Un livre qui a quelque chose à dire…

Il y a des moments dans la vie où l’on a besoin de se plonger dans un livre qui a quelque chose d’important à nous dire. Ce qui est le cas ces jours-ci. Je cherchais… et je me suis rappelé ce petit livre d’Éric-Emmanuel Schmitt, Oscar et la dame rose. J’ai lu plusieurs livres de cet auteur qui nous fait voyager avec des personnages très différents les uns des autres, dans différents pays, à différentes époques. Le moins qu’on puisse dire est que c’est un excellent auteur, dont les œuvres ne peuvent laisser personne indifférent. Parmi les auteurs contemporains, Eric-Emmanuel Schmitt est l’un de ceux que je préfère avec ses histoires pas comme celles de tout le monde, je cite entre autres : La part de l’autre, L’enfant de Noé, Ma vie avec Mozart ou encore Concerto à la mémoire d’un ange. La première fois que j’avais lu Oscar et la dame rose, il m’avait été prêté par une amie, une fille « pas comme tout le monde », elle non plus.

Au départ, le sujet du livre ne m’attirait pas du tout. Je n’aime pas les histoires de personnes atteintes de maladie incurable et justement, Oscar est atteint de leucémie en phase terminale, alors, non, ce n’est vraiment pas « ma tasse de thé »!

J’avais donc au départ une opinion défavorable. Mais le livre m’avais été offert avec un si gentil sourire : « Tu vas voir, ce n’est pas ce que tu penses. » Je l’ai lu, en trois fins de soirée, plus longtemps le dernier soir, car je relisais certaines pages plus touchantes, la boîte de kleenex pas loin… Et oui, j’assume mon prénom!

Je n’ai jamais lu de livre aussi plein de vie, d’espoir. Je le conseille à tout le monde : malades ou bien portants, jeunes et moins jeunes, croyants ou non. Si on ne l’a pas à votre bibliothèque, demandez-le, on se le procurera, ou bien achetez-le, on le trouve dans toutes les librairies et c’est un livre  que vous ne lirez pas qu’une seule fois!

IMG_20160711_0001Oscar et la dame rose, c’est un livre qui fait du bien. C’est doux comme la première neige ou comme l’herbe tendre du printemps, selon ce que vous préférez. Mais aussi c’est fort, ça vous bouscule comme le vent de nordet dans les hautes mers du printemps. C’est vif et ensoleillé, et c’est serein… comme un beau clair de lune sur le fleuve en été.  Parfois, vous riez… et vous avez en même temps les yeux pleins d’eau. Je vous le redis : lisez Oscar et la dame rose… Vous m’en donnerez des nouvelles!

Je vous laisse avec quelques réflexions d’Oscar :

« La plupart des gens sont sans curiosité.  Ils s’accrochent à ce qu’ils ont, comme le pou dans l’oreille d’un chauve. »

« Les gens craignent de mourir parce qu’ils redoutent l’inconnu. »

« Il n’y a pas de solution à la vie sinon vivre. »

« La vie c’est un drôle de cadeau. Au départ on le surestime : on croit avoir reçu la vie éternelle. Après, on le sous-estime, on le trouve pourri, trop court. Enfin on se rend compte que ce n’était pas un cadeau mais juste un prêt.  Alors on essaie de le mériter. »

Et cette réplique de la « dame rose » : « Chaque fois que tu croiras en Dieu, il existera un peu plus. Si tu persistes, il existera complètement. Alors il te fera du bien. »

 Bonne lecture!

© Madeleine Genest Bouillé, 11 juillet 2016

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Des histoires de ma grand-mère…

 Des histoires de ma grand-mère, quand c’est écrit et illustré par un conteur comme Jean-Claude Dupont, ça s’appelle des Contes et légendes de toutes les régions du Québec, et chacun de ces petits livres – entre 60 et 100 pages chacun – est une « mine d’or » de notre patrimoine écrit. Il existe à ma connaissance une bonne douzaine de ces livres de contes et légendes, peut-être plus.

