L’école en d’autres temps

« Les choses ont bien changé… Dans mon temps… »

Plus on avance en âge et plus souvent on se surprend à répéter cette phrase! Par un beau matin, il y a quelques jours, nous étions en auto à l’heure où, un peu partout sur le bord de la route, on voyait des écoliers en attente de l’autobus. En bons grands-parents, on fait la remarque : « Mais ils ont donc de gros sacs à dos! Et comme ça semble lourd! » Et on ajoute : « Ils vont avoir mal dans le dos, plus tard! » C’est vrai qu’ils en transportent des affaires dans ce sac! Pour avoir souvent gardé nos petits-enfants – ce n’est certes pas fini! –  j’ai appris qu’à l’école primaire, en plus des effets scolaires, il y a dans le sac d’école le contenant du dîner et les deux collations, chacune dans son emballage. À l’école secondaire, même  s’ils prennent leur repas à la cafétéria, les sacs sont quand même toujours aussi remplis.

img_20160908_0001Quand j’étais étudiante,  j’étais externe, c’est-à-dire que je me rendais à pied au couvent, où j’ai fait toutes mes études. C’était bien différent de ce que nos jeunes vivent maintenant. D’abord, si le sac d’école était très léger au cours des premières années, il s’est alourdi petit à petit à partir de la  6e année. Les cours commençaient à 8 heures 20  et la classe finissait à 11 heures moins 10. Je retournais dîner à la maison; à midi trente, j’écoutais le début de l’émission radiophonique Le Réveil rural, avec le thème musical dont je me souviens très bien : « C’est le réveil de la nature… tout va revivre au grand soleil… » Une très belle chanson! Mais je reviens à mes moutons, c’est-à-dire, au couvent : à 1 heure moins 10, la cloche sonnait et nous retournions chacune à nos classes, les cours se terminant à 4 heures moins 10. Les grandes de l’Académie – élèves de la 8e à la 12 année – avaient une période d’étude de 4 heures 20 à 5 heures 20.  Durant la demi-heure qui précédait l’étude, les pensionnaires descendaient au réfectoire (on appelait ainsi la salle à manger) pour prendre une collation qui consistait généralement en une tartine de mélasse… sans doute que ce modeste goûter devait être accompagné d’un breuvage. Pour  la plupart des externes, en hiver ou quand la température était moins clémente, nous descendions au vestiaire, pour jaser et déguster le petit « en-cas » qu’on avait apporté de la maison. Quand il faisait beau, on se promenait dans la rue de l’Église et on allait parfois acheter quelques friandises au petit magasin de Mademoiselle Corinne Paris – aujourd’hui la Boulangerie « Soleil levain ».

sainte-enfance_jean_webParlant de friandises, il faut que vous raconte une de mes mésaventures. À l’époque, il existait beaucoup d’œuvres de bienfaisance destinées aux pays qu’on disait « sous-développés » – et qu’on appelle maintenant « en voie de développement ». Dans la même veine, plusieurs congrégations envoyaient des religieux et religieuses pour enseigner et soigner les gens dans ces contrées démunies tout en faisant connaître les bienfaits du christianisme. Les missionnaires avaient besoin d’être soutenus financièrement non seulement par leur communauté, mais aussi par les gens de leur pays, leur village natal. La religieuse qui était titulaire de l’Académie avait justement une sœur qui était missionnaire au Japon. Nous étions donc fortement incitées à contribuer aux œuvres missionnaires, surtout à la « Sainte-Enfance ».  Pour chaque pièce de 10 ou 25 sous, nous recevions une petite carte portant la photo d’un enfant de race noire ou asiatique. On disait qu’on « achetait » un petit noir ou une petite chinoise. On leur donnait un prénom… et c’était à qui aurait le plus d’enfants chinois ou africains!

acfa0Ma famille n’étant pas des plus fortunées, je ne donnais pas beaucoup de sous pour la « Sainte-Enfance », et on me le rappelait un peu trop souvent à mon goût. Surtout que, quand enfin j’avais un petit pécule, il était bien tentant d’utiliser ces quelques sous pour acheter une friandise chez Mademoiselle Corinne. Eh oui! Vous me voyez venir… Un beau jour de mai, il faisait beau, on approchait de la fin de l’année scolaire. J’avais reçu un beau 10 cents, pour je ne sais quel service rendu; on m’avait fortement conseillée de le donner pour la Sainte-Enfance. Mais voilà! Mes amies allaient toutes au petit magasin avant l’étude, j’y suis allée et… je n’ai pas résisté à l’envie de me payer une délicieuse Caramilk. Tout se savait dans cette sainte institution! J’aurais dû m’en douter… ma faute a été dénoncée à notre professeur. J’ai été réprimandée en pleine classe; j’ai reçu une punition, je ne sais plus laquelle, et bien entendu, mon nom a été effacé du tableau d’honneur! Jusqu’à la fin de l’année, fuyant la tentation, je ne suis plus retournée chez Mademoiselle Corinne… mais je n’ai pas non plus acheté ni petit chinois, ni petit noir!

© Madeleine Genest Bouillé, 10 septembre 2016

Vénérable… et indispensable

facadeLe 10 septembre prochain, le Couvent de Deschambault fêtera ses 155 ans, je crois donc pertinent de lui décerner le qualificatif de « vénérable »! L’Histoire nous raconte que « l’abbé Narcisse Bellenger, nommé curé dans notre paroisse en 1857, ne concevait pas sa nouvelle paroisse sans couvent. » Dans le temps, quand on voulait une église, un couvent ou un presbytère, tout le monde mettait l’épaule à la roue, la main à la pâte, et on  bâtissait l’édifice dont on avait besoin. Pas plus qu’aujourd’hui, l’argent ne poussait dans les arbres. Aussi on fit des souscriptions, des quêtes et, ce qui était chose courante, il y eut des corvées pour la coupe, le charroyage du bois de charpente et tous les autres travaux. Dans l’Histoire, on lit que « …finalement, en septembre 1861, les paroissiens de Deschambault contemplaient l’œuvre qu’ils avaient édifiée de leurs mains et de leurs biens. »  Il s’agissait alors d’une maison de pierre de cinquante pieds par trente-trois. Le toit en croupe était recouvert de bardeaux, la façade étant de pierre taillée. Dans l’album-souvenir du Centenaire, il est écrit ceci : « Le 10 septembre 1861, accompagnée de leur Mère Marcelle Mallet, les trois premières religieuses de la congrégation des Sœurs de la Charité de Québec arrivent à Deschambault. Qui sont-elles? Sœur Sainte-Thérèse, supérieure, (Célina Gingras), Sœur Saint-Louis-de-Gonzague (Philomène Boissonnault) et Sœur Marie-de-la-Visitation (Mathilde Aubut). Les religieuses habiteront le Vieux Presbytère jusqu’au 23 septembre, date où elles reçoivent leurs premières élèves, qui étaient au nombre de 50 et formaient deux classes. Huit mois plus tard, elles seront 104, dont 26 pensionnaires. Une quatrième religieuse viendra prêter main-forte, il s’agit de Sœur Marie de l’Annonciation (Célina Baillargeon), qui sera enseignante pour une troisième classe. »

