Les plaisirs démodés

Je ne sais pas si vous êtes comme ça, mais moi quand je me lève, j’ai toujours une musique qui résonne dans ma tête. Je n’aime pas beaucoup l’expression « ver d’oreille », mais ça exprime bien la chose. Ce n’est pas toujours une chanson à mon goût, et parfois ça dure, hélas, une bonne partie de la journée! Heureusement, il arrive que ce soit un air qui me plaise. Comme cette chanson de Charles Aznavour, Les plaisirs démodés, dont j’aime surtout le refrain. Il y a quelques jours, par un beau matin, j’avais justement cette chanson dans l’oreille. Et voici la réflexion que j’en ai tirée…

IMG_7013Parmi les « plaisirs démodés » de notre monde moderne, ceux qu’on trouve à la campagne sont pour moi irremplaçables. Les séjours à l’extérieur de Deschambault ne représentent en fait que quelques courts moments dans mon été. Les vraies vacances, ce sont donc toutes ces journées où, chez moi, je décroche de toutes les activités qui m’occupent de septembre à juin, sauf mon bénévolat à la bibliothèque, qui se continue en été, car la lecture, c’est un passe-temps qui ne prend pas de vacances. Mais tout de même,  il me reste amplement de temps pour profiter de ce que mon petit coin de pays m’offre à profusion!

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Qu’on se tourne vers le fleuve ou vers les champs environnants, c’est beau, vaste, l’air est bon; le vent toujours un peu là, contribue à rendre encore plus confortable les jours de grande chaleur. La verdure, les fleurs, les oiseaux, tout m’enchante!  Le chant des oiseaux surtout… Oh! Comme j’aime à me réveiller avec cette musique qui m’accompagnera tout le long du jour!

2011-08-21 095Nous avons chez nous beaucoup d’arbres, plantés un peu partout au hasard; quand on plante un petit arbre, on ne pense pas toujours à l’espace qu’il va prendre quand il sera grand; mais ça, c’est une autre histoire! Chacun de ces arbres offre gîte et couvert à une multitude d’oiseaux aussi variés qu’il y a d’espèces d’arbres. Nous n’avons pourtant ni « condos » somptueux, ni mangeoires sophistiquées à leur offrir. Non, ils viennent s’établir chez nous chaque été parce qu’ils aiment ça, je suppose. Et nous les admirons  quand ils construisent leur nid, nous assistons à leurs amours, on les observe quand ils poussent leurs petits hors du nid, afin de leur apprendre à voler. Ça me fait penser à la parole de l’Évangile : « Regardez les oiseaux du ciel… ils ne tissent, ni ne filent, et pourtant ils sont mieux vêtus que Salomon dans toute sa gloire. »

2012-01-18 010Savoir s’émerveiller du chant d’un oiseau, d’une fleur qui s’ouvre au soleil du matin, d’un papillon qui se pose un instant, du bruissement des feuilles dans l’air plus frais du soir, d’un lever ou d’un coucher de soleil, du fleuve qui coule à nos pieds, immuable et pourtant changeant et si vivant : tout ça fait partie du bonheur de vivre. Et les nuits d’été!  Quand il a fait chaud toute la journée et qu’à la nuit tombée, on sent que la nature, lasse de trop de soleil, s’amortit et se repose enfin, alors, en regardant les étoiles au ciel, on prie malgré soi. On est si petits et pourtant si importants, puisque toute cette immensité, toutes ces splendeurs ont été créées pour nous, pour notre usage, pour notre confort, pour notre bonheur.

photo © Jacques Bouillé 2014

La meilleure façon de remercier le Créateur pour toutes ces merveilles, c’est de profiter de cette saison si courte, d’en cueillir fleurs et fruits, et de faire en sorte que notre  « petite patrie » soit de plus en plus belle pour ceux qui y vivent aujourd’hui et ces autres qui y vivront demain!

Madeleine Genest Bouillé, 14 août 2016

(Tiré d’un texte paru dans Grains de sel, grains de vie).

Le chasseur qui dessinait des bateaux

Il s’appelait Claude. C’était mon frère aîné, le deuxième enfant de la famille. Il aimait la chasse et les armes à feu qu’il collectionnait et dont il prenait grand soin, comme il l’aurait fait pour des œuvres d’art. D’ailleurs, pour lui, c’était vraiment des œuvres d’art. Il aimait le beau, en tout. C’était un homme cultivé; il lisait beaucoup sur des tas de sujets, entre autres, sur le cinéma, les bateaux –  il avait navigué durant plusieurs années, sur le fleuve et sur les Grands Lacs. Il adorait aussi la musique et possédait une impressionnante collection de disques anciens.

Le Tadoussac et Claude

Le Tadoussac, un navire sur lequel aimait bien bien travailler Claude.

Un jour, après qu’il eut cessé de travailler sur l’eau, peut-être parce qu’il s’ennuyait, il se mit à dessiner des bateaux. Il avait toujours eu beaucoup de talent pour le dessin; il a donc reproduit sur des cartons de toutes sortes, boite de savon à lessive ou de céréales,  pas loin d’une centaine de navires anciens, à voile ou à vapeur. Perfectionniste, il avait le souci du moindre détail; ces dessins sont de vrais chefs d’œuvre, et ils sont enfin  accessibles au public.

Claude Genest 3

Claude et Lorraine lors de leur mariage en 1960 (photo: coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Au fil des années, mon frère avait acquis une réputation de chasseur et de grand connaisseur en matière de fusils. À cette époque, nous avions un chien, Bruno, un bâtard descendant d’épagneul, que Claude avait à peu près réussi à dresser pour la chasse. Mon frère faisait la chasse aux canards à pied sur le bord du fleuve et il chassait aussi le petit gibier : lièvre, perdrix, renard, rat musqué ou autre animal sauvage. Après de longs préparatifs, il partait vers la fin de l’après-midi, le chien frétillant de bonheur sur ses talons; le meilleur temps pour chasser était comme il disait « la passe du soir ». Il faut  cependant avouer que Claude aurait difficilement pu aller chasser à l’aube, car comme plusieurs membres de ma famille, c’était un couche-tard et un lève-tard.  Quand il rentrait d’une de ses équipées de chasse en hiver, il parlait des pistes qu’il avait suivies,  décrivant l’ours – il s’agissait toujours d’un ours! – comme s’il l’avait vu. Il ne revenait pas toujours avec du gibier, quelquefois quand même il rapportait quelques belles prises. Mais quand il racontait ses histoires de chasse, alors là, on était au cinéma!  On n’avait pas le choix de le suivre sur la grève où, cachés derrière la grosse roche qu’on appelait « l’Empress », on voyait tomber lourdement le beau malard avec l’aile qui pendait… ou encore, on marchait avec lui dans le bois sur les pistes de ce vieil ours auquel il manque une griffe à la patte gauche.  Quel merveilleux conteur!

