De filles en mères…

Je voulais remonter ma généalogie, de filles en mères… Pour ce faire, j’ai commencé par ma mère, Jeanne Petit, tout de suite après vient ma grand-mère maternelle, Blanche Paquin, et ensuite, la mère de Blanche, Amaryllis Boissonnault – dit Boissinot, épouse de Grégoire Paquin. De toute évidence, Amaryllis n’était pas native de Deschambault, car le patronyme Boissonnault ou Boissinot, tel qu’on le voit écrit sur les papiers de famille, n’est pas un nom d’ici. J’ai donc essayé d’imaginer qui pouvait bien être cette aïeule dont je n’ai pas souvent entendue parler. Je suis donc allée sur le site Mes Aïeux.com et j’ai trouvé le lieu de naissance d’Amaryllis ainsi que les noms de sa mère et  de sa grand-mère. C’était déjà beaucoup! La mère d’Amaryllis se nommait Angèle-Béatrice Corriveau, elle demeurait à Berthier-sur-Mer et la mère d’Angèle-Béatrice, s’appelait Angèle Nadeau. Ainsi donc, aussi courte soit-elle, je vous présente ma généalogie « de filles en mères ».

Qui étais-tu Amaryllis? Qui étais-tu, toi, mon arrière- grand-mère? Avant d’être la femme de Grégoire Paquin, avant d’être la mère de Blanche ainsi que de neuf autres enfants, dont quatre sont décédés en bas âge? Quelle enfant, quelle jeune fille, quelle femme as-tu été, toi dont on sait si peu de choses, toi dont nous n’avons même pas une photo?

Chère arrière-grand-mère Amaryllis, avec un aussi joli prénom, j’aime à croire que tu étais belle. On t’a donné un nom de fleur, ce qui n’était pas rare à l’époque, mais ton prénom est tout de même d’un usage peu courant. J’ignore si ta mère connaissait cette fleur de la famille du lys. Est-ce toi qui as légué à plusieurs de tes descendants ces cheveux blond roux, ces yeux bleus et cette peau blanche parsemée de taches de rousseur? Ou alors, ça nous vient du côté Paquin. Bien difficile à dire… surtout que ta fille Blanche a épousé son cousin, Edmond Petit, le cordonnier, fils d’Angèle, la sœur de Grégoire. Ça peut sembler un peu mêlant, mais comme je m’amuse à dire parfois : « Nous, on a du Paquin en double! »

Je me demande si c’est de toi que maman tenait son talent pour la couture… Tu devais certes être travaillante; ta fille, Blanche, une femme toute menue, travaillait sans relâche, jusqu’au jour où, paralysée, elle fut forcée d’arrêter. Elle est décédée avant même d’atteindre ses 70 ans, après quelques années de maladie. Tu aimais sans doute la musique, les chansons ? J’ose espérer que tu aimais à rire. La maison de mon grand-père a résonné de tant de rires, de musique, de chansons et d’histoires « pas toutes bonnes à mettre dans la soupe », comme aurait dit ma mère.

Où donc as-tu connu Grégoire, l’homme que tu as épousé? Je sais que tes parents, Honoré Boissonnault et Angèle-Béatrice Corriveau vivaient à Berthier-sur-Mer – ou comme on disait autrefois Berthier-en-Bas. Peut-être étais-tu en visite à Deschambault, chez des parents, des amis… c’est une possibilité. Ou bien encore, il se peut que tu aies été une « fille engagère » comme on nommait dans le temps les domestiques. Que d’inconnu! L’important, c’est que Grégoire et toi vous ayez été heureux, c’est l’essentiel.

Maison de la famille Paquin (où est située aujourd’hui celle de Léon Montambault et Laurette St-Amant).

Tout ce que les papiers nous apprennent, tient dans quelques lignes. Le 5 mai 1879, en la paroisse de Deschambault, tu épousais Grégoire Paquin, fils de Léon Paquin et Julie Proulx. Les enfants n’ont sans doute pas tardé à arriver, même si on ne connaît pas les dates de ces naissances. Il y eut tout d’abord trois garçons : Eugène, Georges et Alfred, puis un quatrième, André, qui décède en bas âge. Ensuite trois filles, Blanche, Ernestine et Eugénie s’ajoutent à la famille, et enfin, trois autres bébés, Marie, Clémentine et William, qui sont « portés en terre dans les langes », selon les termes de l’époque.

