Vous souvenez-vous?

IMG_20160708_00091978 :
C’était le jour de l’Action de Grâces. Nous étions rassemblés au Vieux Presbytère avec la famille de mon mari pour notre fête annuelle, quand un vent « à écorner les bœufs », c’est le cas de le dire, s’est levé. La demeure de mon beau-frère Jean-Marie était entourée de beaux grands peupliers… Lorsqu’il est revenu chez lui avec sa famille après la fête, quelle ne fut pas sa surprise quand il s’aperçut que trois des peupliers étaient couchés  au sol, déracinés. Cette année- là, Dame Nature avait fêté trop fort le congé de l’Action de Grâces!

IMG_20160708_00081983 :
Le verglas du 3 décembre 1983. Il y en a eu des verglas, mais comme celui-là, je crois que je n’en ai jamais vu. Même pas lors de celui de 1998. Regardez bien la photo, vous remarquerez l’épaisseur de la couche de verglas sur les branches. Nos pauvres arbres  avaient l’air piteux, leurs branches alourdies traînant jusqu’à terre… Les enfants étaient heureux : ils avaient eu congé d’école deux jours si je me souviens bien.

IMG_20160708_00061984 :
C’était l’année de « Québec, Mer et Monde ». De nombreux et magnifiques voiliers étaient venus d’un peu partout. Certains avaient remonté le fleuve jusqu’à Montréal. Au Vieux Presbytère, on présentait une exposition sur le fleuve, avec une maquette artisanale représentant le fleuve devant notre village. C’était fabriqué avec les moyens du bord, comme on faisait dans le temps, mais c’était quand même captivant, autant pour les gens d’ici que ceux d’ailleurs qui s’intéressaient à la vie maritime. Ce voilier, installé sur le terre-plein à l’entrée est du village, avait été fabriqué par M. Guy Savard, un marin retraité qui vivait alors à Deschambault.

IMG_20160708_00111990 :
Si on prenait aujourd’hui la même photo que celle de ce crépuscule automnal sur le bord de la côte longeant le fleuve, pas loin de chez nous, on chercherait en vain les beaux ormes qui faisait l’orgueil de cette portion du Chemin du Roy. D’autres arbres ont poussé depuis, mais ils n’ont pas la même majesté que ces ormes qui jadis étaient nombreux dans nos campagnes.

IMG_20160708_00021993 :
J’aime bien cette photo d’une citrouille d’Halloween décorée d’un chapeau de neige. C’était le premier jour de novembre et on s’était réveillés dans un paysage tout blanc! Pourtant, la veille, un  dimanche, il faisait beau et on avait reçu plusieurs petits monstres.  Cette année-là nous avions fêté l’Halloween le samedi 30 octobre, au Moulin de La Chevrotière… un endroit sans aucun doute visité par les fantômes, enfin c’est ce que nous avions fait croire à ceux qui étaient venus fêter avec nous!

IMG_20160708_00041996 :
C’était durant l’été. Les débordements climatiques qu’on vit maintenant, nous inquiètent.  Mais ça fait déjà plusieurs années que la nature a commencé à manifester sa colère par des actions brutales…Vous souvenez-vous des orages et des coups de pluie de l’été 1996? Le 20 juillet, alors qu’au Saguenay c’était le déluge, ici, la tente, plantée sur le cap Lauzon pour le rassemblement des familles Naud avait failli être emportée par le vent. Et ce même été, je ne me rappelle malheureusement plus la date, lors d’un autre orage mémorable, le gros érable sur le bord du cap Lauzon avait été jeté par terre par un fort coup de vent, comme vous pouvez le constater sur cette photo qui a été prise quelques minutes à peine après l’incident.

IMG_20160708_00122000 :
Un beau souvenir! Au début d’août 2000, c’était notre tour d’accueillir le traditionnel Festival des Pompiers de la région de Portneuf. Comme plusieurs autres citoyens de Deschambault, nous avions décoré la maison pour l’occasion. Entourés des membres de la famille, nous avions regardé défiler la parade des beaux camions rouges. Je me souviens que la petite dernière, Clémence, qui avait juste un an à cette époque, n’avait pas  bronché, alors que les camions faisaient retentir leurs plus tonitruants klaxons et que les valeureux pompiers jetaient des poignées de bonbons aux enfants. C’était tout une fête!

À bientôt pour d’autres images commentées!

© Madeleine Genest Bouillé, 10 juillet 2016

Reflets

Arbres, maisons, reflets verts, bleus, blancs,

Jeux d’eau calme, miroir déformant…

Graffitis roses sur la pierre des rochers

En désordre,  sur la grève éparpillés…

Envers du ciel, envers du décor

Dessin qui s’effiloche sur les bords.

Reflet changeant qui vient mourir à nos pieds,

Dans un soupir à peine exhalé.

Au gré de la lumière… au gré du vent,

Avec la marée qui monte ou qui descend.

 

© Madeleine Genest Bouillé, 8 juillet 2016

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Un bracelet de coquillages…

photos jacmado 080806 234J’ai un bracelet fait de coquillages, collés sur des plaques de bois. C’est un bijou sans prétention, mais je l’aime beaucoup. Il me rappelle un voyage en Estrie avec mon petit frère Roger et son épouse Diane en 2010. J’avais acheté ce bijou au Marché de la gare de Sherbrooke. Il faut dire qu’en voyage, Diane et moi aimions particulièrement faire le tour des étalages de « souvenirs ». Je me souviens qu’au cours de ce périple dans les Cantons de l’Est, on avait fait presqu’autant de « millage » que lorsqu’on descend dans le Bas du Fleuve. C’est qu’il y en a des choses à voir! Des vieux moulins, des vignobles, des boutiques d’antiquités et plein d’autres endroits tous plus attirants les uns que les autres, sans oublier les arrêts gourmands, tels, celui « obligé » à la Crémerie Coaticook! Pour en revenir à mon bracelet, je le porte quand vient l’été, tout comme les autres bijoux achetés au cours de nos voyages en Gaspésie ou ailleurs, voyages que nous avons souvent faits ensemble.

