Images d’une autre époque

J’ai un jour reçu plusieurs albums de photos. Les plus vieilles datent des années 30 et les plus récentes, de la fin des années 40. La personne qui possédait ces photos n’écrivait que rarement la date, soit à l’endos de l’image ou dans l’album et il n’y a aucun fil conducteur. J’en ai déjà publié avec quelques-uns de mes « grains de sel ». Cette fois, j’ai fait une sélection plus variée, en me guidant sur mes préférences ou sur des personnes ou des lieux qui me rappelaient quelque chose.

* * * * *

Pour débuter, deux photos qui datent des années 30; on y voit madame Élise Proulx, épouse de monsieur Marcellin Thibodeau. Sur la première image, elle pose fièrement sur la galerie de sa maison, aujourd’hui le 215 sur le Chemin du Roy. La belle décoration de la balustrade a malheureusement été changée quelques années plus tard. La deuxième photo a été prise à l’arrière de la maison, alors que madame Thibodeau surveillait le savon en train de bouillir dans le gros chaudron. Je me souviens, quand j’étais enfant, d’avoir assisté à la fabrication du savon… on nous interdisait d’approcher de l’énorme marmite qui, pour nous, était un vrai chaudron de sorcière!

Vous reconnaîtrez sûrement cette maison à logements située au cœur du village. D’après les vêtements, on doit pouvoir situer la photo au début des années 40. Des travaux sont en cours… mais je n’en sais pas plus long. Je reconnais le propriétaire de cette maison, monsieur Louis Marcotte – l’homme en chemise blanche avec bretelles et cravate – ainsi que son épouse, Béatrice Naud, debout sur une marche de l’escalier. À l’époque, madame Béatrice chantait à l’église et dans les soirées organisées par l’une ou l’autre association paroissiale. Elle avait une jolie voix et elle était très en demande, dans les mariages surtout. Elle aimait beaucoup les enfants, n’en ayant jamais eu. Alors elle nous invitait chez elle et elle nous apprenait des chansons… nous ne nous faisions pas prier étant donné qu’elle avait toujours des bonbons pour nous récompenser!

maison-louis-marcotte

Maison Louis Marcotte, années 40 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Une photo datée du 1er janvier 1941. Lauréat Laplante avait installé sa cabane sur la glace, comme on peut le constater. Je ne sais si la photo a été prise avant ou après la pêche. M. Laplante pose ici avec son beau-frère, Paul Thibodeau, et leur neveu, Paul Jr. Thibodeau. Il ne semble pas faire trop froid… ou c’est qu’on a déjà commencé à prendre le  petit  « remontant », que tout pêcheur doit toujours avoir dans son attirail !

Cabane à pêche de Lauréat Laplante, 1941 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Cabane à pêche de Lauréat Laplante, 1941 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Derrière  cette photo, il est noté « Partie de plaisir, souvenir de ce 7 août 1941 ». Je l’ai choisie justement en raison cette inscription. Que fêtaient ces jeunes filles? … À part les premières communions, les mariages ou les anniversaires, il est rare que le bonheur ait une date!

Marie-Paule Laplante au centre, avec deux amies, août 1941 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Marie-Paule Laplante au centre, avec deux amies, août 1941 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

En regardant cette photo, on constate qu’il faisait encore assez chaud ce 13 septembre 1944… Autrefois, ouvrir un petit magasin, ce n’était pas compliqué! On plaçait un comptoir dans une pièce à l’avant de la maison et on vendait des journaux, des friandises et un peu de « grocerie », comme on disait alors. Ici on est devant la maison qui porte aujourd’hui le numéro civique 208, sur le Chemin du Roy. Madame Henri Savard, Adrienne Courteau, possédait ce petit magasin où je me souviens être allée souvent acheter  une liqueur ou une barre de chocolat… J’étais du même âge que le petit garçon, Jean, et il nous arrivait de jouer ensemble, jusqu’à ce qu’on soit assez grands pour aller à l’école. Dès lors, les garçons et les filles ne jouaient plus ensemble, sauf dans la famille!

Magasin de Mme Henri Savard, 1944 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Magasin de Mme Henri Savard, 1944 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Je vous ai aussi parlé à quelques reprises de l’ancien maire, monsieur Louis-Philippe Proulx. Cette photo a dû être prise juste avant le départ de Louis-Philippe et Marie-Louise pour leur lune de miel, si l’on en juge par leurs vêtements. La noce avait lieu dans la maison des Morin dans la rue Johnson, où nous habitions, la famille Morin étant apparentée aux Proulx. C’était le 21 juin 1947. Les nouveaux mariés avaient fière allure… j’aime surtout le chapeau de Marie-Louise!

