Un été

Du vert plein les champs,
Poudré d’or au soleil de midi.
Fleurs sauvages aux tons charmants,
Émaillant le velours des prairies.
Verdure plus sombre des frondaisons
Épanouies sous le clair ciel d’été.
Bleu des vagues, parées de blancs moutons.
Matins de corail, crépuscules de feu, nuits étoilées…
Symphonie de couleurs pour un été!

Parfum sucré des roses à miel,
Douceur de lavande, œillets poivrés,
Dont se grisent les abeilles.
Senteur chaude des foins coupés,
Sauge, thym, marjolaine et sarriette.
Arôme exquis des petits fruits
Dont au sous-bois, on fait cueillette.
Effluve de marée qui monte avec la nuit…
Ivresse de parfums pour un été!

Joie d’un sourire d’enfant,
Chaleur fidèle de l’amitié,
Pensée qui vole vers un absent…
Bonheur d’un amour partagé.
Chagrins enfuis, regrets au vent,
Rires un peu fous qui fusent partout.
Après l’orage, vient le beau temps,
Tournons la page, c’est déjà tout!
Ainsi se vit un été!

© Madeleine Genest Bouillé, juin 1980

La Saint-Jean et les Gens de mon pays… au fil du temps

Je me suis levée avec cette chanson dans l’oreille : Les gens de mon pays, de Gilles Vigneault. Pourquoi? Je ne sais pas, mais comme en même temps j’avais décidé de parler des Fêtes de la Saint-Jean auxquelles j’ai pris part il y a quelques décennies, j’ai pensé que ça tombait très bien! Pour m’aider dans mes réminiscences, j’ai sorti mes vieux Phares. À chaque page ou presque, je lisais les noms des personnes avec lesquelles j’ai « bénévolé », pas seulement pour le Phare, mais aussi pour les multiples comités dont j’ai fait partie, y compris celui de la Fête nationale. Je me rappelle les gens qui faisaient partie du comité en même temps que moi. Alors je me souviens de nos discussions; chacun faisant valoir son opinion, et comme dans la chanson de Gilles Vigneault, avec « les gens de mon pays, il y en avait des palabres et des sparages! »

En 1978, la Fête nationale faisait partie de la Semaine du Patrimoine, qui s’ouvrait le 23 juin avec l’inauguration des expositions au Vieux Presbytère. Dans la salle du rez-de-chaussée, les visiteurs pouvaient voir « L’évolution des techniques agricoles », tandis qu’à l’étage, on inaugurait l’exposition « Deschambault à vol d’Oiseau », où l’on retrouvait des photographies aériennes de notre village et un montage audio-visuel sur l’architecture locale… Même si aujourd’hui, le montage serait quelque peu désuet, les photos intéresseraient encore beaucoup de monde. Le 23 toujours, durant la soirée, les chorales de Deschambault, St-Alban et St-Casimir offraient un concert conjoint à l’église. En majuscules, on précisait que ce concert était GRATUIT! Quelle belle soirée! « Gens de mon pays… je vous entends chanter dans votre trop court été. Il est question d’amour, d’espoir et de récoltes… »

Le 24, de 8 heures à 10 heures, sur le cap Lauzon, en avant du Vieux Presbytère, c’était le déjeuner. Les Fermières invitaient la population à venir déguster le pain de ménage et les confitures maison.  La messe avait lieu comme maintenant à 10 heures et elle était suivie de la criée. Durant l’après-midi, l’O.T.J. organisait des activités sportives, sur le cap toujours. Sur le terrain de la Fabrique, se tenait « La rue des enfants », où nos jeunes pouvaient peinturer et effectuer des bricolages, aidés des membres de « La Clé des Jeunes ». La soirée ressemblait un peu à ce qu’elle est aujourd’hui, sans le chapiteau évidemment.  Le bar était installé au Vieux Presbytère, et la fête se terminait avec le feu, comme maintenant. « Parlant de mon pays, je vous entends parler et j’en ai danse aux pieds et musique aux oreilles… »

Déjeuner au Vieux Presbytère, 1980.

