Les maires de Deschambault

Au temps du Régime Français, les territoires habités étaient divisés en seigneuries,  chacune, sous l’autorité d’un seigneur. En même temps, les colons étant majoritairement catholiques, à mesure que la population augmentait, on a formé des paroisses, chacune d’elles regroupée autour de son église et de son presbytère, sous la gouverne du curé qui prenait alors une importance aussi grande sinon plus que le seigneur. Vers la fin du XVIIe siècle, les Anglais sont devenus les maîtres… on ne les avait pas choisis, mais ils étaient là pour rester. Alors, bien des choses ont changé; tranquillement, pas vite, on a aboli les seigneuries, pour les remplacer par des municipalités, les citoyens élisaient un maire, et ce maire représenterait sa municipalité dans un conseil de comté. Mais, dans la vie de tous les jours, les habitants ont continué encore longtemps d’identifier leur territoire par l’appellation de « paroisse »… préférant définir ainsi leur appartenance!

À Deschambault, le premier maire fut comme vous le savez tous, n’est-ce pas, Paul Benoît. Mais saviez-vous qu’avant d’être maire de sa paroisse, Paul Benoît a d’abord été maire du conseil de comté? Voici ce qu’en dit Luc Delisle, dans La Petite Histoire de Deschambault. « En 1847, un acte de la Législature créait les conseils de comté. Lors d’une des premières réunions, tenues au Cap-Santé, en décembre 1847, Paul Benoit, notable de la municipalité de Deschambault, fut élu maire du comté de Portneuf. » Un peu plus loin, on lit ceci : « Il possédait une faconde, une volubilité de parole peu ordinaire dans nos campagnes ».  Que voilà un maire comme on les aime!

La famille Benoît habitait la vieille maison située dans le bas du village, et qui a été incendiée il y a quelques années. Il ne reste de cette famille à ma connaissance, qu’un seul descendant résidant à Deschambault et c’est mon ami Gérard Naud, dont la mère était une Benoît. Depuis Paul Benoît qui a été maire de 1855 à 1858, il y a eu exactement 39 maires, en comptant les 4 maires (1951 à 1990) de la partie de Deschambault qu’on appelait la Paroisse, et qui était constituée des 2e, 3e rangs et de La Chevrotière. Je remarque que jusque dans les années 1950, les maires n’étaient rarement en poste plus de 4 ans, et souvent, moins, sauf quelques-uns qui ont régné 7 ans et plus, dont Louis Bélisle, de 1881 à 1888, Bruno Germain, l’aïeul de la famille Germain, maire de 1916 à 1923, Laurent Bouchard, de 1929 à 1940 et Ls-Philippe Proulx, de 1940 à 1947. Je rappelle que M. Proulx s’est marié tout juste après la fin de son mandat, ce qui faisait dire par certaines personnes un peu moqueuses que M. Proulx avait été le seul homme « vierge et maire » à Deschambault! Mais étant donné que M. Proulx était particulièrement farceur, on ne faisait que lui remettre la monnaie de sa pièce!

Louis-Philippe Proulx et son épouse, Marie-Louise, 1947 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Le successeur de M. Proulx a fait beaucoup parler de lui! En effet, Jean-Baptiste-Henri Gauthier, que tout le monde appelait familièrement J.B.H., après avoir été maire de 1947 à 1951, est devenu maire de la nouvelle municipalité du Village de 1951 à 1956. J.B.H. était un homme d’affaires entreprenant. En 1921, il achète son premier autobus et fonde la Compagnie des Autobus Gauthier; en 1925, il acquiert un deuxième véhicule et en 1949, la compagnie gère un circuit qui couvre de N.D. des Anges, St-Casimir, Deschambault, jusqu’à Québec, aller-retour. En 1949, la compagnie possède 6 autocars; le garage est situé à Deschambault et on compte 7 chauffeurs et 6 mécaniciens. J.B.H., en plus d’être maire de sa municipalité, est aussi président-gérant de la Gare d’autobus St-Roch à Québec. Il demeure dans la maison où est actuellement situé le Bistro Chez-Moi, il possède les terres à l’arrière de sa maison et des deux voisines ainsi qu’une bonne étendue de cette partie du cap Lauzon, où seront créées plus tard les rues de la Salle, Gauthier et Notre-Dame.

Pour beaucoup de citoyens des années 50, J.B.H. Gauthier fut surtout l’artisan de la séparation de la municipalité. Pour en parler, j’emprunterai quelques passages du livre « Deschambault », de l’historien Yves Roby : « …En 1948, 99 signataires font connaître au ministre leur souhait de voir le territoire alors désigné comme municipalité de St-Joseph de Deschambault, divisé en deux municipalités distinctes. » Plus loin, l’auteur précise : « Ils font valoir que les propriétaires de biens-fonds situés dans le territoire décrit plus haut, sont dépourvus d’un système adéquat d’approvisionnement d’eau, et qu’ils ne possèdent aucun système de prévention contre les incendies. »  On sait que cette requête a été contestée. Les opposants ont au moins réussi à faire traîner les choses en longueur jusqu’en 1950 où le projet est revenu sur la table du conseil. Finalement, la division de la municipalité prend effet le 1er janvier 1951. Le maire Gauthier qui avait travaillé très fort est élu maire du Village, tandis que M. Lionel Saint-Amant, éminent citoyen du 2e Rang, devient maire de la Paroisse, poste qu’il occupera sans opposition jusqu’en 1967. S’il y eut un maire qui a été apprécié et respecté, ce fut sans aucun doute Lionel Saint-Amant! 

Lionel St-Amant, premier maire de la « Paroisse » de Deschambault (source: Louise St-Amant, avec autorisation).

Pour la longévité, les champions sont sans contredit Laurent Bouchard, mentionné plus haut, Lionel Saint-Amant (la palme du règne le plus long, 16 ans!), et toujours dans la Paroisse, Fernand Masson et Henri Gariépy, qui ont occupé la fonction de maire chacun 10 ans, tandis qu’au Village, Charles-Henri Johansen a été en fonction de 1956 à 1971. « Monsieur Charles », comme on l’appelait familièrement, connaissait tout le monde, surtout les agriculteurs avec lesquels il faisait le commerce des animaux, étant boucher comme son père, Henri Johansen. Il aimait la politique et militait activement dans l’organisation de l’Union Nationale. Pendant ma jeunesse, je suis souvent allée jouer avec les filles de M. Johansen Madeleine et Colette. La famille Johansen demeurait dans la première maison à gauche, sur la Rue Saint-Joseph. Je me souviens qu’on entrait par la porte de côté, qui ouvrait justement sur le bureau de monsieur le Maire : un vrai bureau de « monsieur important »! Quand Monsieur Charles recevait, soit des commerçants ou encore des personnes qui avaient affaire au maire, on entrait alors par l’arrière de la maison, dans la cuisine, où on était reçu par Madame Simone, une femme d’une rare patience, toujours souriante… Que de beaux souvenirs! Charles-Henri Johansen était un homme qui semblait toujours de bonne humeur; même quand il était pressé, il trouvait un bon mot pour chacun. S’il est des maires qui ont marqué l’histoire par leurs œuvres, je dirais que le règne de Charles-Henri Johansen fait partie de nos belles pages d’histoire. Ces 15 années ont vu éclore plusieurs associations, entre autres, l’O.T.J. qui a pris en charge les loisirs pour les jeunes et les moins jeunes; notre maire étant père d’une nombreuse famille, cet organisme lui tenait particulièrement à cœur. C’est aussi au cours du mandat de M. Johansen que fut créée la première Brigade des Incendies et que nos rues ont acquis le nom qu’elles portent encore aujourd’hui.

Le maire Charles-Henri Johansen (source: Colette Johansen, avec autorisation).