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(Photo: coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Je le revois encore très bien dans ma mémoire… même si vingt-huit ans se sont écoulés depuis son départ. Je le revois hochant la tête à grand coups, la pipe à la bouche, quand il écoutait quelqu’un. Il savait écouter; c’est sans doute une des raisons pour lesquelles tant d’hommes de tout âge s’arrêtait chez lui, soit pour faire réparer un fusil, ou tout simplement pour jaser… j’entends son rire, je vois ses épaules qui sautent. Il accueillait avec la même hospitalité aussi bien le vieux monsieur qui inventait des histoires toutes plus invraisemblables les unes que les autres, et qui ne venait plus à bout de s’en aller,  que le jeune chasseur qui commençait à collectionner les fusils et qui écoutait les conseils de mon grand frère religieusement. Il avait l’air serein, jovial, heureux. C’était un homme agréable à fréquenter.

Qui était-il en vérité? Bien franchement, je ne sais pas! Il parlait de tout, mais jamais de lui. La vie ne l’a pas toujours gâté. On sait qu’il a aimé naviguer. Ses plus belles années, il les a passées sur les bateaux. Il n’était jamais malade… malgré quelques difficultés à digérer qu’il combattait à coup de pilules de lait de magnésie. S’il avait des problèmes, il les gardait pour lui. Cette nuit de janvier 1988, fatigué de tout refouler, son cœur a refusé de continuer et l’a lâché tout net! Comme on dit par chez nous « net, fret, sec » ! Il n’avait que cinquante-trois ans…

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Mon mari Jacques jouant aux « pichenottes » avec Claude (photo: coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

À l’époque, on passait deux bonnes veillées au salon funéraire et une heure encore avant la cérémonie des funérailles. Auprès du cercueil de mon grand frère, j’en ai vu défiler des gens, c’était surprenant! Ce n’était pourtant pas un notable, pas non plus un homme public. Après qu’il eut abandonné la navigation, il a occupé différents emplois. Enfin, pendant quelques années, il a vécu à l’extérieur de son village natal, pour nous revenir un peu moins d’un an avant son décès. En ces premières heures d’un deuil si brutal qu’on ne parvenait pas encore à le réaliser, en plus de la parenté, un nombre impressionnant d’hommes sont venus lui rendre hommage : anciens camarades de classe, marins avec lesquels il avait navigué soit sur les « bateaux blancs » ou sur des barges, amis ou connaissances. Étonnamment, j’en ai vu pleurer plus d’un. C’est rare un homme qui pleure. Alors vous pensez, autant que ça en deux soirées, c’est normal que je m’en souvienne!

J’ai écrit que la vie n’avait pas gâté mon frère Claude. Je me trompe probablement… Tous les témoignages d’amitié dont nous avons été témoins lors de son décès, il les avait sans doute ressentis durant les soirées où il causait de choses et d’autres avec ceux qui lui rendaient visite. Sauf pour le temps où il était sur le fleuve ou les Grands Lacs, ces moments furent parmi les plus heureux de sa vie. Se sentant apprécié, il communiquait sans contrainte et faisait profiter ses amis de ses nombreuses connaissances. Saint-Exupéry a écrit : « Dans la vie, il n’est qu’un luxe véritable, c’est celui des relations humaines. »  En ce sens, Claude a connu la vraie richesse.

AHAB Collection 2016

Le Ruth E. Merrill et le Franck M. Deering. Schooner 6 mâts, numéroté 6 et Schooner 5 mâts, numéroté 7. Original – Gouache sur papier 14,18 po. x 10,62 po.

Du 14 août au 1er octobre, les dessins de mon frère Claude seront exposés à la sacristie des Sœurs de l’église de Deschambault. Cliquez ici pour plus d’information.

© Madeleine Genest Bouillé, 12 août 2016.

Texte adapté d’un texte publié dans Récits du Bord de l’Eau

Belle d’autrefois

De temps à autre, je regarde et j’écoute la vidéo de la si jolie chanson écrite pour le 300e anniversaire de Deschambault. Cette chanson, dont les paroles et la musique sont d’une de nos choristes, Linda Martel, avec un arrangement de la directrice de la chorale, Jacinthe Montambault, nous l’avons adoptée dès la première fois où nous l’avons entendue. On avait déjà hâte de la chanter! Il y a des mélodies comme ça qu’on retient et qu’on aime… Ce fut le cas pour Belle d’autrefois à tout jamais!

J’ai même trouvé des images  pour accompagner  les paroles  de cette chanson. Voici ce que ça donne :

Couplet 1 :

La tête dans les champs de blé….      
Le Saint-Laurent coule à tes pieds…                                    
D’une beauté qui émerveille, vêtue de neige ou de soleil… 
Tu es jolie quatre saisons, tes berges sont inspiration          
Raconte-nous ta grande histoire,
Fais-nous visiter tes mémoires.                                                

Couplet 2 :

Le Roi a tracé son chemin,                                               
Dans les terres de tes anciens.
Sur lui, on peut te visiter…
Prendre le temps de t’admirer.                                            
Tes couleurs, attraits et saveurs
Dont tu as su  bien te parer
Charment les gens, gagnent les cœurs
Qui se plaisent à te contempler

 Refrain :

Les années t’ont embellie.
Sans une ride, sans un pli…                                                 
Tu es restée jeune de cœur                                                     
Pleine de charme et de chaleur
Grande Dame tricentenaire                                                 
Deschambault, de toi on est fiers
Belle d’autrefois… à tout jamais!

N’est-ce pas que c’est beau!

© Madeleine Genest Bouillé, 4 août 2016

© Linda Martel, paroles et musique de Belle d’autrefois à tout jamais, 2013

Le cap Lauzon : ses richesses, ses couleurs

L’Histoire nous apprend que « le cap Lauzon fut ainsi appelé par Champlain, en 1627, en l’honneur de son compagnon Jean de Lauzon. Le cap s’étend sur une longueur d’environ  deux milles et quart et couvre en sa plus grande largeur l’espace d’environ un demi-mille. Il a entre 75 et 100 pieds de hauteur. Ce qu’il est convenu d’appeler le village de Deschambault s’élève sur la partie est et la partie sud du cap et occupe à peu près toute l’étendue de celui-ci ». (La Petite Histoire de Deschambault, Luc Delisle, 1963).

