De poèmes en Histoire…

photos jacmado 270809 162Si Deschambault est aujourd’hui salué surtout par maints photographes et artistes en arts visuels, il a jadis inspiré plusieurs auteurs. D’abord, Albert Ferland, auteur québécois né en 1872, et qui s’est fait connaître par ces œuvres : Mélodies poétiques, publié en 1893, Femmes rêvées, en 1899 et plusieurs fascicules, intitulés Le Canada chanté, entre 1908 et 1910. Dans un poème intitulé Visage du Pays dans l’aube, dont je cite un court extrait,  ce poète et dessinateur autodidacte, chante les beautés du fleuve, entre Deschambault et Lotbinière :

Visage du pays dans l’aube, je te chante
Je vous aime, ô caps bleus qui semblez dans l’attente
Du baiser du jour clair et des reflets de l’eau;
Vers vous, bords endormis, vole ce chant nouveau.
Salut, clochers muets qui guettez la lumière,
Vous dont le jet d’étain pointe sur Lotbinière,
Et vous, gravement gris sur ce cap sombre et beau,
Surgis parmi les pins, clochers de Deschambault!…

Bernard Courteau, auteur dont la famille est originaire de Deschambault, a publié plusieurs livres sur Émile Nelligan, sa vie et son œuvre. Dans un recueil de poésie  intitulé Les Labyrinthes, publié en 1975, il dédie « à son père » ce beau poème :

Lorsque sur Deschambault, les grands vents voyageurs
Grondent dans des brouillards que les rochers grafignent
Ou que les pluies d’hiver viennent tendre leurs lignes
Entre le phare et l’aube en de vagues blancheurs

photos jacmado 270809 149Qui dérivent sans bruit vers la nuit des falaises
Mon village est navire et porte les antans
Gestes faits de sagesse, au sein de ses haubans…

Inondant la batture en buissons de feu frais,
En amont des midis mon village est forêt
Où l’enfance est feuillage et les vieux sont racines.

Vers la fin du XVIIIe siècle, Charles-Denis Dénéchaud, alors curé de Deschambault, avait composé des vers qui, d’après un critique inconnu « nous donnent une description chaste et précise  de ce beau paysage ». Le poème était écrit en latin selon une coutume du temps. Le critique mentionne que « ces vers furent d’abord assez mal traduits en français, mais que,  finalement, on les a rétablis comme suit : »

Église Deschambault - Extérieur - nb - 010K1 845Deschambault
Sur un mont escarpé que cent beaux pins couronnent
De leur feuillage épais, les ombres t’environnent.
La vapeur et les vents conduisent les vaisseaux
Sur un fleuve profond orgueilleux de ses eaux.
Sur toi, séjour heureux, souffle le doux zéphir
Pour t’orner, avec art, la nature conspire.

 Une notice suit cette page. On y apprend que « cette traduction est due à la plume intelligente de M. Jacques Paquin, prêtre, décédé en 1847 à Saint-Eustache, Bas-Canada. »

Qui était ce Jacques Paquin, prêtre catholique et auteur? Jacques Paquin, né le 8 septembre 1791 à Deschambault, était le fils de Paul Paquin, cultivateur, et de Marguerite Marcot.  Ma recherche m’a appris que c’est dans une famille de cultivateurs que Jacques  a passé toute son enfance. Son père était aussi sacristain. Le jeune Jacques ayant exprimé à ses parents son désir de devenir prêtre, en bons catholiques, ceux-ci ne s’opposent pas à ce projet. Il est donc ordonné prêtre en 1814 et en 1815 il obtient la cure de Saint-François du Lac et de la mission d’Odanak qui y est rattachée. Plus tard, on le retrouve curé à Saint-Eustache durant les troubles de 1837.

Photo: Christopher Chartier Jacques 2009, © Ministère de la Culture et des Communications.

Photo: Christopher Chartier Jacques 2009 © Ministère de la Culture et des Communications.

