Une belle histoire…

Aujourd’hui, 6 janvier, c’était l’Épiphanie. Je dis « c’était » parce qu’il est bientôt 23 heures, donc, ça achève. À la messe, on a chanté quelques cantiques du temps des Fêtes…c’était la dernière fois d’ici à Noël, dans un peu moins de 12 mois.  Je ne sais pas si vous êtes venus voir la crèche à l’église, pour ça aussi, c’était votre dernière chance, tout devra être défait pour dimanche prochain.  Autrefois, on avait comme on dit un « lousse » entre la Fête des Rois et le Baptême de Jésus, qui comme on le sait a été baptisé à l’âge adulte.  Maintenant, il n’a pas le choix, il grandit vite, dimanche le 13, c’est le Baptême et ensuite, vas-y mon homme, c’est la vie publique qui commence!

À l’homélie, notre pasteur suppléant, nous a raconté la visite des Rois Mages, qui étaient de grands savants, venus adorer Jésus dont ils avaient été avertis de la naissance, d’une façon pas ordinaire. Ces Mages avaient vu une étoile pas comme les autres, plus brillante, qui se déplaçait vers l’est, ou l’Orient, comme vous voulez. Ils ont donc suivi cette étoile…Imaginez, en 2019, trois hommes ou trois femmes, si vous préférez, qui partent en plein hiver pour une destination inconnue, parce qu’ils suivent une étoile. Juste ça, c’est déjà de la science-fiction!  L’histoire nous dit ensuite que l’étoile s’est arrêtée au-dessus d’une grotte, ou une étable. Dans « Emmanuel à Joseph à Davit », écrit par Antonine Maillet en 1975, c’est une cabane à pêche sur la glace.  Enfin, quel que soit le lieu, ils demandent aux gens où est le Roi des Juifs qui est né cette nuit. M’est avis, qu’au pas lent des chameaux, ça devait bien faire une couple de semaines qu’il était né, le petit. Mais ce n’est pas ça qui est important.  Le roi Hérode – un ancêtre de Donald Trump – avait des informateurs un peu partout. Il fait donc dire aux grands savants de venir l’aviser quand ils auraient trouvé l’endroit où était cet enfant, futur roi, pour qu’il puisse lui aussi aller l’adorer. Plus « crasse » que ça, ça se peut pas!

Dans l’Histoire Sainte qu’on étudiait dans ma jeunesse, on avait appris qu’Hérode était un méchant roi, tellement tordu qu’ayant appris dans les Écritures (qu’il lisait pour se renseigner) qu’un nouveau roi naîtrait dans son pays, il n’avait pas pris de chance et il avait fait tuer tous les petits garçons de moins de deux ans.  Moi, j’ai pour mon dire qu’il a bien dû y en avoir une couple qui ont été réchappés! Quand même! Enfin, c’est ainsi que dans les Écritures on lit : « Avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, les mages regagnèrent leur pays par une autre chemin. ». Aux leçons de catéchisme, on nous avait raconté cet épisode de la vie de Jésus d’une autre façon. On nous disait qu’un ange messager – à l’époque, c’était très populaire – enfin, un ange avait averti ces messieurs qu’ils devaient se méfier du roi Hérode et changer d’itinéraire pour le voyage de retour, ce qu’ils ont fait, respectant ainsi le cours de l’Histoire.

Vraiment, je trouve qu’on en saute pas mal de bouts, de cette fabuleuse histoire.  Il s’en passe des choses, avant le baptême de Jésus!  Il y a la fuite en Égypte.  Encore là, il y a un ange qui a dit à Joseph : « Ramasse tes affaires, ta femme et le petit, attelle ton âne, puis vas-t-en d’ici au plus vite. Il y a Hérode qui est viré fou puis qui veut tuer tous les petits gars ». C’était pas une petite trotte, de Bethléem jusqu’en Égypte! Joseph, il l’avait solide, la foi!  Ensuite il y a eu le massacre des enfants…ça je veux bien qu’on en passe des bouts. Enfin, après la mort d’Hérode, il y a encore un ange – ça doit être le même, je suppose – qui va en Égypte dire à Joseph : « O.K. Tu peux revenir au pays, Hérode est mort, il n’y a plus de danger. Mais pour être plus sûr, va donc t’installer en Galilée, à Nazareth, les logements sont pas trop chers et il y a de l’ouvrage pour un menuisier. »  Bon, admettons que c’est pas écrit tout à fait comme ça, dans les Écritures, mais en gros ça veut dire la même chose. Il y a aussi la fois, quelques années plus tard, quand Marie et Joseph ont perdu Jésus dans le Temple.  Quand ils l’ont trouvé en train de prêcher comme un père Jésuite, il me semble qu’ils ont dû se dire : « Ah non! Pas déjà!  On n’a pas fini avec lui! »

 Vraiment, l’Épiphanie, c’est seulement une partie d’une bien belle histoire!  Et même si le gâteau des Rois avec le pois et la fève ne s’y rattache que de très loin, c’est une  façon  agréable de fêter  ce dernier jour du temps des Fêtes!

