Ah! Que l’hiver tarde à passer…

On est déjà rendus en février! Février, étant le plus court, est un peu jaloux de ses frères, surtout de Janvier qui a l’honneur d’étrenner l’année nouvelle. Je ne sais pas pourquoi, mais quand les décorations du temps des Fêtes sont enlevées et rangées pour jusqu’au prochain Noël, la maison me paraît démunie. Aurais-je dû les garder plus longtemps? Mais voilà, je n’aime pas étirer les fêtes. Pour moi, ce serait comme vouloir porter la « robe du dimanche » jusqu’au vendredi. Je me rappelle maman qui n’était jamais pressée pour défaire l’arbre de Noël, même s’il perdait ses aiguilles, et je me cherche des bonnes raisons pour revenir au « temps ordinaire », même si je n’aime pas cette expression. Du temps ordinaire, il y en a toujours trop.

J’admets que cette année, la messe anniversaire du décès de mon frère Fernand arrivant le premier dimanche de février, nous avons donc eu un début de mois pas ordinaire. De quoi resserrer les liens, à la pensée de celui qui n’est plus. Mais, bon, comme on dit parfois, marmotte ou pas marmotte, il reste encore un grand bout d’hiver à passer. Alors autant l’occuper! J’ai donc décidé de faire du ménage dans mes paperasses, ma bibliothèque, sans oublier le coffre à jouets des petits qui grandissent, hélas, bien trop vite! Il n’y a maintenant que le plus jeune, Zachary, âgé de 5 ans, qui parfois délaisse son frère et son cousin – des « grands » de 8 ans – pour jouer avec les soldats, les animaux ou les petites autos. Encore une étape qui s’achève… Oh! Nostalgie, quand tu nous tiens!

Je me suis donc plongée dans le ménage de mon classeur… ménage jamais fini et sans cesse recommencé. Cette fois, je fais le tri des chansons. J’ai tout plein de paroles de vieilles chansons que j’ai copiées de mémoire afin de ne pas les oublier et d’autres, trouvées sur Internet. J’ai de la difficulté à jeter des chansons. Tenez, aujourd’hui, je suis tombée sur une belle mélodie de Stéphane Venne qui a pour titre Lorsque nous serons vieux. C’était chanté par Renée Claude qui avait belle voix douce. J’aime toujours les paroles de cette chanson; c’est un peu comme un credo que jadis, je me récitais pour plus tard…

« Plus tard » est venu, un peu trop vite évidemment. Ainsi, les paroles de la chanson prennent tout leur sens. Les voici :

« Quand nous serons au bout de notre route,
Mèches d’argent et rides sur le front
Que nos enfants seront mariés, sans doute
Dis mon ami, seront-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux.

Quand nous serons au bout de notre plage
Sable doré prendra couleur de gris
Ne vivant plus que pour le temps de l’âge
Dis mon ami, seront-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux.

Quand nous seront au bout de notre histoire
Comme un poème à son dernier quatrain
Sera-t-il dit que nous pourrons y croire
Dis mon ami, serons-nous plus heureux?
Dis mon ami, lorsque nous serons vieux,
Je crois que si, au moins, nous serons deux! »

Heureusement, oui, nous sommes deux et notre histoire n’est pas encore terminée! Il y a bien les désagréments de l’âge, et ils sont nombreux. La mécanique a des ratés; les chaleurs de l’été sont difficiles à supporter et les grands froids, comme cet hiver surtout, nous laissent transis. Ce qu’on peut être gauche quand on a les doigts gelés! Mais nous avons tout plein d’activités qui nous occupent tout en nous persuadant qu’on est encore utiles. Vraiment, je crois qu’on ne se sent pas vieillir, puisqu’on s’étonne quand on s’aperçoit qu’on est fatigué pour presque rien ou qu’on remet à demain ce qu’on devait faire aujourd’hui! On se cherche des bonnes raisons : « Je n’ai pas dormi assez… j’avais fait une trop grosse journée hier… »  Mais malgré tout, je crois qu’on vieillit moins vite quand on vit chez nous, dans nos affaires; même si ça nous prend un peu plus de temps pour faire « l’ordinaire » de la maison, comme disaient les anciens. Sommes-nous plus heureux? Je ne sais pas… Nous avons besoin de moins de choses, nous ne formons pas de projets à long terme. Et surtout, nous avons une belle famille, c’est notre plus grande richesse! Alors je crois, oui, que nous sommes aussi heureux, sinon plus!

© Madeleine Genest Bouillé, 4 février 2019

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Réflexion devant une rose…

Les fleurs de notre parterre commencent à pendre la lippe. Les vaillants phlox résistent de leur mieux; surtout les mauves. Les roses sont presque tous fanés et les blancs s’en tirent pas trop mal, mais on voit bien qu’ils se forcent pour tenir le plus longtemps possible. Vraiment, il ne reste plus que quelques plantes robustes, qui ne fleuriront qu’à l’automne. Par contre, mon rosier de la fête des Mères, qu’on a transplanté au printemps a décidé de nous faire une surprise. Il nous avait donné une rose, au début de l’été, une seule! Ensuite, les pucerons ont ravagé le feuillage. Mais il y a quelques semaines, une nouvelle tige a poussé, ses feuilles sont magnifiques… les pucerons doivent être partis ailleurs! Et voilà qu’aujourd’hui, une rose a commencé à s’ouvrir. Une superbe rose rouge. Bien qu’encore timide, cette fleur sera, j’en suis bien certaine, notre dernière rose de l’été!

Et alors, m’est venue à l’oreille cette jolie chanson, originaire d’Irlande, The last rose of summer. La version originale (cliquez ici pour en entendre une version) est un poème de Thomas Moore, qui date de 1805; la musique serait de John Stevenson. Il y a plusieurs versions françaises de La dernière rose de l’été, dont celle du compositeur Eddy Marnay, qui était interprétée par Nana Mouskouri :

Pour entendre la version de Nana Mouskouri, cliquez sur l’image.