Comme on dit, « on s’adonnait » bien pour voyager. On se rencontrait à l’avance pour consulter le Guide touristique de la région que nous désirions découvrir ou revoir. On choisissait les endroits où nous devions  passer la nuit, on ciblait les lieux à visiter; on faisait aussi une liste des choses à apporter. Quand on devait passer quelques jours au même endroit, on réservait un petit chalet avec cuisinette, où l’on pouvait faire notre déjeuner et, à l’occasion, cuisiner un souper avec des produits locaux. En prévision de ces agapes de vacances, Diane préparait consciencieusement les accessoires nécessaires; pour ce faire, elle avait une liste, longue comme d’ici à demain! Il y avait tout là-dessus, sans oublier surtout ses petites salières de voyage. Ah! Les petites salières! Je crois qu’elles l’ont suivie partout où elle est allée. C’est justement au cours d’un de nos derniers voyages que Diane a lancé l’idée que j’écrive l’histoire de nos voyages, mais racontée par les petites salières. Il y a de cela quatre ou cinq ans et, pardon Diane, je ne l’ai pas encore fait!

Vacances 2012 139On a sillonné les routes du Québec ensemble à plusieurs reprises, peut-être une quinzaine de fois. La Gaspésie, nous en avons fait le tour ensemble à l’endroit et à l’envers huit fois! Il y avait des incontournables : la visite des Jardins de Métis, un arrêt dans le petit village de Métis-sur-Mer,  pour faire une promenade à pied le long de la rue qui longe le fleuve, afin d’admirer les belles maisons d’été des écossais. On avait nos haltes routières préférées : celle du Bic, celle de Cap-Chat, où l’on découvre la forêt d’éoliennes, et la dernière, quand on fait le voyage à l’aller par le côté nord, celle de St-Maurice de l’Échourie. Nous faisions des pauses aussi à Mont Saint-Pierre, au phare de Cap-des-Rosiers, et quelquefois  tout simplement sur le bas-côté de la route, quand elle longe le bord de mer et qu’on disait : « Enfin! On est en Gaspésie… Ah! Que les vagues sont belles! »

2011-08-21 377Nous avons quelquefois fait l’aller en passant par la Vallée et sinon, c’était au retour. Mais que ce soit l’une ou l’autre option, nous arrêtions toujours à la halte du Lac Matapédia, où on en profitait pour se tremper les pieds. Pour varier, quelquefois, nous sommes revenus par la route du Parc de la Gaspésie; une belle route qui serpente entre d’imposantes montagnes, dont certaines, même en août, gardent un petit chapeau de neige. Une belle route quand même, empruntée surtout par les camionneurs. On y entre à New-Richmond et on en sort à Ste-Anne-des-Monts, où il convient d’arrêter dîner à la Poissonnerie du Quai, pour nous remettre de nos émotions! Sur le chemin du retour, il y avait là aussi un arrêt, quasi obligatoire : la boutique « M’sieu l’Agate » à Ste-Flavie. J’ai plusieurs petits souvenirs qui proviennent de cet endroit. À chaque arrêt, on y achetait aussi un pot d’herbes salées du bas du fleuve… Elles étaient sûrement meilleures, achetées en Gaspésie!

photos jacmado 270809 266Mais que ce soit par le nord ou par le sud, le tour de la Gaspésie nous mène à Percé. Et que voit-on tout à coup? Le Rocher Percé! Qu’on l’aborde par la route du Pic de l’Aurore ou par la Côte Surprise, c’est toujours un choc! Après tant de voyages dans cette région unique du Québec, je vous le confirme, on ne reste jamais indifférent à ce paysage  incomparable. Nous y voilà donc! On retrouve le petit chalet qu’on a réservé et on se repose d’abord un brin. Si la journée est encore jeune, que faisons-nous? Les hommes s’attardent un peu, tandis que nous commençons notre tournée des boutiques de souvenirs!  On convient de se rencontrer pas loin du quai, et on revient par la promenade (laquelle est maintenant pas mal amochée d’après ce que j’en sais). Avec quelle ardeur, Diane et moi, faisions la tournée des magasins! On achetait quelques petites choses ici et là : des bibelots en coquillages, des agates, en pendentif ou en bracelet; on ne va pas en Gaspésie sans revenir avec des agates! Ce voyage est devenu comme une sorte de pèlerinage. Parmi nos sites préférés, il y avait la visite de la grotte où depuis je ne sais combien d’années, deux statues, La Vierge Marie et Bernadette Soubirous, se font face. Dans ce lieu, le silence n’est brisé que par le bruit de l’eau qui tombe de très haut dans  un large bassin où les gens laissent tomber des sous… pour obtenir des faveurs? Je ne sais… Mais cet endroit est fascinant!

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Il faudrait  bien que j’en revienne, me direz-vous! Bon, d’accord, me voici chez moi. Et tenez, le bateau en bois dans le coin au-dessus de la télévision, c’est un souvenir de notre premier voyage en Gaspésie avec Diane et Roger, en 1971. À l’époque, il y avait encore des enfants qui vendaient ces petits bateaux sur le bord de la route. Je regarde l’heure sur mon horloge avec une bordure de coquillages; c’est pourtant vrai, nous étions ensemble quand je l’ai choisie à Percé.  Et cette petite goélette en bois, achetée à Saint-Joseph-de-la-Rive… ça, c’était lors de notre voyage en 2004. Vers la fin de l’été, je vais changer mon carillon dans l’entrée, je vais suspendre celui où il y a une outarde qui a toujours l’air de vouloir s’envoler! J’avais acheté ce carillon à Knowlton, lors du voyage en Estrie de 2010…  Et bien sûr, mon bracelet de coquillages est là lui aussi pour me remémorer tous ces voyages de quatre, cinq ou six jours avec Diane et Roger.

