Question de parlure – 1ère partie

Une journée où il faisait un vent glacial «à écorner les bœufs», j’ai décidé malgré tout de prendre une petite marche. La figure à moitié cachée par mon «nuage», je me suis surprise à rire toute seule. Je marchais courbée face au vent, et je me suis rappelée cette vieille expression de ma grand-mère :  «Tu t’en vas le dos rond comme une chenille qui s’en va aux Vêpres». Je dirais ça aujourd’hui et personne n’y comprendrait rien. C’est une des expressions les plus imagées que je connaisse. Il m’arrive parfois, l’été, de regarder marcher (si on peut dire) une chenille, une  belle, celle qu’on appelle «minou-castor». Effectivement, elles se déplacent en arrondissant le dos.

Pour ce qui est des Vêpres, il s’agissait autrefois de cette partie de la Liturgie des Heures qui était célébrée le dimanche soir, sauf en hiver ou pour éviter une deuxième sortie aux paroissiens qui demeuraient loin de l’église, le curé chantait cet office vespéral sitôt la messe achevée. Pendant la belle saison, nous retournions donc, avec plus ou moins d’ardeur, prier après le souper du dimanche. Souvent les femmes demeuraient à la maison pour faire la vaisselle, si bien que l’assistance était composée surtout de personnes âgées, d’enfants impatients de retourner jouer encore un peu, et de pères repus, baillant aux corneilles, parfois même cognant des clous! La fatigue de la journée, la digestion laborieuse ou la perspective de commencer une semaine de dur labeur faisaient peut-être courber le dos de ces bonnes gens qui se rendaient accomplir leur dernier devoir dominical!

Tout ce qui entourait la pratique religieuse avait sa part d’expressions toutes plus savoureuses les unes que les autres. Ainsi, les bonnes âmes qu’on appelait chez nous des «rongeuses de balustre», et qui surveillaient aussi bien les jeunesses qui avaient «fêté Pâques avant les Rameaux» que les mécréants qui faisaient «des Pâques de renard». Certaines dames pas assez occupées, à mon humble avis, n’avait pour toute distraction que celle de noter les mariages célébrés durant l’année et ensuite, de compter les mois avant le premier baptême… Si le bébé arrivait trop vite d’après leur calcul, c’était donc, parce que les jeunes parents avaient fêté Pâques avant les Rameaux! Quant aux impies qui ne faisaient pas leurs Pâques durant la Semaine sainte comme il se devait, et qui attendait le dimanche de Quasimodo (le dimanche après Pâques), la date limite pour accomplir ce devoir important, ils étaient pointés du doigt : ils avaient fait des Pâques de renard!

À suivre pour d’autres tournures de la parlure de par chez nous!

© Madeleine Genest Bouillé 2015

Publicités

Une réflexion sur “Question de parlure – 1ère partie

  1. Quel plaisir de vous lire belle dame Madeleine.
    Vous nous faites redécouvrir des souvenirs du passé avec une prose qui s’adresse directement à nos cœurs! et qui nous charme .
    Merci pour ce « PPJ » ( petit projet joyeux) partagé avec nous.
    Affectueusement,
    Gilles Sénéchal et Louise Bérubé

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s