La Semaine du Patrimoine se poursuivait chaque jour avec des activités soit sportives ou artistiques, dans le cadre d’un projet appelé « Les enfants dans le Vieux Presbytère ». Le soir, le « Café chez Rose Latulippe » rassemblait les amateurs de musique québécoise, au sous-sol du Vieux Presbytère, avec un bon café ou un thé. « Les gens de mon pays, sont aussi gens de causerie, qui parlent pour parler, et pour s’entendre! »

En 1979, c’était l’Année Internationale de l’Enfant. Le 22 juin, à la salle municipale, avait lieu l’ouverture de l’exposition des Fermières, intitulée « L’enfant, d’hier à aujourd’hui ». On y voyait des anciens vêtements, jouets et meubles d’enfant ainsi que des photos d’époques différentes. La Corporation du Moulin de La Chevrotière y avait un kiosque d’information sur les métiers traditionnels du bois de la pierre et du fer. « Les gens de mon pays… il faut les écouter. C’est parfois vérité, et c’est parfois mensonge… Mais la plupart du temps, c’est le bonheur qui dit qu’il faut croire au bonheur…» Le programme de cette année-là ressemblait un peu à l’année précédente; comme nouveauté, dans l’après-midi du 24, il y avait des activités pour le 3e âge sur le cap, un tournoi de tir au pigeon d’argile et le Marathon au Drapeau. Je crois que ce fut le premier.

1980… La politique a brouillé un peu les cartes cette année-là! Il y eut même deux fêtes, simultanées… mais heureusement pas au même endroit! Sur le programme publié dans le Phare, on lisait que la fête débuterait le dimanche 22 juin, avec un Rallye historique, l’ouverture des expositions et en soirée, le Café chez Rose Latulippe. Le 23, on offrait aux jeunes de l’École Centrale un spectacle avec le « Théâtre de Bon’Humeur », de plus, une soirée de variétés avait lieu dans une bâtisse de la Station de Recherche. Le programme du 24 reprenait à peu de chose près celui de l’année précédente. C’est certain qu’avec tout ce qui se brassait, « on entendait jaser sur les perrons des portes… et de chaque côté des cléons des clôtures… »

En 1981, les 21 et 25 juin, la toute jeune troupe Les Fous du Roy présentait à la salle de l’école Centrale trois courtes comédies. La première, « Ti-Charles va voir Arthémise » qu’on appelait une folie brève était suivie d’une folie douce, « Marions Belle-Maman » et la soirée se terminait avec une folie furieuse : « Heure de folie ».  La salle était pleine pour les deux représentations…l’entrée coûtait 2$. Ces chers Fous du Roy! « Gens de mon pays… combien de fois, vous m’avez fait plaisir, et sagesse et folie ». Les pièces de théâtre présentées par les Fous du Roy ont fait partie du programme de la Fête nationale jusqu’en 1985.

La programmation de la Fête nationale a été sensiblement la même durant quelques années.  En 1985, le 22 juin, qui était un samedi, on avait loué un chapiteau et il y eut un premier souper BBQ suivi d’une soirée dansante. Le dimanche 23, encore de la danse sous le chapiteau et le 24, de la danse, mais cette fois sur le cap! Évidemment, le bar était là pour les trois soirées! « Saurions-nous encore répéter vos parlers et vos dires… vos propos et parlures?… » En 1986, on commence encore les festivités avec un BBQ le vendredi 21 juin, mais cette fois, à la Station de Recherche.  Le lendemain, le Club Lions  recevait les joueurs de bingo à la salle de l’école Centrale. Le 23, à la Salle Municipale, il y a exposition de peinture, comptoir de pâtisseries du Club de l’Âge d’Or, et les dames de l’Amicale du Couvent tiennent un kiosque en prévision de la fête du 125e anniversaire du Couvent qui sera célébré en septembre. De nouveaux joueurs, les membres du Club Optimiste, tiennent des kiosques d’animation dans la journée du 24  ainsi qu’un comptoir de hot-dogs. On ne s’ennuiera pas, c’est certain! « Gens de mon pays, je vous entends encore  jaser et chanter… »