Jacques Paquin est l’auteur d’une brochure intitulée Journal historique des évènements arrivés à Saint-Eustache, pendant la rébellion du comté du Lac des Deux-Montagnes (Montréal 1838).

Jacques Paquin,  fils de Paul, est donc apparenté aux Paquin de Deschambault.

© Madeleine Genest Bouillé, 28 mars 2016

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Les cloches de Pâques

Dans mon enfance, la fête de Pâques et les Jours Saints qui la précédaient donnaient lieu  à plusieurs croyances et légendes, lesquelles, s’entremêlant dans notre imagination, nous ont laissé des souvenirs indélébiles.

Il y avait tout d’abord la branche de pommier ou de cerisier cueillie le dimanche de la Passion et qui, conservée dans l’eau, devait fleurir le jour de Pâques. Même si ça ne marchait pas toujours, ça valait le coup d’essayer. Et ainsi jusqu’au vendredi saint où l’on nous recommandait de garder autant que possible un silence religieux entre midi et trois heures, en souvenir de la Passion du Christ. Pour les plus petits, le fait d’être moins remuants pendant ces quelques heures, représentait déjà un tour de force! Je me souviens d’un certain vendredi saint, où avec mes frères plus jeunes et Florent, lequel pouvait passer de longs moments à regarder le ciel, nous étions devant la fenêtre de « la chambre à l’ouest », comme disait  maman. On nous avait dit que le vendredi saint, même s’il fait beau, le ciel s’assombrit quand approche l’heure de la crucifixion. Dans mon souvenir, il me semble que cette fois-là, nous sommes demeurés en attente du phénomène pendant plusieurs heures. Tellement, qu’il nous semblait voir toutes sortes de formes dans les nuages qui passaient… les plus fervents ont même vu une croix! Ne riez pas! Des enfants qui croient aux miracles, ça peut voir toutes sortes de choses!

poule-chocolat-640Parmi les coutumes religieuses, s’en glissaient d’autres beaucoup plus « terrestres ». Entre autres choses, il y avait la hâte de savoir si notre grande sœur avait confectionné nos paniers de Pâques… et si les cocos, les poules et les lapins étaient achetés. Et puis, la grande question : où pouvaient-ils bien être cachés? Là, on précisait chacun nos préférences; pour André, c’était les œufs à la crème Bordeaux, moi, j’aimais mieux la crème de fruits et noix. Il y aurait sûrement des œufs à la guimauve, ils coûtaient moins cher. D’un commun accord, on espérait qu’il y ait plusieurs cocos « Oh Henry ». De toute façon, quand on recevait nos paniers, nous comptions les cocos et les petits animaux en chocolat et souvent, on faisait des échanges. Quand nous avions épuisé le sujet, pour tromper notre attente si la température était douce, la tentation était forte d’aller dehors, faire des petits canaux pour que l’eau s’écoule… quitte à rentrer ensuite à la maison  trempés de la tête aux pieds! Mais ça aussi, ça faisait partie des plaisirs du printemps.

Ancienne carte postale de Pâques.

Ancienne carte postale de Pâques.

La plus belle légende de Pâques était sans contredit celle des cloches. On nous avait raconté que le jeudi saint, à l’heure où l’on chante le Gloria, les cloches partent pour Rome, pour ne revenir que le samedi durant la messe, encore au moment du Gloria. À l’époque, les offices de la Semaine Sainte avaient lieu en avant-midi, sauf le vendredi où  depuis très longtemps, la célébration est fixée à trois heures de l’après-midi. Pour en revenir à l’histoire des cloches voyageuses, ça se tenait, étant donné qu’entre le jeudi et le samedi, les cloches se taisent par respect pour la mort de Jésus. On ne les avait pas vues partir, on ne les verrait pas revenir; personne ne les voyait jamais. C’était un mystère comme tant d’autres choses inexpliquées. Quand même, les avons-nous guettées, ces fameuses cloches! On croyait même les entendre parfois. Comme on était heureux, le matin de Pâques, de les retrouver chacune à leur place dans le clocher. Elles sonnaient si joyeusement!