Louis-Philippe Proulx et son épouse, Marie-Louise, 1947 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Louis-Philippe Proulx, maire de Deschambault de 1940 à 1947, et son épouse, Marie-Louise, 1947 (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Toujours dans les années 40, l’équipe de balle de Deschambault, où paraît-il se retrouvaient les meilleurs joueurs du comté! Il y a sûrement quelques membres de la famille Gauthier, je reconnais entre autres, Monsieur Ovide Mayrand, debout à l’arrière et monsieur Raymond Paré à l’avant. Cette photo a environ soixante-dix ans… Je ne sais pas pourquoi, mais elle me fait penser au film Le champ des rêves. J’aime tellement la dernière réplique : « Le ciel, c’est l’endroit où les rêves se réalisent. »

Équipe de balle de Deschambault, avec certains des meilleures joueurs du comté! (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Équipe de balle de Deschambault, avec certains des meilleurs joueurs du comté! (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

 J’ai déjà mentionné que parmi les passe-temps des jeunes gens d’autrefois, la correspondance avec des étrangers, le plus souvent de France ou de Belgique, était très répandue, surtout pendant la guerre. À l’endos de cette dernière photo, d’une belle écriture fine, on lit: « À ma lointaine petite amie, en toute sympathie, Didier. »  Et au bas : « Rabat, le 30-5-1948. »  Sur la photo, deux matelots; on ne saura jamais lequel était Didier… Je vous laisse rêver la suite de cette histoire!

deux matelots, inconnus, 1948... (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Deux matelots, inconnus, 1948… (coll. privée Madeleine Genest Bouillé).

Pourquoi ai-je l’impression que le bonheur était plus simple au temps jadis? C’est peut-être que ça coûtait moins cher pour s’amuser. Quelqu’un a dit un jour « Quand le bonheur coûte cher, ce n’est plus du bonheur »… J’adore fréquenter ces témoins du passé que sont mes vieilles photos. C’est un peu comme faire un voyage dans le temps. Je garde toujours un brin de nostalgie quand je fais un petit tour « par la porte d’en arrière » dans la vie d’autrefois de mon village.

© Madeleine Genest Bouillé, 18 janvier 2017

Bal au Vieux Presbytère

Le Vieux Presbytère de Deschambault (construit en 1816), du temps des soirées Bonne Chanson...

Le Vieux Presbytère de Deschambault (construit en 1816). ©Coll. privée Madeleine Genest Bouillé.

Au début des années 70, quelques personnes avaient décidé de donner une deuxième vie au vieux presbytère, en mettant sur pied une association qui porterait comme de raison le nom de Société du Vieux Presbytère. Tout d’abord, on restaura la vénérable bâtisse  datant de 1815. Puis, l’important étant d’amener les gens de Deschambault à fréquenter le Vieux Presbytère, les dirigeants du nouvel organisme s’ingénièrent à multiplier les occasions! Je me souviens du premier souper des membres de la Société… on parlait alors de repas « à la fortune du pot ».  Une formule qui peut être gagnante, à la condition que les convives se consultent un tant soit peu. Mais qu’importe, on y  a eu tellement de plaisir! Par la suite, on a adopté pour nos rencontres le menu « soupes-desserts » qui  s’est maintenu pendant plusieurs années. Dans le même esprit d’ouverture, au cours des premiers étés, l’embauche d’étudiants permettait de présenter des expositions à caractère historique et en même temps, offrait aux enfants d’âge scolaire quelques semaines de ce qu’on appelle maintenant un « camp de jour ». Ce fut un succès! La vieille bâtisse devait se sentir ragaillardie par la présence de ces jeunes aussi bien que des moins jeunes qui la fréquentaient.

La conquête du Vieux Presbytère s’est faite grâce à ces diverses activités, mais aussi, il faut bien en convenir, grâce aux soirées dansantes qu’on y a tenues. La première de ces veillées eut lieu en novembre 1973 ou 74; la date n’est pas inscrite sur les photos. On avait choisi d’inaugurer par un Bal d’époque la belle salle toute neuve, avec son plancher bien ciré! Impossible de trouver un plus bel endroit pour tenir ce genre de soirée. Imaginez un peu : des tentures bordeaux habillaient les fenêtres de la salle, un piano installé sur une petite estrade attendait les musiciens… et en haut du petit escalier casse-cou, un mini bar recevait les danseurs assoiffés, avec un petit verre de caribou, boisson d’époque, s’il en est! De plus, pour faire encore plus « bal », une hôtesse, vêtue d’une vraie robe d’époque, accueillait les gens avec son sourire et ses belles manières on ne peut plus XIXe siècle! Je n’ai malheureusement pas de photos de Mademoiselle Gracia Arcand, la bien nommée, dans sa robe de soie noire, rehaussée de quelques très beaux bijoux.

Dans les soirées d’autrefois, on dansait, on causait, on prenait un petit verre pour se réchauffer d’abord, se désaltérer ensuite, mais aussi on chantait. Par chez nous, depuis toujours, il n’y a pas de veillée, ni de fête sans chansons. Qu’on se rappelle la très vieille chanson de « François Marcotte, qui s’habille bien propre, pour aller à Deschambault, chez Monsieur Boudreau… » Qu’importe le style, de la chanson à répondre à la  sérénade, en passant par la  chanson comique,  avec ou sans accompagnement, on chante! C’est ce qui se passait au cours de nos veillées au Vieux Presbytère. Une chanson en amenant une autre, les pauses s’allongeaient… ce qui donnait aux danseurs le temps  d’aller se rincer le gosier au près du « tenancier » du bar.

©Coll. privée Madeleine Genest Bouillé

©Coll. privée Madeleine Genest Bouillé

Sur la première photo, on voit justement Mesdames Joséphine Petit-Dussault et   Blandine Naud-Paré, avec Monsieur Jean-Marie Du Sault; il me semble les entendre chanter : « Plaisir d’amour, ne dure qu’un moment… chagrin d’amour dure toute la vie ». En rappel, les deux dames, dont les voix s’harmonisaient si bien,  chantaient Le tricot de laine, de Théodore Botrel, une bien triste histoire!