Le Cap Lauzon est un joyau qu’on ne se lasse pas d’admirer. C’est vraiment le cœur de Deschambault. Ce site privilégié offre aux visiteurs une vue imprenable sur le fleuve qui, depuis toujours, est étroitement lié à la vie des gens de Deschambault. Quel que soit le point de vue qu’il nous est donné de contempler, de l’est ou de l’ouest, du quai ou du fleuve, en toutes saisons, il nous offre un panorama unique!

Qu’on l’aborde, en chaloupe, par le côté ouest (photo de Jacques Bouillé, 1987).

Qu’on l’aborde, en chaloupe, par le côté ouest (photo de Jacques Bouillé, 1987).

…ou par le côté est comme nous le fait voir cette photo qui date de 1969, c’est toujours tellement beau! (Photo de Fernand Genest, 1969) .

…ou par le côté est comme nous le fait voir cette photo qui date de 1969, c’est toujours tellement beau! (Photo de Fernand Genest) .

Quand on l’aperçoit, tout emmitouflé dans son manteau d’hiver, il est impressionnant! (Photo de Jacques Bouillé, 1997).

Quand on l’aperçoit, tout emmitouflé dans son manteau d’hiver, il est impressionnant! (Photo de Jacques Bouillé, 1997).

L’endroit d’où le cap est le plus photographié, c’est évidemment du quai. J’ai plusieurs photos prises de cet endroit, à différentes époques, telle cette photo en noir et blanc, prise avec mon petit « kodak » en 1956…

L’endroit d’où le cap est le plus photographié, c’est évidemment du quai. J’ai plusieurs photos prises de cet endroit, à différentes époques, telle cette photo en noir et blanc, prise avec mon petit « kodak » en 1956…

Et celle-ci, avec un magnifique coucher de soleil, prise à l’hiver 1969 (photo de Fernand Genest, 1969).

Et celle-ci, avec un magnifique coucher de soleil, prise à l’hiver 1969 (photo de Fernand Genest, 1969).

Peut-être préférez-vous une photo du haut des airs… N’est-ce pas qu’il est majestueux?

Peut-être préférez-vous une photo du haut des airs… N’est-ce pas qu’il est majestueux?

« Ramons, ramons, bien vite, je l’aperçois… droit devant! » (Photo de 1986).

« Ramons, ramons, bien vite, je l’aperçois… droit devant! » (Photo de 1986).

De tout temps, pour les gens de Deschambault, comme pour les touristes le cap Lauzon a été lieu de détente, de loisirs… Au début du siècle, le curé Rousseau y fit construire un kiosque dans lequel les prêtres allaient se reposer. En 1945, le petit édicule était abandonné depuis déjà plusieurs années; un jour de grand vent, il tomba en bas de la falaise. Il était irrécupérable. (Photo provenant du CARP, vers 1918).

De tout temps, pour les gens de Deschambault, comme pour les touristes le cap Lauzon a été lieu de détente, de loisirs… Au début du siècle, le curé Rousseau y fit construire un kiosque dans lequel les prêtres allaient se reposer. En 1945, le petit édicule était abandonné depuis déjà plusieurs années; un jour de grand vent, il tomba en bas de la falaise. Il était irrécupérable. (Photo provenant du CARP, vers 1918).

En 1995, un nouveau kiosque est construit… inutile de préciser qu’il est très fréquenté (photo datant de 2012).

En 1995, un nouveau kiosque est construit… inutile de préciser qu’il est très fréquenté (photo datant de 2012).

Le cap, c’est aussi le lieu où l’on retrouve nos bâtisses patrimoniales qu’on voit ici du haut du clocher (photo de Jacques Bouillé).

Le cap, c’est aussi le lieu où l’on retrouve nos bâtisses patrimoniales qu’on voit ici du haut du clocher (photo de Jacques Bouillé).

Plusieurs pages d’histoire ont été tournées depuis que Champlain a nommé notre cap « Lauzon » : la colonisation, la guerre, la construction de deux églises, trois presbytères, le couvent, la salle des Habitants, etc… Depuis toujours les gens d’ici l’ont fréquenté; chaque année, quand il fait beau, à la Saint-Jean, des centaines de personnes s’y rassemblent pour fêter. Chaque été, il accueille des centaines de visiteurs d’un peu partout au pays ou de l’étranger. Et pourquoi s’y arrête-t-on, croyez-vous? Tout simplement parce que c’est beau!

© Madeleine Genest Bouillé, 1er août 2016

À mon Ami

216Comme ça fait longtemps que je suis venue m’asseoir à tes pieds. Tu me manques. Je m’ennuie de ces jours où, gris et silencieux, tu sembles attendre l’orage. C’est que tu es tellement changeant! D’un bleu vibrant à certains matins, presque mauve à d’autres moments. Parfois tu chuchotes si discrètement, on dirait que tu as peur de déranger;  tandis qu’aux jours de grandes marées, tu roules, mugis, déferles… écumant de folie. Qui crois-tu donc effrayer? Certes pas les goélands qui t’accompagnent de leurs cris, comme des commères : «  C’est ça, vas-y! Montres-leur qui est le boss… depuis le temps qu’ils te prennent pour n’importe quoi, même pour un dépotoir… » Il faut craindre la colère du juste, dit-on! Moi, je t’aime même quand tu es enragé et que tu montes… jusqu’à me laisser à peine un petit coin de grève où je peux te regarder cracher ta fureur, humble, recueillie, émerveillée devant ta puissance.

automne 2015hiver 2016 076Été comme hiver (quand mes fenêtres ne sont pas gelées), c’est vers toi que se porte mon premier regard encore ensommeillé. Le soir, tu es le dernier à qui je dis « Bonne nuit! » et à toute heure du jour,  tu es le témoin de ma vie. Quand ça va bien, je te fais partager ma joie, quand ça va mal, c’est aussi vers toi que je tourne les yeux. Tu es  mon confident. Les autres t’appellent « Saint-Laurent »; moi, je t’appelle « mon Ami »… peut-être le seul qui ne m’a jamais fait défaut.

Tu es toujours là, immuable… même si tu changes de visage cent fois par jour.  Même si l’hiver tu te caches sous une couverture glacée, tu es là quand même. Le soir, quand je me promène, je t’entends murmurer et choquer tes vagues contre les blocs de glace.  Quand le moment sera venu, je le sais, tu vas briser toute cette carapace et, tu vas sortir de là, triomphant. Je serai là pour participer à ta libération, j’irai te retrouver et, ensemble, nous pleurerons de joie!