Diane est partie pour un plus grand voyage; cette fois, elle voyage seule… Je ne peux que lui souhaiter d’y trouver le repos, la paix!

© Madeleine Genest Bouillé, 6 juillet 2016

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La maison de nos gens

Relais de poste datant du début du 18e siècle, avant sa restauration au début des années 2000.

Relais de poste datant de 1735, avant sa restauration en 2004-2005.

Il y en avait de plus grandes;
Il n’y en avait pas de plus hospitalières…
Il y en avait d’une parure plus opulente;
Il n’y en avait de meilleure à voir…

Je ferme les yeux et je la revois encore :
La maison de nos gens, blanche,
Dans la lumière, sur le chemin du roi…

 Chez nous, Adjutor Rivard, 1914

Ancienne maison du percepteur des rentes seigneuriales, rue de Chavigny (photo: coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Ancienne maison du percepteur des rentes seigneuriales, datant de 1822, rue de Chavigny.

Je ne savais pas quoi lire… plusieurs livres attendaient que je veuille bien découvrir ce qu’ils avaient à dire… Nul ne me tentait. Comme on écoute avec nostalgie les chansons de notre jeunesse, on a parfois le goût de relire un vieux livre qu’on a aimé et dont on connaît des grands bouts par cœur. J’ai donc choisi un très vieux bouquin, un prix de fin d’année, reçu lorsque j’étais étudiante au couvent: Chez nous, d’Adjutor Rivard, un auteur québécois qui a écrit ce livre en 1914.  Je ne sais même pas combien de fois je l’ai relu. C’est bien écrit. Avec de belles expressions bien de chez nous! Le premier chapitre, La Maison, nous l’avions étudié durant le cours de français, je ne sais plus en quelle année. J’en avais mémorisé plusieurs passages. En le relisant, ça m’a donné l’idée de savoir combien il peut y avoir de vieilles maisons  à Deschambault. J’ai donc fait le tour de mon patelin, de mémoire.

Ancienne "salle des habitants" construite dit-on avec le bois de la 1ère église vers 1840 (crédit photo: Patrick Bouillé, coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Ancienne « salle des habitants » construite dit-on avec le bois de la 1ère église vers 1840 (crédit photo: Patrick Bouillé).

En 1963, à l’occasion du 250e anniversaire de la paroisse, on avait publié un feuillet sur lequel figurait la liste des résidents de Deschambault en 1890-1900, versus 1963.  Évidemment, la liste de 1963 contient beaucoup plus de noms, du fait que beaucoup de nouvelles maisons ont été bâties. Par contre, à certains endroits, comme dans les rangs, il n’y a plus de maisons sur une portion de route, alors qu’il y en avait autrefois. Ce feuillet en mains, j’ai donc tenté de refaire une liste des maisons centenaires et plus, « encore debout ». Certaines des maisons mentionnées en 1890-1900 ne sont plus là, d’autres les ont remplacées.

Maison de la veuve Grolo, datant de l'ouverture des registres de Deschambault, en 1713, à l'est du village (crédit photo: Patrick Bouillé, coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Maison de la veuve Grolo, datant de l’ouverture des registres de Deschambault, en 1713, à l’est du village (crédit photo: Patrick Bouillé).

Après avoir repassé la municipalité d’est en ouest et du sud au nord (territoire de l’ancienne municipalité de Deschambault, avant la fusion avec Grondines en 2002), j’en suis arrivée à trouver une centaine de maisons de cent ans et plus, ça peut même aller jusqu’à deux cents ans pour certaines constructions, et ce, dans ce qu’il est convenu d’appeler le « premier rang », avec le village. Dans les deuxième, troisième rangs et Lachevrotière,  j’en ai compté une quarantaine. J’ai fait ce travail par plaisir, je ne suis pas spécialiste dans ce domaine, mes chiffres sont donc approximatifs. Ensuite, j’ai tenté  de recenser les maisons construites avant 1760, durant le Régime Français, cette tâche étant pas mal plus ardue, je ne suis certaine que d’une dizaine de maisons. Il peut y en avoir plus. Chose certaine, quand on dit que Deschambault a su conserver son visage d’antan, il faut convenir qu’un bon nombre de ces témoins d’autrefois que sont nos vieilles demeures, se dressent encore fièrement sur le Chemin du Roy et sur nos routes de campagne.

Maison de Louis-Joseph Bouillé, probablement la 2e maison construite sur la terre ancestrale, sur le chemin du Roy (photo: coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Maison de Louis-Joseph Bouillé, construite sur la terre ancestrale, sur le chemin du Roy.

En regardant la liste des résidents de Deschambault entre 1890 et 1900, ce qui m’a frappée, c’est le nombre de vieilles familles dont il ne reste pas de survivants chez nous; les Boudreau, Proulx, Rodrigue, Courteau, Rousseau, Thibodeau, Bélisle, Raymond,  Guillemette, Beaucage, et combien d’autres. Par contre, on trouve encore un grand nombre de résidents actuels dont les familles étaient établies ici il y a cent cinquante ans ou plus, ce qui démontre que la population locale est quand même assez sédentaire. Pour le cas où les descendants n’occupent plus le bien ancestral, ils demeurent quand même  dans la municipalité. Il est important de mentionner que plusieurs familles occupent toujours le « vieux bien » de leurs ancêtres.

Maison Delisle, reconstruite vers 1765 et appartenant à la même famille depuis ce temps (crédit photo: Patrick Bouillé).

