Soirée de Mardi gras

Vous souvenez-vous du Mardi gras? Évidemment, ça dépend de l’âge que vous avez. Pour ma part, j’ai des souvenirs de cette soirée de veille de Carême qui remontent très loin. Quand j’étais enfant, j’avais hâte d’être une grande personne pour pouvoir m’amuser comme ces jeunes gens qui semblaient avoir un plaisir fou à se déguiser et à aller de maison en maison pour fêter le Mardi gras!

J’ai retrouvé une composition française, rédigée alors que j’étais en onzième année. Pour ceux qui ne le savent pas, c’était l’équivalent du cinquième secondaire. Tout d’abord, dans le haut de la page était inscrit la devise de l’année scolaire en cours : « Ma vie, un service! » Tout un programme! Je ne savais pas à l’époque qu’un jour je ferais partie du Club Lions dont le devise est « Nous servons »…

Le Mardi gras à la campagne, illustration d'Edmond J. Massicotte (source: Bibliothèque et Archives Canada).

Le Mardi gras à la campagne, illustration d’Edmond J. Massicotte (source: Bibliothèque et Archives Canada).

Voici donc, textuellement, ce que j’écrivais en 1957. « C’est le soir du Mardi-Gras »! Vers huit heures, les premiers visiteurs apparaissent au tournant de la route. Quelque temps après, la maison s’emplit déjà de joyeuses salutations et de rires. Les jeunes gens et jeunes filles s’interpellent et essaient de s’identifier dans leurs costumes tous plus bizarres les uns que les autres : ici un diable, plus loin, une chinoise, dans un petit groupe là-bas, un mendiant, une reine égyptienne – peut-être Cléopâtre! – et un Indien. C’est un rassemblement de toutes les nations, de tous les âges et de toutes les classes. L’hôtesse souhaite la bienvenue et propose une danse, la « Boulangère ». Tout le monde acquiesce et les musiciens s’ébranlent. La joie et la musique tourbillonnent avec les couples, sous l’œil bienveillant des aînés. Après la « Boulangère », se succèdent un quadrille et un « Brandy ». On est vraiment gai parce qu’on s’amuse franchement. Les vieux assis un peu à l’écart, ressassent leurs souvenirs : « Te souviens-tu quand on allait veiller chez Untel? Là on avait du plaisir! » Un autre fait écho : « Oui, dans notre temps, on avait du plaisir! » La danse prend fin et on décide de jouer aux cartes. On joue à « la Poule », au « Rummy » ou au « Coeur », suivant les groupes. On s’amuse ferme jusqu’à ce que la maîtresse de maison vienne interrompre les joueurs en leur rappelant que demain, c’est le Mercredi des Cendres et qu’il faut réveillonner avant minuit. »

Étant donné que je n’ai jamais eu beaucoup d’ordre, la première feuille se termine sur ces mots : « La table est dressée dans la grande cuisine dont elle occupe le centre. Une nappe immaculée courre d’un bout à l’autre de la table, recouverte des vingt-deux couverts et des plats appétissants… »  Et ça s’arrête là! J’ai perdu la deuxième feuille.

Ma tante Thérèse et un ami, dans les années 40. Ils avaient interchangé leurs vêtements! (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Ma tante Thérèse et un ami, dans les années 40. Ils avaient interchangé leurs vêtements et elle s’était dessiné une moustache! (Coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Quand j’ai rédigé ce texte, j’ai sûrement brodé quelque peu sur le thème du Mardi gras. J’essayais toujours d’embellir la vérité… croyant que cela me donnerait de meilleures notes. Mais dans mes souvenirs, ce dernier soir avant le Carême, maman nous envoyait nous coucher. Il y avait de l’école le lendemain, qui était le Mercredi des Cendres. Si les plus jeunes s’endormaient, il n’en était pas de même pour nous, les « moyens ». On se dissimulait pas loin de l’escalier, de façon à pouvoir regarder entre les barreaux ces joyeux personnages, lesquels étaient de plus en plus joyeux à mesure que la veillée avançait. Pour ce qui est des costumes, vraiment, les princesses étaient rares, les chinoises et les Indiens aussi. Les joyeux  fêtards  s’habillaient plutôt de vieux vêtements, parfois portés à l’envers, et ils se barbouillaient la figure de fard à joue, de farine ou de cirage à chaussure. Hommes et femmes se confondaient, les uns portant les habits des autres… c’était à qui auraient les costumes les plus bizarres! Pour écrire ma rédaction, je m’étais sans doute inspirée de lectures choisies par notre professeur, et parfois les descriptions d’intérieur de maison ou de vêtements recherchés me faisaient rêver. Lors de la vraie soirée de Mardi gras, la musique et les danses étaient cependant bien réelles, car dans la famille de ma mère, tout le monde jouait de l’un ou l’autre instrument, piano, violon, accordéon; je peux vous garantir que ça dansait et ça chantait! Des chansons à répondre, dont certaines n’étaient pas faites pour les jeunes oreilles… Mais, voilà! On n’y comprenait pas grand-chose, on se demandait même ce que les « veilleux » pouvaient bien trouver de si drôle! Et quand, à la fin de mon texte, j’évoque le goûter de fin de soirée, je m’éloigne vraiment de la réalité. Ma mère, aidée d’une de mes tantes, ne mettait pas la table comme pour un réveillon, elle servait du sucre à la crème, des galettes, du thé et parfois un petit vin maison. Ce qui est bien réel, c’est que les réjouissances devaient cesser un peu avant minuit, car alors on entrait en carême, et ça c’était sérieux!

