Lisette

Un autre souvenir de 1952…

Je ne me souviens pas de ma première communion, j’avais à peine cinq ans. C’était lors de ma première messe de minuit. Tout ce que j’en sais, et c’est sans doute parce qu’on me l’a raconté, c’est qu’il y avait beaucoup de monde, c’était Noël! La chorale chantait fort, l’orgue résonnait… moi, je m’endormais et j’avais hâte de rentrer à la maison. J’étais décidément trop jeune. Pas vraiment de souvenir de ma Confirmation non plus, j’avais six ans, encore là, je me rappelle que l’église était pleine; il y avait le « Monseigneur », habillé de beaux vêtements dorés, c’était intimidant… et c’est tout! Déjà à cet âge, je n’aimais pas les foules, je ne les ai jamais aimées.

Ma Profession de Foi, par contre, m’a laissée des souvenirs très présents et avec tellement de détails! Cet évènement a été un moment marquant dans ma vie d’enfant. Si j’y reviens, c’est que, il y a quelque temps, en faisant du rangement, j’ai retrouvé la grande enveloppe où j’ai conservé les images pieuses reçues pendant mes années d’étudiante au couvent. À l’endos de plusieurs de ces images est inscrit le nom du donateur ou de la donatrice. On y voit souvent les mêmes représentations de Marie, de Jésus enfant ou du bon Berger avec ses brebis. 1950 étant une Année sainte, j’ai plusieurs images inspirées de ce thème avec le portrait du Pape Pie XII. Je regardais ces images colorées, certaines rehaussées d’une bordure dorée, quand je suis tombée sur une toute petite scène naïve, comme on en voyait beaucoup à l’époque, où on voit Jésus enfant sur un chemin bordé de fleurs, et tenant par la main un enfant plus petit. À l’endos, c’était signé « Lisette ». Forcément, cette image date de mai 1952.

Lisette était dans la même classe que moi et presque du même âge. Je la revois sur la photo de notre Profession de Foi. Étant parmi les moins grandes, nous étions dans le même banc en avant, dans la chapelle du couvent. Je me rappelle tellement bien la procession d’entrée. Au son de l’harmonium, nous chantions : « C’est le grand jour… » Nous marchions pieusement, à petits pas. Les beaux chants, la belle musique, m’ont toujours émue. J’avançais donc, la larme à l’œil et je devais prendre garde que le cierge allumé ne coule pas sur ma robe blanche; il me fallait aussi faire attention à mon voile qui glissait de mes cheveux.

Nous sommes enfin arrivés à nos bancs, les garçons d’un côté de la nef, les filles de l’autre. Ma robe était jolie, mais plusieurs de mes compagnes plus fortunées, dont Lisette, la fille du docteur, portaient des robes longues, tandis que la mienne était de la même longueur que mes autres robes. On avait tenté de me persuader que c’était plus pratique, puisque je pourrais la reporter. On m’avait dit aussi que l’important en ce grand jour, ce n’était pas la robe… j’étais quand même déçue. La célébration ayant lieu le matin de ce jeudi de l’Ascension, nous avions congé le reste de la journée. De retour à la maison, je me suis empressée de changer de vêtement: il ne fallait pas salir la robe banche! Un bon dîner avec mes mets préférés et un magnifique gâteau en forme de livre ouvert, ont pour un temps chassé de mon esprit la déception vestimentaire. Le lendemain, dans la classe de sixième, plusieurs compagnes échangeaient des images signées de leur main. C’est sûrement à cette occasion que j’ai reçu de Lisette cette image dont elle avait distribué un exemplaire à chacune des filles de la classe.

Au cours de l’été qui suivit, par une belle journée ensoleillée, une triste nouvelle nous est parvenue. Lisette, qui séjournait au chalet d’un de ses oncles au Lac Saint-Joseph, s’était noyée alors qu’elle faisait du canot avec ses cousins. C’était une terrible épreuve pour la famille du docteur, qui comptait alors quatre enfants, Lisette étant la deuxième. Je me souviens être allée avec les autres élèves de la classe et les religieuses du couvent faire une visite de circonstance à la résidence de la famille. Dans le salon aux tentures closes, entourée de fleurs blanches et de cierges, Lisette était exposée dans sa belle robe et son voile de communiante. Jamais auparavant je n’avais assisté à un évènement semblable et comme mes compagnes, j’étais très impressionnée. Je ne pouvais ni prier, ni parler. J’entendais vaguement la religieuse qui entonnait : « Au ciel, au ciel… j’irai la voir un jour. » Je regardais la jeune morte, ne pouvant en détacher mes yeux. Ce souvenir de l’été de mes dix ans m’est souvent revenu à la mémoire. Pour la première fois, j’étais confrontée à la fragilité de l’existence.

Voilà! Des images pieuses, une robe blanche et le décès d’une enfant… Toutes ces choses conservées dans les tiroirs de ma mémoire pour me rappeler l’importance de vivre pleinement chaque jour de ma vie!

© Madeleine Genest Bouillé, 2015

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3 réflexions sur “Lisette

  1. Bravo Madeleine tu nous ramènes, aux souvenirs de ces sacrements que nous avons reçu et moi aussi j’ai souvenir de vêtements qui n’étaient pas à mon goût…

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    • Bonjour Madeleine,
      Je me souviens très bien du décès de Lisette Roy. Nos vacances avaient été perturbées pour une bonne période. Triste souvenir.

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    • J’ai tardé à répondre…ma science de l’informatique est limitée…Mais j’aime bien raconter ces moments de ma jeunesse que tant de filles ont partagé. Nous avons toutes des souvenirs de cérémonies à l’église. Et aussi je pense que toutes les filles se rappellent de vêtements en particulier, ceux qu’on a aimé et les autres.

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