Chansons d’automne…

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Il fut un temps où, au Vieux Presbytère, on présentait des soirées « Bonne Chanson ». L’idée nous en était venue après avoir constaté que lors de nos soirées de musique, piano-bar ou musique traditionnelle, il y avait toujours un moment dans la soirée où l’un ou l’autre des participants entonnait une chanson, que tout le monde reprenait ensuite. Entraînés par la musique, on finissait par chanter en chœur; une chanson succédait à l’autre. Souvent alors, la soirée se prolongeait… Quand on se quittait, c’était pour se dire : « On devrait en faire plus souvent des soirées comme ça! »

Le Vieux Presbytère de Deschambault (construit en 1816), du temps des soirées Bonne Chanson...

Le Vieux Presbytère de Deschambault (construit en 1816), du temps des soirées Bonne Chanson…

La première soirée Bonne Chanson a eu lieu en novembre 1993 ou 1994, je ne suis pas certaine. On avait invité les gens à apporter les cahiers de La Bonne Chanson de l’Abbé Gadbois. On avait préparé un programme « au cas où » pour débuter la soirée et réchauffer la salle, en se disant que la suite viendrait tout naturellement, dès lors que les gens proposeraient une chanson, en solo, en duo ou en chœur. Et c’est ainsi que ça se déroulait. La saison se prêtait bien à ce genre de veillée. Il y a tellement de belles chansons qui parlent de l’automne! En commençant par La dernière rose de l’été : sur une musique irlandaise, l’auteur nous dit que « Si demain, tu cueilles une rose, dont le cœur est déjà fané… dis-toi bien que cette rose est la dernière de l’été. » Cette autre chanson, intitulée simplement Chant d’automne, résume à elle seule nos soirées automnales : « Lorsque le vent du soir s’alanguit et pleure, Et que tous les enfants sont dans la demeure, Ah! qu’il fait bon chez-soi près du feu pétillant qui chante, En cercle l’on s’assoit loin de la tourmente. »

Charles-Émile Gadbois (1906-1981), fondateur de La Bonne Chanson.

Charles-Émile Gadbois (1906-1981), fondateur de La Bonne Chanson.

Impossible d’évoquer les soirées Bonne Chanson, sans parler de Louiselle et de Joachim, un couple charmant, qui était toujours présent partout où ça chantait! Parmi leur vaste répertoire, ils chantaient ce duo, Chanson d’automne, dont le refrain nous invite : « Viens cueillir encore un beau jour, en dépit du temps qui nous presse, et mêlons nos adieux d’amour, aux derniers parfums de la brise. » Depuis, Louiselle et Joachim ont quitté leur maison au bord du fleuve pour une résidence plus apte à leurs besoins, puis encore une fois, ils ont changé de nid… Ainsi ils peuvent continuer de cueillir chaque beau jour qui s’offre à eux et ils profitent ainsi des parfums de la brise tant qu’il leur est possible de le faire!

Quatre rubansDans la Bonne Chanson, on retrouve des chansons très vieilles, qui ont été reprises et transformées maintes fois, et qui souvent racontent une histoire… généralement triste! Ainsi en est-il de la chanson Les quatre rubans. C’est l’histoire d’une vieille femme qui décrit sa vie en « quatre rubans » : sa vie de jeune mariée, représentée par le ruban blanc; le ruban bleu, pour sa vie de jeune mère; devenue veuve de guerre, elle porte le ruban rouge; et plus tard, ayant perdu ses fils et son époux, elle porte désormais le ruban noir. Une autre chanson, parmi les plus connues, Mon chapeau de paille, raconte l’histoire d’un patriote de la région du Richelieu en 1837. L’abbé Gadbois faisait une large place aux chansons bretonnes de Théodore Botrel. Cet auteur a composé des berceuses, des chansons de marin et surtout de femmes de marins, comme La Paimpolaise… « qui attend au Pays Breton ». Il a aussi écrit des chansons, comme Le couteau, faites pour être mimées. Cette dernière était l’une des favorites des soirées Bonne Chanson.