Après les 15 ans de règne de Charles-Henri Johansen, c’est Claude Sauvageau qui prit la relève. Maire de 1971 à 1977, on lui doit entre autres choses, l’ouverture de la bibliothèque municipale installée en 1972 au Vieux Presbytère; j’ajoute cependant que le projet fut piloté par un conseiller tenace et convaincu, Monsieur Maurice Bourgault, assisté d’une bénévole tout aussi convaincue, Aline Paquin. En 1976, la Municipalité se joint aux bénévoles de la nouvelle Corporation du Moulin de La Chevrotière pour obtenir du ministère un permis pour la restauration des moulins. Le chantier  sera en même temps une école de menuiserie de restauration. C’était une première au Québec!  En 1977, Yvon Bilodeau succède à M. Sauvageau, pour un court terme de 2 ans, où l’on voit notamment naître le journal mensuel Le Phare. En 1979, Ernest Masson est élu maire, il sera en poste jusqu’en 1990. Cette décennie verra la fondation du Comité d’Embellissement en 1980. Avec le maire Masson, en 1985, la Municipalité se dote d’un Office Municipal d’Habitation. Le H.L.M. sera érigé sur ce qu’on appelait jadis « le champ du Curé ».

Et voici qu’en 1990, les deux municipalités sont réunies comme elles l’étaient avant 1951, avec le maire Jacques Bouillé (1990-2005). Ce dernier s’embarquait alors dans une grande aventure, marquée par la création du parc industriel, l’arrivée de l’aluminerie et tout ce qui s’ensuivait. Ce règne de 15 ans verra aussi une nouvelle fusion, cette fois avec la municipalité voisine de Grondines en 2002 ainsi que la construction de l’échangeur et le début des travaux de la route Guilbault. Un nouveau développement résidentiel, la rue Montambault, a aussi vu le jour durant cette période, permettant à de nombreuses nouvelles familles de s’installer dans notre beau village.

Pour ce qui est du maire actuel, Gaston Arcand, je crois qu’on peut lui décerner le terme utilisé par l’historien Luc Delisle, en parlant de Paul Benoît : il possède de toute évidence « la faconde » du premier maire! Cela lui est certes utile, puisqu’il s’en va allègrement vers ses 12 ans de règne. Avec un bon bagage de réalisations à son actif, il pourrait battre les records de longévité…étant en poste depuis 2005!

© Madeleine Genest Bouillé, 12 septembre 2017

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Des paysages qui ont bien changé

La côte du quai, avant 1937.

La plupart de ceux qui qui voient cette photo ont de la difficulté à visualiser l’endroit d’où elle a été prise. Il faut donc commencer par expliquer que le tracé de la route 138 (autrefois, la 2) ne passait pas aussi près de la côte, étant donné que la route était l’actuelle rue Johnson. Il est donc permis de supposer que la personne qui a photographié la route du quai devait être placée à côté de la maison Vézina – qui appartenait alors à son constructeur, Alfred Petit. On constate qu’il y avait déjà quelques chalets. C’était du temps où par beau temps, le quai était un lieu de promenade très fréquenté! Et il y avait aussi le navire l’Étoile qui accostait régulièrement au quai, comme dans plusieurs autres villages du bord du fleuve.

La rue Johnson en 1958.

J’ai déjà parlé de notre vieille route qui était autrefois bordée de maison seulement du côté nord, sauf en haut de la côte, où la dernière maison construite par Alfred Petit semble prise dans un coin, entre deux routes; et en bas de la côte où l’on voit la maison de Ch.-Auguste Bouillé, aujourd’hui la maison J.Yves Vézina et sa voisine où résidaient les demoiselles Neilson. Cette maison avait été construite par un Proulx, qui je crois était apparenté aux Neilson. La côte appartenait aux enfants! L’hiver on glissait, sur tout ce qui nous tombait sous la main, traîne, traîne-fesse, ou si on manquait de traîneaux, de grands cartons faisaient aussi l’affaire. Je vous ai parlé aussi de nos jeux d’été dans la côte, surtout ce jeu très animé qu’on appelait « En bas de la ville ». Le seul arbre qui trônait sur le coin de la côte était ce magnifique orme, un géant qui devait être pour le moins centenaire. Sur la photo, notre chien Bruno a l’air perdu… c’est qu’il attendait le photographe, mon frère Fernand.

La Caisse Populaire en 1970.

Vous ne l’auriez sans doute pas reconnue! Elle venait d’être construite. Les plans, audacieux pour l’époque, avaient été acceptés par les administrateurs de la Caisse, qui n’étaient quand même pas des jeunots! Cet édifice a été remanié quelques fois avant qu’on lui donne son aspect actuel. Il faut se rappeler qu’à cette époque, on construisait très peu de maisons de style québécois traditionnel. On avait vécu longtemps dans nos vieilles demeures et on voulait du moderne! Les propriétaires de maisons anciennes changeaient leurs fenêtres à six carreaux… le bardeau de cèdre n’avait plus la cote. On voulait du neuf qui avait l’air nouveau. Et l’édifice de la Caisse Populaire en était le meilleur exemple!

Mes petits gars à la patinoire, en 1973!

C’était peut-être un samedi… et papa avait emmené ses deux aînés patiner alors que la glace était déserte. Jean-Marc avait pas loin de 8 ans et Patrick approchait de ses 6 ans. Le petit Éric n’avait que 3 ans ½, il était resté à la maison avec maman. Eh oui, on est sur la patinoire du village, derrière l’école! N’est-ce pas que le paysage a changé? On dit qu’une image vaut mille mots.  C’est le cas pour cette photo!

Cabanes à pêche au quai de Deschambault en 1977.

Certainement prise en janvier, cette image témoigne que par chez nous, la pêche aux petits poissons des chenaux n’avait pas encore perdu sa popularité. Une bonne dizaine de cabanes, ça fait pas mal de « monde à la messe », comme on dit! Je peux vous affirmer que ça mordait car j’y suis allée quelques fois. Je crois que la photo a été prise du côté est du quai… mais je peux me tromper et le photographe n’est plus en mesure de me renseigner.  Enfin, cette image prouve qu’on ne s’ennuyait pas l’hiver à Deschambault!

L’Hôtel de la Ferme en 1978.

Cet édifice construit sur les fondations du manoir seigneurial des Fleury d’Eschambault, sieurs de La Gorgendière, s’appelait l’Hôtel de la Ferme, à la belle époque de la Ferme-École provinciale, et plus tard, la Station de Recherches. La photo a été prise en 1978, année où l’on célébrait le 60e anniversaire de la Station. Cette maison était située au bout de la grande allée, du côté est de la route, pas loin du fleuve. On y logeait surtout les travailleurs et aussi occasionnellement les visiteurs, agronomes ou autres personnalités. Il y avait aussi un logement familial, à l’étage. On remarque sur cette photo les magnifiques fleurs des jardins qui faisaient la fierté des dirigeants de la Station, surtout en cette année de Jubilé. La vie à « La Ferme » était très animée; il y avait une école de rang; plusieurs édifices à logements étaient occupés par des familles, alors, des enfants, il y en avait!  Les gens s’entraidaient; côté loisirs, il y avait un court de tennis, on avait une équipe de balle molle en été et de ballon-balai en hiver. C’était en somme, un petit village dont les liens étaient tissés serrés. Parlez-en aux « anciens » qui ont vécu leur jeunesse à la Ferme… ils vous raconteront bien mieux que je ne saurais le faire.

Le Moulin à scie Paquin en 1980.

Si vous êtes de ces bons marcheurs qui empruntent la raboteuse rue du Moulin, autrefois appelée « la route à Bouillé », et si vous vous rendez de l’autre côté du pont de la rivière Belle-Isle, ne cherchez pas le moulin… il n’existe plus depuis 1985. Sur les deux photos jointes à ce texte, vous pouvez voir, à gauche, le moulin à scie, qui autrefois était un moulin à carde et qui devint en 1854, la fonderie Damase Naud, dont les poêles à bois sont devenus célèbres. L’autre photo a été prise à l’arrière de la maison, dont les derniers occupants furent les membres de la famille de M. Rolland Paquin. Lors de la construction de l’autoroute 40, la fermeture de la route du Moulin, pas assez importante pour qu’on y fasse un viaduc, a sûrement pesé fort dans la balance pour ce qui est du sort du moulin à scie!  L’histoire est ainsi faite de ces petits détails…

Le cap Lauzon en 1986.

