Des vieilles cartes de Noël

carte-nouvel-anJe faisais du ménage dans ma boite de vieilles cartes de Noël. Je garde une pleine boite de cartes de vœux qui m’ont été envoyées il y a longtemps, par des personnes qui ne sont plus de ce monde, ou encore parce que je les trouve trop belles pour les jeter. Je suis ramasseuse, je n’y peux rien! D’une fois à l’autre, je parviens à en jeter quelques-unes. Quoi qu’il en soit, à chaque fois que j’ouvre cette boîte, je me retrouve plusieurs années en arrière et je fais un voyage au pays de mes souvenirs…

carte-ancVoici des cartes écrites par ma mère; elle nous disait toujours qu’on ne doit pas se contenter de signer une carte de vœux, il faut écrire un petit mot personnel. Elle passait de longues heures à écrire ses cartes de Noël, et en envoyait à toute la parenté, même quand les destinataires demeuraient dans à Deschambault. Elle écrivait si bien, ma mère!  Quand on lui disait : « Maman, pourquoi tu téléphones pas à la place? » Elle répondait : « Un téléphone, ça s’oublie vite… les écrits, ça reste. » Je continue à chercher… Voici une belle carte que j’avais reçue de mon frère Florent. Lui aussi avait mis en pratique la consigne de notre mère, et comme il était maître de postes, même si on se voyait régulièrement, il envoyait toujours ses cartes de vœux, dûment timbrées, en bon employé des Postes qu’il était! Tiens, voici une carte de ma tante Gisèle, son écriture rapide était celle d’une femme toujours occupée. Sur cette autre, je reconnais la grande écriture de mon frère Claude, sa signature en diagonale… Je relis ces courts messages, les signatures, surtout… et je retrouve un peu de la personnalité de tous ces gens qui ont fait partie de ma vie.

carte-enfantSur les cartes, on voit des paysages d’hiver, des Pères Noël avec ou sans traîneau, des cloches, du gui. Sur certaines sont reproduites des images représentant la Nativité, la visite des bergers ou celle des Mages.  Plusieurs cartes ornées d’images enfantines sont défraîchies; elles ont sans doute été collées sur le mur en guise de décoration, dans la chambre de l’un ou l’autre de mes enfants. Les messages imprimés souvent se ressemblent : « En ce temps de réjouissance et de paix »… « Pour un Noël joyeux et une année remplie de bonheur et de paix »… « Que la paix soit dans vos cœurs en ce jour de Noël et pour toute l’année. » La paix, toujours, sur un fond de neige, avec un ciel étoilé… Un rêve qui revient chaque année!

La Paix dans le monde… plus le temps passe et plus cela me parait impossible. Quand une guerre semble finie à un endroit, une autre éclate ailleurs, dans une autre contrée, quand ce n’est pas entre les habitants d’un même pays, qui n’ont pas la même religion. Il y a toujours quelque part des villes, des villages qui sont détruits, des innocents qui meurent, des familles qui sont brisées, ou qui doivent fuir.  Les armes sont de plus en plus meurtrières; elles font de plus en plus de ravage! À la télévision, entre deux publicités d’automobiles ou de bière, on nous montre régulièrement des images atroces de maisons en ruines, de femmes et d’enfants tués… L’horreur fait désormais partie du quotidien.

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Seigneur, je crois qu’il faudrait qu’ils reviennent tes anges, avec des trompettes retentissantes, pour réveiller les consciences endormies. Qu’ils redisent bien fort à tous les peuples de la terre ces paroles qui ont traversé les millénaires : « Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre aux hommes et aux femmes de bonne volonté! »  Parce que, du train où vont les choses, la paix dans le monde, c’est comme le dit le refrain de cette belle chanson de John Littleton : « De soir en soir, pourquoi retarde le temps où naissent les libertés? De jour en jour, autant d’amour… n’est-ce qu’un rêve à oublier? »

Bon, c’est assez pour aujourd’hui, je vais ranger ma boîte de vieilles cartes de Noël.

