Les passe-temps de Jeanne

Jeanne, ma mère, était une femme qui sortait peu de chez elle. Surtout à partir du jour où nous avons habité la vieille maison de pierre dans le rue Johnson, la vieille route. Elle s’y trouvait bien, elle vivait au milieu des gens et des choses qu’elle aimait. Vous ai-je dit que les paysages préférés de ma mère étaient justement ceux qui entouraient notre chez-nous? Les champs, les arbres, les vieilles clôtures de perches, les vaches broutant paisiblement. Elle trouvait cela reposant… elle aimait les alentours de sa maison autant que l’intérieur!

IMG_20160116_0003Malgré l’ouvrage qui ne manquait pas et sa grosse famille, elle se ménageait des moments de loisir, le soir surtout, quand les enfants étaient couchés ou sortis. J’ai déjà parlé des coussins qu’elle recouvrait de tissus décorés au gré de sa fantaisie. Souvent, aussi, maman dessinait; elle choisissait des petits motifs qu’elle trouvait dans des revues. Elle se procurait du papier à lettre dont elle ornait le haut des pages de ces petits dessins qu’elle reproduisait à l’encre de Chine et que, parfois, elle coloriait. Elle vendait ce papier à lettre au petit magasin de Mademoiselle Angela Dussault, qui demeurait au rez-de-chaussée de l’ancien bureau de poste, juste à côté de l’école du village.

Jeanne avait un autre passe-temps…dont j’ai hérité quelque peu. Elle était « ramasseuse ». En plus des modèles pour ses dessins, elle découpait des poèmes, des articles dans les journaux et les revues, des récits d’événements qui étaient survenus à Deschambault surtout. J’ai trouvé entre autres choses, un compte rendu paru dans l’Écho de Portneuf, il s’agit de la messe de minuit à Deschambault en 1928. Je vous livre cet article intitulé Noël à Deschambault  :

« La fête de Noël fut célébrée solennellement en notre paroisse. M. le curé Lepage officia à la messe de minuit et à la messe du jour et M. le vicaire fit le sermon de circonstance à la messe du jour. La chorale qui exécuta un très joli programme musical remporta un grand succès. En voici le programme

MESSE DE MINUIT
Entrée : Minuit Chrétiens
Messe en trois parties de Ste-Thérèse de T. la Hache
Offertoire : Adeste Fideles
À la fin de l’Évangile : Ça Bergers, assemblons-nous.

MESSE DE L’AURORE
Bergers, entendez-vous?
Les anges dans nos campagnes
Suspendant leur douce harmonie
Jésus de Nazareth
Dans le silence de la nuit
Nouvelle agréable
Dans cette étable
Il est né, le Divin Enfant

À la messe du jour, la chorale répéta la messe de Minuit et à l’offertoire, Puer Natus Es, en trois parties, par six voix. »

Il y a 88 ans de cela … et la messe de minuit à l’église de Deschambault attire toujours autant les foules!

Une pièce de théâtre ayant pour titre La Veillée du bon vieux temps avait été jouée les 6 et 7 février 1929. Cette pièce avait connu un immense succès. Le texte relatant cette soirée théâtrale a paru dans le numéro spécial du Phare en janvier 2000. Je vous en ferai part en décembre peut-être… si ça vous intéresse!

Julien et Jeanne, 1973.

Julien et Jeanne, 1973.

Dans la famille de mon grand-père, on s’intéressait aux élections et j’ai comme preuve, une copie de la liste électorale de l’Arrondissement no.1 – ce qui me semble être uniquement le « rang d’en bas » et le village – à l’élection du 24 août 1931. On y retrouve 248 noms, des hommes seulement, les femmes n’ayant pas encore le droit de vote. Un autre dossier assez volumineux contient des listes, soigneusement transcrites de la main de maman; on y trouve de tout : des mariages, des sépultures et combien d’autres. Sur l’une d’entre elles, sont inscrits les noms des élèves qui ont « marché au catéchisme » avec ma mère, du 26 mars au 26 avril 1920, alors qu’avait lieu la Profession de Foi.

Quand la journée de travail de Jeanne était terminée, elle avait toujours quelque chose à lire, quelque chose à écrire, un peu de couture à finir… Elle se couchait quand tout le monde était rentré – la plupart de ses enfants étant plutôt veilleux, alors seulement, elle se permettait d’aller dormir. Ma mère ne s’ennuyait jamais… moi non plus!

© Madeleine Genest Bouillé, 16 janvier 2016

Dessin de Jeanne.

Dessin de Jeanne.

« Viande à chien!… Les temps ont ben changé! »

Comédiens de la distribution du radio roman Un homme et son péché, 1945 (Fonds Conrad Poirier, BAnQ).

Comédiens de la distribution du radio roman Un homme et son péché, 1945 (Fonds Conrad Poirier, BAnQ).

J’étais curieuse de voir la nouvelle allure de Séraphin, Donalda, Alexis et tous les personnages du roman de Claude-Henri Grignon. J’ai relu ce roman l’an dernier. L’histoire écrite par l’auteur en 1933 ne ressemble que très peu aux émissions de radio de Un homme et son péché, diffusées de 1939 à 1962, et pas du tout aux Belles Histoires des pays d’en haut, série télévisée de 1956 à 1970. On avait tourné 410 émissions qui ont été maintes fois reprises et que je ne me suis jamais lassée de revoir! Deux films ont été faits à partir de l’œuvre de Claude-Henri Grignon, le premier en 1949, réalisé par Paul Gury, mettait en vedette Hector Charland dans le rôle titre, Nicole Germain dans le rôle de Donalda et Guy Provost, dans le rôle d’Alexis. Guy Provost a repris ce même rôle, dans la série télévisée. Le deuxième film, présenté en 2002, était réalisé par Charles Binamé avec les acteurs Pierre Lebeau dans le rôle de Séraphin, Karine Vanasse dans celui de Donalda et Roy Dupuis, qui incarnait Alexis.