014Alors, nous entreprendrons une autre « belle saison », avec des jours bleus et d’autres gris, avec des soirs roses ou dorés, avec la chanson de tes vagues pour m’éveiller le matin et pour me bercer la nuit. J’ai besoin de toi. Tu fais partie de ma vie. Tu délimites mon horizon, ce qui me fait dire que si je te perds… je perds le nord!

IMG_20160708_0013 (2)Jadis, durant les beaux jours d’été, je te rejoignais en chaloupe et, l’un portant l’autre,  nous longions la côte, tout le long de ce coin de pays qu’on appelle Deschambault, et dont tu es le seigneur incontesté.  C’est par toi que sont venus les premiers arrivants; c’est ta fougue et tes rapides qui les ont  fait débarquer ici… c’est sûrement à cause de toi qu’ils ont bâti ce petit village. Et à vivre près de toi, leurs descendants ont fini par te ressembler un peu : fiers, indépendants, n’aimant pas brusquer le cours des choses… n’aimant pas être dérangés. Tout comme toi, ils sont patients, persévérants, et ils aiment leur liberté. Même dans leurs mots de tous les jours, on retrouve ton influence, par exemple « on monte » à Montréal ou « on descend » à Québec!

photos jacmado 080806 094Depuis plusieurs générations, beaucoup de gars d’ici ont vécu avec toi, de toi. Ils ont remonté ton cours jusqu’à la tête des Grands Lacs; ils l’ont descendu jusque dans le Golfe.  Ils t’ont vu dans tes bons comme dans tes mauvais jours, ils ont appris à connaître tes écueils, tes hauts fonds, tes rapides. Sous les pluies glaciales de novembre, quand tu te confonds avec le ciel, dans la même grisaille, ils soupiraient après le foyer… Pourtant, chaque printemps, ils te revenaient. Ceux qui ont ainsi vécu près de toi de longs mois pendant plusieurs années ne t’oublieront jamais! Même pour ceux qui ont mis pied à terre depuis longtemps, tu demeures le seul horizon, comme tu es aussi le mien, toi, mon ami le Saint-Laurent!

© Madeleine Genest Bouillé, 28 juillet 2016

(D’après un texte paru dans le Journal-souvenir du 275e, en 1988)

Deschambault en fête, 2e partie

Le 275e anniversaire… une célébration qui a été longuement mijotée. Un comité provisoire avait d’abord été créé au cours de l’hiver 1987 et il était déjà décidé que les festivités auraient lieu en août 1988; on prévoyait aussi des activités étalées sur une fin de semaine, du vendredi soir au dimanche soir.

Le Comité du 275e formé en juillet 1987 avait tout d’abord rencontré en septembre les deux conseils municipaux de la Paroisse et du Village, afin de s’assurer de leur participation financière et autre.  Dans le même temps, une demande avait été faite auprès du Ministère de la Culture du Québec. Le comité, ne voulant pas être en reste, amorçait alors une campagne de financement pour laquelle plusieurs activités étaient prévues au cours de l’automne. Mentionnons le rallye-automobile avec souper-spaghetti, le souper aux huitres et la soirée casino, le tout jumelé avec la vente de l’épinglette du 275e anniversaire, à l’effigie des armoiries de Deschambault.

À droite sur la photo: le député provincial Michel Pagé.

Buffet du dimanche 21 août 1988. À droite sur la photo: le député provincial Michel Pagé.

Les premières réunions préparatoires aux Fêtes eurent lieu au cours de l’hiver 1988, onze personnes faisaient partie du comité dont le président était Alain Brisson. Dans le procès-verbal de la réunion du 10 mars, on apprend que les activités de financement qui ont eu lieu à l’automne ont rapporté 1,935.79$.  Nous en étions très fiers! Ce même rapport fait état que des membres du comité devront rencontrer les gens d’affaires de la région ainsi que les députés fédéral et provincial, pour tenter d’obtenir de l’aide financière. C’était normal et il n’y avait pas de fête possible sans cela! C’était avant la Commission Charbonneau…

Également au cours de l’hiver 1988, on met sur pied une chorale qui sera dirigée par Gaston Bilodeau (qui fut l’un des principaux artisans du 250e anniversaire). L’accompagnatrice du Chœur des Retrouvailles était Jacinthe Montambault. Plusieurs membres du Chœur du 250e sont de retour, vingt-cinq ans plus tard!

Messe du 275e.

Messe solennelle du 275e.

En mars, les dates sont arrêtées : Deschambault fêtera son 275e anniversaire du vendredi 19 au dimanche soir 21 août. À la lecture des rapports de réunions, je vois que d’autres personnes se sont ajoutées au comité, pour diverses raisons, dont l’ajout d’activités (entre autres, la parade de mini-chars qui était sous la responsabilité de la Garderie « Les Bouts d’Choux »). À partir de juillet 1988, les rencontres ont lieu à tous les mardis et un comité est mis sur pied pour la Journée des Retrouvailles, qui aura lieu le dimanche. Il y avait beaucoup de pain sur la planche et il était parfois difficile « d’accorder tous les violons »! Heureusement, on en venait toujours au consensus!

Au cours de l’été, le comité des Retrouvailles  qui se faisait fort de rejoindre le plus grand nombre possible d’anciens résidents et de membres des familles demeurant à l’extérieur, recevait des réservations pour la fête des Retrouvailles presque tous les jours, et ce, jusqu’à la veille de la fête. Effectivement, il y avait plus de 300 personnes sous la tente lors de la journée du 21 août. Heureusement, nous avions loué un grand chapiteau. Mais regardons plutôt le programme des festivités :

Vendredi 19 août :
20h30 : Soirée d’ouverture, danse avec l’Orchestre Sioui

Samedi 20 août :
Journée champêtre à la paroisse de Deschambault
12h00 : Dîner « pique-nique » avec musiciens, course de tacots, tournoi de fer.
De 10h30 à 16h00 : Visites de la station de recherche agricole (qui célébrait son 70e anniversaire)
18h30 : La Grande Tablée.
21h00 : Spectacle de Sylvie Tremblay «  Parfum d’orage »

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La course de tacots dans la route Proulx.

Dimanche 21 août :
Journée des Retrouvailles
10h30 : Messe solennelle à l’église
11h30 : Accueil
12h00 : Buffet
14h00 : Visites guidées.  Parade de mini-chars. Pause musicale à l’extérieur du Vieux Presbytère
18h30 : Souper québécois
20h00 : Concert par le Chœur des Retrouvailles
22h00 : Feu de Joie et feu d’artifice sur le Cap Lauzon.

