodeau, Yvette Loranger, Jeannette Paré, Claire Matte, Céline Naud et Diane Collette-Genest. J’ose espérer que la bibliothèque céleste est bien garnie… Il ne faudrait quand même pas qu’elles s’ennuient!

La Biblio du Bord de l’eau  ne fait pas que du prêt de livres! Les bénévoles s’impliquent dans plusieurs activités culturelles et communautaires et participent ainsi à la vitalité de notre milieu: souper spaghetti, spectacle pour enfants à la Fête nationale, conférences diverses, rallye, heure du conte, club de lecture, lancement de livres d’auteurs locaux, et depuis maintenant deux ans, la Biblio a pris le relais du Cercle des Fermières et organise le traditionnel déjeuner de la St-Jean!

© Madeleine Genest Bouillé, 1er octobre 2017

Place au théâtre!

Toute jeune, je rêvais d’être une actrice. J’entendais les comédiens à la radio qui jouaient dans les radioromans que j’écoutais soit le midi ou le soir : Jeunesse dorée, Rue Principale, Un homme et son péché. Je ne comprenais pas toujours les intrigues, mais j’écoutais les dialogues et je trouvais ça beau. Je feuilletais la revue RadioMonde, où s’étalaient les photos des vedettes. On voyait les acteurs en train de lire leur rôle à la radio; ils avaient leur texte en mains, ça ne devait donc pas être si difficile!

Au couvent, on présentait de courtes pièces de théâtre, pour Noël ou pour la fin de l’année. Le premier rôle que j’ai joué, c’était en 1954. Nous présentions un texte dialogué de Félix Leclerc intitulé, La Grande Nuit, extrait d’Andante. À vrai dire, ce n’était pas vraiment une pièce de théâtre, en ce sens  qu’il n’y avait pas d’action. Sur la scène, trois étoiles; l’étoile des Bergers et l’étoile des Marins, racontent à la plus jeune, l’étoile des Amours, la nuit du premier Noël. J’étais l’étoile des Marins. Nous  étions juchés sur je ne me rappelle plus quoi, au-dessus d’une rangée de sapins couronnés de neige ouatée; on ne voyait de nous que la figure qui était encadrée d’une grande étoile brillante. Peu m’importait, j’étais heureuse de jouer ce rôle si beau! Le texte était magnifique, mais passablement long, alors on avait ménagé des pauses, pendant lesquelles la chorale chantait des cantiques de Noël.

L’année suivante, on devait monter une vraie pièce en trois actes, avec décors, costumes et tout le tralala! Si je me souviens bien, le titre était : L’orpheline des Pyrénées, œuvre d’un auteur français. J’avais de bonnes notes en français, selon moi, je pouvais donc espérer avoir un rôle, si petit soit-il, j’en serais ravie! On apprenait des récitations pour toutes sortes d’occasions et quand arrivait mon tour, la bonne Mère me gardait quelquefois après l’école pour me faire répéter. Lors d’une de ces répétitions, Mère me demanda, à brûle-pourpoint : « Avez-vous pensé à ce que vous vouliez faire plus tard ? » Il ne m’est pas venue à l’esprit que la réponse à faire était la suivante : « J’aimerais devenir religieuse ». Naïvement, je répondis: « Je voudrais devenir une actrice! » Coup de théâtre! Roulement de tambour… et comme on dit « e finita la commedia »! J’eus droit à tout un sermon dans lequel il était clair que je ne devais pas rêver à cette vie de perdition où je devrais tout d’abord m’expatrier, et où les plus grands malheurs m’attendaient. En terminant avec cette phrase célèbre : « Vous savez, la gloire, c’est le deuil éclatant du bonheur! » Voilà! Je n’ai évidemment pas eu de rôle dans la pièce dont curieusement, je n’ai aucun souvenir. On m’a confié la tâche de « maître de cérémonie ».  Et à compter de ce jour, j’ai souvent tenu cet emploi, ce qui m’a été bien utile, plus tard quand j’eus à parler en public dans les différentes associations dont j’ai fait partie.

Livret de pièce ayant appartenu à Mme E.V. Paris.