IMG_20160601_0003Jean-Claude Dupont, né en 1934 à Saint-Antonin, est décédé le 17 mai dernier. Je l’ai appris dans Le Soleil d’aujourd’hui, grâce à un écrit de Michel Lessard, un historien à qui nous devons, entre autres, plusieurs ouvrages sur notre patrimoine bâti. Professeur, ethnologue, essayiste, éditeur et peintre naïf, Jean-Claude Dupont était surtout l’auteur qui nous a laissé des recueils de contes et légendes, illustrés de sa main. Jean-Claude Dupont avait auparavant publié trois livres sur la Beauce, six sur les métiers d’autrefois et deux sur l’Acadie. Il a aussi écrit des textes de chansons pour Angèle Arsenault et Édith Butler, dont L’Acadie se marie et Nos hommes ont mis la voile.

Mes petits livres de légendes, je les ai tous lus maintes fois. Plusieurs des histoires   évoquées dans ces écrits nous ont été racontées quand nous étions jeunes, par exemple : « La chasse-galerie sur le village » ou  « Le feu follet du canotier », ou encore « Le beau danseur du rang des côteaux », qui s’apparente beaucoup à la légende de Rose Latulippe. Pour moi, Jean-Claude Dupont s’inscrit dans la lignée des auteurs qui nous ont « retransmis » nos traditions, qu’ils s’agissent de Philippe-Aubert de Gaspé, Félix-Antoine Savard, Adjutor Rivard, Philippe Panneton, connu sous  le pseudonyme de Ringuet, et plus près de nous, Marius Barbeau, Luc Lacourcière, Félix Leclerc et sûrement quelques autres. Nous leur devons de ne pas être « un peuple sans histoire »!

IMG_20160601_0001Il y a des livres qu’on relit et pas juste une fois!… En  décembre, j’aime bien relire Emmanuel à Joseph à Dâvit d’Antonine Maillet; cette histoire d’une drôle de sainte famille égarée au pays de la Sagouine est toujours aussi captivante même si je la sais presque par cœur. À chaque début de saison, je vais faire un tour dans Les saisons dans la Vallée du Saint-Laurent de Jean Provencher; c’est aussi important que le grand ménage ou la pose des « chassis doubles »! Je relis les quelques livres de Jean O’Neil, que j’ai le bonheur de posséder; c’est chaque fois un voyage, que je fais, assise tranquillement dans ma berçante! J’ai eu il y a quelques années un autre livre qui me fait voyager, il s’agit de Lieux de légendes et de mystère du Québec. L’auteur, Henri Dorion, nous fait visiter plusieurs endroits qui sont réputés être le site d’une légende; en plus des illustrations d’Anik Dorion-Coupal, pour authentifier encore plus si possible les différents mystères, les magnifiques photos de Pierre Lahoud nous emportent du Bic jusqu’à Rigaud, en passant par Trois-Pistoles, Grand-Mère, et jusqu’aux Iles-de-la-Madeleine. Magnifique!  Un autre livre à lire et relire…

En terminant, je cite ces mots que Jean-Claude Dupont écrivait dans la présentation de Légendes des villages : « La légende se veut un message réduit à sa plus simple expression. Elle véhicule un contenu symbolique si dense et si profond qu’elle paraît impossible à expliquer. Que les ancêtres y aient cru ou non a moins d’importance que la compréhension du message qu’ils cherchaient à transmettre à leur auditoire et à la postérité. »  Jean-Claude Dupont, merci!

© Madeleine Genest Bouillé, 1er juin 2016

La Chasse-galerie, aquarelle de ©Marie-Noël Bouillé, 2011.

La Chasse-galerie, aquarelle de ©Marie-Noël Bouillé, 2011.

Dans les papiers de Jeanne, il y avait… (2e partie)

Dans un numéro de la Revue Populaire de 1947, un article avait pour titre La Châtelaine de Manderley. On rapportait une entrevue avec une romancière anglaise très à la mode. Il s’agissait de Daphné du Maurier, dont plusieurs romans ont été mis à l’écran. Cette auteure née en 1907 et décédée en 1989, était fille et petite-fille d’écrivains. On la nommait « la Châtelaine de Manderley », en référence au roman intitulé Rebecca, paru en1938, et dont Alfred Hitchcock a fait un film célèbre.