Soirée de Mardi gras à l'école du village en 1968 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Soirée de Mardi gras à l’école du village en 1968 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

J’avais écrit je ne sais où et quand cette phrase d’une chanson que chantait Nana Mouskouri : « C’est incroyable, la mémoire, comme ça déforme la vue. Ça vous raconte une autre histoire que celle que l’on a vécue ». Plus tard, quand je fus d’âge à m’y amuser, j’ai assisté à des soirées de Mardi-gras. Je n’ai aucun souvenir ni des costumes, ni des jeux ou des danses. Dans ma mémoire, le Mardi gras, c’est ce soir où nous regardions entre les barreaux de l’escalier, évoluer les adultes qui riaient et chantaient, et qui nous faisaient un peu peur tellement ils étaient affreux, avec leurs guenilles et leurs barbouillages. Il n’y a pas à dire, la mémoire, ça nous joue des tours!

© Madeleine Genest Bouillé, 25 février 2017

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Si on parlait de l’église… 2e partie

Comme beaucoup de gens ayant atteint un âge vénérable, notre église a connu plusieurs « opérations », des ajouts, des retraits… toujours dans le but d’améliorer le décor et l’utilité de l’édifice. En consultant divers documents, dont celui qui a paru dans le journal communautaire Le Phare en 1978, on apprend qu’en 1893, un orgue a été installé au jubé; il s’agit de l’orgue actuel, un Warren, instrument réputé pour sa solidité et la clarté de son timbre. Cet orgue a été classé en 1965, tout comme l’église et son décor intérieur. En 1894, on procède à la bénédiction des stations du Chemin de la croix; il est à remarquer que le coût de ces tableaux a été payé par les familles, dont on peut encore voir les noms des donateurs sous chacun des tableaux. Et en 1899, on décida d’installer une fournaise… comme on dit souvent « plus ça change, plus c’est pareil »! Réchauffer l’église aura donc toujours été un problème! Enfin, en 1905, plusieurs travaux de rénovation sont exécutés : les dorures de l’intérieur de l’église sont rafraîchies par J.H.A. Marcoux, un artiste peintre. Le sculpteur F.P. Gauvin complète les ornements des médaillons des portes du chœur. Les six verrières sont mises en place et on construit des « bergères » qui prendront place au milieu de l’allée centrale; ces bergères seront enlevées lors des travaux des années 50. Pour terminer cette longue période de travaux, en 1906, le perron de pierre et le grand trottoir sont construits.

Les années 50 marqueront une période de travaux qui, soi-disant pour le mieux, ont quand même changé l’apparence de l’église, à l’intérieur et aussi à l’extérieur. Tout d’abord, on a enlevé les bancs carrés qu’on appelait familièrement les « boîtes à beurre », pour les remplacer par des bancs plus modernes et, il faut bien l’avouer, plus confortables… mais qui, selon certains experts, ne vont pas vraiment avec l’architecture du reste de l’édifice. Dans la même veine, on a enlevé les petits jubés, qui encadraient l’orgue de chaque côté; on accédait à ces jubés, qu’on appelait « le troisième ciel », par un étroit escalier le long du mur arrière de l’orgue. Pour ce qui est du « banc d’œuvre », qui était jadis adossé au mur, en avant de l’allée latérale du côté sud, on l’aurait modifié et teint de la même couleur que les autres bancs, pour ensuite le placer en avant de l’allée centrale, côté sud toujours.

