L’Esprit de Noël

On l’a ou on l’a pas! Quoi qu’il arrive dans la vie, malgré les coups durs, quand on possède l’Esprit de Noël, c’est pour longtemps.

Ma mère aimait Noël, même dans les dernières années de sa vie, alors qu’elle ne pouvait plus participer activement aux préparatifs. Demeurant toujours dans sa maison, elle n’avait plus la capacité de s’occuper de la popote, ni des décorations, mais comme elle avait hâte qu’on vienne cuisiner les beignes, les tourtières et autres mets qui seraient servis au réveillon! Quand je faisais son gâteau aux fruits, elle en surveillait la cuisson avec son nez. Habituée au poêle à bois, elle ne se fiait pas aux degrés du four électrique. Elle me disait : « Vas donc voir dans le fourneau; pour moi, le gâteau est cuit, ça sent tellement bon! »

Toute la famille de Julien et Jeanne en 1956.

Et les décorations! Comme elle trouvait ça beau! Elle aimait voir telle décoration en particulier à tel endroit précis. Par exemple, de sa berçante contre le poêle, elle admirait les guirlandes, une rouge et une verte, qui se croisaient au centre du plafond, entre les énormes poutres. Sur la tablette de la cheminée, on déposait les vieux chandeliers en argent, garnis de chandelles rouges et quelques bibelots à l’avenant, aussi dans les couleurs de Noël : du vert, du rouge, un peu de clinquant. Près de l’entrée, sur une autre tablette, un petit sapin doré, qui avait connu des jours meilleurs, faisait quand même son  effet, tandis que sur la table qui avait fait partie du mobilier de salon autrefois, on plaçait le plateau en argent destiné à recevoir les cartes de Noël.

Maman aimait aussi écrire ses cartes de vœux; elle s’y est appliquée jusque dans les toutes dernières années où elle disait, comme pour s’excuser : « J’écris trop mal, ça n’a pas de bon sens! » Dans sa jeunesse, elle confectionnait ses cartes, qu’elle ornait de dessins délicats à l’encre de Chine. L’important étant d’écrire pour chacun et chacune un petit mot personnel; on ne devait pas se contenter de signer seulement son nom.

Dessin de ma mère, Jeanne.

Pour ce qui est de la musique de Noël, je crois qu’elle l’aurait bien écoutée à l’année!  Elle trouvait toujours que les postes de radio tardaient à faire entendre des chansons de Noël. Aussi, dès les premières neiges ou avant si ça n’arrivait pas assez vite, on sortait la musique de circonstance : Tino Rossi qui chantait Petit Papa Noël et Lucienne Boyer qui nous affirmait : Je ne crois plus au Père Noël, et combien d’autres. Quand je faisais jouer les cassettes qu’elle aimait, cela lui rappelait des souvenirs et elle se mettait à raconter sa jeunesse, les Noëls d’autrefois, les veillées du temps des Fêtes. Elle possédait une telle mémoire! Comme elle racontait bien ces anecdotes de son jeune temps! Comme ils semblaient beaux, ses souvenirs!

Oui vraiment, ma mère aimait Noël et le temps des Fêtes. Elle n’a jamais vécu dans l’opulence et n’a jamais pu faire de cadeaux somptueux, mais elle nous a légué ce cadeau précieux entre tous, l’Esprit de Noël. Elle possédait ce qui, à mon avis, en fait véritablement l’essence : un cœur plein de générosité, une capacité d’émerveillement, une foi inébranlable. Sa tendresse pour les siens était immense; elle aimait le beau et a su nous le faire découvrir, ce qui est, je crois, un don inestimable!

Mon père Julien et ma mère Jeanne à Noël, en 1973.

Maman nous a quittés en août 1996, mais elle demeure toujours bien vivante dans notre mémoire, surtout à ce temps de l’année, qu’elle affectionnait particulièrement. Comme elle, je crois que j’aimerai toujours le temps des Fêtes. Tant pour les souvenirs qui s’y rattachent, que pour ces moments précieux que nous vivons ensemble en famille et qui un jour, deviendront souvenance.  L’Esprit de Noël, je vous le redis, on l’a ou on l’a pas!

© Madeleine Genest Bouillé, 4 décembre 2017

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Ah! Les framboises!

Ce soir, après le souper, mon époux est allé bravement cueillir des framboises dans le champ près de la rivière. Des vraies framboises sauvages, comme on en ramassait quand on était enfants et que papa nous emmenait avec lui dans le bois sur la côte, de l’autre côté de la voie ferrée du CN. Ça nous semblait loin; on montait dans le champ derrière notre vieille maison de pierre, on traversait le ruisseau Gignac sur le pont de bois et on continuait… Un peu plus haut dans le champ, il y avait un petit bosquet où il poussait toutes sortes d’arbres, cenelliers, trembles, cerisiers sauvages, amélanchiers – qu’on appelait « arbres à petites poires ». Et enfin, on arrivait à la « track », comme on disait. Parfois, on avait la chance de voir passer un train; on comptait les « cages », jusqu’à ce qu’enfin arrive la dernière, « la cage du Père Noël ». La petite gare était peut-être encore utilisée, mais je n’en suis pas certaine.

Le combat fait rage dans le champ! À l’arrière-scène, on voit la petite gare d’autrefois… (photo: Fernand Genest, coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Nous n’avions plus qu’à monter la côte, qui n’était pas bien raide, mais il fallait attendre les plus jeunes qui allaient à la vitesse à laquelle leurs petites jambes leur permettaient d’aller. Georges ne voulait pas passer pour un bébé; il se dépêchait et marchait à grandes enjambées, comme un homme! Roger, plus jeune d’une année, faisait de son mieux, mais son petit seau attaché à sa ceinture lui battait les jambes et il nous criait de l’attendre. Pauvre petit bonhomme! Parfois, il fallait rattacher son soulier, ou encore il perdait son chapeau, c’était toujours une aventure! Il nous ralentissait, mais jamais notre père ne réprimandait  les petits… ni même les plus grands!

Mes frères! (Coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Nous ne devions pas trop nous éloigner les uns des autres, même si le bois n’était pas très épais. Florent était le champion ramasseur de framboises! Il cueillait les fruits consciencieusement comme tout ce qu’il faisait et remplissait son contenant avant tout le monde. Heureusement! Car André et moi n’arrêtions pas de parler et de s’inventer des histoires. Nous étions des espions à la poursuite de redoutables bandits; les vaches qui paissaient au pied de la côte n’ont jamais su qu’elles faisaient partie de notre scénario. Sans s’en douter, ces pauvres bêtes jouaient le rôle des méchants! Il existait à cette époque un illustré qui avait pour titre, l’Agent X-13, et André dévorait ces petites revues. Alors on jouait aux détectives et on prenait notre rôle tellement à cœur qu’on en oubliait évidemment de ramasser les framboises. Florent nous disputait bien un peu, mais il finissait de remplir nos seaux! Il n’était pas question de revenir à la maison avec un contenant vide.

