Ça se passait de même dans le bon vieux temps – 2e partie

Ah! la mode! On affiche notre âge à la façon dont on s’habille! Après mûre réflexion, j’en suis venue à la conclusion que l’automne est maintenant une saison qu’on hésite à accueillir. On dirait qu’on ne l’aime pas… Je remarque qu’on porte maintenant nos vêtements d’été tant qu’on ne gèle pas tout rond! Alors, parce qu’on ne peut pas faire autrement, on se décide à porter des vêtements qui couvre plus, qui sont plus chauds, plus adaptés à la saison. Mais on mélange tout; tenez, en fin septembre, quand les jours ont enfin commencé à rafraîchir, j’ai vu des jeunes filles et des moins jeunes, portant encore un pantalon court avec  un gros chandail, des bas de laine et des chaussures sport. Et le pire – c’est pas croyable! –, la mode a ramené les immortelles chaussettes de laine grise avec des rayures rouges… Des bas de bûcherons que les filles portent fièrement! J’en reviens toujours pas! Ah! oui, vraiment, autre temps, autres mœurs!

« Ça se passait pas de même dans le bon vieux temps! » Oh non! Au milieu d’août, on rangeait les chapeaux d’été, les souliers blancs, les robes-soleil; la mode le voulait ainsi.  Quand mon frère s’est marié, le 8 août en 1964, il faisait chaud comme c’est souvent le cas à cette date. Mais toutes les femmes présentes au mariage portaient un chapeau en velours noir ou en plumes d’une couleur assortie à la robe de soie brochée, de velours ou de lainage. Évidemment, on avait rangé les souliers blancs et les sandales… ça faisait « colon » ou « habitant »; les femmes de la ville disaient « ça fait campagne ». En matière de mode, ces mots ne faisaient pas référence à nos valeureux ancêtres, ça signifiait seulement qu’on n’était pas au courant de ce qui devait se porter pour être « up to date »! Impensable, puisque dans presque toutes les familles, on recevait les catalogues de chez Eaton, Simpson’s ou Dupuis Frères; on n’avait aucune excuse à ne pas suivre le courant, donc on le suivait.

Si je retourne en arrière, mais là, très en arrière… quand j’étais enfant, on n’était pas riche, mais notre mère avait à cœur que ses enfants ne soient pas « habillés comme la chienne à Jacques ». Tout d’abord, la robe noire que je portais tout au long de l’année scolaire me donnait le goût de me vêtir autrement à la maison, surtout le dimanche.  Même si bien souvent je portais des vêtements qui avaient appartenus à ma sœur, maman les avait patiemment refaits et ajustés à ma taille. La plupart du temps, pour les robes, habituellement cousues à la maison, on faisait un bord assez large pour rallonger le vêtement une ou deux fois. Quand on ne le pouvait plus, on posait un « rossignol », c’est-à-dire, une bande d’étoffe qu’on insérait entre la taille et le corsage. La robe était bonne pour une saison de plus. Les garçons qui grandissaient trop vite se retrouvaient bientôt avec « les culottes à mer haute ». Ils n’aimaient pas bien ça, car ils se faisaient étriver par les plus grands qui leur demandaient : « Y a t-y de l’eau dans la cave chez vous? ».  

« Ça se passait de même dans le temps… » et aussi dans la cuisine! Jadis, cuisiner était le travail qui prenait la plus grande partie du temps des ménagères. Il n’existait pas de cuisine rapide, pas de surgelés, pas d’autres conserves que celles qui étaient faites à la maison. Sitôt la vaisselle du  déjeuner lavée et essuyée, on partait la soupe pour le dîner. Et ça n’arrêtait pas! Les recettes de nos mères avaient leur franc-parler!  De la « soupe à l’ivrogne », au « bœuf du rang 3 », en passant par le « jambon du nordet » et les « œufs dans le purgatoire », on avait « la truite de la visite des États », qui n’était pas piquée des vers, et les indispensables binnes, plôrines, cipâtes et gibelottes, sans oublier les cochonnailles qui se faisaient en décembre quand on tuait le cochon et qu’on préparait la boustifaille des Fêtes. Ah! la popote du temps des Fêtes! Rien qu’à l’évoquer, on en a l’eau à la bouche: ragoût de pattes, tourtières, tartes à la « farlouche », au sucre ou aux pommes, beignes et croquignoles… Sans oublier les petites douceurs : le sucre à la crème, le fudge à l’érable et surtout le gâteau froid, fait avec des biscuits Village écrasés, du sucre en poudre, du cacao et des cerises confites. C’était ma friandise préférée.

Ma grand-mère qui avait toujours des appellations pas comme tout le monde, faisait un dessert qu’elle appelait des « poulets à la rhubarbe »; c’était un dessert d’été bien entendu, mais dans mon souvenir c’était quelque chose d’extraordinaire! J’ai su plus tard que ce qu’elle nommait ainsi était tout simplement des « grands-pères ». Mais j’étais très jeune alors et j’étais persuadée de manger des petits poulets, cuits avec de la rhubarbe. Évidemment, après les Fêtes et les Jours-Gras, venait le Carême dont j’ai parlé dans la première partie de ce « Grain de sel ».  À l’époque, ils étaient nombreux les jours « sans viande ». Il n’y avait pas que chez Séraphin Poudrier qu’on mangeait des galettes de sarrazin. Dans le même genre, on avait les galettes aux patates, qu’on mangeait toutes chaudes avec du beurre, puis ensuite avec de la mélasse ou du sirop d’érable. Une chose était certaine, il était inutile de « farfiner », et de lever le nez sur l’un ou l’autre plat, la consigne était « tu manges ce qu’il y a dans ton assiette, ou tu vas te coucher ». Maman n’était pas une mère sévère… finalement, plutôt que de laisser un enfant aller dormir le ventre vide, elle passait en douce une « beurrée de beurre de pinottes » au jeune récalcitrant!

Les ménagères cuisinaient de manière à ne pas « jeter les choux gras ». Gaspiller la nourriture, ça ne se faisait pas.  Par exemple, les restes du rôti de bœuf du dimanche midi servis sous forme de ragoût, de hachis ou de pâté, agrémentés de légumes, surtout de patates et d’oignons, nourriraient la famille pour plusieurs repas. Ah! les patates et les oignons! Qu’aurait-on fait sans eux? Le vendredi étant un jour maigre, c’est-à-dire sans viande, le poisson était à l’honneur. Durant la saison de la pêche aux petits poissons sur le fleuve, quand on avait fait « une bonne marée », on se régalait de cette manne qui ne durait qu’un temps! Ensuite? Eh bien, on mangeait des crêpes, une omelette ou un « chiard blanc », fait de patates et d’oignons fricassés dans une sauce blanche. Une expression en usage disait que le vendredi c’est « le jour où le ventre nous retire ». 