Au cours de l’été, plusieurs expositions avaient lieu au Vieux Presbytère, au Moulin de La Chevrotière et à la salle Paul-Benoît : La vie des femmes à Deschambault, Photos comparées des sites de Deschambault, Exposition d’artistes locaux (dont les dessins de Claude Genest, qui seront exposés à la sacristie des Sœurs cet été, à partir du 14 août), Cartographie de Deschambault, Poterie (collections locales et régionales ),  Travaux des Fermières et  Dessins d’enfants.

Il n’y a pas de fête d’envergure sans une publication, album-souvenir ou un livre. Deschambault a donc innové avec un Journal-souvenir. Si la page couverture était pour le moins surprenante, il faut reconnaître que le contenu du journal  était  très intéressant.  En noir et blanc, le journal présentait des textes variés conçus par différents auteurs, en plus des messages des autorités. On y trouvait plusieurs photos et, idée géniale, les jeunes de l’école primaire avaient aussi leurs pages, dans lesquelles ils avaient exprimé leur vision de Deschambault dans le futur.

Je garderai toujours le souvenir du concert de la chorale, le dernier soir, dans l’église remplie « à craquer » et après, autour du feu de joie, les «  au revoir » qui terminaient fraternellement la fête… sans oublier, le feu d’artifice qui est toujours pour moi le vrai point final d’une célébration qu’on veut grandiose!

Spectacle bénéfice avec Marc Hervieux.

Spectacle bénéfice avec Marc Hervieux.

J’essaierai de ne pas m’attarder sur les Fêtes du 300e anniversaire qui eurent lieu en 2013.  Pour plusieurs, vous les avez vécues tout comme moi. Mais je me plais à rappeler les nombreuses activités. Il y eut de tout! Des tournois : hockey-bottine en février, balle donnée en mai, dek-hockey en juin. Tout le monde se rappellera du concert-bénéfice donné par Marc Hervieux le 1er juin. L’ouverture officielle des festivités avait lieu lors de la messe solennelle du 9 juin, avec deux lancements : celui du CD de Richard Paré à l’orgue de Deschambault et celui du livre sur l’histoire de Deschambault, de Yves Roby et Francine Roy. En plus du spectacle de Marc Hervieux, nous avions eu les spectacles du chansonnier Éric Masson le 21 juin, le groupe Maximum 80 le 28 juin, et Les Quêteux et Les Charbonniers de l’Enfer, le 29 juin.  Les jeunes n’étaient pas en reste dans la semaine du 21 au 30 juin, avec un concours d’art oratoire, une activité jeunesse offerte par la Biblio du Bord de l’eau, et les traditionnels jeux gonflables. Le point culminant des fêtes  fut sans contredit les activités des Retrouvailles, les 29 et 30 juin. Marché public « d’époque », exposition Des gens remarquables, tours de calèche, concours de « corde à linge », stands généalogiques, information et vente du livre Deschambault et des objets à l’effigie du 300e.

gateau lumiereÀ cela s’ajoutaient le souper communautaire avec le magnifique gâteau du 300e, confectionné par la chocolatière Julie Vachon,  ainsi que les nombreuses activités du dimanche 30 juin : fête des familles-souches, plantation symbolique d’un arbre, dévoilement de quatre plaques commémoratives dans le Jardin des Ancêtres, inauguration du Calvaire Naud rénové… et j’en oublie sans doute! La semaine de fête se terminait avec le concert du Chœur d’Eschambault et le plus magistral feu d’artifice  qu’il nous a été donné de voir à Deschambault.  Le croirez-vous?  Parmi les membres de la chorale, certains étaient présents aux concerts des 250e et 275e anniversaires.  Quand on aime chanter en chœur, c’est comme ça!

Avec la randonnée à vélo du 6 juillet, le rallye historique familial du 29 septembre, qui était suivi d’un souper-spaghetti, et la soirée « Swing la rotule » du 12 octobre, nous nous sommes rendus à la fin de cette année festive. Pour nous rappeler au quotidien ces fêtes auxquelles nous avons pris part en tout ou en partie, on  porte encore de temps à autre nos chandails bleus… chez vous tout comme chez nous, nous buvons notre café dans les tasses du 300e et nous avons encore quelques drapeaux à l’effigie de cette fête inoubliable!

015Comme le disait la chanson du 300e chantée par le Chœur D’Eschambault : « Les années t’ont embellie… tu es restée jeune de cœur… Grande Dame tricentenaire, Deschambault, de toi on est fiers! Belle d’autrefois, belle à jamais! » (Paroles et musique : Linda Martel, arrangement Jacinthe Montambault.) Pour visionner l’extrait vidéo de ce chant, cliquez ici.

© Madeleine Genest Bouillé, 27 juillet 2016

Pour voir plus d’images des festivités du 300e, on peut visionner un montage vidéo d’une vingtaine de minutes en cliquant ici.

Deschambault en fête

Tous ceux et celles qui résidaient à Deschambault en 2013 et avant, gardent en mémoire les festivités qui ont marqué le 300e anniversaire de fondation de la paroisse. Je précise pour les personnes qui aiment que les choses soient claires, que 1713 est l’année de l’ouverture des registres de la paroisse. Et j’ajoute pour ceux qui n’ont pas beaucoup de notions d’histoire locale que tout a commencé par une seigneurie concédée à François de Chavigny et son épouse Éléonore de Grand’Maison, en 1640. Cela se passait à Paris et M. de Chavigny et sa famille seraient arrivés, dit-on, vers 1642. Toutes mes excuses aux historiens, mais pour en venir à l’essentiel de mon sujet, je ne peux m’attarder  de long en large sur l’Histoire de Deschambault, aussi intéressante soit-elle. Disons seulement que Deschambault doit son nom à Jacques-Alexis de Fleury D’Eschambault, époux de Marguerite de Chavigny, fille du seigneur François de Chavigny et d’Éléonore de Grand’Maison. M. D’Eschambault avait acquis la seigneurie en 1683. Pour en savoir plus long je vous suggère de lire, soit La Petite Histoire de Deschambault, de Luc Delisle, ou le livre plus récent Deschambault, d’Yves Roby et Francine Roy.