Les dangereux ennemis de nos aventures champêtres! (photo: Fernand Genest, coll. privée Madeleine Genest Bouillé)

Papa qui travaillait à Montréal, dans une fonderie, était tellement heureux quand il se retrouvait dans la nature. Il profitait de ces moments pour nous enseigner les noms des arbres, des fleurs et des fruits. Il semblait connaître tout ce qui poussait dans le bois. Quand il trouvait une « talle » de « quatre-temps » ou de « catherines », il nous les faisait goûter, tout en nous prévenant de ne goûter que les fruits qu’il nous indiquait. Je n’ai jamais trouvé le vrai nom des « catherines », petit fruit qui ressemblait aux framboises, et qui n’était peut-être qu’une variété de cette espèce. Par contre, je sais maintenant que le quatre-temps est le fruit du cornouiller. Ces petits fruits ronds d’un beau rouge orangé, sont groupés par quatre. Au printemps, les cornouillers forment un beau tapis de fleurs blanches. Papa nommait aussi les différents oiseaux qui nous égayaient de leurs chants. Nous aimions particulièrement l’oiseau des bois qu’on appelait « Frédéric » et qui a pour nom le bruand chanteur. Quand on l’entendait, on lui répondait sur le même ton: « Cache tes fesses, Frédéric, Frédéric! » Un des garçons s’amusait à siffler comme l’oiseau, si bien qu’on les prenait souvent l’un pour l’autre. Comme je marche maintenant de préférence sur les surfaces planes et solides, je n’entends plus que rarement le chant de « Frédéric ».

Mes parents, Julien Genest et Jeanne Petit (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Ah! les framboises! J’ai déjà dit que c’était le fruit préféré de ma mère. Je ne crois pas que c’était seulement à cause de sa saveur et de son parfum. Le temps des framboises, voyez-vous, c’était aussi le temps des vacances de notre père… des vacances qui passaient hélas, bien trop vite! Ce petit fruit si fragile, qui, quand on le cueille, se tasse dans le contenant, si bien qu’il baisse de moitié, c’était le symbole même de notre été, si court qu’on aurait toujours voulu le remplir à ras bord. Malgré tout, aujourd’hui encore, quand on arrive à la fin de l’été, on a toujours l’impression qu’il nous en manque un bout! Mais quand même, quel beau temps que celui des framboises!

© Madeleine Genest Bouillé, 26 juillet 2017

De filles en mères…

Je voulais remonter ma généalogie, de filles en mères… Pour ce faire, j’ai commencé par ma mère, Jeanne Petit, tout de suite après vient ma grand-mère maternelle, Blanche Paquin, et ensuite, la mère de Blanche, Amaryllis Boissonnault – dit Boissinot, épouse de Grégoire Paquin. De toute évidence, Amaryllis n’était pas native de Deschambault, car le patronyme Boissonnault ou Boissinot, tel qu’on le voit écrit sur les papiers de famille, n’est pas un nom d’ici. J’ai donc essayé d’imaginer qui pouvait bien être cette aïeule dont je n’ai pas souvent entendue parler. Je suis donc allée sur le site Mes Aïeux.com et j’ai trouvé le lieu de naissance d’Amaryllis ainsi que les noms de sa mère et  de sa grand-mère. C’était déjà beaucoup! La mère d’Amaryllis se nommait Angèle-Béatrice Corriveau, elle demeurait à Berthier-sur-Mer et la mère d’Angèle-Béatrice, s’appelait Angèle Nadeau. Ainsi donc, aussi courte soit-elle, je vous présente ma généalogie « de filles en mères ».

Qui étais-tu Amaryllis? Qui étais-tu, toi, mon arrière- grand-mère? Avant d’être la femme de Grégoire Paquin, avant d’être la mère de Blanche ainsi que de neuf autres enfants, dont quatre sont décédés en bas âge? Quelle enfant, quelle jeune fille, quelle femme as-tu été, toi dont on sait si peu de choses, toi dont nous n’avons même pas une photo?

Chère arrière-grand-mère Amaryllis, avec un aussi joli prénom, j’aime à croire que tu étais belle. On t’a donné un nom de fleur, ce qui n’était pas rare à l’époque, mais ton prénom est tout de même d’un usage peu courant. J’ignore si ta mère connaissait cette fleur de la famille du lys. Est-ce toi qui as légué à plusieurs de tes descendants ces cheveux blond roux, ces yeux bleus et cette peau blanche parsemée de taches de rousseur? Ou alors, ça nous vient du côté Paquin. Bien difficile à dire… surtout que ta fille Blanche a épousé son cousin, Edmond Petit, le cordonnier, fils d’Angèle, la sœur de Grégoire. Ça peut sembler un peu mêlant, mais comme je m’amuse à dire parfois : « Nous, on a du Paquin en double! »

Je me demande si c’est de toi que maman tenait son talent pour la couture… Tu devais certes être travaillante; ta fille, Blanche, une femme toute menue, travaillait sans relâche, jusqu’au jour où, paralysée, elle fut forcée d’arrêter. Elle est décédée avant même d’atteindre ses 70 ans, après quelques années de maladie. Tu aimais sans doute la musique, les chansons ? J’ose espérer que tu aimais à rire. La maison de mon grand-père a résonné de tant de rires, de musique, de chansons et d’histoires « pas toutes bonnes à mettre dans la soupe », comme aurait dit ma mère.

Où donc as-tu connu Grégoire, l’homme que tu as épousé? Je sais que tes parents, Honoré Boissonnault et Angèle-Béatrice Corriveau vivaient à Berthier-sur-Mer – ou comme on disait autrefois Berthier-en-Bas. Peut-être étais-tu en visite à Deschambault, chez des parents, des amis… c’est une possibilité. Ou bien encore, il se peut que tu aies été une « fille engagère » comme on nommait dans le temps les domestiques. Que d’inconnu! L’important, c’est que Grégoire et toi vous ayez été heureux, c’est l’essentiel.

Maison de la famille Paquin (où est située aujourd’hui celle de Léon Montambault et Laurette St-Amant).

Tout ce que les papiers nous apprennent, tient dans quelques lignes. Le 5 mai 1879, en la paroisse de Deschambault, tu épousais Grégoire Paquin, fils de Léon Paquin et Julie Proulx. Les enfants n’ont sans doute pas tardé à arriver, même si on ne connaît pas les dates de ces naissances. Il y eut tout d’abord trois garçons : Eugène, Georges et Alfred, puis un quatrième, André, qui décède en bas âge. Ensuite trois filles, Blanche, Ernestine et Eugénie s’ajoutent à la famille, et enfin, trois autres bébés, Marie, Clémentine et William, qui sont « portés en terre dans les langes », selon les termes de l’époque.

Le 5 mai 1903, vingt-quatre ans après ton propre mariage, ta fille, Blanche, toute jeunette, a épousé son cousin Edmond Petit, fils de Nérée Petit et d’Angèle Paquin. Blanche et Edmond qu’on appelait familièrement Tom, ont eu à leur tour dix enfants, dont trois, Guillaume, Jeanne et Pierrette, qui sont décédés en bas âge, Thérèse, une deuxième Jeanne –  ma mère – Jean-Paul, Alice, Irma, Gisèle et Rollande formaient la famille de mes grands-parents. Tante Rollande est ma seule tante encore vivante.