Maison Delisle, datant de 1765 et appartenant à la même famille depuis (crédit photo: Patrick Bouillé).

Les prénoms, ça vous intéresse? Les propriétaires étant surtout des hommes à cette époque, j’ai peu d’échantillons de prénoms féminins à la mode en 1890. Chez les hommes, donc, la faveur allaient aux Joseph, Damase, Delphis, Charles, Zéphir ou Zéphirin, Narcisse, Olivier, Alfred, Hercule, Elzéar, Télesphore, Zénophile, Nérée, Trefflé… Les prénoms les plus rares : Thurief, Marseille, Théotime, Sinaï, Alyre, Isaraël, Fortunat, Philias, Lydéric… Si vous attendez un bébé et que vous cherchez un prénom hors du commun, vous  avez le choix!

Maison Paquin, 1816, dans le 2e Rang (crédit photo: Patrick Bouillé).

Maison Paquin, 1816, dans le 2e Rang (crédit photo: Patrick Bouillé).

Pour terminer en souriant ce texte à saveur historique, j’ai trouvé dans ma liste un certain John West et un Édouard East. Il ne manquait qu’un M. North et un M. South, pour que le tour d’horizon soit complet! J’espère que mon « tour de Deschambault » vous a plu, pour ma part, j’y ai pris grand plaisir!

© Madeleine Genest Bouillé, 1er juillet 2016

N.B. Toutes les photographies sont issues de ma collection (© collection privée Madeleine Genest Bouillé).

(Rédigé à partir d’un article paru dans le journal Le Phare en 1995.)

cal.anc.2012 003Photo de couverture: la rue de Chavigny avec au premier plan la maison sise au # 103, datant de 1736, puis la maison connue comme étant celle du peintre Georges St-Pierre  et enfin, à l’arrière-plan, le moulin de La Chevrotière de 1802 (source photo: Centre d’archives régional de Portneuf).

C’est pourtant pas si loin…

Les années 60, 70 et même 80, quand on lit les journaux, c’est souvent comme si c’était « autrefois »! J’ai un album de photos qui, tout en n’étant pas récentes, ne me semblent pas si vieilles, et pourtant…Chaussée Germain 1965

1965 :
Voici la chaussée au pont sur la rivière Belle-Isle, dans la rue Saint-Laurent. C’était au printemps, après la fonte des neiges, quand l’eau est abondante… Si vous passez  maintenant, vous allez trouver qu’elle a bien changé notre belle chute.

1966 :
Lac Vert 1966On l’appelle le lac Vert! Quand on allait pique-niquer sur les bords de ce lac, qui est une ancienne carrière de pierre, c’était un endroit calme, peu fréquenté. On avait l’impression d’être ailleurs… Quand on parlait fort ou qu’on riait, il y avait de l’écho, comme si les sons, en résonnant sur la pierre de l’autre côté du lac, nous revenaient. C’était un endroit étrange… mais tellement paisible!

Goelette Mont-Laurier 19671967 :
La goélette « Mont Laurier », qui remontait le fleuve, à la hauteur du quai. Il en passait tous les jours, de ces petits bateaux, qui transportaient  « de la pitoune » ou d’autres marchandises. À la fin des années 50, il y avait une émission à la télévision qui s’appelait Cap-aux-Sorciers. C’était l’histoire d’une famille qui vivait dans un petit village de la région de Charlevoix. Le grand-père possédait une goélette et durant la saison de la navigation, toute la famille travaillait sur le bateau.  Comme on aimait cette belle histoire, mon amie Francine et moi ! On rêvait de cette vie sur l’eau pendant la belle saison, et bien au chaud dans la maison, en hiver. C’était le rêve! Il n’y a pas encore 50 ans de cela et les goélettes n’existent plus que sur les photos, ou dans des musées.

Hotel de la Ferme 19781978 :
L’Hôtel de la Ferme. En août, on avait fêté le 60e anniversaire de fondation de la Station de Recherches agricoles (anciennement la Ferme-École provinciale). On dit que ce bel édifice, qui a été démoli comme plusieurs autres d’ailleurs, avait été construit sur les fondations du premier manoir seigneurial de La Gorgendière. L’hôtel hébergeait les travailleurs et plus tard, on y a aménagé un logement pour une famille. Et que dire des parterres! Ils n’avaient pas leur pareil dans tout Deschambault!

Bâtisses 19781978 :
Cette photo prise du fleuve montre quelques-uns des bâtiments de la Ferme, lesquels se mirent dans l’eau calme…  Un peu plus à l’ouest que la photo, il y avait une grande bâtisse en tôle, dans laquelle il n’y eut pas que des machines agricoles ou du foin. Ce grand hangar a servi de salle de spectacle, tout d’abord en 1963, lors de la présentation d’un « pageant » historique sur l’histoire de Deschambault, puis en 1978, on y a présenté une comédie intitulée Coup de Foudre, justement pour rappeler la vocation artistique occasionnelle de cette bâtisse. En 1978 tout comme en 1963, les spectacles présentés avaient fait salle comble.

cap 19831983 :
Une photo prise en automne, il vente sûrement du nordet, à voir les vagues sur le fleuve… Le cap Lauzon, vu du quai. Qu’y a-t-il de changé? D’abord il y a moins d’arbres et l’escalier n’est pas construit. Pour ceux qui n’habitent Deschambault que depuis la fin des années 90, ou depuis moins longtemps encore, le cap Lauzon n’était pas encore aménagé, il n’y avait ni kiosque, ni escalier… Mais l’endroit était aussi fréquenté que maintenant. L’histoire d’amour entre les gens d’ici et le cap, c’est une vieille et très belle histoire!

rue église 19851985 :
La rue de l’église dans les premières années du Comité d’Embellissement. Quelques très jeunes arbres poussent au centre du terre-plein, en face du bureau de poste, tandis que la grande plate-bande en face de la Caisse Populaire se contente d’une bordure fleurs, choisies avec un soin particulier… Vous avez remarqué? Peut-être pas… mais sur la photo, il y a des poteaux et des fils électriques. L’enfouissement des fils électriques date du début des années 2000.