1987, On fête cette année sous le thème « Une culture à développer ». Et pour la première fois, le souper de la Saint-Jean prend le nom de « La Grande Tablée ». De plus, cette année, nous célébrons le 150e anniversaire de notre église. Des membres du comité avaient eu l’idée que la messe soit célébrée à la mode d’il y a 150 ans, c’est-à-dire, que le prêtre célèbre à l’autel principal, donc dos à l’assistance, et avec les beaux vêtements sacerdotaux anciens. Le curé de l’époque, M. La Rochelle, s’était un peu fait tirer l’oreille, mais il avait finalement accepté en soulignant que c’était une première… et que ce serait une dernière! La chorale avait aussi choisi un répertoire à l’avenant, dont le beau vieux cantique que nous chantons encore : « Que cette voûte retentisse de vos cantiques solennels ».

Criée de 1988.

Il y a trente ans… c’était hier! Le 24 juin, nous avons toujours le déjeuner, qui est maintenant sous la responsabilité de la Biblio du Bord de l’eau, qui comme je m’amuse à le dire « aime bien nous voir prendre quelques livres »!  Avec la messe, la criée, la soirée et le feu le 24 juin, ce sont des incontournables à Deschambault. C’est ainsi qu’on fête par chez-nous avec « Les Gens de mon pays. Il n’est coin de la terre où je ne vous entende… il n’est coin de ma vie à l’abri de vos bruits. Il n’est chanson de moi qui ne soit toute faite, avec vos mots, vos pas, avec votre musique. »

Joyeuse Saint-Jean à tous et toutes!

© Madeleine Genest Bouillé, 23 juin 2017

Les clochers

Je n’ai pas voyagé beaucoup en dehors du Québec. Toutefois, par les livres, le cinéma, la télévision et maintenant les réseaux sociaux, je connais les endroits magnifiques qu’on retrouve ailleurs dans le monde. Ce dont je suis certaine, c’est que même si j’avais la chance un jour de visiter l’Europe, l’Afrique, les pays de l’Orient ou les Iles du soleil, rien pour moi n’égalerait le fait de parcourir le fleuve Saint-Laurent, de Montréal jusqu’au golfe. Ou mieux encore, l’aller-retour.

Photo: coll. Madeleine Genest Bouillé.

J’ai toujours vécu dans le village où je suis née. Et depuis plus de quarante-cinq ans, j’ai le fleuve en face de chez moi; je l’entends, je le sens, il fait partie de mon décor quotidien. Je le consulte le matin pour savoir quelle humeur il a. Je lui parle de temps en temps. Et le soir, je lui jette un dernier coup d’œil avant d’aller dormir.

Chez nous, depuis très longtemps, nombreux sont les hommes qui ont gagné leur vie sur le fleuve, à bord de bateaux de toutes sortes, comme marin, homme de roue, capitaine ou pilote. Il y en a encore, mais beaucoup moins qu’avant. L’influence du fleuve se fait sentir jusque dans notre langage : on « descend » à Québec et on « monte » à Montréal; on « embarque » dans une auto plutôt que d’y monter. On se « greye » pour aller quelque part, on « accoste » quelqu’un sur la rue, au bureau de poste ou à l’épicerie pour piquer une jasette… on est des gens du fleuve!

Église de Chambly (photo: coll. Madeleine Genest Bouillé).