« Si demain tu cueilles une rose, dont le cœur est déjà fané
 Dis-toi bien que cette rose, est la dernière de l’été.
Hier encore au voisinage, fleurissait tout un jardin
Dont il ne reste que feuillage, que l’hiver brûlera demain. »

J’aime particulièrement le deuxième couplet,  que voici :

« En amour comme en toute chose, en amour comme en amitié
Si ton cœur trouve une rose, cette rose, il faut la garder.
Même si c’est la première que tu aies jamais trouvée
C’est peut-être aussi la dernière, et la vie n’a qu’un seul été. »

J’ai trouvé une autre version, celle-ci de Francis Blanche (1921-1974), un parolier français qui était aussi un acteur connu. On y ressent là aussi la mélancolie de la fin de l’été :

« Une rose que l’on cueille, la dernière d’un bel été
Une rose qui s’effeuille, avant même d’avoir été.
Plus un chant au vent d’automne, plus d’oiseaux aux alentours.
Et personne qui lui donne, la chaleur des anciens jours. »

« Une rose que l’on garde, la dernière d’un bel été.
Une rose que l’on regarde, souvenir d’un roman passé.
On retrouve un jour d’automne, la couleur de la fleur coupée.
Mais personne ne redonne son parfum à l’amour fané. »

La version qu’on retrouve dans le 7e album de « La Bonne Chanson » est d’une tristesse, comme on en voyait souvent dans les paroles des chansons d’autrefois, où il était courant de « mourir d’amour »… alors qu’il est tellement plus agréable d’en vivre!  En haut de la page, un nom seulement : F. Flotow. Est-ce le compositeur des paroles? Sans doute, puisque la musique est de J. Stevenson.  On a du moins l’avantage d’avoir la musique…

« Seule ici, fraîche rose, comment peux-tu fleurir?
Alors qu’à peine éclose, tu vois tes sœurs mourir.
En ces lieux, des hivers, le deuil sombre s’étale,
Et la brise n’exhale nul parfum dans les airs. »

« Pourquoi seule, ignorée, languir dans ce jardin?
L’aquilon t’a frappée, ne fuis plus ton destin.
Laisse-moi te cueillir, sur ta tige tremblante
Et d’amour palpitante, sur mon cœur, ah! viens mourir! »

Pauvre rose!  Elle doit vraiment regretter d’être encore là, tandis que ses sœurs sont toutes  disparues.

Toutes ces belles paroles, pour une rose! Mais, c’est la dernière de l’été… Elle mérite d’être célébrée. L’été n’est jamais trop long dans notre beau Québec. Pour beaucoup de gens, l’automne est la saison que l’on accueille sans joie. On dit « Déjà! Ça n’aurait pas pu attendre un peu! » Et puis, quand décembre approche, pour reprendre les paroles la chanson C’est la première neige : « C’est l’hiver qui s’avance et l’automne, en silence, disparaît lentement. » La fin du printemps nous réjouit, c’est l’été qui fait son entrée comme une star, escortée  de soleil et de chants d’oiseaux! Les beaux jours ensoleillés, les soirées plus longues, les vacances! Que de la joie! Par contre, quand l’hiver prend de l’âge, il ne fait rien pour qu’on le regrette. Je le comparerais à une personne qui vieillit mal, qui se laisse aller, l’humeur morose, quelqu’un qui renonce à tout ce qui peut lui rendre la vie plus douce. L’hiver s’enlaidit avant de nous quitter, vraiment il ne veut pas qu’on garde de lui quelque beau souvenir. Mais, Dieu sait qu’on a la mémoire courte… en novembre, on recommencera à se préparer à l’hiver et à souhaiter un peu de neige, pour égayer les jours trop courts!

© Madeleine Genest Bouillé, 31 août 2017

Sombreros et mantilles

On a les vers d’oreille qu’on peut! Depuis quelques jours, je m’éveille avec une chanson des années 40 qui a pour titre Sombreros et mantilles. Allez savoir pourquoi! L’artiste qui interprétait cette chanson s’appelait Rina Ketty; elle avait un fort accent italien, étant née à Sparzana, en Italie. Elle avait pour prénom Cesarina… dont elle avait gardé seulement les deux dernières syllabes, comme nom d’artiste.

Maman aimait bien cette chanteuse qui avait une jolie voix claire. J’étais toute jeune encore alors que Rina Ketty était déjà une vedette très connue. Ses chansons passaient fréquemment à la radio. Je me rappelle que maman fredonnait souvent en écoutant ces refrains, soit : Sérénade sans espoir, La Madone aux fleurs, et évidemment Sombreros et mantilles. J’essayais bien d’apprendre les paroles pour chanter moi aussi ces chansons, mais je ne les comprenais qu’à moitié… et encore!

Voici les paroles du début de la chanson Sombreros et mantilles : « Je revois les grands sombreros et les mantilles, j’entends les airs de fandango et seguedilles, que chantent les senoritas si brunes, quand luit sur la plazza, la lune ». Et voici à peu près ce que je comprenais: « Je revois les grands sombreros et les frémilles… j’entends un air de vent dans le dos et des guenilles… qui chante la senorita des prunes… quand on est loin là-bas, la lune. » C’était n’importe quoi! Mais j’aimais tellement chanter que ça ne dérangeait nullement de ne pas avoir les bons mots.

Je dois ajouter que chez nous, avec quelques frères plutôt moqueurs, c’était un jeu de changer les paroles des chansons qu’on entendait à la radio ou sur les disques qu’on écoutait à la maison, surtout qu’on n’y comprenait pas grand’chose. On plaçait n’importe quel mot, du moment que ça rimait, ça faisait l’affaire. Et certains de mes frérots avaient un vrai talent pour rendre la chanson comique et parfois même un peu méchante, mais si peu! On avait du plaisir à peu de frais, surtout quand il s’agissait de chanteurs et chanteuses qui possédaient un accent étranger, tels Rina Ketty, Tino Rossi et surtout Luis Mariano, qui était originaire du pays Basque espagnol. C’était alors le chanteur préféré de ma grande sœur et elle n’aimait pas ça du tout quand on virait les chansons de son beau Mariano à l’envers. Ce pauvre Luis! Il écorchait le français tellement qu’on ne saisissait presqu’aucune des paroles qu’il s’efforçait pourtant de bien chanter, de sa superbe voix de ténor. Il me revient justement la chanson du film Andalousie, dans lequel Mariano  incarne un toreador; alors qu’il est porté en triomphe juste avant de livrer un combat sans merci avec le taureau, il chante « Ole torero! C’est l’honneur des gens de cœur et de courage… » Je crois que c’est la seule phrase complète dont on saisissait les mots. Les couplets de cette chanson parlent entre autres, du « fier torero Dominguez Romero, dont la vaillance sans défaillance est le drapeau ». Ce pauvre torero! Il était méconnaissable, quand nous chantions ses exploits!