Enfin, d’une saison à l’autre, « ça se passait de même dans le bon vieux temps »!

©Madeleine Genest Bouillé, 20 octobre 2018

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Quand on s’endimanchait…

Jadis le dimanche était un jour de repos… quand même, il n’y avait pas juste Dieu qui avait le droit de se reposer le 7e jour! Tout d’abord, on « s’endimanchait ». Ce qui signifie qu’on sortait nos vêtements « du dimanche ». Cette journée commençait par l’assistance à la messe, et pour cette sortie hebdomadaire, les femmes – des fillettes jusqu’à la grand-mère – portaient leur plus beau chapeau, en paille et garni de fleurs, à partir de Pâques jusqu’à la fin d’août; en velours, pour l’automne et en feutre orné de plumes, pour l’hiver.  Les hommes endossaient leur habit propre, sans oublier la cravate. À ce propos, ma mère avait coutume de dire : « Un bon cheval porte son attelage… un homme doit endurer sa cravate et une femme, son chapeau! » Toutefois, maman assaisonnait parfois les adages à sa manière. Ainsi pour ce dicton, quand j’ai eu envie de faire raccourcir mes cheveux, selon la mode, la fin de la phrase était plutôt : « …une femme doit endurer ses cheveux. »  Allez donc savoir quelle était la version originale!

Demoiselle endimanchée en 1944 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Le samedi, les jeunes filles de la maison avaient la tâche de préparer les vêtements du lendemain. Il s’agissait, entre autres, de repasser les chemises blanches des petits garçons qui  étaient  enfants de chœur aussi bien que celles du père et des frères; il y avait aussi le pressage des habits. Généralement les hommes avaient chacun un habit; dans la plupart des cas, le père qui avait conservé le même tour de taille que dans sa jeunesse, portait encore son habit de noce. Quand ça n’allait plus, l’épouse qui était bonne couturière posait un « rossignol » pour agrandir la taille du pantalon à l’arrière et elle rapprochait les boutons au bord du veston; dans les cas extrêmes, on en achetait un neuf, que monsieur porterait jusqu’à la fin de sa vie! Autrefois, les tissus étaient très résistants, alors souvent, les plus jeunes étaient vêtus d’un habit confectionné par la mère, et qui était cousu dans un costume usagé dont on avait retourné le drap. Dans certaines familles, les filles ne pouvaient sortir le samedi soir, ou recevoir leur prétendant, tant que les vêtements des hommes n’étaient pas tous prêts pour le lendemain!  De même, les cavaliers n’avaient pas d’autre choix que d’attendre que leur promise ait terminé sa tâche. Alors, soit ils prenaient l’habitude d’arriver un peu plus tard, où ils en profitaient pour jaser avec les parents…. pour avoir la fille, il était important de faire la conquête des futurs beaux-parents!

Photo de 1938 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Pour la plupart des familles, en milieu rural, la messe était LA sortie du dimanche! D’abord, il n’était pas question de manquer ce rendez-vous dominical à l’église. Évidemment, il y avait des curés qui faisaient des « sermons à rallonge »; alors quand la température le permettait, certains hommes profitaient de ce moment pour sortir fumer une pipe et jaser de politique ou des travaux de la ferme. Il me revient une boutade racontée par je ne sais plus quel oncle et qui nous faisait bien rire.  Un beau dimanche, un homme entrant à l’église, était tellement absorbé par ce qu’il disait à son voisin, qu’il avait trempé ses doigts dans l’eau bénite en prononçant ces mots: « Si t’avais vue ce cheval :  quatre – belles pattes – bien – blanches! »  Les derniers mots, étant dits en accord avec le signe de croix! Mais trève de plaisanterie, lorsque ces messieurs reprenaient leur place dans le banc familial, ils se faisaient regarder de travers par leur épouse.

La sortie de la messe, c’était en quelque sorte « l’heure des nouvelles »! Les hommes continuaient leurs conversations sérieuses… Les mères se saluaient et parlaient de tout ce qu’elles avaient fait au cours de la semaine, ainsi que des projets pour les prochains jours: « Si la température se maintient, on va aller ramasser les framboises; il paraît qu’elles sont mûres. Les enfants en ont mangé hier en allant au pêcher au ruisseau…» Elles jasaient tout en gardant un œil sur leurs filles qui bavardaient et riaient avec leurs amies, s’exclamant les unes, les autres, sur la robe ou le chapeau neufs. Parfois, une demoiselle s’éloignait du groupe avec un jeune homme… cherchant un peu d’intimité. La mère devait alors s’arranger pour surveiller sans en avoir l’air, et si les tourtereaux semblaient trop près l’un de l’autre, elle envoyait un enfant annoncer que « le père nous attend dans la voiture »! Dès lors, le soupirant qui désirait passer au stade de prétendant devait faire la demande aux parents, afin d’avoir la permission « d’accrocher son fanal les bons soirs».

Jeunes gens en toilettes du dimanche (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Quand on s’endimanchait, surtout durant la belle saison, les dimanches où la température était douce et ensoleillée, c’était chaque fois la fête! Une fête qui débutait sur le perron de l’église et aux abords, une fête gratuite, où toute la paroisse était invitée!

© Madeleine Genest Bouillé, 9 février 2017

 

(Texte original produit pour le bulletin Le Phare de mars 2017)

Notre premier « chez-nous »…

IMG_20160821_0002Dans les années 60, la mode était au style scandinave. Comme je l’avais mentionné déjà  dans un précédent Grain de sel, avant notre mariage, nous avions été magasiner notre mobilier à Cap-Santé chez Meubles Gaston Perron. On achetait  l’ensemble trois pièces : salon, cuisine et chambre à coucher. Le réfrigérateur, la laveuse (à tordeurs), de même que le téléviseur provenaient de chez Naud Électrique, à Deschambault. Nous n’avions pas à acheter le poêle, puisque nous reprenions celui qui était déjà dans la maison. Nous étions fiers de nos achats… C’était tout nouveau, tout beau! Je ne me souviens plus où j’avais acheté les tentures du salon, je me rappelle cependant que pour la cuisine et la chambre à coucher, j’avais acheté du tissu et ma mère avait cousu les rideaux. Dans un prochain Grain de sel, je vous parlerai de notre premier Noël chez nous! Des moments de pur bonheur!