Le comédien Jean-Pierre Masson, interprétant Séraphin à la télévision, vers 1965 (Photo: Antoine Desilets, BAnQ).

Le comédien Jean-Pierre Masson, interprétant Séraphin à la télévision, vers 1965 (photo: Antoine Desilets, BAnQ).

Ayant vu comme tout le monde les bandes annonces de la nouvelle mouture, je n’avais pas confiance du tout. On a voulu nous surprendre, nous choquer sans doute aussi un peu et on a réussi; il fallait que ça ressemble à tout sauf à l’histoire qu’on connaissait quasiment par cœur! J’ai tout de même regardé la première émission et, contre toute attente, j’ai apprécié. Oui vraiment, j’ai reconnu, avec quelques changements je dois dire, les personnages du roman de M. Grignon. Ils sont moins civilisés, plus mal vêtus, mal coiffés. Dans Les Belles Histoires, la belle Donalda, interprétée par Andrée Champagne, n’avait jamais une mèche de cheveu de travers, ses robes étaient simples, mais toujours très propres, même quand elle venait de laver le plancher à la brosse. Le manteau attaché avec une corde ainsi que le « caluron » portés par Séraphin, frisaient la caricature, tout comme les mimiques du comédien Jean-Pierre Masson, mais c’était Séraphin, unique en son genre! Chaque personnage s’identifiait par un patois, que tout le monde reconnaissait, qu’il s’agisse de « Viande à chien », « Sainte Misère », « Chocolat » ou « Bouleau noir ». On aimait Les Belles Histoires, on aimait la pauvre Donalda, on aimait haïr Séraphin! Pendant que j’écris ceci, il me semble entendre le thème, L’Automne, du compositeur russe Boris Glazounov… cette musique si belle et qui convenait tellement bien avec les magnifiques paysages des pays d’en haut.

L'auteur Claude-Henri Grignon, 1946 (photo: George Nakash, BAnQ).

L’auteur Claude-Henri Grignon, 1946 (photo: George Nakash, Bibliothèque et Archives Canada).

Un livre… c’est une histoire complète en quelques centaines de pages avec un début et une fin, prévisible ou pas. Une série télévisée, cela peut durer des années, et même si l’histoire se passe cent ans plus tôt, elle doit être adaptée à l’époque où elle est tournée, qu’on se souvienne du beau chignon crêpé de Donalda ou des coiffures compliquées de la belle Angélique; c’était le style de coiffure à la mode des années soixante. De plus, les personnages se doivent d’être attachants, et cela même s’ils ne sont pas toujours sympathiques! Ils doivent aussi être assez nombreux pour « rallonger la sauce », si vous me passez l’expression. On se rappelle les personnages nouveaux qui faisaient leur apparition dans le village de Sainte-Adèle, à tout propos; certains revenaient de temps à autre, d’autres disparaissaient et on ne les revoyait jamais.

La série Les Pays d’en haut est de facture contemporaine. On ne nous a pas promis de « belles histoires », on sait qu’il ne faut pas s’attendre à des romances sucrées du genre de celle de la belle Angélique avec son notaire. L’histoire est plus mouvementée; on a vu au cours de la première émission le Curé Labelle « tirer du poignet », un draveur a dû se faire amputer une main – pas beau à voir! – et ce n’est qu’un début! On doit s’attendre à voir de la bataille… des échanges amoureux moins discrets que dans Les Belles Histoires. C’est comme ça dans toutes les émissions de télévision. Ça va gueuler, sacrer et prendre un coup! On a donc le choix : ou on embarque dans cette histoire ancienne, servie à la moderne… ou on achète les DVD de la série d’autrefois!

Et vive la télévision québécoise!

© Madeleine Genest Bouillé, 13 janvier 2016

Sur le plateau de tournage de la nouvelle série Les pays d'en haut (photo: Mathieu Valiquette, ICI Radio-Canada).

Sur le plateau de tournage de la nouvelle série Les pays d’en haut (photo: Mathieu Valiquette, ICI Radio-Canada).

C’était dans le temps du Jour de l’An!

Dans mes souvenirs, il me semble que papa était toujours en congé le premier jour de l’année. Jusqu’à cette nuit de fin décembre 1960, où il a été renversé par une auto, sur un coin de rue à Montréal. Il finissait son « chiffre » et devait prendre l’autobus le lendemain matin pour venir fêter le Jour de l’An. Nous avons commencé l’année 1961 sans lui… avec très peu d’espoir de le revoir vivant. Il a survécu; et ensuite, il a toujours été avec nous pendant les dix-neuf dernières années de sa vie, bien présent, mais cloué dans un fauteuil.

La famille Genest, en 1956.

La famille Genest, en 1956.

Je reviens au Jour de l’An de mon enfance… On allait d’abord à la messe, puis on se rassemblait pour la bénédiction que papa nous donnait solennellement. Ensuite, avant de passer à table, papa nous servait un « petit doigt » de vin rouge – du Saint-Georges – dans de minuscules verres en forme de baril. Je ne me souviens pas à quel âge on commençait à jouir de ce privilège. Mais c’est un souvenir qui m’est très cher. Ça nous donnait l’impression d’être aussi important que les grandes personnes.