Ancienne carte postale de l'église...

Ancienne carte postale de l’église…

Dans ce même élan de changement, l’autel principal a été amputé de l’étage du haut, qui était constitué de trois niches dont chacune logeait une statue. Quelqu’un a jugé que cet étage était de trop! On avait aussi repeint en gris les six statues qui étaient alors attribuées à L.T. Berlinguet; peut-être qu’on voulait leur donner l’aspect de la pierre, mais vraiment, elles ressemblaient à d’affreux fantômes! Quand on rappelle cette période de gros travaux à l’église, c’est sans contredit, la réfection des clochers, qui fut le plus gros changement. Évidemment, pour ceux qui n’ont pas connu l’aspect de l’église auparavant, il est difficile de comparer. Mais, en 1957, ces clochers ont beaucoup fait jaser! Surtout, que les gens du village ont pu suivre l’évolution des travaux, à commencer par la descente des cloches; on ne les avait jamais vues d’aussi près! Je me souviens quand j’allais au couvent; on s’arrêtait souvent pour regarder les travaux; certaines élèves, parmi les plus grandes, saluaient de leur plus beau sourire les travailleurs, sans aucun doute pour les encourager!…

On ne peut parler de l’église sans s’arrêter aux six statues qui ornent le haut du chœur. Dans une brochure intitulée Les Baillairgé à Deschambault, publiée par le Musée du Québec en 1999, on nous rappelle que, « originellement, le Christ et la Vierge étaient entièrement dorés, tandis que les quatre autres personnages étaient polychromes. Les six statues ont pour la plupart connu trois repeints complets successifs, correspondant à autant de campagnes de rafraîchissements de l’intérieur de l’église (1905, 1956 et 1980) ».

Justement, lors de la réfection de 1980, on a refait la peinture de l’intérieur de l’église, tout en gardant sensiblement les mêmes couleurs, sauf qu’on a enlevé la petite touche de   turquoise qui ornait les médaillons. Ce n’était pourtant qu’un petit détail, mais pour ceux qui ont connu « l’avant », l’après était moins beau. On a aussi repeint (encore!) les six statues, cette fois, dans les mêmes teintes que le reste de l’intérieur de l’église.

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(Source: Musée virtuel de Deschambault, CLDG).

Enfin, en 1999, après une restauration minutieuse qui a duré près de deux ans, nos six statues ont retrouvé leurs socles, de chaque côté du chœur, ainsi que leur auteur : Le Christ et la Vierge sont de Thomas Baillairgé et les autres de François Baillairgé. Vous voulez savoir qui elles représentent? On reconnaît facilement les deux statues dorées, lesquelles figurent le Christ et la Vierge. Identifions maintenant les autres : celui qui porte la tiare du pape, est Saint Grégoire le Grand; le Roi, avec sa couronne et son sceptre, Saint Louis, qui fut roi de France; le prêtre vêtu de sa chasuble, représente Saint Ignace de Loyola et l’autre prêtre, plus sobrement vêtu, avec sa croix, figure Saint François-Xavier.

Notre église est remarquable! Nous devons en être fiers… dans un avenir assez rapproché, elle aura à jouer plusieurs rôles, bien différents de ceux auxquels elle a été habituée. Qu’on le déplore ou qu’on l’approuve, il est à espérer que les rôles qu’on lui attribuera respecteront ce qu’elle a été pour les gens de Deschambault tout au long de ces 180 années.

© Madeleine Genest Bouillé, 19 février 2017

Vue actuelle de l'intérieur de l'église (photo: © Patrick Bouillé).

Vue actuelle de l’intérieur de l’église (photo: © Patrick Bouillé).

Si on parlait de l’église…

Du fleuve ou de la route, on la voit de loin. Telle une forteresse sur le Cap Lauzon, l’église de Deschambault domine le décor environnant depuis 180 ans. À ce sujet, les premières lignes d’un vieux cantique me reviennent en mémoire : « Temple témoin des premiers vœux, et du bonheur de l’innocence, je te dois, image des cieux, les plus beaux jours de mon enfance… »

Qu’on la vénère comme témoin de la foi de nos ancêtres, qu’on l’aime parce que c’est le plus beau joyau de notre patrimoine local, ou qu’on l’admire en tant que monument d’une grande valeur architecturale, recelant plusieurs œuvres d’art, notre église ne peut laisser personne indifférent.