789985Le manoir que Daphné du Maurier décrit ainsi, justement dans Rebecca : « C’était Manderley, notre Manderley secret et silencieux comme toujours avec ses pierres grises luisant au clair de lune de mon rêve, les petits carreaux des fenêtres reflétant les pelouses vertes et la terrasse »; cette magnifique demeure, donc, est sise en Cornouailles et s’appelle Menabilly. C’était à l’époque la propriété de l’auteure, où elle vivait avec son mari le Major Frederick Browning et ses trois enfants.

Daphné du Maurier a écrit plusieurs romans entre 1931 et 1955, des livres que ma mère et moi avons aimés et que plus tard, à son tour, ma fille a lus et appréciés, tels l’Auberge de la Jamaïque, Rebecca, Ma cousine Rachel. Des romans tellement bien écrits, indémodables… Ils font partie de ces livres qu’on relit avec toujours le même plaisir.

IMG_20160210_0002Parlant d’auteurs, dans une revue de 1955, ma mère avait conservé cet article : « Il y a un an mourait Colette. » En effet, cette écrivaine, dont on nous défendait la lecture dans mes années d’étudiante, est décédée le 9 août 1954, à l’âge de 81 ans. Son premier roman à succès écrit au début des années 1900, avait pour titre Claudine à l’école. Par la suite, Claudine a été le personnage principal de plusieurs romans. En 1955 je ne connaissais pas encore Colette. J’ai vu le film Gigi, tourné à cette époque, et j’ai ensuite lu le roman du même nom. C’est l’histoire d’une très jeune fille, que sa grand-mère, sa tante et sa mère veulent « placer », chez un monsieur fortuné. Gigi constatant qu’elle vit dans une famille de célibataires, a cette réplique : « Je comprends que dans notre famille, on ne se marie pas », phrase à laquelle sa grand-mère répond ceci : « Non, pas exactement, seulement, au lieu de se marier « déjà », il arrive qu’on se marie «  enfin »! J’ai aimé l’écriture de Colette, son esprit pétillant, son sens de l’humour. Ses mœurs légères ne choqueraient plus grand monde aujourd’hui… et son style d’écriture serait toujours à la mode!

IMG_20160209_0005Enfin, dans un numéro de 1951, on apprend que « La femme doit sa liberté à la machine à écrire. » Je vous fais un résumé de la page consacrée à cet article. Les premières machines à écrire auraient été à l’usage des aveugles. Au cours des années 1800, un premier brevet a été accordé à William Burt de Detroit. Plus tard, Xavier Progin de Marseille, inventa une « Machine Krypthographique ». En 1867, la presse commence à s’intéresser à une machine inventée par John Pratt. La même année, un imprimeur, Christopher Scholes, commença des expériences qui devaient rendre célèbre dans le monde entier le nom de Remington. En 1882, on lit qu’il ne se vendait pas plus de 1500 Remington par an. C’est alors que l’Association des Jeunes Femmes Chrétiennes (Y.W.C.A.) lança en Angleterre des cours de dactylographie pour femmes. Les hommes d’affaires assez audacieux pour employer ces dames rédactrices furent enchantés des résultats. On dut se rendre à l’évidence que la lettre tapée était non seulement plus facile à lire, mais plus digne que la meilleure calligraphie du meilleur clerc. Depuis ce temps, il va sans dire, la machine à écrire s’est imposée. Il est certain que dans les pays occidentaux, c’est la machine à écrire qui la première donna aux femmes la possibilité d’entrer dans la vie active.

Je termine ce deuxième volet des « extraits des papiers de Jeanne » par une anecdote juridique, parue dans une revue de 1938. « Au cours d’un récent procès à Londres, une femme qui avait un peu cassé la figure de son mari présente sa défense en ces termes : mon enfant de six ans a battu le chat; ma fille de quatorze ans tapa sa petite sœur parce qu’elle avait battu le chat et mon mari donna ensuite la volée à ma fille de quatorze ans parce qu’elle avait frappé sa petite sœur. Alors, naturellement, moi j’ai donné la volée à mon homme pour avoir battu ma fille. »