Une autre incontournable de nos soirées, c’est Souvenirs d’un vieillard. Elle était le plus souvent chantée par Joachim et on reprenait en chœur le refrain : « Dernier amour de ma vieillesse, venez à moi, petits enfants… Je veux de vous une caresse pour oublier mes cheveux blancs. » La soirée n’aurait pas été complète sans la chanson du Grand Lustucru, de Botrel, qui était comme un clin d’œil à la fête de l’Halloween. Et comme il faut toujours un rappel… pour clore la veillée, Louiselle et Joachim nous chantaient L’hiver a chassé l’hirondelle : « Le dur hiver s’avance, adieu les belles nuits, d’amour et d’espérance, les oiseaux nous ont fui… L’hiver a chassé l’hirondelle, l’hiver a chassé les beaux jours. Mais de notre cœur, ô ma belle, l’hiver ne peut chasser l’amour. »

Que de belles soirées! Nul doute qu’on devrait en faire encore des veillées comme ça!

© Madeleine Genest Bouillé, septembre 2015

La vie était belle… dans les années 30

Mon père, Julien, à 21 ans.

Mon père, Julien, à 21 ans.

« La vie était belle,

Au temps joyeux des balalaïkas…

Dans l’air flottait un parfum de lilas

Que c’est loin tout ça »

Mon père ne jouait pas de la balalaïka, mais plutôt de la guitare, de la guitare hawaïenne, pour être plus précis. C’était très à la mode en ces années-là. Un soir, j’ai eu le plaisir d’entendre cette chanson, au cours d’un spectacle présenté par le regretté Yves Cantin, au Théâtre du Lac Beauport. Très rythmée, cette mélodie enlevante donne envie de remonter le cours du temps, de revivre cette époque où « la vie était belle ».

Hôtel de la Ferme en 1980.

Hôtel de la Ferme (Station de recherches agricoles, actuellement le CRSAD) en 1980.

En 1930, mon père avait vingt ans. Avec ses frères Léo et Maurice, il était arrivé à Deschambault et selon les dires de ma mère, ils pensionnaient à l’hôtel de la Ferme-école provinciale où ils avaient obtenu un emploi. Comment ces trois jeunes hommes en étaient-ils venus à se retrouver dans notre village, je l’ignore. Orphelins depuis leur jeune âge, ils avaient déjà pas mal bourlingué, chacun de leur côté tout comme les trois autres garçons de la famille Genest, Georges, Laurent et Gérard.

Mon père Julien, avec son frère Jean-Paul et un ami, 1930.

Mon père Julien, avec Jean-Paul et un ami, 1930.

Mon père était affable et il aimait la compagnie. Le frère de maman, Jean-Paul, travaillait lui aussi à la Ferme. Mon oncle a donc invité Julien et ses frères à venir veiller à la maison de mon grand-père où il y avait six filles, dont trois en âge de rencontrer un prétendant. C’était une maison très vivante que celle de mes grands-parents, une maison où il y avait de la musique et de la bonne humeur! Construite sur le haut de la côte en bordure du fleuve, cette maison défie depuis plus d’un siècle, le vent de nordet qui dans cette petite rue se déchaîne comme s’il voulait tout jeter par terre! Le vent de nordet? Et quoi encore! Maman racontait que, dans son enfance, la foudre était tombée dans la maison, entrée par une fenêtre pour ressortir par une autre. C’est tout ce que je sais de cette anecdote et je serais bien incapable de l’expliquer. Toujours est-il que mes grands-parents n’étaient pas des peureux! D’ailleurs ma grand-mère avait tout ce qu’il fallait pour contrer le mauvais sort : la croix de tempérance, les cierges de la Chandeleur, les rameaux bénits, l’eau de Pâques et cela, sans compter les images du Sacré-Cœur et de la Bonne Sainte-Anne. Mon grand-père, un homme qui ne s’énervait pas pour rien, travaillait dans sa boutique, tranquillement pas vite, en fumant sa pipe et en fredonnant une petite chanson à l’occasion. Tous ceux qui venaient dans la maison des Petit étaient bien accueillis, sans cérémonie comme c’était la coutume à cette époque!

Rangée du bas: une amie, tante Alice, ma mère Jeanne; rangée du haut: Jean-Paul, Léo et Julien.

Rangée du bas: une amie, tante Alice, ma mère Jeanne; rangée du haut: Jean-Paul, Léo et Julien.