Pendant longtemps, nous avons reçu nos cadeaux au Jour de l’An. Ça s’appelait alors des « étrennes ». Je ne me rappelle pas à quelle occasion cette coutume a changé, ni pourquoi. Maintenant, dans ma famille, une année sur deux, nous échangeons nos présents le premier de l’an et les plus jeunes reçoivent un « bas du Jour de l’An ». J’aime bien souligner ainsi le début de l’année. La fête des Rois n’étant plus célébrée le 6 janvier (souvent même, l’école est recommencée), alors dans bien des familles, le temps des Fêtes se termine le 1er janvier. Si vous déambulez dans les rues au cours des premiers jours de janvier, vous découvrirez plusieurs sapins dehors, déjà au rebut! Vous les reconnaîtrez à leur mine triste, arborant encore quelque décoration brillante, pour rappeler le rôle qu’ils ont joué un temps, hélas, trop court!

Maison de mon grand-père, Edmond "Tom" Petit, en 1903.

Maison de mon grand-père, en 1903.

Le Jour de l’An, c’était aussi le souper chez mon grand-père. La « petite route » n’était pas loin de la « vieille route », cependant, mon père préférait qu’on se rende en taxi, les plus jeunes étant encore petits. Comme il n’y avait pas de places pour toute la famille, les aînés se rendaient à pied. Mes parents avec les plus petits, prenaient le taxi de M. Frenette. Je me rappelle encore cette voiture fermée, tirée par un cheval pas trop pressé. Nous ne voyions strictement rien, les vitres étant gelées, il faisait noir et nous étions tassés comme des sardines. Le plus jeune de mes frères pleurait tout au long de la route… heureusement, la « maison du cordonnier » n’était pas loin!

J’ai le souvenir de l’arrivée chez mon grand-père… c’était peut-être après le décès de grand-maman, qu’on appelait « Memére ». Je nous revois, dans la maison pleine de monde; il faisait chaud, ça parlait fort, ça riait! En plus des oncles, tantes et cousins qui demeuraient dans cette maison, il y avait la famille de mon oncle Jean-Paul qui était venue de Saint-Basile. Je ne me rappelle pas des mets qu’on nous servait, mais je me revois encore à la tablée des enfants, il y avait un long banc appuyé au mur, on l’appelait « le banc des innocents », c’était pour nous! Ce dont je me souviens le plus, c’est de la chaleur du poêle, l’odeur de la nourriture, le plaisir évident qu’on avait tous à se retrouver, les rires, les boutades qui fusaient de part et d’autre… C’était ça, le Jour de l’An!

Et après, il y avait la veillée. Tante Rollande au piano ou à l’harmonium, car elle a possédé ces deux instruments, mon père était invité à chanter. Il entonnait tous les cantiques de Noël et nous reprenions les refrains en chœur. Ensuite, mon oncle Jean-Paul prenait son violon, tante Gisèle sa guitare, et alors se succédaient les chansons à répondre, dont certaines faisaient partie, si on peut dire, « des trésors de famille »! Je ne connais pas les vrais titres de ces chansons, il y avait entre autres : « J’ai mis des cordes dans mon zing-zing, j’ai mis des cordes dans mon violon »… « Mitaines et chaussons ». « Le démon sort de l’enfer pour faire le tour du monde ». Et combien d’autres! Des chansons dont nous ne comprenions pas le double sens, mais les rires des adultes étaient tellement communicatifs que nous avions autant de plaisir qu’eux! C’était ça aussi, le Jour de l’An!

Une soirée à St-Basile, en 1959.

Une soirée à St-Basile, en 1959.

Certaines années, au cours du temps des Fêtes, nous allions veiller chez mon oncle Jean-Paul. Personne n’avait encore d’auto dans la famille, mais il se trouvait toujours « une connaissance » dans l’entourage pour nous conduire. C’était un privilège d’être admis dans l’auto. Les automobiles de ce temps-là avaient l’avantage de posséder de longs sièges sur lesquels on pouvait aisément asseoir trois personnes à l’avant et quatre ou plus à l’arrière. Pour le plaisir d’aller veiller à Saint-Basile, on acceptait sans problèmes de se tasser un peu. Quelle belle soirée, encore une fois, pleine de rire et de musique! Ah! oui, vraiment… « c’était comme ça que ça se passait, dans le temps du Jour de l’An »!

© Madeleine Genest Bouillé, janvier 2016

Une veillée d'autrefois, illustration d'Edmond-J. Massicotte (Bibliothèque et Archives nationales du Canada).

Une veillée d’autrefois, illustration d’Edmond-J. Massicotte (Bibliothèque et Archives nationales du Canada).

La surprise de Noël

En avril, je vous ai raconté La surprise de Pâques. J’avais déjà en tête ce « grain de sel » que je vous présente maintenant, et qu’il aurait été plus juste d’appeler : La surprise d’entre Noël et le Jour de l’An. Voici donc cette histoire qui s’est passée au début des années 60.

Il était une fois une jeune fille qui avait un peu la tête dans les nuages. Comme la plupart des filles de son âge, elle rêvait au Prince Charmant, sans toutefois mettre un visage connu sur ce personnage de rêve. Dans ses temps libres, elle lisait, dessinait, écoutait de la musique. Parfois avec des amis, elle assistait aux soirées récréatives organisées par l’une ou l’autre des associations locales. Elle adorait aller au cinéma; mais elle ne pouvait pas toujours se le permettre, étant donné qu’elle travaillait en soirée une semaine sur deux. Cet hiver-là, on montait une pièce de théâtre qui avait pour titre L’Absolution; avec un tel titre, on comprend qu’il s’agissait d’un drame. La jeune fille se vit offrir un des rôles principaux, celui d’une femme d’ivrogne, qui vivait misérablement avec ses enfants. C’était la première fois qu’on lui confiait un tel rôle, aussi elle accepta avec joie. Le metteur en scène avait un frère plus jeune… elle le connaissait, l’ayant vu à plusieurs reprises, soit en été lors des parties de balle-molle ou en hiver, lors des parties de ballon-balai. Mais cet hiver-là, il venait souvent aux répétitions où il savait se rendre utile, soit pour les décors, l’éclairage ou autre chose. Il semblait s’intéresser beaucoup au théâtre…