Nulle part, que ce soit dans le livre Deschambault, paru en 2013, ou dans La Petite Histoire de Deschambault éditée en 1963, il n’est fait mention d’une quelconque célébration du centenaire de Deschambault au cours de l’année 1813, à moins que j’ai sauté des passages, sans le vouloir! Cela s’explique. La paroisse était alors en pleine croissance. Dans l’ouvrage d’Yves Roby et Francine Roy, on lit que cette époque est celle « d’une économie en pleine mutation ; entre autres, la population qui était de 453 habitants en 1790, est passée à 1,486 en 1825 ». D’ailleurs, à cette époque, cent ans, c’était tout récent pour les habitants qui venaient « des vieux pays »!

A-t-on fêté le 200e anniversaire? Que je me réfère à l’un ou l’autre de mes livres d’histoire, je crois que nos dirigeants autant ecclésiastiques que municipaux avaient d’autres chats à fouetter.  Mentionnons que 1893 marque le détachement du 5e Rang, qui deviendra la paroisse de Saint-Gilbert, et en 1903, une partie du 3e rang sera annexée à la nouvelle paroisse de Saint-Marc-des-Carrières. Je glane mes informations ici et là… et je vos apprends « qu’en 1907, la voirie s’améliore, alors qu’en 1913, la Fabrique profita de l’occasion qui lui fut offerte pour faire « macadamiser » le pourtour de l’église et le chemin de la Fabrique » (Luc Delisle). Il y eut peut-être une célébration religieuse pour souligner le 200e anniversaire de notre « encore jeune paroisse ». Mais, tout ce que j’ai pour témoigner de cet anniversaire, c’est ceci : une affiche qu’on peut voir au Vieux Presbytère – si elle y est encore – sur laquelle sont inscrites les dates 1713-1913, avec quelques photos des principales bâtisses patrimoniales. Si vous en savez plus long, faites-moi signe!

En 1963 par contre, il n’était pas question de laisser passer le 250e anniversaire! C’était  décidé, on allait fêter ça en grand! Au tout début de l’année, un impressionnant comité était mis sur pied pour l’organisation des célébrations de cette fête. Il se composait d’une vingtaine de personnes, représentant les autorités religieuses et municipales, ainsi que des  bénévoles de chacun des mouvements paroissiaux.  M. Antoine Roy en était le président.  Pendant qu’Agnès Bouillé-Bilodeau travaillait à la rédaction d’un jeu scénique avec l’aide de Francine Roy pour la réalisation, son époux, Gaston Bilodeau, président de la Société Saint-Jean-Baptiste et un des principaux responsable de l’événement, faisait du recrutement pour créer une chorale mixte. Dans le même temps, notre historien local, Luc Delisle, mettait la dernière main à son livre: la Petite Histoire de Deschambault. Et pendant ce temps, Jean-Marie Du Sault, qui souhaitait donner une seconde vie au Vieux Presbytère, préparait un « Musée-souvenir », à visiter au cours de l’été 1963.

Quelles belles fêtes… dont j’ai malheureusement peu de photos. Dans un numéro du  journal L’écho de Portneuf, on lisait dans un texte publicisant cet important anniversaire que « toutes les associations et regroupements sociaux, religieux ou culturels de Deschambault seront appelés à participer à l’élaboration du programme des cérémonies officielles et des manifestations populaires reliées à l’événement. » Je vous fais part du programme des célébrations qui eurent lieu du 2 au 5 août inclusivement, tel que rédigé dans l’album-souvenir :

Vendredi 2 août :
8h00 : Ouverture des Fêtes. Les cloches sonneront pendant 5 minutes.
8h15 : 1ère présentation du Jeu scénique – Chorale du 250e à la Ferme-école de Deschambault.

Samedi 3 août :
1h 30 : Festival de la Jeunesse, sur le Terrain de Jeux.
5h00 : Messe à la Grotte  sur le Cap Lauzon
8h00 : Soirée Canadienne –  Chorale du 250e à la Ferme-école de Deschambault
Invitation à nos sexagénaires et à toutes les familles de St-Alban, St-Marc, St-Gilbert et Portneuf.

Dimanche 4 août :
10h 00 : Grand’messe solennelle à l’église
11h 00 : Photo-souvenir – Façade de ‘église
11h 30 : Réception au Manoir de La Gorgendière
12h 30 : Banquet – à la Ferme-école de Deschambault
3h00 : Dévoilement du Monument commémoratif, Démonstration « Patro », Terrain de la Fabrique
8h00 : 2e présentation du Jeu scénique – Chorale du 250e à la Ferme-école de Deschambault
11h00 : Pyrotechnie – Sur le Cap du Couvent

Lundi  5 août :
9h00 : Messe solennelle pour les défunts : prêtres, fondateurs, religieux, religieuses et paroissiens décédés.

MUSÉE
Invitation spéciale à tous de visiter le Musée qui sera installé au Vieux Presbytère.
Heures des Visites : de 1h30 à 5h00. Samedi et dimanche.

014Savez-vous où est le « Monument commémoratif »? Du côté nord de l’église, vous pouvez voir ce monument en forme de livre, sur lequel on peut lire : « Des hauteurs du Cap Lauzon, Deschambault persévérant, maintiendra ses traditions. »

J’inclus en plus de la photo de la chorale, quelques photos du Jeu scénique,  relatant l’histoire de Deschambault et je vous en donne le programme:

  1. Cartier à Ochelay
  2. À Paris chez la Duchesse d’Aiguillon
  3. Épisode de la vie de la 1ère famille de défricheurs à Chavigny
  4. Figures marquant notre histoire au XVIIIe siècle
  5. Descente des Anglais à Deschambault
  6. Conséquences de la guerre

INTERMISSION

  1. Paisibles évocations du XIXe siècle
  2. Relations d’aujourd’hui

Je vous reviens pour parler des 275e  et  300e  anniversaires…

© Madeleine Genest Bouillé, 24 juillet 2016

Vieilles chansons qu’on aime chanter

"Femme à la fontaine" de J.M. Villard (1828-1899).

« Femme à la fontaine » de J.M. Villard (1828-1899).

« À la claire fontaine, m’en allant promener
J’ai trouvé l’eau si belle, que je m’y suis baigné. 
Il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai. »

À la claire fontaine… Je savais déjà que cette chanson est l’une des plus vieilles de notre répertoire. En fouillant sur Internet, effectivement on dit que cette chanson qui date du  XVIe ou peut-être même du XVe siècle, nous est venue par les colons français qui venaient s’établir en « Neuve France », comme on disait alors. Jean Provencher, mon historien québécois préféré, nous raconte qu’un écrivain parisien, Oscar Hérard, dans une étude sur le Canada, aurait  déclaré que la « Claire Fontaine » était à une certaine époque, le chant national officiel de la Nouvelle-France. Le Trifluvien, journal qui, comme son nom l’indique, venait de Trois-Rivières, avait rapporté cette nouvelle en 1891. Chant national ou pas, cette chansonnette a traversé les siècles et se chante encore dans toutes les circonstances où l’on veut faire participer une foule… presqu’autant que Gens du Pays!

