Trois quarts de siècle à Deschambault

Le Deschambault que j’ai connu, étant jeune, a bien changé; en 75 ans, c’est normal! Le village, avec ses maisons qui datent du XIXe siècle ou du début du XXe, a gardé son cachet ancien, même si on y a ouvert de nouvelles rues. Des maisons de différents styles ont été construites; des terres jadis cultivées ont été converties en développements domiciliaires. Plusieurs jeunes familles ont choisi de s’établir chez nous. Et c’est bien ainsi, ça veut dire que notre patelin est toujours vivant.

Je suis née le 28 novembre 1941, neuf jours avant l’attaque de Pearl Harbor, événement qui a fait beaucoup plus de bruit que ma naissance. Les dix enfants de la famille sont nés à la maison comme presque tous les enfants de ma génération. D’après ce que j’en sais, les quatre aînés seraient nés dans le logement à l’étage du 108 de la rue St-Joseph, qu’on appelait alors « la petite route ». Dans les dernières années de sa vie, Maman me parlait de cet appartement, le premier qu’elle et Papa ont habité; elle se rappelait comme c’était bien éclairé et quelle belle vue ils avaient sur le fleuve! De plus cet appartement avait l’avantage d’être situé près de la maison de ses parents. Elle ajoutait toutefois que le vent de nordet s’en donnait quand même à cœur joie en toutes saisons!

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(Coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Je n’ai jamais su la date exacte où l’on a déménagé dans la grande maison située au 249, sur le Chemin du Roy. À l’époque, cette demeure, qui était la propriété d’un M. Marcotte, était une maison moins spacieuse que maintenant, mais quand même d’une bonne grandeur, avec une belle lucarne double à l’étage. S’il y eut quatre naissances dans la maison de « la petite route », forcément, il y en eut six dans la maison en face de l’école. La partie arrière, carrée, à deux étages, logeait un couple âgé, sans enfant. Après quelques années, la dame est décédée après un assez long séjour à l’hôpital. Le monsieur vivait toujours dans son logement; c’était un personnage taciturne qui tolérait très mal les enfants, il ne se gênait pas non plus pour manifester son intolérance! Pas chanceux… chez nous, il y avait toujours au moins un petit au berceau. Comme chacun sait, des bébés ça pleure, et Maman était toujours inquiète dès qu’elle entendait vociférer le voisin.

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Mes parents, Julien et Jeanne, en 1942 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Cette contrainte mise à part, nous étions bien logés dans la maison au cœur du village. Nous avions une grande cour et un potager sur le côté ouest de la maison. En avant, deux érables apportaient leur ombre sur le petit parterre, où l’on jouait parfois sous le regard des adultes qui se berçaient sur la grande galerie. Les élargissements successifs du chemin du Roy ont fait disparaître beaucoup de ces parterres en façade qui ornaient les belles demeures du village. Quand nous habitions cette maison, les rues de la Salle, Gauthier et Notre-Dame n’existaient pas encore. Le terrain à l’arrière de la maison de M. J.B.H. Gauthier – aujourd’hui le restaurant Chez-Moi – ainsi que toute cette partie du Cap Lauzon appartenaient à M, Gauthier, lequel a été maire de 1947 à 1956. Ce terrain s’étendait jusque derrière le garage des Autobus Gauthier – aujourd’hui la caserne des pompiers. Donc, derrière chez nous, il y avait un champ où paissaient quelques vaches. Ce champ se terminait par un boisé jusqu’au bout du cap. Durant la belle saison, on allait y cueillir des framboises et des mûres. Le développement domiciliaire de Monsieur Gauthier – qu’on a surnommé « la Butte aux moineaux » – n’a été érigé qu’au début des années 50. Aujourd’hui, cet endroit habité par plusieurs jeunes familles devrait plutôt s’appeler « la Butte Joyeuse »!

Le milieu du village était très animé. La Banque Canadienne Nationale logeait dans la maison du notaire au coin de la rue de l’Église, tandis que la Caisse Populaire, fondée en 1944, occupait un espace chez le barbier, M. Marcel Rhéaume (aujourd’hui le funérarium). Auparavant, cette maison appartenait à M. Oscar Bouillé, qui y tenait le Bureau de Poste. Plus tard, le bureau de Poste a été transféré chez M. Léopold Dussault, à côté de l’école. L’épouse de M. Dussault, Joséphine Petit, une cousine de ma mère, occupait la fonction de maîtresse de Poste. M. Dussault était électricien de son métier, il possédait au rez-de-chaussée de sa vaste demeure, un magasin où sa sœur, Mademoiselle Angela tenait une petite boutique de cadeaux. Nous demeurions donc en face de l’école et près des magasins, de l’église et du couvent, ainsi que de la « petite route » où demeuraient nos grands-parents.

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(Source: Centre d’archives régional de Portneuf).

Comme bien des résidents de la campagne, nous n’avions pas d’auto. Du temps où mon père travaillait à la Ferme du Gouvernement provincial, en été il prenait son vélo et l’hiver, je suppose qu’il voyageait avec l’un ou l’autre compagnon de travail. J’ignore en quelle année il est parti chercher du travail à l’extérieur. Dans l’album de famille, une petite photo représente mon père en vêtements de travail; on m’a dit qu’il était alors à l’Île Bizard. Dans les années 40, il a commencé à travailler dans une usine à Montréal; au début on y fabriquait du matériel de guerre et plus tard, des pièces de locomotives. Il « chambrait » selon l’expression en usage à l’époque, à Montréal, pas loin de son travail. Il était devenu un père absent. Il écrivait régulièrement à notre mère et ne manquait jamais de nous envoyer une belle lettre pour notre anniversaire ainsi que pour tous les événements importants auxquels il ne pouvait pas assister : Première communion, Confirmation, etc. Quand nous vivions au village, nous n’avions pas le téléphone, donc la poste était le principal moyen de communication.  Pour mes parents, il était normal de se parler par lettres… tous les deux avaient la « plume facile », ils se comprenaient bien ainsi. C’est difficile à croire aujourd’hui mais pour eux, à cette époque, c’était acceptable.