Les chansons de Luis Mariano étaient pour la plupart truffées de mots espagnols. Entre autres, la chanson thème du film La Belle de Cadix, où on parle de caballeros, de posada, des hidalgos, Juanito de Cristobal et Pedro le matador. Ce n’était vraiment pas étonnant si la Belle de Cadix, à la fin du premier couplet « ne voulait pas d’un amant » et à la fin du deuxième, « est entrée au couvent »!

Je me suis égarée avec Luis Mariano… rien que de très normal! Mais je reviens à Rina Ketty dont les mélodies rythmées étaient aussi sujettes à des changements de paroles de notre part lorsque nous étions enfants. Une de ses plus belles chansons a pour titre Montevideo, qu’on s’amusait à nommer « Montez vider l’veau ». Et pourtant, quelques années plus tard, alors que je commençais à connaître les chansons à la mode et que je me faisais un devoir d’apprendre consciencieusement toutes les paroles, c’est justement Montevideo que j’ai interprété pour ma première soirée d’amateurs. Ce genre de veillée était très à la mode. Tous ceux et celles qui chantaient ou jouaient d’un instrument donnaient leur nom pour participer à ce concours, où les gagnants recevaient un prix, jamais bien gros; mais ce qui importait, c’était de participer et d’être applaudi, comme de vrais artistes! Ma tante Rollande était l’accompagnatrice attitrée. Elle jouait du piano à l’oreille et pouvait accompagner presque n’importe quelle pièce… même quand l’interprétation était plus ou moins juste. C’était elle qui m’avait suggéré cette chanson, dont la musique, sur un rythme sud-américain, est assez difficile. C’était toutefois une pièce qui mettait en valeur autant le talent de l’accompagnatrice que celui de l’interprète. Vous me demandez si j’ai gagné? Je ne m’en souviens même pas… mais il me semble que je portais une robe mauve.

Pour terminer, j’emprunte quelques-unes des paroles de Sombreros et mantilles :

« J’ai quitté le pays de la guitare… Mais son doux souvenir en mon âme s’égare… Dans un songe souvent, tandis que mon cœur bat… Il me semble entendre tout bas… Une chanson qui vient de là-bas. »  Il me faudrait plutôt dire, « une chanson qui vient de ce temps si lointain ».  À une prochaine parlure!

© Madeleine Genest Bouillé, 20 juillet 2017

Bal au Vieux Presbytère

Le Vieux Presbytère de Deschambault (construit en 1816), du temps des soirées Bonne Chanson...

Le Vieux Presbytère de Deschambault (construit en 1816). ©Coll. privée Madeleine Genest Bouillé.

Au début des années 70, quelques personnes avaient décidé de donner une deuxième vie au vieux presbytère, en mettant sur pied une association qui porterait comme de raison le nom de Société du Vieux Presbytère. Tout d’abord, on restaura la vénérable bâtisse  datant de 1815. Puis, l’important étant d’amener les gens de Deschambault à fréquenter le Vieux Presbytère, les dirigeants du nouvel organisme s’ingénièrent à multiplier les occasions! Je me souviens du premier souper des membres de la Société… on parlait alors de repas « à la fortune du pot ».  Une formule qui peut être gagnante, à la condition que les convives se consultent un tant soit peu. Mais qu’importe, on y  a eu tellement de plaisir! Par la suite, on a adopté pour nos rencontres le menu « soupes-desserts » qui  s’est maintenu pendant plusieurs années. Dans le même esprit d’ouverture, au cours des premiers étés, l’embauche d’étudiants permettait de présenter des expositions à caractère historique et en même temps, offrait aux enfants d’âge scolaire quelques semaines de ce qu’on appelle maintenant un « camp de jour ». Ce fut un succès! La vieille bâtisse devait se sentir ragaillardie par la présence de ces jeunes aussi bien que des moins jeunes qui la fréquentaient.

La conquête du Vieux Presbytère s’est faite grâce à ces diverses activités, mais aussi, il faut bien en convenir, grâce aux soirées dansantes qu’on y a tenues. La première de ces veillées eut lieu en novembre 1973 ou 74; la date n’est pas inscrite sur les photos. On avait choisi d’inaugurer par un Bal d’époque la belle salle toute neuve, avec son plancher bien ciré! Impossible de trouver un plus bel endroit pour tenir ce genre de soirée. Imaginez un peu : des tentures bordeaux habillaient les fenêtres de la salle, un piano installé sur une petite estrade attendait les musiciens… et en haut du petit escalier casse-cou, un mini bar recevait les danseurs assoiffés, avec un petit verre de caribou, boisson d’époque, s’il en est! De plus, pour faire encore plus « bal », une hôtesse, vêtue d’une vraie robe d’époque, accueillait les gens avec son sourire et ses belles manières on ne peut plus XIXe siècle! Je n’ai malheureusement pas de photos de Mademoiselle Gracia Arcand, la bien nommée, dans sa robe de soie noire, rehaussée de quelques très beaux bijoux.

Dans les soirées d’autrefois, on dansait, on causait, on prenait un petit verre pour se réchauffer d’abord, se désaltérer ensuite, mais aussi on chantait. Par chez nous, depuis toujours, il n’y a pas de veillée, ni de fête sans chansons. Qu’on se rappelle la très vieille chanson de « François Marcotte, qui s’habille bien propre, pour aller à Deschambault, chez Monsieur Boudreau… » Qu’importe le style, de la chanson à répondre à la  sérénade, en passant par la  chanson comique,  avec ou sans accompagnement, on chante! C’est ce qui se passait au cours de nos veillées au Vieux Presbytère. Une chanson en amenant une autre, les pauses s’allongeaient… ce qui donnait aux danseurs le temps  d’aller se rincer le gosier au près du « tenancier » du bar.

©Coll. privée Madeleine Genest Bouillé

©Coll. privée Madeleine Genest Bouillé

Sur la première photo, on voit justement Mesdames Joséphine Petit-Dussault et   Blandine Naud-Paré, avec Monsieur Jean-Marie Du Sault; il me semble les entendre chanter : « Plaisir d’amour, ne dure qu’un moment… chagrin d’amour dure toute la vie ». En rappel, les deux dames, dont les voix s’harmonisaient si bien,  chantaient Le tricot de laine, de Théodore Botrel, une bien triste histoire!