© Madeleine Genest Bouillé, 28 novembre 2016

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Chanson pour l’automne qui fuit

Je n’avais rien à faire… c’est rare! Pour occuper mes pensées, j’ai commencé à feuilleter mes cahiers de La Bonne Chanson, lesquels sont souvent une source d’inspiration pour mes « grains de sel ». Ce sont de vrais trésors, ces cahiers… je rêve d’un concert qui serait composé uniquement de chansons pigées dans les fameux cahiers de l’abbé Gadbois, dont la devise était : « Un foyer où l’on chante est un foyer heureux ». Je me suis arrêtée sur Chanson d’automne, une mélodie un peu mélancolique qui parle justement de la fin de cette saison, si colorée à ses débuts et qui se termine, hélas, dans la grisaille. Comme je l’ai déjà mentionné, les soirées Bonne Chanson qui avaient lieu au Vieux Presbytère demeurent pour moi parmi mes plus beaux souvenirs. Il me semble entendre encore Louiselle et Joachim Perron qui interprétaient si bien en duo, la Chanson d’automne, au cours d’une veillée en novembre; en rappel, ils nous offraient ensuite L’hiver a chassé l’hirondelle. Cette dernière chanson était accueillie comme un avant-goût de la saison blanche, et à chaque fois, j’anticipais avec plaisir l’approche du joyeux temps des Fêtes en écoutant : « L’hiver a chassé l’hirondelle… mais de notre cœur, ô ma belle, l’hiver ne peut chasser l’amour. »

211Mais je reviens à ma Chanson d’automne. Dans mes photos de fin de saison, je n’ai pas de « treille qui tord ses longs bras maigres », et on ne voit pas non plus « l’hirondelle en sanglotant (qui) disparaît à l’horizon pâle ». J’ai surtout des images du fleuve, avec ou sans la chaloupe délaissée… c’est là mon univers! Mais tout comme dans la chanson,  « Les nuages sont revenus… La brume a terni les blancheurs et cassé les fils de la Vierge.  Et le vol des martins-pêcheurs ne frissonne plus sur la berge ». 

« Les arbres sont rabougris, la chaumière ferme sa porte, et le petit papillon gris a fait place à la feuille morte. »  Ces jours-ci, c’est vraiment ce que la nature nous offre comme paysage. Du gris partout! Gris, les arbres dénudés, auxquels parfois, s’accrochent quelques feuilles sèches, aux couleurs ternes. Grise l’herbe usée, piétinée, qui se confond avec le trottoir et la route. Mais parce que je ne me résigne pas à les jeter, halloween-2016-118parce qu’elles font leur possible pour mettre une touche de couleur et de la gaieté sur ma galerie, j’ai laissé quelques citrouilles aux visages rieurs ou fâchés, vestiges de l’Halloween. Pour la deuxième année, nous avions acheté huit petites citrouilles, sur lesquelles je me suis amusée à dessiner des figures. Certaines arborent un grand sourire, d’autres ont une moustache, une regarde vers le côté tandis qu’une autre a les yeux fermés. J’aime les fêtes, et j’aime les décorations. J’aime tout ce qui me donne l’occasion d’éviter la monotonie. C’est sans doute ce qui fait que je n’aime pas cette fin de saison qui s’étire et qui semble ne pas vouloir partir.

halloween-2016-097La musique du refrain de ma « chanson pour l’automne qui fuit » est écrite pour deux voix qui disent : « Viens cueillir encore un beau jour, en dépit du temps qui nous brise… Et mêlons nos adieux d’amour, aux derniers parfums de la brise. » Il y aura encore de belles journées, elles seront plus froides, mais parfois, elles nous laisseront un répit, dont il faudra profiter pour installer les décorations de Noël en évitant de se geler les mains. S’il est bon de cueillir chaque beau jour qui nous est donné, laissons « le temps qui nous brise » et « les adieux d’amour » s’envoler dans la chanson avec « les derniers parfums de la brise »! 