Mon père et mes oncles ont ainsi fait leur entrée dans la maison du cordonnier. Léo a bien vite jeté son dévolu sur Alice, la plus jeune des trois filles  « en âge de se marier ». Maurice, de son côté, avait rencontré une jeune fille de Portneuf, Marguerite Couture, qui se trouvait être la nièce du curé; mon oncle Jean-Paul destinait donc son nouvel ami Julien à ma tante Thérèse, qui était joviale et qui aimait rire et danser. Mais comme on le sait, le petit dieu malin qu’on appelle Cupidon s’amuse parfois à déjouer les plans des humains. Julien, un garçon qui aimait les livres et qui écrivait des poèmes, s’aperçut qu’il avait plus d’affinités avec Jeanne, qui aimait aussi la lecture, la musique et la poésie. Jeanne ne dansait pas, mais elle jouait du piano et chantait. Elle avait aussi du talent pour le dessin. Jeune fille accomplie, elle était de plus excellente couturière. Comme elle avait eu son diplôme au couvent, elle avait « fait l’école » quelques années avant de travailler quelque temps au Central du téléphone

Mariage Julien JeanneDurant la belle saison, par les bons soirs, Julien allait voir Jeanne à bicyclette. En hiver, il se trouvait sans doute un bon samaritain avec un cheval et une voiture pour le conduire au village. Après le décès de notre père, nous avons retrouvé des cahiers où il avait conservé des bribes de poèmes qu’il composait pour sa bien-aimée au cours de leurs fréquentations, avec les réponses de Jeanne, en poésie comme il se doit. Quelle belle histoire! Enfin, Jeanne et Julien se sont mariés le 30 août 1932.

Quand Je regarde les photos qui illustrent le présent texte, j’entends dans ma tête ce refrain d’autrefois et je me dis que vraiment, « La vie était belle… au temps joyeux des balalaïkas ».

© Madeleine Genest Bouillé, août 2015

Que sont mes amis devenus?…

Réflexion sur l’amitié.

J’ai rencontré ces derniers jours une amie que je n’avais pas vue depuis longtemps, elle m’a abordée ainsi : « Comme ça fait longtemps! Qu’es-tu donc devenue? » Ces mots m’ont rappelé les paroles d’une vieille chanson. Elle avait été reprise par Nana Mouskouri dans les années 80. Sur un petit air tristounet, ça dit entre autres choses : « Que sont mes amis devenus, que j’avais de si près tenus, et tant aimés… Ce sont amis que vent emporte, et il ventait devant ma porte, les emporta. »

Une amie qui venait de loin, Lucienne, en 1946.

Une amie qui venait de loin, Lucienne, en 1946.

Dans ma mémoire ont alors défilé les enfants avec qui je jouais dans mon enfance. Et ces garçons et filles, avec qui j’ai « jeunessé » – j’aime bien ce mot, je trouve qu’il exprime bien ces relations amicales et sans conséquence qui sont le lot de notre adolescence et des débuts de notre vie d’adulte. Puis, plus tard, les personnes que j’ai rencontrées au gré des différentes activités auxquelles j’ai participé. Que sont-ils tous devenus? J’avoue que j’en ai perdu plusieurs de vue, et ce, depuis longtemps. Comme dans la chanson : «  Le vent les a emportés ». Par contre, demeurant dans le village où je suis née, je rencontre quand même souvent d’anciennes compagnes de classe ou des amis que je connais depuis de nombreuses années. En vieillissant, je remarque qu’on se rapproche des gens avec qui on a partagé des tranches de vie, et c’est normal. On a des souvenirs en commun, on a écouté les mêmes chansons, on est allés voir les mêmes films, on a ri ensemble, on a échafaudé des projets d’avenir. Plus tard, nos enfants ont fréquenté la même école. Même si nous n’étions pas des amis intimes auparavant, tout cela a créé des liens. Et ces liens qui nous rattachent les uns aux autres, c’est de la chaleur pour le cœur. Ma mère disait : « En vieillissant, on devient frileux; pour avoir plus chaud, on a besoin de compagnie. » En réalité, qu’est-ce donc que l’amitié? Une autre chanson me revient, elle était chantée par Françoise Hardy : « Beaucoup de mes amis sont venus des nuages… ils ont fait la saison des amitiés sincères, la plus belle saison des quatre de la terre. » Déjà, quand j’étais enfant, j’hésitais toujours un peu avant de dire qu’une autre fillette était mon amie. Je me souviens que j’avais peur de me tromper; j’attendais d’être certaine. Selon moi, l’amitié était comme une maison où l’on est invité; on frappe à la porte, mais on attend pour entrer que quelqu’un vienne ouvrir.