IMG_20160821_0001La maison était grande; et cela même si le salon double était dévolu aux locaux de la Caisse Populaire. Habituée que j’étais à la vieille maison de mes parents, surchargée de meubles hétéroclites, je trouvais que notre premier nid semblait vide… Au début nous n’habitions que le rez-de-chaussée; c’est pourquoi, sur la première photo, on voit notre aîné âgé de deux mois, installé sur le grand divan orange à quatre places. La cuisine et le salon tenaient dans la grande pièce, qui est en fait, la première rallonge ajoutée à cette maison. Le premier automne, j’ai eu mon piano, qui était placé dans le salon double; je ne pouvais donc en jouer que lorsque la Caisse était fermée. La pièce à l’arrière (deuxième rallonge) a été utilisée comme chambre à coucher jusqu’à l’automne 1966, alors que nous y avons aménagé notre salon, comme on peut le voir sur la deuxième photo. Les tentures et le fauteuil, comme le divan, étaient de couleur orange… on n’y échappait pas. C’était LA couleur à la mode! On avait peint deux des murs en brun et les deux autres étaient  blancs. Nous avions aussi fait l’acquisition d’un meuble stéréo – radio et  tourne-disque. Comme je n’ai pas de photo de ce meuble, assez volumineux, j’ai trouvé une image lui ressemble.

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retro-telephone-tableDans le temps, il y avait souvent des soirées de cartes, des « Euchre »; chaque association  organisait le sien, qui était la principale levée de fonds annuelle. L’année avant notre mariage, j’avais justement gagné lors d’une de ces soirées une table à téléphone munie d’un siège et d’une lampe avec abat-jour. Je n’ai pas de photo où l’on voit bien ce petit meuble, alors j’ai trouvé ce modèle, de la même époque, sauf que celui-ci n’a pas de lampe et le mien était de couleur beige. J’étais tellement contente d’avoir gagné ce prix. Je ne savais pas encore où nous irions demeurer; la date du mariage n’était même pas fixée, mais pour moi, où que ce soit, il y aurait certainement une place pour mon petit meuble que j’imaginais si pratique! Ironie du sort, quand nous avons fait installer le téléphone dans la maison où nous habitions, j’ai demandé un téléphone mural, pour qu’il ne soit pas à la portée des enfants – il ne faisait pas de doute que nous aurions des enfants! Je vous explique la raison de cette décision. Quand je travaillais au central du téléphone, il y avait plusieurs lignes « groupe » où parfois 8 ou 10 familles avaient le même numéro de téléphone, chacun étant identifié par une sonnerie différente. Par exemple, sur la ligne 12, il y avait 12-12, ce qui signifiait que la sonnerie devait être 1 grand coup, 2 petits, tandis que 12-21, c’était l’inverse et ainsi de suite. Au 2e Rang, les groupes étant encore plus nombreux; quand un enfant s’amusait à jouer avec le téléphone, ça pouvait perturber tous les usagers qui étaient sur cette ligne, puisqu’ils ne pouvaient pas utiliser leur appareil. Je n’avais pas oublié les problèmes que j’avais eus au central et comme j’avais ragé parfois (évidemment, quand la ligne était fermée). C’est pourquoi mes enfants ont dû attendre l’âge scolaire avant de répondre au téléphone; pour moi, le téléphone, ce n’était pas un jouet.

En avril 1965, naissait notre premier enfant. Il fallut donc acheter un lit, une petite commode, que j’avais décorée avec des dessins autocollants, ainsi qu’une chaise haute, un parc et un petit siège qui servait aussi pour l’auto. On était loin alors des sièges que les enfants utilisent aujourd’hui… Surtout que dans l’auto, la plupart du temps, on tenait le bébé sur nos genoux! Et personne n’était attaché… autre temps, autres mœurs!

IMG_20160822_0002Pour en revenir à ma fameuse table à téléphone, nous l’avons utilisée, bien que pas pour y déposer un téléphone. À partir de 1970, je ne la vois plus sur les photos, et c’est normal.  Après la naissance de mon troisième bébé, quand j’étais occupée avec le poupon, mes deux aînés s’en donnaient à cœur joie avec tout ce qui leur tombait sous la main. Ils faisaient des trains, des cabanes, des chars d’assaut, n’importe quoi, et ils avaient une préférence pour la petite table à téléphone, sans téléphone! Elle a donc disparu dans la tourmente je ne sais plus trop quand. Et nous n’avons même pas pensé à la regretter!

© Madeleine Genest Bouillé, 24 août 2016

Ah! la mode!

La mode, qu’il s’agisse de vêtements masculins ou féminins, c’est quelque chose qui va, qui vient, repart et revient. En effet, d’une année à l’autre, les nouveautés ne sont que des rappels des vêtements qui étaient portés il y a 10, 20 ou même 30 ans! En réalité, il n’y a que les tissus qui changent et des détails, comme les imprimés et les garnitures.

IMG_20141128_0001_NEWEn parcourant mes coupures de vieilles revues, c’est-à-dire les moins vieilles, celles des années 50, j’ai choisi quelques modèles de vêtements  qu’on portait entre 1950 et 1960.  Je débute avec « des petites robes à carreaux » pour les fillettes des années 50. Qu’il s’agisse de la jupe à bretelles ou de la robe, nous avons toutes porté ces jolies tenues écossaises. Celles qui sont illustrées sont en flanelle, mais il y en avait en coton ou en taffetas, par exemple, celle que je portais pour Noël en 1951. C’est comme dans la chanson : « Marie-Madeleine, ton p’tit jupon de laine, ta p’tite robe carreautée, ton p’tit jupon piqué! » Pour changer de l’austère robe noire des jours de semaine, au couvent, nos dimanches devaient être très colorés!

IMG_20160613_0006En avez-vous porté des « jumpers »? Ce modèle a été très à la mode dans les années 50. Je crois que toutes les filles en avaient. Quoique d’un modèle différent, je sais que le jumper qu’on appelait « tunique » était l’uniforme de plusieurs écoles. Au couvent de Dechambault, après la robe noire, nous avons eu le jumper gris, qu’on portait avec un chemisier blanc et un « blazer » marine. Le modèle qu’on voit sur  l’illustration était un patron de couture et il pouvait être fabriqué de différents tissus selon la saison. J’en ai eu un à l’automne 1956, il était confectionné dans un tissu brun, moucheté.  Je l’ai beaucoup porté avec blouse ou chandail… C’était un  parfait passe-partout!

