La révolte des canards

Une petite folie, pour la saison de la chasse aux canards…

L’ouverture de la chasse aux canards sur le fleuve, dans notre région, comme chacun le sait, c’est une hécatombe! Les pauvres canards n’ont aucune chance, sinon celle de s’enfuir et de revenir prudemment, deux par deux, en catimini, et seulement en novembre, alors qu’il n’y a plus rien de drôle.

madojac-020Cette année-là, à la fin du mois d’août, les canards tinrent conseil. D’abord, le grand chef « Malard Masqué », un des rares canards adultes ayant survécu à plusieurs journées « d’ouverture » sans perdre une seule plume, ce chef incontesté doit-on dire, fit un discours devant toute la faune ailée rassemblée autour de lui.  Il commença ainsi : « Mes chers concitoyens et concitoyennes, je ne vous apprends rien en disant que la vie en cette contrée est devenue invivable.  Il faut faire quelque chose ! » À ces mots, des bravos et des hourras retentirent dans l’assemblée. Une jeune cane, dont c’était la première réunion, intervint timidement : « Vous avez raison… mais que suggérez-vous? ». Horreur et stupéfaction générale! Quelqu’un avait osé répondre au grand chef  Malard Masqué !  En effet, de tout temps, depuis qu’il s’était institué chef de la colonie, Malard Masqué faisait les questions et les réponses. Pour les paresseux et les indécis, c’était pratique, et pour le chef, c’était ce qu’il avait trouvé de mieux pour assurer sa suprématie.

photos-chasse-2008-002Le grand Malard suprême, interloqué par la réplique, cherchait dans la foule cancanante, quel était celui – ou celle – qui avait osé s’exprimer. La jeune cane leva hardiment l’aile.  Il est important de préciser que cette génération de canards est beaucoup plus évoluée que celles qui l’ont précédée; fini le temps de l’obéissance servile!  Fini le rêve de ces canards d’une autre époque, qui était de se retrouver dans une assiette, quelque part dans un restaurant quatre étoiles, « en sauce à l’orange », sous l’appellation « canard du Lac Brome », alors qu’on n’y a jamais mis les pattes. Maintenant, pour chaque canard, le moindrement cultivé, le rêve, c’est de vivre sa vie de volatile où et comme il le désire, de choisir son compagnon ou sa compagne et de décider ensemble du nombre de canetons qu’on veut avoir, de les élever librement, sans peur, puis de mourir, si possible, de sa belle mort.

Je disais donc que la jeune cane leva hardiment l’aile. Le chef, ayant  repéré la dissidente dans la troisième rangée de droite, finit par répondre : « Vous avez quelque chose à déclarer? »  La jeune cane leva le cou  et répondit poliment et fermement : « Grand Chef, je demandais seulement si vous aviez quelque chose à proposer pour régler ce problème qui menace la vie de nos membres à chaque automne. » Le Grand Malard Masqué commença par se dérhumer, puis, conscient que tous attendaient de lui qu’il prononce des paroles importantes et décisives pour l’avenir de tous, prit la parole : « Mes chers amis, nous devrons tous ensemble, trouver une solution pour sauver  notre colonie.  Il n’y a pas de mystère : ou nous trouvons le moyen de nous protéger contre ces chasseurs sanguinaires ou bien nous devrons fuir et aller vivre là où il n’y a pas d’humains, ce qui est très rare! Je propose donc qu’on forme une commission et qu’on étudie les propositions. Qui appuie? »  Le plus âgé de la colonie, Pilet Boiteux, leva faiblement une aile déplumée.  « Bien, coupa le Grand Chef,  Il y aura cet après-midi, après la sieste, réunion des Aînés, et nous regarderons les possibles possibilités. La séance est levée! »  La jeune cane leva encore une aile frémissante de colère et dit : « S’il vous plaît Grand Chef, je voudrais ajouter quelque chose. » « Encore! », dit d’un ton excédé Grand Malard Masqué, qui n’avait pas l’habitude qu’on conteste sa façon de présider les réunions du conseil.  La jeune cane s’empressa donc de demander à ce qu’un canard de la jeune génération fasse partie de la commission. « J’insiste, les jeunes doivent être représentés. Après tout, nous formons la majorité de la colonie. » Les Aînés se regardèrent, puis ils consultèrent le Grand Malard suprême. Celui-ci sentant la soupe chaude (ce dans quoi il n’était pas prêt à se tremper) dit alors : « Choisissez quelqu’un et qu’il soit présent à la réunion tout à l’heure. » Et enfin, il sortit. Ouf!

img_20160524_0009Comme convenu, après la sieste de digestion que font tous les canards d’un certain âge et surtout ceux d’un âge certain, le Conseil des Aînés se réunit à l’endroit habituel, dans les joncs. Cahin-Caha, un jeune canard à lunettes, vint prendre place parmi l’assemblée. Il avait été choisi en raison de sa vive intelligence, et de son calme, ce dont il aurait sûrement  besoin  dans les discussions avec les Aînés, dont la plupart étaient franchement radoteux. Je vous fais grâce des préliminaires qui traînaient en  longueur et en lourdeur.  Comme on tardait à atteindre l’essentiel de la rencontre, Cahin-Caha leva l’aile et demanda qu’on en vienne aux propositions. Les Aînés regardaient en bougonnant ce jeune freluquet qui les dérangeait  visiblement. Le jeune canard, pas gêné, leva une fois de plus l’aile et dit : « Je propose qu’on sabote le jour de l’ouverture de la chasse. ».  « Comment, de quelle façon? », demandèrent les vieux canards éberlués. « C’est bien simple, nous ne sortons pas de toute la journée. De plus, nous donnons à tous les membres de la colonie cette consigne : interdit de répondre aux « appels » des chasseurs. Nous inventons un code  pour nous rejoindre  seulement en cas d’absolue nécessité.  Plus de traditionnels « coin-coin » ou de « coua-coua ». Un appel secret sera transmis d’une famille à l’autre afin que tous en prennent connaissance. ».

photos-chasse-2008-008Le Grand Malard Masqué lissait ses plumes silencieusement… en regardant tour à tour les membres de son conseil. Tous semblaient intéressés, même Pilet Boiteux qui habituellement s’endormait aussitôt que la séance commençait, étant donné qu’il n’entendait plus très bien. Le Grand Chef y vit un signe… Était-ce possible qu’on vive un automne comme on n’en avait jamais vu? Un automne où on n’aurait pas à pleurer nos morts ni à traîner un contingent de blessés tout au long du voyage vers le sud ? Quel rêve!