Je vous reviens pour la suite de ces 75 ans…

© Madeleine Genest Bouillé, 30 décembre 2016

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L’Esprit des Noëls passés…

Les derniers jours avant Noël, j’ai relu et j’ai revu Un conte de Noël de Charles Dickens. L’histoire écrite fait partie d’un ensemble de deux volumes de contes de Noël choisis parmi les classiques du XIXe siècle; j’avais reçu ces livres en cadeau en 1997. Le film de R. Zemeckis, qui date de 2009, est à mon avis la meilleure version de cette histoire. J’aime bien l’interprétation que Dickens suggère dans ce conte, de ce qu’on appelle l’enfer ou le purgatoire, selon la largeur d’esprit du lecteur ou de la lectrice. Mais pour l’instant, je vous invite à suivre avec moi l’Esprit des Noëls passés; il a des images à me rappeler…

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Premier Noël passé:  1964…

Je m’arrête tout d’abord sur cette photo prise juste avant la messe de Minuit en 1964; c’était notre premier Noël! Nous avions magasiné ensemble les décorations du sapin et les personnages de la crèche, qui était faite tout simplement d’une boite en carton recouverte de papier imitant le rocher. Ce simple cliché en noir et blanc est une image de bonheur, notre premier bébé était attendu pour avril… que dire de plus? C’est une photo qui m’est chère!

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Deuxième Noël passé: 1967…

La première année de notre mariage, nous avions été « défoncer le Jour de l’An » chez le beau-frère Jean-Marie et son épouse Cécile qui demeuraient alors à l’Ancienne-Lorette. Par la suite, nous avons instauré cette coutume chez nous avec les membres de ma famille et quelques amis. Sur la photo prise en 1967, on aperçoit les joueurs de cartes, juste avant le moment de l’échange des souhaits de « Bonne Année! », qui était suivi du réveillon. Cette tradition s’est maintenue dans la famille, même si la soirée a déménagé d’une maison à l’autre au cours des années.

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Troisième Noël passé: 1971…

1971 : le premier Noël dans la vieille maison au coin de la route du Moulin… À cette époque, nous recevions souvent la famille Genest pour le souper de Noël, comme en témoigne cette photo de nos garçons avec la cousine Nathalie.

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Noël 1974…

Noël 1974. Les garçons sont prêts pour le dodo avant la tournée du Père Noël. Si je me souviens bien, ça ne dormait pas fort…. Noël, ce mot magique, avec ses promesses de plaisir et de surprises, ça vous tient les enfants éveillés, malgré les réprimandes (pour la forme) des parents!

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Noël 1975…

1975, le premier Noël d’une petite fille qui s’appelle Marie-Noël. Selon mes souvenirs, elle ne voulait pas du tout dormir! La perruche nous avait été donnée par tante Lucille, et  je ne me souviens plus pourquoi, mais elle n’a pas vécu longtemps!

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Noël passé 1979…

Les petits-enfants de la famille Genest en 1979… Bébé Anne-Marie, âgée d’à peine trois mois, devait faire dodo, puisqu’elle n’est pas sur la photo. Les deux plus jeunes de la famille n’étaient pas encore nées et c’était aussi le dernier Noël de Grand-Papa.

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Esprit des Noëls passés, tu m’as ramenée au temps heureux où tout mon monde était encore là. Plusieurs événements surviendraient dans les années à venir; il y aurait des mariages, des naissances…. et inévitablement aussi des départs. L’an 2000? C’était loin… vingt ans! Mais pour ce soir, si tu veux bien, fermons la porte de l’armoire aux souvenirs!

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© Madeleine Genest Bouillé, 26 décembre 2016

Un 25 décembre…

Cette année-là, Noël a eu lieu le 25 décembre. C’est toujours comme ça  me direz-vous, mais moi je vous assure que, à ma connaissance, c’est arrivé une seule fois! Habituellement, surtout à notre époque, Noël commence le 24 dans la journée, quand ce n’est pas le 23. La visite arrive d’avance. La messe de Minuit est célébrée à 10 heures ou à 8 heures, parfois même à 4 heures pour accommoder les mères de famille qui ont bien trop d’ouvrage et qui ne pourraient pas y assister. On réveillonne à l’heure du souper, surtout quand il y a de jeunes enfants. Et tout de suite après on se garroche sur les cadeaux. Le sapin est décoré depuis belle lurette étant donné que la plupart du temps il est en plastique. Du beau plastique, de la vraie belle imitation de sapin, mais quand même, du plastique! Enfin ce que je veux dire, c’est que Noël, ça se passe entre le 23 et le 26 décembre.

L’histoire que je vous raconte est arrivée en 1961 ou peut-être en 1962. Dans la nuit du 23 au 24 décembre, la neige a commencé à tomber, poussée par un vent de nordet, comme on dit, « à écorner les bœufs »! En quelques heures, toutes les routes furent bloquées de Montréal à Québec et des deux côtés du fleuve.  Les autobus ne marchaient pas, les trains non plus; plus rien ne passait. C’était l’une de ces tempêtes dont on parle encore des dizaines d’année après. Le mauvais temps a duré toute la journée du 24 et ça ne semblait pas vouloir s’arrêter, même pour la messe  qui, en ce temps-là, était chantée à minuit, pas une minute avant.