© Madeleine Genest Bouillé, 18 novembre 2016

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Les quêteux

 De temps à autre, je regarde les reprises des Belles histoires des Pays d’en haut, à 15h, du lundi au vendredi. Je commence à connaître tous les épisodes par cœur… mais qu’importe, je ne m’en lasse pas! Souvent au cours de ces émissions, on rencontre le quêteux « Jambe-de-bois », un homme qui semble avoir beaucoup bourlingué et qui, surtout, est fier de son titre de « quêteux », un titre honorable dit-il ! Quelquefois, on rencontre un autre de ces personnages légendaires, celui-là s’appelle « Grand-Capot ».

les-queteuxJe vous ai déjà dit que, dans ma tête il y a des chansons pour tout. Voilà donc qu’il me vient à l’oreille une chanson qui parle justement des quêteux. C’est une des nombreuses compositions d’Albert Larrieu, un Breton. Lors de la guerre de 1914-18, il s’est enrôlé, mais des problèmes de santé l’ont obligé à revenir à la vie civile en 1916. En 1917, il arrive au Canada où il se fait connaître grâce à ses chansons, une bonne centaine, dont plusieurs font partie du répertoire de La Bonne Chanson. Entre autres titres, on retrouve La bénédiction paternelle, Les crêpes, L’épluchette, La feuille d’érable et celle qui m’a inspiré le grain de sel que je vous offre aujourd’hui : Les quêteux.  Albert Larrieu n’aura pas une longue carrière, puisqu’il s’éteint dans l’oubli et l’anonymat en 1925, à 53 ans.  Les chansons de Larrieu sont simples, faciles à retenir et de plus, elles nous parlent des coutumes et des gens d’autrefois. Le refrain de la chanson Les quêteux est très entraînant: « C’est nous qui sommes les quêteux, de braves gens, d’honnêtes gueux. Nous vivons sans rien faire, comme des millionnaires. Toujours contents, toujours heureux, roule ta bille, va, mon vieux! Voilà! les honnêtes quêteux! »

Le quêteux Ti-Jean Gagnon, image tirée du site Internet de la municipalité de Saint-Pacôme.

Le quêteux Ti-Jean Gagnon, image tirée du site Internet de la municipalité de Saint-Pacôme.

Au cours des années 60, d’après mes souvenirs, il y avait encore des mendiants qui passaient régulièrement une ou deux fois par année. Je dirais que jusqu’à ce que les gouvernements créent des allocations pour aider les personnes sans ressources, forcément, il y avait des quêteux. Durant le temps « de la crise », avant la guerre de 1939-45, dans les villes, il existait déjà des refuges pour les itinérants, mais tout comme maintenant, ils n’étaient jamais assez nombreux, surtout en hiver. En campagne, certaines familles démunies vivaient à l’écart des villages, dans des cabanes insalubres au sol en terre battue. De temps à autre, ces gens allaient de maison en maison, quémandant  nourriture et vêtements. Il arrivait que certains offrent leurs services pour maints petits travaux. En plus du curé et des Sœurs du couvent, il se trouvait heureusement des âmes charitables qui aidaient les pauvres, surtout en hiver. Ceux qu’on appelait « quêteux »,  étaient plutôt des itinérants venus on ne sait d’où, qui n’avaient qu’un prénom et parfois aucune appellation. On leur donnait des surnoms, ainsi « le quêteux à poche noire » avait toujours un grand sac noir sur le dos, tandis que « le quêteux au capot brun » portait inévitablement, été comme hiver, un paletot brun, qui avait de toute évidence connu des jours meilleurs. Habituellement, le mendiant s’arrêtait toujours aux mêmes maisons;  ceux dont je me souviens étaient très polis, ils nous abordaient en disant : « La charité pour l’amour du bon Dieu ». En général on leur donnait quelques « cennes noires »… mais à certains endroits, ils devaient se contenter d’une seule petite pièce d’un sou!  Parfois, ils demandaient quelque chose à manger, ils remerciaient et repartaient.