Ta petite-fille Jeanne, ma mère, s’est mariée le 30 août 1932 avec Julien Genest, un « étrange » arrivé à Deschambault depuis quelques années pour travailler à la Ferme-École du Gouvernement provincial. À leur tour, Jeanne et Julien, tout comme Blanche et Edmond, et comme toi et Grégoire, ont eus dix enfants, fort heureusement tous réchappés! Depuis, les naissances sont moins nombreuses, puisque les enfants de Jeanne et Julien, tes arrière-petits-enfants, totalisent à ce jour dix-huit enfants et seulement dix petits-enfants.

Amaryllis, c’est dommage, mais aucune de tes descendantes, à ma connaissance, ne porte ton si beau prénom! Peut-être un jour, plus tard, une arrière-arrière-petite fille, sera appelée Amaryllis… On ne sait jamais!

© Madeleine Genest Bouillé, 28 avril 2017

Une odeur de souvenir

Les souvenirs ont souvent une odeur, qui, si elle est agréable, contribue à embellir l’image que la mémoire a gardée; par contre, s’il s’agit d’une odeur désagréable, cela aura évidemment l’effet contraire. En voici la preuve. Encore plus que les beignes, ce sont les « trous » de beigne que j’aime le mieux. Je parle ici des beignes qu’on achète dans les « beigneries »… si toutefois ce mot existe.  Dans ma jeunesse, les « beigneries » les plus populaires étaient les « Dunkin Donuts »; je crois même qu’ils étaient les seuls. Bien entendu, il n’y en avait qu’en ville. Chose certaine, depuis l’histoire que je vous raconte aujourd’hui, j’ai gardé une préférence pour les beignes à la cannelle, dont l’odeur, à tout coup, me ramène à mes 17 ans!

En 1958, j’étais allée passer quelque temps chez ma sœur qui venait de donner naissance à son premier bébé; un beau gros garçon paisible, qu’on admirait comme une œuvre d’art! Imaginez! C’était le premier bébé de la famille! La principale raison de mon voyage était justement pour donner un peu de répit à la nouvelle maman. J’allais sur mes 17ans et je n’étais alors que remplaçante au Central du téléphone, je ne travaillais donc pas souvent… Je commençais à réaliser que l’argent ne pousse pas dans les arbres! Mon beau-frère, un homme pratique qui avait toujours des solutions pour tout, m’avait persuadée qu’en ville, je pourrais facilement me trouver un meilleur emploi. Pourquoi pas? Rien ne me retenait de tenter ma chance à Ville Le Moyne, comme on désignait alors cette partie de la rive sud de Montréal, où demeuraient ma sœur et sa petite famille.

C’était la première fois que je partais de la maison pour plus qu’une fin de semaine et j’en profitais. Il m’arrivait de temps à autre de garder mon neveu, donnant ainsi l’opportunité aux jeunes parents de sortir ensemble, soit pour magasiner ou aller au cinéma. Je n’avais jamais gardé de bébé, même pas chez nous, étant donné que les sorties de maman se limitaient le plus souvent à aller rendre visite à ses parents le dimanche après-midi. Mon neveu, Laurent, était un solide poupon  « pas de trouble », comme on disait dans le temps. Au bout d’une quinzaine de jours, mon beau-frère, qui travaillait pour une entreprise de nettoyage de vêtements m’annonça qu’il m’avait trouvé une « job » chez « Jacques-Cartier Cleaner », son employeur. Je souligne le fait qu’il était alors de bon ton d’afficher en anglais, en ville surtout! Pourquoi « Jacques- Cartier »?  Soit parce qu’on était près du pont Jacques-Cartier ou peut-être aussi que la « shop de nettoyage » était située dans Ville Jacques- Cartier, voisine de Ville Le Moyne, je n’ai jamais su la raison exacte, et cela m’importait peu.

J’ai appris par la suite que l’automne était la saison par excellence pour l’embauche dans ce genre de commerce. C’était le temps du grand ménage et aussi le temps de sortir  les vêtements chauds en prévision de l’hiver. Un beau lundi de septembre, je commençai donc à m’initier à la technique du « pressing ». Je n’avais pas l’habitude de ce genre de travail évidemment, et je n’étais pas rapide. Je me rappelle encore des patrons, les Fournier; d’abord, Monsieur – dont j’ai oublié le prénom – grand bonhomme qui faisait bien ses 250 livres, souriant, jamais pressé et Madame, qui se prénommait Hortense; elle était toute petite, rapide, mais elle avait du caractère! Elle voyait tout, était partout à la fois; c’était visiblement elle qui dirigeait l’entreprise. Je me souviens surtout de Monsieur Maurice, le contremaître des employés de l’atelier, il était en plus originaire de l’Ile Maurice. J’étais fière de moi, car je savais où était située cette île, dans l’océan Indien. Enfin mes leçons de géographie s’avéraient utiles! Monsieur Maurice, un grand bonhomme couleur de chocolat, n’avait pas d’âge… C’était un homme toujours de bonne humeur et il chantait d’une belle voix de basse, des chansons qu’on entendait à la radio. Il chantait autant en anglais qu’en français; quand Madame Hortense était présente, il lui fredonnait sa chanson préférée qui avait pour titre Amapola : « Amapola, l’oiseau léger qui passe… chante ta grâce », en esquissant quelques petits pas de danse.  Il avait le don d’amener un sourire sur les lèvres de cette chère Madame Hortense… qui ne riait pas souvent!

J’ai peu de souvenirs du travail que j’effectuais dans la « shop de nettoyage ». Je me revois placer des vêtements sur des cintres; je me souviens vaguement de la grosse machine à vapeur pour presser les pantalons. J’en avais un peu peur… La plus belle heure de la journée c’était la pause, durant l’avant-midi. Monsieur Maurice faisait le tour du personnel pour prendre les commandes pour le goûter, qui nous était livré de chez « Dunkin Donuts ». Au début je ne savais pas quoi choisir, alors Monsieur Maurice  m’avait suggéré de prendre un beigne à la cannelle accompagné d’un café. Ce fut pour moi une découverte! Tout d’abord, à cause de l’odeur qui évoquait pour moi le soleil de l’Ile Maurice… et puis, quel délice que cette pâtisserie saupoudrée de sucre et de cannelle!

Ma carrière dans le nettoyage à sec et le pressage des vêtements a été somme toute, très courte. J’avais débuté à la fin de septembre; au début de décembre, alors qu’il y avait de plus en plus de besogne, et que moi, je n’allais pas plus vite, on m’a poliment remerciée.  À vrai dire, je n’étais pas fâchée… ce travail ne m’intéressait pas du tout, et je m’ennuyais de mon chez-nous! Ma vie à Deschambault  avec mes amies, le restaurant chez Vézina, les soirées Lacordaire à la salle, et même le Central, me manquaient. Je suis donc revenue dans mon patelin et je suis retournée travailler au Central, puisqu’il manquait encore une remplaçante. Quelques mois plus tard, je suis devenue employée à plein temps, et ce jusqu’en 1964.