Plusieurs écrivains et poètes ont fait l’éloge de notre beau fleuve, de Pamphile Le May à Félix Leclerc. Un de mes préférés parmi nos auteurs québécois, Jean O’Neil, a dépeint dans ses livres plusieurs régions du Québec, et particulièrement le Saint-Laurent, dans le livre qui a justement pour titre Le Fleuve. Bref, on pourrait croire que tout a été dit. Moi, ce qui m’a impressionnée, lorsque j’ai descendu le fleuve en bateau de Montréal aux Iles- de-la-Madeleine et ensuite quand je l’ai remonté, c’est d’abord une sensation de liberté totale, qu’on ne retrouve que sur l’eau. Pas de rendez-vous, pas de tâches ménagères ou autres à accomplir, pas de magasinage… on vit au rythme du bateau; on se lève avec le soleil et on s’en va dormir après avoir salué les étoiles une par une! Mais l’image que je garde surtout, c’est vraiment le défilé des clochers qui sont comme une ponctuation tout au long des rives de la vallée du Saint-Laurent.

Photo: coll. Madeleine Genest Bouillé.

Chacun des villages est identifié par son clocher qui s’élève à l’endroit le plus populeux, entouré de bâtisses souvent séculaires, presbytère et couvent, qui racontent la vie des bâtisseurs. Et pas loin du clocher, un enclos semé de stèles et de croix plus ou moins vétustes, révèle que ce village a un long passé… Qu’elles sont belles, les rives de notre fleuve! Soit qu’elles s’élèvent et dressent leurs falaises abruptes, ou qu’elles descendent en pente douce jusqu’au bord de l’eau; soit qu’elles se rapprochent comme pour se conter fleurette, ou qu’elles s’éloignent, indépendantes… jusqu’à former entre elles un lac, voire presqu’une mer!

Des îles s’amusent à séparer les deux rives, à mêler le paysage : est-ce la rive nord? Non, c’est l’Ile aux Coudres! De l’Île d’Orléans qui prend toute la place, en passant par de tout petits îlots sans nom ou de belles îles sauvages, mystérieuses, et d’autres encore dont l’histoire est peuplée de fantômes, telle la Grosse Île. À maints endroits, comme l’Île aux Grues ou l’Île Verte, elles arborent fièrement un clocher, pour nous dire : « Il y a des familles qui vivent ici! ». Et partout, tout au long du fleuve, au nord comme au sud, les clochers continuent de marquer les lieux de notre géographie, sans égard pour les regroupements de municipalités et encore moins pour les fusions de paroisses!

Église de Port-au-Persil (photo: coll. Madeleine Genest Bouillé).

Difficile de croire qu’un jour, ces clochers ne sonneront plus que de temps à autre, durant la saison estivale, pour épater les touristes… à moins qu’on leur trouve une nouvelle vocation, ou au pire, qu’on les ait démolis; c’est arrivé ailleurs, ça pourrait arriver chez nous.  C’est déjà commencé d’ailleurs, dans les villes où jadis on construisait des églises à tous les deux coins de rue.

Parce que j’aime les histoires qui finissent bien, je termine avec cette phrase de Maurice Barrès : « Si l’église fait bien dans le paysage, c’est qu’elle y est une âme. » Indépendamment de toute croyance religieuse, moi je crois que les clochers nous invitent à regarder plus haut… c’est pour cela qu’on les aime!

Église Deschambault (photo: coll. Madeleine Genest Bouillé).

© Madeleine Genest Bouillé, 17 juin 2017

Du théâtre à Deschambault… de 1920 à 1955

Deschambault a une longue tradition de théâtre amateur. En parcourant les nombreuses coupures de journaux et les papiers de toutes sortes que ma mère conservait précieusement, je suis parvenue à retrouver certains titres des pièces qui ont été jouées par des gens de chez nous. Des gens de tout âge et de toute condition, qui consacraient leurs loisirs au théâtre et qui y mettaient tout leur cœur et tout leur talent. Oui, il y a en a eu du théâtre à Deschambault! Je vous ai parlé des pièces que j’ai jouées, dans les années 60 et de celles que j’ai montées ensuite jusqu’à ces dernières années, où j’ai eu le bonheur d’applaudir mes petits-enfants.

