Mon village

IMG_20160428_0004Mon village m’appartient. Il n’appartient pas qu’à moi, c’est bien sûr. Mais j’y suis attachée et je crois que rien ne pourrait m’en défaire. J’ai toujours vécu à Deschambault. Toutes ces années, ce sont autant de matins, de couchers de soleil, de clairs de lune. Des printemps fous, des étés odorants, des automnes lumineux, des Noëls magiques et des hivers emmitouflés. Chaque événement de ma vie est inscrit dans le décor de ce village; c’est le théâtre où s’est déroulée mon histoire et c’est ici que je voudrais qu’elle se termine.

Je suis née à Deschambault et j’y ai des racines. Pas du côté paternel cependant. À l’inverse du vieux dicton qui disait « Qui prend mari, prend pays », c’est mon père qui, en prenant épouse, y a pris aussi pays! Mes racines dans ce village me viennent de la famille de ma mère, alors qu’en 1774, Augustin Petit partait de Cap-Santé pour venir s’établir à Deschambault avec son épouse Marie-Josèphe Godin. Le 20 août 1799, son fils Nicolas épousait Angélique Marcotte en l’église de Deschambault, et depuis ce jour, la famille Petit a tenu « feu et lieu » comme on disait alors, dans notre patelin. Dans un précédent grain de sel, où je parlais de mes ancêtres, j’ai mentionné que ma grand-mère maternelle, Blanche Paquin avait épousé son cousin Edmond Petit en 1903. On sait que la famille Paquin est l’une des familles-souche de Deschambault. L’ancêtre Nicolas avait d’abord épousé Marie-Anne Perreault de qui il a eu plusieurs enfants. Devenu veuf, il s’est remarié à Thérèse Grosleau; c’est donc de cette deuxième épouse que descend notre parentèle du côté Paquin. Autrefois à Deschambault, l’arbre des Paquin portait plusieurs branches; tenez, en 1900, on comptait dix-sept familles portant ce nom, dont plusieurs n’étaient apparentées que du coin gauche de la fesse gauche. C’est vous dire! À cette époque, on retrouvait beaucoup de familles portant le même nom, en plus des Paquin, il y avait les Gauthier, les Mayrand, les Delisle, les Gariépy, et combien d’autres. Souvent, on identifiait les familles du même nom, en y ajoutant le prénom de l’ancêtre, ou encore on donnait des surnoms. Ah! C’est qu’il y en avait des surnoms! Certains étaient parfois cocasses : Minou, Mignon, Cârisse, La Blague, La Palette, La Misère. Il serait bien difficile aujourd’hui de retrouver l’origine de tous ces « petits noms ».

Photo de Fernand Genest, 1977.

Photo de Fernand Genest, 1977.

Mon village est vieux. Mieux que vieux, je dirais qu’il est vénérable. Tout le monde sait – ou doit savoir – que tout a commencé par une seigneurie concédée en 1640,  puis une autre un peu plus tard, puis en 1713, c’est enfin devenu une paroisse. C’était bien avant qu’on parle de municipalité. Cette désignation est venue plus tard, avec les Anglais.  Après que les habitants eurent défriché toutes les terres longeant le fleuve, ils ont ouvert un deuxième, puis un troisième, puis un quatrième rang… peut-être bien aussi un cinquième, je ne sais plus.  Ces rangs ont fini par devenir une paroisse, Saint-Gilbert, puis d’autres paroisses ont été fondées à mesure que les bois reculaient pour faire place aux maisons des colons.

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Photo de Patrick Bouillé, 2015.

Beaucoup de vieilles maisons témoignent de la vie autrefois. Et si on compte maintenant plusieurs nouvelles familles, il demeure que les noms des anciens sont encore bien vivaces, même si les descendants n’habitent pas toujours sur le bien des ancêtres.  Comme dans la plupart des vieux villages, de nouvelles rues ont été tracées et de nouvelles résidences y ont été construites. C’est bon qu’il y ait du sang neuf, ça empêche de s’étioler.  L’important, c’est la vie qui continue avec les enfants qui vont à l’école, qui déambulent à vélo durant la belle saison et qui, l’hiver venu, construisent des bonhommes de neige qui saluent les passants!

Si mes aïeuls revenaient, ils seraient étonnés et sans doute aussi amusés de voir le nombre toujours croissant de touristes qui débarquent sur le cap Lauzon chaque été, et même en automne. Ces gens provenant de tous les coins de la planète – comment une planète ronde peut-elle avoir des coins?… Mais passons! Je disais donc que ces gens venus d’un peu partout viennent admirer le fleuve, la rue de l’Église et le magnifique point de vue qu’on a justement du haut du cap.  En fait, il n’est pas très haut ce cap. C’est surtout cette façon qu’il a de s’avancer dans le fleuve comme par exprès, pour faire admirer les bâtisses anciennes qui y sont situées, comme une coquette qui veut attirer l’attention.

Église Deschambault - Extérieur - nb - 010K1 845Autrefois, le cap était couvert de pins qui formaient  comme un rempart faisant  face aux grands vents qui s’engouffrent du nordet et qui font gronder les vagues sur les cailloux de la grève.  Quand ces vents s’accompagnent de pluie ou de neige, c’est une vraie furie! C’est alors qu’on les trouve accueillantes comme jamais, nos chères vieilles bâtisses en pierre : l’église, le couvent, les vieux presbytères sans curé…Du temps de ma mère, le cap, c’était le lieu de rendez-vous du dimanche après-midi. Plusieurs vieilles photos de l’album de famille montrent de joyeux groupes de filles et de garçons endimanchés posant sur le cap. Qu’ils ont l’air heureux ces belles jeunesses des années trente! On pouvait paraît-il aller cueillir des framboises, des mûres, faire des pique-niques, se promener tout au long de petits sentiers tortueux et même descendre sur la grève.  L’autre endroit de prédilection des jeunes du village était le quai, là encore, maintes photos rappellent les beaux moments  de cette époque.

Photo de Patrick Bouillé, 2016.

Photo de Patrick Bouillé, 2016.