©Coll. privée Madeleine Genest Bouillé

©Coll. privée Madeleine Genest Bouillé

Une deuxième photo  montre  Monsieur Albert Paris,  accompagné au piano par ma tante Rollande Petit-Hamelin, et moi; je chantais sans doute la belle chanson Roses de Picardie, que Monsieur Paris jouait admirablement sur son violon! Que de beaux souvenirs…

Dans un bal, on danse! Sur la troisième photo, c’est mon cousin Jean-Claude (Tico) Petit, qui nous faisait danser au son de son accordéon; il est accompagné au piano par  ma tante Gisèle Petit. Prenez le temps d’admirer sa robe : elle avait été cousue par ma mère tout comme la mienne et celle de ma sœur Élyane, qu’on voit sur une autre photo avec son époux.

Le Bal d’époque s’inscrivait dans les activités d’automne, alors que les soirées rallongent  et qu’on reprend goût aux divertissements d’intérieur. Ces soirées se sont poursuivies durant  environ  une dizaine d’années; puis au cours des années 90,  on a repris la formule  deux ou trois fois. Plusieurs genres de soirées ont été tenus au Vieux Presbytère. Pendant quelques années, un groupe de Fermières, portant le nom « d’Atelier des Mains Agiles »,  avait organisé des soirées « Carnaval de Rio », dont je n’ai aucune photo, et c’est bien dommage car il y avait là de très jolis costumes. Après les Fermières, cette activité a été reprise par les mêmes personnes, mais sous l’égide du Club Optimiste. Nous avons connu aussi le Bal des Guenillous; encore une soirée costumée…. mais vraiment sans prétention! Et toujours, on dansait, avec la musique de Tico et Ti-Clin (André Paris, qu’on voit sur cette dernière photo).

©Coll. privée Madeleine Genest Bouillé

©Coll. privée Madeleine Genest Bouillé

Avec le temps, les gens de Deschambault et d’ailleurs ont appris par cœur le chemin pour se rendre au Vieux Presbytère… surtout quand il y avait un bal!

© Madeleine Genest Bouillé, 20 octobre 2016

Rêves de jeunesse

img_20160926_0002Je me suis levée avec dans la tête une vieille chanson que mon père chantait et dont il m’avait écrit les paroles. Cette chanson a pour titre Le plus joli rêve.  La veille, quelqu’un avait publié sur Facebook une photo  du « Band » que quelques jeunes, dont mon frère Fernand, avaient formé au début des années 60. J’ai donc feuilleté encore une fois ces albums dans lesquels mon petit frère avait conservé les photos de sa belle jeunesse… et qui représentaient sans doute les rêves qui l’habitaient alors!  Je vous fais remarquer que Fernand n’est pas toujours présent sur les photos. La raison en est que la plupart du temps, c’était lui le photographe! Il me semble le revoir… il attendait que chacun ait pris la pose voulue pour prendre enfin la photo. Il  pouvait être très patient; c’était quelqu’un de méticuleux, qui ne laissait rien au hasard.

img_20160926_0006En repassant ces images, dont la majorité est en noir et blanc, je me suis fait la remarque que Fernand aurait pu être metteur en scène.  Qu’il s’agisse des photos de combats entre  « bons  pionniers » et « méchants Indiens », ou des scènes où même notre chien Bruno posait pour le photographe, Fernand nous embarquait tous dans ses histoires. Les plus jeunes de la famille et mon cousin Luc ne se faisaient jamais prier pour embarquer dans le jeu. Sur une photo, on voit maman, un fichu sur les cheveux, tenant dans ses mains un des vieux toutous de mon frérot… elle jouait le rôle de la vieille pionnière, même si elle n’avait à l’époque qu’une quarantaine d’années.

img_20160926_0007On y a tous passé! Les animaux étaient aussi de la partie. Notre chien Bruno a été photographié je ne sais combien de fois, avec des toutous ou les animaux en plastique du petit frère. Je dois ajouter que sur la plupart des photos, en plus de la date, les personnages sont nommés, telle celle-ci – prise par quelqu’un d’autre – où l’on voit Fernand, avec Roger et Luc, et qui a pour titre : « Geronimo, Ours Brun et Pied Agile ». Évidemment, Fernand jouait le rôle du héros, Geronimo!

img_20160926_0008

img_20160717_0002Sur une autre photo, on voit une vache qui ne semble pas du tout impressionnée par la caméra, cette photo est intitulée « L’ennemi approche »… Fernand avait un sens de l’humour très particulier! Mon frère voulait que toute la famille participe, il a donc pris aussi une photo de papa, devant la maison, avec ses fameuses fleurs jaunes, dont on n’a jamais su le nom. La photo ne porte pas d’autre titre que « Papa dans les fleurs jaunes ». C’était de longues fleurs qui étaient très résistantes. Il le fallait, car au besoin, elles pouvaient être utilisées comme cachettes dans les combats contre « les Sioux »!

img_20160926_0010Une des dernières photos, prise en 1960, montre Fernand à la roue d’un bateau. Cet instantané a pour titre « Sur le Charlie S. ». Quelques autres photos datées du même jour ont été prises avec mon grand frère Jacques, sur ce bateau. Fernand avait 16 ans… Il rêvait de devenir pilote de bateau.  Il a étudié à l’Institut de Marine à Rimouski; c’était un brillant élève. Il a navigué quelque temps sur ce qu’on appelait des « bateaux de mer », pour les distinguer des barges de lac, sur lesquelles la plupart des marins d’ici travaillaient. Puis, comme dans la chanson  Quand les bateaux s’en vont, un jour, il est resté au quai! Peut-être y a-t-il des rêves qui, une fois devenus réalité, déçoivent.  Allez savoir! Fernand a travaillé, il a voyagé, il a vécu sa vie. Toujours vivant, mais il n’est plus  là, dans sa tête…  Heureusement, il nous reste ses photos, qui parlent pour lui.