©Coll. privée Madeleine Genest Bouillé

©Coll. privée Madeleine Genest Bouillé

Une deuxième photo  montre  Monsieur Albert Paris,  accompagné au piano par ma tante Rollande Petit-Hamelin, et moi; je chantais sans doute la belle chanson Roses de Picardie, que Monsieur Paris jouait admirablement sur son violon! Que de beaux souvenirs…

Dans un bal, on danse! Sur la troisième photo, c’est mon cousin Jean-Claude (Tico) Petit, qui nous faisait danser au son de son accordéon; il est accompagné au piano par  ma tante Gisèle Petit. Prenez le temps d’admirer sa robe : elle avait été cousue par ma mère tout comme la mienne et celle de ma sœur Élyane, qu’on voit sur une autre photo avec son époux.

Le Bal d’époque s’inscrivait dans les activités d’automne, alors que les soirées rallongent  et qu’on reprend goût aux divertissements d’intérieur. Ces soirées se sont poursuivies durant  environ  une dizaine d’années; puis au cours des années 90,  on a repris la formule  deux ou trois fois. Plusieurs genres de soirées ont été tenus au Vieux Presbytère. Pendant quelques années, un groupe de Fermières, portant le nom « d’Atelier des Mains Agiles »,  avait organisé des soirées « Carnaval de Rio », dont je n’ai aucune photo, et c’est bien dommage car il y avait là de très jolis costumes. Après les Fermières, cette activité a été reprise par les mêmes personnes, mais sous l’égide du Club Optimiste. Nous avons connu aussi le Bal des Guenillous; encore une soirée costumée…. mais vraiment sans prétention! Et toujours, on dansait, avec la musique de Tico et Ti-Clin (André Paris, qu’on voit sur cette dernière photo).

©Coll. privée Madeleine Genest Bouillé

©Coll. privée Madeleine Genest Bouillé

Avec le temps, les gens de Deschambault et d’ailleurs ont appris par cœur le chemin pour se rendre au Vieux Presbytère… surtout quand il y avait un bal!

© Madeleine Genest Bouillé, 20 octobre 2016

À propos d’une chanson…

« Derrière les volets, de ma petite ville,
Des vieilles en bonnets, vivent tout doucement.
Et comme un chapelet, entre leurs mains dociles
Les mois et les saisons, s’égrènent lentement.
Quand l’Angelus du soir, troublera l’air tranquille
Elles se signeront, et sans faire de bruit
Elles enfermeront le silence et la nuit
Derrière les volets de ma petite ville. »

Rue de Deschambault (CARP).

Rue de Deschambault (CARP).

Derrière les volets : Quelle belle chanson! Maman la chantait et je l’écoutais comme on écoute une histoire. Parce que les paroles de cette chanson de Jean Lumière racontent vraiment la vie dans une petite ville… ou si vous aimez mieux, un village. De nos jours, les vieilles ont l’air plus jeunes, n’ayant plus de bonnets ni de fichu noir sur les épaules. J’ai aussi l’impression qu’avec la vie trépidante d’aujourd’hui, les mois et les saisons s’égrènent beaucoup plus vite. Elles sont tellement occupées, ces dames! Au clocher de notre vieille église, on ne sonne plus l’Angelus, et je trouve ça bien dommage.  Au moins, j’ai la chance d’avoir l’église de Lotbinière, en face de chez nous, juste de l’autre côté du fleuve, et parfois, le vent m’apporte le son de l’Angelus du midi.

1er couplet :
« Dans la petite rue, de ma petite ville,
De l’aurore à la nuit les volets des maisons,
Restent à demi clos et des vieilles tranquilles
Derrière ces volets depuis tant de saisons
Écoutent s’écouler des heures si pareilles
En tricotant leurs bas, ou disant leurs Aves.
Sans même se pencher, rien qu’en tendant l’oreille,
Elles savent le pas qui frappe le pavé. »

Élise Proulx-Thibodeau (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Élise Proulx-Thibodeau (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Certaines de nos « vieilles pas si vieilles » tricotent et cousent encore, et c’est tant mieux!  J’en connais qui font de très beaux ouvrages « de dames », comme on disait dans le temps. Chaque année, au marché aux puces, on retrouve des centres de table  crochetés, ou brodés, des lavettes de vaisselle presque trop jolies pour être utilisées comme telles.  On y trouve aussi des poignées pour les chaudrons, des essuie-mains assortis et des tabliers quasiment trop beaux pour être portés autrement que « pour la visite ». Je ne sais pas s’il y en a encore beaucoup qui égrènent des Aves en travaillant. Peut-être qu’elles regardent plutôt leurs émissions de télévision préférées, surtout les éternelles Histoires des Pays d’en haut, avec une Donalda vêtue comme les dames de la chanson qui se poursuit comme ceci :

«… Car depuis des années, on entend la laitière
Toujours à la même heure, arriver le matin.
Et Monsieur le Curé, sortir du presbytère
Tandis que dans la rue, s’ouvrent les magasins… »

Magasin Général Paré (CARP).

Magasin Général Paré (CARP).

Ah! le bon temps où le matin était salué par le bruit des sous tintant dans les bouteilles de lait vides, déposées près de la porte, et qui attendaient bien sagement d’être remplacées par des bouteilles pleines! Ensuite, c’était le boulanger qui faisait sa tournée; et le boucher, qui livrait aussi les blocs de glace qu’on plaçait dans la glacière. Toutes ces visites accompagnées  des « clac-cloc » des sabots des chevaux, attelés aux voitures des  multiples marchands. Dans ma lointaine enfance, quand je partais pour l’école, je me faisais toute petite sur le trottoir qui longeait la route où il y avait toujours un cheval  arrêté attendant son conducteur qui piquait une jasette ici et là… et moi qui avais peur des chevaux !

2e couplet :
« Et plus tard, quand lassée de gaspiller ma vie,
Je laisserai mon cœur écouter ma raison,
J’irai me reposer, sans regrets, sans envies,
Derrière les volets de ma vieille maison.
J’aurai beaucoup appris, ayant des cheveux blancs.
Je me dirai : la vie dépend de tant de choses
Qu’aux fautes du prochain, il faut être indulgent.
Avec moi, les enfants pourront tout se permettre,
Je serai faible et bonne avec les amoureux
Et je leur sourirai, le soir de ma fenêtre
Songeant au bon vieux temps où je faisais comme eux! »

Ce couplet est magnifique! Effectivement, « la vie dépend de tant de choses, qu’aux fautes du prochain, il faut être indulgent ».  On devrait répéter cela chaque jour, comme une oraison.