78487651_oLa belle jupe rouge! Elle ressemble vraiment à la belle jupe de feutre dont je parle dans Propos d’hiver et de Noël. C’était à la mode en 1954. Toutes les filles en voulaient pour Noël! On en parlait jusque dans le Journal François, le  journal de la J.E.C. (Jeunesse Étudiante Catholique). Qu’elle était belle cette jupe! J’en ai rêvé… mais je ne l’ai jamais eue. Se souvient-on plus des rêves qui ne se sont pas réalisés?  Je pense que oui…

 

BBvichyJ’ai choisi l’illustration du magazine Elle, justement pour la belle robe mauve à petits carreaux. J’en ai eu une en 1958 qui lui ressemblait beaucoup, quoique moins décolletée; elle était turquoise, avec une jupe très large qu’on portait avec une crinoline! De plus, j’avais la même coiffure en queue de cheval. Oh! Que c’est loin tout ça! Détail important, dans « mon jeune temps », on n’allait pas veiller « habillé en semaine ». Les gars portaient habit et cravate, quitte à relâcher le nœud au cours de la veillée. Les filles mettaient leur robe à crinoline et leurs souliers à talons hauts ou encore une robe à jupe étroite, faite d’un beau tissu, soit broché ou lamé ce qui était le grand chic ! Quoi qu’il en soit, toutes les filles avaient dans leur garde-robe l’indispensable petite jupe noire qu’on assortissait avec chemisier ou chandail avec encolure en V, auquel on ajoutait un petit fichu noué au cou.

mariage-ElvisLa dernière photo est celle du mariage d’Elvis Presley et Priscilla Beaulieu en 1967.  Ils s’étaient rencontrés en 1959; quand ils se sont mariés, il avait 31 ans et elle, seulement 21 ans. Que viens faire Elvis dans ce texte? C’était le chanteur à la mode. On dansait le rock’n’roll sur les airs de My blue suede shoes ou When my blue moon turns to gold again, tandis que ses chansons plus romantiques telles Loving you ou Are you lonesome tonight, nous faisaient rêver!

À bientôt pour d’autres souvenirs…

© Madeleine Genest Bouillé, 14 juin 2016

L’économie domestique, 2e partie

IMG_20160408_0003Dans le deuxième volume, on apprend d’abord que « la maison est l’abri et la protection de la famille. » On n’y va pas par quatre chemins : « L’individualisme, le communisme, la fascisme, le nazisme, le capitalisme mal compris et mal exercé sont les ennemis de la maison et de la famille. » Dans le premier chapitre, on nous met tout de suite sur la défensive : « La sécurité matérielle et économique exige des travaux de défense contre les multiples attaques qui sont d’abord, l’alcoolisme, la tuberculose, les maladies contagieuses, l’absence d’hygiène. Ensuite vient l’excès dans les amusements, les veillées trop nombreuses et trop prolongées, les sports qui s’attaquent aussi à la santé, les bavardages et les commérages. Un péril plus grand encore, peut-être, c’est la pression des réclames et des annonces… qui se traduit par la démangeaison d’acheter et de renouveler trop tôt certains articles. » On pointait déjà du doigt les ravages de la publicité abusive!

L’alternative à ces périls qui menacent la famille, c’est l’offensive pour promouvoir le bien. Je résume; c’est d’abord la morale et la religion : « Les parents feront la lutte à l’immoralité, en assurant  la bonne observance au jour du Seigneur… La famille fera une large part aux bonnes et simples vertus naturelles, telles la franchise, la sincérité et l’honneur. La vie intellectuelle mérite aussi une offensive. On donnera aux enfants l’avantage de fréquenter longtemps les écoles, le goût de la lecture; dans les programmes radiophoniques, on accordera la préférence aux causeries instructives. On surveillera les conversations pour en éliminer les propos risqués; les « illustrés » de certains journaux seront relégués à l’ombre ou jetés à la poubelle… »   

IMG_20160405_0005On en vient enfin à l’organisation matérielle de la famille. Un horaire journalier est proposé, qui ne laisse aucune place à l’improvisation : « 6h00 : lever des grandes personnes, toilette, prière et préparation du déjeuner.  6h30 : déjeuner des grandes personnes et lever des enfants. 7h00 : départ du père pour l’ouvrage. Les enfants déjeunent puis repassent leurs leçons. Les jeunes filles lavent la vaisselle du déjeuner. La mère lave les bébés et fait leur toilette. 7h30 : déjeuner des bébés suivi de leur « somme ». 8h00 : départ des enfants pour l’école et nettoyage quotidien des chambres par les jeunes filles, autre travail pour la mère. 9h00 à 10h30 : occupation hebdomadaire (voir le tableau suivant). 10h30 : préparation du dîner. Midi : dîner. 12h30 : lavage de la vaisselle, la mère couche les bébés. 1h00 : rangement de la vaisselle et de la salle à manger. 1h30 : toilette de l’après-midi.  2h00 : promenade des bébés, couture ou travail d’imprévu, les bébés sont confiés aux jeunes filles ou installés pour jouer à portée de la vue. 4h30 : retour des enfants de l’école. Goûter. Récréation au grand air. 5h00 : étude des enfants, la mère et les filles préparent le souper, le père revient du travail. 5h30 : souper des bébés et leur coucher. 6h00 : souper de la famille. 6h30 : lavage de la vaisselle, rangement de la cuisine et de la salle à manger, les enfants jouent. 7h30 : prière du soir en famille. Veillée dans la salle, les enfants font leurs devoirs, la mère et ses filles causent ou font quelque travail d’agrément. Le père lit son journal. Entre 9h00 et 10h00 : coucher de la famille. » Espérons que le père n’a pas été dérangé dans la lecture de son journal…

IMG_20160405_0003Le manuel décrivait ensuite l’horaire hebdomadaire de la maîtresse de maison. Cet horaire précis m’intriguait car il ne ressemblait en rien à ce que nous vivions chez nous, sauf le lavage du lundi… qui se prolongeait parfois le mardi!  « Lundi : lavage. Mardi : repassage. Mercredi : raccommodage et confection. Jeudi : Confection ou sortie pour emplettes et visites. Vendredi : ménage d’une partie de la maison : les chambres et le salon. Samedi : Ménage des autres pièces : salle, cuisine, chambre de bain, toilette, etc. » On ne parle évidemment pas du dimanche qui étant le jour du Seigneur, implique la messe, le dîner en famille; dans l’après-midi,  on reçoit ou on visite la parenté… et le soir on assiste aux Vêpres!

IMG_20160405_0007Un des derniers chapitres parle des RÈGLES DU SAVOIR-VIVRE. L’enseignement s’étend du « salut à la poignée de main, de la politesse au téléphone, et on en vient aux réceptions et relations de société. » On y parle des « soirées intimes », des « fêtes de famille », des « visites » et même de la « correspondance ». L’étiquette était très précise selon qu’on recevait des parents, des amis intimes ou d’autres personnes, et c’était la même chose pour les visites. Je vous livre un extrait du paragraphe « soirées intimes » : «Ces réunions révèlent plutôt un caractère d’intimité. Tout en causant on partage le temps agréablement entre les travaux à l’aiguille, les jeux d’esprit, le chant et la musique; des cartes et des tables sont à la disposition des amateurs de jeux. »

Au chapitre des Fêtes de famille, on souligne ceci : « Il est du devoir de la maîtresse de maison de maintenir et de respecter les liens de la plus douce fraternité, et de voiler tout ce qui contrarie l’affection entre les frères et les sœurs. Les principaux anniversaires, célébrés en commun, sont des évènements qui auréolent de joie le front parfois trop attristés de nos aïeuls. » Ensuite vient le délicat chapitre des « visites ». Des visites « du jour de l’An aux visites de condoléances, on passe par les visites de départ et de retour de voyage, visites aux malades, visites de retour de noces et visites de convenances ». Il y en a pour trois pages!