Malard Masqué étira le cou majestueusement et dit : « Jeune confrère Cahin-Caha, nous appuyons ta proposition à l’unanimité. Tu devras donc nous apprendre  l’appel secret qui servira à communiquer entre nous, le jour de l’ouverture de la chasse. J’ai parlé! ». Le brillant jeune canard répondit donc : « Quand viendra le moment,  je donnerai le signal en secret à chacun des chefs de famille, qui le transmettra à toute sa couvée… et ainsi de suite, pour  tous les membres de la colonie. »

N’étant pas moi-même un canard, je n’ai évidemment pas été mise au courant de l’appel secret. Nous apprendrons donc tous ensemble, cet automne, si la révolte des canards a porté fruit!

chasse-2012-039

© Madeleine Genest Bouillé, 22 septembre 2016

(Texte paru dans Récits de bord de l’eau en 2008.)

Deschambault à l’envers

Vous avez déjà vu Deschambault à l’envers? Ce que j’entends par «  à l’envers », c’est de regarder notre village du fleuve ou de la rive sud. Au moins une fois par année, j’aime aller me promener sur la route 132, soit en passant par Trois-Rivières ou par Québec. Quand on arrive à Lotbinière par l’est, la rive de ce côté du fleuve étant beaucoup plus élevée, il faut bien en convenir, notre cap Lauzon semble tout petit. C’est pourquoi il est préférable d’aborder Lotbinière par l’ouest. Donnez-vous alors la peine de descendre sur le quai; le coup d’œil sur Deschambault vaut le détour!

Quelques mots sur Lotbinière. Des hauteurs de ses falaises escarpées, notre voisine d’en face offre un visage accueillant. L’agriculture semble y être florissante. Au cœur du village, l’église avec ses deux clochers encadrant le grand roi saint Louis, se dresse fièrement comme une sentinelle. On remarque plusieurs superbes maisons en pierre. Ces constructions diffèrent cependant de nos vieilles maisons de la rive nord. Elles témoignent d’une époque plus récente. Tout d’abord ces demeures sont plus hautes; munies de murs coupe-feu, elles ont généralement deux étages.

Mais regardons un peu  « Deschambault à l’envers »…

img_7210

Cette photo a été prise à l’est du village de Lotbinière, sur le bord de la route, presque à la hauteur de l’ancien phare, lequel à marée basse est relié à l’ilot Richelieu, comme vous pouvez le constater.

img_20160914_0002

Le Moulin du Domaine de Lotbinière s’élève au bas de la côte, à l’est du village. Du quai de Deschambault, on voit très bien cette imposante bâtisse qui date de 1799. Cet ancien moulin à eau est maintenant une résidence privée.

img_20160914_0005

Finalement, il est plus facile de regarder Deschambault à l’envers en chaloupe. Cette photo nous fait voir les résidences et les chalets qui bordent le fleuve à l’est du quai.

img_20160914_0004

Cette photo date de 1984, elle a été prise au large en face du cap Lauzon par une belle journée de juillet où il y avait une bonne brise!

img_20160914_0006

On se souvient des gros travaux qui ont été effectués aux endroits où la route longe le fleuve de très près, comme on peut le constater sur cette portion du chemin du Roy entre le restaurant La Ferme et le Garage Faucher.

img_20160914_0007

Une belle journée d’automne, en 1986! C’était la fin d’une belle promenade sur le fleuve; on approchait du pont de la rivière Belle-Isle… on était donc à la hauteur de ce qu’on appelait autrefois « la Barre à Boulard »!

© Madeleine Genest Bouillé, 17 septembre 2016

N.B. Toutes les photos proviennent de ma collection (© coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Les remèdes de l’ancien temps

Dernièrement, au cours d’une conversation où l’on parlait un peu de tout, quelqu’un a abordé le sujet des multiples « bobos » d’enfant, et surtout des remèdes qu’on apportait autrefois à ces maladies plus ou moins sérieuses. Pour ce qui est des éraflures et coupures, je crois que le remède qui a subsisté le plus longtemps fut le fameux « mercurochrome ». On badigeonnait les blessures de ce beau liquide rouge, qui, contrairement à la teinture d’iode, ne brûlait pas quand on l’appliquait sur une plaie. Le mercurochrome (merbromine), qu’on appelait « le pansement des héros », a été créé en 1917, le brevet appartenait à la firme Juva Santé. Après plus de 80 ans de commercialisation, on a cessé la fabrication de ce populaire liquide rouge, car il présentait, paraît-il, des risques d’empoisonnement au mercure. Quand nos enfants étaient petits, mon époux avait plutôt l’habitude d’enduire les éraflures de gomme de pin, comme sa mère lui avait appris. Comme quoi, dans ce domaine comme dans bien d’autres, chaque famille avait ses remèdes de prédilection, et dans la plupart des cas, depuis plusieurs générations!