Malheureusement, j’ai très peu de photos et celles que j’ai ne sont pas très bonnes, mais j’ai au moins les titres des pièces jouées et dans plusieurs des cas, les noms des comédiens. La première mention de théâtre que j’ai trouvée dans les archives personnelles de maman, date du mois d’août 1921. La troupe des garçons, comme on la nommait, présentait les 2, 3 et 4 août une pièce intitulée « Les parapluies », de Claude Bardane. Quelques années plus tard, en août 1927, la troupe des garçons présente deux pièces : « Le reliquaire de l’enfant adoptif » et « Le homard et les plaideurs »; je n’ai pas les noms des auteurs, ni ceux des acteurs.

La salle Saint-Laurent, maison Vézina (construite par Alfred Petit).

En mai 1928, on assiste aux « Soirées Dramatiques et musicales », dans la salle Saint-Laurent, où l’on présente « La Plage de Biarritz », drame en 3 actes du Père Camille et « Le Château de la Mare aux Biches », comédie en 2 actes de Charles Leroy-Villars. Sur le programme, on précise que ces pièces sont « données par les jeunes filles de Deschambault ». Parmi les jeunes comédiennes, on retrouve aussi quelques dames, dont Mme Louis Marcotte (Béatrice Naud). Les jeunes comédiennes se nomment Blanche et Joséphine Petit, Olive et Marie Gauthier, Blandine Naud, Germaine Montambault, Charlotte Arcand, Juliette Pagé, Corinne Paris et Angélique Dussault.

La Veillée du bon vieux temps, Alfred et Edmond Petit, vers 1930.

En 1929, la troupe des garçons présente les 30 et 31 juillet, « La nuit rouge » et « Sapeurs et Gendarmes ». En février de la même année, une troupe mixte, cette fois, présente à la salle Saint-Laurent, la « Veillée de Noël », de Camille Duguay. Dans l’hebdomadaire de l’époque, on lit à ce sujet : « Deschambault est rarement témoin d’un aussi beau succès que celui remporté par un groupe d’amis, qui avaient organisé, les 6 et 7 février, une veillée du bon vieux temps ».  Parmi les comédiens, on mentionne les noms de André Gauthier, Blandine Naud, Juliette Pagé, Olive et Marie Gauthier, Marie-Louise Marcotte, Alfred Naud, Henri Julien, Georges Montambault, Narcisse Naud, Albert Paris, Robert Paquin ainsi que Alfred et Edmond Petit, sûrement pour la musique! J’avais peut-être une dizaine d’années quand j’ai entendu parler de cette si belle pièce… du théâtre comme on n’en avait jamais vu par chez nous! En ce qui concerne la salle Saint-Laurent, il s’agissait d’une annexe qui prolongeait la maison Vézina, sur le côté ouest. À ce qu’on m’a dit, cette salle était spacieuse et très belle. La maison avait été construite par Alfred Petit qui avait nommé la salle « Saint-Laurent » autant pour le fleuve qu’elle surplombait, que pour rendre hommage à son épouse Cordélie Saint-Laurent.

Les piastres rouges, 1934 (photo: Musée virtuel de Deschambault, CPDG).

En mai 1934, la même troupe des garçons présente « Les piastres rouges », qui selon ma mère était une très belle pièce. En 1934, la même troupe présente trois pièces à la salle Saint-Laurent : « Le Secret d’Hurloux », « Un mariage au téléphone » et « Le secret de Pardhaillan ». Parmi les comédiens, des jeunes gens de l’époque, on retrouve Albert Paris, Alfred Mayrand, Gilbert et Jean-Charles Talbot, Narcisse Gignac, Toussaint Julien, Ernest Martel, Benoît et Raymond Paré, Marcel Descarreaux, Amable et Clément Paré et C.H. Johansen. En janvier 1935, la troupe est mentionnée pour la dernière fois, alors qu’on joue une pièce intitulée « La Tour du Nord ».