La maison de mes parents vers 1955.

La maison de mes parents vers 1955.

Un été, à la fin des années 50,  j’étais à la maison avec ma mère et mes plus jeunes frères, lesquels étaient déjà au lit. Il devait être assez tard, lorsqu’on frappa à la porte. C’était un mendiant qu’on n’avait jamais vu; il entra et contrairement aux autres quêteux, il demanda à coucher; il n’était visiblement pas à jeun. Ma mère n’était pas rassurée; je me souviens qu’elle était assise à sa machine à coudre, elle répondit donc qu’il n’y avait pas de place.  L’homme, pas le moins du monde rebuté par la froideur de l’accueil, rétorqua qu’il coucherait par terre à côté du poêle. Maman était mal à l’aise; j’étais assise près de la table et nous ne parlions presque pas.  On surveillait l’intrus qui s’était effectivement étendu par terre et qui ronflait déjà. Mon grand frère Claude était « veilleux », mais ce soir-là, sans doute alerté par un sixième sens, il revint plus tôt de sa soirée chez mes tantes. Aussitôt entré, il aperçut le bonhomme couché à  côté du poêle… ce fut très bref; il empoigna l’homme par le col de son veston et le mit debout en lui disant : « Dehors, on garde personne à coucher ». Le malheureux quêteux n’a même pas eu le temps de dire quoi que ce soit… il s’est retrouvé très vite au bas de l’escalier. Mon grand frère, en se lavant soigneusement les mains, dit : « En plus, il puait!»

La chanson d’Albert Larrieu se termine ainsi : « Dans le bon foin de la grange, nous trouvons un lit très doux… Jamais on ne nous dérange, partout nous sommes chez nous!  Quoiqu’on chante et qu’on dise, quêteux ! c’est un très bon métier. »  Mais ça, c’était à une autre époque!

© Madeleine Genest Bouillé, 15 novembre 2016

De beaux moments

J’ai parlé à plusieurs reprises de mon temps d’écolière au couvent de Deschambault. Ce  n’était pas tous les jours fête évidemment, mais tout de même, la vie de couventine n’était pas si terrible! J’ai gardé le souvenir de bien beaux moments, lors d’événements, de fêtes, ou tout simplement en classe avec mes compagnes quand on chahutait un peu, si peu!

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Je vous ai énuméré les congés aux différentes époques de l’année scolaire, mais je dois dire qu’il y avait aussi des fêtes moins importantes, qu’on soulignait de maintes façons. Ainsi, en plus du congé de la Toussaint, le 22 novembre, nous fêtions sainte Cécile, la patronne des musiciens. Une année, je ne me rappelle pas laquelle, au cours de cette journée, la religieuse qui enseignait la musique nous avait présenté un petit récital où les étudiantes en piano nous avaient fait entendre quelques-unes des pièces qu’elles avaient apprises. En ce même mois, le 25, c’était la Sainte-Catherine, journée dédiée aux jeunes filles qui « coiffaient sainte Catherine », c’est-à-dire, celles qui à 25 ans étaient toujours célibataires. À quelques reprises nous avons souligné cette fête en dégustant de la tire à la mélasse, que notre bonne Mère Saint-Fortunat avait confectionnée pour l’occasion. Une année, justement pour cette fête, nous nous étions fabriqué des chapeaux, pour « coiffer sainte Catherine » lors de la récréation, qui avait été rallongée pour l’occasion; c’était à qui aurait le chapeau le plus extravagant. Au cours de cette fête, nous avons chanté et dansé; les « grandes de l’Académie » nous avaient enseigné une tarentelle sicilienne très entraînante, toutefois on ne devait pas frapper trop fort du talon sur le plancher, cela risquait de faire sauter le disque sur le phonographe. J’ai encore la musique de cette danse dans l’oreille… et je me rappelle très bien les pas.