IMG_20151218_0002 (2)Au printemps, comme plusieurs garçons de ce village situé au bord du fleuve, il partit naviguer. La saison finie, il revint dans son patelin. Après les Fêtes, une autre pièce de théâtre était en préparation. Cette fois, il s’agissait d’une comédie, dont le titre était Bichette. La jeune fille faisait encore partie de la distribution et le frère du metteur en scène, dans ses temps libres, reprit tout naturellement son rôle de « technicien ». Au printemps, il lui fallut retourner sur son bateau! Mais cette fois, il prit le temps d’aller saluer la jeune fille au Central du téléphone où elle travaillait. Celle-ci le reçut gentiment, elle lui dit « au revoir »… mais sans plus! À cette époque, les jeunes filles bien élevées ne devaient pas se « garrocher » à la tête du premier venu. Il était de bon ton de laisser le soupirant… soupirer un peu!

mado tel (2)J’en viens à l’essentiel de mon propos. Nous voici en novembre 1961. Depuis le départ du marin, celui-ci est de plus en plus souvent au centre des pensées de la jeune fille… À vingt ans, il est permis de changer d’idée entre le printemps et l’automne, n’est-ce pas? De son côté, à chaque fois que le jeune homme est de passage chez lui, il profite de l’occasion pour dire quelques mots à la demoiselle du Central. Sa mère l’a même remarqué. Sauf qu’elle ne sait pas laquelle des téléphonistes accapare ainsi son fils… Ainsi, en cette fin de semaine du 12 novembre, entre deux appels, le jeune homme apprend qu’il y a le lendemain une « soirée de cartes », qu’on appelait alors un « Euchre ». La demoiselle laisse entendre qu’elle y sera… Il ne promet rien, mais comme par hasard, ils se retrouvent à cette soirée, où elle découvre que c’est justement son anniversaire! Elle lui annonce alors qu’elle est aussi née en novembre. Comme il a une excellente mémoire, et qu’il ne néglige aucun détail, le soir du 28 novembre, le bateau étant à quai, il lui téléphone.

Quelques semaines plus tard, l’hiver arrivé plutôt brusquement a mis fin à la saison de navigation et le marin revient au village. Nos deux jeunes qu’on ne peut pas encore qualifier de tourtereaux, vivent une certaine ambiguïté. ELLE aimerait bien l’inviter au réveillon de Noël, mais elle aurait l’air de quémander un cadeau… LUI, aimerait bien lui signifier qu’il désire la fréquenter « pour le bon motif », comme on disait alors, mais il aurait l’air de vouloir se faire inviter au réveillon. Quel dilemme! En ce temps-là, entre Noël et le Jour de l’An, il y avait toujours à la salle paroissiale une soirée musicale où des amateurs pouvaient exécuter divers numéros. La jeune fille participait volontiers à ces soirées où elle chantait ses plus belles chansons. Nos deux jeunes « pas encore tourtereaux » se rencontrèrent donc à la soirée du 28 décembre.

Le lendemain, vers la fin de l’après-midi, le jeune homme revenant de la patinoire, s’arrêta au Central. Il faut dire qu’il était un excellent patineur, et pas seulement sur la glace! Il complimenta la demoiselle sur sa performance lors de la soirée… et pour lui démontrer son appréciation, il lui offrit un cadeau « d’entre Noël et le Jour de l’An ». Il s’agissait d’une superbe parure en pierres « aurore boréale », bijoux qui étaient très à la mode dans les années 60. Elle fut surprise et en même temps charmée. Quelle délicatesse! Elle l’invita donc à venir veiller à la maison, si cela l’intéressait comme de raison! Il répondit qu’il était effectivement intéressé. Et c’est ainsi que débutèrent les fréquentations qui les menèrent au mariage le 24 juin 1964. Ils vivent encore, heureux, et se sont enrichis de quatre enfants et de neuf petits-enfants!

© Madeleine Genest Bouillé, décembre 2015

La visiteuse de Noël

Conte de Noël

Tout le monde l’appelait « la vieille Clara ». Elle vivait dans une maison grise, au toit pentu, loin du chemin, la dernière au bout du rang. Comme on disait dans le temps, elle vivait de ses rentes. Dans l’étable, sise derrière la maison, se trouvaient une vache et un cheval qui n’avaient pas l’air plus jeunes que leur propriétaire.

Clara n’étais pas si vieille qu’elle le paraissait. C’était une grande femme anguleuse, à l’air sévère. Ses vêtements ternes et surannés ne l’aidaient pas, accusant plutôt sa cinquantaine largement entamée. Il faut dire qu’à l’époque, la coquetterie était mal vue pour celles qu’on étiquetait impitoyablement « vieilles filles ». Curieusement, quand elle souriait, son visage s’éclairait et elle semblait rajeunir de plusieurs années.

DanslesilenceSes parents étaient décédés alors qu’elle était très jeune. Elle s’était habituée à vivre seule et avait très tôt cessé de rêver à un hypothétique prétendant. Elle était demeurée timide et ne fréquentait pas beaucoup les gens de son entourage. Clara n’en parlait jamais, mais le seul temps de l’année où elle s’ennuyait vraiment, c’était à l’approche du temps des fêtes. Elle gardait au fond de sa mémoire les images des Noëls de sa petite enfance. Dans ses souvenirs, il y avait des étoiles d’argent qui brillaient et des guirlandes de papier crêpé rouge et vert qui s’étalaient devant ses yeux… Il y avait aussi quelque chose dans son soulier près de la cheminée. D’autres souvenirs sentaient bon la vanille et le sucre d’orge. Quand elle n’en pouvait plus de s’ennuyer si fort, elle attelait sa vieille jument et elle filait dans sa carriole. Qu’importait alors le vent, la neige… elle fuyait sa maison et sa vie!