Mais j’ai gardé de ce temps-là une préférence pour les beignes à la cannelle, dont l’odeur me  rappelle cette aventure de ma jeunesse et me donne envie de chanter « Amapola »!

© Madeleine Genest Bouillé, 24 mars 2017

Les caprices de l’hiver

hiver-64-001Ma mère avait coutume de dire : « On tient pas le temps dans notre poche! » C’est là une vérité à laquelle on ne s’habitue jamais. C’est pourquoi on accorde foi à tous les pronostics, dictons et superstitions possibles, concernant les variations de la température. On aimerait tellement que le soleil brille aussi souvent qu’on le souhaite; et que la pluie ou la neige ne se manifestent qu’au moment précis où on en a besoin. Tout est bon pour étayer nos prévisions atmosphériques; le 3 fait le mois… si le 9 le défait pas! Il va faire froid cet hiver : les oignons ont la pelure épaisse. Il va neiger beaucoup : les nids de guêpes sont placés très haut. Quand le début de l’hiver est clément, on dit : les Avents commencent en mouton, ils vont finir en lion. Finalement Dame Nature déjoue toutes ces prédictions et n’en fait qu’à sa tête… en supposant qu’elle en ait une.

L’aventure dont je vous parle est arrivée en 1958 ou 59… Chose certaine, c’était vers le 15 décembre. La neige avait déjà atteint une bonne hauteur, car il en était tombé régulièrement depuis la fin de novembre. Habituellement, on allait couper les sapins vers la mi-décembre. Étant donné que le temps des Fêtes se prolongeait bien après le Jour de l’An, l’arbre de Noël devait rester vert au moins jusqu’à la mi-janvier.

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(Photo: Fernand Genest, coll. Madeleine Genest Bouillé).

Quand venait le temps de partir à la recherche des arbres de Noël, on y allait en famille! D’abord, c’était plus amusant et cela permettait d’apporter autant de sapins qu’il était nécessaire. Il faut dire qu’en ce temps-là, nos forêts nous paraissaient inépuisables. Et puis, il n’y avait pas de gaspillage : après les Fêtes, l’arbre dégarni deviendrait bois de chauffage!  Bien entendu, la cueillette des sapins dépendait aussi du nombre de personnes qui prenaient part à l’activité. Cette année-là, mon frère aîné Claude dirigeait l’expédition. Comme de raison, sa future épouse, Lorraine, était présente, mais je me rappelle surtout que ma tante Gisèle était de la partie. Tante Gisèle avait de l’énergie à revendre! Quand elle s’embarquait pour une aventure de ce genre, c’était du sport! Rien ne l’arrêtait, ni la neige, ni le froid! Pour nous rendre au bois, nous devions monter à travers champs jusqu’à la voie ferrée du Canadien National. À cette époque, je ne suis pas certaine que la petite gare était encore utilisée. Ensuite on grimpait la côte dite « du Grand Nord », et enfin, on se retrouvait à l’orée du bois.

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Hiver 1964, la rue Saint-Joseph (photo de Fernand Genest, coll. Madeleine Genest Bouillé).

J’ai écrit qu’il était tombé beaucoup de neige en ce début d’hiver. Ce jour-là, quand nous avions décidé d’aller chercher des arbres de Noël, nous ne pouvions certes pas évaluer l’épaisseur de la neige amoncelée. Mais une fois la décision prise, il aurait fallu une très grosse tempête pour nous empêcher de mettre notre projet à exécution. Le champ était comme une mer blanche où le vent avait dessiné des petites vagues dont nous devions enjamber les crêtes, aucune piste n’étant visible. Alors, évidemment, nous enfoncions dans la neige molle jusqu’aux genoux à chaque pas ou presque. Afin de nous rendre la marche plus aisée, mon frère, chaussé de raquettes, nous précédait avec le traîneau chargé des outils nécessaires pour couper les arbres. Il nous traçait ainsi un simulacre de sentier.  Enfin nous sommes arrivés à la gare, où nous nous sommes arrêtés, afin de nous reposer un peu. Même si nous ne pouvions pas entrer, sous le large auvent du toit, nous pouvions tout de même faire une pause à l’abri du vent. Il ne restait ensuite qu’à monter la côte, peu escarpée, et on atteignait enfin le bois. La neige étant moins épaisse, nous avancions plus facilement. Nous avons vite repéré les arbres qu’il nous fallait, pas trop gros, mais assez fournis. Nous n’étions pas difficiles; une fois rendus à la maison, si le sapin se révélait une épinette, ce n’était pas si grave. Une fois l’arbre décoré, on le trouvait toujours beau! Le bûcheron de service ayant terminé sa tâche, nous avons donc bien vite pris le chemin du retour.

Je dois dire que ce retour ne fut pas plus facile que l’aller, loin de là! Notre marche était ralentie du fait que nous devions traîner nos trois sapins, un pour tante Gisèle, un pour Lorraine et un pour chez nous. Le soleil baissait, il faisait plus froid et le vent qui nous faisait maintenant face n’était pas tendre pour nos visages, malgré les crémones dont nous étions entortillés et les tuques enfoncées jusqu’aux yeux. Pour se donner du courage, nous chantions des chants de Noël à tue-tête. Nous étions fatigués, alors un rien nous faisait rire. Ce qui reste le plus présent dans mon souvenir, c’est moins le froid, la neige et la longue marche, que justement ce plaisir fou que nous avions; un plaisir tout simple, comme il en arrive quand on ne le cherche même pas!

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Chez nous, dans la rue Johnson, 1959 (photo de Fernand Genest, coll. Madeleine Genest Bouillé).

La brunante était tombée… les fenêtres éclairées de la maison nous semblaient comme un phare qu’il nous tardait de rejoindre! Enfin rendus, débarrassés de nos vêtements enneigés, près du poêle à bois qui ronflait, comme il faisait bon alors de nous laisser envahir d’une douce torpeur! Heureusement, maman avait fait du thé, qu’elle tenait au chaud sur l’arrière du poêle. Ma mère avait des dictons et maximes pour une foule de choses, ainsi elle disait : « Faites pas bouillir le thé sinon les cavaliers viendront pas! »  Dans sa jeunesse, un amoureux ça s’appelait « un cavalier »! Je ne sais plus comment nous avons terminé cette journée… nul doute que nous n’avons pas dû veiller tard ce soir-là!

La moitié du mois de décembre était passée; avec toute la neige qui était tombée, nous étions convaincus que nous aurions un Noël blanc. C’était sans compter sur les caprices de l’hiver! Vers le 20 décembre, le temps s’est radouci, le ciel bas annonçait la pluie.  Nous espérions que ce ne serait qu’un redoux passager, mais non!  Effectivement, la pluie a commencé à tomber… une pluie fine, mais continue; on se serait cru au printemps! Il a plu ainsi presque sans arrêt pendant trois jours. Les enfants qui venaient d’entrer en vacances se désolaient; les traîneaux avaient l’air égarés près des galeries. Par terre, à côté de la maison, une carotte rabougrie et un vieux chapeau étaient les seuls témoins de ce qui avait été un bonhomme de neige! Les bandes de la patinoire entouraient un lac d’eau. C’était d’une tristesse!