Vraiment, il n’y a pas si longtemps, c’était juste hier…

© Madeleine Genest Bouillé, 28 juin 2016

N. B. Toutes les photos proviennent de ma collection (© coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Un petit papillon « arc-en-ciel »

Un dimanche matin, où il faisait très beau, ayant le goût de « m’endimancher », j’avais épinglé sur le revers de ma veste un bijou qui date de 1952. Un papillon doré avec des ailes émaillées aux couleurs de l’arc-en-ciel et dont le corps est fait de pierres turquoise. Je ne connais pas la valeur de cette broche, mais même après 64 ans, elle est toujours aussi jolie! J’ai reçu ce bijou en 1996, après le décès de ma « presque sœur », Marie-Paule Laplante.

Moi et ma "grande soeur" Marie-Paule, 1946 (photo: coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Moi et ma « presque sœur » Marie-Paule, 1946 (photo: coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Si vous suivez  « mon grain de sel » depuis les débuts en mars 2015, vous savez que j’ai  vécu une bonne partie de mon enfance dans la famille Laplante. À la naissance du huitième bébé de ma mère, ma grand-mère qui me trouvait pas mal plus « tannante » que mes frères, avait aimablement suggéré à ces amis de la famille, déjà parrain et marraine d’un de mes frères, de me garder le temps des relevailles de maman. Ce qu’ils acceptèrent avec autant de joie que de générosité. Puis, il y eut le neuvième bébé, puis le dixième. Maman en avait plein les bras… et ma sœur aînée n’avait pas encore 15 ans! Les Laplante aimaient les enfants; n’ayant eu qu’une fille, il y avait donc toujours place dans leur maison pour les enfants des autres. Ainsi ils trouvaient de plus en plus de bonnes raisons pour me garder chaque fois un peu plus longtemps. Jusqu’au déménagement de ma famille dans la rue Johnson en 1949, alors que je commençais à aller au couvent et que c’était plus pratique pour moi de demeurer au cœur du village au moins pendant l’année scolaire.

Aurore et Lauréat, n’ayant pas encore d’enfant après quelques années de mariage, se tournèrent vers l’adoption. Les crèches étaient pleines de bébés, orphelins de mère, ou  abandonnés pour une raison ou pour une autre. À cette époque, l’adoption de ces enfants en bas âge était facile. Généralement, dans le cas des mères célibataires, on leur avait fait signer un papier où elles renonçaient à connaître leur enfant, et acceptaient à l’avance  qu’il soit un jour adopté par une famille. Il ne faut pas jeter trop vite la pierre à ces jeunes femmes, qui souvent avaient cru aux déclarations d’amour d’un beau parleur… parfois déjà marié, et qui  disparaissait très vite quand la situation devenait compromettante.

Quand Marie-Paule est arrivée dans la vieille maison des Thibodeau – la famille d’Aurore – la grand-mère Élise Thibodeau vivait encore. Ils étaient donc trois adultes pour choyer cette solide petite fille aux cheveux et aux yeux bruns. Déjà, cette maison accueillait des pensionnaires de toutes sortes : les travailleurs de la construction du chemin de fer, des  filles « engagères »,  comme on disait,  pour désigner les demoiselles qui étaient engagées comme bonnes ou pour un autre travail. Il y avait aussi des enfants qui, demeurant à l’extérieur du village, voulaient continuer leurs  études  au couvent ou à l’école « des grands », ou ceux qui pensionnaient le temps de « marcher au catéchisme ». Du temps où j’étais chez les Laplante, il y a eu aussi quelques orphelins qui ont été hébergés, le temps que le père, veuf,  puisse se « revirer de bord », selon l’expression en usage quand quelqu’un devait s’adapter très vite aux nouvelles circonstances de la vie.

Marie-Paule était une personne de bonne humeur, qui aimait s’entourer d’amis, garçons et filles. Après ses études au couvent, où en plus de son diplôme de fin d’études, elle avait obtenu le diplôme de sténo-dactylo, elle pouvait alors postuler pour un emploi de secrétaire. Mais presqu’en même temps, le central du téléphone étant installé chez le deuxième voisin, on cherchait une « opératrice ».  Marie-Paule suivit alors un court stage  avant de débuter dans ce métier, qu’elle a exercé jusqu’à son mariage en 1951.

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Moi à 4 ans… avec mes jambes croches! (Photo: coll. privée Madeleine Genest Bouillé)

Marie-Paule était adroite en tout… ou presque! Elle était habile couturière, bonne cuisinière, et elle ne dédaignait pas au besoin d’user de la scie et du marteau.  Elle avait comme maxime préférée : « Si j’ai les bons outils, pourquoi ne serais-je pas capable de faire du bon travail! » C’était une femme à l’esprit pratique, elle était ordonnée et ne voulait surtout pas dépendre de quelqu’un d’autre. Elle pouvait démontrer une grande patience, en autant qu’elle était certaine d’atteindre son but. J’ai comme souvenir les efforts qu’elle a déployés, dans les premières années où je me « faisais garder » chez elle, pour redresser mes jambes qui étaient vraiment croches… j’ai d’ailleurs une photo où c’est bien visible! Elle me faisait faire des exercices et me montrait à marcher comme Charlie Chaplin, en me plaçant les pieds tournés vers l’extérieur. Pour ne pas me rebuter avec ces exercices, elle en avait fait une sorte de jeu.