Un soir de décembre, alors que Clara brodait un long chemin de table à la lueur de la lampe qui projetait tout plein d’ombres dansantes sur le mur de l’escalier, on frappa à la porte. Clara se demandait bien qui pouvait venir frapper chez elle aussi tard, dix heures venant de sonner à la vieille horloge. Clara alla ouvrir et une fillette apparut devant elle, souriante. Très à l’aise, la fillette enleva son manteau, son bonnet, ses mitaines et ses bottes qu’elle déposa soigneusement sur le tapis devant la porte. Clara sentit monter en elle une bouffée de tendresse, un sentiment comme elle n’en avait plus ressenti depuis… depuis quand donc? Elle ne demanda pas à l’enfant qui elle était ni d’où elle venait. Il lui paraissait tout à coup naturel qu’une enfant de sept ou huit ans arrive ainsi de nulle part à cette heure tardive, un 22 décembre.

visiteusedenoelClara demanda à l’enfant si elle voulait rester à coucher. La fillette, baillant et se frottant les yeux, accepta l’offre de son hôtesse et se dirigea vers l’escalier, suivie de Clara qui s’aperçut que la petite fille allait tout droit à la chambrette qu’elle-même occupait quand elle était enfant. Clara sortit de l’armoire un gros édredon en disant à la fillette : « C’est la grosse couverte que maman m’avait faite quand j’avais ton âge. Et voilà aussi une chemise de nuit que je portais dans le temps. Dors bien… Bonne nuit! » L’enfant ne fut pas longue à s’endormir et Clara redescendit à la cuisine. Elle rangea sa broderie et après avoir mis une bûche dans le poêle, elle alla se coucher. Soudainement très lasse, elle s’endormit aussitôt.

Le lendemain, à son réveil, Clara se souvint de l’enfant qui dormait là-haut. Après avoir allumé le feu, elle gravit l’escalier, en faisant attention aux marches qui craquaient. La petite fille dormait encore et Clara put la contempler à loisir. Elle lui trouvait un air familier, mais ne pouvait définir la ressemblance. À ce moment, la fillette s’éveilla. Joyeuse comme seul peut l’être un enfant qui commence une nouvelle journée, elle sauta à bas du lit et rapidement, se vêtit. Clara proposa de coiffer sa longue chevelure : « J’ai sûrement encore des rubans, veux-tu que j’attache tes cheveux? » La fillette se laissa peigner. Clara accomplissait ces gestes qu’elle n’avait jamais faits auparavant et cela lui paraissait normal.

La femme et l’enfant descendirent à la cuisine où Clara s’affaira à préparer le déjeuner. Tout à coup, elle demanda à l’enfant : « Tu ne m’as pas encore dit ton nom? » — « Je m’appelle Claire, répondit l’enfant », qui dévorait son déjeuner avec un solide appétit. « Ah! Tiens, c’est drôle, ça ressemble à Clara! », remarqua la vieille demoiselle. Après le repas, l’enfant demanda : « Tu n’as pas encore accroché les guirlandes de Noël et les étoiles?… C’est bientôt, Noël! » Clara eut un moment d’hésitation, se demandant où elle avait bien pu ranger les décorations, quand elle se souvint que les guirlandes n’existaient plus depuis longtemps. Penaude, elle dit à l’enfant : « Je pense bien qu’il ne me reste que quelques étoiles… j’irai acheter des guirlandes au magasin. » La fillette reprit : « Tu n’oublieras pas les sucres d’orge, j’espère! »… « Bien sûr, se dit Clara… les sucres d’orge »… Jamais elle n’avait acheté de sucre d’orge, ni aucune autre friandise d’ailleurs.

La journée passa rapidement, la femme et l’enfant occupées toutes deux par les innombrables préparatifs pour la fête de Noël. En aucun moment, Clara n’avait pensé à poser à la fillette les questions essentielles : qui elle était, d’où elle venait, comment elle était arrivée ici. Cela n’avait pas d’importance. La vieille demoiselle ne voulait rien savoir de plus, même si parfois elle se demandait si elle était en train de rêver, ou si ce qu’elle vivait était réel. Dans ces moments-là, elle se disait : « Mon Dieu, si je rêve, faites que je ne me réveille pas. Je suis si heureuse! ».

Après le repas du soir, la fillette, baillant déjà, demanda à Clara si elle voulait la bercer et lui raconter une histoire. Clara entreprit de lui raconter une histoire de sa propre enfance, Boucle d’or et les trois ours. Quand elle eut fini, la fillette lui demanda : « Tu veux bien me chanter C’est la première neige ? » Sur le moment, la femme demeura figée. Comment connaissait-elle cette vieille chanson que Clara n’avait jamais entendu chanter par d’autre que pas sa mère, qui disait la tenir de sa grand-mère? Encore une fois, Clara refusa de laisser ses pensées aller plus loin.

mademoisellemarieLa fillette s’endormit dans les bras de Clara. La vieille demoiselle gravit lentement l’escalier, afin d’aller la porter dans son lit. Après l’avoir bordée et embrassé légèrement sur le front, Clara redescendit s’asseoir dans sa chaise berçante. Elle se sentit tout à coup très fatiguée. Elle ramassa la vieille poupée de chiffon retrouvée et qui était tombée par terre, elle ferma les yeux et se mit à fredonner : « C’est la première neige, avec son froid cortège… Le grand chêne succombe, et rejoint dans la tombe, l’adieu des bois… »