Le vent avait cassé des poteaux, ce qui fait qu’à plusieurs endroits, il y avait des pannes d’électricité. Le téléphone ne fonctionnait pas lui non plus. La demoiselle du Central était « en beau joual vert »; elle attendait sa remplaçante depuis 5 heures et il était maintenant 10 heures. Pensez donc! Elle devait se fiancer pendant la messe de Minuit, juste au moment de l’offertoire, pendant que monsieur Pierrot chanterait « Dans le silence de la nuit ». Elle était arrivée au bureau du téléphone en « berlot »  avec son père pour prendre son chiffre à 8 heures le matin, comme d’habitude. Et là, même si plus rien ne marchait, il fallait bien qu’elle reste à son poste, au cas où il y aurait des urgences.  Elle en pleurait de désespoir!

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Illustration d’Edmond-J. Massicotte, Le retour de la messe de Minuit.

Monsieur le curé espérait que tout s’arrangerait avant la fin de la soirée. Pas tellement costaud, ce bon prêtre était meilleur pour répondre aux appels du Seigneur que pour manier la pelle à neige. Malgré ses prières, la tempête ne s’essoufflait pas vite. Il passait onze heures et demie quand Alcide, le bedeau, finit de déneiger son entrée, celle du presbytère et le perron de l’église. Monsieur le curé, emmitouflé jusqu’aux yeux, arrivait justement. Aidé de son bedeau, il revêtit ses plus beaux ornements : l’aube bordée de dentelle, la chasuble et l’étole brodées de fil d’or. Seulement voilà, il n’y avait pas de servants de messe, pas de chantres, pas d’organiste… il attendit. Vers minuit et demie, on s’aperçut que la tempête était enfin calmée, il ne tombait plus qu’une vraie petite neige de Noël, toute douce et légère.

Le chantre qui demeurait le plus près de l’église était Alphonse, qu’on surnommait Ti-Coq. Ce n’était certes pas la plus belle voix de la chorale, mais comme on dit : il faut ce qu’il faut! Il était une heure après minuit quand Ti-Coq s’amena pour chanter la messe de Minuit. Il était accompagné de son fils, Denis, qu’on appelait Ti-Poulet, comme de raison. Ti-Poulet était heureusement un servant de messe expérimenté. Monsieur le curé décida d’attendre à deux heures pour commencer sa messe, se disant qu’il arriverait sûrement d’autres fidèles. Madame Béatrice, l’organiste, fit son entrée à l’église, peu avant deux heures, toute essoufflée. C’était une dame d’une certaine corpulence et elle avait dû enjamber pas mal de bancs de neige pour réussir à se rendre. Elle commença par enlever la quantité impressionnante de châles dont elle s’était entortillée par-dessus son manteau en mouton de Perse et son chapeau à plume, et de sa voix haut perchée, réclama vivement quelqu’un pour actionner le soufflet de l’orgue. L’instrument avait été électrifié depuis peu, mais cette nuit, il faudrait bien revenir aux bonnes vieilles méthodes!

Il était deux heures et quart ce 25 décembre quand tout fut en place pour la messe de Minuit. Madame Béatrice pédalait, Alcide pompait, Ti-Coq se dérhumait, et Ti-Poulet encensait copieusement monsieur le Curé qui lui, apportait précieusement le petit Jésus dans la crèche. Dix personnes composaient l’assistance. Des gens du village, ceux qui demeuraient le plus près de l’église et qui avaient entendu sonner les cloches les invitant joyeusement à la célébration. On avait allumé tous les cierges qu’on avait pu trouver. Enfin, Ti-Coq entonna le Minuit chrétiens! Madame Béatrice, sans le dire, avait donné un ton plus bas, de crainte que le chanteur ne puisse se rendre jusqu’au bout de la pièce. Ti-Coq possédait une voix forte, mais nasillarde; de plus il avait tendance à forcer les finales, qui sortaient plutôt aigrelettes. Il réussit quand même à passer au travers de ce premier cantique; encouragé, il continua, se prenant quasiment pour Raoul Jobin. Ce qui lui donna du fil à retordre, ce furent les « Gloooria » du chant Les Anges dans nos campagnes. Quand on le chante en chœur, on peut respirer quand ça nous convient, mais en solo, c’est plus compliqué. Il faut dire que l’orgue aussi manquait de souffle, car Alcide  trouvait la tâche ardue. Il avait hâte que le curé soit rendu au sermon. Il est bien vrai que le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ce Noël qui causa tellement de désagréments à tout le monde, apporta à Ti-Coq son heure de gloire. Quarante ans plus tard, il en parlait encore!

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Monsieur le curé était un saint homme rempli de scrupules. Ce qui l’amenait dans un affreux dilemme. En ce temps-là, on chantait la messe de l’aurore immédiatement après celle de minuit,  la messe du jour étant célébrée le matin. Mais en ce Noël pas comme les autres, il devenait difficile de respecter la tradition sans manquer à la charité chrétienne. Le bedeau ne résisterait pas s’il devait pomper une deuxième messe… et pour dire le vrai, le curé n’avait pas vraiment envie d’entendre Ti-Coq en rappel. « Petit Jésus », priait-il, « faites-moi un signe… que dois-je faire? » L’Enfant Jésus entendit sans doute ces ferventes prières… à moins que lui aussi ait eu l’oreille agacée par les mélodies du chanteur. De son souffle divin,  il suggéra au bon prêtre – enfin c’est ce dont celui-ci eut l’impression – d’attendre le lever du soleil pour célébrer la messe de l’aurore, la messe du jour suivrait à neuf heures comme d’habitude.