Le 5 mai 1903, vingt-quatre ans après ton propre mariage, ta fille, Blanche, toute jeunette, a épousé son cousin Edmond Petit, fils de Nérée Petit et d’Angèle Paquin. Blanche et Edmond qu’on appelait familièrement Tom, ont eu à leur tour dix enfants, dont trois, Guillaume, Jeanne et Pierrette, qui sont décédés en bas âge, Thérèse, une deuxième Jeanne –  ma mère – Jean-Paul, Alice, Irma, Gisèle et Rollande formaient la famille de mes grands-parents. Tante Rollande est ma seule tante encore vivante.

Ta petite-fille Jeanne, ma mère, s’est mariée le 30 août 1932 avec Julien Genest, un « étrange » arrivé à Deschambault depuis quelques années pour travailler à la Ferme-École du Gouvernement provincial. À leur tour, Jeanne et Julien, tout comme Blanche et Edmond, et comme toi et Grégoire, ont eus dix enfants, fort heureusement tous réchappés! Depuis, les naissances sont moins nombreuses, puisque les enfants de Jeanne et Julien, tes arrière-petits-enfants, totalisent à ce jour dix-huit enfants et seulement dix petits-enfants.

Amaryllis, c’est dommage, mais aucune de tes descendantes, à ma connaissance, ne porte ton si beau prénom! Peut-être un jour, plus tard, une arrière-arrière-petite fille, sera appelée Amaryllis… On ne sait jamais!

© Madeleine Genest Bouillé, 28 avril 2017

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« À quoi qu’on joue? »

Comme si c’était hier… je revois les amis de mes jeunes frères arriver chez nous, vers midi et demie, les beaux jours de vacances, et même les jours moins beaux. Je me rappelle surtout de Jean-Claude, qui demandait toujours : « À quoi qu’on joue? »

Vendredi dernier, à l’occasion de la Journée Mondiale du Livre et du droit d’auteur, la Biblio du Bord de l’eau recevait un collectionneur de jouets anciens, Jean Bouchard, originaire du Lac Saint-Jean. Monsieur Bouchard avait apporté une quantité de jouets de toutes sortes, datant de 1939 à 1969.  Il a d’ailleurs publié un livre abondamment illustré où il parle de tous ces jouets. Quelle soirée intéressante! Le bonheur de retomber en enfance!

Tel un magicien sortant un lapin de son chapeau, notre invité commence à exhiber ses trésors. Voici une poupée « avec pas de cheveux » : « J’en ai eu une pareille! » Et  apparaissent la corde à danser, la balle en caoutchouc bleu-blanc-rouge, une toupie musicale, des autos en plastique et en métal, un petit poêle avec un four; chaque jouet est ponctué de  « Oh! J’en avais un comme ça » ou « Ah oui! Je m’en rappelle ! » ou « Si j’ai joué avec ça! » Et voilà que le magicien nous présente un catalogue de Noël. La nostalgie envahit l’assistance… qui parmi nous n’a pas choisi ses cadeaux de Noël dans le catalogue chez Simpson’s ou chez Eaton, à moins que ce soit chez Dupuis & Frères.

C’est maintenant le tour des jouets d’hiver. Monsieur Bouchard exhibe un « traîne-fesses », c’est le nom le plus poli qu’on peut utiliser pour identifier cet engin. L’objet en question est fait d’un ski coupé, sur lequel on a fixé une bûche, écorcée ou non et, sur la bûche est clouée une planche qui sert de siège. Les hommes d’un certain âge présents  semblent tous avoir connu ce véhicule, si on peut appeler cela ainsi. Mes frères glissaient avec ce jouet casse-cou dans la côte en face de chez nous. J’ai essayé ça moi aussi… on prenait de méchantes culbutes! Pour faire suite, de vieux bâtons de hockey, des patins à deux lames qui ont sûrement été chaussés par plusieurs petits joueurs, et un magnifique chandail en vraie laine rouge, à l’effigie du Canadien de Montréal, nous ramènent au temps où tous les petits garçons, ou presque, rêvaient de devenir des Maurice Richard ou des Jean Béliveau!.