Couvent de Deschambault, autour de 1950

Couvent de Deschambault, autour de 1950

En 1872, on fait une première rallonge qui n’est pas en pierre, mais en bois. En 1884, une deuxième rallonge dans le même style donne au couvent son aspect actuel. Toit mansardé, sur trois versants, vingt-quatre lucarnes, trois cheminées, un clocher. La galerie  est  entourée d’une balustrade  faite d’un treillis de bois à motifs géométriques, de style Regency. Au début, le couvent est une maison d’enseignement destinée  uniquement aux filles. Étant en milieu rural, on exclut des cours les « arts d’agrément »  pour faire place au jardinage et à l’horticulture… plus utile croit-on pour de futures femmes d’agriculteurs! Dans cette veine, en 1864, on plante  plus de 400 arbres fruitiers et on crée un immense jardin. On pratique aussi l’art culinaire. Et graduellement, la musique, le dessin, le théâtre viendront s’ajouter aux matières scolaires de base.

Extrait classe centenaire du couvent Deschambault 1961Le pensionnat recevait des élèves, non seulement de la région immédiate de Portneuf, mais d’aussi loin que l’Abitibi et de toutes les régions du Québec. On y comptait majoritairement des filles, de la 1ère à la 12e année, et aussi, à partir des années 40, des garçons, de la 1ère à la 6e année.  À l’époque où j’ai été étudiante, au troisième étage,  à part les dortoirs, il y avait trois classes, celle des 1ère, 2e et 3e années, celle des 4e et 5e années et enfin, la classe des 6e et 7e années, la 7e étant l’année du premier certificat d’études. Au 2e étage, la classe des grandes, appelée « L’Académie », regroupait les filles de la 8e à la 12e année jusque vers la fin des années 50, où on enleva la 12e année. La salle de musique est toujours au même endroit; la grande salle était la salle de récréation des filles pensionnaires et servait aussi pour les festivités. Les garçons pensionnaires utilisaient la pièce qui est à l’avant de la bibliothèque comme salle de récréation.

Jadis, les salles à manger s’appelaient des « réfectoires ». Ces pièces se trouvaient au rez-de-chaussée, celui des filles étant dans la salle dite « de pastorale », celui des garçons,  dans la salle à l’arrière du vestiaire (à côté du lavoir). Les religieuses prenaient leurs repas dans la salle au fond de la bibliothèque, la cuisine étant dans le local du Centre Internet (occupé par la CJS au cours de l’été 2016).

Page couverture de l'album souvenir du centenaire , 1961.Le Couvent a célébré son centenaire  en juillet 1961. Les dames du Conseil de l’Amicale, avec la participation des religieuses du Couvent, avaient organisé des festivités comme il était alors de mise pour une fête de cette envergure : messe solennelle, jeu scénique avec récital de la chorale des élèves anciennes et actuelles. Le jeu scénique présenté à l’extérieur avait pour titre : Phare sur la côte. C’était grandiose!

Le Couvent a été une maison d’enseignement jusque vers la fin des années 60, après la centralisation des écoles, la création des polyvalentes et des cégeps. Même après, la grande maison n’était cependant pas déserte puisque plusieurs religieuses y demeuraient encore. Quelques-unes ont œuvré dans les écoles primaires de Deschambault et de St-Marc-des-Carrières, comme enseignante, directrice et secrétaire. D’autres visitaient les malades, on se souviendra de Sœur Lucienne Bertrand qui a ouvert un premier vestiaire pour les familles moins favorisées. Et, il est important de le mentionner, l’école de musique a continué de favoriser l’éclosion des talents chez les jeunes et les moins jeunes, puisqu’on y accueillait des élèves de tout âge… tout comme aujourd’hui!

Extrait chapelle Centenaire du couvent Deschambault 1961

En 1986, pour le 125e anniversaire, une journée de festivités organisée par le Conseil de l’Amicale avait rassemblé quelques centaines d’anciens élèves. La fête avait débuté comme il se doit par une messe suivie d’un repas pour lequel on dut réquisitionner  quelques locaux en plus de la grande salle… la participation des anciens élèves avaient dépassé nos  prévisions! Une dernière rencontre a eu lieu à la fin de juin 1994, alors qu’on saluait les dernières religieuses qui retournaient à Québec. Après une messe  où  les cantiques d’autrefois alternaient avec la liturgie moderne, un hommage a été rendu à toutes ces femmes  qui, depuis 1861, ont consacré leur vie et leurs talents à l’éducation des jeunes filles et garçons. Une belle rencontre, quoiqu’inévitablement nostalgique!

En 1994, la Municipalité achetait le Couvent. On y a installé le bureau de la Fabrique Saint-Joseph-de-Deschambault, un Vestiaire qui continue l’œuvre de Sœur Lucienne Bertrand, et l’École de musique, qui porte maintenant le nom de Denys Arcand. Depuis 1995, la Biblio du Bord de l’eau occupe deux des locaux du rez-de-chaussée. Le Couvent est toujours bien vivant… et comme on peut le constater, il est indispensable à la vie communautaire du milieu.

© Madeleine Genest Bouillé, 2 septembre 2016

Mon vieux sac d’école

Autant le dire que le penser : je n’aime pas la rentrée! Du plus loin que je me souvienne, je n’ai jamais eu hâte que l’école recommence. Ni pour moi, ni pour mes enfants quand vint leur tour. Je crois que j’ai trouvé d’où ça vient.  Voici,  j’étais en 4e ou en 5e année. Chose certaine, je n’étais plus dans la classe des petits –  la classe des  1ère, 2e et 3e années, celle de Mère Ste-Flavie. On m’avait acheté un sac d’école tout neuf pour la rentrée. Auparavant, j’avais eu des petits sacs en imitation d’imitation de cuir – du carton, en fait. Tout juste si ça faisait l’année scolaire. Mais là, j’avais un vrai sac qui devait me durer tout au long de mes années d’études… et il a duré!

Maison de mon grand-père, Edmond "Tom" Petit, en 1903.

Maison de mon grand-père, le cordonnier Edmond « Tom » Petit, en 1903.