img_20160928_0001

© Madeleine Genest Bouillé, 28 septembre 2016

Nos belles folies

500x675_3142Quand les mille feuilles avaient  MILLE  feuilles…
Quand les « Mae West »  étaient aussi dodus
Que l’actrice dont c’était le nom.
C’était l’bon temps, garanti!
Pas croyable, tout ce qu’on pouvait acheter
Pour seulement 10 cents :
Un Coke, un  Cream Soda, un sac de chips
Un sac de « pinottes », une Orange Crush;
10 cents, rien que ça!

IMG_20160521_0001Quand la télévision est arrivée,
Ceux qui l’avaient étaient privilégiés.
Mais, je vous dis qu’ils en avaient d’la visite!
« Sa Mère, ôte ton tablier, vite! »
« Ben non, Pépère, pas besoin de se changer,
Ils nous voient pas, là, les acteurs dans la télé! »
La Famille Plouffe, la Soirée de lutte, Cap-aux-Sorciers,
Radisson, le Survenant, Un homme et son péché…
Et le dimanche soir, le « Ed Sullivan Show ».
C’est là qu’on a vu ELVIS pour la première fois!
On en revenait pas… Il était donc ben beau!
Puis quand il a chanté « Love me tender », Ah là!
On a braillé, je vous le cache pas!

IMG_20160521_0002Quand on allait au Mois de Marie,
Par les beaux soirs de mai à 7 heures et demie.
Ça nous faisait une bonne raison
Pour rentrer plus tard à la maison.
C’était donc plaisant d’être catholique!
Aller à l’église, le soir, c’était ben pratique.
En revenant on se pressait pas…
Derrière le Vieux presbytère on cueillait du lilas…
En faisant semblant de pas voir passer les gars…
Mais on parlait fort, on riait aux éclats.
On chantait : « Ave Maris Stella, des springs, pis des matelas »
On virait les cantiques à l’envers, plus folles que ça, ça se peut pas!

Quand au mois de juin, on s’installait sur la galerie pour étudier,
En regardant passer les autos, les bicycles, surtout les gens à pied.
On étudiait très fort : la géographie, l’Histoire du Canada,
1759, 1760, Wolfe, Montcalm… « Aïe c’est qui celui-là? »
On repassait tout le Régime français en écoutant le beau Paul Anka.
Paul_Anka_1961Sur le petit transistor : « Put your head on my shoulder… »
« C’est quand donc, l’intendant Talon? »
« Je le sais-tu moi, on écoute la chanson. »
Les soirées étaient douces… l’été était déjà là.
On avait tellement pas le goût de rentrer,
Plus studieuses que ça, ça se peut pas!

Quand enfin arrivait les vacances d’été,
On posait pas la question : « Où on va cette année ?»
On prenait des marches, on s’assoyait sur la galerie pour placoter.
On allait quelquefois visiter les « mononcles »,  les « matantes », la parenté.
On ne manquait pas une partie de balle;
On encourageait de notre mieux les équipes locales.
On criait quand il le fallait même si on suivait pas le jeu…
On savait le nom des joueurs : Ti-Pierre, Ti-Jacques, Ti-Zon, Ti-Bleu…
Des fois, il venait un cirque : le Cirque Touzin, ça s’appelait.
C’était la grosse foire! Les jeunes, les vieux, tout le monde y allait.
Il s’en est fait, des belles rencontres, à côté de la Grande Roue!
Entre deux tours de manège, au son de « Waterloo »…

cornet-frites-froisse-blanc-1-640Quand on allait à « la roulotte à patates frites »
Chez M. Audet, pour 25 cents on avait un Coke, une frite.
Dire qu’y en a qui disent que la friture, ça pue!
Maintenant  il n’y a plus que le parfum du B.B.Q.!
La bonne odeur des frites, un peu vinaigrée…
C’est l’arôme même de nos belles années!
On revenait en placotant, en riant, en chantant…
Les gars en bicycle nous criaient, chemin faisant…
À notre tour, on les reluquait sans en avoir l’air
On se pensait bonnes, puis on était donc fières!

Quand les milles feuilles avaient MILLE  feuilles…
La vie était un énorme mille feuilles!
Qu’on dégustait sans s’écœurer,
Qu’on émiettait sans y penser,
Qu’on gaspillait sans se soucier,
Comme si ça allait toujours durer.
Quand les mille feuilles avaient… MILLE feuilles!