Je vous reviens prochainement avec encore quelques vieilles histoires…

© Madeleine Genest Bouillé, 10 février 2016

Dans les papiers de Jeanne, il y avait…

Je vous ai dit que ma mère était ramasseuse. Dans ses paperasses, il y avait de tout. J’ai conservé plusieurs de ces découpages dans les revues et journaux. À ce propos, j’ai appris que l’abonnement à la Revue Populaire dans les années quarante coûtait 2.00$ pour un abonnement de deux ans! Maman aimait bien ces revues, il y avait aussi la Revue Moderne, où l’on retrouvait pas mal les mêmes sujets; de l’Histoire, des nouvelles, des artistes locaux et internationaux, une chronique de livres, des conseils sur l’étiquette – ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, selon les usages. Évidemment, il y avait aussi des pages de mode, parfois des patrons de couture et autant de publicités qu’on en voit dans nos magazines, avec en plus les recettes de cuisine présentées par les grandes chaînes alimentaires telles Kraft, Catelli, Aylmer, etc…

IMG_20160209_0001Tout d’abord, un peu d’Histoire. Depuis quelque temps, on nous parle beaucoup du 375e anniversaire de la fondation de Montréal. J’ai cinq pages de texte avec illustrations anciennes et photos sur le 300e anniversaire de cette ville, cela avait paru dans la Revue Populaire de mai 1942. On peut lire que « M. de Maisonneuve a fondé Villemarie (on l’écrit ainsi) en 1642, et que l’ingénieur D’Ailleboust a ajouté de solides bastions en 1645. Les fortifications hautes de 12 pieds 8 pouces formaient un quadrilatère mesurant 320 pieds de côté ». Un peu plus loin, on apprend que : « en 1693, Montréal comptait une population de 800 âmes. En 1880, la ville compte 140,000 personnes. C’est la plus grande ville du pays. Et, en 1900, avec un total de 267,000 âmes Montréal a presque doublé sa population en vingt ans. C’est le plus grand centre industriel et maritime du pays ». Si M. de Maisonneuve revenait à Villemarie… il s’y perdrait à coup sûr!

IMG_20160209_0002Parlons maintenant de livres… Nous sommes en 1945, Gabrielle Roy vient de publier le roman qui la rendra célèbre et qui a pour titre Bonheur d’occasion. On sait que l’action de ce roman se situe dans le quartier Saint-Henri, à Montréal. Un quartier ouvrier où vivaient des familles nombreuses entassées dans des logements souvent insalubres, et tellement près du chemin de fer que les murs tremblaient au passage des trains (comme il est mentionné dans Bonheur d’occasion). Aimé Plamondon, un des collaborateurs de la Revue Populaire, a donc écrit un article, À Saint-Henri, sur les pas de Florentine, il était accompagné du photographe Conrad Poirier. Les photos étaient toujours en noir et blanc, la couleur étant réservée pour les annonces publicitaires. L’auteur a donc visité les lieux où se déroulent plusieurs scènes de la triste histoire de Florentine Lacasse. J’en ai choisie quatre, dont l’intérieur de l’église paroissiale où Florentine est allée prier la Sainte Vierge pour revoir Jean, le jeune homme dont elle est éprise. Une des photos montre un cinéma de quartier, où Florentine a attendu Jean en vain, tandis que sur une autre, nous voyons le restaurant du quartier « Les Deux Records », et enfin, on peut voir la demeure où Azarias Lacasse va déménager sa famille. Il dira à sa femme, Alphonsine : « J’ai trouvé notre affaire! Cinq chambres, une salle de bain et un petit bout de galerie. » L’été dernier, j’ai relu ce roman de Gabrielle Roy. Je me rappelle que maman avait dit après en avoir fait la lecture : « Être pauvre en ville, c’est bien pire qu’être pauvre en campagne… c’est la misère! »

IMG_20160209_0003 Dans un autre numéro de la Revue Populaire, en 1947, j’ai trouvé un reportage photos sur les restaurants les plus réputés de Montréal. Je ne peux pas publier toutes les photos, mais je vous fais voir quelques-uns de ces endroits bien connus à l’époque. Malheureusement, je ne pourrais pas vous dire si ces lieux existent encore. Voici les photos de quatre de ces restaurants : La Bohème, sur la rue Guy, le Café Martin, sur la rue de la Montagne, Chez Pierre, rue Labelle et le plus récent, le Quartier Latin, rue de la Montagne. On mentionnait aussi Le Café Busque et Chez Ernest, tous deux sur la rue Drummond et Chez Roncari, rue Saint-Laurent.