C’était un énorme sac en vrai cuir noir, épais, sans aucune garniture, avec un compartiment pour le coffre à crayons et deux longues courroies. Je le revois encore, je sens son odeur : la même que celle qui régnait dans la boutique de cordonnerie de mon grand-père. Je me souviens de la texture rugueuse, laquelle s’est je l’avoue, adoucie à l’usure. Quand j’étais petite, je n’étais pas grande et ce sac presqu’aussi gros que moi me battait les mollets à chaque pas. J’étais très timide et je me sentais ridicule avec mon  grand sac pas comme celui des autres petites filles.

Mon sac a vieilli avec moi; il était moins disproportionné à mesure que je grandissais. Mais s’il ne s’usait pas, à la longue, il était devenu encore moins beau – l’avait-il déjà été? Il m’a suivie tout au long de mes années d’études. Et je suis bien certaine maintenant qu’il a effacé pour moi les quelques charmes que pouvait avoir la rentrée scolaire.

Couvent de Deschambault, autour de 1950

Couvent de Deschambault, autour de 1950

Au couvent, nous portions un uniforme. Au cours des premières années, il s’agissait d’une robe noire à manches longues, avec jupe à plis plats, la seule décoration étant une fine bordure blanche, de dentelle ou de toile, à l’encolure et au bord des manches.  Il va sans dire que cette garniture se devait d’être toujours immaculée… il fallait donc la découdre souvent pour la laver et la repasser et ensuite la recoudre à petits points, à la main, vous pensez bien! Plus tard, nous avons porté la tunique grise avec chemisier blanc, manches longues, toujours, et le « blazer » marine.  C’était ce qui se faisait de plus moderne!

Mado 1951L’uniforme était pratique en ce sens qu’il avait l’avantage de réduire la possibilité de compétition en matière de vêtements pour les filles surtout. Ainsi, les seules  nouveautés qu’il nous était permis d’exhiber à chaque début d’année étaient les cahiers, crayons et surtout un nouveau sac d’école! Comme j’enviais mes compagnes de classe qui arrivaient en septembre avec un beau sac coloré, décoré de bandes contrastantes, un sac à la mode! J’ai bien essayé de trouver de bonnes raisons pour demander un sac neuf, mais ça ne marchait jamais. On me disait : « Tu as le meilleur sac qui soit, c’est du bon cuir de vache; ces petits sacs à la mode, c’est bon à rien! »  Hélas, dans mon temps, les parents avaient toujours raison!

À la fin de mes études, je l’ai caché bien loin au grenier. Quelques années après mon mariage, ma mère ayant trouvé le fameux sac, me le remit en disant d’un air amusé : « J’ai trouvé ton sac d’école… je me suis dit que tu devais bien vouloir le garder en souvenir ». J’avais laissé dedans  plusieurs livres et cahiers. J’ai fait disparaître le manuel de mathématiques et j’ai gardé les autres, surtout mon livre de Lectures littéraires, et mes cahiers de rédaction. Quant au sac, je l’avais si bien rangé que lors de notre déménagement en 1971,  je l’ai oublié!

C’est de l’histoire ancienne, mais il fallait que je vous la raconte. Si mes enfants ont manqué de motivations pour la rentrée scolaire, c’est assurément la faute de mon vieux sac d’école…

© Madeleine Genest Bouillé, 19 août 2016

(Tiré d’un texte rédigé pour l’un de mes livres).

Un cours d’histoire locale…

Si mes souvenirs sont exacts, cette histoire se passait en 1954;  j’étais alors en 9e année au couvent dans la classe qu’on appelait « l’Académie », qui regroupait les filles de la 8e à la 12e année. De temps à autre, notre professeur nous donnait une leçon qui variait entre  le cours de personnalité, d’hygiène ou de politesse. Parfois il arrivait qu’elle nous  entretienne plutôt de ce qu’on pourrait qualifier d’histoire locale. Cela dépendait de la saison, ou des évènements. Le terme « histoire locale » englobait une foule de choses. Il pouvait s’agir des différentes professions exercées dans la paroisse – remarquez que le terme « municipalité » n’était pas d’usage courant. Ce cours était parfois pratique, parfois  critique… j’en ai oublié des grands bouts!

Je me souviens surtout de la fois où elle nous avait demandé de dénombrer les hôtels et les garages dans la paroisse de Deschambault. Plusieurs parmi nous ne connaissions pas tous ces établissements… surtout que nous n’étions clientes ni des garages, ni des hôtels. En fait, notre professeur voulait faire ressortir une situation qu’elle déplorait. D’après elle, il y avait trop de garages; j’ignore encore pourquoi. Sans doute à cause des émanations d’essence, mais je n’en suis pas sûre. Chose certaine, du point de vue de la religieuse, il y avait beaucoup trop d’hôtels, ce qui encourageait les gens à consommer des boissons alcooliques. Il est vrai que c’était à l’époque des débuts du Cercle Lacordaire, qui prônait l’abstinence totale, mais les religieuses du couvent n’en faisaient pas partie, que je sache.

Une demoiselle Paré devant la façade du garage Mayrand (coll. privée Madeleine Genest).

Une demoiselle Paré devant la façade du Garage Mayrand (© coll. privée Madeleine Genest).

J’espère me souvenir de la nomenclature qui avait découlé de la recherche minutieuse dont cette leçon de choses – si on peut appeler ça ainsi – avait fait l’objet. Dans les années 50, les garages devaient faire des affaires d’or, si j’en juge par le nombre de ces commerces. En partant de Portneuf, il y avait le Garage Shell; je ne me souviens pas s’il y a eu un autre propriétaire avant l’arrivée de M. René Janelle. Tout près, il y avait un autre garage, dont le propriétaire était M. Solyme Paquin; ce garage est devenu par la suite le restaurant Pizza Pierre. À l’intersection de la route Proulx et de  la rue Johnson, il y avait encore un garage, le détaillant Fina, je ne me souviens pas qui en était le propriétaire au début. Au coin de la rue Saint-Joseph, à deux pas du Central, s’élevait le Garage Mayrand, une imposante bâtisse qui possédait deux logements à l’étage. Au moins deux graves accidents d’autos ont amené la démolition de presque la moitié de cet édifice. Pas loin de l’école du village, était situé le garage des Autobus Gauthier, qui  abrite maintenant la caserne des pompiers.

L'un des véhicules de la compagnie Autobus Gauthier (© coll. privée Madeleine Genest).

L’un des véhicules de la compagnie Autobus Gauthier (© coll. privée Madeleine Genest).