Pâques 1963, un nouveau chapeau!

Pâques 1963, un nouveau chapeau!

Un dimanche de Pâques parfait cela supposait qu’il faisait beau et assez chaud pour porter manteau et chapeau de printemps – pour les filles bien entendu. C’était aussi quand papa avait apporté un « coco de singe » (ainsi appelait-on la noix de coco). C’était surtout  quand on recevait nos paniers confectionnés patiemment par notre grande sœur Élyane, et où chacun avait ses friandises préférées. Moi, je me souviens aussi que parfois, Papa chantait la belle chanson Les Rameaux de Fauré.  C’était peut-être le soir, après souper ou à un autre moment, mais ce chant est demeuré dans ma mémoire avec son refrain  éclatant de la vraie joie pascale : « Hosanna! Gloire au Seigneur! Béni Celui qui vient sauver le monde! »

Joyeuses Pâques et bons cocos!

© Madeleine Genest Bouillé, 23 mars 2016

Clocher nord de l'église Saint-Joseph, avec la statue du saint patron, du réputé sculpteur Louis Jobin (crédit photo: Jacques Bouillé).

Clocher nord de l’église Saint-Joseph, avec la statue du saint patron, œuvre du réputé sculpteur Louis Jobin (crédit photo: Jacques Bouillé).

La gloire des érables

En mars, il y a de ces jours sans soleil, où tout est gris; les arbres s’habillent de tous les tons de gris, même la neige toute sale est grise. Où sont passés nos paysages verdoyants? Les fleurs, le gazon, les potagers bien alignés? Et les érables flamboyants dans leurs atours d’automne? Nos saisons sont tellement différentes qu’on a l’impression de changer de planète quand on passe de l’une à l’autre.

10636550_1078955628814718_6109870604541876372_oJe reviens de prendre ma petite marche de santé… Je regardais les érables. Vous les avez remarqués au début du mois de mars? Peut-être si vous avez une érablière et que vous surveillez les signes imminents de montée de sève. Quoique, ça ne se voit pas à l’œil nu. Disons plutôt que pour le commun des mortels, à ce temps-ci, les érables, dépouillés comme les autres feuillus, ne se distinguent pas des hêtres, merisiers et autres arbres, sauf les conifères. L’érable à la fin de l’hiver est humble, sobre, même pas beau. Discret, il prépare en secret ce qui constitue l’une de nos principales richesses naturelles; cet or sucré recherché partout dans le monde!

Ce n’est pas à l’automne, quand l’érable étale ses couleurs les plus somptueuses, qu’il est le plus utile, le plus précieux, même si on vient de loin admirer sa parure. Non, la gloire des érables, c’est au printemps qu’elle éclate. Au printemps, l’érable est vraiment le roi de nos bois, on compte sur lui pour une part importante de notre économie. Au printemps, oui, quand il est tout gris, tout ordinaire, c’est le moment où il nous est le plus indispensable!

photos 8janv.2015 003Ainsi en est-il des humains. Ce qui fait la valeur d’une personne, ce n’est pas ce qui est le plus apparent. Malheureusement, les médias et tous les faiseurs de mode, cherchent à nous convaincre qu’il faut « flasher », avoir de l’audace, du panache, être drôle, sinon beau. Les mots « humilité » et « modestie » sont tombés en désuétude – on va sûrement finir par les enlever du dictionnaire. Ce ne sont pas des valeurs qu’on enseigne à l’école. Si on en juge par la popularité des photos « selfie », où la popularité se compte sur les réseaux sociaux à coup de « j’aime », ce qui importe, c’est ce qui se VOIT. Montre-moi comment tu parais, je te dirai qui tu es. Ne serait-ce pas plutôt « qui tu VEUX être »?