 

La chambre mauve, 1953.

Est-ce qu’il y a eu du théâtre entre 1935 et 1953? Je l’ignore; mes notes reprennent en 1953, alors que Rachel Paris-Loranger présentait « La chambre mauve », à la salle Paul-Benoît qu’on appelle alors « Salle syndicale ». Cette pièce est un drame mettant en scène une nombreuse distribution entièrement féminine, où on voit les noms de : Francine Roy, Muriel Houde, Élise et Roberte Paré, Claire Gauthier, Aline Paquin, Charlotte Dussault, Yvette Loranger, Michelle Naud, et Denise Gagnon. Madame Narcisse Paré jouait le rôle de la vieille tzigane qui enlève la fillette (rôle interprété par Francine Roy). Madeleine Loranger interprétait celui de la mère de la fillette, tandis que Madame Loranger, en plus de la mise en scène, jouait le rôle de la gouvernante. Charlotte Arcand, Nicole Dussault, Corinne Paris et Colette Gauthier faisaient aussi partie de la distribution. Je me souviens de cette pièce; certaines scènes surtout m’avaient frappée. Je revois la danse des Bohémiennes et l’enlèvement de la fillette… C’était dramatique à souhait! C’est sans doute de ce temps-là que j’ai commencé à vouloir être une actrice!

Évangéline, 1955 (Musée virtuel de Deschambault, CPDG).

En 1955, La troupe de Rachel Paris-Loranger est maintenant mixte. On présente tout d’abord « Les sacrifiés », une pièce dramatique, dont j’ai gardé un souvenir : je revois Yvette Loranger, interprétant le rôle de « la méchante »; elle était flamboyante et vindicative, toute vêtue de rouge, avec un immense chapeau! J’étais sidérée! Sa sœur, Madeleine, était par contre celle à qui on confiait toujours les rôles tragiques où elle excellait. Vraiment ces deux sœurs si dissemblables étaient de très bonnes comédiennes! Enfin, toujours en 1955, c’est le deuxième centenaire de la Déportation des Acadiens et Madame Loranger monte une fresque magistrale intitulée « Évangéline ». Madeleine Loranger  interprète le rôle-titre, tandis que Lionel Brisson  incarnait celui de Gabriel, son fiancé. Côme Houde, qui était professeur à l’école des garçons, incarnait avec beaucoup de talent le rôle du père d’Évangéline. Je me souviens qu’il y avait une très grosse distribution. Tout ce qu’il y avait de comédiens amateurs à Deschambault  se retrouvaient sur la scène. Cette pièce a été présentée dans un des grands hangars de la Ferme-École. Je me rappelle qu’il y eut plusieurs représentations; c’était tellement beau, tellement bien interprété! On avait pour la circonstance mis sur pied une chorale : « Les Acadiennes de Grand-Pré », lesquelles chantaient des chants de La Bonne Chanson, dont évidemment, la chanson-thème Évangéline. Ce chœur était dirigé par Gaston Bilodeau, qui en juillet de cette même année épousait Agnès Bouillé, alors que Louis-Joseph Bouillé, un des acteurs principaux, épousait Nicole Dussault, qui faisait aussi partie de la distribution de la pièce Évangéline! C’était ainsi que ça se passait à Deschambault en 1955. Ces dernières informations ne faisaient pas partie des « archives » de ma mère, mais j’ai pensé que c’était une belle finale, pour mon « grain de sel », aussi belle que celles qu’on voit au théâtre!

Chorale « Les Acadiennes de Grand-Pré », 1955.