Nous arrivons enfin au chapitre de la correspondance. Au temps où le téléphone encore récent était utilisé surtout pour affaires et conversation urgentes, donc brèves, on écrivait beaucoup!  On écrivait aux membres de la famille absents, on écrivait aussi des « lettres de civilité » : lettres de remerciements, annonce d’un événement heureux ou malheureux, pour exprimer nos vœux de bonne année ou d’anniversaire, invitation, etc. Il y avait évidemment les lettres d’affaires, telles les lettres de demande d’emploi, pour lesquelles je me souviens qu’il existait des formules spéciales. Il me revient une anecdote; en 9e année, nous avions eu comme devoir d’écrire une lettre pour postuler un emploi. Une élève, un peu moins habile, avait débuté ainsi sa lettre : « Bien-aimé Monsieur… » La religieuse aurait pu lui faire ses remontrances en privé, mais non, elle avait lu le début de la lettre en pleine classe, en soulignant  la bévue. Toutes, nous avions éclaté de rire! Sauf l’élève en question qui était devenue rouge comme une tomate… et qui s’efforçait de sourire, gênée, ayant plutôt envie de pleurer.  Le genre de situation dont on se souvient et dont on n’est pas très fière…

IMG_20160405_0001Il y aurait encore beaucoup à dire sur les cours d’Économie Domestique. Quand nous finissions nos études, nous étions supposées avoir toutes les qualités nécessaires pour être des femmes accomplies, prêtes à occuper un emploi, d’enseignante, d’infirmière ou de secrétaire… évidemment, en attendant le « prince charmant », qui nous transformerait en épouse et mère de famille!

© Madeleine Genest Bouillé, 8 avril 2016

L’économie domestique, 1ère partie

Quand j’étudiais au couvent, les élèves de l’Académie – 8e à 12 années – avaient comme matière de cours, l’Économie Domestique, avec deux majuscules! J’ai encore les trois manuels avec lesquels nous devions étudier cette science, car science il y a! Dans l’avant-propos du livre que nous avions en 9e année, on décrit ainsi l’économie domestique : « …la science de la vie pratique, qui comprend toutes les connaissances nécessaires à la femme pour produire autour d’elle le bien-être, l’aisance, le bonheur : pour établir dans son foyer, l’ordre, la dignité, la paix. » Avouez que c’est tout un programme!

Illustration tirée d'une revue de 1958.

Illustration tirée d’une revue de 1958.

Dès la première page, nous  abordons « le rôle de la femme au foyer », tout d’abord avec écrit en majuscules, MISSION DE LA FEMME. Quelques lignes seulement : « D`après le plan divin, la femme, comme la flamme, est donc faite pour le foyer; si elle y reste, a dit quelqu’un, elle éclaire, réchauffe et réjouit… De même, le foyer est fait pour la femme.  C’est son domaine, elle y règne sans autre sceptre que sa vertu et sans autre édit que ses exemples. » Je vous fais grâce des vertus de l’épouse. Le manuel date de 1950; à cette époque, la guerre qui a fait sortir bien des femmes de leur maison pour travailler dans les usines, leur a aussi fait découvrir qu’elles pouvaient se réaliser à l’extérieur de leur foyer, et que de plus, ça rapportait! On veut donc tenter de leur faire reprendre le chemin du foyer… et les convaincre de l’importance du rôle qu’elles y jouent.

La "cuisine idéale" de l'époque!

La « cuisine idéale » de l’époque!

Dans le chapitre premier, on aborde le choix de la maison : « La maison, c’est le sanctuaire des plus pures affections, l’héritage que l’homme reçoit de ses ancêtres. Dans le plan divin, elle est destinée à être le sanctuaire de la famille. » Les auteurs de ces manuels ne laissaient rien au hasard. On parle de l’acquisition de la maison, du choix, soit de la construction d’une nouvelle habitation ou de l’achat d’une maison déjà construite. À propos du choix d’un logement, après les considérations financières, on énumère les autres considérations que voici : « 1. Le lieu du travail du chef de famille et la recherche, si possible, d’un logement à proximité d’un marché et des différents fournisseurs, sans oublier l’église et l’école. 2. Prendre en considération la facilité et la rapidité des communications ainsi que le voisinage d’une gare d’autobus ou de tramway. 3. Choisir son habitation de manière à y faire le plus long séjour possible. » Et on conclut avec ceci : « Un homme qui déménage souvent ne peut prospérer autant que celui qui est stable. » Au chapitre suivant, on fait le tour de la maison, de la cave au grenier, murs, plafonds, éclairage et chauffage compris. Ensuite on s’arrête dans chacune des pièces, pour parler du mobilier, de la décoration et de l’entretien, sujet qui s’étend sur plusieurs dizaines de pages.

Illustration de 1944.

Illustration de 1944.

Le chapitre 4, consacré au vêtement, parle des tissus, de leur entretien, de l’art de s’habiller, et bien entendu, de la confection de ces vêtements, sans oublier le rangement des armoires. Si les tissus de l’époque étaient plus résistants, ils étaient aussi plus difficiles d’entretien, aussi ce chapitre nous fait des recommandations pour les soins journaliers : « 1. Secouer les vêtements mis la veille ou donner un brossage superficiel, sans exagérer pour ne pas user le linge.  2. Suspendre les vêtements qui ne seront plus portés le jour même.  3. Le soir, au coucher, accrocher les robes, les paletots et même les sous-vêtements, afin qu’ils s’aèrent.  4. Examiner les vêtements des enfants tous les soirs, remplacer les effets qui sont tachés ou usés par d’autres plus propres.  5. Ne pas déposer à plat sur la table des chapeaux mouillés, les placer sur un support (bouteille ou pot, à défaut d’une patère).  6. Remplir les souliers mouillés d’un chiffon sec, les laisser sécher lentement loin du feu. »  Et j’en passe! On constate que la journée de la ménagère devait parfois finir très tard!

Dans ce manuel, j’ai trouvé une feuille d’examen pliée en quatre… L’écriture est encore enfantine; il est vrai que je n’avais que 13 ans. J’ai reçu pour ce travail une note de 93%; j’avais 98%, mais j’ai perdu 5 points pour des fautes d’orthographe, dont deux oublis d’accent aigu. Les fautes comptaient dans toutes les matières. Voilà, pour la première partie de ce grain de sel sur l’économie domestique!