Puis vient le tour des jeux de société. Un beau damier à deux faces, sûrement ancien, un jeu de hockey sur table, des cartes à jouer, un jeu de serpent-échelle; des jeux que nous avons tous connus, et quoi encore! Le conférencier mentionne aussi parmi les jeux « pour jours de  mauvais temps », les « scrap books »… et me sont alors revenus les souvenirs de ces fameux cahiers où l’on collait n’importe quoi n’importe comment, pour occuper  justement les journées où il n’y avait rien à faire dehors. On s’amusait bien et ça ne coûtait presque rien! Je n’ai pas vu cependant dans la panoplie de notre collectionneur notre « jeu de pichenotte ». Quand on était capable de lancer les dames dans un des coins du jeu, d’une seule « pichenotte », on était assez grand pour être admis parmi les vrais joueurs. Chez nous, quand il y avait des fêtes, la table de jeu était toujours sortie et les joueurs se succédaient, espérant chaque fois être le meilleur! Cette table carrée, plantée sur un pied, avec des poches aux quatre coins, existe toujours dans la maison familiale… et il y a toujours quelqu’un qui en joue!

Après la conférence, on échange entre nous sur ce que nous rappellent les différents jouets étalés devant nous.  Un « petit jeune » dans la quarantaine se souvient qu’il avait eu un View-Master et qu’il aimait donc ce jouet! Trente ans plus tôt, j’en avais reçu un moi aussi et ce fut un de mes jouets préférés. Le mien était noir, le sien était rouge, mais la magie créée par cette petite boîte à images était la même d’une époque à l’autre.

Tout en dégustant quelques raisins et des cubes de fromage, accompagnant une coupe de vin, on en vient à parler des jouets de combat : pistolet à pétard ou à eau, bouclier et hache de guerre en plastique; enfin, l’attirail nécessaire pour jouer aux cow-boys et aux Indiens, ou à la police et aux bandits. Jadis, tous les garçons – et souvent des filles aussi – ont joué à ces jeux où il y avait les « bons » et les « méchants ». Aujourd’hui, les seules guerres permises aux enfants sont celles où ils « pitonnent » devant des images de super héros tous plus affreux les uns que les autres, qui font tout exploser, dans des bruits de fureur. Les enfants d’autrefois faisaient autant de bruit, en criant, en courant et en se bousculant… mais au moins ils bougeaient! Il n’est que de regarder les photos que mon petit frère Fernand prenait avec son « kodak » pour constater combien les combattants prenaient leur tâche à cœur!

Chez nous, quand nous étions enfants, nous n’avions pas beaucoup de jouets achetés au magasin, mais quand les amis arrivaient à la maison en demandant : « À quoi qu’on joue? », on trouvait toujours quelque chose à faire.

Merci Monsieur Bouchard pour cette belle soirée qui nous a permis de renouer avec notre enfance. C’est un beau cadeau!

© Madeleine Genest Bouillé, 25 avril 2017

La marmite d’or…

La légende de « la marmite d’or » fait aussi partie des histoires de la famille de ma mère.

On était en 1759. Comme l’Histoire nous l’apprend, les Français et les Anglais étaient en guerre, et bien que les colons de la Nouvelle-France auraient préféré ne pas s’en mêler, ils en subissaient les contrecoups. Tous les hommes valides étaient enrôlés dans la milice. On avait eu vent que des villages de la côte du sud avaient été pillés et incendiés. La peur s’était installée partout dans la colonie, une peur que venait alimenter chaque jour des rumeurs de bombardements et de massacres. Justement, dans La Petite Histoire de Deschambault (Luc Delisle, 1963), on lit ceci: « …déjà que le 19 août les Anglais avaient fait une descente en bas du village, ils avaient pillé et incendié la maison du capitaine Perrot. Heureusement personne n’avait été tué. Une quinzaine de cavaliers, à la tête desquels se trouvait le major Belcourt, étaient accourus au galop, chargeant l’arrière-garde anglaise.  Aussi, les Anglais s’empressèrent-ils de rembarquer sur leur bateau, non sans emporter les animaux dérobés dans les pâturages. Ils avaient quand même eu le temps de brûler trois maisons. »

Em placement de la première église et du premier presbytère (source: Musée virtuel de Deschambault, CPDG).