On longeait ensuite la route 2, qu’on appelle aujourd’hui le Chemin du Roy, jusqu’au garage de M. Jean-Paul Hamelin, lequel se spécialisait dans la réparation des voitures européennes. Un peu plus loin, au coin de la route Dussault, se retrouvaient, presque face à face, le Garage Boisvert, du côté nord et le Garage Chevalier, qui avoisinait l’hôtel Le Vieux Bardeau. Comme plusieurs garagistes à cette époque, M. Gérard Chevalier  vendait des voitures usagées et, pour occuper ses loisirs, il avait aussi un orchestre de musique de danse. Il n’était pas rare que les gens cumulent plusieurs emplois… si les diplômes étaient rares, les expériences de travail ne manquaient pas! Si je sais bien compter, nous avions donc 8 garages pour une population d’environ 1 500 habitants; et tout ça sur le « rang d’en bas ». Je ne me souviens pas s’il y en avait dans les 2e et 3e rangs. C’était quand même à l’époque où les rangs et le village formaient deux municipalités distinctes.

Je vous reviens prochainement avec la suite de mes travaux scolaires de 1954 : les hôtels!

© Madeleine Genest Bouillé, 16 mai 2016

N.B. Une amie me rappelle qu’il y avait aussi, à la sortie ouest du village, le garage de M. Maurice Julien (avant les propriétaires Martin et Maurice Faucher) et que le garage Fina  au coin de la route Proulx était tenu par M. Octave Beaupré. Merci Jacqueline C. pour ces précisions!

Garage Mayrand

Le Garage Mayrand (© coll. privée Madeleine Genest).

L’économie domestique, 1ère partie

Quand j’étudiais au couvent, les élèves de l’Académie – 8e à 12 années – avaient comme matière de cours, l’Économie Domestique, avec deux majuscules! J’ai encore les trois manuels avec lesquels nous devions étudier cette science, car science il y a! Dans l’avant-propos du livre que nous avions en 9e année, on décrit ainsi l’économie domestique : « …la science de la vie pratique, qui comprend toutes les connaissances nécessaires à la femme pour produire autour d’elle le bien-être, l’aisance, le bonheur : pour établir dans son foyer, l’ordre, la dignité, la paix. » Avouez que c’est tout un programme!

Illustration tirée d'une revue de 1958.

Illustration tirée d’une revue de 1958.

Dès la première page, nous  abordons « le rôle de la femme au foyer », tout d’abord avec écrit en majuscules, MISSION DE LA FEMME. Quelques lignes seulement : « D`après le plan divin, la femme, comme la flamme, est donc faite pour le foyer; si elle y reste, a dit quelqu’un, elle éclaire, réchauffe et réjouit… De même, le foyer est fait pour la femme.  C’est son domaine, elle y règne sans autre sceptre que sa vertu et sans autre édit que ses exemples. » Je vous fais grâce des vertus de l’épouse. Le manuel date de 1950; à cette époque, la guerre qui a fait sortir bien des femmes de leur maison pour travailler dans les usines, leur a aussi fait découvrir qu’elles pouvaient se réaliser à l’extérieur de leur foyer, et que de plus, ça rapportait! On veut donc tenter de leur faire reprendre le chemin du foyer… et les convaincre de l’importance du rôle qu’elles y jouent.

La "cuisine idéale" de l'époque!

La « cuisine idéale » de l’époque!

Dans le chapitre premier, on aborde le choix de la maison : « La maison, c’est le sanctuaire des plus pures affections, l’héritage que l’homme reçoit de ses ancêtres. Dans le plan divin, elle est destinée à être le sanctuaire de la famille. » Les auteurs de ces manuels ne laissaient rien au hasard. On parle de l’acquisition de la maison, du choix, soit de la construction d’une nouvelle habitation ou de l’achat d’une maison déjà construite. À propos du choix d’un logement, après les considérations financières, on énumère les autres considérations que voici : « 1. Le lieu du travail du chef de famille et la recherche, si possible, d’un logement à proximité d’un marché et des différents fournisseurs, sans oublier l’église et l’école. 2. Prendre en considération la facilité et la rapidité des communications ainsi que le voisinage d’une gare d’autobus ou de tramway. 3. Choisir son habitation de manière à y faire le plus long séjour possible. » Et on conclut avec ceci : « Un homme qui déménage souvent ne peut prospérer autant que celui qui est stable. » Au chapitre suivant, on fait le tour de la maison, de la cave au grenier, murs, plafonds, éclairage et chauffage compris. Ensuite on s’arrête dans chacune des pièces, pour parler du mobilier, de la décoration et de l’entretien, sujet qui s’étend sur plusieurs dizaines de pages.

Illustration de 1944.

Illustration de 1944.

Le chapitre 4, consacré au vêtement, parle des tissus, de leur entretien, de l’art de s’habiller, et bien entendu, de la confection de ces vêtements, sans oublier le rangement des armoires. Si les tissus de l’époque étaient plus résistants, ils étaient aussi plus difficiles d’entretien, aussi ce chapitre nous fait des recommandations pour les soins journaliers : « 1. Secouer les vêtements mis la veille ou donner un brossage superficiel, sans exagérer pour ne pas user le linge.  2. Suspendre les vêtements qui ne seront plus portés le jour même.  3. Le soir, au coucher, accrocher les robes, les paletots et même les sous-vêtements, afin qu’ils s’aèrent.  4. Examiner les vêtements des enfants tous les soirs, remplacer les effets qui sont tachés ou usés par d’autres plus propres.  5. Ne pas déposer à plat sur la table des chapeaux mouillés, les placer sur un support (bouteille ou pot, à défaut d’une patère).  6. Remplir les souliers mouillés d’un chiffon sec, les laisser sécher lentement loin du feu. »  Et j’en passe! On constate que la journée de la ménagère devait parfois finir très tard!

Dans ce manuel, j’ai trouvé une feuille d’examen pliée en quatre… L’écriture est encore enfantine; il est vrai que je n’avais que 13 ans. J’ai reçu pour ce travail une note de 93%; j’avais 98%, mais j’ai perdu 5 points pour des fautes d’orthographe, dont deux oublis d’accent aigu. Les fautes comptaient dans toutes les matières. Voilà, pour la première partie de ce grain de sel sur l’économie domestique!

Je vous reviens bientôt pour vous parler de l’horaire de la maîtresse de maison, ainsi que des sorties et autres distraction familiales.

© Madeleine Genest Bouillé, 7 avril 2016.