Il y a toujours un quai; on peut aller s’y promener et admirer la vue incomparable qu’on a de la petite rue Saint-Joseph et du cap Lauzon avec ses édifices séculaires. Et sur le cap,  même s’il n’y a plus de grands pins pour retenir le vent, on a retracé les sentiers d’autrefois, on les a bordés de fleurs. Alors les amoureux d’aujourd’hui peuvent, comme jadis mes parents, se conter fleurette en admirant les splendeurs que leur offre la nature.  Il y a même un escalier pour aller près du fleuve, avec des paliers qui permettent de souffler quand on n’est plus aussi alerte et qu’on veut se ménager.

photos jacmado 270809 149Mon village m’appartient, mais je lui appartiens également. Je l’aime tout le long et tout le tour. J’aime la vieille route maganée qui passe à côté de chez moi et où je me promène par les beaux jours. J’aime le murmure de la rivière, les champs qui changent de toilette au gré des saisons. Et j’aime le fleuve forcément. C’est lui qui donne le ton, lui qui dessine le relief, qui met la couleur, le mouvement. La route principale chemine près du fleuve sur la plus belle partie de son parcours, soit qu’elle le surplombe ou qu’elle le frôle; les deux ne se quittent jamais bien longtemps. Quel que soit l’endroit où vous habitez à Deschambault, le fleuve n’est jamais loin.  Vous ne le voyez peut-être pas, mais souvent vous le sentez et les goélands qui font la course en criant jusqu’au bout des terres, annoncent sa présence.

Je le dis parce que j’en suis convaincue : même si j’avais la possibilité de faire le tour du monde,  je sais que le seul endroit où je veux vivre, c’est dans ce village qui m’a vu naître et grandir, qui a abrité ma jeunesse, mes amours, ma famille, et qui bercera, je l’espère,  ma vieillesse jusqu’à la fin!

(Paru dans Récits du Bord de l’eau, 2008.)

© Madeleine Genest Bouillé, 29 avril 2016

Dans le bon vieux temps

IMG_20160422_0001C’était en mai 1982, lors d’une soirée de l’Âge d’Or – aujourd’hui la Fadoq, j’avais mimé cette chanson Dans le bon vieux temps, avec un compagnon de la chorale. À l’époque, nous devions nous poudrer les cheveux pour rendre le « Vieux » et la « Vieille » plus crédibles… Voici cette chanson de deux vieux qui se rappellent de doux souvenirs :

Lui :
« Dis-moi, te souviens-tu ma vieille, du temps où je te courtisais
Ma tuque par-dessus l’oreille, chez ton vieux père, j’arrivais.
Au trot de ma vieille jument, veiller chez vous à Saint-Constant. »

Elle :
« Je m’assoyais près de la fournaise, et bien émue, je t’attendais
Toi, tu plaçais toujours ta chaise, près de la mienne quand t’arrivais.
Bien trop proche, nous disait maman, qui chaperonnait en tricotant. »

Lui :
« Quand ta mère piquait son somme, avec son tricot sur ses genoux.
Et que ton père, le brave homme, fumant sa pipe, cognait des clous
Moi, je profitais de ce moment, pour t’embrasser bien tendrement »

 Elle :
« Tu m’embrassais, vieil haïssable! Et ta barbe me piquait le menton.
De t’arrêter, j’étais pas capable. Pour dire franchement, je trouvais ça bon.
En se réveillant, papa te chassait. Au bout de trois jours, tu revenais. »

Refrain :
« Dans le bon vieux temps, ça se passait de même
Ça se passait de même dans le bon vieux temps. »

IMG_20160421_0003Ce refrain me tourne souvent dans la tête quand je regarde mes photos du temps passé. Il est vrai que pendant longtemps, les fréquentations sérieuses, c’est-à-dire celles qui devaient conduire au mariage, étaient la plupart du temps les seules qui étaient tolérées dans les bonnes familles. D’abord faisons la distinction entre le « soupirant » et le « prétendant »; le soupirant n’a pas encore été admis à fréquenter la jeune fille qu’il convoite, alors il soupire! Tandis que le prétendant a reçu la permission « d’accrocher son fanal », comme on disait autrefois. Et il passe les « bons soirs » chez sa promise en observant les usages autant que les dix commandements de Dieu! Je reviens à l’essentiel de mon propos. Le soupirant devait demander aux parents la permission de courtiser  leur fille, en promettant que c’était pour le « bon motif ». Et alors commençaient les visites  du prétendant, les bons soirs, soit les jeudis, samedis et dimanches, ou autres, selon  les habitudes de la famille. Évidemment, même si les amoureux étaient seuls dans le salon, la porte restait ouverte et il y avait toujours un chaperon assis pas loin, pour avoir l’œil sur ce qui se passait, ou plutôt pour s’assurer qu’il ne se passait rien! Souvent le dimanche après-midi était réservé aux visites dans la parenté; il va sans dire que les jeunes gens  étaient accompagnés d’un frère ou d’une sœur, chaperonnage oblige! Des anecdotes à ce sujet laissent croire que les couples devaient souvent « acheter » la complicité des chaperons. Quand les surveillants étaient des enfants, des friandises pouvaient faire l’affaire. S’il s’agissait d’un frère ou d’une sœur plus âgés, il fallait parfois promettre  diverses récompenses, allant du prêt d’un bijou ou d’autre chose, jusqu’à l’échange d’une corvée plus ou moins désagréable. Les futurs mariés devaient ruser pour s’octroyer  quelques moments d’intimité. Les longues fréquentations étant déconseillées, on peut en déduire que les fiancés s’épousaient souvent sans vraiment se connaître. Mais, dans « le bon vieux temps », quand on se mariait, c’était pour la vie!

MadoJacDans ma jeunesse, quand on veillait « au salon », le chaperonnage était plus discret. Et dans la plupart des familles, on pouvait sortir ensemble, sans être accompagné… avec seulement promesse de se bien conduire et ne pas rentrer trop tard! Mais cette pratique variait selon les familles, ainsi j’ai souvenance d’avoir joué le rôle du chaperon, avec une amie, dont la mère était plus sévère. Quand la grande sœur allait au cinéma avec son prétendant, parfois nous devions les accompagner… Nous trouvions alors cette tâche très agréable! Et j’étais loin de penser que quelques années plus tard, ce serait mon tour de sortir avec un garçon en souhaitant ne pas être obligée de subir la présence d’un chaperon.