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Le 8 décembre, sur certains calendriers, la fête de l’Immaculée-Conception est encore indiquée. Quand j’étais étudiante, en ce jour, les élèves de 7e année, étaient reçues « Enfant de Marie ». À l’époque où nous avions encore la robe noire, dans les grandes occasions, nous portions alors le large ruban bleu avec l’insigne de Marie. Cette fête débutait solennellement par une célébration à la chapelle. Je ne me souviens pas de l’engagement que nous devions prononcer à haute voix, je me rappelle seulement que la chorale entonnait les plus beaux cantiques à Marie… on se serait cru au ciel avec le chœur des anges! J’en avais les larmes aux yeux. Sur ce point, je n’ai pas changé, la belle musique et les beaux chants m’émeuvent toujours. J’ai oublié ce qui se passait le reste de cette journée; avions-nous une collation, ou congé de devoirs et leçons? Je ne m’en souviens pas! La mémoire retient ce qu’elle veut bien conserver…. et la mienne refuse de me parler de la suite de cette journée du 8 décembre 1952!

J’ai parlé dans un de mes premiers « grain de sel » intitulé Lisette, du jour de ma Profession de Foi, qui a eu lieu le 15 mai 1952. Dans l’histoire de ma vie, c’est évidemment la plus grande fête que j’ai vécue au couvent. Je rappellerai seulement combien cet événement figure parmi mes plus beaux souvenirs de jeunesse… avec quand même un bémol : j’aurais bien voulu moi aussi, avoir une belle robe longue. Toutefois, la cérémonie à la chapelle, décorée de fleurs et de cierges, les beaux chants et, ce qui n’est pas négligeable, le bon dîner et le magnifique gâteau en forme de livre ouvert, œuvre de M. Chalifour, notre boulanger-pâtissier, prennent définitivement la meilleure part dans mes souvenirs de cette journée.

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J’ai très peu de souvenirs désagréables à propos des fêtes au couvent. Je me rappelle cependant le festival d’hiver qui n’a eu lieu qu’une fois, selon mes souvenirs. Je n’en suis pas certaine, mais il me semble que ça se passait le Mardi-Gras. Après le souper, les externes étaient invités à se joindre aux pensionnaires, pour une soirée sur la patinoire. J’étais alors en 4e ou en 5e année, je n’avais pas de patins et je n’avais pas un très bon équilibre sur la glace, donc je ne voulais pas participer à cette fête. Si j’en ai cherché, des raisons pour me défiler! C’aurait été le temps d’avoir un gros rhume, comme j’en avais l’habitude… mais non, pas le moindre éternuement. Je ne savais plus quoi inventer, et il y avait toujours une  bonne âme, qui me vantait  les joies de cette soirée où l’on veillerait dehors jusqu’à 9 heures! Comme par exprès, dans les jours qui précédaient la fête, toutes les récréations étaient consacrées à apprendre les chansons qu’on devait chanter lors du festival. Je ne suis pas allée à la soirée… mais dans les jours qui ont suivi, mes amies ne parlaient que du festival, et de la musique, et des jeux…ça n’en finissait plus. J’avais donc hâte qu’elles changent de sujet!