z1u7ve1oDans mon enfance, j’ai connu plusieurs remèdes, dont certains plutôt farfelus. Tout d’abord, il y avait une règle que tout le monde observait. Quand on attrapait une des nombreuses maladies infantiles, il fallait absolument administrer au patient une purgation. C’était la panacée. Il semblait important de «  nettoyer » l’organisme, alors on nous faisait prendre soit de l’huile de castor (huile de ricin), ou pire encore, du « sel à médecine ». C’était horrible! Comme je ne faisais jamais les choses à moitié, j’ai eu la rougeole et la coqueluche en même temps. J’ai donc dû passer plus d’un mois au lit, le store baissé, car on disait que si la rougeole tombait dans les yeux, on risquait de devenir aveugle. On était au printemps, il faisait chaud dans la petite chambre à l’étage et, quand les grandes personnes étaient occupées en bas, je me risquais à jeter un œil par la fenêtre, en soulevant le store, surtout à l’heure où les autres enfants s’en allaient à l’école. Une minute, pas plus!  Ça ne devait pas être si dangereux. Puis vint le jour de la purgation. On avait tenté par tous les moyens de me faire prendre le fameux sel à médecine.  Je pleurais, je me débattais « comme un diable dans l’eau bénite », je recrachais l’affreuse potion. J’ai quand même fini par en absorber un peu. Ne me demandez pas si le remède a agi…je ne m’en souviens plus!

smith-brothersPar la suite, je suis restée sujette aux rhumes. Dès qu’il en passait un, je l’attrapais, et ça durait! J’ai essayé tous les sirops, le plus efficace étant évidemment celui qui avait le plus mauvais goût, le sirop Buckley. Presqu’aussi pire que le sel à médecine! Par contre, j’adorais les pastilles Smith, surtout celles à la réglisse, qu’on pouvait se procurer les jours de « magasin » au couvent. Une journée par semaine, les Sœurs tenait un petit éventaire où elles vendaient des cahiers, crayons et aussi des pastilles pour la toux.  J’achetais donc presque chaque semaine une boite de pastilles… jusqu’à ce que la religieuse téléphone chez moi pour savoir si j’avais réellement toujours le rhume. Ce fut la fin de ma thérapie de pastilles! Lors d’un autre rhume particulièrement tenace, on m’avait administré une autre potion assez radicale; il s’agissait d’eau très chaude avec du miel et dans laquelle on avait mis quelques gouttes de térébenthine. Je ne me souviens plus du goût, ni non plus du degré d’efficacité!

Et que dire des « mouches de moutarde »! Quand je vous dis que j’ai testé tous les remèdes pour le rhume… Le cataplasme à la moutarde  était  simplement un morceau de flanelle sur lequel on étendait une pâte faite de moutarde en poudre avec un peu de farine, le tout délayé dans une petite quantité d’eau. On appliquait ce tissu sur la poitrine. Il ne fallait pas garder la « mouche » plus de 15 ou 20 minutes. Quand on l’enlevait, on devait étendre sur la peau de la poudre pour bébé ou du talc, pour éviter la brûlure. Je n’aimais pas non plus cette médecine, car l’odeur de la moutarde me piquait les yeux et me faisait pleurer.

17265787636_12dc9baa12_cIl existait des médicaments  pour tout. Pour le mal de dent, on utilisait de l’huile de clou de girofle. J’en aimais le goût, mais l’effet calmant ne durait pas longtemps. Pour la constipation, on nous faisait prendre du Castoria; ce nom laisse croire qu’il devait bien y avoir de l’huile de castor là-dedans! On frictionnait les foulures et les rhumatismes avec du liniment Minard ou de l’ Antiphlogistine. Pour la digestion, il y avait le lait de magnésie ou tout simplement, un peu de bicarbonate dans un verre d’eau. Comme vous pouvez le constatez, on ne dérangeait pas le docteur pour rien; on avait tout ce qu’il fallait à la maison!

En plus des rhumes, j’avais des saignements de nez intempestifs, fort dérangeants et qui duraient parfois assez longtemps. Quelqu’un avait affirmé que le remède le plus efficace consistait à ramasser au grenier ou à la cave une poignée de fils d’araignée poussiéreux et les appliquer sur le nez du patient ou de la patiente. Quand on a voulu essayer cela avec moi, je me suis évanouie… j’avais – et j’ai toujours – une peur bleue des araignées! Finalement, le meilleur remède est de diluer de l’alun râpé dans un peu d’eau tiède et de le respirer. C’est infaillible!  Mais ce que j’ai connu de mieux, c’était quand M. Lauréat Laplante arrêtait le sang. Il arrêtait aussi le mal de dent. Je n’ai jamais rien compris à cela, mais j’ai eu maintes fois l’occasion de bénéficier de ce don particulier. Décédé en 1967, ce brave homme est certainement au paradis… il l’a bien mérité!

© Madeleine Genest Bouillé, 14 septembre 2016

L’école en d’autres temps

« Les choses ont bien changé… Dans mon temps… »

Plus on avance en âge et plus souvent on se surprend à répéter cette phrase! Par un beau matin, il y a quelques jours, nous étions en auto à l’heure où, un peu partout sur le bord de la route, on voyait des écoliers en attente de l’autobus. En bons grands-parents, on fait la remarque : « Mais ils ont donc de gros sacs à dos! Et comme ça semble lourd! » Et on ajoute : « Ils vont avoir mal dans le dos, plus tard! » C’est vrai qu’ils en transportent des affaires dans ce sac! Pour avoir souvent gardé nos petits-enfants – ce n’est certes pas fini! –  j’ai appris qu’à l’école primaire, en plus des effets scolaires, il y a dans le sac d’école le contenant du dîner et les deux collations, chacune dans son emballage. À l’école secondaire, même  s’ils prennent leur repas à la cafétéria, les sacs sont quand même toujours aussi remplis.