Depuis cette attaque, le va-et-vient de la flotte anglaise sur le fleuve inquiétait de plus en plus les habitants du village. L’automne était arrivé; c’était un dimanche calme et doux, une de ces magnifiques journées de fin de septembre. Comment croire à la guerre quand le ciel est si beau!  Les familles étaient réunies dans l’église pour la messe.  Dans son sermon, le curé Jean Ménage avait exhorté ses paroissiens à ne pas perdre espoir, puis les fidèles agenouillés avaient prié pour que la paix revienne au pays. Mais revenons à ce que nous dit La Petite Histoire : « Pendant ce temps une frégate anglaise remontait le fleuve.  Quand le navire fut rendu à la hauteur de l’église, le bruit du canon se fit entendre et un énorme boulet vint frapper et traverser de part en part le mur de l’église près de la toiture ». 

Tous les habitants se précipitèrent dehors et prirent la fuite en direction du bois. Le curé avait en vain tenté de  rassurer ses ouailles, mais constatant les dégâts causés à son église et croyant à une descente des Anglais, il enveloppa les vases sacrés dans sa chasuble et courut rejoindre les paroissiens éplorés.

Cette photo prise en 1957 montre la butte qu’on appelait les « trois sapins »; d’après ce que j’en sais, cet endroit faisait partie de la terre du curé (photo: coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Quand nos gens se retrouvèrent à l’orée du bois, sur le haut de la côte, d’où l’on pouvait voir le fleuve, ils constatèrent que le navire anglais avait poursuivi sa course. De toute évidence, il s’agissait d’un coup de canon isolé… il n’y aurait donc pas de débarquement aujourd’hui. Le curé qui avait rejoint ses paroissiens leur conseilla de rentrer chacun chez soi et de reprendre leurs occupations sans oublier de remercier Dieu qui les avait épargnés ce jour-là.

Et c’est à ce point du récit que survient l’anecdote de « la marmite d’or »! Dans les jours qui suivirent, le boulet de canon sur l’église était devenu « l’attaque des Anglais » et il va sans dire que cet incident alimentait les conversations. Entre autres choses, il fut dit que l’un des habitants qui avait réintégré sa maison bien après les autres ce fameux dimanche, transportait avec lui au départ, une marmite qui semblait fort lourde. Il s’agissait d’un bonhomme qui vivait seul dans une petite maison au pied de la côte en bas de la « petite route ». Cet homme était peu loquace et on le disait plutôt radin. De là à ce qu’on croit qu’il avait caché un trésor… il n’y avait qu’un pas qui fut vite franchi! À l’époque, quelqu’un a affirmé que la marmite était sûrement enfouie dans le petit bois sur la terre du curé. Un autre a prétendu que c’était en bas du coteau, pas loin de la route qui monte au deuxième rang. Un autre encore déclara savoir de source sûre que la cachette était au pied de la côte, près du fleuve, justement à l’endroit où dans les années quarante, on pouvait encore voir les fondations d’une maison. À différentes époques, plusieurs ont cherché la fameuse marmite supposément remplie d’or… personne ne l’a jamais trouvée! Où est la marmite? Est-elle vraiment pleine de pièces d’or? Le secret est toujours bien gardé. Et c’est ainsi que se font les légendes!

Photo: ©Patrick Bouillé

© Madeleine Genest Bouillé, 19 avril 2017

Deux histoires vécues devenues légendes

Le meurtre du gardien du phare.

L’histoire se passe en 1834. Une bande d’escrocs, qu’on appelait les écumeurs, sévissait dans le port de Québec et sur les grèves aux alentours. Entre autres méfaits, ces bandits coupaient les câbles des petits cajeux et cueillaient en aval du courant les morceaux de bois qui venaient vers eux. Un nommé Charles Cambray était à la tête de cette bande.  Derrière une façade d’honnête commerçant, il pratiquait d’autres métiers beaucoup moins avouables. Cet homme était un voleur, un escroc.  Cambray faisait de très bonnes affaires et il recrutait ses associés parmi les hommes qui fréquentaient le port et qui acceptaient n’importe quel travail, pourvu que ça rapporte!

