Place au théâtre – 2e partie

C’était l’été 64, j’étais maintenant une « madame »! J’avais un mari, une maison, avec en plus, une Caisse Populaire dans mon salon! À la messe le dimanche, j’avais porté quelques fois mon costume de voyages de noces, avec mon beau chapeau rose et mes accessoires marine. C’était la coutume et tout le monde s’y attendait.  Ça n’aurait pas été gentil de les décevoir! Surtout que nous demeurions dans notre village natal; ainsi, souvent, pour me taquiner, des personnes qui me connaissaient depuis toujours, s’amusaient à m’appeler « Madame Bouillé ». Je poursuivais tout de même mes activités, dont le théâtre faisait partie bien entendu, surtout que mon beau-frère Louis-Joseph avait moins de temps à consacrer à ce loisir, étant donné qu’il était président de l’UCC,  (Union Catholique des Cultivateurs), ancêtre de l’UPA.

Cette même année, pour le Cercle Lacordaire, on avait monté une courte pièce, d’un auteur inconnu qui avait pour titre : « Nos maris boivent », avec tous les clichés possibles, sur les malheurs des femmes d’ivrogne!  Au cours de l’été, nous étions invités à présenter cette pièce à Grondines. En plus de la mise en scène, je remplaçais une des trois comédiennes; les deux rôles de femme d’ivrogne étaient tenus par Raymonde Pelletier et si mes souvenirs sont exacts, Jacqueline Chénard. Je reprenais donc le rôle de la femme dont le mari guéri de l’alcoolisme vient donner des conseils à ses amies. La scène de la salle paroissiale de Grondines était munie de coulisses amovibles et pivotantes, dont une face offrait un décor d’intérieur et l’autre, d’extérieur. Je frappais avant d’entrer, et Raymonde me répondait « Entrez, entrez! C’est pas malaisé, la porte tourne toute seule! » J’entre et alors, la salle explose de rire… que se passe-t-il? Mon chapeau est-il de travers? Je portais justement mon chapeau de voyage de noces. Je m’avance et viens prendre place avec mes deux amies – elles aussi mortes de rire! – et alors, en jetant un coup d’œil sur le fond de la scène, je me rends compte, qu’effectivement, à mon entrée, le panneau a tourné sur lui-même, montrant le côté extérieur. Il nous arrivait souvent de vivre des moments cocasses, j’en aurais pour plusieurs pages si le les racontais tous.

Marcel Gauthier, un des fondateurs de la Société du Vieux Presbytère, avait à quelques reprises présenté du théâtre dans le vieux hangar de M. Zéphirin Beaudry, où jadis à ce qu’on m’a raconté, les jeunes étudiants présentaient leurs pièces durant les vacances d’été. En 1965, Marcel avec quelques amis m’avait approchée pour monter une pièce qui s’appelait « Un petit manoir tranquille »… une pièce tout ce qu’il y avait de pas tranquille!  Je n’ai pas de souvenirs précis de la distribution; je me rappelle surtout qu’il y avait Fabienne et ma cousine Christiane. C’était une bonne pièce, très mouvementée avec des coups de feu et quelques cris…. rien pour endormir les spectateurs! Plus tard, nous avons présenté « Un petit manoir tranquille » à Grondines, où la pièce avait eu beaucoup de succès! Dommage… je n’ai pas de photos; la morale de cette histoire?  Il vaut toujours mieux prendre trop de photos que pas assez!

Si Jésus revenait, 1973.