img_20160908_0001Quand j’étais étudiante,  j’étais externe, c’est-à-dire que je me rendais à pied au couvent, où j’ai fait toutes mes études. C’était bien différent de ce que nos jeunes vivent maintenant. D’abord, si le sac d’école était très léger au cours des premières années, il s’est alourdi petit à petit à partir de la  6e année. Les cours commençaient à 8 heures 20  et la classe finissait à 11 heures moins 10. Je retournais dîner à la maison; à midi trente, j’écoutais le début de l’émission radiophonique Le Réveil rural, avec le thème musical dont je me souviens très bien : « C’est le réveil de la nature… tout va revivre au grand soleil… » Une très belle chanson! Mais je reviens à mes moutons, c’est-à-dire, au couvent : à 1 heure moins 10, la cloche sonnait et nous retournions chacune à nos classes, les cours se terminant à 4 heures moins 10. Les grandes de l’Académie – élèves de la 8e à la 12 année – avaient une période d’étude de 4 heures 20 à 5 heures 20.  Durant la demi-heure qui précédait l’étude, les pensionnaires descendaient au réfectoire (on appelait ainsi la salle à manger) pour prendre une collation qui consistait généralement en une tartine de mélasse… sans doute que ce modeste goûter devait être accompagné d’un breuvage. Pour  la plupart des externes, en hiver ou quand la température était moins clémente, nous descendions au vestiaire, pour jaser et déguster le petit « en-cas » qu’on avait apporté de la maison. Quand il faisait beau, on se promenait dans la rue de l’Église et on allait parfois acheter quelques friandises au petit magasin de Mademoiselle Corinne Paris – aujourd’hui la Boulangerie « Soleil levain ».

sainte-enfance_jean_webParlant de friandises, il faut que vous raconte une de mes mésaventures. À l’époque, il existait beaucoup d’œuvres de bienfaisance destinées aux pays qu’on disait « sous-développés » – et qu’on appelle maintenant « en voie de développement ». Dans la même veine, plusieurs congrégations envoyaient des religieux et religieuses pour enseigner et soigner les gens dans ces contrées démunies tout en faisant connaître les bienfaits du christianisme. Les missionnaires avaient besoin d’être soutenus financièrement non seulement par leur communauté, mais aussi par les gens de leur pays, leur village natal. La religieuse qui était titulaire de l’Académie avait justement une sœur qui était missionnaire au Japon. Nous étions donc fortement incitées à contribuer aux œuvres missionnaires, surtout à la « Sainte-Enfance ».  Pour chaque pièce de 10 ou 25 sous, nous recevions une petite carte portant la photo d’un enfant de race noire ou asiatique. On disait qu’on « achetait » un petit noir ou une petite chinoise. On leur donnait un prénom… et c’était à qui aurait le plus d’enfants chinois ou africains!

acfa0Ma famille n’étant pas des plus fortunées, je ne donnais pas beaucoup de sous pour la « Sainte-Enfance », et on me le rappelait un peu trop souvent à mon goût. Surtout que, quand enfin j’avais un petit pécule, il était bien tentant d’utiliser ces quelques sous pour acheter une friandise chez Mademoiselle Corinne. Eh oui! Vous me voyez venir… Un beau jour de mai, il faisait beau, on approchait de la fin de l’année scolaire. J’avais reçu un beau 10 cents, pour je ne sais quel service rendu; on m’avait fortement conseillée de le donner pour la Sainte-Enfance. Mais voilà! Mes amies allaient toutes au petit magasin avant l’étude, j’y suis allée et… je n’ai pas résisté à l’envie de me payer une délicieuse Caramilk. Tout se savait dans cette sainte institution! J’aurais dû m’en douter… ma faute a été dénoncée à notre professeur. J’ai été réprimandée en pleine classe; j’ai reçu une punition, je ne sais plus laquelle, et bien entendu, mon nom a été effacé du tableau d’honneur! Jusqu’à la fin de l’année, fuyant la tentation, je ne suis plus retournée chez Mademoiselle Corinne… mais je n’ai pas non plus acheté ni petit chinois, ni petit noir!

© Madeleine Genest Bouillé, 10 septembre 2016

Chanson triste

Il pleut ce soir, ami, j’ai le cœur gros…
Du ciel noir, la nuit tombe trop tôt.
De larmes contenues,
Mes yeux n’en peuvent plus.
Ah! Que vienne, que vienne demain…
Que mon cœur reprenne vie au frais matin!

Il pleut sur mon âge, j’ai le cœur gros…
Dans mon miroir, le jour éclaire trop
L’histoire racontée
Par mes traits fatigués.
Ah! Qu’il arrive ce lendemain…
Et jeunesse captive au creux de mes mains!

Il pleut sur ma vie, j’ai le cœur gros…
Les journées se sont enfuies si tôt,
Il ne reste d’elles
Que souvenirs rebelles.
Ah! Que passe, ce temps incertain…
Ami, que tu viennes effacer mon chagrin!

Il pleut dans ma tête, j’ai le cœur gros…
Tout est à l’envers, je ne sais trop
Lequel de mes soucis
A mon ciel assombri.
Ah! Que vienne, que vienne demain…
Que ma chanson si triste s’achève enfin!

20140813 114

 

 

© Madeleine Genest Bouillé, septembre 2016

Vénérable… et indispensable

facadeLe 10 septembre prochain, le Couvent de Deschambault fêtera ses 155 ans, je crois donc pertinent de lui décerner le qualificatif de « vénérable »! L’Histoire nous raconte que « l’abbé Narcisse Bellenger, nommé curé dans notre paroisse en 1857, ne concevait pas sa nouvelle paroisse sans couvent. » Dans le temps, quand on voulait une église, un couvent ou un presbytère, tout le monde mettait l’épaule à la roue, la main à la pâte, et on  bâtissait l’édifice dont on avait besoin. Pas plus qu’aujourd’hui, l’argent ne poussait dans les arbres. Aussi on fit des souscriptions, des quêtes et, ce qui était chose courante, il y eut des corvées pour la coupe, le charroyage du bois de charpente et tous les autres travaux. Dans l’Histoire, on lit que « …finalement, en septembre 1861, les paroissiens de Deschambault contemplaient l’œuvre qu’ils avaient édifiée de leurs mains et de leurs biens. »  Il s’agissait alors d’une maison de pierre de cinquante pieds par trente-trois. Le toit en croupe était recouvert de bardeaux, la façade étant de pierre taillée. Dans l’album-souvenir du Centenaire, il est écrit ceci : « Le 10 septembre 1861, accompagnée de leur Mère Marcelle Mallet, les trois premières religieuses de la congrégation des Sœurs de la Charité de Québec arrivent à Deschambault. Qui sont-elles? Sœur Sainte-Thérèse, supérieure, (Célina Gingras), Sœur Saint-Louis-de-Gonzague (Philomène Boissonnault) et Sœur Marie-de-la-Visitation (Mathilde Aubut). Les religieuses habiteront le Vieux Presbytère jusqu’au 23 septembre, date où elles reçoivent leurs premières élèves, qui étaient au nombre de 50 et formaient deux classes. Huit mois plus tard, elles seront 104, dont 26 pensionnaires. Une quatrième religieuse viendra prêter main-forte, il s’agit de Sœur Marie de l’Annonciation (Célina Baillargeon), qui sera enseignante pour une troisième classe. »