Après mes études, alors que je travaillais au Central, j’ai enfin commencé à faire du théâtre, en amateur comme c’est la tradition à Deschambault et ce, depuis très longtemps. En fouillant dans les nombreux papiers de ma mère, j’ai appris qu’il y avait eu déjà dans le passé une troupe masculine, composée d’étudiants qui présentaient du théâtre pendant les vacances d’été. À une certaine époque, il y eut aussi une troupe féminine, sous la direction de Mme E.V. Paris, la mère de Rachel Paris-Loranger, à qui, plus tard, on devra plusieurs magnifiques pièces de théâtre, dont Évangéline, pièce qui relatait la déportation des Acadiens en 1755.  Quand j’ai débuté, c’était Louis-Joseph Bouillé qui était metteur en scène. Il avait lui-même été un des plus brillants comédiens avec Lionel Brisson, dans la troupe de Madame Loranger. À cette époque, le Cercle Lacordaire, mouvement antialcoolique alors très florissant, organisait chaque année en mai, à l’occasion de l’anniversaire du cercle, une soirée où il y avait tout d’abord une partie « sérieuse ». On honorait les membres méritants de 5, 10 ans et plus et ensuite, pour la partie récréative, il était d’usage de présenter une pièce de théâtre qui exploitait, autant que faire se peut, les malheurs causés dans les familles par l’alcoolisme, histoire de faire valoir les bienfaits de l’abstinence.

On était donc en 1961. La pièce qu’on préparait avait pour titre L’Absolution, c’était l’œuvre d’un auteur franco-américain du nom de Victor Vekeman. Nous avons d’ailleurs joué plusieurs pièces de ce même auteur, autant des comédies que des tragédies. Avec un titre comme L’Absolution, il est évident qu’il s’agissait d’une tragédie! Je jouais le rôle de l’épouse d’un ivrogne, mère de deux enfants, je me souviens que Jacqueline Chénard jouait le rôle de ma fille; nous vivions dans la misère et je m’effondrais dès la fin du premier acte. À la fin du 2e acte, mon fils, devenu prêtre, donnait l’absolution à un moribond alcoolique, dans lequel il reconnaissait avec stupeur son propre père! La pièce se terminait sur cette réplique lancée par le jeune abbé : « C’était Hubert! C’était mon père! » C’était vraiment pathétique! Le jeune homme qui tenait ce rôle s’appelait Robert Deshaies; c’était  son premier rôle et il le rendait très bien. Je n’ai pas malheureusement pas de photos de cette pièce, qu’on a jouée plusieurs fois, entre autres à Cap-Santé et à Saint-Gilbert.

Jeu scénique du Centenaire du Couvent en 1961.

Ce  même été, les 15, 16 et 17 juillet, avaient lieu les célébrations du Centenaire du Couvent de Deschambault. Ces fêtes grandioses étaient rehaussées par un jeu scénique intitulé Un phare sur la côte, où se retrouvait un nombre impressionnant d’élèves anciennes et actuelles, interprétant des rôles où se rencontraient des astronomes célestes, des archanges, les sœurs fondatrices du couvent et plusieurs autres personnages historiques.  Je crois me souvenir que cette œuvre magistrale était présentée sur une scène  installée à l’extérieur. J’interprétais justement le rôle d’un astronome céleste, une sorte d’ange… sans les ailes! Bizarrement, je n’ai pas de souvenir de cette pièce, je me rappelle plutôt certaines répétitions, avec les deux compagnes qui me donnaient la réplique, Lorraine Marcotte et Annette Pelletier, avec qui j’avais bien du plaisir.

Mon deuxième exploit en théâtre s’est produit en 1962. On jouait Bichette, une comédie pleine de quiproquos dans laquelle jouaient Élisabeth Montambault, Huguette Dussault, René Montambault, Claude Groleau, Louis-Joseph Bouillé, Lionel Brisson et moi.  J’ai une photo pas très bonne, datée du 18 février 1962… ce qu’on ne voit pas sur la photo, ce sont les « techniciens », dont le petit frère de notre metteur en scène, Jacques, qui ne manquait pas une répétition!

