Dans mon jeune temps, il y avait…

Quand mes enfants étaient petits, ils me demandaient souvent si, quand j’avais leur âge, il y avait la télévision, des autos, le téléphone, etc. Tout juste s’ils ne croyaient pas que j’étais née au temps des dinosaures! Tous les enfants posent ces questions, notre enfance leur semble tellement loin. Avec les petits-enfants, les mêmes questions se posent, mais maintenant on parle de tablette, iPod et téléphone cellulaire. Même les autos s’identifient avec des lettres, VUS, CR-V, HR-V et quoi encore!

Ancienne glacière

Ancienne glacière

Dans le dernier « grain de sel » en deux parties, intitulé Trois quarts de siècle à Deschambault, j’ai raconté l’histoire de ma famille et un peu de la mienne aussi, par le fait même, dans ce beau village que j’habite toujours. Je vais maintenant tenter de me remémorer les choses qui existaient « dans mon temps ». Tout d’abord, oui, il y avait des autos; mais pas à toutes les portes, loin de là! J’ai mentionné à quelques reprises les voitures à cheval qu’utilisaient les divers commerçants qui livraient à domicile, tels le laitier, le boulanger, le boucher, qui en hiver apportait aussi la glace.  Quand je parle du livreur de glace, là, j’ai vraiment l’air d’être née au XIXe siècle! Eh oui, j’ai connu l’époque de la glacière, ce meuble en métal, qui était muni d’un compartiment où l’on plaçait le gros bloc de glace qu’on renouvelait à chaque semaine, si je me souviens bien.

Le téléphone était inventé depuis un bon bout de temps… mais jusqu’en 1964, à Deschambault  pour téléphoner, que ce soit à Québec, à Chicoutimi, à St-Basile ou chez le voisin, on devait tourner la manivelle de la boite du téléphone; la téléphoniste du Central vous répondait ainsi : «Quel numéro désirez-vous? », et elle vous donnait la communication. La ligne était souvent occupée, car il y avait parfois huit ou dix abonnés sur la même ligne.

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Moi, au « Central »… (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

L’électricité nous a apporté la lumière!… On s’éclairait avec des lampes; nos salons étaient dotés d’un ensemble comprenant généralement une ou deux lampes de table avec la lampe sur pied assortie. De plus, dans chaque pièce, il y avait une ampoule au plafond, de différentes intensités, soit une 100w ou une 60w. Dans les premiers temps, pour ménager l’électricité, on se contentait souvent d’une « petite 15w » dans les chambres à coucher… pas plaisant quand on voulait lire au lit! De toute façon, on se faisait dire d’éteindre et de dormir. On s’éclairait alors avec une lampe de poche, qu’on plaçait sous la couverture!

Avec l’électricité, au cours des années 40 et 50, sont arrivés les différents électroménagers : réfrigérateurs, poêles, laveuses, fer à repasser, radio, etc. Chez nous, je crois bien que c’est la laveuse «  à tordeurs » qui est entrée la première dans la maison et aussi le vieux poste de radio Hallicrafter. Il me semble avoir toujours vu cette boite noire qui nous offrait quand même pas mal de postes. Je revois surtout mes frères agglutinés autour du poste de radio, le samedi soir, écoutant la partie de hockey du Canadien! On aurait juré qu’ils la voyaient! Le réfrigérateur a suivi de près. Les cuisinières électriques sont arrivées plus tard, mais je me souviens qu’en été, nous utilisions un petit poêle électrique à deux ronds; c’était bien pratique par les jours de grande chaleur de ne pas avoir à allumer le poêle à bois..

elvis-2012-723x1024Pour la musique, comme dans beaucoup de foyers, nous avions un piano; chez nous il était toujours ouvert et il ne manquait pas d’utilisateurs… même si nous n’étions pas des virtuoses! Nous avions aussi un gramophone, avec une manivelle qu’on devait « crinquer »… sinon le « record » ralentissait, et la voix du chanteur ou de la chanteuse nous parvenait toute déformée.  Nous, les plus jeunes, nous trouvions ça très drôle! Je ne me souviens pas quand nous avons eu un appareil électrique, mais je crois me rappeler que c’est en 1955 que mon frère Jacques a acheté son tourne-disque qu’on appelait un « pick-up ». On faisait jouer des disques 78 tours ou des « longs-jeux », à 33 tours. Nous avions aussi quelques nouveaux 45 tours, ces petits disques qui se vendaient vraiment pas cher, qui étaient surtout plus légers, donc moins fragiles. Il y en avait de la musique, chez nous! Pour tous les goûts! Comme les écouteurs n’étaient pas encore à la mode, et que nous avions des goûts très diversifiés, il arrivait assez fréquemment qu’on se fasse dire de « baisser le son ».