Une autre journée que j’aurai dans la mémoire longtemps : j’étais dans la classe de 6e et 7e années. Je ne me souviens pas à quelle occasion, c’était vers la fin de l’année et je me rappelle que nous avions fait des jeux à l’extérieur; de plus nous ne portions pas notre uniforme, sans doute pour donner un aspect plus festif à cette journée spéciale. Chaque classe présentait soit une danse ou une chanson mimée, ou encore une courte pièce de théâtre. Dans notre groupe, une élève était costumée en princesse, peut-être était-ce Cléopâtre? Quelques compagnes et moi étions censées figurer des servantes noires, et de ce fait, nous avions le visage, les mains et les bras noircis à la suie, ou je ne sais quoi d’autre et nous portions un drap blanc sur la tête et les épaules.  De plus, nous tenions un éléphant que nous avions construit avec des sacs de jute, plus ou moins rembourrés avec  des chiffons de papier… Nous chantions? Nous dansions? Je n’en ai aucun souvenir. Il me semble que tout le monde riait beaucoup; nous devions effectivement présenter un spectacle assez cocasse! C’était une très belle fête… jusqu’à ce que vienne le moment d’enlever le maquillage noir. On avait beau frotter, ça ne voulait pas partir; je me rappelle trop bien être retournée à la maison à moitié débarbouillée, et en plus, j’avais taché ma belle robe du dimanche… Il y aurait eu de quoi gâcher la journée, mais à cet âge, le souvenir des moments de plaisir font aisément oublier les petits désagréments.

Je garde en mémoire tous ces beaux moments du temps de ma vie d’étudiante… et je ne peux que vous redire la belle phrase du film Elle et Lui : « L’hiver doit être bien froid pour qui n’a  pas de chauds souvenirs! »

© Madeleine Genest Bouillé, 10 novembre 2016

Félix l’a si bien dit…

Novembre, ce n’est pas un mois ordinaire; disons que malgré sa triste apparence, je lui trouve un certain charme. Un charme un peu fané, comme les fleurs séchées qu’on garde en souvenir entre les pages d’un livre… Je lis beaucoup; à la bibliothèque, je choisis parfois des livres d’auteurs que je ne connais pas, il m’arrive ainsi de faire des découvertes intéressantes, d’autres par contre sont décevantes. Mon choix est souvent dicté par un titre qui m’accroche, comme celui-ci par exemple : Zut! J’ai raté mon gâteau, un  roman lu récemment et qui s’est avéré très intéressant. Mais j’aime de temps à autre, me replonger dans mes vieux livres, dont ceux de Félix Leclerc, Adagio, Andante et Allegro. Ces lectures m’amènent invariablement au très beau texte intitulé « Les matins », dans Andante,  paru en 1944. Dans ce long poème en prose, Félix fait le tour de nos quatre saisons, qu’il préfère diviser en matins de cinq couleurs différentes, or, gris, blanc, noir et rouge. Pour exprimer ce que je ressens en ce mois de novembre, je vous cite quelques extraits des « matins gris ».

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« …Puis viennent les pluies d’automne, l’approche de la Toussaint, de l’Armistice. Ce sont les matins gris. Il faut faire un effort pour sortir du lit, pour sortir de la maison, pour sortir de la ville. Le ciel est sale… Il pleut lentement, quelques gouttes à la fois, tristement, sans arrêt. On a enlevé les jalousies vertes et on a posé les châssis doubles. On cache les vêtements d’été. C’est l’hiver qui vient. À quatre heures de l’après-midi, on allume les lampes, on évite la solitude. On se veut tous ensemble. On fait de la musique.  On se réunit le soir pour parler. Dans les hôpitaux, les malades disent aux gardes : « Reculez-moi de la fenêtre ». Il fait froid, on fait du feu. On pense à ceux qui coucheront dehors ce soir. On est résigné parce qu’il le faut bien, parce que c’est le mois de novembre. Le vent souffle, la vie est dure, c’est la montée. Plusieurs n’ont pas le courage de suivre, c’est pourquoi le mois des morts a été placé là. »