Pièce de théâtre « Bichette », en 1962.

1963 étant l’année du 250e anniversaire de fondation de la paroisse, il va sans dire que tout était mis en œuvre pour que cet anniversaire soit souligné avec tout le faste possible. Un jeu scénique relatant l’histoire de Deschambault depuis la visite de Jacques Cartier à Ochelay, jusqu’après la guerre qui mit fin au Régime français, était sans contredit le clou de ces fêtes qui eurent lieu les 2, 3 et 4 août. Le texte de la pièce était tiré de la toute nouvelle Petite Histoire de Deschambault, de M. Luc Delisle. J’eus l’honneur d’interpréter le rôle de la seigneuresse Éléonore de Grand’Maison, épouse de François de Chavigny. Dans un tableau décrivant la descente des Anglais à Deschambault en 1759, le petit frère du metteur en scène, devenu mon amoureux, figurait un soldat anglais capturé par les miliciens. Comme on dit, « il s’adonnait » à être à Deschambault, ayant laissé le bateau pour profiter des Fêtes… Quelle belle coïncidence! Au cours de l’hiver, nous avions présenté une comédie de Jean des Marchenelles, un auteur belge, que mon futur beau-frère Louis-Joseph appréciait particulièrement. Intitulée Le Château des Loufoques », cette pièce cocasse et absolument hilarante était magistralement interprétée par Louis-Joseph et Lionel Brisson dans les rôles du propriétaire et du majordome d’un vieux château belge, tandis que Gérard Naud et moi formions le couple de nouveaux mariés, pas tellement heureux de passer leur nuit de noces dans un château hanté! Encore une fois, malheureusement pas de photos!

 

En 1964…. je préparais mon mariage. Mais contrairement aux fiancées de l’ancien temps, je ne brodais ni ne cousais… Je travaillais au Central, et ce jusqu’à la mi-mai.  Dans mes temps libres, je faisais partie de la chorale et j’avais écrit une pièce de théâtre pour l’anniversaire Lacordaire. D’abord un titre accrocheur : Au fond du verre. C’était l’histoire d’une jeune fille alcoolique menacée de perdre son emploi, ses amis et son fiancé, quand une amie généreuse lui vient en aide afin de l’aider à vaincre son problème d’alcoolisme. Ayant assisté quelques fois aux sessions d’été des Jeunesse Lacordaire, j’étais assez bien documentée. Partant du fait qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même, je m’étais allouée le rôle principal… Mon frère Georges était de la distribution, de même que Raymonde Pelletier, Jacqueline Chénard et mon fiancé, qui jouait le rôle de… mon fiancé!

Dans les années qui vont suivre, j’ai été plus souvent metteur en scène que comédienne, ce que j’ai adoré.  Je vous reviens donc avec la suite de mon histoire de théâtre!

© Madeleine Genest Bouillé, 24 mai 2017

Mois de mai, mois de Marie

« C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau… » La mémoire s’amuse souvent à embellir nos meilleurs souvenirs, tout comme elle noircit à plaisir les moins beaux. Mais aujourd’hui, en ce début de mai, j’ai le cœur en fête, comme chaque année à ce temps-ci. J’ai de si belles images des mois de mai de ma jeunesse!

Monument à la Vierge, 1963 (communément appelé « la Grotte »).

Ainsi, quand j’étais étudiante et qu’on allait au « Mois de Marie », il me semble qu’il faisait toujours beau. Je me rappelle aussi qu’en sortant de l’église, on s’attardait pour cueillir des lilas derrière le vieux presbytère; curieusement, les photos de cette époque indiquent que le terrain était entouré d’une clôture pas mal haute et difficile à enjamber. Sans doute y avait-il un passage quelque part, car dans le film tout droit sorti de ma mémoire, je marche en riant et en chantant avec quelques jeunes aussi folles que moi et on a chacune un bouquet de lilas! On était très assidues au « Mois de Marie » qui avait lieu tous les soirs de mai, sauf peut-être le dimanche, sur ce point, mon souvenir n’est pas clair. Évidemment, n’ayant pas l’habitude de sortir le soir les jours de classe, ces exercices de piété étaient pour nous une occasion rêvée! À bien y penser, il y avait certainement des soirs où il pleuvait et certaines années, forcément il devait bien arriver que la floraison des lilas soit en retard. Comme quoi la mémoire ne conserve dans son album de photos que ce qu’elle veut bien garder!