De mon temps, quand le soupirant arrivait chez les parents de sa bien-aimée, il était de bon ton de passer tout d’abord un moment dans la cuisine avec les futurs beaux-parents  pour jaser de choses et d’autres… et parfois aussi de prendre le temps de jouer une partie de cartes. Cet intermède donnait ainsi aux parents de même qu’au jeune homme l’occasion de faire mutuellement connaissance. Je me souviens cependant d’un certain soupirant qui écourtait autant que possible cette entrée en matière, où il se sentait comme observé à la loupe… Mais il fallait bien passer par là, ça faisait partie du processus de fréquentations « pour le bon motif »!

Ah oui, vraiment! Ça se passait de même dans le bon vieux temps!

© Madeleine Genest Bouillé, 25 avril 2016

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Images de la vie d’autrefois: les années 40

IMG_20160416_0001Qui se souvient de l’Hôtel Maple Leaf? Si ça ne vous rappelle rien, j’imagine que vous reconnaissez cette maison, très bien entretenue et qui a toujours fière allure! En ce 25 août 1943, on y célébrait les noces d’une demoiselle Marchildon, dont la famille demeurait à Deschambault, à quelques lieues de l’hôtel. Elle épousait un industriel québécois établi à Fall-River… C’est d’ailleurs dans cette petite ville  du Massachussett qu’elle a passé le reste de sa vie. Peut-être êtes-vous surpris par le nom anglophone de l’hôtel? C’était semble-t-il meilleur pour le tourisme si on démontrait qu’on parlait, ou du moins, qu’on comprenait l’anglais. À Deschambault, il y avait aussi l’Hôtel Winterstage – l’ancien relais de poste – et les quelques boutiques de souvenirs qui affichaient aussi en anglais. Tourisme oblige!

IMG_20160416_0002On est toujours en 1943… La bâtisse qu’on voit sur cette photo deviendra un jour le « Manoir du Boulevard ». Mais au moment où la photo a été prise, c’était un atelier où l’on fabriquait des fleurs en papier crêpé. Catherine Robert était la propriétaire de cette entreprise; elle est quelque part sur la photo avec ses employés, mais malheureusement,  je ne peux pas l’identifier. Catherine Robert était la sœur de Théodore, qui devint plus tard le premier propriétaire de l’hôtel. D’après ce que j’en sais, elle était aussi la sœur de Louis Robert qui fut propriétaire du Château de Pierre (sur ce sujet, je vous invite à lire Lady Alys et le Château de Pierre).

IMG_20160416_0004Dans les années 40, ça jouait au baseball à Deschambault. J’ai appris qu’on y avait une des meilleures équipes du comté! La photo date de 1945, on reconnaît quelques-uns des frères Gauthier, fils de M. J.B.H. Gauthier, le fondateur des Autobus Gauthier (le garage de la compagnie était situé où l’on retrouve aujourd’hui la caserne des pompiers). Sur le banc, près de l’entraîneur, je reconnais aussi M. Raymond Paré, qui fut propriétaire du Magasin Paré. Je vous laisse le soin de retrouver des connaissances… avec une bonne loupe, c’est possible!

IMG_20160415_0008Cette photo date du 4 juillet 1945. On m’a dit que c’était la soirée d’adieu au célibat de M. Dominique Chalifour, qui épousait une demoiselle Naud. La photo n’est pas très nette, mais on peut quand même identifier plusieurs personnes. Je ne sais pas qui était le guitariste, mais on reconnaît très bien M. Richard Chénard avec son violon. C’était paraît-il toute une fête! L’événement avait lieu à la Salle Saint-Laurent… ça ne vous dit rien? C’était la salle que mon grand-oncle Alfred Petit avait annexée à sa maison – aujourd’hui la maison Vézina. Une très belle salle à ce qu’on m’a raconté!

IMG_20160416_0003Nous sommes le 21 juin 1947. Les mariés de sont pas de la première jeunesse… La mariée s’appelle Marie-Louise Marcotte. Comme beaucoup de gens, je l’ai bien connue; elle avait beaucoup de caractère et une voix qu’on ne pouvait oublier. Après le décès de son époux, elle avait eu l’idée de faire du taxi, et pourquoi pas? Il fallait d’abord qu’elle apprenne à conduire… ce qu’elle fit. Il n’y avait rien à son épreuve; n’avait-elle pas épousé un « vieux garçon », comme on disait dans le temps? À une certaine époque, où le théâtre était florissant à Deschambault, Marie-Louise était de toutes les pièces où elle excellait dans les rôles comiques. Parlons maintenant du marié, « vieux garçon » peut-être, mais qui avait une belle prestance! Il s’agit de Louis-Philippe Proulx, qui fut maire de Deschambault de 1940 à 1947. Drôle de coïncidence, la noce avait lieu chez la tante de M. Proulx, Mademoiselle Anna Morin. Et la maison des Morin est justement celle où notre famille a habité à partir de 1949.

Et maintenant, amusez-vous à reconnaître les joueurs de balle et les invités de la fête…

© Madeleine Genest Bouillé, 18 avril 2016

Note: toutes les photographies proviennent de mes albums, sauf celle qui suit, de l’hôtel Maple Leaf.

L'hôtel Maple Leaf (source: site Internet de Culture et patrimoine Deschambault-Grondines).

L’hôtel Maple Leaf (source: site Internet de Culture et patrimoine Deschambault-Grondines).