En 1960, avec mes amies du

En 1960, avec mes amies du « Cap Blanc », Nicole et Murielle.

Au cours de mes années d’étudiante, j’ai noué des relations amicales avec plusieurs compagnes, en tenant compte toutefois qu’il était dans l’ordre des choses que nos chemins se séparent à la fin de nos études. Plus tard, au fil des années, j’ai connu des amis que je nomme des « étoiles filantes », des personnes rencontrées dans différents groupes, comme la chorale, le théâtre ou une association quelconque. Des « amis »… en devenir, qui pour une raison ou une autre, n’ont fait que traverser ma vie. Il y a eu des déménagements. On sait ce que c’est, on se promet de demeurer en contact et le cours des choses en décide autrement. Parfois on s’éloigne parce que malgré certaines affinités, on n’est pas sur la même longueur d’ondes, on n’a pas les mêmes valeurs. C’est dommage! Aussi, comme beaucoup de gens de mon âge, je déplore la perte de quelques amis qui sont déjà partie pour l’autre monde. Il y a encore heureusement des personnes qui « font la saison des amitiés sincères ». Ils et elles ne sont pas légion; certains sont des amis depuis très longtemps, d’autres moins, mais tous me sont chers. Que ces amitiés se soient forgées au fil des ans ou au gré des activités qui nous ont rapprochés, j’espère de tout mon cœur que le vent ne les emportera pas! L’amitié, c’est comme le soleil, on n’a pas besoin de le voir tous les jours, mais on s’ennuie quand il se fait trop rare. Pour les vrais amis, l’essentiel c’est que chacun sache qu’il peut compter sur l’autre. En terminant je vous cite deux pensées tirées de mon vieux petit carnet, d’abord celle-ci : « Les vrais amis attendent la réponse quand ils demandent : comment ça va? » Et celle-là : « Un ami, quelqu’un qui sait tout de toi et qui t’aime quand même. »

Madeleine Genest Bouillé, août 2015

L,amie Madeleine et son cousin Jean-Maurice, 1947.

L’amie Madeleine et son cousin Jean-Maurice, 1947.

Viens chanter avec nous…

J’étais très jeune quand on a commencé à m’emmener à l’église, mais déjà ce qui m’intéressait, c’était d’entendre la chorale. Mon rêve était de faire un jour partie du chœur de chant. Mes premières expériences de chant choral, je les ai cependant vécues au couvent. Nous préparions chaque année des récitals pour Noël et la fin de l’année. Dans mes dernières années d’étudiante, je suis allée une ou deux fois chanter la messe de Minuit au couvent, avec quelques-unes de mes compagnes. J’en garde un souvenir ému. Dans la chapelle joliment décorée de fleurs et de cierges, les cantiques anciens qu’on y chantait me semblaient plus pieux. Après cette messe, nous nous rendions à l’église, où nous chantions avec la chorale les chants traditionnels de la messe de l’Aurore. Je réalisais un de mes rêves d’enfant, quel bonheur!

Le Chœur Vive la Canadienne.

Le Chœur Vive la Canadienne.

En 1963, en prévision des festivités du 250e anniversaire de notre paroisse, un chœur à quatre voix mixtes a été créé. Cette chorale portait le nom de Chœur Vive la Canadienne. Nous étions une quarantaine de choristes, de quatorze à soixante ans et plus, et pour la plupart, nous étions novices en ce domaine. Autant pour l’apprentissage musical que pour la discipline, notre directrice, Odile Naud, n’a pas eu la tâche facile. Mais nous étions tellement heureux de faire partie de la chorale; chaque répétition était une fête! Pour plusieurs d’entre nous, c’est de cette époque que date notre goût immodéré pour le chant choral.