François-Réal Angers, un avocat, auteur et journaliste, originaire de Pointe-aux-Trembles (Neuville), publie en 1837, un livre ayant pour titre Cambray et ses complices, dans lequel on lit ceci : « En 1834, on apprit qu’un phare avait été pillé et son gardien, roué de coups puis jeté dans la cave pleine d’eau du phare. On découvrit bientôt qu’il s’agissait du capitaine Sivrac, le gardien du phare de l’Ilot Richelieu. Tous les amis et connaissances du capitaine sont révoltés. Dans le même temps, les gens commençaient à avoir des doutes quant aux affaires de Cambray et sa bande. L’arrestation d’un des complices de Cambray vers la fin de 1834 conduisit la police à épingler ce dernier, qui fut condamné à mort. »

Le phare de l’Ilot Richelieu ne portait vraiment pas chance à ses gardiens. En 1940, un dénommé Lemay est alors gardien et demeure sur l’île avec sa femme. En 1949, on ignore dans quelles circonstances, le couple se noie. C’était le dernier gardien de ce phare qui fut détruit mystérieusement en 1970.

Le plus vieux des deux phares, en 1970 (photo: Fernand Genest).

L’homme gris

Voici une histoire de mon arrière-grand-mère, telle que la racontait Jeanne, ma mère.

« Ma grand-mère, Angèle Paquin, demeurait dans une maison qui a été détruite dans un incendie en 1914. Cette maison était située à l’endroit où s’élève aujourd’hui la maison de monsieur Léon Montambault. Quand Angèle était enfant, elle allait souvent chercher les vaches, matin et soir avec son père, Léon. Un jour, en montant vers les champs, ils aperçurent un homme vêtu de gris, recroquevillé près de la clôture; la tête inclinée, il semblait dormir, de sorte qu’on ne voyait pas sa figure. Le père dit à la petite Angèle : As-tu peur? – Oh non! Avec vous papa, ça me fait rien. Cependant, le chien aboyait, lui, en tout cas, n’aimait pas ça. Au retour des champs, pour la traite du soir, l’homme gris était toujours là… il n’avait même pas changé de position. On a beau être du monde pas peureux, ça devenait inquiétant. Le lendemain, même phénomène. De plus, on dit que les chevaux renâclaient quand ils devaient passer près de cet endroit. »

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De nos jours, on irait voir de plus près… on alerterait la police, les journalistes ou encore, on en rirait! Mais les gens de ce temps-là traitaient les phénomènes extraordinaires d’une toute autre façon. Quand ils ne pouvaient pas expliquer quelque chose par le gros bon sens, ils s’en remettaient à leur religion. Ce que mon aïeul fit aussitôt. Il alla au presbytère et paya une messe pour une « âme abandonnée du purgatoire » comme on disait alors.  L’homme gris disparut et on ne le revit jamais!

Ma mère ajoutait pour expliquer cette histoire que, du temps de la guerre avec les Anglais, des soldats furent tués et enterrés n’importe où, sans sépulture chrétienne. Alors il était sans doute normal que ces défunts attirent l’attention, afin qu’on les aide à trouver le repos éternel.

Cette histoire a dû se passer aux environs de 1850.

© Madeleine Genest Bouillé, 18 avril 2017

Les cloches de Pâques

J’ai rêvé que c’était le dimanche de Pâques. J’entendais les cloches qui sonnaient là-haut dans le ciel, elles revenaient de Rome où elles étaient parties depuis le Jeudi-Saint. D’innombrables volées d’oies blanches les accompagnaient en cacassant… C’était de toute beauté! Dans ce lumineux matin d’avril, les cloches chantaient : « Alleluia!  Alleluia! Jésus est ressuscité, le Seigneur est vivant! » Elles volaient tellement haut; on aurait dit des oiseaux, n’étaient le fait qu’elles carillonnaient à toute volée! Et les oiseaux, tout le monde sait ça, ne carillonnent pas.