Dans le journal municipal Le Phare de novembre 1978, on avait publié l’histoire de « nos églises », le temple actuel étant le deuxième. Dans l’Histoire, on dit que la première église était orientée vers l’est, légèrement plus au sud que l’église actuelle. Il s’agissait d’une construction de style roman. À l’intérieur on y retrouvait le tableau « La Vision de Saint-Antoine », qu’on peut encore voir dans notre église. De l’histoire de cette première église, on retient surtout ce passage où l’on raconte qu’en 1759, une frégate anglaise qui remontait le fleuve, tira un boulet de canon qui transperça de part en part le mur de l’église, près de la toiture.

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Église Saint-Joseph, avec ses anciens clochers de bois.

En 1833, on élaborait des plans pour la construction d’une nouvelle église.  Il est noté que les matériaux de l’ancienne furent utilisés pour l’édification de la salle publique (Salle des Habitants).  Thomas Baillargé fut désigné pour tracer les plans de la future église.  Le 7 juillet 1835, l’évêque de Québec, Mgr. Joseph Signay, présidait à la bénédiction de la première pierre. Et le 24 décembre 1838, M. le curé François Morin bénissait la nouvelle église.

Ce qui frappe tout d’abord celui qui la voit pour la première fois, ce sont ses dimensions. Pourquoi une église aussi imposante pour un village, somme toute, plutôt petit? À ce propos, il est utile de rappeler que lors de la construction de l’église en 1837, les limites de Deschambault s’étendaient beaucoup plus loin, au nord et au nord-ouest, puisque les paroisses de Saint-Alban, Saint-Gilbert et Saint-Marc-des-Carrières n’étaient pas encore fondées. De plus, à cette époque, tous les paroissiens fréquentaient l’église et ce, malgré l’éloignement et les mauvais chemins, sous peine d’être traité de mécréant!

Mais, retournons admirer notre église… Ce qui retient l’attention en plus de l’imposante façade, c’est la double rangée de fenêtres. On dit que l’architecte Thomas Baillairgé a voulu ainsi accorder la même importance aux deux étages. À l’intérieur, on remarque en effet la structure des deux jubés latéraux. L’architecture intérieure toute de bois, a été exécutée de 1840 à 1850 par le sculpteur André Paquet, toujours d’après les plans de Baillairgé. Paquet a aussi été le maître d’œuvre de beaucoup d’autres ouvrages; entre autres, la chaire, une merveille de sculpture ornementale, et les trophées du sanctuaire – panneaux décorés de chaque côté du chœur –  qui sont remarquables.

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Église en 1957, avec les clochers actuels. À remarquer: le motif ornemental des portes du cimetière, et l’un des anges sculptés par Louis Jobin.

Durant la saison estivale, notre église est chaque année de plus en plus fréquentée par les touristes qui proviennent de tous les points du globe. Vraiment, il y a là de quoi être fiers… car bien avant les touristes, ce sont d’abord nous, les paroissiens de Deschambault, qui devons être les premiers admirateurs et les gardiens de notre patrimoine. N’est-ce pas?

À bientôt pour une autre page de l’histoire de notre église…

© Madeleine Genest Bouillé, 16 février 2017

(Pour plus d’information sur le patrimoine religieux de Deschambault, on peut consulter le Musée virtuel du 300e.)

Quand tu parles pas

Tout ce que tu dis… quand tu parles pas!
Moi je l’entends et puis j’aime ça.
On se comprend tellement mieux
Quand nous laissons parler nos yeux…

Quand on se parle sans les mots
Tout est clair comme l’eau!
Les paroles déguisent souvent la pensée
C’est pas moi qui l’ai inventé!

À trop discuter, on finit par s’entêter,
Quand on s’entête on peut se tromper…
Nos pensées se croisent sans se rejoindre,
Les mots nous empêchent de nous atteindre.

L’indifférence s’habille de longues phrases
Pour occuper le temps qui passe
Crois-moi, parler n’est nécessaire
Que si l’on n’a rien de mieux à faire!

Viens près de moi, ne parle pas…
Avec tes yeux, avec ton cœur, écoute-moi.
Si je t’aime, c’est justement pour ça :
Tout ce que tu dis… quand tu parles pas!