Qu’est-ce qui manque? Mais oui, l’escalier! L’escalier du cap Lauzon a été construit en 1995. Auparavant il y a toujours eu des gens qui descendaient et remontaient la falaise à cet endroit… à leurs risques et périls! Quand on revient au temps où les Religieuses du Couvent avaient des élèves pensionnaires, il existait un escalier rudimentaire que les jeunes empruntaient pour aller sur la grève. Mais avec le temps, les marches ont disparu, pour ne laisser que les traces d’un sentier plus ou moins effacé.  Cette photo a été prise le 21 juin 1986, lors d’une promenade en chaloupe en avant-midi. Pourquoi je m’en rappelle? Parce que ce jour-là, la cloche du Couvent qui avait été vendue depuis quelques années, a été replacée dans son clocher, pour la Fête du 125e anniversaire de cette vénérable bâtisse, qui a eu lieu en septembre de cette même année.

Voilà!  C’était une petite virée à Deschambault des années 30 aux années 80!

© Madeleine Genest Bouillé, 7 septembre 2017

Du théâtre à Deschambault… de 1920 à 1955

Deschambault a une longue tradition de théâtre amateur. En parcourant les nombreuses coupures de journaux et les papiers de toutes sortes que ma mère conservait précieusement, je suis parvenue à retrouver certains titres des pièces qui ont été jouées par des gens de chez nous. Des gens de tout âge et de toute condition, qui consacraient leurs loisirs au théâtre et qui y mettaient tout leur cœur et tout leur talent. Oui, il y a en a eu du théâtre à Deschambault! Je vous ai parlé des pièces que j’ai jouées, dans les années 60 et de celles que j’ai montées ensuite jusqu’à ces dernières années, où j’ai eu le bonheur d’applaudir mes petits-enfants.

Malheureusement, j’ai très peu de photos et celles que j’ai ne sont pas très bonnes, mais j’ai au moins les titres des pièces jouées et dans plusieurs des cas, les noms des comédiens. La première mention de théâtre que j’ai trouvée dans les archives personnelles de maman, date du mois d’août 1921. La troupe des garçons, comme on la nommait, présentait les 2, 3 et 4 août une pièce intitulée « Les parapluies », de Claude Bardane. Quelques années plus tard, en août 1927, la troupe des garçons présente deux pièces : « Le reliquaire de l’enfant adoptif » et « Le homard et les plaideurs »; je n’ai pas les noms des auteurs, ni ceux des acteurs.

La salle Saint-Laurent, maison Vézina (construite par Alfred Petit).

En mai 1928, on assiste aux « Soirées Dramatiques et musicales », dans la salle Saint-Laurent, où l’on présente « La Plage de Biarritz », drame en 3 actes du Père Camille et « Le Château de la Mare aux Biches », comédie en 2 actes de Charles Leroy-Villars. Sur le programme, on précise que ces pièces sont « données par les jeunes filles de Deschambault ». Parmi les jeunes comédiennes, on retrouve aussi quelques dames, dont Mme Louis Marcotte (Béatrice Naud). Les jeunes comédiennes se nomment Blanche et Joséphine Petit, Olive et Marie Gauthier, Blandine Naud, Germaine Montambault, Charlotte Arcand, Juliette Pagé, Corinne Paris et Angélique Dussault.

La Veillée du bon vieux temps, Alfred et Edmond Petit, vers 1930.

En 1929, la troupe des garçons présente les 30 et 31 juillet, « La nuit rouge » et « Sapeurs et Gendarmes ». En février de la même année, une troupe mixte, cette fois, présente à la salle Saint-Laurent, la « Veillée de Noël », de Camille Duguay. Dans l’hebdomadaire de l’époque, on lit à ce sujet : « Deschambault est rarement témoin d’un aussi beau succès que celui remporté par un groupe d’amis, qui avaient organisé, les 6 et 7 février, une veillée du bon vieux temps ».  Parmi les comédiens, on mentionne les noms de André Gauthier, Blandine Naud, Juliette Pagé, Olive et Marie Gauthier, Marie-Louise Marcotte, Alfred Naud, Henri Julien, Georges Montambault, Narcisse Naud, Albert Paris, Robert Paquin ainsi que Alfred et Edmond Petit, sûrement pour la musique! J’avais peut-être une dizaine d’années quand j’ai entendu parler de cette si belle pièce… du théâtre comme on n’en avait jamais vu par chez nous! En ce qui concerne la salle Saint-Laurent, il s’agissait d’une annexe qui prolongeait la maison Vézina, sur le côté ouest. À ce qu’on m’a dit, cette salle était spacieuse et très belle. La maison avait été construite par Alfred Petit qui avait nommé la salle « Saint-Laurent » autant pour le fleuve qu’elle surplombait, que pour rendre hommage à son épouse Cordélie Saint-Laurent.

Les piastres rouges, 1934 (photo: Musée virtuel de Deschambault, CPDG).

En mai 1934, la même troupe des garçons présente « Les piastres rouges », qui selon ma mère était une très belle pièce. En 1934, la même troupe présente trois pièces à la salle Saint-Laurent : « Le Secret d’Hurloux », « Un mariage au téléphone » et « Le secret de Pardhaillan ». Parmi les comédiens, des jeunes gens de l’époque, on retrouve Albert Paris, Alfred Mayrand, Gilbert et Jean-Charles Talbot, Narcisse Gignac, Toussaint Julien, Ernest Martel, Benoît et Raymond Paré, Marcel Descarreaux, Amable et Clément Paré et C.H. Johansen. En janvier 1935, la troupe est mentionnée pour la dernière fois, alors qu’on joue une pièce intitulée « La Tour du Nord ».

 

La chambre mauve, 1953.

Est-ce qu’il y a eu du théâtre entre 1935 et 1953? Je l’ignore; mes notes reprennent en 1953, alors que Rachel Paris-Loranger présentait « La chambre mauve », à la salle Paul-Benoît qu’on appelle alors « Salle syndicale ». Cette pièce est un drame mettant en scène une nombreuse distribution entièrement féminine, où on voit les noms de : Francine Roy, Muriel Houde, Élise et Roberte Paré, Claire Gauthier, Aline Paquin, Charlotte Dussault, Yvette Loranger, Michelle Naud, et Denise Gagnon. Madame Narcisse Paré jouait le rôle de la vieille tzigane qui enlève la fillette (rôle interprété par Francine Roy). Madeleine Loranger interprétait celui de la mère de la fillette, tandis que Madame Loranger, en plus de la mise en scène, jouait le rôle de la gouvernante. Charlotte Arcand, Nicole Dussault, Corinne Paris et Colette Gauthier faisaient aussi partie de la distribution. Je me souviens de cette pièce; certaines scènes surtout m’avaient frappée. Je revois la danse des Bohémiennes et l’enlèvement de la fillette… C’était dramatique à souhait! C’est sans doute de ce temps-là que j’ai commencé à vouloir être une actrice!

Évangéline, 1955 (Musée virtuel de Deschambault, CPDG).

En 1955, La troupe de Rachel Paris-Loranger est maintenant mixte. On présente tout d’abord « Les sacrifiés », une pièce dramatique, dont j’ai gardé un souvenir : je revois Yvette Loranger, interprétant le rôle de « la méchante »; elle était flamboyante et vindicative, toute vêtue de rouge, avec un immense chapeau! J’étais sidérée! Sa sœur, Madeleine, était par contre celle à qui on confiait toujours les rôles tragiques où elle excellait. Vraiment ces deux sœurs si dissemblables étaient de très bonnes comédiennes! Enfin, toujours en 1955, c’est le deuxième centenaire de la Déportation des Acadiens et Madame Loranger monte une fresque magistrale intitulée « Évangéline ». Madeleine Loranger  interprète le rôle-titre, tandis que Lionel Brisson  incarnait celui de Gabriel, son fiancé. Côme Houde, qui était professeur à l’école des garçons, incarnait avec beaucoup de talent le rôle du père d’Évangéline. Je me souviens qu’il y avait une très grosse distribution. Tout ce qu’il y avait de comédiens amateurs à Deschambault  se retrouvaient sur la scène. Cette pièce a été présentée dans un des grands hangars de la Ferme-École. Je me rappelle qu’il y eut plusieurs représentations; c’était tellement beau, tellement bien interprété! On avait pour la circonstance mis sur pied une chorale : « Les Acadiennes de Grand-Pré », lesquelles chantaient des chants de La Bonne Chanson, dont évidemment, la chanson-thème Évangéline. Ce chœur était dirigé par Gaston Bilodeau, qui en juillet de cette même année épousait Agnès Bouillé, alors que Louis-Joseph Bouillé, un des acteurs principaux, épousait Nicole Dussault, qui faisait aussi partie de la distribution de la pièce Évangéline! C’était ainsi que ça se passait à Deschambault en 1955. Ces dernières informations ne faisaient pas partie des « archives » de ma mère, mais j’ai pensé que c’était une belle finale, pour mon « grain de sel », aussi belle que celles qu’on voit au théâtre!

