Mai

 

C’est un paysage à peine esquissé
C’est un dernier coup de vent qui chasse l’hiver
C’est le bourgeon qui s’ouvre, timide et fier
C’est le soleil enfin retrouvé!

* * *

C’est un enfant qui tente ses premiers pas
C’est un oiseau qui chante l’espérance
C’est la rosée sur les premiers lilas
C’est la vie qui, sans fin, recommence…

* * *

C’est une chanson qui monte dans l’air pur
Comme l’hirondelle dans l’espace
Son cri de joie traverse l’azur
Pour dire au Ciel son Action de grâces !

© Madeleine Genest Bouillé, mai 1976

Quand tu parles pas

Tout ce que tu dis… quand tu parles pas!
Moi je l’entends et puis j’aime ça.
On se comprend tellement mieux
Quand nous laissons parler nos yeux…

Quand on se parle sans les mots
Tout est clair comme l’eau!
Les paroles déguisent souvent la pensée
C’est pas moi qui l’ai inventé!

À trop discuter, on finit par s’entêter,
Quand on s’entête on peut se tromper…
Nos pensées se croisent sans se rejoindre,
Les mots nous empêchent de nous atteindre.

L’indifférence s’habille de longues phrases
Pour occuper le temps qui passe
Crois-moi, parler n’est nécessaire
Que si l’on n’a rien de mieux à faire!

Viens près de moi, ne parle pas…
Avec tes yeux, avec ton cœur, écoute-moi.
Si je t’aime, c’est justement pour ça :
Tout ce que tu dis… quand tu parles pas!

 

© Madeleine Genest Bouillé, 14 février 2017

Douce nuit

Ô nuit de Joie, douce nuit!
Soyons heureux, oublions les soucis…
Ce soir, c’est de nouveau Noël!
Allons vers Celui qui nous appelle…

nativite-5Ô nuit d’Espoir, douce nuit!
L’enfant qui est né cette nuit
A entendu nos prières,
Il vient soulager nos misères…

Ô nuit d’Amour, douce nuit!
C’est grande fête, parents et amis,
Réjouissons-nous, ouvrons nos cœurs
Osons encore croire au bonheur!

Ô nuit de Paix, douce nuit!
Une fois de plus, je vous redis :
Passez le plus beau des Noëls!
Santé, prospérité pour l’année nouvelle!

 

© Madeleine Genest Bouillé, 2014

Allons voir cet enfant

Voici le temps où l’on aime se rassembler
Comme jadis à la crèche, les bergers.
C’est la fête, on offre des présents,
À ceux qu’on aime évidemment…

En regardant bien là-haut, on voit l’étoile,
À moins que le ciel, de nuages se voile…
Suivons quand même jusqu’au bout
La route qui nous mène à cet Enfant si doux.

Au milieu de nos festins, de nos rires, de nos chants,
Entre les visites des parents, des amis,
Allons gaiement voir le Messie !
Blotti auprès de sa maman…

Il tend les bras ce Divin Enfant,
Et nous promet comme dans l’ancien temps
Malgré nos oublis, pour calmer nos alarmes,
La Paix et tous ses charmes !

photos-jacmado-270809-052

© Madeleine Genest Bouillé, décembre 2010

Élégie

2012-01-18-065

Les feuilles qui tombent au bois,
Comme des oiseaux dorés
Aux ailes blessées,
Emportent avec elles, les larmes, les joies,
Tout ce qui fut l’espace d’un été
Et restera au cœur, à jamais gravé.

Les feuilles qui tombent en silence,
S’étalent au sol en un tapis
Où pêle-mêle, regrets et nostalgie,
Forment tissu de souvenance…

automne-2015hiver-2016-011Étincelant un instant au soleil,
Les feuilles d’or ou de vermeil
Dans leur course folle,
Sont pareilles à ces paroles,
Qui s’accrochent à la mémoire
Y apportant lueur d’espoir.

Quand vous danserez, toutes belles,
Votre farandole dans le ciel,
Ô feuilles! Un matin vous viendrez
Hélas! mourir sur la terre gelée…

Feuilles qui tombez au bois,
Comme ces oiseaux dorés
Aux ailes abimées,
Emportez  mes rires, mes soupirs,
Tout ce que fut cet été passé,
Mais laissez-moi mes souvenirs!

© Madeleine Genest Bouillé, 11 octobre 1996

Chanson triste

Il pleut ce soir, ami, j’ai le cœur gros…
Du ciel noir, la nuit tombe trop tôt.
De larmes contenues,
Mes yeux n’en peuvent plus.
Ah! Que vienne, que vienne demain…
Que mon cœur reprenne vie au frais matin!

Il pleut sur mon âge, j’ai le cœur gros…
Dans mon miroir, le jour éclaire trop
L’histoire racontée
Par mes traits fatigués.
Ah! Qu’il arrive ce lendemain…
Et jeunesse captive au creux de mes mains!

Il pleut sur ma vie, j’ai le cœur gros…
Les journées se sont enfuies si tôt,
Il ne reste d’elles
Que souvenirs rebelles.
Ah! Que passe, ce temps incertain…
Ami, que tu viennes effacer mon chagrin!