Histoire pour le temps du Carême

Mado 1951Voici une petite histoire que je n’ai jamais oubliée. J’étais en 5e année. De cela je suis sûre parce que je portais le ruban rose. Bon, vous allez vous demander quel rapport avec l’histoire? Les souvenirs sont rattachés à notre mémoire par toutes sortes de petits détails. Ainsi, du temps où le costume des filles qui étudiaient au couvent était la robe noire, nous avions au cou un ruban qui identifiait la classe dont nous faisions partie. Dans la classe de Mère Sainte-Flavie, les 1êre, 2e et 3e années, le ruban était rouge. En 4e et 5e, le ruban était rose. Les classes de 6e et 7e ainsi que l’Académie des grandes de 8e à 12e, portaient le ruban bleu des Enfants de Marie.

IMG_20160305_0003L’année 1950 avait été proclamée « Année Sainte » par le Pape Pie XII. Évidemment il y avait profusion d’images pieuses à l’effigie de ce Pape, qu’on disait « Pape de la Paix ». Jusqu’en 1953, ou même 54, j’ai reçu plusieurs de ces images avec l’inscription « Annus Sanctus 1950 ». Les religieuses n’étaient pas avares de récompenses et d’encouragement, des images, on en recevait! Images du Sacré-Cœur, de Marie, avec ou sans son enfant Jésus, des anges gardiens et tous les saints du ciel… J’en ai une belle collection! C’était surtout en français que j’en récoltais le plus. Détail qui a son importance, il y avait plusieurs formats d’images, les plus grandes étant environ de 4 pouces par 6 pouces.

IMG_20160305_0002Un jour, je venais justement de recevoir une image du Pape, une « grand format », cette fois. La cloche avait sonné, nous descendions l’escalier qui menait au vestiaire. Il fallait se dépêcher, on allait à la prière du Carême. Je portais mon image comme un trophée… à neuf ans, on n’a besoin de peu de chose pour être heureux! Je déposai l’image sur mon sac d’école, le temps d’endosser manteau, bonnet et bottes. Je n’étais pas la plus rapide… Quelques compagnes, qui n’étaient pas vraiment des amies, se moquaient de moi en disant : « C’est rien qu’une image, on en a des centaines!… des bien plus belles à part ça. Mets-là dans ton sac, grouille-toi, on attend après toi ». Je rétorquai : « Moi aussi, j’en ai en masse, des images. » Mais elles continuaient; les enfants sont parfois méchants… mais sans mauvaise intention, ils font ça juste « pour voir ». De fil en aiguille, espérant me débarrasser de mes tortionnaires, et aussi pour démontrer que j’étais plus indépendante que j’en avais l’air, je déchirai l’image en question, disant que je n’y tenais pas du tout, ce qui était faux bien entendu! Je gardais précieusement mes images dans une boite. Je les ai encore! Devant ce geste, dont je n’étais pas très fière je dois dire, les deux fillettes, l’air scandalisé, s’empressèrent de dire : « Qu’est-ce que t’as fait là? On va le dire à Mère. C’est péché de déchirer une image ». J’étais consternée, vous pensez bien! Je suis donc allée avec les autres assister à la prière du Carême à l’église; j’avais le cœur gros… je ne voulais surtout pas pleurer. Je croyais vraiment avoir fait quelque chose d’impardonnable. Cette sombre journée est toujours restée dans un recoin de ma mémoire, un petit coin où je ne vais pas souvent.

Année scolaire1948-1949 au couvent de Deschambault (photo tirée de l'album souvenir du centenaire du couvent en 1961.

Année scolaire1948-1949 au couvent de Deschambault (photo tirée de l’album souvenir du centenaire du couvent en 1961.

Comme je m’y attendais, l’histoire a fait le tour du couvent. Mon professeur m’avait envoyée au bureau de Mère Supérieure, laquelle m’avait demandé pourquoi j’avais commis cette faute; comme je ne savais pas quoi répondre, elle me fit un sermon dont j’ai retenu surtout que j’étais irrespectueuse. En plein Carême, faire une chose aussi odieuse, je devrais m’en confesser, etc., etc. Je ne savais pas quoi inventer pour me défendre, j’avais beau dire que c’était la faute à celle-ci et celle-là, rien n’y faisait. Je ne retenais qu’une chose; on ne déchire pas une image pieuse! Cette année-là, je n’en reçu aucune autre jusqu’à la fin de l’année. Et pourtant, je continuais à avoir de bonnes notes en Français, en Histoire et en Géographie…

La religieuse qui nous enseignait connaissait assez bien ses élèves; elle avait sans doute deviné que ce geste de défi dont je n’étais pas coutumière était le résultat de ce qu’on appellerait aujourd’hui de l’intimidation! Heureusement, l’enfance a ceci de bien que le temps atténue les mauvais souvenirs. On ne les oublie pas, mais ils ne font plus mal!

Pâques peut venir… ma confession est faite!

© Madeleine Genest Bouillé, 9 mars 2016

Calendrier de l’Avent… ou de l’avant?

6a00d8341c676f53ef00e54f3222668833-640wiOn ne résiste pas à la coutume du « calendrier de l’Avent ». Pour plusieurs, c’est tout ce qui subsiste du temps de l’Avent, tel qu’on le connaissait autrefois, et qui, d’une certaine façon quoiqu’en moins long, ressemblait au Carême. Les temps ont bien changé! Maintenant, dès qu’on a un enfant assez grand pour compter au moins jusqu’à 25, on achète le traditionnel calendrier de l’Avent. Il s’agit souvent d’un coffret en carton dans lequel, du 1er au 25 décembre, on ouvre une petite fenêtre pour découvrir un chocolat. Un chocolat! Dans mon enfance, cela aurait été impensable puisqu’on devait se priver de friandises durant cette période. Pour ma part, c’était encore pire puisque mon anniversaire étant le 28 novembre, très souvent ça tombait pendant l’Avent… pas drôle du tout! Pour en revenir au calendrier de l’Avent, il se présente de multiples façons, ainsi ça peut-être un bibelot décoratif pour le temps des Fêtes et qui de plus, est réutilisable. Récemment, j’ai vu une petite maison en céramique à laquelle on doit accrocher un chiffre par jour, soit à la porte ou aux fenêtres. Les fabricants font preuve de beaucoup d’imagination : il faut vendre le produit! Le but recherché étant de faire patienter les enfants jusqu’à Noël. Mais, une chose est certaine, ces objets sont des calendriers « d’avant Noël », donc rien de commun avec les calendriers « de l’Avent » que j’ai connus étant jeune.