Le lendemain matin, les voisins passant en voiture devant la maison de Clara furent étonnés de ne voir aucun signe de vie : les rideaux étaient clos, aucune fumée ne sortait de la cheminée… Son plus proche voisin après avoir frappé à la porte plusieurs fois, força l’entrée et découvrit Clara, qui semblait dormir dans sa chaise berçante. Le vieux médecin appelé au chevet de la demoiselle conclut que Clara avait succombé à une crise cardiaque. Personne ne mentionna la présence d’une enfant dans la maison…

Qui était la petite Claire? Peut-être est-il possible de croire que, au soir de sa vie, il avait été donné à Clara de retrouver, le temps d’une journée avant Noël, la fillette heureuse qu’elle avait été longtemps auparavant!

© Madeleine Genest Bouillé, 2012

(Version intégrale dans le livre Propos d’hiver et de Noël, 2012. Illustrations de Marie-Noël Bouillé)

Trois anges sont venus

Poème de Noël

0_697ff_230d2a11_XXLTrois anges sont venus un soir…
Le premier était un petit enfant,
Les ailes en plumes blanches, tout de rose vêtu.
Souriant comme un bébé joufflu,
Il était mignon et charmant.
Pour mon Noël, il m’offrait en cadeau,
Mille jouets, bijoux et bibelots.
Ce n’était pas ce que je souhaitais recevoir…

Le deuxième portait à pleines mains
Or, argent et autres richesses.
Grand, imposant, il semblait un archange!
Sa tunique était d’azur, bordée de longues franges.
Dans ses yeux rayonnait tant d’allégresse,
« C’est Noël! », me dit-il. « Voici pour toi et les tiens!
Profitez enfin des plaisirs de la vie. »
Ce n’était pas non plus ce dont j’avais envie.

003 (2)Le troisième ange était un très vieil homme,
Portant une longue barbe grise, il se tenait courbé,
« Je suis l’Étranger, c’est ainsi qu’on me nomme.
Mais le cadeau que j’apporte est le plus recherché,
C’est la Paix, pour tous les gens de bonne volonté! »
C’était là mon souhait, quand je voulus le remercier
Il avait disparu dans la nuit noire
Sans même un au revoir!

© Madeleine Genest Bouillé, décembre 2012

(Ce poème fait référence au texte intitulé L’Étranger, dans Propos d’hiver et de Noël.)

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Dans la clarté d’une belle nuit

Poème

Dans la clarté d’une belle nuit
Un enfant a choisi de naître
Deux millénaires ont passé depuis
Noël nous le fait renaître.

Gloire à Dieu au plus haut des Cieux!
Et paix à tous ceux qui sur terre
Travaillent à rendre les autres heureux
Au nom de Dieu notre Père.

Les parents, les amis, les voisins,
Se saluent tous joyeusement
Près de la table, autour du sapin
On échange vœux et présents.

IMG_20151214_0001Partout les lumières dans la nuit
Brillent si fort qu’on en oublie
L’Enfant qui nous appelle au berceau
Cet enfant qu’on dit le plus beau.

En regardant vers le ciel sans voile
On voit bien la petite étoile
Qui nous rappelle la grande nuit
Où naquit le Divin Messie.

Que votre Noël soit le plus beau!
Rempli de joie et d’amitié
Bonheur et Paix, pour cet an nouveau
Santé et Prospérité!

© Madeleine Genest Bouillé, décembre 2011

Mes jouets préférés

IMG_20141128_0001_NEWQuand approche le temps des Fêtes, j’ai plaisir à me rappeler les jouets que j’ai reçus dans mon enfance, surtout ceux que j’ai préférés entre tous. L’année de mes huit ans, si ma mémoire est bonne, j’avais écrit au Père Noël, et dans cette lettre, je lui demandais un téléphone et une maison de poupée. J’avais sans doute remarqué ces jouets dans le catalogue, soit chez Eaton ou chez Simpson’s. Sur la photo, où assise près du sapin dans ma belle robe en taffetas écossais rouge, je tiens précieusement un petit téléphone « à cadran », on voit bien la maison de poupée. C’était sans aucun doute l’année de la lettre au Père Noël! Je la revois… ma belle maison en carton! Elle était bleue avec des auvents bleus et blancs. À l’intérieur, il y avait de petits meubles en plastique. J’étais sûrement très contente d’avoir reçu les cadeaux que j’avais demandés; étant donné que je commençais à douter un peu de la réalité du Père Noël… J’ai dû être rassurée pour un bout de temps!

849900_TZ3Q1L2PLOK7B7JYDD6UCOQTTEHNPT_marievivie122_H085504_LCurieusement, je n’ai pas de photos prises avec un de mes jouets préférés. Parmi ces jouets qui ont marqué mon enfance, il y a tout d’abord les poupées en papier, qu’on nommait aussi des « cahiers de découpage ». Seule ou avec mes amies, comme j’ai joué avec ces demoiselles de papier! Dans un grain de sel publié en juin, je vous parlais des poupées de papier, du plaisir que j’avais à les habiller, les faire parler, chanter et danser! Je pouvais passer des heures à inventer une vie à ces personnages. Sans en être consciente, j’avais déjà le goût de raconter des histoires!