Ceux qui avaient bravé la neige et les mauvais chemins retournèrent à la maison après cette messe de Minuit dont on se souviendrait longtemps. Au matin les communications étaient rétablies, partout le téléphone sonnait, la visite s’annonçait pour le diner ou le souper en disant : « Faites rien de spécial, on réchauffera le ragoût et les tourtières! » Les fiançailles de la demoiselle du Central furent remises au Jour de l’An. La messe du jour, célébrée avec tout le faste habituellement réservé à la messe de Minuit, n’avait jamais connu une aussi belle assistance. Évidemment l’Enfant Jésus était déjà couché dans sa crèche, entouré de Marie, Joseph et tous les autres personnages. Comme pour souligner cette fête unique, le soleil déjà haut faisait passer ses rayons au travers du vitrail, illuminant la scène de rouge, de vert et de bleu, et cela avait quelque chose de céleste! Évidemment, il n’y eut pas de Minuit Chrétiens!… ce qui laissa à Ti-Coq l’exclusivité de ce Noël  qui eut lieu véritablement le 25 décembre

Joyeux Noël à tous ceux qui lisent mes « Grains de sel » et à bientôt!

© Madeleine Genest Bouillé, 23 décembre 2016

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(Texte paru la première fois dans Récits du Bord de l’eau, 2008)

Douce nuit

Ô nuit de Joie, douce nuit!
Soyons heureux, oublions les soucis…
Ce soir, c’est de nouveau Noël!
Allons vers Celui qui nous appelle…

nativite-5Ô nuit d’Espoir, douce nuit!
L’enfant qui est né cette nuit
A entendu nos prières,
Il vient soulager nos misères…

Ô nuit d’Amour, douce nuit!
C’est grande fête, parents et amis,
Réjouissons-nous, ouvrons nos cœurs
Osons encore croire au bonheur!

Ô nuit de Paix, douce nuit!
Une fois de plus, je vous redis :
Passez le plus beau des Noëls!
Santé, prospérité pour l’année nouvelle!

 

© Madeleine Genest Bouillé, 2014

Bonjour Noël!

Une autre chanson de Noël qui me rappelle des souvenirs de mes jeunes années: Bonjour Noël, une chanson joyeuse, qui était chantée au couvent lors du récital de Noël par les élèves de la classe des petits.

« Bonjour Noël! Voici que dans les rues
La neige est revenue
Comme un tapis tout blanc… »

Enfin! Cette année, tout annonce un Noël blanc! Mais il ne faut pas crier « victoire! » trop vite. Si vous avez lu Les caprices de l’hiver, vous savez que Dame Nature peut parfois nous réserver des surprises. Mais quand même, espérons que la neige demeure en place au moins jusqu’après le Jour de l’An, les décorations des Fêtes sont tellement plus belles dans ce décor blanc.

« Bonjour Noël! Bonjour belles vitrines
Qui le soir s’illuminent
Pour la joie des passants… »

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Source photo: Tourisme Portneuf

Ah! les vitrines! Après les catalogues des magasins Eaton et Simpson’s, les vitrines concrétisaient nos espérances de cadeaux. Quand j’étais enfant, il était très rare qu’on nous emmène magasiner à Québec. Ça prenait une excellente raison, soit par exemple, la nécessité d’acheter des chaussures, qu’il fallait essayer. Alors les seules vitrines qu’on connaissait, c’était celles des magasins de Deschambault. La grande fenêtre au deuxième étage du Magasin Paré était toujours joliment décorée pour Noël! J’aimais beaucoup aller au « deuxième » chez Paré, surtout à ce temps de l’année. En bas, on trouvait les choses utiles : la « grocerie », les « cannages », les outils, la peinture; la seule denrée intéressante pour les enfants, c’était les bonbons. En décembre, il y en avait pour tous les goûts! Des « tuques » en chocolat, des bonbons français, des bonbons durs de toutes les couleurs, sans oublier les petits poissons rouges et blancs, à la cannelle ou au clou de girofle. Au « deuxième », il y avait toutes sortes de belles choses : de la vaisselle et des bibelots, des coutelleries, de la lingerie fine, et puis, évidemment, des jouets! Je me souviens de l’épouse de Monsieur Narcisse Paré – c’était du temps où les femmes portaient le nom de leur époux – elle régnait sur son étage, comme une actrice sur une scène. Plus tard est arrivée Madame Jeannette, l’épouse de Monsieur Raymond, moins gênante et toujours si gentille et souriante. Elle était secondée par Mademoiselle Bibiane, une personne un peu effacée, qui ne parlait pas fort, mais qui cadrait bien elle aussi dans ce décor victorien. Vraiment, le deuxième étage de notre magasin général, c’était un étage « pour Dames »!

« Les petits nez s’écrasent
Pour mieux les admirer.
Et les yeux pleins d’extase
Sont tout émerveillés. »

Juste en face de la rue de l’Église, était situé le magasin de Mademoiselle Corinne Paris, celui que mes enfants appelaient « le petit magasin vert ». Au temps des Fêtes, la vitrine était illuminée et Mademoiselle Corinne y exposait diverses choses à offrir en cadeaux. Sur l’annonce publicitaire, on lisait « marchandises sèches et cadeaux ». L’expression « marchandises sèches » désignait une foule de choses, dont les seules qui étaient comestibles étaient les bonbons, chocolats et pastilles pour la toux! Elle avait du choix, Mademoiselle Corinne! Elle tenait des livres, format « poche »… plus tard, je suis devenue une fidèle cliente des « Marabout Mademoiselle ».  On y trouvait aussi du papier à lettre, des cartes de souhaits, des bibelots, des jouets – je me souviens qu’elle vendait de beaux cahiers à découper. Elle avait aussi de la lingerie … qu’elle tenait rangée dans les tiroirs derrière le comptoir.  Elle sortait ses trésors de nylon ou de coton sur demande, et seulement s’il n’y avait pas d’enfant dans le magasin, ou pire encore, un homme!