Il pleut dans ma tête, j’ai le cœur gros…
Tout est à l’envers, je ne sais trop
Lequel de mes soucis
A mon ciel assombri.
Ah! Que vienne, que vienne demain…
Que ma chanson si triste s’achève enfin!

20140813 114

 

 

© Madeleine Genest Bouillé, septembre 2016

Reflets

Arbres, maisons, reflets verts, bleus, blancs,

Jeux d’eau calme, miroir déformant…

Graffitis roses sur la pierre des rochers

En désordre,  sur la grève éparpillés…

Envers du ciel, envers du décor

Dessin qui s’effiloche sur les bords.

Reflet changeant qui vient mourir à nos pieds,

Dans un soupir à peine exhalé.

Au gré de la lumière… au gré du vent,

Avec la marée qui monte ou qui descend.

 

© Madeleine Genest Bouillé, 8 juillet 2016

IMG_20160708_0010

Pays lointain

 Pays lointain…
Pays qui m’invite…
Pays pour demain,
Pays qui m’habite.

Jamais je n’irai si loin
Car il faudrait que je quitte
Tout ce et ceux qui sont miens.
Et où irais-je ensuite?

Mais, toi que l’aventure invite
Toi que rien ni personne ne retient,
Va allègrement vers qui te sollicite.
Vas…Vois…Vis…et, je t’en prie, reviens!

Du pays lointain,
De ce pays qui m’invite
De ce pays pour demain
De ce pays qui, en vain, m’habite…

© Madeleine Genest Bouillé, juin 2016

glenfinnan

Nos belles folies

500x675_3142Quand les mille feuilles avaient  MILLE  feuilles…
Quand les « Mae West »  étaient aussi dodus
Que l’actrice dont c’était le nom.
C’était l’bon temps, garanti!
Pas croyable, tout ce qu’on pouvait acheter
Pour seulement 10 cents :
Un Coke, un  Cream Soda, un sac de chips
Un sac de « pinottes », une Orange Crush;
10 cents, rien que ça!

IMG_20160521_0001Quand la télévision est arrivée,
Ceux qui l’avaient étaient privilégiés.
Mais, je vous dis qu’ils en avaient d’la visite!
« Sa Mère, ôte ton tablier, vite! »
« Ben non, Pépère, pas besoin de se changer,
Ils nous voient pas, là, les acteurs dans la télé! »
La Famille Plouffe, la Soirée de lutte, Cap-aux-Sorciers,
Radisson, le Survenant, Un homme et son péché…
Et le dimanche soir, le « Ed Sullivan Show ».
C’est là qu’on a vu ELVIS pour la première fois!
On en revenait pas… Il était donc ben beau!
Puis quand il a chanté « Love me tender », Ah là!
On a braillé, je vous le cache pas!

IMG_20160521_0002Quand on allait au Mois de Marie,
Par les beaux soirs de mai à 7 heures et demie.
Ça nous faisait une bonne raison
Pour rentrer plus tard à la maison.
C’était donc plaisant d’être catholique!
Aller à l’église, le soir, c’était ben pratique.
En revenant on se pressait pas…
Derrière le Vieux presbytère on cueillait du lilas…
En faisant semblant de pas voir passer les gars…
Mais on parlait fort, on riait aux éclats.
On chantait : « Ave Maris Stella, des springs, pis des matelas »
On virait les cantiques à l’envers, plus folles que ça, ça se peut pas!

Quand au mois de juin, on s’installait sur la galerie pour étudier,
En regardant passer les autos, les bicycles, surtout les gens à pied.
On étudiait très fort : la géographie, l’Histoire du Canada,
1759, 1760, Wolfe, Montcalm… « Aïe c’est qui celui-là? »
On repassait tout le Régime français en écoutant le beau Paul Anka.
Paul_Anka_1961Sur le petit transistor : « Put your head on my shoulder… »
« C’est quand donc, l’intendant Talon? »
« Je le sais-tu moi, on écoute la chanson. »
Les soirées étaient douces… l’été était déjà là.
On avait tellement pas le goût de rentrer,
Plus studieuses que ça, ça se peut pas!

Quand enfin arrivait les vacances d’été,
On posait pas la question : « Où on va cette année ?»
On prenait des marches, on s’assoyait sur la galerie pour placoter.
On allait quelquefois visiter les « mononcles »,  les « matantes », la parenté.
On ne manquait pas une partie de balle;
On encourageait de notre mieux les équipes locales.
On criait quand il le fallait même si on suivait pas le jeu…
On savait le nom des joueurs : Ti-Pierre, Ti-Jacques, Ti-Zon, Ti-Bleu…
Des fois, il venait un cirque : le Cirque Touzin, ça s’appelait.
C’était la grosse foire! Les jeunes, les vieux, tout le monde y allait.
Il s’en est fait, des belles rencontres, à côté de la Grande Roue!
Entre deux tours de manège, au son de « Waterloo »…

cornet-frites-froisse-blanc-1-640Quand on allait à « la roulotte à patates frites »
Chez M. Audet, pour 25 cents on avait un Coke, une frite.
Dire qu’y en a qui disent que la friture, ça pue!
Maintenant  il n’y a plus que le parfum du B.B.Q.!
La bonne odeur des frites, un peu vinaigrée…
C’est l’arôme même de nos belles années!
On revenait en placotant, en riant, en chantant…
Les gars en bicycle nous criaient, chemin faisant…
À notre tour, on les reluquait sans en avoir l’air
On se pensait bonnes, puis on était donc fières!