IMG_20160209_0016Pour terminer cette première partie des « extraits des papiers de Jeanne », en 1952, une page de la revue soulignait les 4 ans du Prince Charles… futur roi d’Angleterre. L’article de la revue titrait « Un petit garçon pas comme les autres ». On disait dans cet article qu’un des spectacles qui le fascinait le plus était la relève de la Garde. On dit qu’ « il imitait ensuite avec un réalisme saisissant tous les mouvements des gardiens à la tunique écarlate. »

 À bientôt pour d’autres vieux potins.

© Madeleine Genest Bouillé, 9 février 2016

Mes amis, les livres! (2e partie)

Ma mère, Jeanne, et moi (été 1959).

Ma mère, Jeanne, et moi (été 1959).

Pour parler de livres, un texte, ça ne suffit pas! Tout d’abord, j’aimerais vous partager les livres préférés de ma mère, et puis, pourquoi pas aussi les miens. Ces beaux romans d’amour qu’elle lisait et relisait… les auteurs s’appelaient Magali, Claude Jaunière; il y en avait d’autres aussi dont j’ai oublié les noms. Je me souviens de quelques titres: Pourquoi lui?, Romance à Grenade, J’aimais un vagabond. Le roman qu’elle préférait entre tous était Le collier brisé de Concordia Merrel. Quelque temps après le décès de maman, j’ai eu envie de lire l’histoire de ce fameux « collier brisé ». C’est un beau livre, bien écrit, un vrai roman d’amour compliqué à souhait, mais qui finit bien! Pour maman, c’était important que l’histoire finisse bien.

L'auteure Blanche Lamontagne-Beauregard, 1889-1958.

L’auteure Blanche Lamontagne-Beauregard, 1889-1958.

Ma mère aimait aussi la poésie, elle découpait des poèmes dans les journaux et les revues et elle aimait particulièrement Blanche Lamontagne-Beauregard, l’une des premières femmes journalistes au Québec. Lors d’un voyage en Gaspésie, il y a plusieurs années, j’ai acheté un recueil de poèmes choisis parmi les livres qu’a publiés cette écrivaine que je ne connaissais que peu. Je vous ai dit dans une autre « grain de sel », combien ma mère aimait les paysages champêtres. Eh bien voilà! La poésie de Blanche Lamontagne-Beauregard, c’est une suite de paysages campagnards, en toutes saisons. Tantôt on longe le fleuve, à d’autres moments on marche dans le bois, on gravit une colline… on cueille des fleurs ou des fruits dans les champs : « Viens dans les champs fleuris, la nature t’appelle… la plaine est souriante et les bois sont joyeux. » Les poèmes sur l’automne et l’hiver sont plus nostalgiques… mais tellement beaux, tels Le Noroît : « Le noroît siffle dans les branches… Il fait bien noir, il fait bien froid… Et la nuit jette son effroi… » C’est là que j’ai découvert que j’aimais la poésie!

EmmanuelMa mère privilégiait les œuvres de Germaine Guèvremont, Gabrielle Roy, Françoise Gaudet-Smet et Antonine Maillet. De cette dernière, elle aimait surtout Emmanuel à Joseph à Davit. Ce livre est un conte de Noël. L’auteure nous raconte la venue d’un enfant, dont les parents en voyage ont dû se réfugier dans une cabane de pêcheurs au pays de la Sagouine. J’aime les livres d’Antonine Maillet et comme maman, je préfère aussi ce merveilleux conte, l’un des moins connus parmi les livres de cette auteure.