« Bonjour Noël!  Chacun fait sa demande
Toutes les mains se tendent
Vers les jouets rêvés… »

sears1955À l’époque, on ne faisait pas de liste de cadeaux. On se contentait de mettre des « X » sur les choses qu’on préférait dans le catalogue de Noël… et on espérait! Parfois, quand nous étions allés faire des commissions à l’un ou l’autre magasin, en revenant, on parlait des jouets qu’on avait vus. Mine de rien, on disait: « Mamzelle Corinne, elle a un petit  téléphone, presque pareil que celui dans le catalogue…» ou encore : « En haut, chez Paré, il y a un beau jeu de Serpent-Échelles, je pense qu’il coûte pas trop cher. » On savait déjà qu’il ne fallait pas choisir des objets trop chers! Jusqu’à la veille de Noël, on rêvait en feuilletant le catalogue… Les pages de jouets étaient racornies et marquées de « X » un peu partout, sans compter les barbouillages laissés par les plus jeunes qui ne savaient pas encore faire de beaux « X » ! Heureuse enfance, dont les rêves, étant accessibles, deviennent presque toujours réalité…. Et sinon, c’est que la réalité est encore plus belle que le rêve!

 « Bonjour Noël!  Sonnez, sonnez clochettes!
C’est aujourd’hui la fête de la terre et du ciel.
Bonjour Noël!

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 © Madeleine Genest Bouillé, 19 décembre 2016

« Y a une étoile pour vous »…

Nous avions jadis un curé que tout le monde aimait beaucoup. Il était proche de ses ouailles. Il trouvait toujours du temps pour écouter ceux et celles qui avaient des choses à lui dire. Ce n’était pas un homme qui « brassait la cage », pas un Jean-Baptiste… Simplement un pasteur, qui préférait nous parler d’un Dieu père, à l’écoute de ses enfants, plutôt que d’un Dieu inaccessible, trônant dans les hauteurs.

Qu’est-ce que notre ancien curé vient faire  ici aujourd’hui… Tout simplement parce que je viens d’entendre une chanson que ce cher curé aimait beaucoup. Vous vous souvenez sûrement d’Angèle Arsenault qui chantait : « Y a une étoile pour vous… y a une étoile pour chacun de vous ». Un des derniers Noëls avant que ce bon prêtre nous quitte, parce qu’il était très malade, cette chanson était alors à la mode. Irénée – c’était son prénom – aimait beaucoup les chansons d’Angèle Arsenault. Et tout particulièrement celle-ci. Il en avait fait le thème de son homélie de Noël. L’abbé Tessier n’était pas un grand orateur; il parlait tout simplement avec son cœur, mais tout le monde l’écoutait et disait ensuite : « Ses sermons, ils nous font du bien. »

nativite-1Comme le dit si bien Félix Leclerc dans La Grande Nuit (Andante) : « Les étoiles forcent les hommes à lever la tête vers le ciel. » Qu’y a- t-il de plus beau qu’une nuit étoilée? En hiver surtout, lorsque la neige éclaire de sa douce lueur bleutée la terre endormie. On se sent petit devant l’immensité du ciel, et en même temps, on ressent une grande paix… Mais je reviens à l’homélie de notre curé. Entre autres choses, il nous souhaitait que « cette étoile qui brille pour chacun et chacune de nous » nous apporte ce dont nous avons le plus besoin, ce que nous désirons le plus ardemment.

« Il y a tant d’étoiles dans le ciel »… Et alors défilaient toutes ces étoiles, qu’il aurait voulu nous offrir en cadeau. D’abord l’étoile « Bonheur », puis l’étoile « Joie » et aussi l’étoile « Espoir »; celle-là, c’était sa préférée. Il l’offrait à toutes les personnes qui attendent quelque chose d’important: la santé, du travail, ou le retour d’un enfant prodigue – ça n’existe pas seulement dans l’évangile. Il y avait encore l’étoile « Douceur », l’étoile « Sérénité ». Celles-ci étaient dédiées en particulier aux personnes qui vivent une grande peine ou une maladie grave. Des étoiles qu’on voudrait toujours présentes pour ceux qui souffrent,  qu’aucun nuage ne vienne les cacher jamais.

Il terminait son homélie en disant que « L’étoile la plus importante est sans contredit l’étoile « Amour ». Aujourd’hui comme au temps de notre bon curé, c’est l’étoile dont nous avons tous besoin; d’ailleurs sans elle, il n’y aurait jamais eu Noël! Elle fait la paire avec l’étoile « Paix », dont la brillance est tout aussi essentielle à l’époque où nous vivons qu’elle l’était au temps où naquit Jésus, dans un pays opprimé, sous la domination des Romains. Notre curé nous a quittés au cours des années 80. S’il y avait à l’époque des conflits entre certaines contrées, les pays occidentaux vivaient en paix. Mais depuis le 11 septembre 2001, s’est installé un sentiment d’insécurité qui ne cesse de s’accroître, alors que se produisent des attentats meurtriers dans divers endroits, et que la guerre sévit actuellement dans le pays qui fut, selon ce que raconte l’Histoire, « le berceau de l’humanité ». Plus que jamais nous avons besoin que l’étoile « Paix » brille de tout son éclat pour les hommes, les femmes et les enfants qui veulent vivre paisiblement, dans le pays où ils sont nés.

nadalEn terminant, j’aimerais offrir à chacun et chacune de vous qui me lisez, une étoile qui vous guide et vous protège tout au long de cette année 2017!