© Madeleine Genest Bouillé, 13 juin 2017

Place au théâtre – 2e partie

C’était l’été 64, j’étais maintenant une « madame »! J’avais un mari, une maison, avec en plus, une Caisse Populaire dans mon salon! À la messe le dimanche, j’avais porté quelques fois mon costume de voyages de noces, avec mon beau chapeau rose et mes accessoires marine. C’était la coutume et tout le monde s’y attendait.  Ça n’aurait pas été gentil de les décevoir! Surtout que nous demeurions dans notre village natal; ainsi, souvent, pour me taquiner, des personnes qui me connaissaient depuis toujours, s’amusaient à m’appeler « Madame Bouillé ». Je poursuivais tout de même mes activités, dont le théâtre faisait partie bien entendu, surtout que mon beau-frère Louis-Joseph avait moins de temps à consacrer à ce loisir, étant donné qu’il était président de l’UCC,  (Union Catholique des Cultivateurs), ancêtre de l’UPA.

Cette même année, pour le Cercle Lacordaire, on avait monté une courte pièce, d’un auteur inconnu qui avait pour titre : « Nos maris boivent », avec tous les clichés possibles, sur les malheurs des femmes d’ivrogne!  Au cours de l’été, nous étions invités à présenter cette pièce à Grondines. En plus de la mise en scène, je remplaçais une des trois comédiennes; les deux rôles de femme d’ivrogne étaient tenus par Raymonde Pelletier et si mes souvenirs sont exacts, Jacqueline Chénard. Je reprenais donc le rôle de la femme dont le mari guéri de l’alcoolisme vient donner des conseils à ses amies. La scène de la salle paroissiale de Grondines était munie de coulisses amovibles et pivotantes, dont une face offrait un décor d’intérieur et l’autre, d’extérieur. Je frappais avant d’entrer, et Raymonde me répondait « Entrez, entrez! C’est pas malaisé, la porte tourne toute seule! » J’entre et alors, la salle explose de rire… que se passe-t-il? Mon chapeau est-il de travers? Je portais justement mon chapeau de voyage de noces. Je m’avance et viens prendre place avec mes deux amies – elles aussi mortes de rire! – et alors, en jetant un coup d’œil sur le fond de la scène, je me rends compte, qu’effectivement, à mon entrée, le panneau a tourné sur lui-même, montrant le côté extérieur. Il nous arrivait souvent de vivre des moments cocasses, j’en aurais pour plusieurs pages si le les racontais tous.

Marcel Gauthier, un des fondateurs de la Société du Vieux Presbytère, avait à quelques reprises présenté du théâtre dans le vieux hangar de M. Zéphirin Beaudry, où jadis à ce qu’on m’a raconté, les jeunes étudiants présentaient leurs pièces durant les vacances d’été. En 1965, Marcel avec quelques amis m’avait approchée pour monter une pièce qui s’appelait « Un petit manoir tranquille »… une pièce tout ce qu’il y avait de pas tranquille!  Je n’ai pas de souvenirs précis de la distribution; je me rappelle surtout qu’il y avait Fabienne et ma cousine Christiane. C’était une bonne pièce, très mouvementée avec des coups de feu et quelques cris…. rien pour endormir les spectateurs! Plus tard, nous avons présenté « Un petit manoir tranquille » à Grondines, où la pièce avait eu beaucoup de succès! Dommage… je n’ai pas de photos; la morale de cette histoire?  Il vaut toujours mieux prendre trop de photos que pas assez!

Si Jésus revenait, 1973.