Couvent de Deschambault, autour de 1950

Couvent de Deschambault, autour de 1950

En 1872, on fait une première rallonge qui n’est pas en pierre, mais en bois. En 1884, une deuxième rallonge dans le même style donne au couvent son aspect actuel. Toit mansardé, sur trois versants, vingt-quatre lucarnes, trois cheminées, un clocher. La galerie  est  entourée d’une balustrade  faite d’un treillis de bois à motifs géométriques, de style Regency. Au début, le couvent est une maison d’enseignement destinée  uniquement aux filles. Étant en milieu rural, on exclut des cours les « arts d’agrément »  pour faire place au jardinage et à l’horticulture… plus utile croit-on pour de futures femmes d’agriculteurs! Dans cette veine, en 1864, on plante  plus de 400 arbres fruitiers et on crée un immense jardin. On pratique aussi l’art culinaire. Et graduellement, la musique, le dessin, le théâtre viendront s’ajouter aux matières scolaires de base.

Extrait classe centenaire du couvent Deschambault 1961Le pensionnat recevait des élèves, non seulement de la région immédiate de Portneuf, mais d’aussi loin que l’Abitibi et de toutes les régions du Québec. On y comptait majoritairement des filles, de la 1ère à la 12e année, et aussi, à partir des années 40, des garçons, de la 1ère à la 6e année.  À l’époque où j’ai été étudiante, au troisième étage,  à part les dortoirs, il y avait trois classes, celle des 1ère, 2e et 3e années, celle des 4e et 5e années et enfin, la classe des 6e et 7e années, la 7e étant l’année du premier certificat d’études. Au 2e étage, la classe des grandes, appelée « L’Académie », regroupait les filles de la 8e à la 12e année jusque vers la fin des années 50, où on enleva la 12e année. La salle de musique est toujours au même endroit; la grande salle était la salle de récréation des filles pensionnaires et servait aussi pour les festivités. Les garçons pensionnaires utilisaient la pièce qui est à l’avant de la bibliothèque comme salle de récréation.

Jadis, les salles à manger s’appelaient des « réfectoires ». Ces pièces se trouvaient au rez-de-chaussée, celui des filles étant dans la salle dite « de pastorale », celui des garçons,  dans la salle à l’arrière du vestiaire (à côté du lavoir). Les religieuses prenaient leurs repas dans la salle au fond de la bibliothèque, la cuisine étant dans le local du Centre Internet (occupé par la CJS au cours de l’été 2016).

Page couverture de l'album souvenir du centenaire , 1961.Le Couvent a célébré son centenaire  en juillet 1961. Les dames du Conseil de l’Amicale, avec la participation des religieuses du Couvent, avaient organisé des festivités comme il était alors de mise pour une fête de cette envergure : messe solennelle, jeu scénique avec récital de la chorale des élèves anciennes et actuelles. Le jeu scénique présenté à l’extérieur avait pour titre : Phare sur la côte. C’était grandiose!

Le Couvent a été une maison d’enseignement jusque vers la fin des années 60, après la centralisation des écoles, la création des polyvalentes et des cégeps. Même après, la grande maison n’était cependant pas déserte puisque plusieurs religieuses y demeuraient encore. Quelques-unes ont œuvré dans les écoles primaires de Deschambault et de St-Marc-des-Carrières, comme enseignante, directrice et secrétaire. D’autres visitaient les malades, on se souviendra de Sœur Lucienne Bertrand qui a ouvert un premier vestiaire pour les familles moins favorisées. Et, il est important de le mentionner, l’école de musique a continué de favoriser l’éclosion des talents chez les jeunes et les moins jeunes, puisqu’on y accueillait des élèves de tout âge… tout comme aujourd’hui!

Extrait chapelle Centenaire du couvent Deschambault 1961

En 1986, pour le 125e anniversaire, une journée de festivités organisée par le Conseil de l’Amicale avait rassemblé quelques centaines d’anciens élèves. La fête avait débuté comme il se doit par une messe suivie d’un repas pour lequel on dut réquisitionner  quelques locaux en plus de la grande salle… la participation des anciens élèves avaient dépassé nos  prévisions! Une dernière rencontre a eu lieu à la fin de juin 1994, alors qu’on saluait les dernières religieuses qui retournaient à Québec. Après une messe  où  les cantiques d’autrefois alternaient avec la liturgie moderne, un hommage a été rendu à toutes ces femmes  qui, depuis 1861, ont consacré leur vie et leurs talents à l’éducation des jeunes filles et garçons. Une belle rencontre, quoiqu’inévitablement nostalgique!

En 1994, la Municipalité achetait le Couvent. On y a installé le bureau de la Fabrique Saint-Joseph-de-Deschambault, un Vestiaire qui continue l’œuvre de Sœur Lucienne Bertrand, et l’École de musique, qui porte maintenant le nom de Denys Arcand. Depuis 1995, la Biblio du Bord de l’eau occupe deux des locaux du rez-de-chaussée. Le Couvent est toujours bien vivant… et comme on peut le constater, il est indispensable à la vie communautaire du milieu.