Gilles Pelletier, de l'émission Cap aux sorciers, sur la couverture de la revue Le samedi en 1958.

Gilles Pelletier, de l’émission Cap-aux-Sorciers, sur la couverture de la revue Le samedi, en 1958.

C’est en 1952 qu’est arrivée la télévision. Encore là, seulement quelques privilégiés l’avaient. Inutile d’ajouter que ceux qui possédaient un appareil recevaient beaucoup de visite certains soirs!  Je me rappelle qu’au cours des premières années, j’allais le mercredi soir regarder La Famille Plouffe chez mes amies, dont le père a été un des premiers à posséder un téléviseur. Après cette émission, nous regardions la « lutte ». On avait chacune notre lutteur préféré; soit Yvon Robert, Johnny Rougeau ou Larry Moquin. Il y avait aussi un méchant qui s’appelait Wladek Kowalski, comme on avait du plaisir à l’haïr! Quand nous avons eu enfin la télévision, je n’ai plus jamais regardé la lutte! J’aimais surtout les téléromans, Les belles histoires des pays d’en haut, Cap-aux-Sorciers, le Survenant… Quelquefois, le dimanche soir, on regardait le Ed Sullivan Show. Je me souviens de la première fois où nous avons vu Elvis Presley, c’était justement au cours de cette émission. J’étais chez une de mes amies, on ne s’est pas roulées par terre… mais si on le trouvait beau! Nous avions déjà quelques-uns de ses disques. On dansait sur Blue Suede shoes et Don’t be cruel, mais on préférait quand même les slows, dont  Love me tender et Loving you. La télévision a chamboulé les habitudes des familles; désormais les gens passaient plus de temps à la maison, surtout les soirs où étaient présentées les émissions les plus populaires. En peu de temps, la « boite à images », que mon oncle Jean-Paul appelait « la boite à grimaces », s’est propagée dans tous les foyers!

La télévision a pris des couleurs… L’Expo 67 et les Jeux Olympiques de 1976 nous ont fait découvrir le Monde… en même temps que le Monde nous découvrait. En 1978, j’ai commencé à écrire mes « grains de sel » dans notre petit journal Le Phare sur une dactylo manuelle. J’utilisais du scotch tape en quantité industrielle pour monter mon journal; j’en ai passé du temps à couper, coller, recommencer, fignoler. Au cours des années 80, j’ai eu enfin une dactylo électrique, quelle merveille! En 2000, j’ai dû m’habituer à utiliser un ordinateur… j’en ai arraché! J’en faisais des cauchemars! Mais j’ai appris à me servir de cet outil qui m’est devenu indispensable.

Et me voici, rendue en 2017. Je pourrais chanter: « Non, rien de rien, non je ne regrette rien… » Je me trouve chanceuse d’avoir vécu mon trois-quarts de siècle. On est riche de tout ce qu’on a vécu, bien plus que de ce qu’on possède. On vieillit quand on cesse d’être curieux du lendemain, quand on cesse de croire que la vie nous réserve encore de belles surprises!

© Madeleine Genest Bouillé, 6 janvier 2017

Buick LeSabre 1959...

Buick LeSabre 1959…

Nos belles folies

500x675_3142Quand les mille feuilles avaient  MILLE  feuilles…
Quand les « Mae West »  étaient aussi dodus
Que l’actrice dont c’était le nom.
C’était l’bon temps, garanti!
Pas croyable, tout ce qu’on pouvait acheter
Pour seulement 10 cents :
Un Coke, un  Cream Soda, un sac de chips
Un sac de « pinottes », une Orange Crush;
10 cents, rien que ça!

IMG_20160521_0001Quand la télévision est arrivée,
Ceux qui l’avaient étaient privilégiés.
Mais, je vous dis qu’ils en avaient d’la visite!
« Sa Mère, ôte ton tablier, vite! »
« Ben non, Pépère, pas besoin de se changer,
Ils nous voient pas, là, les acteurs dans la télé! »
La Famille Plouffe, la Soirée de lutte, Cap-aux-Sorciers,
Radisson, le Survenant, Un homme et son péché…
Et le dimanche soir, le « Ed Sullivan Show ».
C’est là qu’on a vu ELVIS pour la première fois!
On en revenait pas… Il était donc ben beau!
Puis quand il a chanté « Love me tender », Ah là!
On a braillé, je vous le cache pas!