Images de la vie d’autrefois: les années 30

IMG_20160415_0001Je regarde mes vieilles photos. Il y a vraiment de tout! Quelques-unes retiennent mon attention, en ce soir d’avril où j’aimerais avoir quelques dizaines d’années de moins… avec un dos en meilleur état! C’est sans doute ce qui me donne le goût d’aller faire un tour dans le temps passé, en partageant avec vous certaines de ces images qui me racontent les événements d’une autre époque. Voici tout d’abord une toute petite photo qui provient de la famille de mon mari. Cette grotte abritant une statue de Marie avait été érigée à l’endroit où est située la maison de notre neveu et voisin, Germain Bouillé. On ne connaît pas la date de la photo, ni celle de la construction de cette grotte, qui était entourée d’arbres. La jeune fille qui nous tourne le dos serait une des aînées de la famille, soit Marie-Marthe ou Marie-Claire. Peut-être était-ce un soir du mois de mai où l’on chantait « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau »…

IMG_20160415_0002Derrière cette photo, une « belle main d’écriture » a noté ceci : « Dimanche 18 mai 1930. Ruben Thibodeau, Corps de Cadets E. Plessis. Montréal ».  Ruben était l’unique garçon et le cadet d’une famille qui comptait quatre filles. La photo avait été donnée à Aurore Thibodeau-Laplante, dont il était le neveu. N’est-ce pas qu’il a l’air sérieux dans son uniforme de cadet! Des années plus tard, un été, j’avais peut-être 5 ou 6 ans, j’ai fait la connaissance de Ruben. Il était venu rendre visite à sa tante Aurore; c’était alors un monsieur très chic. Les cheveux noirs et luisants de brillantine, il était tout de blanc vêtu, de plus, il portait des souliers de deux couleurs, bruns et blancs. On disait de lui qu’il ressemblait à Rudolf Valentino. Mais moi, ce qui m’avait impressionnée, c’était sa voiture décapotable, noire et blanche. Je n’en avais jamais vu de semblable!

IMG_20160415_0003Encore une photo qui nous vient de Montréal! De la même écriture fine que la précédente, il est simplement écrit : « Juin 1931, Roch, 49 ans ». Roch Thibodeau était le frère d’Aurore. On disait de lui « qu’il avait réussi ». Pour preuve, la superbe voiture, l’élégance du costume et surtout, l’allure! Je ne me souviens pas quel métier il exerçait, mais je sais qu’il était marguillier dans sa paroisse. C’était donc un homme respectable!

IMG_20160415_0004Datée de 1934, cette photo  a sûrement été prise  au printemps. Après avoir « marché au catéchisme », les jeunes qui achevaient leur cours primaire, faisaient leur communion solennelle. Marie-Paule Laplante pose ainsi, fièrement dans sa belle robe de communiante, en face de la maison de ses parents. La communion solennelle qu’on appelait aussi Profession de foi, était un événement important; il marquait le passage de l’enfance à l’adolescence. Pour certains, c’était parfois la fin des études, surtout pour les jeunes qui avaient atteint l’âge de 14 ou 15 ans. On reconnaît la maison de M. Claude Gignac, qui appartenait alors à son grand-père, M. Ulric Gignac… un solide  monsieur qui a vécu plus de 100 ans.

Je vous reviens avec d’autres images de la vie d’autrefois, à Deschambault!

© Madeleine Genest Bouillé, 16 avril 2016

Lady Alys et le Château de Pierre

001Si vous avez 70 ans et plus, et que vous êtes né à Deschambault, vous avez sûrement entendu parler de ce superbe hôtel qui s’élevait tout près de l’embouchure de la rivière Belle-Isle. Si vous avez quelque dix ans de plus, vous y êtes peut-être déjà allé prendre un verre ou assister à un spectacle… Aujourd’hui, chacun peut voir les ruines – très bien entretenues – qui se dressent encore, mélancoliques témoins de l’époque glorieuse d’un hôtel dont on disait qu’il était « le plus beau entre Québec et Montréal »!

L’Histoire raconte qu’il y eut tout d’abord un moulin habité dans les années 1760 par Charles Raymond, qui exerçait le métier de meunier. Il acheta en 1769 avec Jean Bouillé une terre du côté ouest de la rivière. Vers la fin du XIXe siècle, Zéphirin Perreault aurait fait du moulin son atelier. Perreault, architecte de renom, habitait la belle maison victorienne, qu’on appelle aujourd’hui l’Auberge sur le Chemin du Roy.

L'hôtel Chateau de Pierre (coll. CARP).

L’hôtel Château de Pierre (coll. CARP).

Plus tard, un promoteur, conscient du potentiel touristique du lieu, érigea sur les ruines du moulin abandonné un luxueux hôtel appelé « Le Vieux Moulin ». Un article de journal de 1947 faisait ainsi la description de la propriété, alors à vendre : « Vaste bâtiment de construction solide, en pierre.  Intérieur flambant neuf, et fini moderne.  Cuisine ultra-moderne et complète.  Salle à dîner de 32 tables.  31 chambres avec eau courante.  Situé à mi-chemin entre Québec et Montréal, au bord du fleuve.  CENTRE TOURISTIQUE PAR EXCELLENCE.  Site pittoresque, avec possibilité d’agrandissement.  S’adresser à Lucien Charest, syndic licencié, 85, St-Pierre, Québec. »

Les photographies de l’époque nous révèlent une construction d’aspect monumental, avec trois étages d’occupation et un toit plat. L’hôtel sera plus tard coiffé d’un pignon à deux versants droits, ajoutant un quatrième étage d’occupation. L’hôtel porte alors le nom de « Château de Pierre ».

IMG_20160412_0010Le Château de Pierre a brulé une nuit d’avril 1952. Un article de journal fait état du sinistre : « La nuit dernière, le feu a consumé l’hôtel connu sous le nom de « Château de Pierre », causant des pertes évaluées à 100,000.$  Les flammes vraisemblablement allumées par un court-circuit ont forcé les résidents à sortir en vêtements de nuit.  L’hôtellerie renfermait  25 chambres et passait pour l’un des plus confortables entre Québec et Montréal.  Le propriétaire en est M. Louis Robert, homme d’affaires de Québec. »

Alys Roby en 1947, alors au sommet de sa gloire.

Alys Robi en 1947, alors au sommet de sa gloire.

Le Château de Pierre a brûlé, emportant avec lui l’écho des soirées endiablées qui s’y déroulaient. Ma sœur aînée m’a raconté qu’il se pourrait bien que les ruines paisibles conservent dans leur enclos le « jonc de mariage » de la chanteuse Alys Robi! En effet,  la célèbre artiste de cabaret est jadis venue chanter au Château de Pierre. Ce spectacle aurait eu lieu vers la fin des années quarante. On se souvient qu’Alys Robi avait la réputation d’être une femme de caractère, « tout feu, toute flamme »! Il semblerait que ce soir-là, après le tour de chant, quelqu’un de son entourage lui aurait appris – à tort ou à raison? – que son mari la trompait. Furieuse, la chanteuse lança alors son alliance au bout de son bras. On ne sait pas si cela se passait à l’intérieur ou à l’extérieur de l’hôtel. Le bijou s’est peut-être retrouvé dans la rivière, puis dans le fleuve… ou bien il a été égaré sur le terrain avoisinant l’hôtel, et soit avec les années, il s’est enfoncé dans le sol, soit quelqu’un l’a retrouvé et l’a gardé, ou encore l’a vendu. On ne saura sans doute jamais! Ce sont ces incertitudes qui ajoutent du mystère aux légendes.