Quand j’étais étudiante au couvent, je ne me souviens pas en quelle année, notre professeur, une religieuse, nous avait fait fabriquer notre calendrier de l’Avent. Vous comprendrez qu’il était très différent de ceux qu’on trouve aujourd’hui! Ce travail était exécuté durant le cours de religion étant donné que la fête de Noël est d’abord une fête chrétienne, pour laquelle autrefois, on se préparait en conséquence! Le lundi de la première semaine de l’Avent, au cours de catéchisme donc, on bâtissait notre calendrier. Sur une feuille quadrillée, nous devions tracer la forme d’une grotte ou d’une cabane, dans laquelle, lors d’un des derniers jours de classe avant Noël, nous placerions Marie, Joseph et le petit Jésus, couché dans sa crèche.

ATT00007Ça peut sembler simple… mais le niveau de difficulté était quand même assez élevé. Il fallait construire une crèche. Chacun des carrés représentait une pierre de la grotte ou de la cabane qui abriterait la sainte famille. Chaque jour, pour avoir le droit de colorier les carrés, nous devions la veille avoir « passé une bonne journée », c’est-à-dire avoir su nos leçons, fait nos devoirs et avoir été sage en classe. Si je me souviens bien, on devait aussi remplir les carrés des dimanches et des jours de congé, à la maison. Mais sur le ce point, même si on avait oublié le calendrier dans le pupitre, ou qu’il était demeuré dans le sac d’école, à ma souvenance on coloriait les carrés sans se poser de question. Les bâtisseurs ne doivent surtout pas « s’enfarger dans les fleurs du tapis »!

Calendrier Avent Julie Vachon

Calendrier de l’Avent confectionné par une artisane de la région, avec les petites douceurs de Julie Vachon, la chocolatière du village.

Notre professeur était tout de même assez magnanime, elle avait compris que pas un élève ne voulait arriver aux vacances de Noël avec une crèche à moitié construite. Surtout que ce calendrier dûment rempli, avec les personnages préalablement découpés dans des revues ou des images et collés chacun à sa place, était joint à notre bulletin de décembre avec l’inévitable lettre aux parents pour le Jour de l’An. La lettre du Jour de l’An, parlons-en! Nous avions un modèle auquel nous devions nous conformer, composé dans un style cérémonieux où, de plus, nous disions « vous » à nos parents, ce qui n’était pas d’usage chez nous. Ce texte ne me ressemblait pas du tout! J’aurais tellement préféré qu’on nous laisse rédiger notre lettre avec nos mots. Mais comme j’étais trop gênée pour dire mon opinion… je faisais comme les autres et je copiais la fameuse lettre qui ne variait guère d’une année à l’autre!

Pour revenir au calendrier de l’Avent, je ne me souviens pas qu’on ait fait ce travail plusieurs années. Ce dont je suis certaine par contre, c’est que finalement, tous les élèves de la classe sont arrivés à la fête de Noël avec une crèche plus ou moins bien dessinée – nous n’étions pas tous des artistes – mais à laquelle il ne manquait pas une pierre! Je revois encore mon calendrier; je l’avais collé sur une feuille bleu foncé et j’avais décoré le faîte de ma grotte d’une étoile dorée avec des rayons qui descendaient jusque sur la tête de l’Enfant-Jésus… j’étais bien fière de mon travail. Ça, c’était vraiment un « calendrier de l’Avent »!

© Madeleine Genest Bouillé, novembre 2015

Congés d’école

Classe de Mère Sainte Flavie, au couvent, 1961.

Classe de Mère Sainte-Flavie, au couvent, 1961.

Je regardais le calendrier scolaire de mes petits-enfants qui sont à l’école primaire ou secondaire et je remarque que les « congés d’école », comme on disait dans mon jeune temps, n’ont rien de commun avec ceux qui nous étaient alloués. Les étudiants d’aujourd’hui ont des journées pédagogiques ou encore des journées prévues pour d’éventuelles tempêtes, qui certains hivers, deviennent finalement des congés tout court, faute de tempêtes! Et puis, il y a aussi des congés de grève… de mon temps, la seule grève qu’on connaissait était celle qui s’étend sur le bord du fleuve et où on allait jouer par les beaux jours d’été! Ils ont évidemment des congés à l’occasion de toutes les fêtes du calendrier. L’année scolaire est ainsi découpée d’une façon assez régulière. Si on ajoute à cela la semaine de relâche, nos jeunes sont, selon moi, assez choyés.

Église Saint-Joseph, le jour de la Toussaint 1963.

Église Saint-Joseph, le jour de la Toussaint 1963.

Dans les années 50, mes belles années d’étudiante, la plupart des congés étaient distribués selon le calendrier des fêtes religieuses. Tout d’abord, je dois dire que l’année scolaire ne commençait jamais avant la fête du Travail; il aurait été impensable d’aller à l’école avant le mois de septembre! Le congé de l’Action de Grâces a été décrété seulement en 1957, soit au cours de ma dernière année au couvent. Auparavant, nous n’avions donc pas de congé avant celui de la Toussaint, le 1er novembre, qui était suivi du Jour des Morts, le 2 novembre. Selon les jours de la semaine où tombaient ces fêtes, nous avions donc deux ou trois jours de congé. On ne fêtait pas l’Halloween, c’était une fête pour nos voisins Américains. On en entendait parler, on découpait les masques imprimés au dos des boites de Corn Flakes, mais on fêtait plutôt la Sainte-Catherine le 25 novembre, où la coutume était de déguster de la tire à la mélasse… friandise qu’on étire et qu’on étire et qui était fort appréciée des grands autant que des petits!

École de rang, près du #106, 2e Rang de Deschambault (coll. CARP).

École de rang, près du #106, 2e Rang de Deschambault (coll. CARP).

Dès le début de décembre, nous rêvions déjà aux vacances de Noël! Deux semaines de congé, ça mérite le nom de vacances. La longueur de ce congé était sensiblement la même que maintenant, sauf que comme la fête des Rois, le 6 janvier, était « fête d’obligation », c’était considéré comme un dimanche. Alors l’école ne recommençait jamais avant le 7 janvier. Tout comme pour les écoliers d’aujourd’hui, on trouvait que le congé des Fêtes était bien trop court. Lors des Jours Gras, il n’y avait pas de congé, mais le Mardi Gras, on se costumait après l’école et on allait chez les voisins faire cueillette de bonbons. Mais c’était surtout les adultes qui, en soirée, fêtaient le Mardi-Gras, costumés et déguisés… fête qui devait cesser à minuit tapant, puisque le lendemain c’était le mercredi des Cendres! Avec le Carême, nous entrions dans la plus longue période de l’année sans congé. Les congés de tempête étant inexistants, nul besoin de dire que l’hiver était long, long, long! Qu’est-ce qui se passait d’après vous quand il y avait une tempête? Les professeurs des écoles, avaient, soit un logement dans l’école même, ou encore ils demeuraient dans le voisinage de l’école. Les religieuses vivaient dans leur couvent. Les jours de mauvais temps, les professeurs enseignaient avec les élèves qui étaient présents, en évitant de donner des travaux importants, ce qui aurait eu pour effet de pénaliser les absents. Pour fermer une école, ça prenait toute une tempête!