Durant mes dernières années d’étudiante au couvent, je me souviens que parfois, au mois de mai, on s’installait sur la galerie le soir pour étudier; les examens de fin d’année approchaient, il fallait redoubler de zèle. Mais quel plaisir nous avions! Comme dans la chanson interprétée par Dominique Michel, En veillant sur l’perron, on se moquait des gens qui passaient et on riait beaucoup pour tout et pour rien. J’avais un petit poste de radio à « transistor », que je plaçais pas loin de la porte, car ce bidule n’avait pas une grande portée et il fonctionnait mieux à l’intérieur qu’à l’extérieur. On écoutait les chansons du Hit Parade américain. Il y avait un nouveau chanteur, canadien celui-là, il s’appelait Paul Anka; à ma connaissance, il est toujours vivant; je l’espère bien, il a mon âge ! Alors quand on entendait un des succès de ce chanteur, soit Diana ou Put your head on my shoulder, c’était l’euphorie! On chantait à tue-tête, sans connaître les paroles, mais ça n’avait aucune importance. Finalement, je ne crois pas qu’on étudiait très fort. De ces moments de notre jeunesse où nous étions, selon les adultes, « pas raisonnables » et « énervées », je ne garde que des souvenirs heureux.  Oui, vraiment, je ne regrette rien de nos folies de jeunes étudiantes. C’était le bon temps!

Un souvenir plus lointain se pointe… il date de mai 1949. Au cours de l’année scolaire, je demeurais chez Aurore et Lauréat Laplante, soi-disant parce que c’était plus près pour aller au couvent, mais en plus, cette année-là, ma famille était occupée par le déménagement qui à l’époque, avait toujours lieu le 1er mai. J’avais gagné lors d’un concours un cabaret décoré d’une image sous verre représentant l’Angelus de Millet. Aurore m’avait suggéré de donner ce cabaret à maman pour la fête des Mères, qui avait lieu le dimanche suivant. Je ne gagnais jamais rien dans les multiples tirages pour les œuvres missionnaires des Sœurs, et cette fois j’avais reçu un prix; je ne me souviens plus pourquoi, sans doute pour un concours de français. Inutile de dire que j’en étais très fière! Mes parents venaient d’emménager dans la vieille maison de pierre, sur la rue qui s’est appelée plus tard Johnson. C’était la première fois où j’allais dans cette nouvelle demeure, et de plus la première fois où je sortais non-accompagnée, sauf pour aller à l’école ou à l’église. Je revois encore Aurore et Lauréat, debout sur le coin de la galerie, qui me suivaient du regard jusqu’à ce que j’aie tourné le coin de l’hôtel Deschambault, lieu de perdition et endroit dangereux en raison des autos qui arrivaient et repartaient à toute heure du jour. C’était aussi la première fois où je marchais dans la vieille route, j’avais 7 ans… Imaginez, c’était toute une aventure! Par la suite, j’ai pris l’habitude de me rendre chez nous à chaque congé et pour les vacances. En 1957, à la fin de mes études au couvent, je suis revenue dans ma famille pour y demeurer, et ce, jusqu’à mon mariage.

Maison Genest, en 1955.

La vie est drôlement faite… après avoir réintégré le cercle familial, dès 1958, je retournais chez les Laplante pour travailler au Central du téléphone, d’abord comme remplaçante et après l’intermède « presseuse » à Ville Le Moyne, je repris le chemin du Central jusqu’en mai 1964.  J’étais prédestinée à fréquenter la vieille maison sise aujourd’hui au 215, sur le Chemin du Roy, puisque mon frère et sa famille y habitent depuis 1974.  À chaque fois que j’y vais, le souvenir des personnes que j’ai connues me revient… et encore plus, depuis le départ de ma petite belle-sœur Diane, qui nous a quittés il y aura bientôt un an.

