Et si on parlait d’autre chose…

Pour ma part, c’est depuis le vendredi 13 mars que je suis tombée dans ce sujet : le coronavirus ou, de son nom de maladie, la COVID-19. Le comité de direction de la bibliothèque municipale était placé devant un choix – à cette date, nous avions encore le choix –, est-ce qu’on peut tenir notre souper spaghetti ou est-ce qu’on le reporte, ou encore, on l’annule? Et par la même occasion, doit-on fermer la bibliothèque ? Comme on l’a appris par la suite, tout fermait partout, on nous conseillait de rester chez nous autant que possible. Le virus en question pouvait causer la mort… et vous connaissez la suite. Pour ma part, j’aime mieux changer de sujet de conversation.

À ce temps-ci de l’année, que peut-il bien y avoir d’intéressant? Surtout pas la température! Alors, si on parlait des érables? Encore dépouillés de leur feuillage, ils ne se distinguent pas tellement des autres arbres, sauf s’ils sont plantés dans une érablière et qu’ils ont chacun une chaudière accrochée à leur tronc. Sinon lorsque le ciel est nuageux, ils se fondent dans le paysage parmi les autres arbres gris, debout sur un tapis de neige vraiment plus grise que blanche. Comme ils semblent loin les paysages verdoyants, avec des fleurs de toutes les couleurs. Et encore plus, les érables parés de leur flamboyante parure d’automne! Nos saisons sont tellement différentes qu’on a l’impression de changer de planète quand on passe de l’une à l’autre.

En regardant les trois érables que mon époux a entaillés il y a quelques jours, il m’est venu une réflexion que j’ai eu l’idée de vous partager… histoire de parler d’autre chose! Pour qui n’a pas l’œil exercé d’un spécialiste des arbres de la forêt tempérée, comme on nous apprenait à l’école, ces jours-ci, les érables ne sont reconnaissables que si, justement, ils sont parés pour le temps des sucres. Sinon, on ne les remarque même pas. L’érable, à la fin de l’hiver est humble, sobre, ordinaire. Discret, il prépare en secret ce qui constitue une de nos principales richesses naturelles, cet or sucré qu’on recherche partout dans le monde.

Ce n’est pas à l’automne, quand l’érable étale ses couleurs les plus somptueuses, qu’il est le plus utile, le plus précieux, même si on vient de loin admirer sa parure. Non, la gloire des érables, c’est au printemps qu’elle éclate. Au  printemps, l’érable est vraiment le roi de nos bois, on compte sur lui pour une part importante de notre économie. Au printemps, quand il est tout gris, tout ordinaire, c’est là qu’il nous devient indispensable.

Ainsi en est-il des humains. Ce qui fait la valeur d’une personne, ce n’est pas ce qui est le plus apparent. Malheureusement, on vit dans une époque où c’est l’apparence qui compte. On a besoin d’images pour se forger une opinion sur les gens et les choses. La télévision, les réseaux sociaux, le téléphone qu’on dit « intelligent » nous parlent avec des images, toujours. Quand j’étais étudiante, on nous vantait les vertus d’humilité et de modestie. Ça faisait partie de l’apanage d’une jeune fille bien élevée… Comme le disait une chanson ancienne : « Ah! oui, c’est loin, c’est loin tout ça! »  Maintenant,  on sous-estime, on méprise même parfois les gens qui ne savent pas se mettre en valeur. Ce qui compte de nos jours, c’est ce qui se VOIT.  « Dis-moi comment tu parais, je te dirai qui tu es. »  N’est-ce pas plutôt « ce que tu veux être »?…

Les qualités de cœur telles l’honnêteté, la générosité, la sincérité, si elles sont appréciées, ne sont pas des choses dont on cause… enfin pas en société. Pourtant, les personnes qui sont le plus utiles dans leur milieu, leur famille, pour leurs amis, leurs collègues de travail, ce ne sont pas nécessairement celles qui paraissent le mieux ou qui ont le discours le plus éloquent. Les personnes sur lesquelles on peut vraiment compter, ce sont celles vers qui on se tourne quand on a un service à demander, une cause à faire valoir. Ce sont surtout celles qu’on appelle quand ça va mal, et que tout est gris comme un jour de mars très laid; celles qui disent « oui »  du fond du cœur, celles qui tendent la main, qui écoutent sans juger.

Comme les érables au printemps, ce qui fait notre gloire, ce n’est pas la beauté, la renommée, ni même la fortune. La seule gloire qui vaille la peine d’être recherchée, c’est d’être utile autour de nous, tout simplement. De cette gloire, on peut être fier même si cela ne nous mérite ni trophée, ni médaille!

Et malgré le virus, on peut profiter du temps des sucres… à condition de ne pas trop se rapprocher les uns des autres!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 mars 2020 (à partir d’un grain de sel du 16 mars 2016, La gloire des érables)

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