2012-01-18-065C’est bien vrai, novembre, ce n’est plus le bel automne flamboyant. Pendant quelques jours encore, selon les caprices de Dame Nature, les mélèzes seront les seuls, avec les bouleaux et les trembles, à nous offrir leur participation au festival des couleurs. Ils apporteront leur touche de vieil or, pour nous faire accepter en douce le passage à la dernière étape. C’est un « entre-deux », une espèce de temps suspendu. C’est important dans le calendrier des jours et dans celui de la vie aussi, ces étapes « entre-deux ». Ça nous empêche d’aller plus vite que les violons. Tout va tellement trop vite dans ce siècle qui se prend pour un autre, parce qu’il est le 21e ! On pousse sur les enfants pour qu’ils deviennent au plus vite « autonomes »… plus tard on se plaindra qu’on les perd de vue trop tôt. On ne prend plus le temps de penser, de réfléchir. Il faut aller vite, on est toujours rendus deux saisons plus loin, quitte à en perdre des bouts.

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J’essaie de prendre le temps de vivre chaque saison – celles de l’année et celles de la vie – avec ce que chacune a de particulier. Ainsi, novembre avec ses beautés, plus subtiles, moins éclatantes, mais bien présentes quand même. Surtout que les soirées sont plus longues, il faut en profiter;  il y a plein de choses à faire.  Ce n’est pas encore l’hiver avec son décor blanc et ses garnitures des Fêtes… mais on peut commencer à s’y préparer, c’est pour bientôt!

© Madeleine Genest Bouillé, 6 novembre 2016

Il était deux fois…

1920 : Germaine et Zéphirin

Zéphirin Bouillé et Germaine St-Amant (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Zéphirin Bouillé et Germaine St-Amant (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Envie de faire un retour dans le temps? On va aller se promener en 1920 et en 1932. En date du 27 octobre, j’ai noté dans mon agenda que c’était l’anniversaire du mariage de mes beaux-parents, Germaine St-Amant et Zéphirin Bouillé, dont vous pouvez admirer la photo. Le mariage avait eu lieu à l’église de St-Ubalde, la paroisse d’origine de la mariée comme c’était l’usage. N’est-ce pas que c’est une belle photo? Une photo « de photographe », comme c’était la coutume à l’époque. En 1920, peu de familles possédaient une caméra, aussi les jeunes mariés allaient le plus souvent faire « tirer leur portrait » à Québec, quelques jours après leur mariage.

Que se passait-il dans le monde en 1920? Tandis que nos nouveaux époux commençaient leur vie de couple dans la maison des Bouillé, érigée sur la ferme familiale au coin de la route qui montait au deuxième rang et en face du fleuve, dans les éphémérides, on lit qu’à Québec, ce 27 octobre, un violent ouragan a arraché une partie du toit de l’église Saint-Jean-Baptiste… Je n’ai jamais entendu parler qu’il y avait eu de gros vents ni de mauvaise température à St-Ubalde ce jour-là. Si elle était encore de ce monde, ma belle-mère dirait : « C’est parce qu’on était du bon monde! »

En février de cette même année, a eu lieu l’inauguration du Parlement d’Ottawa, ainsi que la création du Royal 22e Régiment. À Québec, on adopte officiellement l’heure avancée et M. Lomer Gouin est nommé membre du Conseil législatif.

En Allemagne, au cours du mois de février, Adolf Hitler, l’homme fort du Parti ouvrier proclame son « programme en 25 points ». En août, ce parti devient le Parti Socialiste des travailleurs allemands (NAZI). C’est le début d’une histoire qui aura des répercussions néfastes dans toute l’Europe.

Pendant ce temps à Deschambault, le maire se nomme Bruno Germain, il demeure tout près de la famille Bouillé, dont il est apparenté par son épouse, Amanda Bouillé, sœur de Joseph, le père de Zéphirin. Depuis 1914, l’abbé Alexandre Lepage est curé de la paroisse; il sera en poste jusqu’en 1953. L’économie va bien, la Ferme-École a été créée depuis deux ans et on embauche encore de nouveaux travailleurs.  En 1923 sera fondé le Cercle de Fermières puis, en 1925, l’Union Catholique des Cultivateurs (l’UPA). La même année, on achètera les personnages de la crèche de l’église que nous pouvons encore admirer chaque année, dans le temps des Fêtes à l’église de Deschambault.

