Ah! la mode!

La mode, qu’il s’agisse de vêtements masculins ou féminins, c’est quelque chose qui va, qui vient, repart et revient. En effet, d’une année à l’autre, les nouveautés ne sont que des rappels des vêtements qui étaient portés il y a 10, 20 ou même 30 ans! En réalité, il n’y a que les tissus qui changent et des détails, comme les imprimés et les garnitures.

IMG_20141128_0001_NEWEn parcourant mes coupures de vieilles revues, c’est-à-dire les moins vieilles, celles des années 50, j’ai choisi quelques modèles de vêtements  qu’on portait entre 1950 et 1960.  Je débute avec « des petites robes à carreaux » pour les fillettes des années 50. Qu’il s’agisse de la jupe à bretelles ou de la robe, nous avons toutes porté ces jolies tenues écossaises. Celles qui sont illustrées sont en flanelle, mais il y en avait en coton ou en taffetas, par exemple, celle que je portais pour Noël en 1951. C’est comme dans la chanson : « Marie-Madeleine, ton p’tit jupon de laine, ta p’tite robe carreautée, ton p’tit jupon piqué! » Pour changer de l’austère robe noire des jours de semaine, au couvent, nos dimanches devaient être très colorés!

IMG_20160613_0006En avez-vous porté des « jumpers »? Ce modèle a été très à la mode dans les années 50. Je crois que toutes les filles en avaient. Quoique d’un modèle différent, je sais que le jumper qu’on appelait « tunique » était l’uniforme de plusieurs écoles. Au couvent de Dechambault, après la robe noire, nous avons eu le jumper gris, qu’on portait avec un chemisier blanc et un « blazer » marine. Le modèle qu’on voit sur  l’illustration était un patron de couture et il pouvait être fabriqué de différents tissus selon la saison. J’en ai eu un à l’automne 1956, il était confectionné dans un tissu brun, moucheté.  Je l’ai beaucoup porté avec blouse ou chandail… C’était un  parfait passe-partout!

78487651_oLa belle jupe rouge! Elle ressemble vraiment à la belle jupe de feutre dont je parle dans Propos d’hiver et de Noël. C’était à la mode en 1954. Toutes les filles en voulaient pour Noël! On en parlait jusque dans le Journal François, le  journal de la J.E.C. (Jeunesse Étudiante Catholique). Qu’elle était belle cette jupe! J’en ai rêvé… mais je ne l’ai jamais eue. Se souvient-on plus des rêves qui ne se sont pas réalisés?  Je pense que oui…

 

BBvichyJ’ai choisi l’illustration du magazine Elle, justement pour la belle robe mauve à petits carreaux. J’en ai eu une en 1958 qui lui ressemblait beaucoup, quoique moins décolletée; elle était turquoise, avec une jupe très large qu’on portait avec une crinoline! De plus, j’avais la même coiffure en queue de cheval. Oh! Que c’est loin tout ça! Détail important, dans « mon jeune temps », on n’allait pas veiller « habillé en semaine ». Les gars portaient habit et cravate, quitte à relâcher le nœud au cours de la veillée. Les filles mettaient leur robe à crinoline et leurs souliers à talons hauts ou encore une robe à jupe étroite, faite d’un beau tissu, soit broché ou lamé ce qui était le grand chic ! Quoi qu’il en soit, toutes les filles avaient dans leur garde-robe l’indispensable petite jupe noire qu’on assortissait avec chemisier ou chandail avec encolure en V, auquel on ajoutait un petit fichu noué au cou.

mariage-ElvisLa dernière photo est celle du mariage d’Elvis Presley et Priscilla Beaulieu en 1967.  Ils s’étaient rencontrés en 1959; quand ils se sont mariés, il avait 31 ans et elle, seulement 21 ans. Que viens faire Elvis dans ce texte? C’était le chanteur à la mode. On dansait le rock’n’roll sur les airs de My blue suede shoes ou When my blue moon turns to gold again, tandis que ses chansons plus romantiques telles Loving you ou Are you lonesome tonight, nous faisaient rêver!