Quand les milles feuilles avaient MILLE  feuilles…
La vie était un énorme mille feuilles!
Qu’on dégustait sans s’écœurer,
Qu’on émiettait sans y penser,
Qu’on gaspillait sans se soucier,
Comme si ça allait toujours durer.
Quand les mille feuilles avaient… MILLE feuilles!

Écrit  un beau soir du mois de mai au début des années 2000

© Madeleine Genest Bouillé

De poèmes en Histoire…

photos jacmado 270809 162Si Deschambault est aujourd’hui salué surtout par maints photographes et artistes en arts visuels, il a jadis inspiré plusieurs auteurs. D’abord, Albert Ferland, auteur québécois né en 1872, et qui s’est fait connaître par ces œuvres : Mélodies poétiques, publié en 1893, Femmes rêvées, en 1899 et plusieurs fascicules, intitulés Le Canada chanté, entre 1908 et 1910. Dans un poème intitulé Visage du Pays dans l’aube, dont je cite un court extrait,  ce poète et dessinateur autodidacte, chante les beautés du fleuve, entre Deschambault et Lotbinière :

Visage du pays dans l’aube, je te chante
Je vous aime, ô caps bleus qui semblez dans l’attente
Du baiser du jour clair et des reflets de l’eau;
Vers vous, bords endormis, vole ce chant nouveau.
Salut, clochers muets qui guettez la lumière,
Vous dont le jet d’étain pointe sur Lotbinière,
Et vous, gravement gris sur ce cap sombre et beau,
Surgis parmi les pins, clochers de Deschambault!…

Bernard Courteau, auteur dont la famille est originaire de Deschambault, a publié plusieurs livres sur Émile Nelligan, sa vie et son œuvre. Dans un recueil de poésie  intitulé Les Labyrinthes, publié en 1975, il dédie « à son père » ce beau poème :

Lorsque sur Deschambault, les grands vents voyageurs
Grondent dans des brouillards que les rochers grafignent
Ou que les pluies d’hiver viennent tendre leurs lignes
Entre le phare et l’aube en de vagues blancheurs

photos jacmado 270809 149Qui dérivent sans bruit vers la nuit des falaises
Mon village est navire et porte les antans
Gestes faits de sagesse, au sein de ses haubans…

Inondant la batture en buissons de feu frais,
En amont des midis mon village est forêt
Où l’enfance est feuillage et les vieux sont racines.

Vers la fin du XVIIIe siècle, Charles-Denis Dénéchaud, alors curé de Deschambault, avait composé des vers qui, d’après un critique inconnu « nous donnent une description chaste et précise  de ce beau paysage ». Le poème était écrit en latin selon une coutume du temps. Le critique mentionne que « ces vers furent d’abord assez mal traduits en français, mais que,  finalement, on les a rétablis comme suit : »

Église Deschambault - Extérieur - nb - 010K1 845Deschambault
Sur un mont escarpé que cent beaux pins couronnent
De leur feuillage épais, les ombres t’environnent.
La vapeur et les vents conduisent les vaisseaux
Sur un fleuve profond orgueilleux de ses eaux.
Sur toi, séjour heureux, souffle le doux zéphir
Pour t’orner, avec art, la nature conspire.

 Une notice suit cette page. On y apprend que « cette traduction est due à la plume intelligente de M. Jacques Paquin, prêtre, décédé en 1847 à Saint-Eustache, Bas-Canada. »

Qui était ce Jacques Paquin, prêtre catholique et auteur? Jacques Paquin, né le 8 septembre 1791 à Deschambault, était le fils de Paul Paquin, cultivateur, et de Marguerite Marcot.  Ma recherche m’a appris que c’est dans une famille de cultivateurs que Jacques  a passé toute son enfance. Son père était aussi sacristain. Le jeune Jacques ayant exprimé à ses parents son désir de devenir prêtre, en bons catholiques, ceux-ci ne s’opposent pas à ce projet. Il est donc ordonné prêtre en 1814 et en 1815 il obtient la cure de Saint-François du Lac et de la mission d’Odanak qui y est rattachée. Plus tard, on le retrouve curé à Saint-Eustache durant les troubles de 1837.

Photo: Christopher Chartier Jacques 2009, © Ministère de la Culture et des Communications.

Photo: Christopher Chartier Jacques 2009 © Ministère de la Culture et des Communications.

Jacques Paquin est l’auteur d’une brochure intitulée Journal historique des évènements arrivés à Saint-Eustache, pendant la rébellion du comté du Lac des Deux-Montagnes (Montréal 1838).

Jacques Paquin,  fils de Paul, est donc apparenté aux Paquin de Deschambault.

© Madeleine Genest Bouillé, 28 mars 2016