Toujours à propos du Château de Pierre,  je vous raconte cette anecdote : le curé du temps avait mis ses paroissiens en garde contre ce qui se passait de « pas catholique » dans un certain endroit qu’il ne nommait pas, mais que chacun identifiait aisément. Il concluait en disant : « Il va sûrement arriver quelque chose ».  À ce qu’on m’a dit, ces paroles ont été prononcées peu de temps avant l’incendie de l’hôtel. Aurore Thibodeau Laplante, qui m’a raconté cette anecdote, aurait aujourd’hui 124 ans, et elle en racontait des choses! C’était un livre d’Histoire vivant : le ton, l’expression, le mime, tout y était. Elle est décédée en 1975 et comme vous pouvez le constater, je ne l’ai pas oubliée… il y a des gens comme ça!

© Madeleine Genest Bouillé, 12 avril 2016

En-tête de papier à lettre de l'hôtel Le Château de pierre.

En-tête de papier à lettre de l’hôtel Le Château de pierre.

L’économie domestique, 2e partie

IMG_20160408_0003Dans le deuxième volume, on apprend d’abord que « la maison est l’abri et la protection de la famille. » On n’y va pas par quatre chemins : « L’individualisme, le communisme, la fascisme, le nazisme, le capitalisme mal compris et mal exercé sont les ennemis de la maison et de la famille. » Dans le premier chapitre, on nous met tout de suite sur la défensive : « La sécurité matérielle et économique exige des travaux de défense contre les multiples attaques qui sont d’abord, l’alcoolisme, la tuberculose, les maladies contagieuses, l’absence d’hygiène. Ensuite vient l’excès dans les amusements, les veillées trop nombreuses et trop prolongées, les sports qui s’attaquent aussi à la santé, les bavardages et les commérages. Un péril plus grand encore, peut-être, c’est la pression des réclames et des annonces… qui se traduit par la démangeaison d’acheter et de renouveler trop tôt certains articles. » On pointait déjà du doigt les ravages de la publicité abusive!

L’alternative à ces périls qui menacent la famille, c’est l’offensive pour promouvoir le bien. Je résume; c’est d’abord la morale et la religion : « Les parents feront la lutte à l’immoralité, en assurant  la bonne observance au jour du Seigneur… La famille fera une large part aux bonnes et simples vertus naturelles, telles la franchise, la sincérité et l’honneur. La vie intellectuelle mérite aussi une offensive. On donnera aux enfants l’avantage de fréquenter longtemps les écoles, le goût de la lecture; dans les programmes radiophoniques, on accordera la préférence aux causeries instructives. On surveillera les conversations pour en éliminer les propos risqués; les « illustrés » de certains journaux seront relégués à l’ombre ou jetés à la poubelle… »   

IMG_20160405_0005On en vient enfin à l’organisation matérielle de la famille. Un horaire journalier est proposé, qui ne laisse aucune place à l’improvisation : « 6h00 : lever des grandes personnes, toilette, prière et préparation du déjeuner.  6h30 : déjeuner des grandes personnes et lever des enfants. 7h00 : départ du père pour l’ouvrage. Les enfants déjeunent puis repassent leurs leçons. Les jeunes filles lavent la vaisselle du déjeuner. La mère lave les bébés et fait leur toilette. 7h30 : déjeuner des bébés suivi de leur « somme ». 8h00 : départ des enfants pour l’école et nettoyage quotidien des chambres par les jeunes filles, autre travail pour la mère. 9h00 à 10h30 : occupation hebdomadaire (voir le tableau suivant). 10h30 : préparation du dîner. Midi : dîner. 12h30 : lavage de la vaisselle, la mère couche les bébés. 1h00 : rangement de la vaisselle et de la salle à manger. 1h30 : toilette de l’après-midi.  2h00 : promenade des bébés, couture ou travail d’imprévu, les bébés sont confiés aux jeunes filles ou installés pour jouer à portée de la vue. 4h30 : retour des enfants de l’école. Goûter. Récréation au grand air. 5h00 : étude des enfants, la mère et les filles préparent le souper, le père revient du travail. 5h30 : souper des bébés et leur coucher. 6h00 : souper de la famille. 6h30 : lavage de la vaisselle, rangement de la cuisine et de la salle à manger, les enfants jouent. 7h30 : prière du soir en famille. Veillée dans la salle, les enfants font leurs devoirs, la mère et ses filles causent ou font quelque travail d’agrément. Le père lit son journal. Entre 9h00 et 10h00 : coucher de la famille. » Espérons que le père n’a pas été dérangé dans la lecture de son journal…

IMG_20160405_0003Le manuel décrivait ensuite l’horaire hebdomadaire de la maîtresse de maison. Cet horaire précis m’intriguait car il ne ressemblait en rien à ce que nous vivions chez nous, sauf le lavage du lundi… qui se prolongeait parfois le mardi!  « Lundi : lavage. Mardi : repassage. Mercredi : raccommodage et confection. Jeudi : Confection ou sortie pour emplettes et visites. Vendredi : ménage d’une partie de la maison : les chambres et le salon. Samedi : Ménage des autres pièces : salle, cuisine, chambre de bain, toilette, etc. » On ne parle évidemment pas du dimanche qui étant le jour du Seigneur, implique la messe, le dîner en famille; dans l’après-midi,  on reçoit ou on visite la parenté… et le soir on assiste aux Vêpres!