Après son mariage, elle est allée demeurer à Trois-Rivières… je me souviens de ce petit appartement, un troisième étage sur la rue Bonaventure, juste en face du poste de radio CHLN, où Jean-Louis et Marie-Paule sont demeurés plusieurs années. Plus tard, ils ont emménagé sur la même rue, mais dans un logement plus grand, où ils ont accueilli   Aurore, quand celle-ci a « cassé maison », comme on disait alors. Et un dernier déménagement les a conduits sur la rue Royale, où la « santé de fer » de Marie-Paule a commencé à décliner alors qu’en 1993, elle apprit qu’elle était atteinte de la SLA. Elle est décédée de cette terrible maladie le 22 juin 1996.

Après le décès de son épouse, Jean- Louis m’avait donné la plupart de ses bijoux. Comme elle ne jetait jamais rien, certains joyaux dataient du temps où elle était jeune. J’ai gardé tous les bijoux anciens qui me rappelaient de beaux souvenirs, alors que, toute petite, je m’amusais à fouiller dans ce que j’appelais le « coffre au trésor ». Parmi les trésors que contient ce coffre,  « le papillon  arc-en-ciel »  est sans contredit celui que je préfère.  C’est une broche délicate, colorée, un bijou fait pour l’été! Et il me rappelle en plus une femme qui a compté beaucoup pour moi dans ma jeunesse.

À bientôt pour d’autres  souvenirs…

© Madeleine Genest Bouillé, 23 juin 2016

Saint-Jean ou solstice, c’est la Fête!

Une vieille chanson de folklore me tourne dans la tête en ces jours de fin juin et de début d’été… Saint-Jean ou solstice, avec pleine lune d’été en prime, de toute façon, c’est la Fête! Le refrain se chante allègrement :

 « Va, mon ami, va, la lune se lève
Va, mon ami, va, la lune s’en va! »

Tandis que les couplets disent :

« Voici la Saint-Jean, faites la veillée
Vos promis seront tous à l’assemblée… »

 « Le tien n’y est pas, j’en suis désolée
Il est à Paris ou dans la Vendée… »

Qu’apportera-t-il à sa bien-aimée?
Et la bague d’or et la robe blanche. »

Spectacle pour enfants, St-Jean 2015.

Spectacle pour enfants, St-Jean 2015.

Depuis toujours, à ce que j’en sais, la fin des classes et la Saint-Jean, ça va de pair. Quelques jours après le solstice, c’est vraiment la fête du début de l’été. Quand mes enfants étaient étudiants, ils se faisaient une fête de brûler leurs cahiers d’école à la Saint-Jean… enfin c’était ce qu’ils se promettaient chaque année. L’ont-ils fait? Je n’en suis pas certaine. De mon temps, on ne nous aurait pas permis de brûler nos cahiers, d’en faire un feu de joie! Surtout que tant qu’il restait des pages blanches, ça pouvait toujours être utilisé comme cahier de brouillon. Mais, par contre, avec quelle joie on garrochait notre sac d’école au fond d’une armoire, quand ce n’était pas tout simplement en dessous du lit!

Papa qui joue au fermier... sur la faucheuse du voisin.

Papa qui joue au fermier… sur la faucheuse du voisin.

Au solstice d’été jusqu’après la Saint-Jean, je dirais que non seulement il est permis de redevenir jeune et insouciant, mais que pour notre santé mentale, ça s’impose! Chez nous, du temps où mon père travaillait à Montréal, la Fête des Pères passait tout droit, papa n’étant presque jamais à la maison en ce jour. Mais dès le début de juin, Maman nous disait « Votre père va venir à la Saint-Jean… il a son congé. » À l’époque, il y avait moins de congés que maintenant. Cette fête était donc pour nous encore plus importante,  puisque papa y était! Comme on avait hâte à ce jour qui marquait le début de l’été, des vacances! Juste le mot « vacances »… c’est rempli de soleil, de musique, d’éclats de rire! C’est un mot chargé de plaisirs anticipés. Des matins où rien ne nous oblige à nous lever tôt, mais où on se lève quand même, pour avoir encore plus de temps pour jouer. Et les soirées où l’on veille dehors bien après que la noirceur est tombée! Ces mots : « Saint-Jean », sont comme les deux notes d’une cloche qui résonne joyeusement!

IMG_20160621_0001Il n’y avait pas au temps de notre jeunesse de festivités comme on en connaît maintenant. Il arrivait qu’on fasse un feu sur la grève le 24 juin. En 1964, au lendemain de la Saint-Jean, nous descendions en Gaspésie pour notre voyage de noces. Dans les villages tout le long du fleuve, il y avait des vestiges de feux de bois sur la grève… C’était d’ailleurs une coutume dont Félix Leclerc a parlé dans l’un de ses premiers livres, Adagio. Il raconte que « le feu sur la grève, c’est la Patrie… que plus on dit dans les écoles que le Québec est la plus belle place au monde, plus le feu est haut. Plus les enfants sont fiers de parler le français, plus le feu est clair. Un feu, tout dépend ce qu’on met dessus… il ne faut pas dire qu’on n’est bon à rien, ça éteindrait le feu. Faut rire, chanter, danser, écrire, peindre, s’amuser dans notre langue, le français; ça c’est de belles brassées de bouleau dans le feu. Un beau concert, une belle terre, une belle messe bien chantée, ça c’est des grosses bûches de merisier dans le feu. Ça réchauffe, ça brille, ça protège, ça conserve.  Tant qu’il y aura de ça, il y a pas de soin, il y aura une Patrie sur la grève! »

Il écrivait bien Félix, il savait dire les choses. Il savait nous faire aimer notre langue, notre patrie. Justement dans ce texte, « Le feu sur la grève », il terminait avec ceci : « Comme mon père m’avait dit de te dire, écoute bien : Quand on prend des exemples de courage, de ténacité, chez les ancêtres d’il y a deux ou trois siècles, c’est pour se souvenir qu’on a possédé des valeurs héroïques, mais c’est aussi pour admirer, encourager ceux d’aujourd’hui qui possèdent sans le savoir absolument les mêmes dons que leurs aïeux…. Parle des ancêtres à tes enfants! »

Bonne Saint-Jean à vous tous et toutes!