 

© Madeleine Genest Bouillé, 14 février 2017

L’amour, ce qu’on en dit et ce qu’on en pense!

oqwp8iy6La Saint-Valentin est à nos portes et on ne peut quand même pas faire comme si cette fête des amoureux nous laissait indifférents! Mais qu’est-ce que cet amour dont on parle sur tous les tons, de la comédie à la tragédie? Dans l’opéra de Carmen, on chante que : «  l’amour est enfant de Bohème, qui n’a jamais connu de loi »… c’est grandiose, dramatique! Par contre, ce qu’on nous fait voir dans les films, à la télévision ou sur Internet et ce qu’on lit dans les revues et les romans modernes nous montre l’amour comme quelque chose de « capotant », une flambée qui dure le temps d’un beau feu d’artifice… c’est-à-dire, pas longtemps!

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais pour ma part, je crois que l’amour, le vrai, c’est plus que ce petit feu de camp qui réchauffe seulement les mains, laissant le dos frissonnant dans la fraîcheur du soir. On a à peine le temps de faire griller quelques guimauves, et c’est fini! Tout le monde sait qu’un feu qu’on n’attise pas meurt tout doucement… Les braises ont fréquemment besoin d’être réveillées.

carte-postale-ancienne-amourPour étoffer mon grain de sel, je suis allée voir ce qu’en disent les penseurs, les écrivains, quelques saints même, toutes gens d’époques différentes. Tout d’abord, saint Paul, ce saint sévère à qui on reproche parfois de ne pas aimer les femmes, consacre tout une épître à l’amour; ça se résume en ces mots : « Si je n’aime, je ne suis rien ». Saint Augustin – un saint qui ne l’a pas toujours été – précise que « La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure ». D’une façon très poétique, un proverbe africain dit : « Là où l’on s’aime, il ne fait jamais nuit ». Si l’amour peut éclairer la vie, la comtesse de Ségur nous prévient qu’il est aussi « comme la lune : quand il ne croît pas, il décroît ».

Qu’est-ce donc que cet amour dont on ne parle souvent qu’à demi-mot – sans doute pour ne pas l’effrayer – et qui est la cause de tant de bonheur et aussi, de tant de malheur ? D’après Victor Hugo – un infidèle notoire – « Aimer, c’est la moitié de croire ». Et qui ne connaît pas cette phrase de Saint-Exupéry : « S’aimer, ce n’est pas se regarder l’un, l’autre, c’est regarder ensemble vers la même direction ». L’auteur du Petit Prince dit aussi : « L’amour véritable commence là où il n’attend rien en retour ». Philosophe français, du début du XXe siècle, Gabriel Marcel nous donne cette très belle définition : « Aimer un être, c’est espérer en lui pour toujours ». L’amour vrai peut même se passer de paroles selon cet autre philosophe français, Jean Guitton : « L’amour solide, c’est pouvoir se taire ensemble sans briser l’entretien ».

presentationQui n’a pas déjà lu ou entendu ces vers de Rosemonde Gérard : « …et chaque jour je t’aime davantage… aujourd’hui, plus qu’hier, et bien moins que demain ». Dans l’amour qu’est-ce qui importe? Michel Quoist dit : « L’essentiel de l’amour n’est pas de faire quelque chose pour l’autre, mais bien d’être là pour l’autre ». Dans la même veine, Félix Leclerc nous dit : « L’amour se passe de cadeau mais pas de présence ». De Félix, j’aime beaucoup cette autre pensée : « Le verbe AIMER pèse des tonnes : des tonnes de chagrins, d’inquiétudes, de joies, etc… Ne le fuis pas. Le verbe NE PAS AIMER pèse encore plus lourd ».

Donc, aimer, c’est être là pour l’autre, espérer en lui, croire en lui. Ce n’est pas tout.  C’est d’un écrivain autrichien, Reiner Maria Rilke, que nous vient cette pensée : « Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à la personne aimée, c’est la liberté ». Celle-là, elle mérite d’être lue, relue et méditée!