IMG_20160405_0007Un des derniers chapitres parle des RÈGLES DU SAVOIR-VIVRE. L’enseignement s’étend du « salut à la poignée de main, de la politesse au téléphone, et on en vient aux réceptions et relations de société. » On y parle des « soirées intimes », des « fêtes de famille », des « visites » et même de la « correspondance ». L’étiquette était très précise selon qu’on recevait des parents, des amis intimes ou d’autres personnes, et c’était la même chose pour les visites. Je vous livre un extrait du paragraphe « soirées intimes » : «Ces réunions révèlent plutôt un caractère d’intimité. Tout en causant on partage le temps agréablement entre les travaux à l’aiguille, les jeux d’esprit, le chant et la musique; des cartes et des tables sont à la disposition des amateurs de jeux. »

Au chapitre des Fêtes de famille, on souligne ceci : « Il est du devoir de la maîtresse de maison de maintenir et de respecter les liens de la plus douce fraternité, et de voiler tout ce qui contrarie l’affection entre les frères et les sœurs. Les principaux anniversaires, célébrés en commun, sont des évènements qui auréolent de joie le front parfois trop attristés de nos aïeuls. » Ensuite vient le délicat chapitre des « visites ». Des visites « du jour de l’An aux visites de condoléances, on passe par les visites de départ et de retour de voyage, visites aux malades, visites de retour de noces et visites de convenances ». Il y en a pour trois pages!

Nous arrivons enfin au chapitre de la correspondance. Au temps où le téléphone encore récent était utilisé surtout pour affaires et conversation urgentes, donc brèves, on écrivait beaucoup!  On écrivait aux membres de la famille absents, on écrivait aussi des « lettres de civilité » : lettres de remerciements, annonce d’un événement heureux ou malheureux, pour exprimer nos vœux de bonne année ou d’anniversaire, invitation, etc. Il y avait évidemment les lettres d’affaires, telles les lettres de demande d’emploi, pour lesquelles je me souviens qu’il existait des formules spéciales. Il me revient une anecdote; en 9e année, nous avions eu comme devoir d’écrire une lettre pour postuler un emploi. Une élève, un peu moins habile, avait débuté ainsi sa lettre : « Bien-aimé Monsieur… » La religieuse aurait pu lui faire ses remontrances en privé, mais non, elle avait lu le début de la lettre en pleine classe, en soulignant  la bévue. Toutes, nous avions éclaté de rire! Sauf l’élève en question qui était devenue rouge comme une tomate… et qui s’efforçait de sourire, gênée, ayant plutôt envie de pleurer.  Le genre de situation dont on se souvient et dont on n’est pas très fière…

IMG_20160405_0001Il y aurait encore beaucoup à dire sur les cours d’Économie Domestique. Quand nous finissions nos études, nous étions supposées avoir toutes les qualités nécessaires pour être des femmes accomplies, prêtes à occuper un emploi, d’enseignante, d’infirmière ou de secrétaire… évidemment, en attendant le « prince charmant », qui nous transformerait en épouse et mère de famille!

© Madeleine Genest Bouillé, 8 avril 2016

L’économie domestique, 1ère partie

Quand j’étudiais au couvent, les élèves de l’Académie – 8e à 12 années – avaient comme matière de cours, l’Économie Domestique, avec deux majuscules! J’ai encore les trois manuels avec lesquels nous devions étudier cette science, car science il y a! Dans l’avant-propos du livre que nous avions en 9e année, on décrit ainsi l’économie domestique : « …la science de la vie pratique, qui comprend toutes les connaissances nécessaires à la femme pour produire autour d’elle le bien-être, l’aisance, le bonheur : pour établir dans son foyer, l’ordre, la dignité, la paix. » Avouez que c’est tout un programme!

Illustration tirée d'une revue de 1958.

Illustration tirée d’une revue de 1958.

Dès la première page, nous  abordons « le rôle de la femme au foyer », tout d’abord avec écrit en majuscules, MISSION DE LA FEMME. Quelques lignes seulement : « D`après le plan divin, la femme, comme la flamme, est donc faite pour le foyer; si elle y reste, a dit quelqu’un, elle éclaire, réchauffe et réjouit… De même, le foyer est fait pour la femme.  C’est son domaine, elle y règne sans autre sceptre que sa vertu et sans autre édit que ses exemples. » Je vous fais grâce des vertus de l’épouse. Le manuel date de 1950; à cette époque, la guerre qui a fait sortir bien des femmes de leur maison pour travailler dans les usines, leur a aussi fait découvrir qu’elles pouvaient se réaliser à l’extérieur de leur foyer, et que de plus, ça rapportait! On veut donc tenter de leur faire reprendre le chemin du foyer… et les convaincre de l’importance du rôle qu’elles y jouent.

La "cuisine idéale" de l'époque!

La « cuisine idéale » de l’époque!

Dans le chapitre premier, on aborde le choix de la maison : « La maison, c’est le sanctuaire des plus pures affections, l’héritage que l’homme reçoit de ses ancêtres. Dans le plan divin, elle est destinée à être le sanctuaire de la famille. » Les auteurs de ces manuels ne laissaient rien au hasard. On parle de l’acquisition de la maison, du choix, soit de la construction d’une nouvelle habitation ou de l’achat d’une maison déjà construite. À propos du choix d’un logement, après les considérations financières, on énumère les autres considérations que voici : « 1. Le lieu du travail du chef de famille et la recherche, si possible, d’un logement à proximité d’un marché et des différents fournisseurs, sans oublier l’église et l’école. 2. Prendre en considération la facilité et la rapidité des communications ainsi que le voisinage d’une gare d’autobus ou de tramway. 3. Choisir son habitation de manière à y faire le plus long séjour possible. » Et on conclut avec ceci : « Un homme qui déménage souvent ne peut prospérer autant que celui qui est stable. » Au chapitre suivant, on fait le tour de la maison, de la cave au grenier, murs, plafonds, éclairage et chauffage compris. Ensuite on s’arrête dans chacune des pièces, pour parler du mobilier, de la décoration et de l’entretien, sujet qui s’étend sur plusieurs dizaines de pages.

Illustration de 1944.

Illustration de 1944.