Dans mon enfance, avec mes frères plus jeunes, nous avions souvent guetté le vol des cloches dans le ciel,  pendant les Jours-Saints. Les « Jours-Saints », comme l’expression l’indique, ce sont des journées où on a l’impression qu’il peut arriver toutes sortes de choses plus ou moins réelles. C’est comme si la terre se tournait vers le ciel et qu’elle en attendait quelque miracle. Du moins, c’est que nous, les enfants, nous croyions. C’est ainsi que, dans la forme des nuages, on imaginait presque les cloches aventurières qui revenaient de leur long voyage… on croyait même les entendre! On ne les avait pas vues partir; personne ne les voyait jamais. C’était un mystère, comme tant d’autres choses inexpliquées. Mais, on était tellement heureux le matin de Pâques, de les retrouver chacune à leur place dans le clocher.

Donc ce matin-là, pour la première fois, moi, qui n’étais plus une enfant, moi, qui étais maintenant une femme d’un âge certain, raisonnable et sensée – du moins c’est ce que je croyais – voilà qu’enfin je voyais revenir les cloches de leur grand voyage annuel, et ces cloches sonnaient et chantaient avec tellement d’ardeur leur louange au Christ ressuscité… que finalement je me suis réveillée!

Un peu abasourdie, j’ai réalisé que j’entendais effectivement des cloches. Comme dans mon rêve, elles sonnaient pour inviter les fidèles à venir célébrer la Résurrection de Jésus. Seulement, ces cloches dont j’entendais le chant victorieux, étaient celles de l’église de Lotbinière, en face de chez nous, de l’autre côté du fleuve! Et les oies blanches qui  cacassaient, étaient elles aussi bien réelles!

 © Madeleine Genest Bouillé, 12 avril 2017

À propos d’un village…

Ces jours derniers, sur Facebook, un texte a circulé et retenu l’attention de plusieurs, surtout des personnes d’un certain âge – mais au fait, pourquoi dit-on « un certain âge » quand on a atteint un âge certain? Comme si les plus jeunes avaient un âge incertain. Encore une des bizarreries de notre belle langue française! Mais passons. Le texte dont il est question s’intitule « COMMENT MEURT UN VILLAGE ».  On y parle du petit commerçant, qui met tout son cœur et son temps pour répondre aux besoins des gens de son village, parce que c’est chez lui et parce que c’est « son monde »!

Il est très bien fait ce texte où l’on expose les avantages et les inconvénients du petit magasin local et je vous en livre le contenu, en l’adaptant à notre situation. Si notre marchand général n’a pas autant de choix que les magasins de grande surface, il a l’avantage de la proximité. Il connaît son monde, accueille chacun en l’appelant par son nom; il s’informe de la santé des uns et des autres. Ensemble, on déplore le départ de Madame Chose ou de Monsieur Untel : « Monsieur Untel, il n’y a pas longtemps encore, il est venu au magasin… Cette pauvre Madame Chose! Elle avait pas loin de 90 ans! Mais elle était pas malade il me semble? » C’est au magasin général que se rencontrent les « placoteux » qui n’ont rien d’autre à faire; on y commente les nouvelles, on se plaint du déneigement mal fait ou des trottoirs glacés… « C’’est vraiment dangereux! »  C’est chez  lui qu’on va faire vérifier ses billets de Loto… même si ça prend du temps, et qu’on fait attendre d’autres clients; quelle patience il a notre marchand! Il lui arrive même de fredonner en  faisant ses vérifications. En attendant leur tour, les habitués peuvent toujours feuilleter une des revues exposées sur le présentoir.  Si on a manqué la messe le dimanche, on sait qu’il y a toujours en réserve des exemplaires du dernier bulletin paroissial.  On ne nous refuse jamais non plus de placer une affiche pour une activité de l’une ou l’autre association locale ou régionale.

Les nouveaux arrivés trouvent bien vite le chemin du magasin général; ils savent déjà que c’est là qu’ils trouveront les informations utiles concernant leur nouveau lieu de résidence.  Il paraît que les prix pour les denrées d’usage courant sont plus élevés. Mais si vous calculez le coût de l’essence, peut-être que vous vous apercevrez que ça vaut la peine de favoriser l’achat local!