© Madeleine Genest Bouillé, 2 septembre 2016

Des bulles de bonheur

IMG_20160826_0002Il était une fois un jeune couple tout récemment mariés. Ils vivaient dans une maison  beaucoup trop grande pour deux personnes. Heureusement, beaucoup de gens passaient  dans cette maison « pour affaires », et ce, cinq jours par semaine. Mais, ça n’était pas assez. Comme il arrivait souvent en ces années-là, un premier bébé fit son arrivée, un beau dimanche d’avril. C’était un garçon, et déjà, il prenait beaucoup de place dans la vie et le cœur de ses parents. Très vite, il a grandi, il a appris à marcher, à parler… Avec maman et papa, il découvrait tout plein de choses; chaque jour qui passait, apportait des bulles de bonheur…

IMG_20160826_0003On n’allait pas en rester là. Un jour, on lui apprit qu’il aurait un petit frère, mais pas tout de suite. Il trouvait l’attente longue, mais enfin, le bébé fut là. Il le trouvait bien petit… certainement, il faudrait attendre qu’il grandisse un peu avant de pouvoir jouer avec! Sur cette photo, Patrick est déjà rendu à trois mois et avec son frère, il se fait bercer par Papa. Le grand frère n’est pas inquiet; il sait bien que sur les genoux de papa, il y a de la place pour les deux garçons! Ces moments avec Papa, ce sont d’autres bulles de bonheur… même si Papa fume une cigarette en berçant ses fils! Parfois il fume aussi la pipe; et Jean-Marc a bien hâte d’être grand, pour fumer comme Papa! On est en 1967! Les campagnes anti-tabac ne font pas encore beaucoup d’adeptes. Disons cependant que le papa en question faisait quand même attention de ne pas « enfumer » les petits.

IMG_20160827_0001Ça grandit vite ces petits bonshommes! On voit ici le garage-hangar qui occupait une grande partie du terrain derrière la maison. Comme tous les enfants, nos deux moussaillons adoraient jouer dans la neige. Ils s’inventaient des jeux… et quand ils rentraient, le chocolat chaud et les tartines étaient très bienvenues, pendant que maman faisait sécher les habits de neige et les mitaines. Le soir, on avait à peine le temps de raconter une histoire… ils dormaient déjà, rêvant sans doute à ces nouvelles bulles de bonheur que l’hiver leur faisait découvrir!

IMG_20160826_00041971 : dernier hiver dans la grande maison. Depuis juillet 1969, il y a maintenant un troisième petit garçon. Éric n’a pas encore deux ans… mais déjà il veut suivre ses grands frères; on l’entend sans cesse répéter : « Mia aussi! »  Même si ses frères ne se gênent pas pour lui jouer quelques vilains tours, toujours, il tient à être de la partie. Je n’ai pas besoin de préciser que les parents étaient très fiers de leurs trois petits mousses! Les bulles de bonheur, ce n’est pas seulement pour les enfants!

IMG_20160826_0006Noël 1974. Il y a un peu plus de trois ans que nous habitons ce qui sera notre deuxième foyer, celui où nous demeurons toujours. Les enfants se sont bien adaptés aux changements. La maison est plus petite, mais elle est chaleureuse et il y a beaucoup d’espace à l’extérieur pour jouer. Il y a des cousins tout près, le fleuve en face, des champs derrière… Ce sont de nouvelles bulles de bonheur! Les trois garçons vont à l’école : Jean-Marc est en quatrième année, Patrick, en deuxième et Éric est à la maternelle. Les parents leur ont dit qu’au printemps, ils auraient un petit frère ou une petite sœur. On leur a même fait choisir chacun un prénom : Jean-Marc a choisi un prénom de garçon, « Yves », Patrick a suggéré un prénom de fille, car à l’école, pendant l’Avent, on a raconté une belle histoire avec une fillette qui s’appelait Marie-Noël… Éric, pour sa part, espère que ce sera un petit frère et il veut l’appeler Goldorak!

IMG_20160826_0007Novembre 1975. La dernière-née de la famille est arrivée un beau jour de mai… Le ciel faisait miroiter ses plus belles bulles de bonheur! On a respecté le choix qui avait été fait à Noël dernier, la petite fille se prénomme Marie-Noël. Les garçons regardent le nouveau bébé… ce n’est pas de sitôt qu’on pourra jouer avec! Ils commencent quand même de temps à autre à essayer de la faire rire, à lui faire des grimaces, qui la font plutôt pleurer. Et, de fil en aiguille, la petite sœur prend sa place dans la famille… Pour les parents, comme pour les enfants, les bulles de bonheur continuent de répandre leurs reflets irisés,  en autant qu’elles ne rencontrent pas trop d’obstacles!

DSC02450Juin 2014. Je termine avec encore des bulles. Les années ont passé. Le 24 juin, c’est la Saint-Jean! Et en plus, cette année-là, Grand-Maman et Grand-Papa fête leur 50e anniversaire de mariage. Il y a maintenant neuf petits-enfants, ça en fait des bulles de bonheur! Sur cette dernière photo, on voit Éric avec Jade, la fille de Jean-Marc, qui font des bulles avec les autres membres de la famille (qu’on ne voit pas). Il avait plu dans la journée et après le souper, le ciel dégagé avait donné lieu à une envolée de bulles! Quelle façon ingénieuse de terminer une fête!