Le chapitre 4, consacré au vêtement, parle des tissus, de leur entretien, de l’art de s’habiller, et bien entendu, de la confection de ces vêtements, sans oublier le rangement des armoires. Si les tissus de l’époque étaient plus résistants, ils étaient aussi plus difficiles d’entretien, aussi ce chapitre nous fait des recommandations pour les soins journaliers : « 1. Secouer les vêtements mis la veille ou donner un brossage superficiel, sans exagérer pour ne pas user le linge.  2. Suspendre les vêtements qui ne seront plus portés le jour même.  3. Le soir, au coucher, accrocher les robes, les paletots et même les sous-vêtements, afin qu’ils s’aèrent.  4. Examiner les vêtements des enfants tous les soirs, remplacer les effets qui sont tachés ou usés par d’autres plus propres.  5. Ne pas déposer à plat sur la table des chapeaux mouillés, les placer sur un support (bouteille ou pot, à défaut d’une patère).  6. Remplir les souliers mouillés d’un chiffon sec, les laisser sécher lentement loin du feu. »  Et j’en passe! On constate que la journée de la ménagère devait parfois finir très tard!

Dans ce manuel, j’ai trouvé une feuille d’examen pliée en quatre… L’écriture est encore enfantine; il est vrai que je n’avais que 13 ans. J’ai reçu pour ce travail une note de 93%; j’avais 98%, mais j’ai perdu 5 points pour des fautes d’orthographe, dont deux oublis d’accent aigu. Les fautes comptaient dans toutes les matières. Voilà, pour la première partie de ce grain de sel sur l’économie domestique!

Je vous reviens bientôt pour vous parler de l’horaire de la maîtresse de maison, ainsi que des sorties et autres distraction familiales.

© Madeleine Genest Bouillé, 7 avril 2016.

La Résurrection… une farce ou une histoire pour épater les enfants?

Il y a trois jours à l’église, en ce dimanche après Pâques, on a évidemment chanté des cantiques qui parlent de la Résurrection du Christ. Le dernier chant avait pour titre Nous croyons en toi le Ressuscité. Je suis donc revenue à la maison, ayant comme « ver d’oreille », ce cantique entraînant dont on a le goût de fredonner le refrain. Les paroles des couplets sont écrites comme une entrevue avec les différentes personnes ayant assisté aux apparitions du Christ après sa sortie du tombeau. G. Jalbert, qui m’est inconnu, est l’auteur des paroles et de la musique.

Pour moi, cet événement, le plus important dans toute l’histoire de Jésus, ce n’est pas une farce. Ce n’est pas non plus une histoire pour épater les enfants. J’aimerais être assez convaincante pour que vous, qui me lisez, soyez tentés de dire: « Et si c’était vrai… pourquoi pas? » Je suis une optimiste avec cependant des hauts et des bas. C’est sans doute ce qui explique que j’ai besoin de croire que la vie n’est pas juste un passage avec rien après. J’aime les beaux miracles. Et le plus beau parmi les beaux, n’est-ce pas justement la Résurrection?

Dans le premier couplet, on rencontre Marie, pas la mère de Jésus, l’autre, qu’on appelle plus souvent Marie-Madeleine. L’auteur l’interpelle ainsi: « Dis-nous, Marie, ce que tu as vu : le jardinier cet inconnu, entendant ton nom, tu l’as reconnu; c’était l’ami, c’était bien Jésus? » Il parle ensuite à Thomas; vous vous rappelez, celui qui ne croyait pas s’il n’avait pas touché du doigt… un sceptique, s’il en est! Il lui dit : « Dis-nous Thomas, ce que tu as vu, toi, l’incroyant. La plaie de son cœur, tu l’as bien touchée, tu l’as proclamé : Jésus, Seigneur ! » Un peu plus tard, rencontrant les gars d’Emmaüs, la mine abattue, il leur dit : « Dites, compagnons désespérés, il vous a rejoint, cet étranger.  Quand il a rompu le pain, vos cœurs brûlants vous ont révélé que c’était bien Jésus? » Et finalement, comme un bon reporter, notre homme s’adresse au leader du groupe, en lui rappelant ce mauvais souvenir : « Dis-nous, Simon, tu l’as entendu te demander : Toi, m’aimes-tu? –  Aujourd’hui tu le redis : tu sais bien, Jésus, que je veux t’aimer. Jusqu’à la mort, je te suivrai. »

 Il manque un bout à ce reportage. Le journaliste aurait pu conclure en disant ceci : « Selon les témoignages des personnes rencontrées, tout porte à croire que Jésus de  Nazareth, après avoir été condamné, torturé et crucifié, est vraiment ressuscité, comme il l’avait prédit. Si quelqu’un parmi vous avait des détails supplémentaires concernant cet individu, vous êtes priés de communiquer avec « L’Écho de Bethleem ». Cette histoire invraisemblable n’est certes pas terminée… »

© Madeleine Genest Bouillé, 6 avril 2016

Quand les souris ne sont pas là…

Pour bien débuter ce mois d’avril, voici un essai de fable que n’aurait pas reniée ce bon Monsieur de La Fontaine.

Vous connaissez le dicton : « Quand le chat n’est pas là, les souris dansent ». Je le comprends comme ceci : dès que les parents, les professeurs, les patrons, ainsi que tous ceux qui détiennent une certaine autorité ont le dos tourné, les enfants, les étudiants, les employés et toutes les ouailles que vous voudrez, s’en donnent à cœur joie et souvent, virent tout à l’envers!

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Pansu, qui portait bien son nom…

Je me suis amusée à inverser ce dicton.  Ça donne ceci : « Quand les souris ne sont pas là, les chats dorment et engraissent ».  Je m’explique.  Quand il n’y a pas de souris, les chats, n’étant jamais dérangés, deviennent paresseux; ils mangent, ils dorment, ils engraissent!  Un gros chat paresseux, à quoi ça sert dans une maison, je vous le demande! Il vient se faire flatter, il ronronne juste ce qu’il faut pour qu’on le trouve gentil et qu’on lui donne à manger; il se fait les griffes sur les fauteuils. Quand le besoin viscéral de chasser le prend, il tente d’attraper une mouche, une coccinelle qui s’est trompée d’adresse, ou encore une araignée très occupée à tisser sa toile. Minou s’énerve, saute partout, grimpe aux rideaux s’il le faut. Mais comme il manque d’exercice, il fait plus de dommages que de victimes. On le trouve drôle… en réalité, il est pitoyable! Nous avons eu jadis quelques spécimens de ce genre, dont un qui s’appelait « Pansu » et un autre qui avait pour nom tout simplement « Gros imbécile »…

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Alfred, la terreur des sapins de Noël!