Chorale « Les Acadiennes de Grand-Pré », 1955.

© Madeleine Genest Bouillé, 13 juin 2017

Tout a commencé par un concours…

C’était en 1980. Pour une deuxième année, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, M. Jean Garon, invitait les villes et les villages à participer au concours « Villes et villages fleuris ». Pour participer, la municipalité devait former un Comité d’embellissement, qui aurai pour tâche, notamment, d’organiser un concours « Maisons fleuries » et de mettre sur pied un jury local.

Rue de l’Église en 1980.

Dans Le Phare* d’avril de cette même année, Michelle Naud, alors collaboratrice au journal local, nous parle du tout nouveau Comité d’embellissement formé le 26 mars.  Marcel Millette, un imposant bonhomme jovial et enthousiaste, a été nommé président; pour l’épauler, on retrouve Horace Arcand, Lucille Bouillé, Cécile Bouillé, Camille Leclerc, Florent Genest, Marcel Gauthier et Michelle Naud. Le comité a la chance de compter sur un agronome-spécialiste, Bernard Routhier. Chaque citoyen de Deschambault est invité à embellir, planter et fleurir son domaine et le comité s’engage à donner une attention plus grande à « la montée de l’église » et au Cap Lauzon. Dans cette publication, on invitait les gens à participer à la plantation d’arbres et de fleurs sur le Cap Lauzon le samedi 10 mai. Comme les arbres n’étaient pas gratuits, on lançait la « Campagne de la piastre », pour inviter les gens à participer financièrement à l’embellissement.  Les associations locales étaient aussi  mises à contribution.

On pouvait compter sur Michelle pour nous informer sur l’évolution de l’embellissement… Dans le Phare de mai de la même année, on apprenait que les « Floralies 1980 » étaient bien amorcées. 80 nouveaux arbres et arbustes, répartis sur 22 espèces, ont été plantés. La plantation du 10 mai a été un succès. Pour la question financière, le président, M. Millette a fait le tour des commerces environnants; ceux et celles qui se souviennent de Marcel Millette savent à quel point il s’investissait quand une cause lui tenait à cœur. Pour revenir à la plantation du 10 mai, Michelle précise que parmi la cinquantaine de bénévoles présents, il y avait des personnes de 12 à 72 ans. Dans le Phare de juin, Michelle avait écrit son texte à la main, dans une grande fleur qu’elle avait tracée sur la page; c’était avec enthousiasme qu’elle nous racontait le travail du comité au cours de la semaine du 16 au 21 juin. En effet, 1800 fleurs de 8 espèces différentes avaient été plantées. Vraiment, du beau travail! Évidemment, on cherchait des idées pour financer tout ça. Le Comité d’embellissement avait tout d’abord loué une table au Marché aux puces; on avait ainsi récolté 312.10$. Dans ce même numéro du Phare, on apprenait que les arbres avaient coûté 1,842.52$… mais on nous rassurait en précisant que la campagne de financement avait rapporté assez pour assurer la continuité! L’article de Michelle se concluait ainsi : « Le 23 août, tout le monde est invité à une épluchette de Blé d’Inde à la Ferme ». C’était une première activité sociale pour le financement, ce ne fut pas la dernière! Au cours des années qui vont suivre, il y aura quelques mémorables fêtes d’Halloween au Vieux Presbytère. Je me souviens de la soirée de 1981, une grosse citrouille trônait sur le piano et les participants devaient évaluer le poids de la citrouille en question. La personne qui avait le chiffre le plus près du poids réel se méritait un prix. Pendant plusieurs années, le Comité d’embellissement a tenu le Marché aux puces du printemps, et à ce jour, la Criée du 24 juin est encore dévolue en partie à l’Embellissement.

Les années 80 ont vu l’évolution de notre Comité d’embellissement; elles ont vu aussi défiler des gens de tout âge, tous aussi enthousiastes. Comme personne n’est éternel évidemment, plusieurs membres sont partis vers un monde qu’on dit meilleur, et comme l’écrira un jour Jean-Marie Bouillé : « là où les fleurs sont éternelles et leur parfum, céleste ». Rappelons quelques-unes de ces personnes : Horace Arcand, Marcel Gauthier, Marcel Millette. Plus tard il y aura Jean-Claude Gauthier, Florent Genest; pardonnez-moi si j’en oublie, mais je n’ai pas la liste de tous les bénévoles qui ont fait partie de ce comité. Le bénévolat est souvent anonyme! Je me souviens du décès de Marcel Millette, c’était dans les derniers jours du mois d’août 1984. On perdait un bénévole infatigable…. trop sans doute! Il « bénévolait » non seulement au Comité d’embellissement, mais aussi au Vieux Presbytère et il venait d’être élu président du Club Lions. Sans jeu de mots, on perdait un « gros morceau »! Mais au cours de ces mêmes années 80, quelques nouveaux noms sont venus s’ajouter au comité initial, dont Jean-Marie Bouillé (qui avait été « enrôlé » par son épouse), Jacqueline Gignac, Murielle Naud, Simone Audet, Rolland Hamel, Johanne Fleury. De plus, dans les années 2000, on fait connaissance avec les bénévoles de Grondines – et ce, bien avant la fusion – Dolores et Marc Nadeau, Fernand Rivard, Diane Lepage, Louis Rivard; sans doute que là aussi je n’ai pas la nomenclature complète. Mais j’anticipe et dans le numéro du Phare de septembre 2005, Jean-Marie nous présentera une nouvelle recrue, il s’agit de Linda Brouillette, une agronome, donc une personne fort utile… et qui deviendra un jour présidente!

Retournons en 1990. Pour le 10e anniversaire du Comité d’embellissement, on avait choisi de fêter avec les jeunes de l’école Le Phare. Pour cette occasion, les élèves de 5e et 6e années avaient présenté un spectacle sur l’environnement intitulé « Qu’est-ce que j’en fais? » Les décors étaient exécutés par les jeunes de 4e année. Ce fut un très beau succès! Dans le Phare qui suit, on lit que la soirée de l’embellissement tenue durant la Semaine des Municipalités a été très appréciée. Un diaporama (on n’était pas encore à l’ère des vidéos) rappelle « Dix ans de bénévolat chez nous » et on souligne les dix ans au service de l’embellissement de deux membres du comité, Cécile Bouillé et Florent Genest.

D’arbre en arbre et de fleur en fleur… nous voici rendus à l’an 2000. Nos pompiers profitent de ce nouveau millénaire pour organiser le traditionnel Festival régional des Pompiers. Comme on le sait, la population est invitée à décorer maisons et parterres pour cette occasion unique. Le Comité d’embellissement s’investit donc pour lancer le concours d’éclairage et de décoration. Tout est mis en œuvre pour que le festival, tenu pour la première fois à Deschambault, connaisse une grande réussite! On n’oublie quand même pas le concours annuel d’embellissement, qui porte maintenant le nom de « Lys d’or». On avait publié dans le Phare les critères de participation et la grille d’évaluation. On dévoilerait les noms des gagnants lors de la soirée de l’Embellissement qui avait lieu généralement en septembre. Mais comme il arrivait souvent à l’époque, il y avait toujours tellement de choses à penser et à faire en début d’automne, qu’on oubliait de mentionner les noms des gagnants du concours dans le Phare! Pas grave! Les gagnants ont reçu leur prix et ils continueront d’embellir leur parterre, c’est certain!