© Madeleine Genest Bouillé, 15 décembre 2016

Allons voir cet enfant

Voici le temps où l’on aime se rassembler
Comme jadis à la crèche, les bergers.
C’est la fête, on offre des présents,
À ceux qu’on aime évidemment…

En regardant bien là-haut, on voit l’étoile,
À moins que le ciel, de nuages se voile…
Suivons quand même jusqu’au bout
La route qui nous mène à cet Enfant si doux.

Au milieu de nos festins, de nos rires, de nos chants,
Entre les visites des parents, des amis,
Allons gaiement voir le Messie !
Blotti auprès de sa maman…

Il tend les bras ce Divin Enfant,
Et nous promet comme dans l’ancien temps
Malgré nos oublis, pour calmer nos alarmes,
La Paix et tous ses charmes !

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© Madeleine Genest Bouillé, décembre 2010

Ma lettre au Père Noël

Cher Père Noël,

J’espère que tu es en bonne santé. J’ai appris que tu avais perdu du poids, j’espère que ton costume te va quand même… Si tu voyais notre ministre de la santé, il a tellement perdu de livres qu’il a dû changer sa garde-robe au moins deux ou trois fois. C’est ce qui s’appelle « dégarnir une bibliothèque »! Bon, excuse le jeu de mots, c’était trop facile.

8d1ad910J’imagine que tu dois avoir encore un mois de décembre très chargé, avec beaucoup de commandes, pas toutes faciles à satisfaire. Mais ça, c’est ta vie et j’ose croire que tu es heureux ainsi. Ici, ça va bien, comme on dit « faut pas se plaindre le ventre plein ». Il y a tellement de gens démunis, sans abri, et cela, pas seulement dans les pays pauvres ou en guerre. Même dans notre beau Québec où règne l’abondance, il y a des personnes qui souffrent de la faim et aussi de solitude. Des gens qui, comme Marie et Joseph, ne trouveront pas de place pour passer la nuit de Noël. Je comprends qu’on ne peut pas toujours aider les malheureux, mais le moins qu’on puisse faire, c’est de remercier le ciel – ou qui vous voulez, selon vos croyances – pour tous les biens matériels que nous avons en abondance, et surtout pour  les personnes qui nous entourent et que nous aimons.

Une chose est certaine, le malheur des uns ne peut empêcher les autres d’être heureux. J’ai toujours aimé Noël et le temps des Fêtes et je ne crois pas que cela puisse changer. Malgré que des êtres chers sont partis, malgré les petits ennuis de santé – on ne rajeunit pas – et les inquiétudes dont chacun a sa part, oui, envers et contre tout, j’aime Noël! Chaque année je retrouve cette sorte de « grâce » faite d’un espoir tenace et aussi sans doute d’un reste d’enfance qui ne veut pas s’éteindre, enfin, ce que moi j’appelle « l’esprit de Noël ». Tu dois bien connaître cela, toi aussi, Père Noël, sinon comment ferais-tu pour continuer cette tâche surhumaine qui te fait parcourir le monde chaque  mois de décembre!

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Il serait temps que j’en vienne à « l’essentiel de mon propos ». Qu’est-ce que je demanderais bien pour Noël cette année? Tout d’abord, si tu commençais ta tournée en visitant les enfants malades, ceux dont c’est peut-être le dernier Noël. Il y a aussi tous ces jeunes maltraités, malaimés. Apporte-leur un peu de joie, de douceur. Ce serait un bon début; bien entendu, si tu veux ajouter quelques « bébelles », c’est toujours bienvenu!

pere-noel-5556Je suis encore sortie du sujet pour lequel je t’écris. Qu’est-ce que je vais demander en cadeau cette année? En fait, je veux surtout que ce soit une surprise. Ce n’est pas la grosseur, ni la valeur du cadeau qui compte pour moi, c’est la « surprise »! Tu comprends, c’est pour cette raison que les enfants d’aujourd’hui sont si difficiles à contenter; ils ne rêvent pas, ils ne souhaitent pas : ils commandent. Ils ajoutent même le coût de l’article demandé sur leur liste. Ce n’est pas ça, un cadeau! Elle est où alors, la magie de Noël? Dans l’emballage, peut-être? Sincèrement, comme dans la chanson Trois anges, ce que je désire le plus ardemment, c’est « le bonheur pour tous ceux que j’aime »! Et pourquoi pas aussi ceux que j’aime moins… Quand les gens sont heureux, ils sont plus aimables, n’est-ce pas?

saint-nicolas2Enfin, si tu ne sais pas quoi m’apporter, je vais te faire une confidence : j’aime beaucoup les chocolats de Julie Vachon, notre vaillante chocolatière. J’en achète parfois, mais c’est pour les offrir, pas pour moi! Je ne saurais lesquels choisir, ils sont tous aussi excellents les uns que les autres! Si c’est trop te demander, ne te casse pas la tête, deux ou trois « Cherry Blossom », ça fera l’affaire.

Merci, cher Père Noël de m’avoir lue jusqu’au bout et merci à l’avance pour le cadeau. Je te souhaite un Joyeux Noël et une très bonne année 2017!

Mado  Genest

© Madeleine Genest Bouillé, le 12 décembre 2016

Les personnages de la crèche

creche-1978Connaissez-vous l’histoire de notre crèche paroissiale? Peut-être pas… La voici donc, telle que ma mère me l’a racontée. Avant 1920, à l’église, il n’y avait qu’un petit Jésus, dans une vitrine, le tout entouré de lampions. Tout près, on plaçait un tronc pour « Le denier de l’Enfant-Jésus ». Vous pouvez voir ce tronc, ou si vous aimez mieux, cette « tirelire », sur ma photo la plus ancienne de la crèche en 1978. Le denier de l’Enfant-Jésus était le pendant de la quête du même nom qui se faisait selon les endroits, juste avant Noël, ou entre Noël et le Jour de l’An. On incitait ainsi les gens à donner pour les pauvres, soit des victuailles ou des vêtements et les enfants, pour leur part, étaient invités à donner quelques sous pour la même cause.