bois-d-ebene-de-frank-g-slaughter-977591816_MLAyant commencé à lire très jeune, je lisais tout ce qui me tombait sous la main, parfois même des livres qui ne portaient pas le Nihil Obstat de l’Évêché. Quand j’ai commencé à travailler au central du téléphone, j’achetais des livres de la collection Marabout Mademoiselle, au  « petit magasin vert », (magasin de Corinne Paris qui fut plus tard repris par sa nièce, Yvette Loranger – aujourd’hui la boulangerie Au Soleil levain). Si j’en ai lu de ces petits livres! Ils ne coûtaient vraiment pas chers, alors je ne m’en privais pas. La « Chef-opératrice », comme on l’appelait, était aussi une fervente lectrice et elle laissait souvent quelques livres au central, pour la semaine « de nuit ». Étant plus âgée que moi, elle me conseillait sur ce qui me convenait ou pas. C’est ainsi que j’ai découvert les romans de l’auteur américain Frank Slaughter. Il s’agissait de traductions évidemment, mais tellement bien écrits! L’auteur était médecin, alors les principaux personnages de ses livres étaient invariablement des médecins. Les histoires variaient entre le roman biblique, dont David, qui raconte la vie du roi d’Israël, ou le roman de cape et d’épée, tel Bois d’ébène, roman d’aventures de l’époque des marchands d’esclaves. J’ai conservé plusieurs de ces romans; j’en ai relu un l’été dernier… malgré le style un peu compassé, c’est encore bien beau!

L'un de mes livres préférés: Les Quatre Saisons, de Jean Provencher.

L’un de mes livres préférés: Les Quatre Saisons, de Jean Provencher.

Il fut un temps où j’étais abonnée à un club de lecture, « Les Éditions Rencontre ». J’ai ainsi lu certains classiques : Émile Zola, Alexandre Dumas et combien d’autres. Puis j’ai fait des choix très variés. Entre Pierre Daninos, Marcel Pagnol, Daphné Du Maurier, Saint-Exupéry, Agatha Christie… et j’en passe! Je lis encore un peu de tout; étant bénévole à la bibliothèque municipale, j’ai le loisir de connaître de nouveaux auteurs, d’essayer de nouveaux genres. Récemment, ma petite-fille Marie-Claire  m’a même fait découvrir le roman fantastique avec son premier livre Le trône d’Irysie… j’ai hâte de lire la suite! Les livres que je me plais à relire sont encore mes vieux romans de Pearl Buck, Daphné Du Maurier, Gabrielle Roy; et plus que tout, Jean Provencher et ses Saisons dans la Vallée du Saint-Laurent (c’est mon livre d’Histoire!), Jean O’Neil, (lui, c’est ma Géographie)… Sans oublier mes beaux livres d’images, ceux de la collection Aux limites de la mémoire ainsi que les volumes d’Henri Dorion et Pierre Lahoud, des merveilles! Je le redis, on ne s’ennuie jamais dans une maison où il y a des livres!

© Madeleine Genest Bouillé. 29 janvier 2016

Mes amis, les livres!

IMG_20160125_0004Quand j’étais enfant, je regardais les bandes dessinées dans les journaux, surtout Philomène, ma préférée! Comme j’avais hâte d’apprendre à lire, justement pour faire connaissance avec tous ces personnages des bandes dessinées du journal L’Action Catholique! On était tellement fier quand on pouvait enfin lire un vrai livre « avec pas d’images ». Cela faisait sans doute travailler notre imagination; on se forgeait nos propres images. Quand je me rappelle mes premières lectures, je revois les volumes de l’Encyclopédie de la Jeunesse, que mon père avait achetés pour nous. Les images étaient rares; elles servaient principalement à illustrer les pages où l’on décrivait les oiseaux, les fleurs et les papillons entre autres, et sur lesquelles on se penchait longuement – ces pages ont d’ailleurs été usées plus vite que les autres! Les histoires étaient illustrées de dessins en noir et blanc au début ou à la fin des chapitres; j’ai souvenir surtout des images qui ornaient l’histoire extravagante d’Alice au Pays des Merveilles. Pendant les vacances, les treize volumes de l’encyclopédie remplissaient les moments creux des jours de pluie, ou même ceux où il faisait soleil mais où rien d’autre nous tentait que lire… et encore lire! Maman s’entêtait à nous exhorter d’aller dehors, afin de profiter du beau temps; invariablement, nous disions : « Oui… j’achève ce chapitre. Après ça, j’y vais. »

Il y en avait des livres, chez nous. Un peu partout… et un peu de tout. Nous avons commencé à lire très tôt, encouragés en cela par nos parents, surtout notre mère qui avait toujours une revue ou un roman qui attendait ses rares moments libres. Je revois très bien mes frères, Florent ou André, dans quelque recoin de la maison, de préférence dans l’embrasure d’une des larges et profondes fenêtres de notre vieille maison de pierre, un livre à la main… c’étaient nos petits salons de lecture!