Quand j’étais étudiante, la mode était aux carnets d’autographes. C’était un accessoire indispensable et c’était à qui aurait le plus de signatures. Sur la première page de mon carnet, mon père avait écrit ceci : « Rien ne fait un effet plus magique que celui d’être aimé. C’est comme si le bon Dieu posait la main sur votre épaule ». Et voici un proverbe russe qui en dit long : « Les défauts sont épais là où l’amour est mince ». À ceux qui croient que l’amour et le mariage sont incompatibles, André Maurois dit ceci : « Un mariage heureux est une longue conversation qui semble toujours trop brève ». Et que dire de ce si joli poème de Félix Leclerc :

st-valentin-3« Plus fragile que la feuille à l’arbre, la vie.
Plus lourde que montagne au large, la vie…
Légère comme plume d’outarde,
Si tu la lies, à une autre vie…
Ta vie… »

 Il y en aurait tant d’autres, de ces pensées, maximes et poèmes, et que dire des chansons, telles l’immortelle Parlez-moi d’amour! Tous nous parlent de l’Amour avec un « grand A ».  Je termine avec ces deux petits mots qui en disent beaucoup :

De Julos Beaucarne, le barde belge : « Plus on aimera trop, moins ce sera assez ».

Et de Victor Hugo : « Moi, je ne veux qu’aimer, car j’ai si peu de temps! »

Bonne Saint-Valentin à  chacun et chacune de vous!

© Madeleine Genest Bouillé, 11 février 2017

Les beaux glaçons!

C’est une belle journée de février. J’écris en regardant miroiter le soleil sur le fleuve gelé. Le fleuve gelé? Ah oui! C’est vrai, cet hiver il n’est pas gelé partout. Je vous explique ce phénomène; passé l’embouchure de la rivière Belle-Isle jusque dans le haut du village, quelques petites iles émergent du fleuve à marée basse, et en hiver, ces ilots retiennent les glaces. Ce qui nous donne la chance d’avoir une large bande de glace, pour nous rappeler le temps où le fleuve « prenait » jusqu’au « chenail » selon l’expression en usage autrefois. Maintenant, avec les gros bateaux qui sillonnent la « route d’eau » tout l’hiver, les glaces ne résistent pas.

Crédit photo: Jacques Bouillé (©coll. Madeleine Genest Bouillé)

Crédit photo: Jacques Bouillé (©coll. Madeleine Genest Bouillé)

À cette période-ci de l’hiver, alors que le soleil et le froid jouent à cache-cache, la façade de notre vieille maison est ornée d’un rideau de glaçons; on dirait qu’ils ont été posés là pour remplacer les décorations du temps des Fêtes! Vous allez rire, mais quand je sors pour aller chercher le courrier ou pour une promenade, je ne peux m’empêcher de me décrocher un beau glaçon, en prenant bien soin de ne pas le briser. C’était un jeu quand nous étions enfants – j’ajoute que mes grands enfants le font encore parfois, quand ils viennent à la maison.

Lorsque nous étions jeunes, je me souviens du plaisir que nous avions à décrocher les glaçons qui pendaient du toit, le but étant de ne pas les briser. C’était à qui aurait le plus beau! On s’amusait ensuite à les planter dans les murailles des forts que les garçons avaient construits. Pendant que nous, les filles, décorions les édifices de neige avec ces ornements glacés, les gars, pour faire les « fins », bombardaient nos fragiles sculptures. Bien entendu, nous ripostions et alors, c’était la guerre! Je revois les rangées de « boulets » de neige, alignés sur le rebord de la forteresse… ça prenait peu de choses pour déclencher les hostilités! Quand les gars lançaient leurs cris de Sioux sur le sentier de la guerre, nous répondions avec des cris aussi vigoureux, quoique plus aigus! Quand j’y pense… Nous nous amusions simplement et avec peu de choses, en ce temps-là. Peu de choses? À vrai dire, non, puisque notre terrain de jeux était vaste et variait selon les saisons. On savait utiliser ce que justement, chacune des saisons nous offrait : la neige et la glace, en hiver, les rigoles au printemps, les champs et la grève en été, puis en automne, les feuilles mortes.  Il me semble qu’on ne s’ennuyait jamais… Mémoire, qu’en dis-tu?

Crédit photo: Jacques Bouillé (©coll. Madeleine Genest Bouillé).

Crédit photo: Jacques Bouillé (©coll. Madeleine Genest Bouillé).