IMG_20160521_0002Quand on allait au Mois de Marie,
Par les beaux soirs de mai à 7 heures et demie.
Ça nous faisait une bonne raison
Pour rentrer plus tard à la maison.
C’était donc plaisant d’être catholique!
Aller à l’église, le soir, c’était ben pratique.
En revenant on se pressait pas…
Derrière le Vieux presbytère on cueillait du lilas…
En faisant semblant de pas voir passer les gars…
Mais on parlait fort, on riait aux éclats.
On chantait : « Ave Maris Stella, des springs, pis des matelas »
On virait les cantiques à l’envers, plus folles que ça, ça se peut pas!

Quand au mois de juin, on s’installait sur la galerie pour étudier,
En regardant passer les autos, les bicycles, surtout les gens à pied.
On étudiait très fort : la géographie, l’Histoire du Canada,
1759, 1760, Wolfe, Montcalm… « Aïe c’est qui celui-là? »
On repassait tout le Régime français en écoutant le beau Paul Anka.
Paul_Anka_1961Sur le petit transistor : « Put your head on my shoulder… »
« C’est quand donc, l’intendant Talon? »
« Je le sais-tu moi, on écoute la chanson. »
Les soirées étaient douces… l’été était déjà là.
On avait tellement pas le goût de rentrer,
Plus studieuses que ça, ça se peut pas!

Quand enfin arrivait les vacances d’été,
On posait pas la question : « Où on va cette année ?»
On prenait des marches, on s’assoyait sur la galerie pour placoter.
On allait quelquefois visiter les « mononcles »,  les « matantes », la parenté.
On ne manquait pas une partie de balle;
On encourageait de notre mieux les équipes locales.
On criait quand il le fallait même si on suivait pas le jeu…
On savait le nom des joueurs : Ti-Pierre, Ti-Jacques, Ti-Zon, Ti-Bleu…
Des fois, il venait un cirque : le Cirque Touzin, ça s’appelait.
C’était la grosse foire! Les jeunes, les vieux, tout le monde y allait.
Il s’en est fait, des belles rencontres, à côté de la Grande Roue!
Entre deux tours de manège, au son de « Waterloo »…

cornet-frites-froisse-blanc-1-640Quand on allait à « la roulotte à patates frites »
Chez M. Audet, pour 25 cents on avait un Coke, une frite.
Dire qu’y en a qui disent que la friture, ça pue!
Maintenant  il n’y a plus que le parfum du B.B.Q.!
La bonne odeur des frites, un peu vinaigrée…
C’est l’arôme même de nos belles années!
On revenait en placotant, en riant, en chantant…
Les gars en bicycle nous criaient, chemin faisant…
À notre tour, on les reluquait sans en avoir l’air
On se pensait bonnes, puis on était donc fières!

Quand les milles feuilles avaient MILLE  feuilles…
La vie était un énorme mille feuilles!
Qu’on dégustait sans s’écœurer,
Qu’on émiettait sans y penser,
Qu’on gaspillait sans se soucier,
Comme si ça allait toujours durer.
Quand les mille feuilles avaient… MILLE feuilles!

Écrit  un beau soir du mois de mai au début des années 2000

© Madeleine Genest Bouillé

« Viande à chien!… Les temps ont ben changé! »

Comédiens de la distribution du radio roman Un homme et son péché, 1945 (Fonds Conrad Poirier, BAnQ).

Comédiens de la distribution du radio roman Un homme et son péché, 1945 (Fonds Conrad Poirier, BAnQ).

J’étais curieuse de voir la nouvelle allure de Séraphin, Donalda, Alexis et tous les personnages du roman de Claude-Henri Grignon. J’ai relu ce roman l’an dernier. L’histoire écrite par l’auteur en 1933 ne ressemble que très peu aux émissions de radio de Un homme et son péché, diffusées de 1939 à 1962, et pas du tout aux Belles Histoires des pays d’en haut, série télévisée de 1956 à 1970. On avait tourné 410 émissions qui ont été maintes fois reprises et que je ne me suis jamais lassée de revoir! Deux films ont été faits à partir de l’œuvre de Claude-Henri Grignon, le premier en 1949, réalisé par Paul Gury, mettait en vedette Hector Charland dans le rôle titre, Nicole Germain dans le rôle de Donalda et Guy Provost, dans le rôle d’Alexis. Guy Provost a repris ce même rôle, dans la série télévisée. Le deuxième film, présenté en 2002, était réalisé par Charles Binamé avec les acteurs Pierre Lebeau dans le rôle de Séraphin, Karine Vanasse dans celui de Donalda et Roy Dupuis, qui incarnait Alexis.