© Madeleine Genest Bouillé, 30 août 2016

Notre premier « chez-nous »…

IMG_20160821_0002Dans les années 60, la mode était au style scandinave. Comme je l’avais mentionné déjà  dans un précédent Grain de sel, avant notre mariage, nous avions été magasiner notre mobilier à Cap-Santé chez Meubles Gaston Perron. On achetait  l’ensemble trois pièces : salon, cuisine et chambre à coucher. Le réfrigérateur, la laveuse (à tordeurs), de même que le téléviseur provenaient de chez Naud Électrique, à Deschambault. Nous n’avions pas à acheter le poêle, puisque nous reprenions celui qui était déjà dans la maison. Nous étions fiers de nos achats… C’était tout nouveau, tout beau! Je ne me souviens plus où j’avais acheté les tentures du salon, je me rappelle cependant que pour la cuisine et la chambre à coucher, j’avais acheté du tissu et ma mère avait cousu les rideaux. Dans un prochain Grain de sel, je vous parlerai de notre premier Noël chez nous! Des moments de pur bonheur!

IMG_20160821_0001La maison était grande; et cela même si le salon double était dévolu aux locaux de la Caisse Populaire. Habituée que j’étais à la vieille maison de mes parents, surchargée de meubles hétéroclites, je trouvais que notre premier nid semblait vide… Au début nous n’habitions que le rez-de-chaussée; c’est pourquoi, sur la première photo, on voit notre aîné âgé de deux mois, installé sur le grand divan orange à quatre places. La cuisine et le salon tenaient dans la grande pièce, qui est en fait, la première rallonge ajoutée à cette maison. Le premier automne, j’ai eu mon piano, qui était placé dans le salon double; je ne pouvais donc en jouer que lorsque la Caisse était fermée. La pièce à l’arrière (deuxième rallonge) a été utilisée comme chambre à coucher jusqu’à l’automne 1966, alors que nous y avons aménagé notre salon, comme on peut le voir sur la deuxième photo. Les tentures et le fauteuil, comme le divan, étaient de couleur orange… on n’y échappait pas. C’était LA couleur à la mode! On avait peint deux des murs en brun et les deux autres étaient  blancs. Nous avions aussi fait l’acquisition d’un meuble stéréo – radio et  tourne-disque. Comme je n’ai pas de photo de ce meuble, assez volumineux, j’ai trouvé une image lui ressemble.

93561603_o

retro-telephone-tableDans le temps, il y avait souvent des soirées de cartes, des « Euchre »; chaque association  organisait le sien, qui était la principale levée de fonds annuelle. L’année avant notre mariage, j’avais justement gagné lors d’une de ces soirées une table à téléphone munie d’un siège et d’une lampe avec abat-jour. Je n’ai pas de photo où l’on voit bien ce petit meuble, alors j’ai trouvé ce modèle, de la même époque, sauf que celui-ci n’a pas de lampe et le mien était de couleur beige. J’étais tellement contente d’avoir gagné ce prix. Je ne savais pas encore où nous irions demeurer; la date du mariage n’était même pas fixée, mais pour moi, où que ce soit, il y aurait certainement une place pour mon petit meuble que j’imaginais si pratique! Ironie du sort, quand nous avons fait installer le téléphone dans la maison où nous habitions, j’ai demandé un téléphone mural, pour qu’il ne soit pas à la portée des enfants – il ne faisait pas de doute que nous aurions des enfants! Je vous explique la raison de cette décision. Quand je travaillais au central du téléphone, il y avait plusieurs lignes « groupe » où parfois 8 ou 10 familles avaient le même numéro de téléphone, chacun étant identifié par une sonnerie différente. Par exemple, sur la ligne 12, il y avait 12-12, ce qui signifiait que la sonnerie devait être 1 grand coup, 2 petits, tandis que 12-21, c’était l’inverse et ainsi de suite. Au 2e Rang, les groupes étant encore plus nombreux; quand un enfant s’amusait à jouer avec le téléphone, ça pouvait perturber tous les usagers qui étaient sur cette ligne, puisqu’ils ne pouvaient pas utiliser leur appareil. Je n’avais pas oublié les problèmes que j’avais eus au central et comme j’avais ragé parfois (évidemment, quand la ligne était fermée). C’est pourquoi mes enfants ont dû attendre l’âge scolaire avant de répondre au téléphone; pour moi, le téléphone, ce n’était pas un jouet.

En avril 1965, naissait notre premier enfant. Il fallut donc acheter un lit, une petite commode, que j’avais décorée avec des dessins autocollants, ainsi qu’une chaise haute, un parc et un petit siège qui servait aussi pour l’auto. On était loin alors des sièges que les enfants utilisent aujourd’hui… Surtout que dans l’auto, la plupart du temps, on tenait le bébé sur nos genoux! Et personne n’était attaché… autre temps, autres mœurs!

IMG_20160822_0002Pour en revenir à ma fameuse table à téléphone, nous l’avons utilisée, bien que pas pour y déposer un téléphone. À partir de 1970, je ne la vois plus sur les photos, et c’est normal.  Après la naissance de mon troisième bébé, quand j’étais occupée avec le poupon, mes deux aînés s’en donnaient à cœur joie avec tout ce qui leur tombait sous la main. Ils faisaient des trains, des cabanes, des chars d’assaut, n’importe quoi, et ils avaient une préférence pour la petite table à téléphone, sans téléphone! Elle a donc disparu dans la tourmente je ne sais plus trop quand. Et nous n’avons même pas pensé à la regretter!

© Madeleine Genest Bouillé, 24 août 2016

Mon vieux sac d’école

Autant le dire que le penser : je n’aime pas la rentrée! Du plus loin que je me souvienne, je n’ai jamais eu hâte que l’école recommence. Ni pour moi, ni pour mes enfants quand vint leur tour. Je crois que j’ai trouvé d’où ça vient.  Voici,  j’étais en 4e ou en 5e année. Chose certaine, je n’étais plus dans la classe des petits –  la classe des  1ère, 2e et 3e années, celle de Mère Ste-Flavie. On m’avait acheté un sac d’école tout neuf pour la rentrée. Auparavant, j’avais eu des petits sacs en imitation d’imitation de cuir – du carton, en fait. Tout juste si ça faisait l’année scolaire. Mais là, j’avais un vrai sac qui devait me durer tout au long de mes années d’études… et il a duré!