Moi au 215, chemin du Roy, en 1957…

Aujourd’hui, il n’y a plus de célébration du « Mois de Marie » à l’église et quand je m’assois sur la galerie, c’est pour lire ou pour admirer le paysage, le même depuis plus de 45 ans, mais dont jamais je ne me lasse. J’aime toujours autant le mois de mai et quand je cueille mes lilas sur le bord de la côte en face de chez moi, il me semble que je retrouve un peu de l’insouciance de mes jeunes années!

© Madeleine Genest Bouillé, 27 avril 2017

J’ai tant dansé, j’ai tant chanté!

Quand j’étais étudiante, j’ai appris tout plein de choses importantes : le français, le catéchisme, les mathématiques, les bonnes manières… et aussi la danse et le chant! Nous chantions souvent, à propos de tout et de rien… il ne se passait pas une journée sans qu’on chante. Comme j’ai toujours adoré chanter, je ne m’en plaignais pas! Tout d’abord, comme je l’ai déjà mentionné, jusque dans les dernières années, chaque matin nous commencions la journée par un cantique, qui variait selon le jour de la semaine; lundi, on invoquait l’Esprit-Saint, mardi, notre ange gardien, mercredi, Saint Joseph, jeudi, c’était congé, vendredi était consacré au Sacré-Cœur et samedi à la Saint Vierge. Selon la température, l’humeur ou l’ambiance, ce premier chant était plus ou moins « magané », si vous me passez l’expression.

Quand venait le temps de la récréation, tant qu’il ne faisait pas trop froid, ou plus tard, au printemps, quand tout était sec dehors, nous allions à l’extérieur. Les garçons jouaient dans la cour à côté du couvent. Nous, les filles, prenions nos ébats dans la cour en haut de l’escalier de pierre. Ces jeux ne variaient que très peu… on jouait au « Drapeau » ou à ce qu’on appelait la « Balle au Camp ». Nos bonnes Mères encourageaient fortement les « chefs » à choisir leurs équipières sans parti pris… Sans parti pris? Comme si ça se pouvait! J’en sais quelque chose, j’étais une des plus mauvaises joueuses. Je ne courais pas vite, je me foutais complètement du ballon ou du drapeau… je me tenais le plus loin possible des buts. J’étais toujours choisie la dernière ou presque. Et vraiment, ça ne m’a jamais tellement dérangée. Mais je dois avouer que cette attitude n’aide pas beaucoup à acquérir de la popularité!

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Heureusement, j’avais d’autres occasions pour me reprendre! Les jours de mauvais temps, tout comme en hiver, nous prenions nos récréations dans la grande salle. Et que faisions-nous? Des « rondes », il fallait éviter autant que possible le mot « danse ».  Alors nous dansions sans le dire, en chantant des chansons. Une de ces « rondes » se dansait en chantant : J’ai tant dansé, un folklore qu’on retrouve dans La Bonne Chanson, comme presque toutes les chansons de notre répertoire. Les « rondes », bien évidemment, se dansent en cercle, en se tenant par la main; la plupart du temps; au refrain, on se prend par le bras et on tourne (en swingant, n’en déplaise à nos professeurs). Une autre ronde très populaire était J’ai un beau château; on se divisait en deux cercles et on dansait en sens contraire, ainsi, les filles qui chantaient « J’ai un beau château » allait vers la droite tandis que celles qui répondait « J’en ai un plus beau », allaient vers la gauche.

meunier-tu-dorsCertaines de ces rondes finissaient en débandade, entre autres, celle qu’on faisait en chantant Meunier, tu dors. Cette chanson commence très lentement avec : « Trois canards déployant leurs ailes… », quand on arrive au refrain : « Ton moulin va trop vite, ton moulin va trop fort », la ronde accélère de plus en plus vite, jusqu’à ce que la chaîne se détache. Quand on dansait cette ronde, à la fin, il n’était pas rare qu’une ou deux plus petites tombent par terre, pour le plus grand plaisir des meneuses du jeu qui n’attendaient que ça!