Écrit  un beau soir du mois de mai au début des années 2000

© Madeleine Genest Bouillé

Parties de plaisir…

Si on en juge par certaines photos, la vie autrefois n’était pas aussi austère qu’on le croit aujourd’hui. Il n’y avait pas de télévision, pas de téléphone intelligent, moins de loisirs organisés, mais les gens profitaient de tout ce que chacune des saisons leur offrait pour se distraire et s’amuser. L’hiver dernier, j’ai publié des photos de sports d’hiver; au printemps, il y avait les parties de sucre. J’ai sélectionné cette fois quelques photos d’été appartenant à une amie, une grande sœur presque, qui était née en 1923.

plaisirs d'été 1 @ coll. privée Mado GenestDeux des plus vieilles photos datent de 1934. Marie-Paule, la propriétaire de la photo, porte un drôle de béret à rayures. Sauf pour les vêtements, qui diffèrent quelque peu, la photo avec le petit garçon au ballon aurait pu être prise l’été dernier… C’est la même grève, au bord du même fleuve, et je connais des jeunes qui, par les jours de grande chaleur,  même s’ils ont une piscine, ne demandent pas mieux que de se retrouver au bord de l’eau, pour ramasser des coquillages, lancer des cailloux à l’eau en essayant de faire plusieurs ricochets!

plaisirs d'été 2 @coll. privée Mado GenestAu retour de cette équipée, ils ne manquent jamais d’arrêter manger une glace à la Crémerie. Quand nous avions été sages, il nous arrivait aussi de recevoir un cornet de crème glacée, que nous dégustions avec une joie sans pareille!  Les saveurs étaient moins variées que maintenant : vanille, fraise, érable et chocolat; moi, je préférais celle à la fraise. La photo du petit garçon a été prise au magasin de madame Adrienne Courteau-Savard, (au 208, chemin du Roy); elle vendait des friandises et des liqueurs douces. Et on dit que les temps changent…

plaisirs d'été 3 @coll. privée Mado GenestSur la troisième photo, Marie-Paule, alors âgée de 11 ans, est à gauche de la photo. Elle pose fièrement avec sa cousine, dans sa plus belle robe. On prenait moins de photos autrefois, alors quand on avait la chance de se faire photographier, généralement, on mettait les vêtements du dimanche et, face au soleil, on arborait son plus beau sourire…Une photo, c’est quelque chose qui dure! Celle-ci a quand même 82 ans!

 

plaisirs d'été 4 @coll. privée Mado GenestJ’aime beaucoup les photos suivantes, prises en 1940. Marie-Paule avait à l’époque son propre Kodak. Les photos ont été prises la même journée, si j’en juge par les vêtements.  Sur l’une des images, il est écrit « Partie de plaisir ». Les filles ont chacune une fleur dans les cheveux. C’était peut-être l’anniversaire de l’une d’elle…

 

 

plaisirs d'été 5 @coll. privée Mado GenestAu temps jadis, quand on voulait canoter, il fallait savoir ramer. La photo est prise de la grève. On voit au loin, une des « pointes » du bas du village. Jadis, il y avait trois pointes, chacune séparée par un ruisseau qui se jetait dans le fleuve. Évidemment, il n’y avait pas encore de constructions à cet endroit, qui était inondé à chaque printemps. Elles étaient quand même robustes, ces rameuses! Peut-être chantaient-elles « Partons la mer est belle »

 

plaisirs d'été 6 @coll. privée Mado GenestNul doute que nos belles de 1940 ont dû faire un pique-nique en revenant du fleuve. Le mobilier de jardin était plutôt rare, à part parfois un hamac, des balançoires à corde et quelques chaises de parterre. On était moins exigeant à cette époque. On étendait une nappe sur le gazon et s’il ventait, on mettait quelques roches aux quatre coins. On servait des sandwiches, des radis et des concombres du jardin, le repas était peut-être agrémenté  de liqueurs douces ou à tout le moins d’une bouteille de limonade ou de thé froid. Les jeunes filles devaient avoir confectionné des biscuits ou des gâteaux… Elles avaient toutes suivi les cours d’Économie Domestique au couvent! Pour remplacer la petite marche de digestion, pourquoi pas une promenade en voiture à cheval? Elles savaient toutes conduire, et il n’y avait pas grand risque d’accident!  Quand je regarde cette photo, il me semble entendre le rire de ces belles jeunesses, rythmé par le pas du cheval. Vraiment quelle belle finale pour « une partie de plaisir »!

© Madeleine Genest Bouillé, 10 mai 2016

Dans les papiers de Jeanne, il y avait… (2e partie)

Dans un numéro de la Revue Populaire de 1947, un article avait pour titre La Châtelaine de Manderley. On rapportait une entrevue avec une romancière anglaise très à la mode. Il s’agissait de Daphné du Maurier, dont plusieurs romans ont été mis à l’écran. Cette auteure née en 1907 et décédée en 1989, était fille et petite-fille d’écrivains. On la nommait « la Châtelaine de Manderley », en référence au roman intitulé Rebecca, paru en1938, et dont Alfred Hitchcock a fait un film célèbre.

789985Le manoir que Daphné du Maurier décrit ainsi, justement dans Rebecca : « C’était Manderley, notre Manderley secret et silencieux comme toujours avec ses pierres grises luisant au clair de lune de mon rêve, les petits carreaux des fenêtres reflétant les pelouses vertes et la terrasse »; cette magnifique demeure, donc, est sise en Cornouailles et s’appelle Menabilly. C’était à l’époque la propriété de l’auteure, où elle vivait avec son mari le Major Frederick Browning et ses trois enfants.

Daphné du Maurier a écrit plusieurs romans entre 1931 et 1955, des livres que ma mère et moi avons aimés et que plus tard, à son tour, ma fille a lus et appréciés, tels l’Auberge de la Jamaïque, Rebecca, Ma cousine Rachel. Des romans tellement bien écrits, indémodables… Ils font partie de ces livres qu’on relit avec toujours le même plaisir.