À l’automne 65, Thérèse Bouillé-Naud, qui faisait partie tout comme moi des organismes locaux et qui, de surcroit, était devenue « ma tante » depuis mon mariage, m’avait donné l’idée de faire une pièce de théâtre à partir du thème : si Jésus revenait au monde, aujourd’hui et chez nous. J’ai été emballée par cette idée et je me mis à l’œuvre aussitôt!  Mais voici que je me replonge dans mes souvenirs de ces années-là et j’en oublie de mentionner la naissance de mon premier bébé, Jean-Marc, né en avril 65! Comme tous les parents d’un premier bébé, nous étions en extase devant cette petite merveille. Mais je trouvais quand même du temps pour les répétitions de théâtre, qui parfois avaient lieu chez nous, pour éviter de chercher une gardienne. Revenons en décembre 1965, j’avais écrit « Si Jésus revenait » et comme il y avait plusieurs personnages, les participants jouaient presque tous deux rôles. Cette pièce a été publiée dans mon dernier livre, Propos d’hiver et de Noël. Elle a été reprise en 1973 et plus tard, au cours de la première année de la troupe Les Fous du Roy, en décembre 1981. En 1967, peu après la naissance de mon deuxième bébé, Patrick, les jeune comédiens, dont mes frères Georges et Roger faisaient partie, demandèrent mon aide pour monter deux courtes pièces de Victor Vekeman, dont « Une fille un peu bébête » et « Un oncle et une jolie fille »… avec de tels titres, inutile de préciser qu’il s’agissait de comédies légères! Nous avions deux mois et demie à peine avant la présentation du spectacle.  Pas de problème! On répétait chez nous et on utilisait la salle seulement pour les dernières pratiques.

Quand on n’avait pas de pièce qui convenait pour les comédiens disponibles, j’en écrivais une. Ce fut le cas pour « Coup de foudre », qui fut jouée en 1971, 1973 et 1978. Trois filles, trois garçons, une intrigue loufoque : une demoiselle plus très jeune à la recherche d’employés, ses deux femmes de chambre et trois bandits déguisés, le premier en intendant et les deux autres en valets de pied.  L’arnaque prévue par les méchants garçons se transforme en  romance; à chacun, sa chacune! Et à chaque fois, tellement de plaisir, pour la troupe autant que pour les spectateurs.

Coup de foudre, 1978.

Et tout ça nous mène en 1981, à la création de la troupe Les Fous du Roy, dont j’ai assuré les débuts jusqu’en 1986. Étant donné que les pièces choisies étaient courtes, on en présentait quatre ou cinq chaque année. En 1984, alors qu’on répétait « Le Sauteur de Beaucanton », deux comédiens durent être remplacés; je devais alors jouer tout en faisant la mise en scène. Heureusement, Marielle Nadeau-Vézina, qui devint par la suite la directrice de la troupe, nous avait apporté son aide. Ce fut malgré tout un succès. En 1985, alors que je montais « Surprise! Surprise! », Marielle présenta sa première pièce « Manon Lastcall », à moins que ce ne soit « Sortez ce cheval du château, Mathilda, il fait des crottes ». Un vrai beau titre!

Ma Rosalie, 1981.

La Corriveau, 2014.

Au début des années 2000, Lucille Bouillé, qui a longtemps enseigné le français et le théâtre dans une école secondaire, présentait à chaque automne une ou deux pièces pour lesquelles elle recrutait une dizaine de jeunes. À quelques reprises, il m’est arrivé de lui donner un coup de main. Trois de mes petites-filles ont fait partie de cette troupe…. et ont ainsi pris goût au théâtre! En 2012, pour le 40e anniversaire de notre bibliothèque municipale, avec quelques jeunes bénévoles, dont mes trois petites-filles, nous avons créé une drôle de « Visite à la bibliothèque », pièce qui fut présentée lors du souper annuel de la bibliothèque. Ces dernières années, dirigés par Blanche, l’aînée des filles, cinq de mes petits-enfants ont à leur tour présenté quelques pièces dans le cadre du Rendez-Vous des Arts. J’espère sincèrement les revoir sur les planches un beau soir! Dans un prochain « grain de sel », je parlerai du théâtre en général dans le Deschambault d’autrefois.

© Madeleine Genest Bouillé, 6 juin 2017