001Dernier refrain :
« Derrière les volets, de ma petite ville
Un jour je reviendrai vivre tout doucement.
Et je me souviendrai d’histoires puériles
Que je raconterai à mes petits-enfants.
Quand l’Angelus du soir troublera l’air tranquille
Je m’enfermerai seule, avec mes souvenirs.
Puis un jour doucement, me laisserai mourir
Derrière les volets, de ma petite ville. »

Que dire de plus? C’est vraiment une des chansons les mieux écrites que je connaisse… et je la sais par cœur!

© Madeleine Genest Bouillé, 6 octobre 201

Les plaisirs démodés

Je ne sais pas si vous êtes comme ça, mais moi quand je me lève, j’ai toujours une musique qui résonne dans ma tête. Je n’aime pas beaucoup l’expression « ver d’oreille », mais ça exprime bien la chose. Ce n’est pas toujours une chanson à mon goût, et parfois ça dure, hélas, une bonne partie de la journée! Heureusement, il arrive que ce soit un air qui me plaise. Comme cette chanson de Charles Aznavour, Les plaisirs démodés, dont j’aime surtout le refrain. Il y a quelques jours, par un beau matin, j’avais justement cette chanson dans l’oreille. Et voici la réflexion que j’en ai tirée…

IMG_7013Parmi les « plaisirs démodés » de notre monde moderne, ceux qu’on trouve à la campagne sont pour moi irremplaçables. Les séjours à l’extérieur de Deschambault ne représentent en fait que quelques courts moments dans mon été. Les vraies vacances, ce sont donc toutes ces journées où, chez moi, je décroche de toutes les activités qui m’occupent de septembre à juin, sauf mon bénévolat à la bibliothèque, qui se continue en été, car la lecture, c’est un passe-temps qui ne prend pas de vacances. Mais tout de même,  il me reste amplement de temps pour profiter de ce que mon petit coin de pays m’offre à profusion!

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Qu’on se tourne vers le fleuve ou vers les champs environnants, c’est beau, vaste, l’air est bon; le vent toujours un peu là, contribue à rendre encore plus confortable les jours de grande chaleur. La verdure, les fleurs, les oiseaux, tout m’enchante!  Le chant des oiseaux surtout… Oh! Comme j’aime à me réveiller avec cette musique qui m’accompagnera tout le long du jour!

2011-08-21 095Nous avons chez nous beaucoup d’arbres, plantés un peu partout au hasard; quand on plante un petit arbre, on ne pense pas toujours à l’espace qu’il va prendre quand il sera grand; mais ça, c’est une autre histoire! Chacun de ces arbres offre gîte et couvert à une multitude d’oiseaux aussi variés qu’il y a d’espèces d’arbres. Nous n’avons pourtant ni « condos » somptueux, ni mangeoires sophistiquées à leur offrir. Non, ils viennent s’établir chez nous chaque été parce qu’ils aiment ça, je suppose. Et nous les admirons  quand ils construisent leur nid, nous assistons à leurs amours, on les observe quand ils poussent leurs petits hors du nid, afin de leur apprendre à voler. Ça me fait penser à la parole de l’Évangile : « Regardez les oiseaux du ciel… ils ne tissent, ni ne filent, et pourtant ils sont mieux vêtus que Salomon dans toute sa gloire. »

2012-01-18 010Savoir s’émerveiller du chant d’un oiseau, d’une fleur qui s’ouvre au soleil du matin, d’un papillon qui se pose un instant, du bruissement des feuilles dans l’air plus frais du soir, d’un lever ou d’un coucher de soleil, du fleuve qui coule à nos pieds, immuable et pourtant changeant et si vivant : tout ça fait partie du bonheur de vivre. Et les nuits d’été!  Quand il a fait chaud toute la journée et qu’à la nuit tombée, on sent que la nature, lasse de trop de soleil, s’amortit et se repose enfin, alors, en regardant les étoiles au ciel, on prie malgré soi. On est si petits et pourtant si importants, puisque toute cette immensité, toutes ces splendeurs ont été créées pour nous, pour notre usage, pour notre confort, pour notre bonheur.

photo © Jacques Bouillé 2014

La meilleure façon de remercier le Créateur pour toutes ces merveilles, c’est de profiter de cette saison si courte, d’en cueillir fleurs et fruits, et de faire en sorte que notre  « petite patrie » soit de plus en plus belle pour ceux qui y vivent aujourd’hui et ces autres qui y vivront demain!

Madeleine Genest Bouillé, 14 août 2016

(Tiré d’un texte paru dans Grains de sel, grains de vie).

Vieilles chansons qu’on aime chanter

"Femme à la fontaine" de J.M. Villard (1828-1899).

« Femme à la fontaine » de J.M. Villard (1828-1899).

« À la claire fontaine, m’en allant promener
J’ai trouvé l’eau si belle, que je m’y suis baigné. 
Il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai. »

À la claire fontaine… Je savais déjà que cette chanson est l’une des plus vieilles de notre répertoire. En fouillant sur Internet, effectivement on dit que cette chanson qui date du  XVIe ou peut-être même du XVe siècle, nous est venue par les colons français qui venaient s’établir en « Neuve France », comme on disait alors. Jean Provencher, mon historien québécois préféré, nous raconte qu’un écrivain parisien, Oscar Hérard, dans une étude sur le Canada, aurait  déclaré que la « Claire Fontaine » était à une certaine époque, le chant national officiel de la Nouvelle-France. Le Trifluvien, journal qui, comme son nom l’indique, venait de Trois-Rivières, avait rapporté cette nouvelle en 1891. Chant national ou pas, cette chansonnette a traversé les siècles et se chante encore dans toutes les circonstances où l’on veut faire participer une foule… presqu’autant que Gens du Pays!