Qui dit chorale, dit concert de Noël! Alors que l’automne en est encore à ses toutes premières couleurs et que la température a gardé une tiédeur de fin d’été, il n’y a rien que j’aime autant que de retrouver mes amis choristes et de répéter Petit Papa Noël ou Noël blanc! Parlant de chant de Noël, jamais je n’oublierai le premier Noël du Chœur Vive la Canadienne ! Dans le cadre d’une émission où on invitait des chorales à l’occasion du temps des Fêtes, nous avions été à Trois-Rivières présenter des pièces de notre répertoire au studio de télévision. Ce fut très bref! Nous avons chanté un refrain et un couplet du cantique Nouvelle agréable… le temps d’un intermède! Finalement, ce voyage de groupe fut une vraie partie de plaisir! Parmi les nombreux chants de Noël que j’ai chantés en chœur depuis ce temps, je garde une préférence pour le beau chant composé, dit-on, par saint Alphonse de Liguori, Les Cieux ravis.

Chorale du Vieux Presbytère, dirigée à l'époque par Louise Montambault (extrême droite, première rangée).

Chorale du Vieux Presbytère, dirigée à l’époque par Louise Montambault (extrême droite, première rangée).

Le Chœur Vive la Canadienne n’a pas eu la vie longue! Notre directrice, travaillant à l’extérieur, a dû nous quitter. Comme c’est souvent le cas quand un chef de chœur est compétent et très apprécié de ses choristes, on n’a trouvé personne pour la remplacer. Ce problème a marqué le déclin de toutes les chorales dont j’ai fait partie. Il s’est écoulé dix années avant que soit créée la Chorale du Vieux Presbytère. À cette époque, nous présentions chaque printemps des « Soirées chantantes », dans l’une ou l’autre municipalité de la région. Plusieurs chorales participaient à ces concerts conjoints qui réunissaient plusieurs centaines de choristes, et attiraient évidemment une nombreuse assistance. Quels magnifiques concerts furent donnés dans ces églises, qui sont comme on sait, les meilleures salles de concert qui soient.

Chœur des Retrouvailles, en spectacle à l'église en 1988, pour le 275e anniversaire de Deschambault.

Chœur des Retrouvailles, en spectacle à l’église en 1988, pour le 275e anniversaire de Deschambault.

En 1988, la paroisse allait célébrer son 275e anniversaire… Il fallait une chorale! Pour diriger le Chœur des Retrouvailles, on fit appel à un ancien choriste, Gaston Bilodeau, qui, bien que demeurant à l’extérieur, consentit à prendre en mains la nouvelle chorale. Après deux années, Gaston n’étant plus disponible, certains choristes se sont joints à la chorale de Saint-Casimir, laquelle comptait déjà dans ses rangs des personnes de plusieurs municipalités voisines. Si bien qu’en 1992, ces adeptes de chant choral formèrent le chœur La Mosaïque, qui regroupait des choristes de plusieurs endroits dans la région de Portneuf. Fait inusité, ce chœur était dirigé par trois chefs. Malgré certains inconvénients, je dirais que pour la plupart des membres de cette chorale, ce fut une belle aventure!

Chorale La Mosaïque, formée de choristes de plusieurs municipalités de la région portneuvoise.

Chorale La Mosaïque, formée de choristes de plusieurs municipalités de la région portneuvoise.

À l’automne 1995, renaissait la Chorale du Vieux Presbytère, dirigée cette fois par une ancienne accompagnatrice, Jacinthe Montambault, alors directrice de l’École de Musique du couvent de Deschambault (aujourd’hui l’École de Musique Denys Arcand). Malgré quelques éclipses, dues à la naissance des bébés de la directrice, le groupe a connu de belles saisons de chant. Toutefois, il faut bien convenir que, chez nous du moins, les chorales ont une durée de vie plutôt brève! Au cours des années 2000, une autre chorale prit la relève. La Chorale des Jeunes de Cœur, dirigée par Manon Chénard-Marcotte, était composée de personnes du troisième âge et offrait des pièces de tout genre et de toutes époques.

En 2012, le 300e anniversaire de Deschambault s’annonçait. Impossible de célébrer sans chorale! Jacinthe reprit donc les rênes d’une chorale qui allait évidemment porter le nom de Chœur d’Eschambault. Un 300e anniversaire, ça exige du panache! Le concert du 30 juin 2013 fut mémorable, autant par le choix des pièces que par leur interprétation, le tout rehaussé d’accompagnement non seulement au piano, mais aussi à la flûte traversière et au violoncelle, avec support technique pour le son et les effets de lumière. C’était féérique! Une choriste, Linda Martel, avait pour l’occasion composé une chanson, harmonisée par Jacinthe, en hommage à la paroisse tricentenaire : « Grande Dame tricentenaire, Deschambault de toi on est fiers… Belle d’autrefois, belle à jamais! » Cliquez ici pour visionner le chant.