Le 24 décembre, il n’y avait plus un brin de neige; elle était toute fondue! Le ciel était sans nuages… n’eut été de la température qui s’était refroidie, on aurait pu aller à la messe de Minuit en souliers. Mais, neige ou pas, c’était Noël! Au retour de la messe, dans les maisons décorées où flottaient les bonnes odeurs des mets préparés pour le réveillon, tout le monde a oublié la température dans la joie de la fête! Cette année-là, nous avions un sapin magnifique… à vrai dire, je suis presque sûre que c’était une épinette!

© Madeleine Genest Bouillé, 2012

(Texte tiré de Propos d’hiver et de Noël, 2012.)

C’est la première neige…

hiver-2008-059C’est la première neige,
Avec son froid cortège,
Qui blanche, nous assiège
De ses duvets qui recouvrent le sol.
Elle tombe et retombe
Le grand chêne succombe
Et rejoint dans la tombe
L’adieu des bois où fuit un dernier vol.

 La première fois que j’ai entendu cette chanson, j’étais toute petite. Chaque année à la même époque, on me la chantait. J’ai donc fini par l’apprendre, mais je ne l’ai jamais vue écrite. Les couplets sont sur le même air que le refrain; une valse à trois temps, pas trop rapide, justement le genre de musique qui convient si bien pour  bercer les enfants…

Mon frère Roger en 1949.

Mon frère Roger en 1949.

Le grand chêne succombe et rejoint dans la tombe l’adieu des bois où fuit un dernier vol… En grandissant, j’ai appris les paroles de la chanson et je me souviens que ces dernières lignes du refrain m’impressionnaient beaucoup. Je les trouvais tristes et je ne comprenais pas le rapport entre cette neige tant attendue et la tombe, l’adieu des bois.  Mais la chanson était belle et je l’aimais quand même. Quand nous étions enfants, la première neige était quelque chose de merveilleux, une joie qu’on espérait depuis longtemps, pour dire le vrai, depuis la chute des feuilles! Je me souviens d’un automne où la neige tardait un peu trop pour nous, qui avions tellement hâte de sortir vêtements d’hiver et traîneaux. Un matin, on vit que le sol était blanc. Ce n’était qu’une mince couche très légère, diaphane par endroits. On croyait que c’était de la neige. Maman tenta de nous ramener à la réalité; ce n’était qu’une grosse gelée blanche. Mais nous, on voulait aller jouer dehors! Maman, se disait sans doute que, ne trouvant pas grand-chose à faire sur cette terre gelée à peine blanchie, nous rentrerions bien vite. Évidemment on ne pouvait pas sortir les traîneaux, et ce n’était pas avec cette mince pellicule de frimas que nous ferions un bonhomme. Mais nous avons joué quand même; nous ramassions soigneusement cette manne qui fondait  vraiment trop vite, et nous en faisions des petits tas, qui ont, ma foi, peut-être duré quelques heures… jusqu’à ce que le soleil les fasse disparaître.

hiver-2008-043La neige tourbillonne
Elle tombe à flocons.
Pour nous elle chantonne
Des refrains, des chansons.
Elle revêt la terre
De givre et de frimas
Et le vent bien triste, erre
Sur nos champs ici-bas.

On ne voulait pas manquer la première neige. Et un beau matin, elle tombait enfin pour notre plus grande joie. Quel plaisir de sortir justement quand la neige tourbillonne et qu’elle tombe à flocons! Je crois que tous les enfants aiment goûter les cristaux qui viennent se poser, froids et doux, sur la langue. Qu’elle était belle, blanche et toute neuve, cette neige! J’avais un frère qui, plutôt que de se rouler dans la neige et d’en faire des balles et des bonhommes, préférait se tenir immobile, face au vent. Et là, il laissait les flocons caresser son visage tourné vers le ciel. Il contemplait le décor blanc et il pouvait rester ainsi de longues minutes… À quoi rêvait-il? Lui seul le savait. Mais il semblait tellement en communion avec les éléments. La neige, le vent, la pluie, les orages… chaque phénomène météorologique le fascinait. Pour lui, la nature était le plus merveilleux livre qui soit. Il a passé sa vie à s’en repaître.

Mes frères Fernand, Georges et Florent en 1950 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Mes frères Fernand, Georges et Florent en 1950.

Quand enfin la neige avait tout recouvert et que la couche ouatée semblait signifier que l’hiver était arrivé pour de vrai, on disait : « C’est la neige hivernante, c’est sûr! Il en est tombé assez pour blanchir la terre. » Comme preuves à l’appui, il y avait plusieurs maximes supposément infaillibles. D’abord il fallait que ce soit la troisième neige tombée au sol depuis le début de la saison. Ensuite, il fallait que la couche de neige soit suffisamment abondante pour blanchir la terre complètement. De plus, il devait s’être écoulé un mois depuis les premiers flocons. Et quand l’une ou l’autre de ces remarques s’avérait inexacte, on disait : « C’est l’exception qui confirme la règle! »

Le soir de la première neige, avant d’aller nous coucher, nous regardions par la fenêtre la nuit plus claire de tout ce blanc et le vent bien triste, pouvait errer sur les champs… nous nous endormions en rêvant de la fête de Noël qui approchait, puisque la neige et Noël étaient pour nous, indissociables.

hiver-2008-046Sa blancheur éclatante
S’étale devant moi.
Sa robe éblouissante
Me cause un doux émoi
C’est l’hiver qui s’avance
Majestueusement
Et l’automne en silence
Disparaît lentement.

Les enfants ont grandi. Certains ne sont plus de ce monde, nos parents non plus. Mais, en dépit des années qui auraient dû faire de moi une personne raisonnable et sensée, la blancheur éclatante et la robe éblouissante de la première neige me causent toujours un doux émoi… J’aime quand l’hiver s’avance majestueusement, même si je suis un peu triste de voir l’automne disparaître lentement. Alors je vais marcher sous les doux flocons et je chante tout bas la vieille chanson pour moi toute seule.

© Madeleine Genest Bouillé, 1er décembre 2016

(Texte original tiré de Propos d’hiver et de Noël, 2012.)

Il était deux fois…

1920 : Germaine et Zéphirin

Zéphirin Bouillé et Germaine St-Amant (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Zéphirin Bouillé et Germaine St-Amant (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Envie de faire un retour dans le temps? On va aller se promener en 1920 et en 1932. En date du 27 octobre, j’ai noté dans mon agenda que c’était l’anniversaire du mariage de mes beaux-parents, Germaine St-Amant et Zéphirin Bouillé, dont vous pouvez admirer la photo. Le mariage avait eu lieu à l’église de St-Ubalde, la paroisse d’origine de la mariée comme c’était l’usage. N’est-ce pas que c’est une belle photo? Une photo « de photographe », comme c’était la coutume à l’époque. En 1920, peu de familles possédaient une caméra, aussi les jeunes mariés allaient le plus souvent faire « tirer leur portrait » à Québec, quelques jours après leur mariage.