Je vous reviens bientôt pour vous parler de l’horaire de la maîtresse de maison, ainsi que des sorties et autres distraction familiales.

© Madeleine Genest Bouillé, 7 avril 2016.

Image de printemps

Numériser0003La fabrication du savon.
Dans un grain de sel du printemps dernier, où je vous parlais du « grand barda du printemps », j’ai mentionné la fabrication du savon domestique. Sur la photo ci-jointe, on peut voir Madame Élise Proulx-Thibodeau, en train de brasser son savon. Elle avait plus de 80 ans, la photo datant de la fin des années 30; je n’ai malheureusement pas de précision à ce sujet. Madame Thibodeau était la mère d’Aurore Thibodeau, mariée à Lauréat Laplante en 1915, ils demeuraient dans la maison bâtie par les Thibodeau, au 215, Chemin du Roy. Une petite anecdote en passant… Quelques-uns des frères de Madame Thibodeau avaient, comme beaucoup de Québécois de cette époque, émigré aux États-Unis, dans les environs de Boston, à Lowell et Fall-River. Comme on le sait, quand « la visite des États » s’amenait, ils apportaient avec eux des anglicismes qu’ils étaient très fiers de parler devant la parenté. Ainsi, ils avaient anglicisé le nom de leur sœur; Élise était donc devenue Lyser… Et je me souviens, étant enfant, de la façon dont les gens rappelaient cette petite femme, qui avait paraît-il beaucoup de caractère; on la nommait « Memére Liseur ». Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai su son vrai prénom.

fete sucreLe temps des sucres.
La belle jeunesse de Deschambault, en 1944. Cette photo comme plusieurs de la même époque, me vient de Marie-Paule Laplante, fille des précédents, qui a demeuré à Trois-Rivières après son mariage en 1951. La fête avait lieu à la sucrerie de la famille Bouillé, étant donné que Marie-Paule était l’amie de Marie-Claire Bouillé, la deuxième fille de la famille de mon époux. D’ailleurs je reconnais quelques membres de cette famille, ainsi que Rolande Paré, fille de Louis. Quand je cherche une ou l’autre photo ancienne, je m’arrête toujours sur celle-ci. Le photographe qui a croqué cette scène a sans le savoir fixé dans le temps une image qui raconte un moment de vrai plaisir! C’est l’une de mes photos préférées.

IMG_20160313_0004Le printemps est arrivé!
Derrière cette photo, maman avait écrit « Le printemps est arrivé, mars 1950 ». C’était le premier printemps où nous demeurions dans la maison de la rue Johnson. Les deux jeunes, Georges et Fernand, portent encore manteau et chapeau d’hiver, mais il devait y avoir des signes de printemps déjà, car Florent ne porte pas de manteau et il est nu-tête. Florent était le météorologue de la famille. Dans les dernières années où il vivait, je lui avais rappelé cette photo et il m’avait confirmé que le mois de mars de cette année-là était particulièrement doux. Et si Florent l’a dit… c’est parce que c’était vrai!

IMG_20160209_0006Ah! la mode!
La mode a toujours eu de ces extravagances…. dans les magazines, on voit des choses que moi je ne trouve absolument pas portables. Mais il y a 50 ans et plus, la mode nous imposait aussi ses bizarreries. Par exemple, passé le 15 août, on rangeait les chapeaux de paille ainsi que les accessoires blancs, et cela même s’il faisait aussi chaud sinon plus qu’en juin. On sortait les chapeaux de velours ou de feutre et les accessoires noirs ou bruns. Au printemps, on faisait l’inverse. À Pâques, on sortait le tailleur de couleur pastel et un chapeau de paille, autant que possible avec profusion de fleurs, et cela même s’il gelait ou s’il neigeait! Vous voyez sur cette photo une image découpée dans la Revue Populaire d’avril 1946. Aimez-vous le chapeau, style « tarte »? C’était ça, la mode!

IMG_20160313_0005Ce qui arrive quand Pâques tombe en mars…
La photo date de 1955. Elle a été prise le jour de Pâques. Vous voyez ce que ça donne un chapeau de paille avec un manteau d’hiver! J’étrennais ce petit chapeau qui était rose. J’étais supposée le porter avec mon manteau de printemps qui était beige. Pâques tombait comme cette année à la fin de mars. Je sortais d’un de mes interminables rhumes… et maman avait dit : « Non! Tu mets ton manteau d’hiver, il fait pas assez chaud pour sortir ton manteau de printemps. D’ailleurs tout le monde est encore habillé en hiver! » Je boudais et je ne voulais pas que ma sœur prenne la photo. Pour me donner le bon exemple, elle s’était fait photographier avec son manteau gris – celui d’hiver, et son chapeau de paille blanc. Mais moi, je trouvais qu’avec le col en fourrure (du lapin ou je ne sais quoi), le chapeau de paille avait l’air incongru. Un de mes frères, qu’on ne voit pas… tente de me faire rire et je ne veux pas. En plus la photo a été prise après la messe, juste avant dîner; étant ainsi face au soleil, j’ai fermé les yeux… Pour moi, c’est une photo qui parle beaucoup!

On n’a pas fini de parler de Pâques… à bientôt!

© Madeleine Genest Bouillé, 13 mars 2016

Ces « Madames AVON » que j’ai connues…

6542597Si vous avez vu le film Édouard aux mains d’argent (version française de Edward Scissorhands), vous vous rappelez certainement de « l’ambassadrice AVON », correctement vêtue de son petit tailleur avec chapeau assorti; l’image même de la vendeuse de cosmétiques des années soixante. Sauf qu’à ma connaissance, il n’était pas courant que, comme on nous le montre dans le film, les représentantes Avon testent leurs produits sur les clientes, enfin, pas celles qu’il m’a été donné de rencontrer.