À bientôt pour d’autres souvenirs…

© Madeleine Genest Bouillé, 14 juin 2016

Le temps des jeux

EnfantsjouantComme je l’ai déjà mentionné, notre famille comptait dix enfants. À l’époque où se situe cet épisode, il y avait « les grands » et « les plus jeunes », c’est-à-dire, les six derniers, dont je faisais partie, nés entre 1940 et 1947. Imaginez : cinq gamins, débordant d’énergie et d’imagination, qui s’amusaient avec tout ce qu’ils trouvaient, aussi bien au-dedans qu’au dehors de la maison. Il m’arrivait de participer à leurs jeux auxquels se joignait notre chien, Bruno, lequel se laissait habiller et photographier, sans broncher et sans rouspéter.

scenecombatTout ce que notre vieille maison recelait, y compris le hangar aussi vétuste, était utilisable pour les jeux des enfants. Tenez, jusqu’au gros tas de bois contre la maison, qu’on n’avait jamais fini de corder, et qui devenait un fort, d’où l’on pouvait surveiller au loin, c’est-à-dire au-delà de la grange, l’arrivée des Sioux. Les champs, délimités par des clôtures de perches dont il manquait des bouts, étaient à plusieurs endroits bordés de bosquets, composés surtout de cerisiers sauvages, de cenelliers et de trembles. Ils étaient de plus parsemés de grosses roches qui témoignaient que dans des temps immémoriaux, il y avait sans doute eu à cet endroit un lac ou un étang, comme en témoigne aussi la légère dépression du sol à cet endroit. Mais ce merveilleux décor était, vous en conviendrez, l’idéal pour les expéditions guerrières des pionniers contre les Sioux!

CowboysSiouxMon frère, le huitième, possédait un petit appareil photo, qu’il maniait avec déjà beaucoup d’adresse; et c’est grâce à ses albums que j’ai pu retracer maintes aventures de l’enfance et de l’adolescence de mes frères et de leurs amis. Les images où l’on voit d’abord les échanges commerciaux entre les « Visages pâles » et les Indiens, se changent très vite en scène de guerre, saisissantes de vérité! Les garçons qui participaient à ces jeux prenaient leur rôle très au sérieux, comme on peut le constater. Costumes plus ou moins typiques – on portait ce qu’on avait, bandeau garni de plumes, peintures de guerre… tout y était. Pour rendre plus réels les gestes et les expressions de leurs personnages, ils s’étaient inspirés des épisodes de la série télévisée The Lone Ranger, que mes frères allaient regarder chez leurs amis qui possédaient déjà un appareil, les chanceux! À l’époque, il était considéré comme normal que les garçons s’amusent avec des pistolets « à cap » comme on disait, pour désigner ces petits rouleaux de pétards qui « pétaient » comme une vraie arme à feu. Ces jeunes qui se tuaient mutuellement à longueur de journée durant les vacances, étaient les meilleurs amis du monde et sont devenus des adultes tout à fait pacifiques. Quelle que soit l’époque, les jeunes ont toujours aimé reproduire les gestes de leurs héros.

BrunotoutouNotre photographe avait aussi un sens de l’humour très particulier, c’est pourquoi il prenait souvent des photos de Bruno, le chien, habillé et coiffé d’un vieux chapeau de paille et posant soit avec nous ou encore avec les vieux toutous qui faisaient partie de la famille. Quelques années plus tard, il prit plaisir à créer des scènes navales qu’il photographiait sur le bord du fleuve avec des modèles réduits de bateaux qu’il avait fabriqués avec grand soin et beaucoup de patience.

orchestreAvec les années, les jeux ont évolué… Fini les films de cow-boys! Elvis Presley est arrivé et avec lui, l’époque du rock’n’roll. Combien de jeunes garçons ont alors commencé à jouer de la guitare en s’exerçant à reproduire les gestes et les mimiques de ce fameux chanteur américain! Mes jeunes frères n’ont pas échappé à cette influence et c’est alors que parmi les anciens cow-boys et Indiens, quelques-uns se sont retrouvés dans un orchestre rock! Pas très longtemps, car malheureusement, les études ont dispersés les copains et l’orchestre a manqué de musiciens!