IMG_20160210_0002Parlant d’auteurs, dans une revue de 1955, ma mère avait conservé cet article : « Il y a un an mourait Colette. » En effet, cette écrivaine, dont on nous défendait la lecture dans mes années d’étudiante, est décédée le 9 août 1954, à l’âge de 81 ans. Son premier roman à succès écrit au début des années 1900, avait pour titre Claudine à l’école. Par la suite, Claudine a été le personnage principal de plusieurs romans. En 1955 je ne connaissais pas encore Colette. J’ai vu le film Gigi, tourné à cette époque, et j’ai ensuite lu le roman du même nom. C’est l’histoire d’une très jeune fille, que sa grand-mère, sa tante et sa mère veulent « placer », chez un monsieur fortuné. Gigi constatant qu’elle vit dans une famille de célibataires, a cette réplique : « Je comprends que dans notre famille, on ne se marie pas », phrase à laquelle sa grand-mère répond ceci : « Non, pas exactement, seulement, au lieu de se marier « déjà », il arrive qu’on se marie «  enfin »! J’ai aimé l’écriture de Colette, son esprit pétillant, son sens de l’humour. Ses mœurs légères ne choqueraient plus grand monde aujourd’hui… et son style d’écriture serait toujours à la mode!

IMG_20160209_0005Enfin, dans un numéro de 1951, on apprend que « La femme doit sa liberté à la machine à écrire. » Je vous fais un résumé de la page consacrée à cet article. Les premières machines à écrire auraient été à l’usage des aveugles. Au cours des années 1800, un premier brevet a été accordé à William Burt de Detroit. Plus tard, Xavier Progin de Marseille, inventa une « Machine Krypthographique ». En 1867, la presse commence à s’intéresser à une machine inventée par John Pratt. La même année, un imprimeur, Christopher Scholes, commença des expériences qui devaient rendre célèbre dans le monde entier le nom de Remington. En 1882, on lit qu’il ne se vendait pas plus de 1500 Remington par an. C’est alors que l’Association des Jeunes Femmes Chrétiennes (Y.W.C.A.) lança en Angleterre des cours de dactylographie pour femmes. Les hommes d’affaires assez audacieux pour employer ces dames rédactrices furent enchantés des résultats. On dut se rendre à l’évidence que la lettre tapée était non seulement plus facile à lire, mais plus digne que la meilleure calligraphie du meilleur clerc. Depuis ce temps, il va sans dire, la machine à écrire s’est imposée. Il est certain que dans les pays occidentaux, c’est la machine à écrire qui la première donna aux femmes la possibilité d’entrer dans la vie active.

Je termine ce deuxième volet des « extraits des papiers de Jeanne » par une anecdote juridique, parue dans une revue de 1938. « Au cours d’un récent procès à Londres, une femme qui avait un peu cassé la figure de son mari présente sa défense en ces termes : mon enfant de six ans a battu le chat; ma fille de quatorze ans tapa sa petite sœur parce qu’elle avait battu le chat et mon mari donna ensuite la volée à ma fille de quatorze ans parce qu’elle avait frappé sa petite sœur. Alors, naturellement, moi j’ai donné la volée à mon homme pour avoir battu ma fille. »

Je vous reviens prochainement avec encore quelques vieilles histoires…

© Madeleine Genest Bouillé, 10 février 2016

Dans les papiers de Jeanne, il y avait…

Je vous ai dit que ma mère était ramasseuse. Dans ses paperasses, il y avait de tout. J’ai conservé plusieurs de ces découpages dans les revues et journaux. À ce propos, j’ai appris que l’abonnement à la Revue Populaire dans les années quarante coûtait 2.00$ pour un abonnement de deux ans! Maman aimait bien ces revues, il y avait aussi la Revue Moderne, où l’on retrouvait pas mal les mêmes sujets; de l’Histoire, des nouvelles, des artistes locaux et internationaux, une chronique de livres, des conseils sur l’étiquette – ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, selon les usages. Évidemment, il y avait aussi des pages de mode, parfois des patrons de couture et autant de publicités qu’on en voit dans nos magazines, avec en plus les recettes de cuisine présentées par les grandes chaînes alimentaires telles Kraft, Catelli, Aylmer, etc…

IMG_20160209_0001Tout d’abord, un peu d’Histoire. Depuis quelque temps, on nous parle beaucoup du 375e anniversaire de la fondation de Montréal. J’ai cinq pages de texte avec illustrations anciennes et photos sur le 300e anniversaire de cette ville, cela avait paru dans la Revue Populaire de mai 1942. On peut lire que « M. de Maisonneuve a fondé Villemarie (on l’écrit ainsi) en 1642, et que l’ingénieur D’Ailleboust a ajouté de solides bastions en 1645. Les fortifications hautes de 12 pieds 8 pouces formaient un quadrilatère mesurant 320 pieds de côté ». Un peu plus loin, on apprend que : « en 1693, Montréal comptait une population de 800 âmes. En 1880, la ville compte 140,000 personnes. C’est la plus grande ville du pays. Et, en 1900, avec un total de 267,000 âmes Montréal a presque doublé sa population en vingt ans. C’est le plus grand centre industriel et maritime du pays ». Si M. de Maisonneuve revenait à Villemarie… il s’y perdrait à coup sûr!