Le texte dont je parle se termine ainsi et je cite : « À trop vouloir courir après la mauvaise qualité des bas prix, un jour les villageois n’auront plus qu’à se mordre les pouces. Les commerçants alors auront plié bagages et chacun sait ce que veut dire « boutique fermée ».  Voilà comment meurt le cœur et l’âme d’un village. »

À Deschambault, jadis, on trouvait une cordonnerie, une  boucherie, deux beurreries, au moins deux gares aux arrêts de chemin de fer, un traversier pour Lotbinière, une compagnie d’autobus, plusieurs garages, quelques petits magasins et j’en oublie! Tout cela sans compter le Magasin Général Paré, lequel, fort heureusement est toujours là. Notre village n’est donc pas près de mourir! Faisons plutôt la tournée des lieux : on a une boulangerie, une brûlerie, une chocolaterie, plusieurs restaurants qui offrent une variété de menus, de quoi satisfaire les plus difficiles et diverses entreprises que je préfère de pas énumérer de peur d’en oublier!

Une chose est certaine, tous ces commerçants, même s’ils sont contents de recevoir les touristes et les clients de passage, comptent évidemment sur la population locale pour s’enraciner chez nous; plus que nécessaire, je dirais que c’est primordial! Les touristes, ça passe… certains reviennent, mais la plupart ne font que passer… justement! On a besoin les uns des autres car voyez-vous, les propriétaires des commerces qui jalonnent le Chemin du Roy et les autres secteurs de notre patelin, savent  bien eux aussi, qu’un village ça peut mourir, lentement, mais sûrement. Et tout comme nous, ce n’est pas ce qu’ils souhaitent.

© Madeleine Genest Bouillé, 6 avril 2017

Nos pionniers

En faisant du ménage dans mes nombreux papiers – ménage qui ne sera sans doute jamais terminé, à savoir : les documents que je veux garder, ceux que je dois jeter et, les plus nombreux, ceux dont je ne parviens pas à décider si je les garde ou si je m’en débarrasse –, je suis tombée sur des notes que j’avais prises, en octobre 1994. À l’occasion d’un brunch-conférence en septembre, nous avions reçu au Vieux Presbytère Serge Goudreau, natif de Deschambault et spécialisé en ethnologie, qui pour l’occasion nous avait entretenu de nos pionniers. Je me suis dit qu’il y avait là de quoi faire un « grain de sel » intéressant… jugez-en vous-mêmes.

Cette activité qui répondait exactement à la vocation culturelle et patrimoniale de la Société du Vieux Presbytère avait été très appréciée. Je me souviens que Serge nous avait tout d’abord appris que les Français n’étaient pas tous emballés par l’aventure de la colonisation de ce nouveau monde. Comme preuve à l’appui, il nous apprenait que, durant le Régime français, sur les 30 000 colons qui sont venus voir de quoi avait l’air cette contrée sauvage, 20 000 sont repartis pour diverses raisons. À mon avis, ils n’avaient pas dû aimer l’hiver! Il serait donc resté à peine 10 000 personnes pour défricher le pays.

Ceux qui font faire leur arbre généalogique savent que nos pionniers venaient en grande majorité des régions de l’ouest de la France : Normandie, Poitou, Anjou, en fait, près des grands ports : La Rochelle, Brest, Cherbourg. Plus rarement, on constate que quelques-uns venaient des régions du sud; tel mon ancêtre Genest, prénommé Géraud, qui était originaire de Toulouse. On s’est toujours demandé ce qui avait motivé notre aïeul à quitter le sud de la France; il devait avoir vraiment une bonne raison!

Nous avons appris également que parmi les premiers arrivants, il y avait quatre fois plus d’hommes que de femmes, et surtout des célibataires. Ce qui est tout à fait plausible, étant donné qu’il fallait être plutôt intrépide pour entreprendre cette aventure qui n’était pas particulièrement un voyage de plaisir. La plupart des hommes faisaient partie du régiment de Carignan-Sallières, ou encore ils avaient signé un contrat avec un artisan, tel un meunier, un charpentier ou autre.