glaceQuelquefois, les gars se retrouvaient pour faire des prouesses… qui resteront dans la mémoire, grâce aux photos. Ainsi, au printemps, quoi de plus amusant qu’une promenade en chaloupe au travers des glaces flottantes, c’est pourquoi une photo les montre, juchés sur une plaque de glace, pour le plaisir… parce que déjà, on a le goût de voyager sur le fleuve et, qui sait, y gagner sa vie! Au cours de l’été, avec les amis retrouvés, on faisait encore des ballades sur le fleuve et au vieux phare de l’îlot Richelieu. Était-ce juste par fanfaronnade ou dans le but de faire une belle photo ? Mais sur une des photos, on voit trois joyeux lurons qui posent fièrement sur l’une des bouées qui balisent le chenal des bateaux. Même en noir et blanc, vous admettrez que ça fait une belle image! C’était « Le temps des jeux », immortalisé dans quatre albums de photos, et qui s’étale de 1956 à 1963.

© Madeleine Genest Bouillé, octobre 2015 (Photos de © Fernand Genest)

guitare

Mon frère, Fernand, à qui revient le crédit de toutes ces images.

« M’man, j’sais pas quoi faire! »

Le mois d’août s’achevait tranquillement, pas vite, avec des soirées de moins en moins longues. Déjà les hirondelles avaient fait leurs adieux, juchées sur les fils électriques en rangs serrés, prêtes pour le départ. Pendant ce temps, à la maison, mes jeunes frères se traînaient d’une chaise à l’autre en clamant sur tous les tons : « M’man, j’sais pas quoi faire! » Il n’y avait pourtant pas si longtemps qu’ils avaient garroché leur sac d’école au fond d’un placard par un bel après-midi de juin en hurlant de joie : « Hourra! L’école est finie! »

Mon frère Fernand, en vélo dans la rue Saint-Joseph,1958.

Mon frère Fernand, en vélo dans la rue Saint-Joseph,1958.

Avec toute la bonne volonté du monde, maman disait : « Les autres p’tits gars, qu’est-ce qu’ils font? D’habitude, vous jouez ensemble… » Il s’en trouvait toujours un pour répondre : « On n’a plus rien à faire! » Alors maman suggérait des choses  comme aller corder du bois tandis qu’il fait beau : « On en a cordé hier, en masse! »… Ramasser les patates dans le jardin : « Ah non! Pas ça! »… Aller se baigner, pendant qu’il fait encore assez chaud : « La mer est trop basse, ça adonne pas. » Ah oui! Vraiment, on était rendus à la fin d’août! Les jeux qui semblaient inépuisables au début des vacances n’intéressaient plus personne. On avait joué à la balle des soirées entières, on avait même cassé une vitre dans la fenêtre du hangar… moins grave que si ç’avait été une fenêtre de la maison. On avait joué aux « Quatre-Coins », au « Cinquante »; à ces jeux-là, les plus petits pouvaient jouer, ce qui finissait par ennuyer les plus grands. On avait joué à « En bas de la ville », dans la côte près du gros orme; on avait tellement de plaisir à ce jeu! Mais il y en avait toujours un qui déboulait en bas de la côte ou qui se faisait mal et qui « chialait », alors il fallait arrêter. Cet été-là, on avait surtout joué aux cow-boys et aux Indiens. Fernand avait pris des photos des combats avec le kodak qu’il avait eu à sa fête et c’était comme si on tournait de vrais films, pareil comme dans The Lone Ranger. On s’était fabriqué des fusils en bois, des arcs, des flèches – pas des vraies, voyons donc! Ceux qui jouaient les rôles des Indiens enlevaient leur chemise – maman aimait pas ça, elle disait qu’ils allaient attraper des coups de soleil – et ils se barbouillaient pour faire plus vrai. Fernand avait tourné au moins trois films. Si on compte qu’il y avait douze photos par film (en noir et blanc), ça donnait trente-six photos. Ça finissait par coûter cher!