Les qualités de cœur comme l’honnêteté, la générosité, la sincérité, si elles sont appréciées, ne sont pas des choses dont on cause… enfin, en société. Tout le monde sait pourtant que les personnes qui sont le plus utiles dans leur milieu, leur famille, pour leurs amis, ce ne sont pas nécessairement celles qui paraissent le mieux, qui ont le discours le plus éloquent… ni même celles qui ont le plus « d’amis Facebook ». Les personnes sur qui on peut vraiment compter, ce sont celles vers qui on se tourne quand on a un service à demander, une cause à faire valoir. Celles qu’on appelle quand ça va mal et que tout est gris comme un jour de mars très laid; celles qui tendent la main et qui écoutent sans juger.

Comme les érables au printemps, ce qui fait notre gloire, ce n’est pas la beauté, la renommée, ni même la fortune. La seule gloire qui vaille la peine d’être recherchée, c’est d’être utile aux autres, tout simplement. Cette gloire-là on peut en être fier, même si ça ne nous mérite ni trophée ni médaille.

Profitez du temps des sucres si vous le pouvez!

© Madeleine Genest Bouillé, 16 mars 2016

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Image de printemps

Numériser0003La fabrication du savon.
Dans un grain de sel du printemps dernier, où je vous parlais du « grand barda du printemps », j’ai mentionné la fabrication du savon domestique. Sur la photo ci-jointe, on peut voir Madame Élise Proulx-Thibodeau, en train de brasser son savon. Elle avait plus de 80 ans, la photo datant de la fin des années 30; je n’ai malheureusement pas de précision à ce sujet. Madame Thibodeau était la mère d’Aurore Thibodeau, mariée à Lauréat Laplante en 1915, ils demeuraient dans la maison bâtie par les Thibodeau, au 215, Chemin du Roy. Une petite anecdote en passant… Quelques-uns des frères de Madame Thibodeau avaient, comme beaucoup de Québécois de cette époque, émigré aux États-Unis, dans les environs de Boston, à Lowell et Fall-River. Comme on le sait, quand « la visite des États » s’amenait, ils apportaient avec eux des anglicismes qu’ils étaient très fiers de parler devant la parenté. Ainsi, ils avaient anglicisé le nom de leur sœur; Élise était donc devenue Lyser… Et je me souviens, étant enfant, de la façon dont les gens rappelaient cette petite femme, qui avait paraît-il beaucoup de caractère; on la nommait « Memére Liseur ». Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai su son vrai prénom.

fete sucreLe temps des sucres.
La belle jeunesse de Deschambault, en 1944. Cette photo comme plusieurs de la même époque, me vient de Marie-Paule Laplante, fille des précédents, qui a demeuré à Trois-Rivières après son mariage en 1951. La fête avait lieu à la sucrerie de la famille Bouillé, étant donné que Marie-Paule était l’amie de Marie-Claire Bouillé, la deuxième fille de la famille de mon époux. D’ailleurs je reconnais quelques membres de cette famille, ainsi que Rolande Paré, fille de Louis. Quand je cherche une ou l’autre photo ancienne, je m’arrête toujours sur celle-ci. Le photographe qui a croqué cette scène a sans le savoir fixé dans le temps une image qui raconte un moment de vrai plaisir! C’est l’une de mes photos préférées.

IMG_20160313_0004Le printemps est arrivé!
Derrière cette photo, maman avait écrit « Le printemps est arrivé, mars 1950 ». C’était le premier printemps où nous demeurions dans la maison de la rue Johnson. Les deux jeunes, Georges et Fernand, portent encore manteau et chapeau d’hiver, mais il devait y avoir des signes de printemps déjà, car Florent ne porte pas de manteau et il est nu-tête. Florent était le météorologue de la famille. Dans les dernières années où il vivait, je lui avais rappelé cette photo et il m’avait confirmé que le mois de mars de cette année-là était particulièrement doux. Et si Florent l’a dit… c’est parce que c’était vrai!