Que se passait-il dans le monde en 1920? Tandis que nos nouveaux époux commençaient leur vie de couple dans la maison des Bouillé, érigée sur la ferme familiale au coin de la route qui montait au deuxième rang et en face du fleuve, dans les éphémérides, on lit qu’à Québec, ce 27 octobre, un violent ouragan a arraché une partie du toit de l’église Saint-Jean-Baptiste… Je n’ai jamais entendu parler qu’il y avait eu de gros vents ni de mauvaise température à St-Ubalde ce jour-là. Si elle était encore de ce monde, ma belle-mère dirait : « C’est parce qu’on était du bon monde! »

En février de cette même année, a eu lieu l’inauguration du Parlement d’Ottawa, ainsi que la création du Royal 22e Régiment. À Québec, on adopte officiellement l’heure avancée et M. Lomer Gouin est nommé membre du Conseil législatif.

En Allemagne, au cours du mois de février, Adolf Hitler, l’homme fort du Parti ouvrier proclame son « programme en 25 points ». En août, ce parti devient le Parti Socialiste des travailleurs allemands (NAZI). C’est le début d’une histoire qui aura des répercussions néfastes dans toute l’Europe.

Pendant ce temps à Deschambault, le maire se nomme Bruno Germain, il demeure tout près de la famille Bouillé, dont il est apparenté par son épouse, Amanda Bouillé, sœur de Joseph, le père de Zéphirin. Depuis 1914, l’abbé Alexandre Lepage est curé de la paroisse; il sera en poste jusqu’en 1953. L’économie va bien, la Ferme-École a été créée depuis deux ans et on embauche encore de nouveaux travailleurs.  En 1923 sera fondé le Cercle de Fermières puis, en 1925, l’Union Catholique des Cultivateurs (l’UPA). La même année, on achètera les personnages de la crèche de l’église que nous pouvons encore admirer chaque année, dans le temps des Fêtes à l’église de Deschambault.

Germaine à ses 80 ans au Vieux Presbytère, avec deux de ses petites-filles, Marie-Noël et Nathalie.

Germaine à ses 80 ans, au Vieux Presbytère, avec deux de ses petites-filles, Marie-Noël et Nathalie (coll. Madeleine Genest Bouillé).

1932 : Jeanne et Julien

Pour continuer ce voyage dans le temps, retrouvons-nous au matin du 30 août 1932, pour assister au mariage de Jeanne Petit et Julien Genest, en l’église de Deschambault. Comme je l’ai déjà mentionné, le marié était natif de Québec et il était  arrivé par chez-nous quelques années auparavant pour travailler à la Ferme-École du Gouvernement provincial. La photo de mariage avait été prise par un membre de la famille, près de la maison de  mon grand-père Petit, où avait lieu la noce, comme il se doit.

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Mariage de Jeanne Petit et Julien Genest (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Après le voyage à Ottawa et à Montréal, nos jeunes mariés logeront dans la même « petite route » que les parents de Jeanne, à l’étage de la belle maison victorienne, dont les propriétaires (les Trahan, si je me souviens bien), habitaient le rez-de-chaussée. Ce beau logement face au fleuve devenant trop exigu, Jeanne et Julien devront déménager après la naissance du quatrième enfant.

Si on regarde ce qui se passe un  peu partout dans le monde,  les années trente ne sont pas des plus prospères. On subit encore les ravages du Krach de 1929. Au Canada, on apprend que le chômage atteint le quart de la population active du pays. Le 21 janvier 1932, une nouvelle loi sur le suffrage féminin est votée à l’Assemblée législative, le résultat est encore négatif. C’est peut-être la raison pour laquelle ma mère, Jeanne, nous incitait à nous prévaloir de notre droit de vote;  elle nous  racontait combien ce droit avait été difficile à obtenir pour les femmes. Toujours à propos de la politique, en octobre, Maurice Duplessis est élu chef du Parti conservateur du Québec. Quelques années plus tard, en 1935, il fondera le Parti de l’Union Nationale.

En Allemagne, le Parti National Socialiste continue sur sa lancée. Au début de février, Hermann Göring est chargé de prendre le contrôle total de la Prusse, le gouvernement est déposé et le Parlement dissous. Le 28 du même mois, c’est la mise en place de la dictature nazie, le début du 3e Reich.

À Deschambault, Laurent Bouchard est alors maire; il a été élu en 1929 et sera en poste jusqu’en 1940. Les années 30 semblent assez prospères, puisque 1932 voit la construction de l’aqueduc municipal et en 1937, d’importants travaux seront effectués pour la rectification de la route nationale, l’actuel Chemin du Roy. La vie sociale est aussi active, si l’on en juge par des activités telle la célébration de la fête de la Saint-Catherine par le Cercle de Fermières. De même, le dimanche précédant Noël, une visite du Père Noël se faisait régulièrement, à la salle de réunion des dames Fermières, pour le plaisir des enfants.

Jeanne et Julien en 1956 (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Jeanne et Julien en 1956 (coll. Madeleine Genest Bouillé).

Nos parents nous ont légué des habitudes de vie qu’ils tenaient de leurs familles respectives. Chacun d’eux nous a enseigné des manières de travailler aussi bien que des  façons de se divertir selon ce qu’ils avaient appris. Même les recettes de cuisine qui se transmettaient de mère à fille variaient d’un bout du village à l’autre. Nous avons gardé précieusement ces leçons de vie… elles sont devenues des traditions que nous laisserons  à nos descendants. Puissent-ils en faire don à leur tour à leurs enfants… C’est ainsi que s’écrit l’histoire d’une famille!

© Madeleine Genest Bouillé, 31 octobre 2016

Rêves de jeunesse

img_20160926_0002Je me suis levée avec dans la tête une vieille chanson que mon père chantait et dont il m’avait écrit les paroles. Cette chanson a pour titre Le plus joli rêve.  La veille, quelqu’un avait publié sur Facebook une photo  du « Band » que quelques jeunes, dont mon frère Fernand, avaient formé au début des années 60. J’ai donc feuilleté encore une fois ces albums dans lesquels mon petit frère avait conservé les photos de sa belle jeunesse… et qui représentaient sans doute les rêves qui l’habitaient alors!  Je vous fais remarquer que Fernand n’est pas toujours présent sur les photos. La raison en est que la plupart du temps, c’était lui le photographe! Il me semble le revoir… il attendait que chacun ait pris la pose voulue pour prendre enfin la photo. Il  pouvait être très patient; c’était quelqu’un de méticuleux, qui ne laissait rien au hasard.

img_20160926_0006En repassant ces images, dont la majorité est en noir et blanc, je me suis fait la remarque que Fernand aurait pu être metteur en scène.  Qu’il s’agisse des photos de combats entre  « bons  pionniers » et « méchants Indiens », ou des scènes où même notre chien Bruno posait pour le photographe, Fernand nous embarquait tous dans ses histoires. Les plus jeunes de la famille et mon cousin Luc ne se faisaient jamais prier pour embarquer dans le jeu. Sur une photo, on voit maman, un fichu sur les cheveux, tenant dans ses mains un des vieux toutous de mon frérot… elle jouait le rôle de la vieille pionnière, même si elle n’avait à l’époque qu’une quarantaine d’années.

img_20160926_0007On y a tous passé! Les animaux étaient aussi de la partie. Notre chien Bruno a été photographié je ne sais combien de fois, avec des toutous ou les animaux en plastique du petit frère. Je dois ajouter que sur la plupart des photos, en plus de la date, les personnages sont nommés, telle celle-ci – prise par quelqu’un d’autre – où l’on voit Fernand, avec Roger et Luc, et qui a pour titre : « Geronimo, Ours Brun et Pied Agile ». Évidemment, Fernand jouait le rôle du héros, Geronimo!