Depuis mon jeune âge, j’ai connu six « Madames AVON », comme on appelait les représentantes de cette compagnie de cosmétiques fondée à New-York en 1886. Malheureusement, je n’ai de photo d’aucune d’elles. Dommage, j’aurais aimé vous présenter au moins celles qui ne sont plus de ce monde. Pour ce qui est de la première, j’étais encore trop jeune pour être cliente; elle venait rencontrer ma mère pour vendre ses produits. Maman aimait beaucoup les parfums, en particulier celui qui s’appelait To a wild rose. Après son décès, on retrouvait encore l’odeur de cette fragrance dans ses tiroirs. La toute première vendeuse Avon que j’ai connue était une femme qui me paraissait très grande, peut-être ne l’était-elle pas tant que ça… Elle avait les cheveux blond platine, ce qui était rarissime à Deschambault dans les années quarante. Elle s’appelait Julienne, elle habitait la maison où nous demeurons depuis 1971. Dans mon souvenir, je la revois; c’était sans doute l’hiver, car elle portait un manteau de longueur trois-quarts en léopard et elle était coiffée d’un turban violet. Et pour comble, ses ongles très longs étaient vernis du même violet que son turban! Je n’en revenais pas, je la trouvais tellement chic! Elle n’était pas vraiment belle, mais elle était originale. Elle avait quelque peu l’allure de l’actrice Marlene Dietrich. Elle aurait pu figurer comme mannequin dans les revues de mode que ma mère lisait, soit la Revue Moderne ou la Revue Populaire!

avon-ad-1959J’ai commencé à acheter les produits Avon avec la deuxième de ces vendeuses à domicile. Elle se nommait Gracia… et elle portait bien son nom, toujours tellement élégante; elle avait beaucoup de classe. Autrefois, étant donné que les catalogues de cosmétiques n’étaient pas illustrés comme maintenant, une vendeuse Avon devait tout d’abord utiliser elle-même le plus possible les produits qu’elle offrait. C’était le cas pour Julienne et pour Gracia. Rouge à lèvres et vernis à ongles assortis, fond de teint, poudre et parfum… Je ne sais pas si on leur offrait des cours de maquillage, mais elles étaient vraiment impeccables… ni trop, ni trop peu! Gracia était de plus une femme dotée d’un esprit fin, plutôt moqueuse. C’était une personne fière, mais qui savait se montrer aimable. Je me souviens de la fois où j’ai acheté mon premier petit pot de crème Avon, il s’agissait d’un produit pour « jeune fille ». Elle m’avait aussi donné des échantillons de divers articles qui devaient me convenir. N’y connaissant absolument rien, j’avais bien entendu apprécié les conseils de ma vendeuse.

il_570xN.700819506_90a5Ma troisième représentante Avon s’appelait Angélique, c’était une dame plus toute jeune et elle n’a pas fait ce travail très longtemps. Elle était gentille, pas gênante et elle était très jasante. J’étais alors maman de jeunes enfants; peut-être est-ce la raison pour laquelle je me souviens moins bien de madame Angélique; je manquais sûrement de temps pour la jasette! Ensuite il y eut Raymonde, qui a été « Madame AVON » pendant plusieurs années. On se connaissait depuis longtemps, on échangeait des potins, on parlait de tout et de rien et je ne me sentais pas obligée d’acheter ou non ses produits. Parfois, si elle estimait qu’un article ne valait pas la publicité qu’on en faisait, elle le disait tout simplement. Raymonde était une personne pas compliquée. On était loin du temps où les vendeuses de produits de beauté devaient être des cartes de mode pour mieux vendre leurs produits! Raymonde était ma représentante Avon quand la compagnie a commencé à offrir des bibelots et objets d’art pour différentes occasions, soit pour Noël, la Saint-Valentin ou l’Halloween. J’ai acheté de Raymonde en 1997 une petite boite à musique, avec un Père Noël qui patine sur un miroir; tous mes petits-enfants ont joué avec ce bibelot musical… hélas, au dernier Noël, la musique avait commencé à fausser. Je ne sais pas encore si je vais le jeter…

Quand Raymonde a pris sa retraite, elle était déjà atteinte de la maladie qui l’a emportée. J’ai été un certain temps sans vendeuse Avon. Jusqu’à ce que je trouve ma cinquième représentante à Portneuf, ce qui était moins pratique. Mais voilà que depuis quelque temps, j’ai de nouveau une « Madame AVON » qui vient chez moi. Elle s’appelle Nathalie, c’est la plus jeune de toutes les ambassadrices Avon de mon histoire… elle a l’âge de ma fille! Très gentille, elle a quand même moins de temps pour la jasette que celles qui l’ont précédée… Mais on peut communiquer par Internet! C’est la « Madame AVON » des temps modernes!

© Madeleine Genest Bouillé, août 2015

Beau, bon… pas cher!

IMG_20150731_0001Quand j’étais jeune, beaucoup de nouveaux produits de consommation étaient offerts sur le marché. De sorte que les ménagères possédaient tout plein d’appareils pour alléger leurs tâches quotidiennes, sans compter que tous ces produits étaient de plus en plus diversifiés. Si on ajoute à cela les aliments préparés dont la popularité ne cessait d’augmenter, on peut dire que le travail des maîtresses de maison devenait un peu plus aisé. Tout prenait moins de temps et comme on le sait, « le temps c’est de l’argent »!

IMG_20150730_0005La cuisine moderne 1940 que vous pouvez voir sur l’image ci-contre a certainement dû prendre quelques années avant de s’installer dans nos foyers campagnards. J’imagine mal ce concept très américain dans une de nos vieilles maisons. Le linoleum, les armoires, l’évier et le comptoir – qu’on appelait « pantry » – ont vite été adoptés dans nos cuisines, mais on a longtemps gardé le poêle à bois et la grande table au centre de la pièce, entourée d’autant de chaises qu’il y avait de personnes à asseoir. Une chose est sûre, le modernisme avait mis un pied dans la porte et il allait envahir le quotidien des familles québécoises.

Si quelques grand-mères continuaient de faire leur savon domestique au printemps, ce n’était plus que du folklore! Les jeunes femmes n’utilisaient ce savon que pour des grosses tâches comme le lavage des planchers. Pour la toilette, on achetait du « savon d’odeur », vendu en barres blanches ou de teintes pastel et enveloppées d’un beau papier. Pour la vaisselle et la lessive, il y avait le savon en paillettes qui était offert dans des boites de différents formats. On retrouvait tous ces produits au magasin général, en plus des brosses et des balais, de la peinture et des pinceaux, et tout plein d’objets hétéroclites. On y achetait évidemment de la nourriture, soit des conserves, des marchandises sèches, vendues en vrac ou en paquet ainsi que les denrées périssables qui étaient conservées dans la glacière.

IMG_20150730_0003Les grands magasins vendaient des vêtements à bas prix, si bien que ça coûtait quasiment moins cher que de les confectionner. Même chose pour le linge de maison : nappes, serviettes, linges de vaisselle qui se vendaient à la douzaine. Les ménagères étaient fières de garnir leurs étagères de ces piles de beau linge de couleurs variées… même si ces nouvelles acquisitions se révélaient par la suite pas mal moins durables que les linges tissés au métier! Les grosses chaînes de produits de nettoyage aussi bien qu’alimentaires rivalisaient de publicité et d’offres alléchantes. C’est ainsi que sont arrivées les « boîtes à surprise »! Quand on achetait une boîte de savon à vaisselle ou à lessive, on y trouvait en prime une serviette de différente grandeur selon le format de la boîte. Il arrivait qu’on offre aussi des pièces de vaisselle, soit une tasse, une soucoupe ou une assiette. Avec le temps, on pouvait se monter un trousseau! Certains aliments se vendaient dans des contenants réutilisables, tels les célèbres verres à moutarde Schwartz décorés de cœurs, piques, trèfles et carreaux. Plusieurs familles en possèdent encore… sinon on peut en trouver chez les antiquaires.