IMG_20160209_0006Ah! la mode!
La mode a toujours eu de ces extravagances…. dans les magazines, on voit des choses que moi je ne trouve absolument pas portables. Mais il y a 50 ans et plus, la mode nous imposait aussi ses bizarreries. Par exemple, passé le 15 août, on rangeait les chapeaux de paille ainsi que les accessoires blancs, et cela même s’il faisait aussi chaud sinon plus qu’en juin. On sortait les chapeaux de velours ou de feutre et les accessoires noirs ou bruns. Au printemps, on faisait l’inverse. À Pâques, on sortait le tailleur de couleur pastel et un chapeau de paille, autant que possible avec profusion de fleurs, et cela même s’il gelait ou s’il neigeait! Vous voyez sur cette photo une image découpée dans la Revue Populaire d’avril 1946. Aimez-vous le chapeau, style « tarte »? C’était ça, la mode!

IMG_20160313_0005Ce qui arrive quand Pâques tombe en mars…
La photo date de 1955. Elle a été prise le jour de Pâques. Vous voyez ce que ça donne un chapeau de paille avec un manteau d’hiver! J’étrennais ce petit chapeau qui était rose. J’étais supposée le porter avec mon manteau de printemps qui était beige. Pâques tombait comme cette année à la fin de mars. Je sortais d’un de mes interminables rhumes… et maman avait dit : « Non! Tu mets ton manteau d’hiver, il fait pas assez chaud pour sortir ton manteau de printemps. D’ailleurs tout le monde est encore habillé en hiver! » Je boudais et je ne voulais pas que ma sœur prenne la photo. Pour me donner le bon exemple, elle s’était fait photographier avec son manteau gris – celui d’hiver, et son chapeau de paille blanc. Mais moi, je trouvais qu’avec le col en fourrure (du lapin ou je ne sais quoi), le chapeau de paille avait l’air incongru. Un de mes frères, qu’on ne voit pas… tente de me faire rire et je ne veux pas. En plus la photo a été prise après la messe, juste avant dîner; étant ainsi face au soleil, j’ai fermé les yeux… Pour moi, c’est une photo qui parle beaucoup!

On n’a pas fini de parler de Pâques… à bientôt!

© Madeleine Genest Bouillé, 13 mars 2016

Histoire pour le temps du Carême

Mado 1951Voici une petite histoire que je n’ai jamais oubliée. J’étais en 5e année. De cela je suis sûre parce que je portais le ruban rose. Bon, vous allez vous demander quel rapport avec l’histoire? Les souvenirs sont rattachés à notre mémoire par toutes sortes de petits détails. Ainsi, du temps où le costume des filles qui étudiaient au couvent était la robe noire, nous avions au cou un ruban qui identifiait la classe dont nous faisions partie. Dans la classe de Mère Sainte-Flavie, les 1êre, 2e et 3e années, le ruban était rouge. En 4e et 5e, le ruban était rose. Les classes de 6e et 7e ainsi que l’Académie des grandes de 8e à 12e, portaient le ruban bleu des Enfants de Marie.

IMG_20160305_0003L’année 1950 avait été proclamée « Année Sainte » par le Pape Pie XII. Évidemment il y avait profusion d’images pieuses à l’effigie de ce Pape, qu’on disait « Pape de la Paix ». Jusqu’en 1953, ou même 54, j’ai reçu plusieurs de ces images avec l’inscription « Annus Sanctus 1950 ». Les religieuses n’étaient pas avares de récompenses et d’encouragement, des images, on en recevait! Images du Sacré-Cœur, de Marie, avec ou sans son enfant Jésus, des anges gardiens et tous les saints du ciel… J’en ai une belle collection! C’était surtout en français que j’en récoltais le plus. Détail qui a son importance, il y avait plusieurs formats d’images, les plus grandes étant environ de 4 pouces par 6 pouces.