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img_20160717_0002Sur une autre photo, on voit une vache qui ne semble pas du tout impressionnée par la caméra, cette photo est intitulée « L’ennemi approche »… Fernand avait un sens de l’humour très particulier! Mon frère voulait que toute la famille participe, il a donc pris aussi une photo de papa, devant la maison, avec ses fameuses fleurs jaunes, dont on n’a jamais su le nom. La photo ne porte pas d’autre titre que « Papa dans les fleurs jaunes ». C’était de longues fleurs qui étaient très résistantes. Il le fallait, car au besoin, elles pouvaient être utilisées comme cachettes dans les combats contre « les Sioux »!

img_20160926_0010Une des dernières photos, prise en 1960, montre Fernand à la roue d’un bateau. Cet instantané a pour titre « Sur le Charlie S. ». Quelques autres photos datées du même jour ont été prises avec mon grand frère Jacques, sur ce bateau. Fernand avait 16 ans… Il rêvait de devenir pilote de bateau.  Il a étudié à l’Institut de Marine à Rimouski; c’était un brillant élève. Il a navigué quelque temps sur ce qu’on appelait des « bateaux de mer », pour les distinguer des barges de lac, sur lesquelles la plupart des marins d’ici travaillaient. Puis, comme dans la chanson  Quand les bateaux s’en vont, un jour, il est resté au quai! Peut-être y a-t-il des rêves qui, une fois devenus réalité, déçoivent.  Allez savoir! Fernand a travaillé, il a voyagé, il a vécu sa vie. Toujours vivant, mais il n’est plus  là, dans sa tête…  Heureusement, il nous reste ses photos, qui parlent pour lui.

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© Madeleine Genest Bouillé, 28 septembre 2016

Le chasseur qui dessinait des bateaux

Il s’appelait Claude. C’était mon frère aîné, le deuxième enfant de la famille. Il aimait la chasse et les armes à feu qu’il collectionnait et dont il prenait grand soin, comme il l’aurait fait pour des œuvres d’art. D’ailleurs, pour lui, c’était vraiment des œuvres d’art. Il aimait le beau, en tout. C’était un homme cultivé; il lisait beaucoup sur des tas de sujets, entre autres, sur le cinéma, les bateaux –  il avait navigué durant plusieurs années, sur le fleuve et sur les Grands Lacs. Il adorait aussi la musique et possédait une impressionnante collection de disques anciens.

Le Tadoussac et Claude

Le Tadoussac, un navire sur lequel aimait bien bien travailler Claude.

Un jour, après qu’il eut cessé de travailler sur l’eau, peut-être parce qu’il s’ennuyait, il se mit à dessiner des bateaux. Il avait toujours eu beaucoup de talent pour le dessin; il a donc reproduit sur des cartons de toutes sortes, boite de savon à lessive ou de céréales,  pas loin d’une centaine de navires anciens, à voile ou à vapeur. Perfectionniste, il avait le souci du moindre détail; ces dessins sont de vrais chefs d’œuvre, et ils sont enfin  accessibles au public.

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Claude et Lorraine lors de leur mariage en 1960 (photo: coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Au fil des années, mon frère avait acquis une réputation de chasseur et de grand connaisseur en matière de fusils. À cette époque, nous avions un chien, Bruno, un bâtard descendant d’épagneul, que Claude avait à peu près réussi à dresser pour la chasse. Mon frère faisait la chasse aux canards à pied sur le bord du fleuve et il chassait aussi le petit gibier : lièvre, perdrix, renard, rat musqué ou autre animal sauvage. Après de longs préparatifs, il partait vers la fin de l’après-midi, le chien frétillant de bonheur sur ses talons; le meilleur temps pour chasser était comme il disait « la passe du soir ». Il faut  cependant avouer que Claude aurait difficilement pu aller chasser à l’aube, car comme plusieurs membres de ma famille, c’était un couche-tard et un lève-tard.  Quand il rentrait d’une de ses équipées de chasse en hiver, il parlait des pistes qu’il avait suivies,  décrivant l’ours – il s’agissait toujours d’un ours! – comme s’il l’avait vu. Il ne revenait pas toujours avec du gibier, quelquefois quand même il rapportait quelques belles prises. Mais quand il racontait ses histoires de chasse, alors là, on était au cinéma!  On n’avait pas le choix de le suivre sur la grève où, cachés derrière la grosse roche qu’on appelait « l’Empress », on voyait tomber lourdement le beau malard avec l’aile qui pendait… ou encore, on marchait avec lui dans le bois sur les pistes de ce vieil ours auquel il manque une griffe à la patte gauche.  Quel merveilleux conteur!

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(Photo: coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Je le revois encore très bien dans ma mémoire… même si vingt-huit ans se sont écoulés depuis son départ. Je le revois hochant la tête à grand coups, la pipe à la bouche, quand il écoutait quelqu’un. Il savait écouter; c’est sans doute une des raisons pour lesquelles tant d’hommes de tout âge s’arrêtait chez lui, soit pour faire réparer un fusil, ou tout simplement pour jaser… j’entends son rire, je vois ses épaules qui sautent. Il accueillait avec la même hospitalité aussi bien le vieux monsieur qui inventait des histoires toutes plus invraisemblables les unes que les autres, et qui ne venait plus à bout de s’en aller,  que le jeune chasseur qui commençait à collectionner les fusils et qui écoutait les conseils de mon grand frère religieusement. Il avait l’air serein, jovial, heureux. C’était un homme agréable à fréquenter.

Qui était-il en vérité? Bien franchement, je ne sais pas! Il parlait de tout, mais jamais de lui. La vie ne l’a pas toujours gâté. On sait qu’il a aimé naviguer. Ses plus belles années, il les a passées sur les bateaux. Il n’était jamais malade… malgré quelques difficultés à digérer qu’il combattait à coup de pilules de lait de magnésie. S’il avait des problèmes, il les gardait pour lui. Cette nuit de janvier 1988, fatigué de tout refouler, son cœur a refusé de continuer et l’a lâché tout net! Comme on dit par chez nous « net, fret, sec » ! Il n’avait que cinquante-trois ans…

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Mon mari Jacques jouant aux « pichenottes » avec Claude (photo: coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

À l’époque, on passait deux bonnes veillées au salon funéraire et une heure encore avant la cérémonie des funérailles. Auprès du cercueil de mon grand frère, j’en ai vu défiler des gens, c’était surprenant! Ce n’était pourtant pas un notable, pas non plus un homme public. Après qu’il eut abandonné la navigation, il a occupé différents emplois. Enfin, pendant quelques années, il a vécu à l’extérieur de son village natal, pour nous revenir un peu moins d’un an avant son décès. En ces premières heures d’un deuil si brutal qu’on ne parvenait pas encore à le réaliser, en plus de la parenté, un nombre impressionnant d’hommes sont venus lui rendre hommage : anciens camarades de classe, marins avec lesquels il avait navigué soit sur les « bateaux blancs » ou sur des barges, amis ou connaissances. Étonnamment, j’en ai vu pleurer plus d’un. C’est rare un homme qui pleure. Alors vous pensez, autant que ça en deux soirées, c’est normal que je m’en souvienne!