IMG_20150730_0004Pour inciter les cuisinières à acheter les nouvelles préparations alimentaires, les magazines présentaient des recettes préparées avec différents ingrédients, le tout illustré d’images alléchantes, telle celle-ci : « Qui dit RITZ dit chic! » En collation ou en entrée, c’était tellement pratique de servir ces petites biscottes avec à peu près n’importe quoi. Tout le monde les aimait, des tout-petits jusqu’aux grands-parents. Cette invention qui date d’environ soixante ans est toujours populaire même si, depuis, on a inventé tout plein d’autres biscottes de toutes formes et de différentes saveurs. Mais il faut avouer que les Ritz sont toujours de mode!

IMG_20150730_0001Est-il possible que vous n’ayez aucun produit de marque Heinz dans votre garde-manger? Cela serait surprenant. Les premières publicités de cette compagnie mentionnaient toujours le fameux chiffre 57… pour les 57 variétés Heinz! Comme il fallait vendre ces nombreux produits, on ne lésinait pas sur la publicité. On insistait surtout sur les mets prêts à cuire ou les soupes à réchauffer. On a dit du XXe siècle qu’il était le siècle de la vitesse, ça valait aussi pour la cuisine. Je termine avec cette image qui date de 1956. On y voit une fillette toute fière de servir à son papa un délicieux spaghetti Heinz. Voyez comme les parents sont contents! Une famille heureuse, grâce à une des 57 variétés Heinz! Comme image publicitaire, c’est aussi bien que ce qu’on nous passe à longueur de journée à la télévision. Sauf que ce qui nous semble beau, bon et pas cher, n’est pas toujours à la hauteur de nos attentes.

© Madeleine Genest Bouillé, août 2015

Destination: voyage de noces!

Bateau l'Étoile.

Bateau l’Étoile.

Le voyage de noces est une coutume qu’on retrouve d’abord en Europe vers le milieu du XIXe siècle et surtout chez les gens faisant partie d’une certaine classe sociale. Chez nous, il fut un temps où seulement les couples fortunés allaient passer leur lune de miel dans un endroit de villégiature, au Québec, aux États-Unis ou plus rarement, en Europe. Je ne sais pas si mes grands-parents, tant paternels que maternels ont fait un voyage après leur mariage, j’en doute. Je sais par contre que, du temps du navire l’Étoile, qui s’arrêtait au quai de Deschambault, plusieurs couples choisissaient ce moyen de transport pour leur voyage de noces. Ils faisaient l’aller-retour jusqu’à Ste-Anne-de-Beaupré, en s’arrêtant à Québec, évidemment. Aurore et Lauréat Laplante, dont je vous ai parlé déjà, sont allés passer quelques jours à Montréal où Aurore avait de la famille, lors de leur voyage de noces en 1915. C’était loin Montréal à l’époque!

Mon père et ma mère, prêts pour leur voyage de noces!

Mon père et ma mère, prêts pour leur voyage de noces!

Très souvent les couples de nouveaux mariés qui avaient de la parenté dans une ville, soit Montréal, Québec ou ailleurs, profitaient de cette opportunité pour faire un voyage pas trop onéreux, puisqu’ils étaient la plupart du temps reçus chez des gens de la famille. D’ailleurs, c’est ce qu’ont fait mes parents, Jeanne et Julien, qui se sont mariés à la fin d’août 1932. Après la noce qui avait lieu chez mes grands-parents, comme c’était la coutume, les mariés ont pris le train pour Ottawa où ils ont passé quelques jours chez l’oncle Edmond Genest. Sur le chemin du retour, ils se sont arrêtés à Montréal, où maman avait plusieurs tantes, toutes très « recevantes »!

Nouveaux mariés en voyage de bnoces, devant l'église de Deschambault, 1944.

Nouveaux mariés en voyage de noces, devant l’église de Deschambault, 1944.

S’il était fréquent de voir des jeunes couples de la campagne faire leur voyage de noces à la ville, l’inverse se produisait aussi parfois. Le couple de jeunes mariés que vous voyez photographiés devant l’église en 1944, demeuraient à Trois-Rivières et ils étaient justement venus chez une tante à Deschambault à l’occasion de leur lune de miel. En contrepartie, ils ne demandaient pas mieux que de faire essayer leur nouvelle auto aux parents et amis de la campagne… Une promenade en auto, ça ne se refuse pas et l’expression en usage dans le temps pour qualifier ce geste, était : « Ils sont ben blod! ». Malheureusement, je ne sais pas à quel mot anglais ceci fait référence, et encore moins comment l’orthographier!

Nouveaux mariés à Niagara Falls en 1951

Nouveaux mariés à Niagara Falls en 1951

À partir des années cinquante, certains endroits de prestige comme le nord de Montréal, les Chutes du Niagara, la Gaspésie et les stations balnéaires de la Nouvelle-Angleterre, telle Old Orchard, commencent à publiciser leurs établissements hôteliers dans les magazines et les journaux avec les forfaits offerts aux nouveaux mariés. Les jeunes couples sont attirés par ces endroits de rêve. Le voyage de noces est prévu dans le budget et souvent, les familles des fiancés ont contribué pour une part plus ou moins importante. Surtout, les futurs mariés ont le désir d’être « enfin seuls », pour vivre leur lune de miel! C’est alors qu’on verra beaucoup moins de nouveaux mariés en visite dans la parenté.

Même mariés que photo précédente, en "costume" de voyage.

Mêmes mariés que photo précédente, en « costume » de voyage.

Les modes changent et c’est parfois pour le mieux. À l’époque où les jeunes époux devaient aller revêtir leurs habits de voyage avant leur départ de la noce, il était important que ce costume soit le plus chic possible. C’est pourquoi on voyait des jeunes femmes vêtues d’un tailleur de lainage rehaussé de fourrure, et portant chapeau de feutre, en plein mois de juin, alors que le couple partait pour les Chutes du Niagara… Heureusement, au premier tournant de la route, rien n’empêchait d’enlever veste, fourrure et chapeau. En fait, ce costume était porté surtout quand les nouveaux mariés revenaient de voyage. À la grand’messe du dimanche suivant le retour, ils étaient le point de mire de l’assemblée… tout le monde pouvait admirer leurs beaux atours et ainsi passer leurs commentaires! Pourquoi croyez-vous qu’on a inventé les perrons d’église, si ce n’est pour se rencontrer, jaser et se raconter les nouvelles, surtout en milieu rural, bien entendu. Cela fait partie des charmes de la campagne!

© Madeleine Genest Bouillé, juillet 2015