* * * * *

« Ah! c’était un p’tit cordonnier…
Qui faisait fort bien les souliers…
Il les faisait si jute,  si drett’
Pas plus qu’il n’en fallait. »

Mes grands-parents, Blanche et Tom (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Mes grands-parents, Blanche et Tom (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

 Le p’tit cordonnier… Cette chanson de folklore nous serait connue depuis 1880. Moi, quand j’étais petite, j’ai appris à lire entre autres avec les cahiers de la Bonne Chanson. Je me souviens que j’aimais l’image qui accompagnait les paroles et la musique de cette chanson,  parce que ça ressemblait à la boutique de cordonnerie de mon grand-père. Sauf qu’à ma connaissance, mon grand-père Tom Petit, n’allait pas au cabaret… Il aimait bien « un bon petit boire » de temps en temps, mais comme dans la chanson « Pas plus qu’il n’en fallait! ». Par contre, il n’aurait jamais battu sa Blanche à coups de bâton. Non, ça, jamais! Quand ma grand-mère récriminait contre les enfants trop tannants, le chat qui était dans ses jambes ou contre les clients qui ne payaient pas souvent… mon grand-père clouait ses semelles et ses talons « si juste et si drett’ » en fredonnant, sans prêter trop d’attention aux paroles de Blanche…

* * * * *

« Petits enfants, jouez dans la prairie,
Chantez, chantez, le doux parfum des fleurs.
Profitez bien du printemps de la vie
Trop tôt, hélas! Vous verserez des pleurs. »

Souvenirs d’un vieillard… Du temps des soirées « Bonne Chanson » au Vieux Presbytère,  cette balade était généralement chantée vers la fin, alors que nous reprenions tous en chœur le dernier refrain. Que de bons conseils et de tendres paroles, prodiguées par ce vieillard! « En vieillissant, soyez bons, charitables… Il est si bon d’assister ses semblables, un peu de bien embellit nos vieux jours ». La seule indication quant à l’origine de cette chanson est « chanson d’autrefois », ce que démontre assez bien le style romantique employé par l’auteur et surtout le dernier couplet : « En vieillissant, j’ai connu la tristesse… Ceux que j’aimais, je les ai vus mourir. Oh! Laissez-moi vous prouver ma tendresse. C’est en aimant que je voudrais mourir. » Si vous chantez cette chanson et que vous voulez attendrir votre auditoire, mettez tout l’accent sur le refrain : « Dernier amour de ma vieillesse… Venez à moi, petits enfants. Je veux de vous une caresse… Pour oublier mes cheveux bancs! »

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La chaloupe de mon frère Fernand (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

La chaloupe de mon frère Fernand (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

« Amis, partons sans bruit, la pêche sera bonne, la lune qui rayonne éclairera la nuit.
Il faut qu’avant l’aurore, nous soyons de retour, pour sommeiller encore, avant qu’il soit grand jour. »

Partons la mer est belle… Encore une belle vieille chanson qu’on nous a apprise quand nous étions très jeune. Dans le cahier de la Bonne Chanson, on dit que c’est un folklore acadien. Et comme beaucoup d’entre nous avons quelque lointain ancêtre acadien dans notre lignée, on se sent tous un peu de parenté avec les marins et les pêcheurs et c’est avec ardeur que nous chantons : « Partons la mer est belle, embarquons-nous pêcheurs… Guidons notre nacelle, ramons avec ardeur… Aux mats, hissons les voiles, le ciel est pur et beau. Je vois briller l’étoile qui guide les matelots. » 

* * * * *

« Quand nous chanterons le temps des cerises… et gai rossignol et merle moqueur, seront tous en fête. Les belles auront la folie en tête et les amoureux, du soleil au cœur… »

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Le cap Lauzon vers 1920…

Le temps des cerises… Les paroles de cette chanson, qu’on a associée à la Commune de Paris, sont de Jean-Baptiste Clément et la musique d’Antoine Renard. Elle date de 1866. En quoi une si jolie romance pourrait-elle avoir quelque rapport avec la période sanglante qu’on a appelée « La Commune de Paris »? Pendant cette insurrection contre le gouvernement qui a eu lieu du 26 mars au 28 mai 1871, on a déploré la perte de 15,000 Communards et de 7,000 à 8,000 Versaillais au cours de féroces combats. Est-ce un rappel de cette guerre quand on chante ces paroles : « Cerises d’amour, en robes pareilles, tombant sous la feuille en gouttes de sang »  et plus loin : « J’aimerai toujours le temps des cerises… c’est de ce temps-là que je garde au cœur une plaie ouverte… et Dame Fortune, en m’étant offerte, ne pourra jamais calmer ma douleur » ? Quoi qu’il en soit : « J’aimerai toujours le temps des cerises et le souvenir que je garde au cœur. »

 Chantons nos vieilles chansons… pour qu’elles ne tombent pas dans l’oubli!

© Madeleine Genest Bouillé, 19 juillet 2016

Il était une fois un arbre

IMG_20160717_0001À chaque fois que j’ai dans la tête l’air du Vieux sapin, c’est à l’orme de notre vieille route que je pense. La chanson commence ainsi : « Que de fois au déclin de la vie, quand je songe aux beaux jours du passé… je reviens l’âme toute ravie, au nid charmant qui m’a tant bercé. » Tous ceux et celles qui ont grandi avec les Cahiers de La Bonne Chanson de l’abbé Gadbois, connaissent cette chanson. C’est une musique qu’on retient facilement et le refrain a juste assez de nostalgie pour qu’on s’y attarde… faisant ainsi des notes noires là où il y a des croches et des notes blanches où il y a des noires!