IMG_20160125_0001D’après mes souvenirs, mes premiers livres ont été les volumes de la série Perrine et Charlot, de Marie-Claire Daveluy. J’ai conservé un volume de cette série qui nous transportait à l’époque de la colonisation de la Nouvelle-France, le titre est très évocateur : Charlot à la Mission des Martyrs; on y retrouvait des personnages de notre manuel d’Histoire du Canada. Parmi mes vieux trésors, il y a cet autre livre, un de mes préférés, qui a pour titre Autour de la Maison, l’auteur était Michelle Le Normand. J’avais aussi reçu en prix de fin d’année Contes et propos divers ainsi que Chez Nous, d’Adjutor Rivard, des livres de récits… j’aimais ces histoires courtes. Je me souviens du premier texte, La Maison, qui commençait ainsi : « Il y en avait de plus grandes, il n’y en avait pas de plus hospitalières… » Plus loin, l’auteur écrit : « Je ferme les yeux, et je la revois encore, la maison de nos gens, blanche dans la lumière, sur le chemin du roi ». Coïncidence, sûrement, j’ai toujours habité des vieilles maisons, elles n’étaient pas toutes blanches, mais celle où nous vivons depuis bientôt quarante-cinq ans est située sur le chemin du Roy et elle est devenue blanche depuis les années quatre-vingt!

Autour de la maison, de Michelle LeNormand, L'un de mes livres préférés...

Autour de la maison, de Michelle LeNormand, l’un de mes livres préférés…

Avec André, j’ai connu ensuite les romans scouts, deux titres me reviennent Le Prince Éric et la suite, Le bracelet de vermeil. Comme nous aimions ces histoires où l’amitié était synonyme de courage et d’honnêteté. Au couvent, nous avions le loisir de puiser dans une bibliothèque bien garnie. Comme la plupart des filles de ma génération, j’ai fait connaissance avec Berthe Bernage, auteure française, dont la série la plus connue est sans aucun doute celle des Brigitte. De cette écrivaine, j’ai quand même préféré les six volumes du Roman d’Élisabeth, que j’ai relu cinq ou six fois. À la maison, nous avions aussi des bandes dessinées, dont le premier héros fut Tintin. Mais ça se lit très vite une B.D.! Alors qu’avec un livre, on plonge, pour n’en ressortir que longtemps après, un peu abasourdi, comme après un décalage horaire, en se frottant les yeux… Quand nous étions en compagnie de nos amis les livres, il fallait nous appeler plusieurs fois pour l’heure des repas, et plus encore, pour l’heure du coucher.

J’ai neuf petits-enfants. Les trois derniers ne lisent pas encore… mais ils se font raconter des histoires par leurs parents ou par les grandes sœurs, il arrive que la même histoire soit redemandée trois ou quatre fois! Les cinq autres, âgés de neuf à presque vingt ans aiment tous la lecture. La deuxième de mes petites-filles vient de publier le premier volet d’un roman fantastique qui en comptera trois. Ai-je besoin de vous dire que j’en suis très fière?

Il y a quelques années, pour l’anniversaire de notre bibliothèque municipale, nous avons fait imprimer un signet qui porte cette phrase de Jacques Folch-Ribas : « Quand tu sauras lire, tu ne seras jamais plus seul. » Les livres sont des amis discrets, qui révèlent leurs secrets lentement au fil des pages qu’on tourne une à une… C’est vrai qu’on ne s’ennuie jamais dans une maison où il y a des livres!

© Madeleine Genest Bouillé, 25 janvier 2016

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