J’ai écrit que la vie n’avait pas gâté mon frère Claude. Je me trompe probablement… Tous les témoignages d’amitié dont nous avons été témoins lors de son décès, il les avait sans doute ressentis durant les soirées où il causait de choses et d’autres avec ceux qui lui rendaient visite. Sauf pour le temps où il était sur le fleuve ou les Grands Lacs, ces moments furent parmi les plus heureux de sa vie. Se sentant apprécié, il communiquait sans contrainte et faisait profiter ses amis de ses nombreuses connaissances. Saint-Exupéry a écrit : « Dans la vie, il n’est qu’un luxe véritable, c’est celui des relations humaines. »  En ce sens, Claude a connu la vraie richesse.

AHAB Collection 2016

Le Ruth E. Merrill et le Franck M. Deering. Schooner 6 mâts, numéroté 6 et Schooner 5 mâts, numéroté 7. Original – Gouache sur papier 14,18 po. x 10,62 po.

Du 14 août au 1er octobre, les dessins de mon frère Claude seront exposés à la sacristie des Sœurs de l’église de Deschambault. Cliquez ici pour plus d’information.

© Madeleine Genest Bouillé, 12 août 2016.

Texte adapté d’un texte publié dans Récits du Bord de l’Eau

Le temps des jeux

EnfantsjouantComme je l’ai déjà mentionné, notre famille comptait dix enfants. À l’époque où se situe cet épisode, il y avait « les grands » et « les plus jeunes », c’est-à-dire, les six derniers, dont je faisais partie, nés entre 1940 et 1947. Imaginez : cinq gamins, débordant d’énergie et d’imagination, qui s’amusaient avec tout ce qu’ils trouvaient, aussi bien au-dedans qu’au dehors de la maison. Il m’arrivait de participer à leurs jeux auxquels se joignait notre chien, Bruno, lequel se laissait habiller et photographier, sans broncher et sans rouspéter.

scenecombatTout ce que notre vieille maison recelait, y compris le hangar aussi vétuste, était utilisable pour les jeux des enfants. Tenez, jusqu’au gros tas de bois contre la maison, qu’on n’avait jamais fini de corder, et qui devenait un fort, d’où l’on pouvait surveiller au loin, c’est-à-dire au-delà de la grange, l’arrivée des Sioux. Les champs, délimités par des clôtures de perches dont il manquait des bouts, étaient à plusieurs endroits bordés de bosquets, composés surtout de cerisiers sauvages, de cenelliers et de trembles. Ils étaient de plus parsemés de grosses roches qui témoignaient que dans des temps immémoriaux, il y avait sans doute eu à cet endroit un lac ou un étang, comme en témoigne aussi la légère dépression du sol à cet endroit. Mais ce merveilleux décor était, vous en conviendrez, l’idéal pour les expéditions guerrières des pionniers contre les Sioux!

CowboysSiouxMon frère, le huitième, possédait un petit appareil photo, qu’il maniait avec déjà beaucoup d’adresse; et c’est grâce à ses albums que j’ai pu retracer maintes aventures de l’enfance et de l’adolescence de mes frères et de leurs amis. Les images où l’on voit d’abord les échanges commerciaux entre les « Visages pâles » et les Indiens, se changent très vite en scène de guerre, saisissantes de vérité! Les garçons qui participaient à ces jeux prenaient leur rôle très au sérieux, comme on peut le constater. Costumes plus ou moins typiques – on portait ce qu’on avait, bandeau garni de plumes, peintures de guerre… tout y était. Pour rendre plus réels les gestes et les expressions de leurs personnages, ils s’étaient inspirés des épisodes de la série télévisée The Lone Ranger, que mes frères allaient regarder chez leurs amis qui possédaient déjà un appareil, les chanceux! À l’époque, il était considéré comme normal que les garçons s’amusent avec des pistolets « à cap » comme on disait, pour désigner ces petits rouleaux de pétards qui « pétaient » comme une vraie arme à feu. Ces jeunes qui se tuaient mutuellement à longueur de journée durant les vacances, étaient les meilleurs amis du monde et sont devenus des adultes tout à fait pacifiques. Quelle que soit l’époque, les jeunes ont toujours aimé reproduire les gestes de leurs héros.

BrunotoutouNotre photographe avait aussi un sens de l’humour très particulier, c’est pourquoi il prenait souvent des photos de Bruno, le chien, habillé et coiffé d’un vieux chapeau de paille et posant soit avec nous ou encore avec les vieux toutous qui faisaient partie de la famille. Quelques années plus tard, il prit plaisir à créer des scènes navales qu’il photographiait sur le bord du fleuve avec des modèles réduits de bateaux qu’il avait fabriqués avec grand soin et beaucoup de patience.

orchestreAvec les années, les jeux ont évolué… Fini les films de cow-boys! Elvis Presley est arrivé et avec lui, l’époque du rock’n’roll. Combien de jeunes garçons ont alors commencé à jouer de la guitare en s’exerçant à reproduire les gestes et les mimiques de ce fameux chanteur américain! Mes jeunes frères n’ont pas échappé à cette influence et c’est alors que parmi les anciens cow-boys et Indiens, quelques-uns se sont retrouvés dans un orchestre rock! Pas très longtemps, car malheureusement, les études ont dispersés les copains et l’orchestre a manqué de musiciens!

glaceQuelquefois, les gars se retrouvaient pour faire des prouesses… qui resteront dans la mémoire, grâce aux photos. Ainsi, au printemps, quoi de plus amusant qu’une promenade en chaloupe au travers des glaces flottantes, c’est pourquoi une photo les montre, juchés sur une plaque de glace, pour le plaisir… parce que déjà, on a le goût de voyager sur le fleuve et, qui sait, y gagner sa vie! Au cours de l’été, avec les amis retrouvés, on faisait encore des ballades sur le fleuve et au vieux phare de l’îlot Richelieu. Était-ce juste par fanfaronnade ou dans le but de faire une belle photo ? Mais sur une des photos, on voit trois joyeux lurons qui posent fièrement sur l’une des bouées qui balisent le chenal des bateaux. Même en noir et blanc, vous admettrez que ça fait une belle image! C’était « Le temps des jeux », immortalisé dans quatre albums de photos, et qui s’étale de 1956 à 1963.

© Madeleine Genest Bouillé, octobre 2015 (Photos de © Fernand Genest)

guitare

Mon frère, Fernand, à qui revient le crédit de toutes ces images.