81TveXgGnXLL’autre jouet qui prend une place privilégiée dans mes souvenirs, n’est pas à proprement parlé un jouet; il s’agit de mon premier album de bandes dessinées, Tintin en Amérique. J’ai commencé très tôt à lire et je ne me souviens plus exactement en quelle année j’ai reçu cet album. Mais je l’ai lu et relu…. Je lis beaucoup de livres, sérieux ou non, mais j’aime toujours autant les bandes dessinées : Astérix, Lucky Luke et combien d’autres! Mais disons que j’ai gardé un petit faible pour Tintin.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe jouet qui est resté pour moi la merveille des merveilles, c’est mon View-Master. J’étais âgée de dix ans quand je l’ai reçu. C’était avant la télévision et les images que je voyais à l’aide de ce petit appareil me transportaient dans des univers inconnus pour moi. Trois disquettes accompagnaient la visionneuse. Ma préférée était le film de Disney, La veille de Noël. J’ai encore bien présente à ma mémoire l’image représentant le traîneau du Père Noël, attelé de ses rennes, traversant une nuit d’un bleu si profond… je demeurais de longues minutes rivée à cette vision de rêve! Mes autres disques représentaient Les chutes du Niagara et Le Rocher Percé. Avec mon View-Master, j’ai fait ces deux voyages je ne sais combien de fois.

Le dernier, mais non le moindre, c’est un jouet que mon père avait acheté pour les plus jeunes de la famille. Je me rappelle que parfois nous recevions ainsi un cadeau que nous partagions, jeu de construction ou de société, jeu de hockey sur table. Cette année-là, il s’agissait d’un kaléidoscope. Pas une lunette en carton avec des morceaux de plastique, non! À l’intérieur de notre kaléidoscope, s’étalaient des éclats de verre de toutes les couleurs. Les plus jeunes regardaient quelques minutes, puis ils passaient à autre chose. Mais nous, les trois plus âgés du groupe des « petits », nous réclamions tour à tour le jouet : « Encore un peu!…  Tu l’as eu plus longtemps!… Non, c’est toi… » Les parents devaient intervenir pour éviter les disputes, tellement nous étions émerveillés par ces jeux de couleurs et de lumière qui changeaient sans cesse. Le meilleur moment de la journée pour utiliser le kaléidoscope, c’était le soir, à la lumière électrique. C’était féérique! Il me semble qu’après, quand nous allions nous coucher, nous devions faire de bien beaux rêves!

IMG_20151210_0001Je termine avec une phrase tirée d’un film des années cinquante. En anglais, le titre est An affair to remember; en français, on l’a traduit par Elle et Lui. Ça dit comme ça : « L’hiver doit être bien froid pour ceux qui n’ont pas de chauds souvenirs! »

© Madeleine Genest Bouillé, décembre 2015

La liste de cadeaux

Aimez-vous les échanges de cadeaux du temps des Fêtes? Pour ma part, j’aime bien ces échanges où chacun a pris le soin de choisir un présent pour l’offrir en cadeau à quelqu’un en particulier. C’est toujours un moment de plaisir, qu’on ne vit qu’une fois par année! Dans ma famille, au cours des premières années après mon mariage, nous nous offrions des cadeaux entre nous : frères, sœur, conjoints, et nous en offrions aussi aux neveux et nièces, à mesure qu’il en arrivait. Il faut dire qu’à cette époque, il y avait beaucoup de choix pour pas trop cher. D’ailleurs, ce n’était pas la valeur monétaire du cadeau qui comptait, c’était le plaisir de la surprise. Nous faisions aussi des cadeaux à nos filleuls et aux parrains et marraines de nos enfants… Ça n’en finissait plus! Vint un temps où la famille s’étant agrandie, il commençait à y avoir pas mal de monde et le coût des cadeaux augmentait évidemment. On ne trouvait plus grand-chose pour cinq dollars!  Quelqu’un a alors suggéré que chacun pige le nom d’un membre de la famille et qu’on fasse ainsi seulement un cadeau. Nous étions alors dans les années 70. Nous sommes donc devenus des adeptes de cette coutume. Tout naturellement, cette tradition s’est continuée chez nous, avec les conjoints et conjointes, dès qu’il y en eut.

IMG_20151205_0002Évidemment, un échange de cadeaux, ça implique tout d’abord que chacun, chacune, pige le nom d’une personne, dont le nom demeurera secret… enfin, je devrais dire « devrait demeurer secret »! Vous raconter les investigations pour réussir à savoir qui a pigé qui… il y en aurait pour plusieurs pages. Cela fait partie du jeu! Comme la liste de suggestions de cadeau est accrochée à la Maison-mère, c’est-à-dire chez nous, les participants viennent écrire leur choix de cadeaux et, le plus discrètement possible, consulter la liste pour connaître les désirs de la personne qu’ils ont pigée. La fameuse liste est généralement affichée en début de décembre; en même temps, l’enveloppe contenant tous les noms des participants est disponible. Nous sommes maintenant plusieurs adultes, incluant les aînées de nos petits-enfants, il devient alors difficile que tous soient présents pour faire la pige. Dommage, cela apportait une certaine solennité à la chose! Mais il faut ce qu’il faut. Les intéressés passent donc à tour de rôle prendre le précieux petit papier qui leur est destiné.

La liste des noms des participants s’étale sur plusieurs pages, de façon à laisser place pour plusieurs suggestions. C’est qu’on trouve de tout sur cette liste! Je vous donne un aperçu à partir de celles que j’ai conservées depuis 1995. On y retrouve, entre autres, « des VRAIS bas de VRAIE laine », « des grosses pantoufles-bibittes drôles », cet item est revenu au moins trois fois! Que diriez-vous d’un « parfum qui sent bon »? À quelques reprises, une participante a mentionné « des boucles d’oreilles discrètes »… à la condition que ce soit une femme qui l’ait pigée! Je suis perplexe quand je retrouve quatre fois « un coffret de thés, pas des tisanes ». Y aurait-il eu un manque de compréhension de la part des donateurs? Les demandes sont très variées, cela passe des « draps avec des moutons » aux « bibelots faits de matériaux insolites, aux couleurs insolites », en passant par « des caramels Kraft » et « des Chips Cape Cod »!