© Madeleine Genest Bouillé, 21 juin 2016

Spectacle de la St-Jean, 1976 (Musée virtuel du 300e, Culture et patrimoine Deschambault-Grondiens).

Spectacle de la St-Jean, 1976 (Musée virtuel du 300e, Culture et patrimoine Deschambault-Grondiens).

La Saint-Jean-Baptiste, d’hier à aujourd’hui

Au Québec, on fête saint Jean-Baptiste depuis très longtemps. Déjà en 1834, le 24 juin avait été déclaré fête des Canadiens-Français. Au Québec, c’est devenu un jour férié en 1920. Et le gouvernement du Parti Québécois de René Lévesque a décrété le 24 juin « Fête Nationale des Québécois » en 1977. Depuis 1984, le Mouvement National des Québécois  est l’instigateur  de la Fête nationale du 24 juin… Dans tout ça, qu’a-t-on fait de saint Jean-Baptiste, le précurseur de la venue du Messie, dont c’est d’abord la fête?

Parade de la Saint-Jean-Baptiste, Deschambault, 1955 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé)

Parade de la Saint-Jean-Baptiste, Deschambault, 1955 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé)

La fête de la Saint-Jean chez nous, c’est une longue tradition. Quand nous étions enfants, je me souviens qu’à quelques reprises, la fanfare du Royal 22e Régiment venait nous offrir un concert sur le perron de l’église. Tout un spectacle! Il y en avait du monde, surtout que c’était gratuit. Je me rappelle qu’une fois – peut-être parce qu’il pleuvait –  nous étions allés entendre la célèbre fanfare au Garage Gauthier (aujourd’hui la caserne des pompiers). Je me suis toujours demandée ce qu’on avait fait des autobus… ça ne se plie pas facilement dans un coin! Ces événements étaient organisés par la Société Saint-Jean-Baptiste, organisme qui était alors très actif à Deschambault. Il y a eu pendant quelques années une parade qui avait lieu au cœur du village, la photo reproduite ici date de 1955; le char allégorique avec un petit saint Jean-Baptiste aux longs cheveux blonds, était stationné entre le cimetière et l’église en attendant le moment du départ. Vers la fin des années 50, il y eut entente entre les différentes localités dotées d’un conseil de la SSJB à l’effet que la parade aurait lieu chaque année dans une paroisse différente. C’est pourquoi vous pouvez voir la photo du char allégorique de Deschambault en 1968, alors que la parade avait lieu à Portneuf. Ce char représentait la chasse aux canards, avec le phare de l’Îlot Richelieu.  Il avait été fabriqué par mes frères et leurs amis; on reconnaît le conducteur, Denis Trottier.

Char allégorique de la parade de la Saint-Jean-Baptiste, Portneuf, 1968 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé)

Char allégorique de la parade de la Saint-Jean-Baptiste, Portneuf, 1968 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé)

Déjeuner des Fermières au Vieux Presbytère, 1980 (coll. privée, Madeleine Genest Bouillé).

Déjeuner des Fermières au Vieux Presbytère, 1980 (coll. privée, Madeleine Genest Bouillé).

Dans les années 70, la Société du Vieux Presbytère a commencé à s’impliquer dans l’organisation des fêtes de la Saint-Jean. En 1976, les Fermières ont eu l’idée d’offrir le déjeuner, à l’intérieur du Vieux Presbytère – il y avait aussi des tables dehors, entre les murets de pierre. Ce déjeuner qui avait lieu juste avant la messe est devenu l’une des activités les plus prisées du 24 juin. Surtout que c’était suivi de la Criée… autre activité  qui devint vite très populaire. Il faut dire que les organisateurs, et surtout le crieur, en  mettaient plein la vue, et plein le perron de l’église! Un petit cochon pouvait aller chercher un très bon prix! Et que dire du pain en forme de fleur de lys, de la tarte aux pommes ou du sucre à la crème. Parmi les amateurs de la Criée, certains s’amusaient à faire monter les enchères. C’était devenu un spectacle à ne pas manquer! À la création du Comité de Coordination des Loisirs en 1978, on forma un comité de la Fête Nationale avec un représentant de chacune des associations locales. Plus tard, ce comité a été incorporé. Différentes activités étaient alors présentées selon la participation des organismes. Des festivités d’il y a 40 ans, il subsiste le déjeuner, la messe, la criée, la soirée musicale et le feu de joie. Depuis déjà plusieurs années, une randonnée à vélo pour les jeunes, un dîner « hot dog », des jeux gonflables et un spectacle pour les enfants, offert par la Biblio du Bord de l’eau, sont venus s’ajouter, avec un chapiteau, coûteux, mais indispensable, pour assurer la tenue des activités quel que soit le temps qu’il fait.

Le "Crieur" en action, sur le perron de l'église, 1980 (coll. privée, Madeleine Genest Bouillé).

Le « Crieur » en action, sur le perron de l’église, 1980 (coll. privée, Madeleine Genest Bouillé).

Chaque année, le Mouvement National des Québécois lance un thème pour marquer la tenue des festivités de la Fête du 24 juin. Certains de ces thèmes sont plus significatifs que d’autres. Je pense entre autres à ce thème: « Tout le monde est important », ou encore : « Des gens qui font l’histoire », ou cet autre : « À la nôtre! ». Cette année, on nous invite à fêter avec « Québec, de l’art pur ». Ces thèmes se rejoignent et surtout, nous rejoignent. Le 24 juin, nous fêtons notre appartenance à ce Québec que nos ancêtres ont bâti; vraiment, de l’Art Pur! Mais, encore plus, nous célébrons notre présence, notre survivance sur cette terre qui fut d’abord la Nouvelle-France. Nous faisons partie d’une longue suite de gens formant une famille, une race, et notre histoire, c’est la suite de celle qui a été vécue par tous ceux et celles qui nous ont précédés, de même que c’est le prélude à l’histoire de ceux qui nous suivrons.