IMG_20160305_0002Un jour, je venais justement de recevoir une image du Pape, une « grand format », cette fois. La cloche avait sonné, nous descendions l’escalier qui menait au vestiaire. Il fallait se dépêcher, on allait à la prière du Carême. Je portais mon image comme un trophée… à neuf ans, on n’a besoin de peu de chose pour être heureux! Je déposai l’image sur mon sac d’école, le temps d’endosser manteau, bonnet et bottes. Je n’étais pas la plus rapide… Quelques compagnes, qui n’étaient pas vraiment des amies, se moquaient de moi en disant : « C’est rien qu’une image, on en a des centaines!… des bien plus belles à part ça. Mets-là dans ton sac, grouille-toi, on attend après toi ». Je rétorquai : « Moi aussi, j’en ai en masse, des images. » Mais elles continuaient; les enfants sont parfois méchants… mais sans mauvaise intention, ils font ça juste « pour voir ». De fil en aiguille, espérant me débarrasser de mes tortionnaires, et aussi pour démontrer que j’étais plus indépendante que j’en avais l’air, je déchirai l’image en question, disant que je n’y tenais pas du tout, ce qui était faux bien entendu! Je gardais précieusement mes images dans une boite. Je les ai encore! Devant ce geste, dont je n’étais pas très fière je dois dire, les deux fillettes, l’air scandalisé, s’empressèrent de dire : « Qu’est-ce que t’as fait là? On va le dire à Mère. C’est péché de déchirer une image ». J’étais consternée, vous pensez bien! Je suis donc allée avec les autres assister à la prière du Carême à l’église; j’avais le cœur gros… je ne voulais surtout pas pleurer. Je croyais vraiment avoir fait quelque chose d’impardonnable. Cette sombre journée est toujours restée dans un recoin de ma mémoire, un petit coin où je ne vais pas souvent.

Année scolaire1948-1949 au couvent de Deschambault (photo tirée de l'album souvenir du centenaire du couvent en 1961.

Année scolaire1948-1949 au couvent de Deschambault (photo tirée de l’album souvenir du centenaire du couvent en 1961.

Comme je m’y attendais, l’histoire a fait le tour du couvent. Mon professeur m’avait envoyée au bureau de Mère Supérieure, laquelle m’avait demandé pourquoi j’avais commis cette faute; comme je ne savais pas quoi répondre, elle me fit un sermon dont j’ai retenu surtout que j’étais irrespectueuse. En plein Carême, faire une chose aussi odieuse, je devrais m’en confesser, etc., etc. Je ne savais pas quoi inventer pour me défendre, j’avais beau dire que c’était la faute à celle-ci et celle-là, rien n’y faisait. Je ne retenais qu’une chose; on ne déchire pas une image pieuse! Cette année-là, je n’en reçu aucune autre jusqu’à la fin de l’année. Et pourtant, je continuais à avoir de bonnes notes en Français, en Histoire et en Géographie…

La religieuse qui nous enseignait connaissait assez bien ses élèves; elle avait sans doute deviné que ce geste de défi dont je n’étais pas coutumière était le résultat de ce qu’on appellerait aujourd’hui de l’intimidation! Heureusement, l’enfance a ceci de bien que le temps atténue les mauvais souvenirs. On ne les oublie pas, mais ils ne font plus mal!

Pâques peut venir… ma confession est faite!

© Madeleine Genest Bouillé, 9 mars 2016

Le fleuve nous a joué un tour!

hiver 2008 006Habituellement, à ce temps-ci, notre cher Saint-Laurent porte encore son manteau d’hiver. Et on guette les signes annonciateurs de sa libération! Que j’aime ce moment où la glace casse, soit par petites plaques, ou encore par larges bandes, et que le courant charrie ces vestiges d’hiver, lesquels se fracassent dans un bruit de tonnerre. Mais, on dirait bien que cet hiver qui a si curieusement commencé, va finir en queue de poisson, enfin, pour ce qui est du fleuve, car pour le reste, rien n’est encore définitif : aurons-nous encore des grands froids? Doit-on attendre encore plusieurs bordées de neige? Et le temps des sucres? Certains disent qu’il va être très court, Pâques étant à la fin de mars; d’autres disent qu’il va commencer très bientôt et qu’il durera aussi longtemps que d’habitude. Tout ça, ce sont des pronostics. On ne sait rien, sinon qu’on ne peut plus se fier sur le fleuve pour décréter que le printemps est arrivé!