Germaine à ses 80 ans au Vieux Presbytère, avec deux de ses petites-filles, Marie-Noël et Nathalie.

Germaine à ses 80 ans, au Vieux Presbytère, avec deux de ses petites-filles, Marie-Noël et Nathalie (coll. Madeleine Genest Bouillé).

1932 : Jeanne et Julien

Pour continuer ce voyage dans le temps, retrouvons-nous au matin du 30 août 1932, pour assister au mariage de Jeanne Petit et Julien Genest, en l’église de Deschambault. Comme je l’ai déjà mentionné, le marié était natif de Québec et il était  arrivé par chez-nous quelques années auparavant pour travailler à la Ferme-École du Gouvernement provincial. La photo de mariage avait été prise par un membre de la famille, près de la maison de  mon grand-père Petit, où avait lieu la noce, comme il se doit.

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Mariage de Jeanne Petit et Julien Genest (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Après le voyage à Ottawa et à Montréal, nos jeunes mariés logeront dans la même « petite route » que les parents de Jeanne, à l’étage de la belle maison victorienne, dont les propriétaires (les Trahan, si je me souviens bien), habitaient le rez-de-chaussée. Ce beau logement face au fleuve devenant trop exigu, Jeanne et Julien devront déménager après la naissance du quatrième enfant.

Si on regarde ce qui se passe un  peu partout dans le monde,  les années trente ne sont pas des plus prospères. On subit encore les ravages du Krach de 1929. Au Canada, on apprend que le chômage atteint le quart de la population active du pays. Le 21 janvier 1932, une nouvelle loi sur le suffrage féminin est votée à l’Assemblée législative, le résultat est encore négatif. C’est peut-être la raison pour laquelle ma mère, Jeanne, nous incitait à nous prévaloir de notre droit de vote;  elle nous  racontait combien ce droit avait été difficile à obtenir pour les femmes. Toujours à propos de la politique, en octobre, Maurice Duplessis est élu chef du Parti conservateur du Québec. Quelques années plus tard, en 1935, il fondera le Parti de l’Union Nationale.

En Allemagne, le Parti National Socialiste continue sur sa lancée. Au début de février, Hermann Göring est chargé de prendre le contrôle total de la Prusse, le gouvernement est déposé et le Parlement dissous. Le 28 du même mois, c’est la mise en place de la dictature nazie, le début du 3e Reich.

À Deschambault, Laurent Bouchard est alors maire; il a été élu en 1929 et sera en poste jusqu’en 1940. Les années 30 semblent assez prospères, puisque 1932 voit la construction de l’aqueduc municipal et en 1937, d’importants travaux seront effectués pour la rectification de la route nationale, l’actuel Chemin du Roy. La vie sociale est aussi active, si l’on en juge par des activités telle la célébration de la fête de la Saint-Catherine par le Cercle de Fermières. De même, le dimanche précédant Noël, une visite du Père Noël se faisait régulièrement, à la salle de réunion des dames Fermières, pour le plaisir des enfants.

Jeanne et Julien en 1956 (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Jeanne et Julien en 1956 (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Nos parents nous ont légué des habitudes de vie qu’ils tenaient de leurs familles respectives. Chacun d’eux nous a enseigné des manières de travailler aussi bien que des  façons de se divertir selon ce qu’ils avaient appris. Même les recettes de cuisine qui se transmettaient de mère à fille variaient d’un bout du village à l’autre. Nous avons gardé précieusement ces leçons de vie… elles sont devenues des traditions que nous laisserons  à nos descendants. Puissent-ils en faire don à leur tour à leurs enfants… C’est ainsi que s’écrit l’histoire d’une famille!

© Madeleine Genest Bouillé, 31 octobre 2016