L’année 2005 sera une étape importante pour le Comité d’embellissement. Au cours de cette saison qui marquera le 25e anniversaire du comité, plusieurs projets sont mis en œuvre. Mentionnons entre autres : inauguration du parc d’ornithologie et des sentiers; dévoilement des plaques honorant quelques-unes des familles-souches au Jardin des Ancêtres; installation d’un porche au Développement Arcand et inauguration d’un poste d’observation pour les oiseaux à Grondines. On ne perd quand même pas de vue le concours d’embellissement qui a encore changé de nom. Afin d’unir les fleurs emblématiques de chacun des secteurs de la municipalité, soit le lys et l’hémérocalle, on l’appelle maintenant : « Hémérolys d’or ». Toujours en 2005, on constate que l’embellissement rejoint les jeunes de nos deux écoles. À Deschambault, dans le parc ornithologique, on a réalisé un beau « J » qui a été fleuri par les jeunes de l’école Le Phare et à Grondines, les élèves ont commencé le projet « courges »; à l’automne, ces courges pourront être transformées en nichoirs pour les oiseaux.

Je termine cette petite histoire de l’embellissement chez nous avec ces paroles de Jean-Marie Bouillé, lequel a été durant plusieurs années président du Comité d’embellissement. Dans le Phare de septembre 2005, sous le titre : 25 ans, ça se fête! Jean-Marie disait : « 25 ans de travail, 25 ans de plaisir à embellir notre chez nous… même si parfois les mains étaient sales et les reins endoloris. Mais parce que les bases mises en place par le comité étaient solides, le résultat du travail accompli est merveilleux.  Et si vous saviez combien nous en sommes fiers! »

 Merci à toutes les personnes qui ont travaillé à ce grand projet depuis 37 ans, ainsi qu’à celles qui continuent!

Massif de fleurs à l’entrée est du village, en 2013 (300e de Deschambault).

© Madeleine Genest Bouillé, 11 mai 2017

*Le journal Le Phare est le bulletin d’information municipale de la municipalité de Deschambault-Grondines.

La marmite d’or…

La légende de « la marmite d’or » fait aussi partie des histoires de la famille de ma mère.

On était en 1759. Comme l’Histoire nous l’apprend, les Français et les Anglais étaient en guerre, et bien que les colons de la Nouvelle-France auraient préféré ne pas s’en mêler, ils en subissaient les contrecoups. Tous les hommes valides étaient enrôlés dans la milice. On avait eu vent que des villages de la côte du sud avaient été pillés et incendiés. La peur s’était installée partout dans la colonie, une peur que venait alimenter chaque jour des rumeurs de bombardements et de massacres. Justement, dans La Petite Histoire de Deschambault (Luc Delisle, 1963), on lit ceci: « …déjà que le 19 août les Anglais avaient fait une descente en bas du village, ils avaient pillé et incendié la maison du capitaine Perrot. Heureusement personne n’avait été tué. Une quinzaine de cavaliers, à la tête desquels se trouvait le major Belcourt, étaient accourus au galop, chargeant l’arrière-garde anglaise.  Aussi, les Anglais s’empressèrent-ils de rembarquer sur leur bateau, non sans emporter les animaux dérobés dans les pâturages. Ils avaient quand même eu le temps de brûler trois maisons. »

Em placement de la première église et du premier presbytère (source: Musée virtuel de Deschambault, CPDG).

Depuis cette attaque, le va-et-vient de la flotte anglaise sur le fleuve inquiétait de plus en plus les habitants du village. L’automne était arrivé; c’était un dimanche calme et doux, une de ces magnifiques journées de fin de septembre. Comment croire à la guerre quand le ciel est si beau!  Les familles étaient réunies dans l’église pour la messe.  Dans son sermon, le curé Jean Ménage avait exhorté ses paroissiens à ne pas perdre espoir, puis les fidèles agenouillés avaient prié pour que la paix revienne au pays. Mais revenons à ce que nous dit La Petite Histoire : « Pendant ce temps une frégate anglaise remontait le fleuve.  Quand le navire fut rendu à la hauteur de l’église, le bruit du canon se fit entendre et un énorme boulet vint frapper et traverser de part en part le mur de l’église près de la toiture ». 

Tous les habitants se précipitèrent dehors et prirent la fuite en direction du bois. Le curé avait en vain tenté de  rassurer ses ouailles, mais constatant les dégâts causés à son église et croyant à une descente des Anglais, il enveloppa les vases sacrés dans sa chasuble et courut rejoindre les paroissiens éplorés.

Cette photo prise en 1957 montre la butte qu’on appelait les « trois sapins »; d’après ce que j’en sais, cet endroit faisait partie de la terre du curé (photo: coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Quand nos gens se retrouvèrent à l’orée du bois, sur le haut de la côte, d’où l’on pouvait voir le fleuve, ils constatèrent que le navire anglais avait poursuivi sa course. De toute évidence, il s’agissait d’un coup de canon isolé… il n’y aurait donc pas de débarquement aujourd’hui. Le curé qui avait rejoint ses paroissiens leur conseilla de rentrer chacun chez soi et de reprendre leurs occupations sans oublier de remercier Dieu qui les avait épargnés ce jour-là.

Et c’est à ce point du récit que survient l’anecdote de « la marmite d’or »! Dans les jours qui suivirent, le boulet de canon sur l’église était devenu « l’attaque des Anglais » et il va sans dire que cet incident alimentait les conversations. Entre autres choses, il fut dit que l’un des habitants qui avait réintégré sa maison bien après les autres ce fameux dimanche, transportait avec lui au départ, une marmite qui semblait fort lourde. Il s’agissait d’un bonhomme qui vivait seul dans une petite maison au pied de la côte en bas de la « petite route ». Cet homme était peu loquace et on le disait plutôt radin. De là à ce qu’on croit qu’il avait caché un trésor… il n’y avait qu’un pas qui fut vite franchi! À l’époque, quelqu’un a affirmé que la marmite était sûrement enfouie dans le petit bois sur la terre du curé. Un autre a prétendu que c’était en bas du coteau, pas loin de la route qui monte au deuxième rang. Un autre encore déclara savoir de source sûre que la cachette était au pied de la côte, près du fleuve, justement à l’endroit où dans les années quarante, on pouvait encore voir les fondations d’une maison. À différentes époques, plusieurs ont cherché la fameuse marmite supposément remplie d’or… personne ne l’a jamais trouvée! Où est la marmite? Est-elle vraiment pleine de pièces d’or? Le secret est toujours bien gardé. Et c’est ainsi que se font les légendes!

Photo: ©Patrick Bouillé

© Madeleine Genest Bouillé, 19 avril 2017

Deux histoires vécues devenues légendes

Le meurtre du gardien du phare.

L’histoire se passe en 1834. Une bande d’escrocs, qu’on appelait les écumeurs, sévissait dans le port de Québec et sur les grèves aux alentours. Entre autres méfaits, ces bandits coupaient les câbles des petits cajeux et cueillaient en aval du courant les morceaux de bois qui venaient vers eux. Un nommé Charles Cambray était à la tête de cette bande.  Derrière une façade d’honnête commerçant, il pratiquait d’autres métiers beaucoup moins avouables. Cet homme était un voleur, un escroc.  Cambray faisait de très bonnes affaires et il recrutait ses associés parmi les hommes qui fréquentaient le port et qui acceptaient n’importe quel travail, pourvu que ça rapporte!

François-Réal Angers, un avocat, auteur et journaliste, originaire de Pointe-aux-Trembles (Neuville), publie en 1837, un livre ayant pour titre Cambray et ses complices, dans lequel on lit ceci : « En 1834, on apprit qu’un phare avait été pillé et son gardien, roué de coups puis jeté dans la cave pleine d’eau du phare. On découvrit bientôt qu’il s’agissait du capitaine Sivrac, le gardien du phare de l’Ilot Richelieu. Tous les amis et connaissances du capitaine sont révoltés. Dans le même temps, les gens commençaient à avoir des doutes quant aux affaires de Cambray et sa bande. L’arrestation d’un des complices de Cambray vers la fin de 1834 conduisit la police à épingler ce dernier, qui fut condamné à mort. »

Le phare de l’Ilot Richelieu ne portait vraiment pas chance à ses gardiens. En 1940, un dénommé Lemay est alors gardien et demeure sur l’île avec sa femme. En 1949, on ignore dans quelles circonstances, le couple se noie. C’était le dernier gardien de ce phare qui fut détruit mystérieusement en 1970.