Nous étions aussi très fiers de notre chorale, si bien que nous avons continué une deuxième année. Comme nous n’avons pas dit « adieu », j’en conclus que nous sommes présentement « en pause »…

© Madeleine Genest Bouillé, juin 2015

 

Ces chansons que ma mère aimait

Mon père Julien Genest et ma mère, Jeanne Petit: tous deux adoraient la belle musique. Photo datant du début des années 40, prise devant la maison familiale, en face de l'école actuelle.

Mon père Julien Genest et ma mère, Jeanne Petit: tous deux adoraient la belle musique. Photo datant du début des années 40, prise devant la maison familiale, en face de l’école actuelle.

Du temps où elle était alerte et en bonne santé, ma mère chantonnait toujours en travaillant. Parfois, elle fredonnait des airs sans paroles, mais souvent, il s’agissait de bribes de vieilles chansons. Certaines de ces chansons se retrouvent dans un vieux livre qui date de 1931, Les Chansons de Botrel pour l’école et le foyer. Je sais que maman aimait beaucoup ce chansonnier breton qui est venu dans notre pays à quelques reprises. Parmi celles dont je me souviens, il y a l’incontournable Paimpolaise, chanson que j’ai toujours affectionnée. La plupart des chansons de Théodore Botrel parlent de femmes qui attendent leur mari, parti en mer, et qui ne revient pas. Il y a aussi des berceuses dans le même style telle Dors mon gars, qui dit ceci : « À côté de ta mère, fais ton petit dodo, sans savoir que ton père s’en est allé sur l’eau… », ou encore des complaintes comme Le tricot de laine qui raconte la triste histoire de Léna Le Morvan, tricotant un gilet de laine pour son homme qui ne reviendra pas. Les Bretons étant un peuple de pêcheurs; la mer, pas toujours clémente, prélevait régulièrement son lot de naufrages.

Maman avait un répertoire varié. Quand elle chantait le soir, en s’accompagnant au piano, je retiens surtout certains titres, dont Envoi de fleurs ou bien Ouvre tes yeux bleus ma mignonne ou encore, La neige fait mourir les roses; comme beaucoup de chansons d’autrefois, les paroles de cette dernière sont très jolies! Elle chantait aussi une très vieille chanson qui lui venait de sa mère. Sur une musique de menuet, cette chanson a pour titre L’éventail; les deux couplets sont différents, ce qui augmente le quotient de difficulté. Je n’ai malheureusement pas la partition de cette pièce; je ne sais même pas si elle existe et c’est vraiment dommage. J’aimais aussi beaucoup cette autre chanson un peu dans le style de Botrel : La plainte du mousse. Cette chanson raconte la triste histoire d’un jeune garçon qui s’engage comme mousse pour venir en aide à sa pauvre mère. Le refrain surtout me faisait presque pleurer : « Si ces gens sont mauvais, la mer est bien terrible… Ma mère qu’as-tu fait de ton pauvre petit? » En fait, les plus belles chansons étaient généralement toutes nostalgiques.

La plainte du mousse Dans les dernières années de sa vie, alors que je passais plus de temps avec elle, maman parlait volontiers de ses chanteuses et chanteurs préférés. J’ai retenu surtout le nom de Lucienne Boyer, celle qui a popularisé Parlez-moi d’amour, une chanson qui a traversé les âges sans vieillir. Par contre, certaines voix l’agaçaient prodigieusement, telle la voix de la grande Édith Piaf. Dans son langage imagé, maman disait que cette voix lui donnait envie « d’arracher la tapisserie » ! Heureusement, elle n’a jamais été jusqu’à s’attaquer aux murs de la cuisine et du salon, lesquels étaient couverts de papier peint. Car les chanteuses et chanteurs américains de ma jeunesse faisaient aussi partie des voix qu’elle exécrait. Par la suite, quelques-uns de mes frères lui ont également fait entendre des musiques pas toujours à son goût! Au cours de ses dernières années, elle me demandait de temps à autre de lui jouer des airs qu’elle aimait, dont certains chants de notre chorale locale. Ses titres préférés étaient sans contredit Tu peux pleurer Pierrot et La langue de chez nous. Tant qu’elle en a été capable, elle ne manquait jamais un concert de la chorale.