scanParfois, pour changer, on faisait des « chansons de geste ». Je me souviens en particulier de deux de ces chansons : Comme ça et La Cantinière. Dans la première, comme il s’agit de la rencontre de « Majorique » et « Phonsine », c’est une chanson dialoguée, alors on divisait le chœur en deux parties qui se répondaient. Pour ce qui est de La Cantinière, c’est une chanson qui peut s’étirer à l’infini, exemple : « La Cantinière, a de beaux gants, de beaux bas, un beau chapeau », etc. On s’amusait beaucoup à inventer des paroles à ces chansons.

bonheur

Les chansons que je préférais étaient toutefois celles qu’on entonnait quand on était assises dans la balançoire à la fin de l’année pour étudier… les belles mélodies comme Partons la mer est belle, La prière en famille, ou Il faut croire au bonheur. On y mettait tout notre cœur et notre plus belle voix: « Pourquoi rester morose devant les prés en fleurs… Puisqu’il y a des roses, il faut croire au bonheur ». J’y crois encore!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 janvier 2017

100 plus belles.jpgNote :  Les chansons dont je parle sont regroupées dans un petit chansonnier Les 100 plus belles chansons, édité en 1948 par La Bonne Chanson de Ch. Émile Gadbois. Le coût était de 1.00$

 

De beaux moments

J’ai parlé à plusieurs reprises de mon temps d’écolière au couvent de Deschambault. Ce  n’était pas tous les jours fête évidemment, mais tout de même, la vie de couventine n’était pas si terrible! J’ai gardé le souvenir de bien beaux moments, lors d’événements, de fêtes, ou tout simplement en classe avec mes compagnes quand on chahutait un peu, si peu!

Couvent de Deschambault - nb - Bte 31 - 013D 736

Je vous ai énuméré les congés aux différentes époques de l’année scolaire, mais je dois dire qu’il y avait aussi des fêtes moins importantes, qu’on soulignait de maintes façons. Ainsi, en plus du congé de la Toussaint, le 22 novembre, nous fêtions sainte Cécile, la patronne des musiciens. Une année, je ne me rappelle pas laquelle, au cours de cette journée, la religieuse qui enseignait la musique nous avait présenté un petit récital où les étudiantes en piano nous avaient fait entendre quelques-unes des pièces qu’elles avaient apprises. En ce même mois, le 25, c’était la Sainte-Catherine, journée dédiée aux jeunes filles qui « coiffaient sainte Catherine », c’est-à-dire, celles qui à 25 ans étaient toujours célibataires. À quelques reprises nous avons souligné cette fête en dégustant de la tire à la mélasse, que notre bonne Mère Saint-Fortunat avait confectionnée pour l’occasion. Une année, justement pour cette fête, nous nous étions fabriqué des chapeaux, pour « coiffer sainte Catherine » lors de la récréation, qui avait été rallongée pour l’occasion; c’était à qui aurait le chapeau le plus extravagant. Au cours de cette fête, nous avons chanté et dansé; les « grandes de l’Académie » nous avaient enseigné une tarentelle sicilienne très entraînante, toutefois on ne devait pas frapper trop fort du talon sur le plancher, cela risquait de faire sauter le disque sur le phonographe. J’ai encore la musique de cette danse dans l’oreille… et je me rappelle très bien les pas.

sept-49

Le 8 décembre, sur certains calendriers, la fête de l’Immaculée-Conception est encore indiquée. Quand j’étais étudiante, en ce jour, les élèves de 7e année, étaient reçues « Enfant de Marie ». À l’époque où nous avions encore la robe noire, dans les grandes occasions, nous portions alors le large ruban bleu avec l’insigne de Marie. Cette fête débutait solennellement par une célébration à la chapelle. Je ne me souviens pas de l’engagement que nous devions prononcer à haute voix, je me rappelle seulement que la chorale entonnait les plus beaux cantiques à Marie… on se serait cru au ciel avec le chœur des anges! J’en avais les larmes aux yeux. Sur ce point, je n’ai pas changé, la belle musique et les beaux chants m’émeuvent toujours. J’ai oublié ce qui se passait le reste de cette journée; avions-nous une collation, ou congé de devoirs et leçons? Je ne m’en souviens pas! La mémoire retient ce qu’elle veut bien conserver…. et la mienne refuse de me parler de la suite de cette journée du 8 décembre 1952!