Mais je reviens à ma crèche… Avec le temps, le petit Jésus commençait à avoir quelques problèmes : il lui manquait des orteils, des doigts, etc. Or en 1920, à la suite d’une promesse, Madame Barthélémy Arcand (la grand-tante de Denys, Suzanne et Gabriel), entreprit une quête dans la paroisse afin d’acheter des statues pour la crèche paroissiale. Elle commença sa quête au mois d’août; cela lui a bien pris quelques mois. Ayant ramassé la fabuleuse somme d’une trentaine de dollars, on put alors acquérir les statues que nous pouvons admirer chaque année dans le temps des Fêtes.

Crèche de 2000.

Crèche de 2000.

En 1991, les statues de la crèche qui avaient atteint l’âge vénérable de 70 ans nécessitaient diverses chirurgies: orteils, doigts, nez… Elles devaient de plus faire rafraîchir leurs vêtements. Des membres du conseil de pastorale décidèrent alors de trouver des fonds et de restaurer ces personnages qui font partie intégrante de notre patrimoine religieux et de nos liturgies des Fêtes. On organisa donc un récital où des « artistes locaux » de tous âges, et un ténor connu, Léonard Bilodeau, mirent leurs talents en commun bénévolement pour faire une levée de fonds. L’auditoire n’avait qu’un coût minime d’entrée à défrayer; on avait aussi quêté diverses entreprises et commerces. Le résultat fut très encourageant. À Noël 1991, tout le monde put admirer le travail accompli bénévolement… comme tout ce qui se fait de beau à Deschambault!

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Crèche de 1987 et toile de Thérèse Bouillé-Naud.

Parlant de bénévolat, je ne saurais nommer toutes les personnes qui ont monté la crèche depuis 1920. Autrefois, c’était peut-être le sacristain ou la sacristine. Je sais que mes tantes Gisèle et Rollande ont aidé à l’édification de la crèche durant plusieurs années. Thérèse Bouillé-Naud, l’auteur de la toile de fond que nous pouvons encore admirer en fond de scène, a fait partie de l’équipe de la crèche. Plus tard, le comité de liturgie a repris le flambeau. La photo de 1987 montre une crèche au décor plutôt moderne, avec sa surcharge de guirlandes. C’était l’œuvre des futurs confirmés de l’année! Les sapins naturels étant interdits dans les édifices publics, on utilisait quelques bouleaux et on avait fait l’acquisition de 2 arbres artificiels… pas les plus beaux! Le curé de l’époque, qui encourageait les jeunes à participer à ce genre de travail, leur laissait pas mal le champ libre. Je me souviens que ces jeunes de 12-13 ans, étaient très fiers de leur crèche!

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Crèche de 2005.

En 1991,  les personnages  étant restaurés de fraîche date, on ne laissait plus  n’importe qui les manipuler. Pendant plusieurs années, différents comités se sont chargés de la construction de  la crèche paroissiale. En 2005, il faillit ne pas y avoir de crèche. On était en plein dans les travaux d’installation des gicleurs pour la protection contre les incendies… ça prenait une certaine bravoure et beaucoup d’imagination pour faire ce travail. Les matériaux relégués au grenier de la sacristie étaient pour la plupart inaccessibles, mais on a quand même fait une crèche! C’était une crèche bricolée avec les moyens du bord. Depuis ce temps, les marguilliers avec l’aide d’autres bénévoles au besoin, se chargent de l’édification de notre crèche. Je vous invite à venir la voir, elle sera prête pour Noël!

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Crèche de 2015.

© Madeleine Genest Bouillé, 9 décembre 2016

Les caprices de l’hiver

hiver-64-001Ma mère avait coutume de dire : « On tient pas le temps dans notre poche! » C’est là une vérité à laquelle on ne s’habitue jamais. C’est pourquoi on accorde foi à tous les pronostics, dictons et superstitions possibles, concernant les variations de la température. On aimerait tellement que le soleil brille aussi souvent qu’on le souhaite; et que la pluie ou la neige ne se manifestent qu’au moment précis où on en a besoin. Tout est bon pour étayer nos prévisions atmosphériques; le 3 fait le mois… si le 9 le défait pas! Il va faire froid cet hiver : les oignons ont la pelure épaisse. Il va neiger beaucoup : les nids de guêpes sont placés très haut. Quand le début de l’hiver est clément, on dit : les Avents commencent en mouton, ils vont finir en lion. Finalement Dame Nature déjoue toutes ces prédictions et n’en fait qu’à sa tête… en supposant qu’elle en ait une.

L’aventure dont je vous parle est arrivée en 1958 ou 59… Chose certaine, c’était vers le 15 décembre. La neige avait déjà atteint une bonne hauteur, car il en était tombé régulièrement depuis la fin de novembre. Habituellement, on allait couper les sapins vers la mi-décembre. Étant donné que le temps des Fêtes se prolongeait bien après le Jour de l’An, l’arbre de Noël devait rester vert au moins jusqu’à la mi-janvier.

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(Photo: Fernand Genest, coll. Madeleine Genest Bouillé).