* * * * *

« Ah! c’était un p’tit cordonnier…
Qui faisait fort bien les souliers…
Il les faisait si jute,  si drett’
Pas plus qu’il n’en fallait. »

Mes grands-parents, Blanche et Tom (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Mes grands-parents, Blanche et Tom (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

 Le p’tit cordonnier… Cette chanson de folklore nous serait connue depuis 1880. Moi, quand j’étais petite, j’ai appris à lire entre autres avec les cahiers de la Bonne Chanson. Je me souviens que j’aimais l’image qui accompagnait les paroles et la musique de cette chanson,  parce que ça ressemblait à la boutique de cordonnerie de mon grand-père. Sauf qu’à ma connaissance, mon grand-père Tom Petit, n’allait pas au cabaret… Il aimait bien « un bon petit boire » de temps en temps, mais comme dans la chanson « Pas plus qu’il n’en fallait! ». Par contre, il n’aurait jamais battu sa Blanche à coups de bâton. Non, ça, jamais! Quand ma grand-mère récriminait contre les enfants trop tannants, le chat qui était dans ses jambes ou contre les clients qui ne payaient pas souvent… mon grand-père clouait ses semelles et ses talons « si juste et si drett’ » en fredonnant, sans prêter trop d’attention aux paroles de Blanche…

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« Petits enfants, jouez dans la prairie,
Chantez, chantez, le doux parfum des fleurs.
Profitez bien du printemps de la vie
Trop tôt, hélas! Vous verserez des pleurs. »

Souvenirs d’un vieillard… Du temps des soirées « Bonne Chanson » au Vieux Presbytère,  cette balade était généralement chantée vers la fin, alors que nous reprenions tous en chœur le dernier refrain. Que de bons conseils et de tendres paroles, prodiguées par ce vieillard! « En vieillissant, soyez bons, charitables… Il est si bon d’assister ses semblables, un peu de bien embellit nos vieux jours ». La seule indication quant à l’origine de cette chanson est « chanson d’autrefois », ce que démontre assez bien le style romantique employé par l’auteur et surtout le dernier couplet : « En vieillissant, j’ai connu la tristesse… Ceux que j’aimais, je les ai vus mourir. Oh! Laissez-moi vous prouver ma tendresse. C’est en aimant que je voudrais mourir. » Si vous chantez cette chanson et que vous voulez attendrir votre auditoire, mettez tout l’accent sur le refrain : « Dernier amour de ma vieillesse… Venez à moi, petits enfants. Je veux de vous une caresse… Pour oublier mes cheveux bancs! »

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La chaloupe de mon frère Fernand (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

La chaloupe de mon frère Fernand (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

« Amis, partons sans bruit, la pêche sera bonne, la lune qui rayonne éclairera la nuit.
Il faut qu’avant l’aurore, nous soyons de retour, pour sommeiller encore, avant qu’il soit grand jour. »

Partons la mer est belle… Encore une belle vieille chanson qu’on nous a apprise quand nous étions très jeune. Dans le cahier de la Bonne Chanson, on dit que c’est un folklore acadien. Et comme beaucoup d’entre nous avons quelque lointain ancêtre acadien dans notre lignée, on se sent tous un peu de parenté avec les marins et les pêcheurs et c’est avec ardeur que nous chantons : « Partons la mer est belle, embarquons-nous pêcheurs… Guidons notre nacelle, ramons avec ardeur… Aux mats, hissons les voiles, le ciel est pur et beau. Je vois briller l’étoile qui guide les matelots. » 

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« Quand nous chanterons le temps des cerises… et gai rossignol et merle moqueur, seront tous en fête. Les belles auront la folie en tête et les amoureux, du soleil au cœur… »

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Le cap Lauzon vers 1920…

Le temps des cerises… Les paroles de cette chanson, qu’on a associée à la Commune de Paris, sont de Jean-Baptiste Clément et la musique d’Antoine Renard. Elle date de 1866. En quoi une si jolie romance pourrait-elle avoir quelque rapport avec la période sanglante qu’on a appelée « La Commune de Paris »? Pendant cette insurrection contre le gouvernement qui a eu lieu du 26 mars au 28 mai 1871, on a déploré la perte de 15,000 Communards et de 7,000 à 8,000 Versaillais au cours de féroces combats. Est-ce un rappel de cette guerre quand on chante ces paroles : « Cerises d’amour, en robes pareilles, tombant sous la feuille en gouttes de sang »  et plus loin : « J’aimerai toujours le temps des cerises… c’est de ce temps-là que je garde au cœur une plaie ouverte… et Dame Fortune, en m’étant offerte, ne pourra jamais calmer ma douleur » ? Quoi qu’il en soit : « J’aimerai toujours le temps des cerises et le souvenir que je garde au cœur. »

 Chantons nos vieilles chansons… pour qu’elles ne tombent pas dans l’oubli!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 juillet 2016

Dans le bon vieux temps

IMG_20160422_0001C’était en mai 1982, lors d’une soirée de l’Âge d’Or – aujourd’hui la Fadoq, j’avais mimé cette chanson Dans le bon vieux temps, avec un compagnon de la chorale. À l’époque, nous devions nous poudrer les cheveux pour rendre le « Vieux » et la « Vieille » plus crédibles… Voici cette chanson de deux vieux qui se rappellent de doux souvenirs :

Lui :
« Dis-moi, te souviens-tu ma vieille, du temps où je te courtisais
Ma tuque par-dessus l’oreille, chez ton vieux père, j’arrivais.
Au trot de ma vieille jument, veiller chez vous à Saint-Constant. »

Elle :
« Je m’assoyais près de la fournaise, et bien émue, je t’attendais
Toi, tu plaçais toujours ta chaise, près de la mienne quand t’arrivais.
Bien trop proche, nous disait maman, qui chaperonnait en tricotant. »

Lui :
« Quand ta mère piquait son somme, avec son tricot sur ses genoux.
Et que ton père, le brave homme, fumant sa pipe, cognait des clous
Moi, je profitais de ce moment, pour t’embrasser bien tendrement »

 Elle :
« Tu m’embrassais, vieil haïssable! Et ta barbe me piquait le menton.
De t’arrêter, j’étais pas capable. Pour dire franchement, je trouvais ça bon.
En se réveillant, papa te chassait. Au bout de trois jours, tu revenais. »

Refrain :
« Dans le bon vieux temps, ça se passait de même
Ça se passait de même dans le bon vieux temps. »