IMG_6162Il faut dire que depuis que la navigation se poursuit tout l’hiver, le chenal étant libre, la glace « prend » beaucoup plus tard. Mais généralement, sur les battures et jusqu’au large, une bonne épaisseur de glace recouvre le fleuve jusqu’au printemps. En mars, normalement, survient la débâcle. C’est un spectacle que je ne veux jamais manquer! Fréquemment, je jette un coup d’œil par la fenêtre; tout à coup la glace se déciderait à partir. Disons que c’est le début du début du printemps… Et ça me donne le goût de chanter ce beau chant pascal : « Quand se fendront les embâcles, sous la force des ruisseaux… et que les rochers de glace laisseront jaillir les eaux… » Cette année, je n’aurai donc pas ce plaisir. Eh bien, tant pis! Même si le fleuve n’a pas de glace à charrier, on va le chanter quand même, notre beau cantique!

373Dans ce même chant qui s’intitule Pâques, printemps de Dieu, un autre couplet nous dit : « Quand reviendront les oies blanches de leur terre d’émigrés ». Si on ne peut pas se fier sur le fleuve, j’espère au moins que les oies blanches seront au rendez-vous. Le retour des oies, c’est un spectacle unique! Quand elles reviennent de leur grand voyage, on les entend bien avant de les voir. Ce cri semble venir de tous les côtés à la fois; c’est un appel à venir saluer le printemps! Puis on commence à entrevoir des points tantôt blancs, tantôt argentés, très haut dans le ciel. Et enfin on distingue les grands « V » qui remplissent l’azur en jacassant de plus en plus fort. Les oies arrivent par centaines, que dis-je, par milliers, puis se jettent dans le fleuve, sur les berges, dans les champs encore inondés par la fonte des neiges. Elles ont besoin de refaire leur plein d’énergie, le voyage a été long et difficile… J’aime écouter leur concert. Comme la chorale à la messe de Pâques, elles chantent : « Victoire! Célébrons la gloire de Jésus Sauveur! »

photos jacmado 080806 046Toujours dans le même chant pascal, il y a aussi ce couplet qui nous promet le vrai printemps : « Quand renaîtront sur les branches, les bourgeons inespérés… Nous fêterons la revanche du présent sur le passé ». On a tellement hâte aux premiers bourgeons, si minuscules soient-ils. Les anciens avaient un dicton qui disait comme ça que, si on cueille une branche de pommier ou d’un autre arbre fruitier le dimanche de la Passion – qui est maintenant le cinquième dimanche du Carême –, cette branche qu’on aura gardée dans l’eau, fleurira le jour de Pâques. J’ai plusieurs fois fait l’expérience; il est arrivé que la branche fleurisse, d’autres fois, non. Je ne crois pas que ce soit un vrai miracle. C’est plutôt dû d’une part à la température et d’autre part, à la date où a lieu la fête de Pâques, qui comme on le sait varie entre la fin de mars et la fin d’avril.

IMG_6170Cette année, le fleuve nous a joué un tour… Bon, je ne lui en veux pas; il est mon ami depuis toujours et encore plus depuis que j’habite juste en face. Quarante-quatre ans, c’est tout un bail! Enfin, quoi qu’il arrive, mars aura trente et un jours, comme d’habitude; nous fêterons Pâques le 27 de ce mois, et nous aurons un printemps, avec des bourgeons, des oies blanches et de la tire d’érable, même si ces derniers mots ne sont pas écrits dans le chant pascal!

À bientôt pour jaser des fêtes de Pâques du temps passé.

© Madeleine Genest Bouillé, 4 mars 2016

Le Carême avant la Révolution tranquille

Le Mardi-gras à la campagne, illustration de Edmond-J. Massicotte. Bibliothèque et Archives Canada/MIKAN 2895476.

Le Mardi-gras à la campagne, illustration de Edmond-J. Massicotte. Bibliothèque et Archives Canada/MIKAN 2895476.