IMG_20160717_0006« Je revois la maison paternelle, le jardin, le vieux puits, la margelle, je revois sur le bord du chemin, l’arbre géant, le cher vieux sapin »… Quand je  pense à la maison  de ma jeunesse, l’arbre géant qui était au bord du chemin, sur le haut de la côte, était un orme. Le plus beau de tous ceux que j’ai connus. Maman disait que c’était lui qui tenait la côte. Il est vrai que ses racines s’étendaient certainement très profondément dans la terre, et très loin, traversant la route, jusqu’on ne sait pas où! Si aujourd’hui il faisait encore partie du paysage, en changeant quelque peu les paroles de la chanson, je pourrais lui fredonner les couplets : « Vieil orme à l’allure si fière, tu redis les vertus d’autrefois… Quand jadis, sous ta fraîche feuillée, près de toi la nombreuse nichée, grandissait comme en un coin des cieux, vivait en paix près de l’arbre ombreux. » Il était tellement grand, son feuillage s’étalait comme un immense parasol et il couvrait de son ombrage la route qui descendait jusque devant la vieille maison de pierre. Je crois qu’ils étaient aussi vieux l’un que l’autre. Ils se connaissaient depuis toujours…

IMG_20160717_0003« Vieil orme, dans ma mémoire, tu revis comme un arbre enchanté. Je te vois plein d’orgueil et de gloire, près du vieux gîte encore habité. Bien des soirs, sous la verte charmille, près de toi, réunis en famille, nous allions nous reposer un peu… et folâtrer sous le vieil orme ». Il en avait vu passer des gens, sur cette route qu’on appelait le chemin du roi, avant qu’on en construise un nouveau, moins abrupt et plus droit. Quand on montait la côte un peu vite, rendu au gros orme, on ralentissait le pas, pour souffler un peu, en profitant du magnifique point de vue sur le fleuve qui nous enchantait toujours!  Car voyez-vous, dans notre temps, il n’y avait que très peu d’arbres et seulement quelques chalets de chaque côté de la route du quai.

Puis un jour, plus personne ne se souvient à partir de quand, comme beaucoup de ses pareils, le gros orme a commencé à perdre sa bonne mine; il était malade, incurable! Ici et là, les branches séchaient et perdaient leurs feuilles… d’un printemps à l’autre, son feuillage s’amenuisait. Il était condamné. En contrebas, le champ qui séparait la vieille route de la nouvelle était marécageux. Au printemps, les grenouilles s’en donnaient à cœur joie sur ce terrain humide, et en hiver, comme il y avait un poulailler dans le coin, les renards  venaient chiper quelques poules effarées.  Et nous, quand nous étions enfants, en été, on y jouait au jeu qu’on appelait « en bas de la ville » et l’hiver, on glissait en  « traîne-fesse ».

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Mais il arriva ce qui devait arriver; le gros orme dépouillé rendit l’âme. Un promoteur ayant acheté le champ inutile dont personne ne voulait, coupa le vieil arbre, puis il remplit le terrain, qu’il divisa ensuite en lotissements. Quelques maisons s’élèvent maintenant où était jadis notre terrain de jeux!

Il était une fois un arbre… et je termine son histoire avec le refrain de ma chanson que je dois bien modifier un peu afin qu’il s’accorde avec les couplets : « Mon âme alors rayonne, et tout en moi chantonne… j’entends toujours le gros orme, qui redit son refrain… à la brise légère, il mêlait sa voix claire, et son hymne joyeux : c’était l’écho des aïeux! » Sans oublier le point d’orgue sur le mot « aïeux », pour une belle finale!

© Madeleine Genest Bouillé, 17 juillet 2016

N.B. Les photographies de la rue Johnson datent de 1956 et sont tirées de ma collection privée.

Un livre qui a quelque chose à dire…

Il y a des moments dans la vie où l’on a besoin de se plonger dans un livre qui a quelque chose d’important à nous dire. Ce qui est le cas ces jours-ci. Je cherchais… et je me suis rappelé ce petit livre d’Éric-Emmanuel Schmitt, Oscar et la dame rose. J’ai lu plusieurs livres de cet auteur qui nous fait voyager avec des personnages très différents les uns des autres, dans différents pays, à différentes époques. Le moins qu’on puisse dire est que c’est un excellent auteur, dont les œuvres ne peuvent laisser personne indifférent. Parmi les auteurs contemporains, Eric-Emmanuel Schmitt est l’un de ceux que je préfère avec ses histoires pas comme celles de tout le monde, je cite entre autres : La part de l’autre, L’enfant de Noé, Ma vie avec Mozart ou encore Concerto à la mémoire d’un ange. La première fois que j’avais lu Oscar et la dame rose, il m’avait été prêté par une amie, une fille « pas comme tout le monde », elle non plus.

Au départ, le sujet du livre ne m’attirait pas du tout. Je n’aime pas les histoires de personnes atteintes de maladie incurable et justement, Oscar est atteint de leucémie en phase terminale, alors, non, ce n’est vraiment pas « ma tasse de thé »!

J’avais donc au départ une opinion défavorable. Mais le livre m’avais été offert avec un si gentil sourire : « Tu vas voir, ce n’est pas ce que tu penses. » Je l’ai lu, en trois fins de soirée, plus longtemps le dernier soir, car je relisais certaines pages plus touchantes, la boîte de kleenex pas loin… Et oui, j’assume mon prénom!

Je n’ai jamais lu de livre aussi plein de vie, d’espoir. Je le conseille à tout le monde : malades ou bien portants, jeunes et moins jeunes, croyants ou non. Si on ne l’a pas à votre bibliothèque, demandez-le, on se le procurera, ou bien achetez-le, on le trouve dans toutes les librairies et c’est un livre  que vous ne lirez pas qu’une seule fois!

IMG_20160711_0001Oscar et la dame rose, c’est un livre qui fait du bien. C’est doux comme la première neige ou comme l’herbe tendre du printemps, selon ce que vous préférez. Mais aussi c’est fort, ça vous bouscule comme le vent de nordet dans les hautes mers du printemps. C’est vif et ensoleillé, et c’est serein… comme un beau clair de lune sur le fleuve en été.  Parfois, vous riez… et vous avez en même temps les yeux pleins d’eau. Je vous le redis : lisez Oscar et la dame rose… Vous m’en donnerez des nouvelles!

Je vous laisse avec quelques réflexions d’Oscar :

« La plupart des gens sont sans curiosité.  Ils s’accrochent à ce qu’ils ont, comme le pou dans l’oreille d’un chauve. »

« Les gens craignent de mourir parce qu’ils redoutent l’inconnu. »

« Il n’y a pas de solution à la vie sinon vivre. »

« La vie c’est un drôle de cadeau. Au départ on le surestime : on croit avoir reçu la vie éternelle. Après, on le sous-estime, on le trouve pourri, trop court. Enfin on se rend compte que ce n’était pas un cadeau mais juste un prêt.  Alors on essaie de le mériter. »

Et cette réplique de la « dame rose » : « Chaque fois que tu croiras en Dieu, il existera un peu plus. Si tu persistes, il existera complètement. Alors il te fera du bien. »

 Bonne lecture!

© Madeleine Genest Bouillé, 11 juillet 2016