IMG_20160421_0003Ce refrain me tourne souvent dans la tête quand je regarde mes photos du temps passé. Il est vrai que pendant longtemps, les fréquentations sérieuses, c’est-à-dire celles qui devaient conduire au mariage, étaient la plupart du temps les seules qui étaient tolérées dans les bonnes familles. D’abord faisons la distinction entre le « soupirant » et le « prétendant »; le soupirant n’a pas encore été admis à fréquenter la jeune fille qu’il convoite, alors il soupire! Tandis que le prétendant a reçu la permission « d’accrocher son fanal », comme on disait autrefois. Et il passe les « bons soirs » chez sa promise en observant les usages autant que les dix commandements de Dieu! Je reviens à l’essentiel de mon propos. Le soupirant devait demander aux parents la permission de courtiser  leur fille, en promettant que c’était pour le « bon motif ». Et alors commençaient les visites  du prétendant, les bons soirs, soit les jeudis, samedis et dimanches, ou autres, selon  les habitudes de la famille. Évidemment, même si les amoureux étaient seuls dans le salon, la porte restait ouverte et il y avait toujours un chaperon assis pas loin, pour avoir l’œil sur ce qui se passait, ou plutôt pour s’assurer qu’il ne se passait rien! Souvent le dimanche après-midi était réservé aux visites dans la parenté; il va sans dire que les jeunes gens  étaient accompagnés d’un frère ou d’une sœur, chaperonnage oblige! Des anecdotes à ce sujet laissent croire que les couples devaient souvent « acheter » la complicité des chaperons. Quand les surveillants étaient des enfants, des friandises pouvaient faire l’affaire. S’il s’agissait d’un frère ou d’une sœur plus âgés, il fallait parfois promettre  diverses récompenses, allant du prêt d’un bijou ou d’autre chose, jusqu’à l’échange d’une corvée plus ou moins désagréable. Les futurs mariés devaient ruser pour s’octroyer  quelques moments d’intimité. Les longues fréquentations étant déconseillées, on peut en déduire que les fiancés s’épousaient souvent sans vraiment se connaître. Mais, dans « le bon vieux temps », quand on se mariait, c’était pour la vie!

MadoJacDans ma jeunesse, quand on veillait « au salon », le chaperonnage était plus discret. Et dans la plupart des familles, on pouvait sortir ensemble, sans être accompagné… avec seulement promesse de se bien conduire et ne pas rentrer trop tard! Mais cette pratique variait selon les familles, ainsi j’ai souvenance d’avoir joué le rôle du chaperon, avec une amie, dont la mère était plus sévère. Quand la grande sœur allait au cinéma avec son prétendant, parfois nous devions les accompagner… Nous trouvions alors cette tâche très agréable! Et j’étais loin de penser que quelques années plus tard, ce serait mon tour de sortir avec un garçon en souhaitant ne pas être obligée de subir la présence d’un chaperon.

De mon temps, quand le soupirant arrivait chez les parents de sa bien-aimée, il était de bon ton de passer tout d’abord un moment dans la cuisine avec les futurs beaux-parents  pour jaser de choses et d’autres… et parfois aussi de prendre le temps de jouer une partie de cartes. Cet intermède donnait ainsi aux parents de même qu’au jeune homme l’occasion de faire mutuellement connaissance. Je me souviens cependant d’un certain soupirant qui écourtait autant que possible cette entrée en matière, où il se sentait comme observé à la loupe… Mais il fallait bien passer par là, ça faisait partie du processus de fréquentations « pour le bon motif »!

Ah oui, vraiment! Ça se passait de même dans le bon vieux temps!

© Madeleine Genest Bouillé, 25 avril 2016

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« Mais où sont passées les neiges d’antan? »

(Paroles tirées de Ballade des Dames du temps jadis, de François Villon)

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Le champ entre notre maison et celle de notre voisin, la demeure ancestrale de la famille Bouillé, en 1986 (soit l’année précédant la construction de la maison de notre neveu Germain).

Oui je m’ennuie de la neige! Je l’avoue sans honte, même avec une certaine fierté. Je suis une vraie québécoise, native d’un pays où il y a quatre saisons, dont l’une, l’hiver, qui empiète habituellement sur celle qui la précède et pas mal aussi sur celle qui la suit. Mais voilà : aujourd’hui, 2 décembre, c’est comme si on était en novembre. C’est gris, c’est laid… même la musique de Noël que je fais jouer pendant que mon homme s’affaire aux pâtés à la viande pour la Vente de Pâtisseries des Lions, et même cette bonne odeur de fête ne parviennent pas à me faire oublier qu’il pleut à boire debout. Pas du verglas, non, de la pluie, de l’eau!

pate_viande_recetteJ’ai quand même de quoi m’occuper et sinon, quelqu’un à admirer. Car, qu’y a-t-il de plus réconfortant, je vous le demande, que de voir un brave cuisinier mélanger avec application les viandes avec les oignons et les épices, et cuire tout ça dans un grand chaudron? Tandis que la ménagère de service, en l’occurrence moi, vaque à des occupations routinières : ménage, lavage, avec séchage à l’intérieur, forcément! Donc, notre cuisinier prépare ensuite sa pâte et la roule avec un tel acharnement sur le rouleau, on jurerait qu’il se défoule sur cette pauvre pâte molle, qui ne lui a pourtant jamais rien fait! Dommage, je n’ai pas de photos de mon cuisinier, vous auriez aimé voir cette ardeur au travail… avec pas loin, un petit verre de scotch qui attend. Le scotch est au cuisinier ce que l’essence est à l’auto! Quand les pâtés vont dorer au four, il s’en dégagera un tel arôme, je vous le dis, c’est quasi céleste! Au fait, croyez-vous qu’il soit possible qu’au Paradis on retrouve tout ce qu’on a aimé sur terre, senteurs et saveurs incluses ? Moi, j’aimerais bien. Ceci me fait penser à cette pensée un peu légère: «  Si au ciel on ne peut pas rire, moi, je préfère ne pas y aller ! »

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Le cap Lauzon enneigé, début des années ’90.

Concernant cet hiver qui tarde, quelqu’un va sûrement me rétorquer : « ben voyons donc, c’est la faute aux changements climatiques! » D’autres diront: « c’est le phénomène El Nîno. » Je veux rien savoir! Je veux de la NEIGE! Après mon opération au genou, et tout au long de ma convalescence, je disais pour m’encourager : « j’ai hâte à l’hiver, j’ai hâte à Noël! Sûrement qu’alors, ça va aller comme sur des roulettes». Décembre est là, les décorations dans la maison ont l’air aussi incongrues que si on était en juillet et dehors, les boucles de ruban rouge pendent tristement… elles n’aiment pas la pluie, ça ne leur va pas au teint. Les gourous de la météo prédisent qu’on aura l’hiver à la mi-janvier… pas possible! Devrons-nous subir ce désolant paysage encore plus d’un mois?