Le plus vieux des deux phares, en 1970 (photo: Fernand Genest).

L’homme gris

Voici une histoire de mon arrière-grand-mère, telle que la racontait Jeanne, ma mère.

« Ma grand-mère, Angèle Paquin, demeurait dans une maison qui a été détruite dans un incendie en 1914. Cette maison était située à l’endroit où s’élève aujourd’hui la maison de monsieur Léon Montambault. Quand Angèle était enfant, elle allait souvent chercher les vaches, matin et soir avec son père, Léon. Un jour, en montant vers les champs, ils aperçurent un homme vêtu de gris, recroquevillé près de la clôture; la tête inclinée, il semblait dormir, de sorte qu’on ne voyait pas sa figure. Le père dit à la petite Angèle : As-tu peur? – Oh non! Avec vous papa, ça me fait rien. Cependant, le chien aboyait, lui, en tout cas, n’aimait pas ça. Au retour des champs, pour la traite du soir, l’homme gris était toujours là… il n’avait même pas changé de position. On a beau être du monde pas peureux, ça devenait inquiétant. Le lendemain, même phénomène. De plus, on dit que les chevaux renâclaient quand ils devaient passer près de cet endroit. »

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De nos jours, on irait voir de plus près… on alerterait la police, les journalistes ou encore, on en rirait! Mais les gens de ce temps-là traitaient les phénomènes extraordinaires d’une toute autre façon. Quand ils ne pouvaient pas expliquer quelque chose par le gros bon sens, ils s’en remettaient à leur religion. Ce que mon aïeul fit aussitôt. Il alla au presbytère et paya une messe pour une « âme abandonnée du purgatoire » comme on disait alors.  L’homme gris disparut et on ne le revit jamais!

Ma mère ajoutait pour expliquer cette histoire que, du temps de la guerre avec les Anglais, des soldats furent tués et enterrés n’importe où, sans sépulture chrétienne. Alors il était sans doute normal que ces défunts attirent l’attention, afin qu’on les aide à trouver le repos éternel.

Cette histoire a dû se passer aux environs de 1850.

© Madeleine Genest Bouillé, 18 avril 2017

Nos pionniers

En faisant du ménage dans mes nombreux papiers – ménage qui ne sera sans doute jamais terminé, à savoir : les documents que je veux garder, ceux que je dois jeter et, les plus nombreux, ceux dont je ne parviens pas à décider si je les garde ou si je m’en débarrasse –, je suis tombée sur des notes que j’avais prises, en octobre 1994. À l’occasion d’un brunch-conférence en septembre, nous avions reçu au Vieux Presbytère Serge Goudreau, natif de Deschambault et spécialisé en ethnologie, qui pour l’occasion nous avait entretenu de nos pionniers. Je me suis dit qu’il y avait là de quoi faire un « grain de sel » intéressant… jugez-en vous-mêmes.

Cette activité qui répondait exactement à la vocation culturelle et patrimoniale de la Société du Vieux Presbytère avait été très appréciée. Je me souviens que Serge nous avait tout d’abord appris que les Français n’étaient pas tous emballés par l’aventure de la colonisation de ce nouveau monde. Comme preuve à l’appui, il nous apprenait que, durant le Régime français, sur les 30 000 colons qui sont venus voir de quoi avait l’air cette contrée sauvage, 20 000 sont repartis pour diverses raisons. À mon avis, ils n’avaient pas dû aimer l’hiver! Il serait donc resté à peine 10 000 personnes pour défricher le pays.

Ceux qui font faire leur arbre généalogique savent que nos pionniers venaient en grande majorité des régions de l’ouest de la France : Normandie, Poitou, Anjou, en fait, près des grands ports : La Rochelle, Brest, Cherbourg. Plus rarement, on constate que quelques-uns venaient des régions du sud; tel mon ancêtre Genest, prénommé Géraud, qui était originaire de Toulouse. On s’est toujours demandé ce qui avait motivé notre aïeul à quitter le sud de la France; il devait avoir vraiment une bonne raison!

Nous avons appris également que parmi les premiers arrivants, il y avait quatre fois plus d’hommes que de femmes, et surtout des célibataires. Ce qui est tout à fait plausible, étant donné qu’il fallait être plutôt intrépide pour entreprendre cette aventure qui n’était pas particulièrement un voyage de plaisir. La plupart des hommes faisaient partie du régiment de Carignan-Sallières, ou encore ils avaient signé un contrat avec un artisan, tel un meunier, un charpentier ou autre.

Comme chacun sait, il est venu aussi des missionnaires. Ces religieux, en plus d’avoir comme mission de convertir les Indiens, avaient à cœur l’établissement des Français au pays. Et pour cela, il fallait faire venir de France ces femmes qu’on a appelées « Filles du Roy », pour fonder des familles avec les colons. Ces demoiselles ou veuves, sans enfant, de 800 à 1 000, arrivées au pays entre 1660 et 1670, étaient pour la plupart des orphelines ou des jeunes filles sans fortune. Le roi de France leur avait donné une dot pour les inciter à épouser des colons en Nouvelle-France. Sauf pour les familles d’aristocrates, ces femmes sont les aïeules de beaucoup de nos familles québécoises.

Carte de Gédéon de Catalogne de 1712-1715.

Quand on parle des pionniers, on parle évidemment des colons venus tout droit de la mère patrie. Cependant à mesure que le défrichement progressera, vers le milieu du XVIIIe siècle, de nouvelles concessions seront défrichées par des colons nés au pays, puis plus tard, par la deuxième génération et ainsi de suite.

Nous savons qu’au début, il y eut d’abord la seigneurie de Chavigny, puis celle de La Chevrotière. Le peuplement de Deschambault s’est fait en gros, de 1680 à 1713. Le seigneur du temps, Monsieur d’Eschambault, assumait son rôle qui était d’accorder des terres à des colons. Ceux qui ont visité les kiosques des familles souches lors du 300e anniversaire de la paroisse en 2013, ont appris que les premières familles étaient les Naud et les Grolo, originaires d’Anjou. Au début de 1690, on retrouve les Mayrand qui deviennent les voisins de la famille Naud. Le conférencier, Serge Goudreau, se documentait beaucoup dans les archives judiciaires, ce qui donnait à sa causerie plus de vécu et nous éclairait davantage sur la vie et le caractère de nos pionniers. Il semblerait que les relations entre voisins n’étaient pas toujours de tout repos.

Toujours entre 1690 et 1700, on voit arriver Arcand, de la région de Bordeaux, Perrot, du régiment de Carignan, Delisle, canadien de la 3e génération, Gauthier, Paquin, Delomé, Benoît-dit-Abel, St-Amant (de son vrai nom, Mathurin Robert) et Germain-dit-Bélisle.  De 1710 à 1725, arrivent les Montambault, venus de l’Ile d’Orléans, Perron, Gariépy, venu de Ste-Anne-de-la-Pérade, puis un Girodeau, célibataire qui passait pour être très querelleur, ayant fait de la prison à quelques reprises, on le retrouve plus tard marié et assagi!

En 1725, les familles pionnières sont installées à Deschambault sur une quarantaine de terres. Vers 1730 commence le peuplement du 2e Rang avec l’arrivée des Létourneau, Frenette et Marcotte; ces deux derniers venus de Cap-Santé. Certains noms ont changé d’orthographe avec le temps, tel est le cas de Rodriguez, un espagnol qui deviendra Rodrigue et Dépiteau, qui deviendra Desputeaux.