© Madeleine Genest Bouillé, 6 janvier 2019

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La fête des Rois

Quand vous lirez ce texte, je serai en train de récupérer ma main droite qui aura été opérée pour ce qu’on appelle le « tunnel carpien ». Ne me demandez pas de précision, je n’ai pas beaucoup de notions pour tout ce qui touche l’architecture du corps humain et ses problèmes. Je sais cependant que ce tunnel (ou canal) est dans la main. Il arrive, paraît-il, qu’un tendon, pour une raison connue de lui seul, écrase le fameux canal ou tunnel et cause des problèmes, entre autres, l’engourdissement de la main et surtout, le fait que ceci s’accompagne d’une diminution de la force et de la dextérité de cette main.  Voilà! Fin de la leçon d’anatomie.

Avez-vous fêté les Rois? Samedi le 6, lors d’un souper chez mon troisième fils Éric, nous avons fêté comme il se doit cette dernière étape du temps des Fêtes. Dans le gâteau cuisiné par ma belle-fille Catherine, était cachée une fève, laquelle a été trouvée par mon petit-fils Samuel qui, à sept ans, s’est retrouvé roi pour l’occasion! Inutile d’ajouter qu’il portait fièrement sa couronne! Il aurait été évidemment trop long d’expliquer aux enfants l’histoire de cette fête qui, du temps où j’allais à l’école, marquait la fin des vacances de Noël. C’est une histoire compliquée et sûrement aussi irréelle pour les enfants des années 2000 que les personnages de leurs jeux intergalactiques.

Illustration de la visite des Rois Mages. Tableau attribué à Jean-Baptiste Roy-Audy intitulé « L’adoration des mages », à l’église paroissiale.

La fête religieuse qu’on appelle l’Épiphanie nous rappelle justement cette belle histoire où trois mages venus d’Orient, des savants qui connaissaient les étoiles et tout ce qui peuple le firmament, sont partis, guidés par une étoile qui brillait d’un éclat sans pareil.   Ces étrangers de race différente, nous a-t-on dit, se sont rendus jusqu’à la crèche où un petit enfant était couché sur la paille, avec sa mère, son père et des bergers qui faisaient paître leurs moutons dans ces parages. Ces hommes qu’on a appelé « rois », parce qu’ils étaient vêtus de somptueux habits, apportaient en cadeau à cet enfant de l’or, de l’encens et de la myrrhe… Un vrai conte de fée! Aussi irréel qu’Ali-Baba et Blanche-Neige! Une famille pauvre, sans abri ou presque, et on leur donne des trucs qui ne leur servira à rien. Bon, quand on étudie cette histoire, on nous parle de ce que représentent ces présents qui sont plutôt symboliques. Je veux bien y croire parce que j’aime les beaux contes. Mais admettez que ce n’est pas très réaliste.

La fête des Rois, c’est le côté « conte de fée » de l’histoire de la naissance de Jésus. Dans notre enfance, en ce jour des Rois, on aimait surtout aller voir la crèche après la messe et contempler ces beaux personnages, dont l’un est noir, l’autre vaguement jaune et le troisième figure un vieillard, au teint pâle et à la barbe blanche. Ces mêmes personnages   qui étaient dans la crèche ce matin à l’église… Si vous n’avez pas vu notre crèche cette année, je suis désolée, mais c’était la dernière chance! On va la défaire dans quelques jours. Parce que la liturgie ne parle pas longtemps de la petite enfance de Jésus et les Rois Mages sont repartis assez vite, en faisant bien attention pour ne pas retourner voir le méchant Hérode qui avait, selon l’Histoire, de très mauvaises intentions. Mais je m’arrête là pour le cours de religion.

Crèche à l’église de Deschambault (photo: P. Bouillé).

Dans ma mémoire, la fête des Rois est teintée d’une certaine nostalgie. Dépendamment du jour de la semaine où se situait le 6 janvier, parfois l’école recommençait le lendemain ou le jour d’après. Maman cuisait le traditionnel gâteau dans lequel elle plaçait une fève et un pois; elle s’arrangeait pour repérer le pois et la fève car chez nous, les garçons étaient pas mal plus nombreux que les filles. Et ma sœur avait fabriqué deux couronnes pour la reine et le roi. C’était une belle fête. Mais on ne pouvait s’empêcher de penser que ce jour marquait la fin des vacances de notre père, qui repartait le jour même ou celui d’après pour Montréal. Il ne reviendrait qu’aux « jours gras » comme on disait dans le temps. Et les « jours gras », c’était la veille du Carême. C’était le cycle qui recommençait! Mais c’était jour de fête, on mangeait le gâteau des Rois, on taquinait le roi et la reine; on s’amusait. Et on ne parlait pas de ce départ imminent, mais il flottait un je ne sais quoi qui atténuait un peu la joie de la fête… comme quand on allume une bougie déjà à moitié consumée.

© Madeleine Genest Bouillé, 7 janvier 2018