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Chansonnier anglais que j’ai reçu en cadeau en 1951, publié par la compagnie Loneys…

J’enfile l’une derrière l’autre toutes les chansons d’hiver que je connais : C’est la première neige, jolie chanson de mon enfance… Noël blanc : je n’y peux rien, les paroles me font pleurer! Le sentier de neige, j’ai toujours aimé cette chanson des Classels, ça donne envie de cheminer le soir, sous une petite neige douce… Le bonhomme de neige, La promenade en traîneau : on n’irait pas loin aujourd’hui! Même en anglais, la neige est belle : Let it snow, Winter wonderland, Deck the Halls. Que de belles chansons, dont plusieurs qui nous rappellent des fêtes de Noël ou du Jour de l’An, des rencontres en famille ou entre amis! On a chacun notre petit air préféré pour le temps des Fêtes, celui qui bourdonne à nos oreilles à tout moment… même et surtout quand c’est pas le temps!

Si comme moi, cette température vous rend morose, écoutez les chansons du temps des Fêtes que vous aimez, chantez-les en même temps et si vous faussez quelque peu, personne ne vous en tiendra rigueur! Et puis, espérons, le grand Boss de la température aura peut-être un peu pitié de nous et nous enverra quelques pouces de belle neige, avec assez de froid pour que le tapis résiste jusqu’à la première vraie bordée…

© Madeleine Genest Bouillé, 2 décembre 2015

La langue de chez nous

« C’est une langue belle avec des mots superbes… » C’est qu’il y en a des mots dans notre belle langue française! Seulement pour décrire sa beauté, on peut utiliser superbe, magnifique, admirable, sublime et combien d’autres. Mais voilà que dans notre parlure moderne, on remplace tout cela simplement par « Wow ! » Et ce « cri du cœur » est utilisé à toutes les sauces. Ça remplace tous les superlatifs, qu’il s’agisse de beauté, de saveur, de parfum, de musique, etc. Un simple « Wow! » Et que dire de la fameuse expression « My God! » Jadis on ne manquait pas de mots pour s’exclamer : « Seigneur ! », « Jésus, Marie, Joseph! », « Bonne Sainte-Anne! » ou « Bonne sainte bénite! », sans oublier « P’tit Jésus de plâtre! » et « Joual vert! »; on savait mettre de la variété!

« Dans cette langue belle… la saveur des choses est déjà dans les mots ». Pourtant on dirait parfois à entendre notre parler qu’on manque de mots. C’est trop compliqué ou on a peur de faire « prétentieux », alors on prend des raccourcis, on économise les mots plus recherchés, même s’ils expriment les vraies choses, ce qui nous amène à parler une langue appauvrie. « Elle a jeté des ponts par-dessus l’Atlantique … » Notre langue nous a été léguée par nos ancêtres, lesquels, pour la plupart, venaient de France. Ces pionniers n’étant pas tous originaires de la même région, ils avaient donc différentes manières de parler selon qu’ils venaient des régions du nord ou du sud de la France. Ils nous ont laissé tout plein de vieilles expressions tellement imagées : « Il fait noir comme chez le loup », « Il mouille à boire debout », « Grimpe donc pas dans les rideaux!» et combien d’autres! Notre langue est colorée, nuancée, diversifiée. « Elle a fait face aux vents qui soufflent de partout, pour imposer ses mots jusque dans les collèges et qu’on y parle encore la langue de chez nous. » Beaucoup de nos gens d’autrefois étaient souvent illettrés et malgré tout, ils ont su préserver leur parler et leurs coutumes parce qu’ils y tenaient. Notre langue « nous offre toujours ses trésors de richesse infinie, les mots qu’il nous fallait pour pouvoir nous comprendre et la force qu’il faut pour vivre en harmonie! »

« C’est une langue belle à qui sait la défendre… » Et voilà! Comment peut-on prétendre défendre une langue qu’on parle et qu’on écrit mal. On peut en mettre beaucoup sur le dos des moyens de communications modernes. J’ai moi-même constaté combien il est facile de faire des fautes quand on écrit sur un clavier… on va plus vite, on tape la lettre à côté et si on ne se relit pas attentivement, on se retrouve avec des fautes qu’on aurait jamais faites si on avait écrit à la main. Ceux qui nous gouvernent ont émis des lois pour la protection de la langue, comme entre autres, l’affichage obligatoire en français; il était temps qu’on fasse quelque chose. Les premières fois où je suis allée à Montréal, dans les années cinquante, l’affichage était presque partout en anglais. Les gens étaient en général moins scolarisés, ils travaillaient dans des usines pour des patrons qui pour la plupart, parlaient à peine le français; curieusement, tout le monde se débrouillait sans mal avec les affiches unilingues anglaises. Cela semblait normal, on disait « l’anglais c’est la langue des affaires! » On se laissait envahir par les anglicismes pour tout ce qui était moderne, par exemple dans la mécanique automobile, on utilisait que les termes anglais, qu’on disait tout de travers.

Les jeunes du vingt-et-unième siècle sont beaucoup plus scolarisés que leurs grands-parents; on apprend l’anglais à l’école très tôt, sans pour autant négliger le français. Mais si on s’arrête à ce qu’ils écoutent comme musique, on s’aperçoit qu’il y a pas mal plus d’anglais que de français. On ne peut les blâmer, plusieurs de nos artistes québécois produisent plus de chansons en anglais qu’en français. Quand on écoute la radio, la plupart des postes nous font entendre beaucoup plus de chansons anglophones que francophones, ce qui n’arrange rien. Mais le plus désolant, selon moi, c’est le langage des médias sociaux. Ce ne sont là qu’abréviations toutes croches et des fautes, à la tonne! C’est parfois voulu, avec l’intention de faire rire, mais plus souvent qu’autrement, c’est de l’indifférence et du laisser-aller. Et que dire de ce fameux « lol » que je me garde bien d’utiliser! Dommage, car ces réseaux nous permettent de communiquer avec des personnes dont nous n’aurions autrement pas souvent de nouvelles, c’est pourquoi j’y suis abonnée.

Si je reprends cette phrase de la chanson : « C’est une langue belle à qui sait la défendre… », c’est qu’elle m’interpelle. Serait-ce qu’on manque d’armes pour défendre notre langue? Ou bien nous en avons, mais on ne sait pas s’en servir? Tout d’abord, croit-on qu’elle est vraiment menacée… ou si ça nous passe cent pieds par-dessus la tête? Dans le doute, je préfère terminer avec ceci : « En écoutant chanter les gens de ce pays, on dirait que le vent s’est pris dans une harpe et qu’il a composé toute une symphonie ». Je n’ai pas été à l’université, mais je l’aime, la langue de chez nous, alors j’essaie de la parler et de l’écrire du mieux que je peux.

© Madeleine Genest Bouillé, octobre 2015