À l’automne 65, Thérèse Bouillé-Naud, qui faisait partie tout comme moi des organismes locaux et qui, de surcroit, était devenue « ma tante » depuis mon mariage, m’avait donné l’idée de faire une pièce de théâtre à partir du thème : si Jésus revenait au monde, aujourd’hui et chez nous. J’ai été emballée par cette idée et je me mis à l’œuvre aussitôt!  Mais voici que je me replonge dans mes souvenirs de ces années-là et j’en oublie de mentionner la naissance de mon premier bébé, Jean-Marc, né en avril 65! Comme tous les parents d’un premier bébé, nous étions en extase devant cette petite merveille. Mais je trouvais quand même du temps pour les répétitions de théâtre, qui parfois avaient lieu chez nous, pour éviter de chercher une gardienne. Revenons en décembre 1965, j’avais écrit « Si Jésus revenait » et comme il y avait plusieurs personnages, les participants jouaient presque tous deux rôles. Cette pièce a été publiée dans mon dernier livre, Propos d’hiver et de Noël. Elle a été reprise en 1973 et plus tard, au cours de la première année de la troupe Les Fous du Roy, en décembre 1981. En 1967, peu après la naissance de mon deuxième bébé, Patrick, les jeune comédiens, dont mes frères Georges et Roger faisaient partie, demandèrent mon aide pour monter deux courtes pièces de Victor Vekeman, dont « Une fille un peu bébête » et « Un oncle et une jolie fille »… avec de tels titres, inutile de préciser qu’il s’agissait de comédies légères! Nous avions deux mois et demie à peine avant la présentation du spectacle.  Pas de problème! On répétait chez nous et on utilisait la salle seulement pour les dernières pratiques.

Quand on n’avait pas de pièce qui convenait pour les comédiens disponibles, j’en écrivais une. Ce fut le cas pour « Coup de foudre », qui fut jouée en 1971, 1973 et 1978. Trois filles, trois garçons, une intrigue loufoque : une demoiselle plus très jeune à la recherche d’employés, ses deux femmes de chambre et trois bandits déguisés, le premier en intendant et les deux autres en valets de pied.  L’arnaque prévue par les méchants garçons se transforme en  romance; à chacun, sa chacune! Et à chaque fois, tellement de plaisir, pour la troupe autant que pour les spectateurs.

Coup de foudre, 1978.

Et tout ça nous mène en 1981, à la création de la troupe Les Fous du Roy, dont j’ai assuré les débuts jusqu’en 1986. Étant donné que les pièces choisies étaient courtes, on en présentait quatre ou cinq chaque année. En 1984, alors qu’on répétait « Le Sauteur de Beaucanton », deux comédiens durent être remplacés; je devais alors jouer tout en faisant la mise en scène. Heureusement, Marielle Nadeau-Vézina, qui devint par la suite la directrice de la troupe, nous avait apporté son aide. Ce fut malgré tout un succès. En 1985, alors que je montais « Surprise! Surprise! », Marielle présenta sa première pièce « Manon Lastcall », à moins que ce ne soit « Sortez ce cheval du château, Mathilda, il fait des crottes ». Un vrai beau titre!

Ma Rosalie, 1981.

La Corriveau, 2014.

Au début des années 2000, Lucille Bouillé, qui a longtemps enseigné le français et le théâtre dans une école secondaire, présentait à chaque automne une ou deux pièces pour lesquelles elle recrutait une dizaine de jeunes. À quelques reprises, il m’est arrivé de lui donner un coup de main. Trois de mes petites-filles ont fait partie de cette troupe…. et ont ainsi pris goût au théâtre! En 2012, pour le 40e anniversaire de notre bibliothèque municipale, avec quelques jeunes bénévoles, dont mes trois petites-filles, nous avons créé une drôle de « Visite à la bibliothèque », pièce qui fut présentée lors du souper annuel de la bibliothèque. Ces dernières années, dirigés par Blanche, l’aînée des filles, cinq de mes petits-enfants ont à leur tour présenté quelques pièces dans le cadre du Rendez-Vous des Arts. J’espère sincèrement les revoir sur les planches un beau soir! Dans un prochain « grain de sel », je parlerai du théâtre en général dans le Deschambault d’autrefois.

© Madeleine Genest Bouillé, 6 juin 2017

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