On a épuisé tous les jeux, y compris ceux des jours de pluie : le Monopoly, les dames, le jeu de pichenotte, les jeux de construction, même les fameux scrapbooks que maman nous faisait confectionner avec de vieux cahiers et des images découpées un peu partout. Jusqu’aux plus jeunes qui avaient leurs cahiers de collage, dans lesquels ils mettaient n’importe quoi, n’importe comment. Juste pour vous donner un aperçu, dans un des scrapbooks, il y avait une image de Jésus qui était collée au-dessus d’un bol de soupe aux légumes Campbell… ce pauvre Jésus, il avait les pieds dans le plat! On l’a bien ri celle-là! On a lu tous les « petits comiques », pas rien qu’une fois… il y en a qui sont pas mal maganés, d’autres qui ont perdu des feuilles. On s’est promenés en bicycle, on a été aux framboises, aux bleuets et aux mûres. Les « môsusses » de mûriers! On en porte encore les égratignures! « Pour de vrai m’man, on sait plus quoi faire! » C’est comme si l’été n’était plus tout à fait l’été. Dire qu’au début on avait tellement hâte; on allait dans le jardin voir si les légumes poussaient… on trouvait que ça n’allait pas vite. Tout était amusant! On passait nos journées dehors quand il faisait beau, on rentrait juste pour les repas et pour aller se coucher.

On s'amuse au quai, août 1950.

On s’amuse au quai, août 1950.

Qu’est-ce donc qui s’est passé? C’est pourtant encore le mois d’août, les journées sont belles, moins chaudes un peu, mais on est bien dehors. Il y a plein de bons légumes dans le jardin, surtout du blé d’Inde. On en mange tant qu’on peut. Que peut-on désirer de plus! Les soirées sont superbes, même si le soleil se couche plus tôt. Les grands sortent le tourne-disque sur la galerie et on fait jouer les disques de rock’n’roll; on écoute Elvis Presley, Paul Anka, Dean Martin et tout plein de chanteurs à la mode. Mais, c’est plus pareil… Il y a quelque chose dans l’air qui est différent; c’est peut-être le « cri-cri » des criquets qui a remplacé le chant des oiseaux qui sont déjà partis.

Peut-être qu’on est rendus au temps où l’on commence à penser à l’école qui va débuter bientôt. Faudrait bien sortir les sacs, faire l’inventaire de ce qui est encore utilisable. « Ça va me prendre des crayons neufs, des effaces, certain. J’espère que je vais avoir une boîte de Prismacolor cette année… depuis le temps que j’en veux. Bon, demain on va voir à ça, demain… » Mais en attendant : « M’man, j’sais pas quoi faire! »

© Madeleine Genest Bouillé, août 2015

L'école Centrale (école du Phare), peu de temps après sa construction (début des années 50).

L’école Centrale (école du Phare), peu de temps après sa construction au début des années 50.

Sur une musique d’autrefois…

Elvis PresleyJe déplore souvent que les jeunes d’aujourd’hui écoutent trop de musique en anglais. Mais je dois avouer qu’à leur âge, je ne faisais pas mieux. La première fois où nous avons entendu chanter Elvis Presley, c’était en 1956. Si on ne se roulait pas par terre comme les filles qu’on voyait à la télévision, nous étions quand même très impressionnées. J’avais reçu un premier disque « 45 tours », sur lequel, on retrouvait les premiers succès de notre idole, Hound dog et Don’t be cruel. Le petit disque tournait, tournait… et ma mère soupirait. Elle n’en revenait pas que je puisse aimer ça! Puis, j’ai eu quelques autres disques de ce nouveau chanteur, dont Love me tender, que je préférais aux airs de rock’n’roll sur lesquels nous dansions, entre filles, au restaurant du coin où nous nous rencontrions autour du « juke-box » pour jaser de tout et de rien… tandis que les garçons, à l’autre bout de la salle, regardaient la télévision ou jouaient au billard. Elvis fut probablement le premier chanteur américain dont nous avons écouté la musique, mais combien d’autres ont suivi. Les Everly Brothers, Bobby Darin, Paul Anka – un Ontarien qui avait le même âge que moi. Plusieurs chanteuses aussi avaient notre faveur, dont Doris Day, Teresa Brewer, Brenda Lee. Du rock’n’roll à la musique country, il n’y a qu’un pas. Parmi mes souvenirs, les airs de quelques chansons surgissent : He’ll have to go, de Jim Reeves, et le classique du genre Quand le soleil dit bonjour aux montagnes, de Lucille Starr.