Racontez à vos enfants, vos petits-enfants, les souvenirs des fêtes de votre enfance, ceux de votre folle jeunesse. Racontez-leur les fêtes qui réjouissent encore votre mémoire. « Nous sommes tous importants » et « Ces gens qui font l’histoire », ce sont nous!

À la bonne vôtre!

© Madeleine Genest Bouillé, 16 juin

Criée sur le perron de l'église Saint-Joseph, Deschambault (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Rassemblement pour la Criée sur le perron de l’église Saint-Joseph, Deschambault (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Ah! la mode!

La mode, qu’il s’agisse de vêtements masculins ou féminins, c’est quelque chose qui va, qui vient, repart et revient. En effet, d’une année à l’autre, les nouveautés ne sont que des rappels des vêtements qui étaient portés il y a 10, 20 ou même 30 ans! En réalité, il n’y a que les tissus qui changent et des détails, comme les imprimés et les garnitures.

IMG_20141128_0001_NEWEn parcourant mes coupures de vieilles revues, c’est-à-dire les moins vieilles, celles des années 50, j’ai choisi quelques modèles de vêtements  qu’on portait entre 1950 et 1960.  Je débute avec « des petites robes à carreaux » pour les fillettes des années 50. Qu’il s’agisse de la jupe à bretelles ou de la robe, nous avons toutes porté ces jolies tenues écossaises. Celles qui sont illustrées sont en flanelle, mais il y en avait en coton ou en taffetas, par exemple, celle que je portais pour Noël en 1951. C’est comme dans la chanson : « Marie-Madeleine, ton p’tit jupon de laine, ta p’tite robe carreautée, ton p’tit jupon piqué! » Pour changer de l’austère robe noire des jours de semaine, au couvent, nos dimanches devaient être très colorés!

IMG_20160613_0006En avez-vous porté des « jumpers »? Ce modèle a été très à la mode dans les années 50. Je crois que toutes les filles en avaient. Quoique d’un modèle différent, je sais que le jumper qu’on appelait « tunique » était l’uniforme de plusieurs écoles. Au couvent de Dechambault, après la robe noire, nous avons eu le jumper gris, qu’on portait avec un chemisier blanc et un « blazer » marine. Le modèle qu’on voit sur  l’illustration était un patron de couture et il pouvait être fabriqué de différents tissus selon la saison. J’en ai eu un à l’automne 1956, il était confectionné dans un tissu brun, moucheté.  Je l’ai beaucoup porté avec blouse ou chandail… C’était un  parfait passe-partout!

78487651_oLa belle jupe rouge! Elle ressemble vraiment à la belle jupe de feutre dont je parle dans Propos d’hiver et de Noël. C’était à la mode en 1954. Toutes les filles en voulaient pour Noël! On en parlait jusque dans le Journal François, le  journal de la J.E.C. (Jeunesse Étudiante Catholique). Qu’elle était belle cette jupe! J’en ai rêvé… mais je ne l’ai jamais eue. Se souvient-on plus des rêves qui ne se sont pas réalisés?  Je pense que oui…

 

BBvichyJ’ai choisi l’illustration du magazine Elle, justement pour la belle robe mauve à petits carreaux. J’en ai eu une en 1958 qui lui ressemblait beaucoup, quoique moins décolletée; elle était turquoise, avec une jupe très large qu’on portait avec une crinoline! De plus, j’avais la même coiffure en queue de cheval. Oh! Que c’est loin tout ça! Détail important, dans « mon jeune temps », on n’allait pas veiller « habillé en semaine ». Les gars portaient habit et cravate, quitte à relâcher le nœud au cours de la veillée. Les filles mettaient leur robe à crinoline et leurs souliers à talons hauts ou encore une robe à jupe étroite, faite d’un beau tissu, soit broché ou lamé ce qui était le grand chic ! Quoi qu’il en soit, toutes les filles avaient dans leur garde-robe l’indispensable petite jupe noire qu’on assortissait avec chemisier ou chandail avec encolure en V, auquel on ajoutait un petit fichu noué au cou.

mariage-ElvisLa dernière photo est celle du mariage d’Elvis Presley et Priscilla Beaulieu en 1967.  Ils s’étaient rencontrés en 1959; quand ils se sont mariés, il avait 31 ans et elle, seulement 21 ans. Que viens faire Elvis dans ce texte? C’était le chanteur à la mode. On dansait le rock’n’roll sur les airs de My blue suede shoes ou When my blue moon turns to gold again, tandis que ses chansons plus romantiques telles Loving you ou Are you lonesome tonight, nous faisaient rêver!

À bientôt pour d’autres souvenirs…

© Madeleine Genest Bouillé, 14 juin 2016

Pays lointain

 Pays lointain…
Pays qui m’invite…
Pays pour demain,
Pays qui m’habite.

Jamais je n’irai si loin
Car il faudrait que je quitte
Tout ce et ceux qui sont miens.
Et où irais-je ensuite?

Mais, toi que l’aventure invite
Toi que rien ni personne ne retient,
Va allègrement vers qui te sollicite.
Vas…Vois…Vis…et, je t’en prie, reviens!

Du pays lointain,
De ce pays qui m’invite
De ce pays pour demain
De ce pays qui, en vain, m’habite…

© Madeleine Genest Bouillé, juin 2016

glenfinnan