En 1760, après la guerre qui mit fin au Régime Français, le seigneur, M. de La Gorgendière revint chez lui et amena avec lui plusieurs compagnons d’armes à qui il offrit des terres.  M. de La Gorgendière était marié à une Acadienne, Athalie Boudreau et parmi les officiers du seigneur, on voit Jean Boudreau, Charles Raymond et Jean Bouillé, également mariés à des Acadiennes. Jean Bouillé était un armurier au service du roi de France, en Acadie pendant la guerre. À la même époque, on retrouve un Arcand-dit-Boulard, qui n’est pas le même que le Arcand de 1690.  Arcand-dit-Boulard s’était établi en face de la Halte routière; de là sans doute l’appellation de « Barre à Boulard », pour désigner la barre rocheuse qui, dans le chenal, marquait jadis le commencement des Rapides du Richelieu.

Jusqu’à l’ouverture des registres de la paroisse de Deschambault, en 1713, le territoire était desservi par des missionnaires; ceci explique qu’avant cette date, beaucoup de registres ont été perdus. C’est pourquoi il est parfois difficile de retracer le lieu d’origine des ancêtres de certaines familles.

J’espère que ces quelques pages de notre histoire sauront vous intéresser… J’ai donc bien fait de garder ces documents!  Il ne faut rien jeter avant d’y regarder deux, trois et même quatre fois!

© Madeleine Genest Bouillé, 28 mars 2017

Quand on s’endimanchait…

Jadis le dimanche était un jour de repos… quand même, il n’y avait pas juste Dieu qui avait le droit de se reposer le 7e jour! Tout d’abord, on « s’endimanchait ». Ce qui signifie qu’on sortait nos vêtements « du dimanche ». Cette journée commençait par l’assistance à la messe, et pour cette sortie hebdomadaire, les femmes – des fillettes jusqu’à la grand-mère – portaient leur plus beau chapeau, en paille et garni de fleurs, à partir de Pâques jusqu’à la fin d’août; en velours, pour l’automne et en feutre orné de plumes, pour l’hiver.  Les hommes endossaient leur habit propre, sans oublier la cravate. À ce propos, ma mère avait coutume de dire : « Un bon cheval porte son attelage… un homme doit endurer sa cravate et une femme, son chapeau! » Toutefois, maman assaisonnait parfois les adages à sa manière. Ainsi pour ce dicton, quand j’ai eu envie de faire raccourcir mes cheveux, selon la mode, la fin de la phrase était plutôt : « …une femme doit endurer ses cheveux. »  Allez donc savoir quelle était la version originale!

Demoiselle endimanchée en 1944 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Le samedi, les jeunes filles de la maison avaient la tâche de préparer les vêtements du lendemain. Il s’agissait, entre autres, de repasser les chemises blanches des petits garçons qui  étaient  enfants de chœur aussi bien que celles du père et des frères; il y avait aussi le pressage des habits. Généralement les hommes avaient chacun un habit; dans la plupart des cas, le père qui avait conservé le même tour de taille que dans sa jeunesse, portait encore son habit de noce. Quand ça n’allait plus, l’épouse qui était bonne couturière posait un « rossignol » pour agrandir la taille du pantalon à l’arrière et elle rapprochait les boutons au bord du veston; dans les cas extrêmes, on en achetait un neuf, que monsieur porterait jusqu’à la fin de sa vie! Autrefois, les tissus étaient très résistants, alors souvent, les plus jeunes étaient vêtus d’un habit confectionné par la mère, et qui était cousu dans un costume usagé dont on avait retourné le drap. Dans certaines familles, les filles ne pouvaient sortir le samedi soir, ou recevoir leur prétendant, tant que les vêtements des hommes n’étaient pas tous prêts pour le lendemain!  De même, les cavaliers n’avaient pas d’autre choix que d’attendre que leur promise ait terminé sa tâche. Alors, soit ils prenaient l’habitude d’arriver un peu plus tard, où ils en profitaient pour jaser avec les parents…. pour avoir la fille, il était important de faire la conquête des futurs beaux-parents!

Photo de 1938 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Pour la plupart des familles, en milieu rural, la messe était LA sortie du dimanche! D’abord, il n’était pas question de manquer ce rendez-vous dominical à l’église. Évidemment, il y avait des curés qui faisaient des « sermons à rallonge »; alors quand la température le permettait, certains hommes profitaient de ce moment pour sortir fumer une pipe et jaser de politique ou des travaux de la ferme. Il me revient une boutade racontée par je ne sais plus quel oncle et qui nous faisait bien rire.  Un beau dimanche, un homme entrant à l’église, était tellement absorbé par ce qu’il disait à son voisin, qu’il avait trempé ses doigts dans l’eau bénite en prononçant ces mots: « Si t’avais vue ce cheval :  quatre – belles pattes – bien – blanches! »  Les derniers mots, étant dits en accord avec le signe de croix! Mais trève de plaisanterie, lorsque ces messieurs reprenaient leur place dans le banc familial, ils se faisaient regarder de travers par leur épouse.

La sortie de la messe, c’était en quelque sorte « l’heure des nouvelles »! Les hommes continuaient leurs conversations sérieuses… Les mères se saluaient et parlaient de tout ce qu’elles avaient fait au cours de la semaine, ainsi que des projets pour les prochains jours: « Si la température se maintient, on va aller ramasser les framboises; il paraît qu’elles sont mûres. Les enfants en ont mangé hier en allant au pêcher au ruisseau…» Elles jasaient tout en gardant un œil sur leurs filles qui bavardaient et riaient avec leurs amies, s’exclamant les unes, les autres, sur la robe ou le chapeau neufs. Parfois, une demoiselle s’éloignait du groupe avec un jeune homme… cherchant un peu d’intimité. La mère devait alors s’arranger pour surveiller sans en avoir l’air, et si les tourtereaux semblaient trop près l’un de l’autre, elle envoyait un enfant annoncer que « le père nous attend dans la voiture »! Dès lors, le soupirant qui désirait passer au stade de prétendant devait faire la demande aux parents, afin d’avoir la permission « d’accrocher son fanal les bons soirs».

Jeunes gens en toilettes du dimanche (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Quand on s’endimanchait, surtout durant la belle saison, les dimanches où la température était douce et ensoleillée, c’était chaque fois la fête! Une fête qui débutait sur le perron de l’église et aux abords, une fête gratuite, où toute la paroisse était invitée!

© Madeleine Genest Bouillé, 9 février 2017

 

(Texte original produit pour le bulletin Le Phare de mars 2017)

Si on parlait de l’église… 2e partie

Comme beaucoup de gens ayant atteint un âge vénérable, notre église a connu plusieurs « opérations », des ajouts, des retraits… toujours dans le but d’améliorer le décor et l’utilité de l’édifice. En consultant divers documents, dont celui qui a paru dans le journal communautaire Le Phare en 1978, on apprend qu’en 1893, un orgue a été installé au jubé; il s’agit de l’orgue actuel, un Warren, instrument réputé pour sa solidité et la clarté de son timbre. Cet orgue a été classé en 1965, tout comme l’église et son décor intérieur. En 1894, on procède à la bénédiction des stations du Chemin de la croix; il est à remarquer que le coût de ces tableaux a été payé par les familles, dont on peut encore voir les noms des donateurs sous chacun des tableaux. Et en 1899, on décida d’installer une fournaise… comme on dit souvent « plus ça change, plus c’est pareil »! Réchauffer l’église aura donc toujours été un problème! Enfin, en 1905, plusieurs travaux de rénovation sont exécutés : les dorures de l’intérieur de l’église sont rafraîchies par J.H.A. Marcoux, un artiste peintre. Le sculpteur F.P. Gauvin complète les ornements des médaillons des portes du chœur. Les six verrières sont mises en place et on construit des « bergères » qui prendront place au milieu de l’allée centrale; ces bergères seront enlevées lors des travaux des années 50. Pour terminer cette longue période de travaux, en 1906, le perron de pierre et le grand trottoir sont construits.