Le comédien Jean-Pierre Masson, interprétant Séraphin à la télévision, vers 1965 (Photo: Antoine Desilets, BAnQ).

Le comédien Jean-Pierre Masson, interprétant Séraphin à la télévision, vers 1965 (photo: Antoine Desilets, BAnQ).

Ayant vu comme tout le monde les bandes annonces de la nouvelle mouture, je n’avais pas confiance du tout. On a voulu nous surprendre, nous choquer sans doute aussi un peu et on a réussi; il fallait que ça ressemble à tout sauf à l’histoire qu’on connaissait quasiment par cœur! J’ai tout de même regardé la première émission et, contre toute attente, j’ai apprécié. Oui vraiment, j’ai reconnu, avec quelques changements je dois dire, les personnages du roman de M. Grignon. Ils sont moins civilisés, plus mal vêtus, mal coiffés. Dans Les Belles Histoires, la belle Donalda, interprétée par Andrée Champagne, n’avait jamais une mèche de cheveu de travers, ses robes étaient simples, mais toujours très propres, même quand elle venait de laver le plancher à la brosse. Le manteau attaché avec une corde ainsi que le « caluron » portés par Séraphin, frisaient la caricature, tout comme les mimiques du comédien Jean-Pierre Masson, mais c’était Séraphin, unique en son genre! Chaque personnage s’identifiait par un patois, que tout le monde reconnaissait, qu’il s’agisse de « Viande à chien », « Sainte Misère », « Chocolat » ou « Bouleau noir ». On aimait Les Belles Histoires, on aimait la pauvre Donalda, on aimait haïr Séraphin! Pendant que j’écris ceci, il me semble entendre le thème, L’Automne, du compositeur russe Boris Glazounov… cette musique si belle et qui convenait tellement bien avec les magnifiques paysages des pays d’en haut.

L'auteur Claude-Henri Grignon, 1946 (photo: George Nakash, BAnQ).

L’auteur Claude-Henri Grignon, 1946 (photo: George Nakash, Bibliothèque et Archives Canada).

Un livre… c’est une histoire complète en quelques centaines de pages avec un début et une fin, prévisible ou pas. Une série télévisée, cela peut durer des années, et même si l’histoire se passe cent ans plus tôt, elle doit être adaptée à l’époque où elle est tournée, qu’on se souvienne du beau chignon crêpé de Donalda ou des coiffures compliquées de la belle Angélique; c’était le style de coiffure à la mode des années soixante. De plus, les personnages se doivent d’être attachants, et cela même s’ils ne sont pas toujours sympathiques! Ils doivent aussi être assez nombreux pour « rallonger la sauce », si vous me passez l’expression. On se rappelle les personnages nouveaux qui faisaient leur apparition dans le village de Sainte-Adèle, à tout propos; certains revenaient de temps à autre, d’autres disparaissaient et on ne les revoyait jamais.

La série Les Pays d’en haut est de facture contemporaine. On ne nous a pas promis de « belles histoires », on sait qu’il ne faut pas s’attendre à des romances sucrées du genre de celle de la belle Angélique avec son notaire. L’histoire est plus mouvementée; on a vu au cours de la première émission le Curé Labelle « tirer du poignet », un draveur a dû se faire amputer une main – pas beau à voir! – et ce n’est qu’un début! On doit s’attendre à voir de la bataille… des échanges amoureux moins discrets que dans Les Belles Histoires. C’est comme ça dans toutes les émissions de télévision. Ça va gueuler, sacrer et prendre un coup! On a donc le choix : ou on embarque dans cette histoire ancienne, servie à la moderne… ou on achète les DVD de la série d’autrefois!

Et vive la télévision québécoise!

© Madeleine Genest Bouillé, 13 janvier 2016

Sur le plateau de tournage de la nouvelle série Les pays d'en haut (photo: Mathieu Valiquette, ICI Radio-Canada).

Sur le plateau de tournage de la nouvelle série Les pays d’en haut (photo: Mathieu Valiquette, ICI Radio-Canada).