Maison de mon grand-père, Edmond "Tom" Petit, en 1903.

Maison de mon grand-père, le cordonnier Edmond « Tom » Petit, en 1903.

C’était un énorme sac en vrai cuir noir, épais, sans aucune garniture, avec un compartiment pour le coffre à crayons et deux longues courroies. Je le revois encore, je sens son odeur : la même que celle qui régnait dans la boutique de cordonnerie de mon grand-père. Je me souviens de la texture rugueuse, laquelle s’est je l’avoue, adoucie à l’usure. Quand j’étais petite, je n’étais pas grande et ce sac presqu’aussi gros que moi me battait les mollets à chaque pas. J’étais très timide et je me sentais ridicule avec mon  grand sac pas comme celui des autres petites filles.

Mon sac a vieilli avec moi; il était moins disproportionné à mesure que je grandissais. Mais s’il ne s’usait pas, à la longue, il était devenu encore moins beau – l’avait-il déjà été? Il m’a suivie tout au long de mes années d’études. Et je suis bien certaine maintenant qu’il a effacé pour moi les quelques charmes que pouvait avoir la rentrée scolaire.

Couvent de Deschambault, autour de 1950

Couvent de Deschambault, autour de 1950

Au couvent, nous portions un uniforme. Au cours des premières années, il s’agissait d’une robe noire à manches longues, avec jupe à plis plats, la seule décoration étant une fine bordure blanche, de dentelle ou de toile, à l’encolure et au bord des manches.  Il va sans dire que cette garniture se devait d’être toujours immaculée… il fallait donc la découdre souvent pour la laver et la repasser et ensuite la recoudre à petits points, à la main, vous pensez bien! Plus tard, nous avons porté la tunique grise avec chemisier blanc, manches longues, toujours, et le « blazer » marine.  C’était ce qui se faisait de plus moderne!

Mado 1951L’uniforme était pratique en ce sens qu’il avait l’avantage de réduire la possibilité de compétition en matière de vêtements pour les filles surtout. Ainsi, les seules  nouveautés qu’il nous était permis d’exhiber à chaque début d’année étaient les cahiers, crayons et surtout un nouveau sac d’école! Comme j’enviais mes compagnes de classe qui arrivaient en septembre avec un beau sac coloré, décoré de bandes contrastantes, un sac à la mode! J’ai bien essayé de trouver de bonnes raisons pour demander un sac neuf, mais ça ne marchait jamais. On me disait : « Tu as le meilleur sac qui soit, c’est du bon cuir de vache; ces petits sacs à la mode, c’est bon à rien! »  Hélas, dans mon temps, les parents avaient toujours raison!

À la fin de mes études, je l’ai caché bien loin au grenier. Quelques années après mon mariage, ma mère ayant trouvé le fameux sac, me le remit en disant d’un air amusé : « J’ai trouvé ton sac d’école… je me suis dit que tu devais bien vouloir le garder en souvenir ». J’avais laissé dedans  plusieurs livres et cahiers. J’ai fait disparaître le manuel de mathématiques et j’ai gardé les autres, surtout mon livre de Lectures littéraires, et mes cahiers de rédaction. Quant au sac, je l’avais si bien rangé que lors de notre déménagement en 1971,  je l’ai oublié!

C’est de l’histoire ancienne, mais il fallait que je vous la raconte. Si mes enfants ont manqué de motivations pour la rentrée scolaire, c’est assurément la faute de mon vieux sac d’école…

© Madeleine Genest Bouillé, 19 août 2016

(Tiré d’un texte rédigé pour l’un de mes livres).

De choses et d’autres…

De choses et d’autres, quelques images inspirées par le fleuve et la navigation…

1961 :
Nos marins… On les voyait rarement à leur travail, sauf pour les épouses qui allaient parfois rendre visite à leur mari sur le bateau quand il était à quai. Sur la première photo,  on est sur une barge, à l’avant, et on regarde vers l’arrière. Je ne saurais décrire les « gréements », mais, c’est le temps de chanter : « Partons la mer est belle! » Sur l’autre photo, trois marins posent sur le même bateau sans souci du roulis ou du tangage… Vous vous doutez bien que cette photo m’a été donnée par le gars qui est au milieu.

1964 :
Quand on parle des « chaînes de roches », au large devant le cap, cette photo d’un navire qui descend le fleuve à marée très basse illustre bien cette particularité qui autrefois, rendait la navigation difficile. Imaginez ce que ça devait être jadis avant que le chenal soit creusé. Quand, dans les écrits des « anciens », on lit que «… à la hauteur de Deschambault, le fleuve est barré par un amoncellement rocheux qui faisait jadis une chute aussi haute que la cataracte du Niagara. Il s’agissait d’une descente en escalier, d’où, partant de 35 pieds d’eau à marée basse, on arrivait à la Pointe du Platon à environ 60 pieds d’eau. Cette descente rapide provoquait en surface du fleuve un remous aussi fort que dangereux appelé Rapides du Richelieu ». On comprend alors qu’autrefois, la navigation dans le fleuve était dangereuse, d’où la nécessité de construire un phare.  Aujourd’hui tout est beaucoup plus sécuritaire, mais il demeure que le courant entre la Barre à Boulard et la Pointe du Platon est toujours aussi « rapide »! Vous est-il déjà arrivé « d’écouter » la marée au gros baissant, entre la halte routière et le quai? Vous m’en redonnerez des nouvelles…

1967 :
De la rue St-JosephQuand j’étais jeune maman, il m’arrivait comme toutes les mères, de promener mes petits garçons. En cette belle journée d’automne 1967, le bébé avait environ sept mois, tandis que l’aîné avait 2 ans et demie. Le paysage ne devait pas tellement leur importer… ils étaient seulement heureux de faire une promenade! La vue qu’on a du fleuve quand on déambule sur notre ancienne « petite route » est toujours aussi magnifique!

 

© Madeleine Genest Bouillé, 16 août 2016