IMG_20160209_0002Parlons maintenant de livres… Nous sommes en 1945, Gabrielle Roy vient de publier le roman qui la rendra célèbre et qui a pour titre Bonheur d’occasion. On sait que l’action de ce roman se situe dans le quartier Saint-Henri, à Montréal. Un quartier ouvrier où vivaient des familles nombreuses entassées dans des logements souvent insalubres, et tellement près du chemin de fer que les murs tremblaient au passage des trains (comme il est mentionné dans Bonheur d’occasion). Aimé Plamondon, un des collaborateurs de la Revue Populaire, a donc écrit un article, À Saint-Henri, sur les pas de Florentine, il était accompagné du photographe Conrad Poirier. Les photos étaient toujours en noir et blanc, la couleur étant réservée pour les annonces publicitaires. L’auteur a donc visité les lieux où se déroulent plusieurs scènes de la triste histoire de Florentine Lacasse. J’en ai choisie quatre, dont l’intérieur de l’église paroissiale où Florentine est allée prier la Sainte Vierge pour revoir Jean, le jeune homme dont elle est éprise. Une des photos montre un cinéma de quartier, où Florentine a attendu Jean en vain, tandis que sur une autre, nous voyons le restaurant du quartier « Les Deux Records », et enfin, on peut voir la demeure où Azarias Lacasse va déménager sa famille. Il dira à sa femme, Alphonsine : « J’ai trouvé notre affaire! Cinq chambres, une salle de bain et un petit bout de galerie. » L’été dernier, j’ai relu ce roman de Gabrielle Roy. Je me rappelle que maman avait dit après en avoir fait la lecture : « Être pauvre en ville, c’est bien pire qu’être pauvre en campagne… c’est la misère! »

IMG_20160209_0003 Dans un autre numéro de la Revue Populaire, en 1947, j’ai trouvé un reportage photos sur les restaurants les plus réputés de Montréal. Je ne peux pas publier toutes les photos, mais je vous fais voir quelques-uns de ces endroits bien connus à l’époque. Malheureusement, je ne pourrais pas vous dire si ces lieux existent encore. Voici les photos de quatre de ces restaurants : La Bohème, sur la rue Guy, le Café Martin, sur la rue de la Montagne, Chez Pierre, rue Labelle et le plus récent, le Quartier Latin, rue de la Montagne. On mentionnait aussi Le Café Busque et Chez Ernest, tous deux sur la rue Drummond et Chez Roncari, rue Saint-Laurent.

IMG_20160209_0016Pour terminer cette première partie des « extraits des papiers de Jeanne », en 1952, une page de la revue soulignait les 4 ans du Prince Charles… futur roi d’Angleterre. L’article de la revue titrait « Un petit garçon pas comme les autres ». On disait dans cet article qu’un des spectacles qui le fascinait le plus était la relève de la Garde. On dit qu’ « il imitait ensuite avec un réalisme saisissant tous les mouvements des gardiens à la tunique écarlate. »

 À bientôt pour d’autres vieux potins.

© Madeleine Genest Bouillé, 9 février 2016

Mes amis, les livres! (2e partie)

Ma mère, Jeanne, et moi (été 1959).

Ma mère, Jeanne, et moi (été 1959).

Pour parler de livres, un texte, ça ne suffit pas! Tout d’abord, j’aimerais vous partager les livres préférés de ma mère, et puis, pourquoi pas aussi les miens. Ces beaux romans d’amour qu’elle lisait et relisait… les auteurs s’appelaient Magali, Claude Jaunière; il y en avait d’autres aussi dont j’ai oublié les noms. Je me souviens de quelques titres: Pourquoi lui?, Romance à Grenade, J’aimais un vagabond. Le roman qu’elle préférait entre tous était Le collier brisé de Concordia Merrel. Quelque temps après le décès de maman, j’ai eu envie de lire l’histoire de ce fameux « collier brisé ». C’est un beau livre, bien écrit, un vrai roman d’amour compliqué à souhait, mais qui finit bien! Pour maman, c’était important que l’histoire finisse bien.

L'auteure Blanche Lamontagne-Beauregard, 1889-1958.

L’auteure Blanche Lamontagne-Beauregard, 1889-1958.

Ma mère aimait aussi la poésie, elle découpait des poèmes dans les journaux et les revues et elle aimait particulièrement Blanche Lamontagne-Beauregard, l’une des premières femmes journalistes au Québec. Lors d’un voyage en Gaspésie, il y a plusieurs années, j’ai acheté un recueil de poèmes choisis parmi les livres qu’a publiés cette écrivaine que je ne connaissais que peu. Je vous ai dit dans une autre « grain de sel », combien ma mère aimait les paysages champêtres. Eh bien voilà! La poésie de Blanche Lamontagne-Beauregard, c’est une suite de paysages campagnards, en toutes saisons. Tantôt on longe le fleuve, à d’autres moments on marche dans le bois, on gravit une colline… on cueille des fleurs ou des fruits dans les champs : « Viens dans les champs fleuris, la nature t’appelle… la plaine est souriante et les bois sont joyeux. » Les poèmes sur l’automne et l’hiver sont plus nostalgiques… mais tellement beaux, tels Le Noroît : « Le noroît siffle dans les branches… Il fait bien noir, il fait bien froid… Et la nuit jette son effroi… » C’est là que j’ai découvert que j’aimais la poésie!