Quand venait le temps de partir à la recherche des arbres de Noël, on y allait en famille! D’abord, c’était plus amusant et cela permettait d’apporter autant de sapins qu’il était nécessaire. Il faut dire qu’en ce temps-là, nos forêts nous paraissaient inépuisables. Et puis, il n’y avait pas de gaspillage : après les Fêtes, l’arbre dégarni deviendrait bois de chauffage!  Bien entendu, la cueillette des sapins dépendait aussi du nombre de personnes qui prenaient part à l’activité. Cette année-là, mon frère aîné Claude dirigeait l’expédition. Comme de raison, sa future épouse, Lorraine, était présente, mais je me rappelle surtout que ma tante Gisèle était de la partie. Tante Gisèle avait de l’énergie à revendre! Quand elle s’embarquait pour une aventure de ce genre, c’était du sport! Rien ne l’arrêtait, ni la neige, ni le froid! Pour nous rendre au bois, nous devions monter à travers champs jusqu’à la voie ferrée du Canadien National. À cette époque, je ne suis pas certaine que la petite gare était encore utilisée. Ensuite on grimpait la côte dite « du Grand Nord », et enfin, on se retrouvait à l’orée du bois.

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Hiver 1964, la rue Saint-Joseph (photo de Fernand Genest, coll. Madeleine Genest Bouillé).

J’ai écrit qu’il était tombé beaucoup de neige en ce début d’hiver. Ce jour-là, quand nous avions décidé d’aller chercher des arbres de Noël, nous ne pouvions certes pas évaluer l’épaisseur de la neige amoncelée. Mais une fois la décision prise, il aurait fallu une très grosse tempête pour nous empêcher de mettre notre projet à exécution. Le champ était comme une mer blanche où le vent avait dessiné des petites vagues dont nous devions enjamber les crêtes, aucune piste n’étant visible. Alors, évidemment, nous enfoncions dans la neige molle jusqu’aux genoux à chaque pas ou presque. Afin de nous rendre la marche plus aisée, mon frère, chaussé de raquettes, nous précédait avec le traîneau chargé des outils nécessaires pour couper les arbres. Il nous traçait ainsi un simulacre de sentier.  Enfin nous sommes arrivés à la gare, où nous nous sommes arrêtés, afin de nous reposer un peu. Même si nous ne pouvions pas entrer, sous le large auvent du toit, nous pouvions tout de même faire une pause à l’abri du vent. Il ne restait ensuite qu’à monter la côte, peu escarpée, et on atteignait enfin le bois. La neige étant moins épaisse, nous avancions plus facilement. Nous avons vite repéré les arbres qu’il nous fallait, pas trop gros, mais assez fournis. Nous n’étions pas difficiles; une fois rendus à la maison, si le sapin se révélait une épinette, ce n’était pas si grave. Une fois l’arbre décoré, on le trouvait toujours beau! Le bûcheron de service ayant terminé sa tâche, nous avons donc bien vite pris le chemin du retour.

Je dois dire que ce retour ne fut pas plus facile que l’aller, loin de là! Notre marche était ralentie du fait que nous devions traîner nos trois sapins, un pour tante Gisèle, un pour Lorraine et un pour chez nous. Le soleil baissait, il faisait plus froid et le vent qui nous faisait maintenant face n’était pas tendre pour nos visages, malgré les crémones dont nous étions entortillés et les tuques enfoncées jusqu’aux yeux. Pour se donner du courage, nous chantions des chants de Noël à tue-tête. Nous étions fatigués, alors un rien nous faisait rire. Ce qui reste le plus présent dans mon souvenir, c’est moins le froid, la neige et la longue marche, que justement ce plaisir fou que nous avions; un plaisir tout simple, comme il en arrive quand on ne le cherche même pas!

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Chez nous, dans la rue Johnson, 1959 (photo de Fernand Genest, coll. Madeleine Genest Bouillé).

La brunante était tombée… les fenêtres éclairées de la maison nous semblaient comme un phare qu’il nous tardait de rejoindre! Enfin rendus, débarrassés de nos vêtements enneigés, près du poêle à bois qui ronflait, comme il faisait bon alors de nous laisser envahir d’une douce torpeur! Heureusement, maman avait fait du thé, qu’elle tenait au chaud sur l’arrière du poêle. Ma mère avait des dictons et maximes pour une foule de choses, ainsi elle disait : « Faites pas bouillir le thé sinon les cavaliers viendront pas! »  Dans sa jeunesse, un amoureux ça s’appelait « un cavalier »! Je ne sais plus comment nous avons terminé cette journée… nul doute que nous n’avons pas dû veiller tard ce soir-là!

La moitié du mois de décembre était passée; avec toute la neige qui était tombée, nous étions convaincus que nous aurions un Noël blanc. C’était sans compter sur les caprices de l’hiver! Vers le 20 décembre, le temps s’est radouci, le ciel bas annonçait la pluie.  Nous espérions que ce ne serait qu’un redoux passager, mais non!  Effectivement, la pluie a commencé à tomber… une pluie fine, mais continue; on se serait cru au printemps! Il a plu ainsi presque sans arrêt pendant trois jours. Les enfants qui venaient d’entrer en vacances se désolaient; les traîneaux avaient l’air égarés près des galeries. Par terre, à côté de la maison, une carotte rabougrie et un vieux chapeau étaient les seuls témoins de ce qui avait été un bonhomme de neige! Les bandes de la patinoire entouraient un lac d’eau. C’était d’une tristesse!

Le 24 décembre, il n’y avait plus un brin de neige; elle était toute fondue! Le ciel était sans nuages… n’eut été de la température qui s’était refroidie, on aurait pu aller à la messe de Minuit en souliers. Mais, neige ou pas, c’était Noël! Au retour de la messe, dans les maisons décorées où flottaient les bonnes odeurs des mets préparés pour le réveillon, tout le monde a oublié la température dans la joie de la fête! Cette année-là, nous avions un sapin magnifique… à vrai dire, je suis presque sûre que c’était une épinette!

© Madeleine Genest Bouillé, 2012

(Texte tiré de Propos d’hiver et de Noël, 2012.)