Ma Profession de foi en mai 1952.

Ma Profession de foi en mai 1952, au couvent.

La fête de Pâques, la seule fête fixée selon le cycle lunaire, peut avoir lieu aussi tôt que le 24 mars et aussi tard que le 25 avril. Les années où Pâques arrivait à la fin d’avril, inutile de préciser que c’était le congé le plus attendu de l’année! Nous n’avions jamais moins que cinq jours, les jeudi, vendredi et samedi avant Pâques étant des « jours saints », avec office à l’église, de même que le jour de Pâques. Quarante jours après Pâques, c’était la fête de l’Ascension, toujours un jeudi, ce qui nous valait un congé de quatre jours. Très souvent, c’était lors de cette fête qu’avait lieu la Profession de Foi des élèves de 6e année. Et on finissait ainsi par arriver à la fin de l’année, qui se terminait le 20 ou le 21 juin, selon le jour de la semaine.

Nous avions aussi des congés en surplus, toujours tellement bienvenus! Dans toutes les écoles, lors de la visite de monsieur l’Inspecteur, celui-ci donnait congé de devoirs et de leçons et souvent une demi-journée ou une journée complète à prendre le jour même ou le lendemain, comme il convenait à l’instituteur ou l’institutrice. Au couvent, nous étions choyés, car nous avions en plus les visites des Supérieures provinciale et générale, qui nous valaient un congé à ajouter, soit à Pâques ou à l’Ascension. On acceptait ces congés-là comme de véritables cadeaux!

De tout temps, les « congés d’école » ont toujours été bien accueillis… Preuve que les écoliers n’ont pas changé tant que ça au fil des années!

© Madeleine Genest Bouillé, novembre 2015

« Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école? »

Vous rappelez-vous cette chanson? La réponse était dans le refrain: « C’est ce sacré Charlemagne! » C’est qu’il avait de drôles d’idées, ce Charlemagne, mais il faut avouer que la fois où il a imaginé l’école – si tant il est vrai que c’est à lui qu’on doit cette invention – c’en était une bonne!

Mon frère André, en 1949.

Mon frère André, en 1949.

Les études coûtaient cher autrefois… Dans les familles nombreuses comme la nôtre, on ne pouvait pas songer à faire de longues études. Mais nos parents tenaient à ce qu’on termine au moins des études équivalentes à ce qu’on appelle aujourd’hui le niveau secondaire. Parmi les plus jeunes, quelques-uns se sont rendus plus loin. Tous, nous avons donc été encouragés à étudier; les devoirs et les leçons ne devaient pas être négligés, les bulletins étaient soigneusement examinés et signés. Charlemagne serait content, nous avons tous été à l’école!

Notre mère en a passé du temps devant sa machine à coudre à défaire des vêtements ayant appartenu à mon père, pour en faire des habits pour ses nombreux garçons! Elle en a confectionné des chemises, elle en a rallongé des pantalons! Pour les filles, c’était plus facile; au couvent, nous portions la robe noire, inusable, à laquelle on avait d’abord fait un large bord pour pouvoir la rallonger l’année suivante! Elle a souvent du racler les fonds de tiroirs pour chausser tout ce petit monde et acheter les fournitures scolaires… Comme beaucoup de mères à cette époque, maman faisait des miracles parce qu’elle n’avait pas le choix. Vraiment, Charlemagne n’aurait rien à redire!

Ancienne école. L'actuelle école Du Phare a été construite juste à l'arrière en 1950-51.

Ancienne école. L’actuelle école Du Phare a été construite juste à l’arrière en 1950-51.

Mes grands frères ont connu la vieille école en pierre qui était située un peu en avant de l’école actuelle. Cette bâtisse était divisée en deux classes, la classe des petits, garçons et filles, et la classe des grands, les garçons de la 7e à la 10e année. En 1951, on construisit une école neuve; les plus jeunes de la famille y ont tous étudié. Cette école a été agrandie par la suite lors de la réforme scolaire, en même temps qu’on inaugurait le transport par autobus. Ça, je crois que Charlemagne ne l’avait pas prévu!

Couvent de Deschambault, autour de 1950

Couvent de Deschambault, autour de 1950

Depuis que le système scolaire qu’on connait existe, le retour à l’école a toujours été un moment important pour les jeunes, qu’il s’agisse des petits qui commençaient leur vie d’écolier ou des plus grands qui changeaient de classe et aussi de professeur. Quand nous étions jeunes, que ce soit à l’école du village, dans les écoles des rangs ou au couvent, la rentrée n’avait jamais lieu avant la Fête du Travail. Le mois d’août, ce n’était pas fait pour aller à l’école! Un bon matin au début de septembre, tout le monde prenait le chemin pour l’un ou l’autre établissement scolaire, où nous attendait l’une des « maîtresse d’école » ou encore, pour les grands, le professeur, Côme Houde. Au couvent, les plus jeunes étaient reçus par Mère Sainte-Flavie et les autres, par une autre religieuse, je me souviens des titulaires de chacune des classes où j’ai étudié : Mère Saint-Joseph-Omer, Mère Sainte Reine-Odette, Mère Saint Jean-du-Saint-Sacrement et Mère Saint-Gérard. Des saintes femmes, comme leur nom l’indiquaient… bien que pas toutes rendues au même stade de la sainteté! Enseigner, ça peut conduire à la sainteté, ou vous en éloigner à jamais, n’est-ce-pas, Sire Charlemagne?

Moi, étudiante au couvent, en 1951...

Moi, étudiante au couvent, en 1951…

On se lamentait bien un peu, pour la forme; on disait qu’on n’avait pas envie de retourner à l’école, que c’était plate, etc… Mais au fond, on avait tout de même un peu hâte de savoir s’il y aurait des « nouveaux », des « nouvelles ». Et puis, comme on avait forcément une année de plus, ça faisait plaisir de se sentir plus grand… on regardait de haut les « petits » en oubliant qu’on était à leur place il n’y avait pas si longtemps! Le retour à l’école comportait certaines autres petites joies, par exemple, quand on pouvait exhiber un nouveau sac d’école ou faute de mieux, un coffre à crayons tout neuf. Une boite de crayons Prismacolor, ça faisait aussi son petit effet. On retrouvait des amis qu’on n’avait pas vus durant l’été et, ce qui n’était pas négligeable, on allait apprendre tout plein de choses nouvelles, selon la matière qu’on préférait. Avouons-le, qu’aurait-on fait, douze mois par année, si l’école n’avait pas été inventée? C’était une drôle d’idée, mais à bien y penser, c’en était une bonne. Merci Charlemagne!