Voyez-vous, pour qu’un chat conserve ses qualités de félin – instinct de chasseur, curiosité, souplesse, agilité – il faut nécessairement qu’il y ait des souris dans les alentours. Bien entendu, je parle d’un vrai chat, entier, avec griffes et tout l’arsenal du bon chat de gouttière. Il me revient des souvenirs émus, entre autres de notre bon Victor  et aussi d’Alfred, un valeureux chat jaune, qui s’était attaqué à l’arbre de Noël avec une ardeur dévastatrice. Il faut dire que ces animaux ont eu une vie aventureuse. Quand, au printemps, ils disparaissaient pour quelques jours, ils nous revenaient amaigris, la queue en bataille, l’oreille déchirée… témoignant de combats épiques. Hélas! Ils n’ont pas fait « de vieux os »! Tous les chats que nous avons eu ont toujours été irrésistiblement attirés par l’autre côté du chemin. La traversée de cet espace rempli de dangers a été fatale à  plusieurs d’entre eux…

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Ce cher Victor…

La morale de cette histoire, car il faut bien qu’il y en ait une, la voici : quand il n’y a pas d’opposants, ceux qui détiennent le pouvoir, qui font les règles et les lois, deviennent moins vigilants, plus complaisants. Comme personne ne discute leurs idées et leurs décisions, ils ne remettent jamais rien en question; ils s’assoient sur leurs lauriers – un très mauvais endroit pour porter les lauriers – et ils se congratulent, se flattent la bedaine. Ils sont trop sûrs d’eux… et comme les chats inoccupés, ils dorment et engraissent! Quand, par malheur, ils se réveillent (une puce qui les a piqués?), ils sont grognons, ils critiquent tout, rien ne leur convient. Il ne faut pas les contrarier… ils peuvent même devenir méchants! Est-ce à dire que les gouvernements minoritaires seraient plus productifs? Tirez-en vos conclusions!

Et pour terminer cette histoire de chats, pour que ceux-ci puissent remplir correctement leur rôle de chat, forcément, il doit y avoir des souris!

© Madeleine Genest Bouillé, 31 mars 2016

De poèmes en Histoire…

photos jacmado 270809 162Si Deschambault est aujourd’hui salué surtout par maints photographes et artistes en arts visuels, il a jadis inspiré plusieurs auteurs. D’abord, Albert Ferland, auteur québécois né en 1872, et qui s’est fait connaître par ces œuvres : Mélodies poétiques, publié en 1893, Femmes rêvées, en 1899 et plusieurs fascicules, intitulés Le Canada chanté, entre 1908 et 1910. Dans un poème intitulé Visage du Pays dans l’aube, dont je cite un court extrait,  ce poète et dessinateur autodidacte, chante les beautés du fleuve, entre Deschambault et Lotbinière :

Visage du pays dans l’aube, je te chante
Je vous aime, ô caps bleus qui semblez dans l’attente
Du baiser du jour clair et des reflets de l’eau;
Vers vous, bords endormis, vole ce chant nouveau.
Salut, clochers muets qui guettez la lumière,
Vous dont le jet d’étain pointe sur Lotbinière,
Et vous, gravement gris sur ce cap sombre et beau,
Surgis parmi les pins, clochers de Deschambault!…

Bernard Courteau, auteur dont la famille est originaire de Deschambault, a publié plusieurs livres sur Émile Nelligan, sa vie et son œuvre. Dans un recueil de poésie  intitulé Les Labyrinthes, publié en 1975, il dédie « à son père » ce beau poème :

Lorsque sur Deschambault, les grands vents voyageurs
Grondent dans des brouillards que les rochers grafignent
Ou que les pluies d’hiver viennent tendre leurs lignes
Entre le phare et l’aube en de vagues blancheurs

photos jacmado 270809 149Qui dérivent sans bruit vers la nuit des falaises
Mon village est navire et porte les antans
Gestes faits de sagesse, au sein de ses haubans…

Inondant la batture en buissons de feu frais,
En amont des midis mon village est forêt
Où l’enfance est feuillage et les vieux sont racines.

Vers la fin du XVIIIe siècle, Charles-Denis Dénéchaud, alors curé de Deschambault, avait composé des vers qui, d’après un critique inconnu « nous donnent une description chaste et précise  de ce beau paysage ». Le poème était écrit en latin selon une coutume du temps. Le critique mentionne que « ces vers furent d’abord assez mal traduits en français, mais que,  finalement, on les a rétablis comme suit : »

Église Deschambault - Extérieur - nb - 010K1 845Deschambault
Sur un mont escarpé que cent beaux pins couronnent
De leur feuillage épais, les ombres t’environnent.
La vapeur et les vents conduisent les vaisseaux
Sur un fleuve profond orgueilleux de ses eaux.
Sur toi, séjour heureux, souffle le doux zéphir
Pour t’orner, avec art, la nature conspire.

 Une notice suit cette page. On y apprend que « cette traduction est due à la plume intelligente de M. Jacques Paquin, prêtre, décédé en 1847 à Saint-Eustache, Bas-Canada. »

Qui était ce Jacques Paquin, prêtre catholique et auteur? Jacques Paquin, né le 8 septembre 1791 à Deschambault, était le fils de Paul Paquin, cultivateur, et de Marguerite Marcot.  Ma recherche m’a appris que c’est dans une famille de cultivateurs que Jacques  a passé toute son enfance. Son père était aussi sacristain. Le jeune Jacques ayant exprimé à ses parents son désir de devenir prêtre, en bons catholiques, ceux-ci ne s’opposent pas à ce projet. Il est donc ordonné prêtre en 1814 et en 1815 il obtient la cure de Saint-François du Lac et de la mission d’Odanak qui y est rattachée. Plus tard, on le retrouve curé à Saint-Eustache durant les troubles de 1837.

Photo: Christopher Chartier Jacques 2009, © Ministère de la Culture et des Communications.

Photo: Christopher Chartier Jacques 2009 © Ministère de la Culture et des Communications.

Jacques Paquin est l’auteur d’une brochure intitulée Journal historique des évènements arrivés à Saint-Eustache, pendant la rébellion du comté du Lac des Deux-Montagnes (Montréal 1838).

Jacques Paquin,  fils de Paul, est donc apparenté aux Paquin de Deschambault.

© Madeleine Genest Bouillé, 28 mars 2016