La veille, au cours de la soirée, il était venu tout plein de personnages peinturlurés, vêtus de costumes grotesques et loufoques, qui riaient, parlaient fort et chantaient. Les filles de la maison offraient du sucre à la crème et des bonbons aux patates, tout en essayant d’identifier les « Mardi-Gras ». Papa sortait son vin de cerise… il fallait bien recevoir cette visite rare! On nous avait envoyés au lit, mais on s’était cachés en haut de l’escalier pour regarder, au travers des barreaux de la rampe, ce spectacle inusité. C’était le Mardi-Gras! Contrairement à l’Halloween, il s’agissait plutôt d’une fête pour les adultes qui profitaient de cette occasion pour faire le plein de réjouissances quelque peu arrosées, et ce avant minuit, heure à laquelle commençait le mercredi des Cendres, le début du Carême!

Pour les jeunes comme pour les plus vieux, le Carême était un temps de pénitence et de privations qui durait quarante jours. Certaines bonnes dames, « plus catholiques que le Pape », comme on disait dans le temps, allaient jusqu’à peser leur nourriture à chaque repas. Les repas du matin et du soir ensemble ne devaient pas dépasser en poids le repas principal qui était celui du midi. Si on ajoute à cela les sacrifices de desserts, de sucreries, de boisson alcoolique pour les hommes, et de bien d’autres choses encore, selon l’esprit de mortification des bonnes gens de l’époque, quand la fête de Pâques arrivait, c’était dans tous les sens du terme, une vraie résurrection!

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Église Saint-Joseph, 1958.

Les enfants étaient aussi fortement invités à faire des sacrifices. Cela pouvait varier, allant de l’assistance à la messe en semaine, si on ne demeurait pas trop loin de l’église, au partage des tâches dans la maison pour les filles. Pour les garçons, les bonnes actions allaient du remplissage de la boîte à bois au pelletage de l’entrée, et de bien d’autres choses, surtout si on vivait sur une ferme. L’important pour qu’il y ait « sacrifice » était justement le fait d’accomplir une tâche particulièrement détestable ou de se priver d’une chose à laquelle on tenait beaucoup. Au couvent, les pensionnaires étaient invitées à aller prier à la chapelle dans leurs temps libres, tandis que pour les externes, des visites à l’église nous étaient fortement conseillées, ce que nous faisions parfois après les cours. Je dois avouer cependant que la piété n’était pas toujours au rendez-vous. Ainsi, un beau jour, avec quelques amies, nous avions décidé de nous amuser un peu au cours de cette visite. Nous croyant seules dans le lieu saint, il nous prit l’envie de faire le chemin de croix, mais à l’envers… imaginez nos fous rires! Les plus téméraires voulant en rajouter entreprirent de monter dans la chaire, endroit interdit entre tous! Malheureusement, à l’époque, il y avait souvent des bonnes dames qui venaient prier à l’église. Notre méfait fut donc découvert et rapporté aux religieuses, lesquelles nous réprimandèrent assez sévèrement… nul besoin de vous dire qu’il n’y eut pas de récidive!

Mes grands-parents, Blanche et Tom, endimanchés pour aller à l’église.

Mes grands-parents, Blanche et Tom, endimanchés pour aller à l’église.

À la fin de cette longue période de jeûne et de mortifications, venait la Semaine Sainte avec les longs offices religieux, qui étaient alors tous en latin. Les trois premiers jours de notre congé de Pâques se passaient à l’église pour une bonne partie. Et enfin arrivait le dimanche de Pâques, la fête tant attendue! Chez nous, on chantait sur l’air de l’Alleluia pascal : « Alleluia! Le Carême s’en va. On mangera plus de la soupe aux pois, on va manger du bon lard gras. Alleluia! » Nous, les enfants, on remplaçait le « bon lard gras » par du « bon chocolat »… tellement plus appétissant! Qu’elles étaient bonnes, les friandises quand ça faisait quarante jours que nous en étions privés!

© Madeleine Genest Bouillé, 1er mars 2016