© Madeleine Genest Bouillé, septembre 2015

Pour en savoir davantage sur les écoles à Deschambault, je vous invite à consulter le Musée virtuel du 300e, créé en 2013 par Culture et patrimoine Deschambault-Grondines.

J’me marie, j’me marie pas, j’fais une sœur…

Dans ma tendre jeunesse, on effeuillait la marguerite en récitant : « J’me marie, j’me marie pas, j’fais une sœur ». Évidemment, nous souhaitions que le dernier pétale tombe à la première option, même si au besoin on devait tricher un peu pour y arriver!

Religieuse au couvent de Deschambault, dans les années 40.

Religieuse au couvent, dans les années 40.

La jeune fille du temps passé avait trois choix de vie. Soit elle se mariait et élevait une famille, soit elle entrait en religion pour y exercer le métier d’enseignante ou d’infirmière, ou encore, et ce n’était pas vraiment un choix, elle demeurait célibataire. Souvent, la « fille de la maison » se retrouvait à s’occuper de ses parents vieillissants, après que les autres membres de la famille soient partis chacun de leur côté. Jusque dans les années soixante, je dirais, les filles étaient élevées en fonction de cette vocation de femme au foyer et de mère de famille. Même pour celles qui avaient étudié, soit pour devenir enseignante ou infirmière, ou qui avaient suivi le cours de sténo-dactylo pour devenir secrétaire, en général, on travaillait « en attendant ».

Élève du cours de dactylo, au couvent de Deschambault (1948-49).

Élève du cours de dactylo, au couvent de Deschambault (1948-49).

Aussitôt les études terminées, et même avant, on commençait à préparer notre trousseau. Dans les demeures où l’on possédait un métier à tisser, les filles apprenaient à fabriquer linges de vaisselle, couvertures et catalognes. Même si toutes n’avaient pas de coffre d’espérance en cèdre, chacune avait à cœur d’arriver au mariage avec un trousseau bien garni. À mon époque, la plupart des futures mariées avaient un emploi, ce qui leur laissait moins de temps pour tisser, tricoter ou broder. On offrait donc sur le marché un trousseau de base pour un certain montant à défrayer chaque mois. C’est ce que j’ai fait car je n’avais pas vraiment de talent pour les travaux délicats. Pour ce qui était de la cuisine, on l’apprenait à la maison, à moins d’avoir suivi le cours d’Enseignement ménager. Les écoles ménagères préparaient aussi aux professions de couturière, cuisinière et plus tard, de diététicienne.

Modern Bride Magazine, 1964.

Modern Bride Magazine, 1964.

Le mariage étant une chose sérieuse, on se devait d’être bien informé sur tous les aspects de cette nouvelle voie dans laquelle on s’engageait. Car, voyez-vous, on se mariait pour la vie! Les futurs mariés étaient fortement incités à suivre le cours de préparation au mariage qui était donné dans chaque paroisse par le curé ou le vicaire, assisté d’autres personnes qualifiées selon le sujet du cours. Comme mon fiancé travaillait sur les bateaux, nous avions choisi le cours par correspondance, c’était pas mal plus simple ainsi. Pour les préparatifs matériels (cérémonie, vêtements, noces), il y avait un incontournable, la revue Mon Mariage, qui traitait de tout, absolument tout! J’avais acheté ce magazine et aussi une revue américaine, Modern Bride; j’ai conservé cette dernière qui date du printemps 1964.

Photo de mariés datant de 1951.

Photo de mariés datant de 1951.

L’étiquette du mariage était pas mal plus compliquée que maintenant, où chacun porte ce qui lui plaît, peu importe le style de la cérémonie. Par exemple, jusque dans les années cinquante, quand une jeune fille se mariait passé vingt-cinq ans, il était d’usage qu’elle porte une robe de couleur, de longueur normale, avec chapeau assorti, tel que vous pouvez voir sur la photo qui date de 1951. Je précise que cette mariée portait une robe et des accessoires de couleur turquoise. La robe longue, blanche, avec voile et traîne plus ou moins « traînante », était réservée à celles qui n’avaient pas « coiffé Sainte-Catherine ». Remarquez, il y a avait déjà des demoiselles qui se fichaient pas mal de ces diktats, c’est d’ailleurs pourquoi ils sont petit à petit tombés en désuétude.

Mariage de ma sœur Élyane en 1957.

Mariage de ma sœur Élyane en 1957.

Au cours des années cinquante, on a trouvé un compromis pour la longueur des robes de mariées qui n’étaient ni courtes, ni longues, on appelait ça 7/8. La robe pouvait être de couleur pastel; celle de ma sœur était blanche, comme vous pouvez voir sur la photo de septembre 1957. C’était le premier mariage dans la famille et puisqu’on parle de mode, cet automne-là, le chic était la robe bleu Dior, autant que possible en velours! Aux noces de ma sœur, il y avait sept ou huit invitées vêtues de robe de cette couleur.

Vous vous demandez ce qu’on mangeait au cours des noces? J’ai assisté à une noce pour la première fois en 1951, il y a eu ensuite le mariage de ma sœur en 1957 et par la suite, j’ai assisté à plusieurs noces – on se mariait beaucoup à l’époque! La plupart du temps, on servait en entrée un jus de légumes, quelques crudités et ensuite des sandwiches, lesquelles variaient selon le coût du repas. Le tout était couronné par le gâteau de noces qu’on servait habituellement après que les mariés aient endossé leur costume de voyage de noces, juste avant le départ… alors que les nouveaux mariés faisaient le tour des invités pour remercier chacun et chacune, avec, évidemment, quelques larmes en prime!

Mon époux et moi, nous sommes mariés le 24 juin 1964. La mode des énormes crinolines était en perte de vitesse, aussi j’avais choisi de faire coudre ma robe dans un satin peau de soie que je trouvais plus sobre. Pour faire changement, nous avions commandé un repas chaud… Malheureusement, il faisait très chaud et humide ce jour-là. Tant pis! Nous n’avons tout de même que de beaux souvenirs, tant du mariage que de la noce, sans oublier le trajet après le mariage en Lincoln décapotable de l’année!

© Madeleine Genest Bouillé, juillet 2015

Moi et mon époux Jacques, dans la Lincoln (24 juin 1964).

Moi et mon époux Jacques, dans la Lincoln (24 juin 1964).