Parfois il faut attendre longtemps avant de recevoir le cadeau qu’on désire plus que tout. C’était certainement le cas pour le « marteau de porte » qui s’est retrouvé cinq fois sur la liste et le « couvre-volant en minou », tout autant! La persévérance mène à tout, et même à recevoir plus qu’on a demandé. Ainsi, la participante qui demandait en 1997 « un beau livre sur l’Écosse ou l’Irlande », a visité ces deux pays entre 2010 et 2012! Quelques années auparavant, elle avait mentionné qu’elle désirait « un gars beau, gentil, serviable, calme, drôle, poli… pas de moustache »!

On peut écrire n’importe quoi sur une liste de cadeaux. Un participant est passé de « une blonde » à « une rousse »… une autre année, c’était « une bonne job », puis « du temps et de l’argent ». Deux participants ont réclamé « un char ». Comme demandes bizarres, il y avait « du pipi de jument » et « un chameau ». La meilleure demande que j’ai trouvée et qui est revenue cinq ou six fois, c’est sans contredit : « la Paix aux hommes de bonne volonté! » Et finalement, pour ceux qui préfèrent vraiment les surprises : « Quelque chose qui n’est pas sur la liste ».

Nul besoin de vous dire que j’ai hâte de lire les suggestions de cadeaux qui ne devraient pas tarder à faire leur apparition sur la liste de cadeaux de 2015…

© Madeleine Genest Bouillé, décembre 2015

Quand novembre s’installe…

Gâteau aux fruitsQuand novembre s’installe pour de bon, que le soleil commence à se faire « pépère » et qu’il a envie de se coucher vers quatre heures de l’après-midi, c’est le temps de cuisiner le gâteau aux fruits. C’est ainsi que débutent les pâtisseries du temps des Fêtes! Auparavant, je consulte la liste des ingrédients pour voir ce qui manque. Il faut acheter les fruits confits, les noix, le Sherry. Un beau matin, c’est décidé, je m’y mets! Je commence par préparer les moules et tout l’attirail : bols à mélanger, ustensiles. Je mélange les fruits confits et les noix avec le Sherry. Pour l’ambiance, ça prend de la musique de Noël; comme il ne faut quand même pas aller trop vite non plus pour ne pas faire peur à l’hiver, tellement timide au début, je me contente de pièces instrumentales. Après que les fruits eurent macérés assez longtemps dans l’alcool, c’est le moment de « démêler » la pâte. Ce qui veut dire en réalité, la « mêler ». Les termes culinaires ont de ces caprices! Encore quelques petits airs de circonstance… Et on fait cuire le gâteau lentement, à four pas trop chaud. Que ça sent bon! Quand il y a dehors une petite couche de neige, c’est le bonheur total! Mais cette année, pas chanceuse, il n’y a pas un brin de neige, ici près du fleuve.

127S’il y a une chose que j’aime en novembre, c’est bien la confection du gâteau aux fruits! L’odeur de cuisson du gâteau, au son de la musique, c’est comme l’ouverture officielle de ce temps « d’avant Noël » que j’aime presque autant que les fêtes mêmes. Quand mon gâteau est cuit, refroidi, emballé et rangé dans sa boîte de métal, je peux me permettre de faire l’inventaire des décorations. Elles sont rangées dans des contenants étiquetés. Je vérifie chaque contenant et si je n’ai pas éliminé les éléments fanés ou brisés, après les dernières Fêtes, soit par paresse ou parce que je ne m’en sentais pas le goût, je fais le tri et je garde seulement ce qui est encore utilisable. Alors je note ce qu’il faudra remplacer. Mais, je ne sais pas pourquoi ni comment, il se trouve toujours un élément qui n’est pas dans la bonne boîte, soit qu’on avait oublié de l’enlever et qu’on l’a rangé plus tard dans le premier contenant du bord, ou encore, c’était la fin de la corvée et on avait plus envie de chercher la boite où cette chose incongrue était supposée aller se cacher pour les douze prochains mois. Pas grave? Non, sauf quand je serai rendue à accrocher justement cette foutue babiole et que je devrai passer un temps fou à la chercher! Mais c’est comme ça chaque année ou presque.

Good HousekeepingPetit à petit, à mesure que les jours raccourcissent, je me permets un peu plus souvent de faire jouer la musique d’ambiance, surtout quand je consulte mes magazines de Noël, dont j’ai une assez bonne collection, laquelle date des années 80 jusqu’à aujourd’hui. Des revues américaines surtout, Good Housekeeping, Family Circle, ou Victoria, parce que ces magazines sont abondamment décorés! On y trouve tout plein d’idées et de recettes pour le temps des Fêtes. Je n’aime pas tout, mais je pige des idées ici et là et surtout j’aime parcourir ces revues, qui me rappellent les modes de ces années déjà lointaines. Je revois des détails que j’avais oubliés. En écoutant mes chansons préférées j’oublie les boites de décorations qui m’appellent, je me détends et je rêve…

Ainsi s’achève le mois de novembre. On tourne la dernière page du calendrier et cette année, il n’y a toujours pas de neige! Sainte Bénite, que je suis donc pas avancée! C’est la faute de ce « môsusse » de genou. Il va falloir pédaler maintenant. Je commence à poser les décorations à l’intérieur; heureusement, l’homme de la maison se charge des décorations extérieures. Que vienne décembre, on l’attend et on est prêts à le recevoir!

À bientôt pour la suite des choses…

© Madeleine Genest Bouillé, 28 novembre 2015.