Les années 50 marqueront une période de travaux qui, soi-disant pour le mieux, ont quand même changé l’apparence de l’église, à l’intérieur et aussi à l’extérieur. Tout d’abord, on a enlevé les bancs carrés qu’on appelait familièrement les « boîtes à beurre », pour les remplacer par des bancs plus modernes et, il faut bien l’avouer, plus confortables… mais qui, selon certains experts, ne vont pas vraiment avec l’architecture du reste de l’édifice. Dans la même veine, on a enlevé les petits jubés, qui encadraient l’orgue de chaque côté; on accédait à ces jubés, qu’on appelait « le troisième ciel », par un étroit escalier le long du mur arrière de l’orgue. Pour ce qui est du « banc d’œuvre », qui était jadis adossé au mur, en avant de l’allée latérale du côté sud, on l’aurait modifié et teint de la même couleur que les autres bancs, pour ensuite le placer en avant de l’allée centrale, côté sud toujours.

Ancienne carte postale de l'église...

Ancienne carte postale de l’église…

Dans ce même élan de changement, l’autel principal a été amputé de l’étage du haut, qui était constitué de trois niches dont chacune logeait une statue. Quelqu’un a jugé que cet étage était de trop! On avait aussi repeint en gris les six statues qui étaient alors attribuées à L.T. Berlinguet; peut-être qu’on voulait leur donner l’aspect de la pierre, mais vraiment, elles ressemblaient à d’affreux fantômes! Quand on rappelle cette période de gros travaux à l’église, c’est sans contredit, la réfection des clochers, qui fut le plus gros changement. Évidemment, pour ceux qui n’ont pas connu l’aspect de l’église auparavant, il est difficile de comparer. Mais, en 1957, ces clochers ont beaucoup fait jaser! Surtout, que les gens du village ont pu suivre l’évolution des travaux, à commencer par la descente des cloches; on ne les avait jamais vues d’aussi près! Je me souviens quand j’allais au couvent; on s’arrêtait souvent pour regarder les travaux; certaines élèves, parmi les plus grandes, saluaient de leur plus beau sourire les travailleurs, sans aucun doute pour les encourager!…

On ne peut parler de l’église sans s’arrêter aux six statues qui ornent le haut du chœur. Dans une brochure intitulée Les Baillairgé à Deschambault, publiée par le Musée du Québec en 1999, on nous rappelle que, « originellement, le Christ et la Vierge étaient entièrement dorés, tandis que les quatre autres personnages étaient polychromes. Les six statues ont pour la plupart connu trois repeints complets successifs, correspondant à autant de campagnes de rafraîchissements de l’intérieur de l’église (1905, 1956 et 1980) ».

Justement, lors de la réfection de 1980, on a refait la peinture de l’intérieur de l’église, tout en gardant sensiblement les mêmes couleurs, sauf qu’on a enlevé la petite touche de   turquoise qui ornait les médaillons. Ce n’était pourtant qu’un petit détail, mais pour ceux qui ont connu « l’avant », l’après était moins beau. On a aussi repeint (encore!) les six statues, cette fois, dans les mêmes teintes que le reste de l’intérieur de l’église.

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(Source: Musée virtuel de Deschambault, CLDG).

Enfin, en 1999, après une restauration minutieuse qui a duré près de deux ans, nos six statues ont retrouvé leurs socles, de chaque côté du chœur, ainsi que leur auteur : Le Christ et la Vierge sont de Thomas Baillairgé et les autres de François Baillairgé. Vous voulez savoir qui elles représentent? On reconnaît facilement les deux statues dorées, lesquelles figurent le Christ et la Vierge. Identifions maintenant les autres : celui qui porte la tiare du pape, est Saint Grégoire le Grand; le Roi, avec sa couronne et son sceptre, Saint Louis, qui fut roi de France; le prêtre vêtu de sa chasuble, représente Saint Ignace de Loyola et l’autre prêtre, plus sobrement vêtu, avec sa croix, figure Saint François-Xavier.

Notre église est remarquable! Nous devons en être fiers… dans un avenir assez rapproché, elle aura à jouer plusieurs rôles, bien différents de ceux auxquels elle a été habituée. Qu’on le déplore ou qu’on l’approuve, il est à espérer que les rôles qu’on lui attribuera respecteront ce qu’elle a été pour les gens de Deschambault tout au long de ces 180 années.

© Madeleine Genest Bouillé, 19 février 2017

Vue actuelle de l'intérieur de l'église (photo: © Patrick Bouillé).

Vue actuelle de l’intérieur de l’église (photo: © Patrick Bouillé).

Si on parlait de l’église…

Du fleuve ou de la route, on la voit de loin. Telle une forteresse sur le Cap Lauzon, l’église de Deschambault domine le décor environnant depuis 180 ans. À ce sujet, les premières lignes d’un vieux cantique me reviennent en mémoire : « Temple témoin des premiers vœux, et du bonheur de l’innocence, je te dois, image des cieux, les plus beaux jours de mon enfance… »

Qu’on la vénère comme témoin de la foi de nos ancêtres, qu’on l’aime parce que c’est le plus beau joyau de notre patrimoine local, ou qu’on l’admire en tant que monument d’une grande valeur architecturale, recelant plusieurs œuvres d’art, notre église ne peut laisser personne indifférent.

Dans le journal municipal Le Phare de novembre 1978, on avait publié l’histoire de « nos églises », le temple actuel étant le deuxième. Dans l’Histoire, on dit que la première église était orientée vers l’est, légèrement plus au sud que l’église actuelle. Il s’agissait d’une construction de style roman. À l’intérieur on y retrouvait le tableau « La Vision de Saint-Antoine », qu’on peut encore voir dans notre église. De l’histoire de cette première église, on retient surtout ce passage où l’on raconte qu’en 1759, une frégate anglaise qui remontait le fleuve, tira un boulet de canon qui transperça de part en part le mur de l’église, près de la toiture.

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Église Saint-Joseph, avec ses anciens clochers de bois.

En 1833, on élaborait des plans pour la construction d’une nouvelle église.  Il est noté que les matériaux de l’ancienne furent utilisés pour l’édification de la salle publique (Salle des Habitants).  Thomas Baillargé fut désigné pour tracer les plans de la future église.  Le 7 juillet 1835, l’évêque de Québec, Mgr. Joseph Signay, présidait à la bénédiction de la première pierre. Et le 24 décembre 1838, M. le curé François Morin bénissait la nouvelle église.

Ce qui frappe tout d’abord celui qui la voit pour la première fois, ce sont ses dimensions. Pourquoi une église aussi imposante pour un village, somme toute, plutôt petit? À ce propos, il est utile de rappeler que lors de la construction de l’église en 1837, les limites de Deschambault s’étendaient beaucoup plus loin, au nord et au nord-ouest, puisque les paroisses de Saint-Alban, Saint-Gilbert et Saint-Marc-des-Carrières n’étaient pas encore fondées. De plus, à cette époque, tous les paroissiens fréquentaient l’église et ce, malgré l’éloignement et les mauvais chemins, sous peine d’être traité de mécréant!

Mais, retournons admirer notre église… Ce qui retient l’attention en plus de l’imposante façade, c’est la double rangée de fenêtres. On dit que l’architecte Thomas Baillairgé a voulu ainsi accorder la même importance aux deux étages. À l’intérieur, on remarque en effet la structure des deux jubés latéraux. L’architecture intérieure toute de bois, a été exécutée de 1840 à 1850 par le sculpteur André Paquet, toujours d’après les plans de Baillairgé. Paquet a aussi été le maître d’œuvre de beaucoup d’autres ouvrages; entre autres, la chaire, une merveille de sculpture ornementale, et les trophées du sanctuaire – panneaux décorés de chaque côté du chœur –  qui sont remarquables.

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Église en 1957, avec les clochers actuels. À remarquer: le motif ornemental des portes du cimetière, et l’un des anges sculptés par Louis Jobin.

Durant la saison estivale, notre église est chaque année de plus en plus fréquentée par les touristes qui proviennent de tous les points du globe. Vraiment, il y a là de quoi être fiers… car bien avant les touristes, ce sont d’abord nous, les paroissiens de Deschambault, qui devons être les premiers admirateurs et les gardiens de notre patrimoine. N’est-ce pas?

À bientôt pour une autre page de l’histoire de notre église…

© Madeleine Genest Bouillé, 16 février 2017

(Pour plus d’information sur le patrimoine religieux de Deschambault, on peut consulter le Musée virtuel du 300e.)