J’ai parlé dans un de mes premiers « grain de sel » intitulé Lisette, du jour de ma Profession de Foi, qui a eu lieu le 15 mai 1952. Dans l’histoire de ma vie, c’est évidemment la plus grande fête que j’ai vécue au couvent. Je rappellerai seulement combien cet événement figure parmi mes plus beaux souvenirs de jeunesse… avec quand même un bémol : j’aurais bien voulu moi aussi, avoir une belle robe longue. Toutefois, la cérémonie à la chapelle, décorée de fleurs et de cierges, les beaux chants et, ce qui n’est pas négligeable, le bon dîner et le magnifique gâteau en forme de livre ouvert, œuvre de M. Chalifour, notre boulanger-pâtissier, prennent définitivement la meilleure part dans mes souvenirs de cette journée.

profession-de-foi-1952

J’ai très peu de souvenirs désagréables à propos des fêtes au couvent. Je me rappelle cependant le festival d’hiver qui n’a eu lieu qu’une fois, selon mes souvenirs. Je n’en suis pas certaine, mais il me semble que ça se passait le Mardi-Gras. Après le souper, les externes étaient invités à se joindre aux pensionnaires, pour une soirée sur la patinoire. J’étais alors en 4e ou en 5e année, je n’avais pas de patins et je n’avais pas un très bon équilibre sur la glace, donc je ne voulais pas participer à cette fête. Si j’en ai cherché, des raisons pour me défiler! C’aurait été le temps d’avoir un gros rhume, comme j’en avais l’habitude… mais non, pas le moindre éternuement. Je ne savais plus quoi inventer, et il y avait toujours une  bonne âme, qui me vantait  les joies de cette soirée où l’on veillerait dehors jusqu’à 9 heures! Comme par exprès, dans les jours qui précédaient la fête, toutes les récréations étaient consacrées à apprendre les chansons qu’on devait chanter lors du festival. Je ne suis pas allée à la soirée… mais dans les jours qui ont suivi, mes amies ne parlaient que du festival, et de la musique, et des jeux…ça n’en finissait plus. J’avais donc hâte qu’elles changent de sujet!

Une autre journée que j’aurai dans la mémoire longtemps : j’étais dans la classe de 6e et 7e années. Je ne me souviens pas à quelle occasion, c’était vers la fin de l’année et je me rappelle que nous avions fait des jeux à l’extérieur; de plus nous ne portions pas notre uniforme, sans doute pour donner un aspect plus festif à cette journée spéciale. Chaque classe présentait soit une danse ou une chanson mimée, ou encore une courte pièce de théâtre. Dans notre groupe, une élève était costumée en princesse, peut-être était-ce Cléopâtre? Quelques compagnes et moi étions censées figurer des servantes noires, et de ce fait, nous avions le visage, les mains et les bras noircis à la suie, ou je ne sais quoi d’autre et nous portions un drap blanc sur la tête et les épaules.  De plus, nous tenions un éléphant que nous avions construit avec des sacs de jute, plus ou moins rembourrés avec  des chiffons de papier… Nous chantions? Nous dansions? Je n’en ai aucun souvenir. Il me semble que tout le monde riait beaucoup; nous devions effectivement présenter un spectacle assez cocasse! C’était une très belle fête… jusqu’à ce que vienne le moment d’enlever le maquillage noir. On avait beau frotter, ça ne voulait pas partir; je me rappelle trop bien être retournée à la maison à moitié débarbouillée, et en plus, j’avais taché ma belle robe du dimanche… Il y aurait eu de quoi gâcher la journée, mais à cet âge, le souvenir des moments de plaisir font aisément oublier les petits désagréments.

Je garde en mémoire tous ces beaux moments du temps de ma vie d’étudiante… et je ne peux que vous redire la belle phrase du film Elle et Lui : « L’hiver doit être bien froid pour qui n’a  pas de chauds souvenirs! »

© Madeleine Genest Bouillé, 10 novembre 2016