Vers l’âge de seize ou dix-sept ans, j’écoutais beaucoup plus de chansons en anglais qu’en français. Mes goûts musicaux étaient plutôt diversifiés, comme vous pourrez le constater. Du côté de la chanson francophone, c’était un mélange fait de chansons populaires, comme celles de Gilbert Bécaud ou de Charles Aznavour, ou des airs d’opérette telles qu’on en retrouvait sur les disques de la chanteuse Mathé Altéry. Au Québec, commençait l’époque des boîtes à chansons qui ouvraient leurs portes un peu partout, donnant ainsi la chance aux chansonniers. Il y eut tout d’abord Félix Leclerc, puis Gilles Vigneault, Claude Léveillée, qui a toujours été mon préféré, et tous les autres qui ont suivi. En même temps, des artistes d’un autre genre, comme Ginette Reno, Renée Martel, André Lejeune et Michel Louvain, pour ne nommer que ceux-là, débutaient leur carrière en reprenant plusieurs succès américains traduits en français. Quelques compositeurs québécois nous offraient aussi de jolies chansons. Je me rappelle Le ciel se marie avec la mer, de Jacques Blanchet et En veillant sus l’perron, de Camille Andréa. Peu de gens se souviennent de l’auteure, mais personne n’a pu oublier l’interprète, Dominique Michel. Comme celle qui nous l’a fait connaître, cette chanson a traversé le temps en restant toujours à la mode.

Le magazine Hit Parader, créé en 1942.

Le magazine Hit Parader, créé en 1942, et en couverture, la chanteuse Connie Francis.

Les chansons françaises, je les écoutais pour les apprendre et les chanter dans les soirées d’amateur, qui étaient alors très prisées et qui avaient lieu à différentes occasions. Justement, lors d’une de ces soirées, tenue à la fin de décembre 1961, j’avais un admirateur qui s’était manifesté. Mais je garde cette histoire pour une autre fois! Pour revenir à mon propos, je dois dire que les « hits » américains, c’était vraiment ma musique de prédilection. Il existait une revue qui s’appelait Hit Parader, dans laquelle étaient publiées les paroles de tous les succès américains de l’heure. J’achetais cette revue et j’apprenais consciencieusement les paroles de mes chansons favorites, bien plus, je m’efforçais de les traduire pour savoir au moins de quoi ça parlait! Si bien que je sais encore par cœur plusieurs de ces vieilles mélodies. J’ai appris plus d’anglais de cette façon qu’avec les cours que nous avions au couvent. J’avais une préférence pour les chansons sentimentales, comme celles des Platters, de Dean Martin et de Connie Francis. Ces musiques de « mon époque » me suivent toujours. Je les ai écoutées sur disque, puis sur cassette et maintenant, je les écoute sur CD.

Aujourd’hui, les jeunes ont des écouteurs sur les oreilles pour entendre leur musique… à mon époque, nous cassions les oreilles de nos parents avec nos disques que nous faisions tourner en augmentant le volume selon le degré d’appréciation de la chanson. Les disques « 33 tours » coûtaient plus cher, alors nous nous contentions le plus souvent des petits « 45 tours » que nous écoutions tour à tour, en recommençant trois, quatre fois, sans pitié pour les membres de la famille qui avaient bien hâte que ça finisse! Un de mes grands frères avait acheté un tourne-disque portatif et des disques à la mode. Cet été-là, parfois le soir, nous sortions l’appareil sur la galerie et nous écoutions la musique dehors, c’était tellement plus beau! Il m’arrive de réentendre ces vieilles chansons, That’s Amore ou Tennessee Waltz. Alors, je me revois sur la galerie chez nous avec quelques-uns de mes frères, le ciel est tout plein d’étoiles, on boit un verre de liqueur ou de Kool-Aid, peu importe, sur le tourne-disque, une chanson en anglais joue, on chante en même temps et on s’amuse à changer les paroles… on rit! Quelle belle soirée!

© Madeleine Genest Bouillé, avril 2015