Je reviens à ce beau jour de février… À chaque hiver, je me décroche au moins une fois un beau glaçon que je plante sur un banc de neige, même s’il n’y reste pas longtemps. Ça peut paraître enfantin, mais pour moi, c’est un geste qui a une signification. Je dirais que c’est un retour aux sources, comme quand, durant l’été, on ramasse des coquillages et des roches sur la grève. Quand je fais le ménage, il n’est pas rare que je retrouve une boite où sont entassés ces trésors venus de la grève; parfois il y a une date écrite sur la boite, parfois non. Ce besoin de décrocher des glaçons, c’est aussi comme quand, à l’automne, on ramasse quelques belles feuilles qui jonchent la pelouse. Ces feuillages qu’on place ensuite entre les pages d’un livre et qu’on oublie jusqu’à ce que, par hasard, lors d’une froide journée d’hiver, on ouvre un livre d’images et on y trouve une feuille d’érable ou de chêne, toute belle, comme si on venait de la cueillir. Malheureusement, pour ce qui est des glaçons, on ne peut pas les conserver! À moins de les avoir pris en photos…  comme vous pouvez le constater!

Je ne sais plus qui a dit ceci : « On ne se guérit pas de son enfance ». Que c’est donc vrai! Et avouez, c’est tant mieux!

© Madeleine Genest Bouillé, 3 février 2017

Vive la tempête!

Dès mon réveil ce matin-là, je sens qu’il y a quelque chose d’inhabituel. Je n’entends passer aucune auto, pas non plus de camions, ni d’autobus. Par la fenêtre, je ne vois que du blanc. Il fait un vent à écorner les bœufs et on ne voit ni ciel, ni terre. C’est la tempête!

Alors je me rappelle les matins semblables du temps où mes enfants allaient à l’école. Tôt levés, ils écoutaient les nouvelles afin de savoir si les écoles seraient ouvertes ou fermées.  Quelle joie quand ils entendaient le nom de notre commission scolaire dans la nomenclature des établissements qui étaient fermés pour la journée! Personne ne retournait se coucher, non, on ne gaspille pas un congé imprévu en restant au lit. C’est qu’ils en trouvaient des choses à faire ce jour-là! Jamais en ces jours de tempête je n’entendais la phrase si décourageante :M’man j’sais pas quoi faire.  Aussitôt le déjeuner avalé, ils enfilaient leurs habits de neige, les bottes, les tuques et les mitaines et disparaissaient dehors pour un bout de temps. J’ai toujours aimé ces congés inattendus.  Je me réjouissais du plaisir de mes enfants… même s’ils ramenaient tout plein de neige avec eux quand ils rentraient et qu’on en avait pour la journée à faire sécher tous ces vêtements mouillés.  Mais que nous importait ces petits désagréments?… C’était congé!

Crédit photo: Jacques Bouillé, coll. ©Madeleine Genest Bouillé

Crédit photo: Jacques Bouillé, coll. ©Madeleine Genest Bouillé

Tout le monde était de bonne humeur, la maison résonnait de jeux et de rires, et comme ils avaient faim ces jeunes ogres! Généralement ces jours-là, on me réclamait pour le dîner une montagne de frites avec des saucisses ou un gros spaghetti. Il n’y avait pas d’horaire : on mangeait plus tôt ou plus tard que d’habitude, pas grave! Au cours de l’après-midi, chacun s’isolait avec un livre ou encore, ensemble, ils s’attablaient devant un jeu de société, comme le Monopoly. On dit que la mémoire embellit les souvenirs heureux, peut-être est-ce vrai, mais selon moi, le rappel de ces jours où la tempête nous gardait tous ensemble à la maison, font partie des pages les plus heureuses de notre histoire familiale.

J’aime toujours autant ces journées où l’hiver se déchaîne et nous envoie avec fracas ses neiges et ses vents en essayant de nous faire peur! S’il y a des rendez-vous, ils sont reportés évidemment. Les commissions vont attendre au lendemain; pas de réunions, ni aucune autre sortie non plus : il fait tempête!  Finalement ces congés forcés sont une halte nécessaire dans notre vie si bien ordonnée et réglée par l’horloge, le calendrier et l’ordinateur!

Vive la tempête qui nous permet de faire l’école buissonnière!

© Madeleine Genest Bouillé, 6 février 2017

Crédit photo: Jacques Bouillé, coll. Madeleine Genest Bouillé.

Crédit photo: Jacques Bouillé, coll. Madeleine Genest Bouillé.

(Texte publié dans mon livre © Propos d’hiver et de Noël, 2012)