Comme chacun sait, il est venu aussi des missionnaires. Ces religieux, en plus d’avoir comme mission de convertir les Indiens, avaient à cœur l’établissement des Français au pays. Et pour cela, il fallait faire venir de France ces femmes qu’on a appelées « Filles du Roy », pour fonder des familles avec les colons. Ces demoiselles ou veuves, sans enfant, de 800 à 1 000, arrivées au pays entre 1660 et 1670, étaient pour la plupart des orphelines ou des jeunes filles sans fortune. Le roi de France leur avait donné une dot pour les inciter à épouser des colons en Nouvelle-France. Sauf pour les familles d’aristocrates, ces femmes sont les aïeules de beaucoup de nos familles québécoises.

Carte de Gédéon de Catalogne de 1712-1715.

Quand on parle des pionniers, on parle évidemment des colons venus tout droit de la mère patrie. Cependant à mesure que le défrichement progressera, vers le milieu du XVIIIe siècle, de nouvelles concessions seront défrichées par des colons nés au pays, puis plus tard, par la deuxième génération et ainsi de suite.

Nous savons qu’au début, il y eut d’abord la seigneurie de Chavigny, puis celle de La Chevrotière. Le peuplement de Deschambault s’est fait en gros, de 1680 à 1713. Le seigneur du temps, Monsieur d’Eschambault, assumait son rôle qui était d’accorder des terres à des colons. Ceux qui ont visité les kiosques des familles souches lors du 300e anniversaire de la paroisse en 2013, ont appris que les premières familles étaient les Naud et les Grolo, originaires d’Anjou. Au début de 1690, on retrouve les Mayrand qui deviennent les voisins de la famille Naud. Le conférencier, Serge Goudreau, se documentait beaucoup dans les archives judiciaires, ce qui donnait à sa causerie plus de vécu et nous éclairait davantage sur la vie et le caractère de nos pionniers. Il semblerait que les relations entre voisins n’étaient pas toujours de tout repos.

Toujours entre 1690 et 1700, on voit arriver Arcand, de la région de Bordeaux, Perrot, du régiment de Carignan, Delisle, canadien de la 3e génération, Gauthier, Paquin, Delomé, Benoît-dit-Abel, St-Amant (de son vrai nom, Mathurin Robert) et Germain-dit-Bélisle.  De 1710 à 1725, arrivent les Montambault, venus de l’Ile d’Orléans, Perron, Gariépy, venu de Ste-Anne-de-la-Pérade, puis un Girodeau, célibataire qui passait pour être très querelleur, ayant fait de la prison à quelques reprises, on le retrouve plus tard marié et assagi!

En 1725, les familles pionnières sont installées à Deschambault sur une quarantaine de terres. Vers 1730 commence le peuplement du 2e Rang avec l’arrivée des Létourneau, Frenette et Marcotte; ces deux derniers venus de Cap-Santé. Certains noms ont changé d’orthographe avec le temps, tel est le cas de Rodriguez, un espagnol qui deviendra Rodrigue et Dépiteau, qui deviendra Desputeaux.

En 1760, après la guerre qui mit fin au Régime Français, le seigneur, M. de La Gorgendière revint chez lui et amena avec lui plusieurs compagnons d’armes à qui il offrit des terres.  M. de La Gorgendière était marié à une Acadienne, Athalie Boudreau et parmi les officiers du seigneur, on voit Jean Boudreau, Charles Raymond et Jean Bouillé, également mariés à des Acadiennes. Jean Bouillé était un armurier au service du roi de France, en Acadie pendant la guerre. À la même époque, on retrouve un Arcand-dit-Boulard, qui n’est pas le même que le Arcand de 1690.  Arcand-dit-Boulard s’était établi en face de la Halte routière; de là sans doute l’appellation de « Barre à Boulard », pour désigner la barre rocheuse qui, dans le chenal, marquait jadis le commencement des Rapides du Richelieu.

Jusqu’à l’ouverture des registres de la paroisse de Deschambault, en 1713, le territoire était desservi par des missionnaires; ceci explique qu’avant cette date, beaucoup de registres ont été perdus. C’est pourquoi il est parfois difficile de retracer le lieu d’origine des ancêtres de certaines familles.

J’espère que ces quelques pages de notre histoire sauront vous intéresser… J’ai donc bien fait de garder ces documents!  Il ne faut rien jeter avant d’y regarder deux, trois et même quatre fois!

© Madeleine Genest Bouillé, 28 mars 2017