Mes parents étaient tous deux des amateurs de belle musique; dans leur jeunesse, j’aime à croire qu’ils avaient des préférences communes… Peut-être que quand Julien chantait Brise des nuits à Jeanne, celle-ci lui répondait : Parlez-moi d’amour !

© Madeleine Genest Bouillé, mai 2015

Ces chansons que mon père chantait

J’ai mentionné plus d’une fois le fait que mon père avait une très belle voix et qu’il chantait volontiers dans les réunions de famille ou tout simplement à la maison quand il en avait envie. Quand il travaillait à la Ferme-école de Deschambault, il faisait partie du chœur de chant à l’église, ce dont il était fier. Dans sa jeunesse, il avait étudié la guitare. Tout comme les plus jeunes de la famille, j’ai connu mon père alors que déjà il travaillait à Montréal et que nous le voyions seulement en visite et au cours de ses vacances. À cette époque, je ne me souviens pas de l’avoir vu jouer de la guitare. Par contre, à ma connaissance, nous avons toujours eu un piano sur lequel maman et ma grande sœur jouaient fréquemment. Plus tard, j’ai pianoté à mon tour, ainsi que l’avant-dernier de mes frères qui, parfois, nous accorde encore le plaisir de l’entendre chanter en s’accompagnant… plaisir trop rare! Nous étions très jeunes quand nous avons été entraînés à chanter dans les fêtes de famille. Je garde précieusement une cassette audio, copiée d’après un enregistrement sur ruban qui date des années cinquante. Le son est vraiment mauvais, mais c’est toujours avec une certaine émotion que j’entends la voix de mon père, celle de mes tantes, ainsi que nos voix enfantines qui chantent avec application les vieux Noëls. Sans doute est de ce temps-là que trois de mes frères et moi avons acquis le goût du chant choral.

Mon père chantait surtout des balades sentimentales, mais on lui demandait parfois un des chants patriotiques qu’on retrouve dans La Bonne Chanson. Il s’agit d’une des mélodies les plus difficiles à chanter que je connaisse; elle a pour titre : Les noms canadiens. Tout au long des cinq couplets défilent les noms des ancêtres d’une bonne partie des familles québécoises. À la fin du cinquième couplet, mon père devait être heureux d’y retrouver le patronyme de la famille de sa mère, qui s’appelait Alvine Frédénia Pelletier. Chaque fois qu’il chantait cette chanson, nous l’écoutions avec attention, nous demandant chaque fois comment il faisait pour ne pas se tromper dans tous ces noms; imaginez, chaque couplet en compte vingt-huit! Si vous avez les cahiers de La Bonne Chanson, cette chanson se trouve dans le premier cahier, à la page quatre.

Brise des nuitsParmi les mélodies que mon père chantait, celles dont je me souviens le plus et que j’affectionne particulièrement sont, tout d’abord, Serenata de Enrico Toselli, une très belle sérénade comme son nom l’indique : «Viens, le soir descend et l’heure est charmeuse… viens, toi si frileuse, la nuit déjà comme un manteau s’étend. » André Rieu en fait une magnifique interprétation au violon, avec un accompagnement de chants d’oiseaux. J’aimais bien aussi Vienne, ville d’amour, une jolie valse entraînante. Une autre chanson qui me ramène bien des années en arrière, c’est Brise des nuits. Les auteurs, P. Théolier pour les paroles et Alfred d’Hack pour la musique, me sont inconnus. J’ai souvent pensé que mon père chantait cette romance pour notre mère, à cause des paroles : « Celle que j’aimais si rieuse, a-t-elle gardé sa gaieté? Si tu la vois seule et pensive… Dis-lui que malgré les années, son nom ne s’est point effacé, de mon cœur où se sont fanées, toutes les roses du passé. Envole-toi vers cette femme, brise des nuits!… Avec mon cœur, avec mon âme, moi je te suis. » Papa était un romantique, alors quoi de mieux qu’une belle chanson pour exprimer ses sentiments!

© Madeleine Genest Bouillé, mai 2015