EmmanuelMa mère privilégiait les œuvres de Germaine Guèvremont, Gabrielle Roy, Françoise Gaudet-Smet et Antonine Maillet. De cette dernière, elle aimait surtout Emmanuel à Joseph à Davit. Ce livre est un conte de Noël. L’auteure nous raconte la venue d’un enfant, dont les parents en voyage ont dû se réfugier dans une cabane de pêcheurs au pays de la Sagouine. J’aime les livres d’Antonine Maillet et comme maman, je préfère aussi ce merveilleux conte, l’un des moins connus parmi les livres de cette auteure.

bois-d-ebene-de-frank-g-slaughter-977591816_MLAyant commencé à lire très jeune, je lisais tout ce qui me tombait sous la main, parfois même des livres qui ne portaient pas le Nihil Obstat de l’Évêché. Quand j’ai commencé à travailler au central du téléphone, j’achetais des livres de la collection Marabout Mademoiselle, au  « petit magasin vert », (magasin de Corinne Paris qui fut plus tard repris par sa nièce, Yvette Loranger – aujourd’hui la boulangerie Au Soleil levain). Si j’en ai lu de ces petits livres! Ils ne coûtaient vraiment pas chers, alors je ne m’en privais pas. La « Chef-opératrice », comme on l’appelait, était aussi une fervente lectrice et elle laissait souvent quelques livres au central, pour la semaine « de nuit ». Étant plus âgée que moi, elle me conseillait sur ce qui me convenait ou pas. C’est ainsi que j’ai découvert les romans de l’auteur américain Frank Slaughter. Il s’agissait de traductions évidemment, mais tellement bien écrits! L’auteur était médecin, alors les principaux personnages de ses livres étaient invariablement des médecins. Les histoires variaient entre le roman biblique, dont David, qui raconte la vie du roi d’Israël, ou le roman de cape et d’épée, tel Bois d’ébène, roman d’aventures de l’époque des marchands d’esclaves. J’ai conservé plusieurs de ces romans; j’en ai relu un l’été dernier… malgré le style un peu compassé, c’est encore bien beau!

L'un de mes livres préférés: Les Quatre Saisons, de Jean Provencher.

L’un de mes livres préférés: Les Quatre Saisons, de Jean Provencher.

Il fut un temps où j’étais abonnée à un club de lecture, « Les Éditions Rencontre ». J’ai ainsi lu certains classiques : Émile Zola, Alexandre Dumas et combien d’autres. Puis j’ai fait des choix très variés. Entre Pierre Daninos, Marcel Pagnol, Daphné Du Maurier, Saint-Exupéry, Agatha Christie… et j’en passe! Je lis encore un peu de tout; étant bénévole à la bibliothèque municipale, j’ai le loisir de connaître de nouveaux auteurs, d’essayer de nouveaux genres. Récemment, ma petite-fille Marie-Claire  m’a même fait découvrir le roman fantastique avec son premier livre Le trône d’Irysie… j’ai hâte de lire la suite! Les livres que je me plais à relire sont encore mes vieux romans de Pearl Buck, Daphné Du Maurier, Gabrielle Roy; et plus que tout, Jean Provencher et ses Saisons dans la Vallée du Saint-Laurent (c’est mon livre d’Histoire!), Jean O’Neil, (lui, c’est ma Géographie)… Sans oublier mes beaux livres d’images, ceux de la collection Aux limites de la mémoire ainsi que les volumes d’Henri Dorion et Pierre Lahoud, des merveilles! Je le redis, on ne s’ennuie jamais dans une maison où il y a des livres!

© Madeleine Genest Bouillé. 29 janvier 2016

Mes amis, les livres!

IMG_20160125_0004Quand j’étais enfant, je regardais les bandes dessinées dans les journaux, surtout Philomène, ma préférée! Comme j’avais hâte d’apprendre à lire, justement pour faire connaissance avec tous ces personnages des bandes dessinées du journal L’Action Catholique! On était tellement fier quand on pouvait enfin lire un vrai livre « avec pas d’images ». Cela faisait sans doute travailler notre imagination; on se forgeait nos propres images. Quand je me rappelle mes premières lectures, je revois les volumes de l’Encyclopédie de la Jeunesse, que mon père avait achetés pour nous. Les images étaient rares; elles servaient principalement à illustrer les pages où l’on décrivait les oiseaux, les fleurs et les papillons entre autres, et sur lesquelles on se penchait longuement – ces pages ont d’ailleurs été usées plus vite que les autres! Les histoires étaient illustrées de dessins en noir et blanc au début ou à la fin des chapitres; j’ai souvenir surtout des images qui ornaient l’histoire extravagante d’Alice au Pays des Merveilles. Pendant les vacances, les treize volumes de l’encyclopédie remplissaient les moments creux des jours de pluie, ou même ceux où il faisait soleil mais où rien d’autre nous tentait que lire… et encore lire! Maman s’entêtait à nous exhorter d’aller dehors, afin de profiter du beau temps; invariablement, nous disions : « Oui… j’achève ce chapitre. Après ça, j’y vais. »

Il y en avait des livres, chez nous. Un peu partout… et un peu de tout. Nous avons commencé à lire très tôt, encouragés en cela par nos parents, surtout notre mère qui avait toujours une revue ou un roman qui attendait ses rares moments libres. Je revois très bien mes frères, Florent ou André, dans quelque recoin de la maison, de préférence dans l’embrasure d’une des larges et profondes fenêtres de notre vieille maison de pierre, un livre à la main… c’étaient nos petits salons de lecture!

IMG_20160125_0001D’après mes souvenirs, mes premiers livres ont été les volumes de la série Perrine et Charlot, de Marie-Claire Daveluy. J’ai conservé un volume de cette série qui nous transportait à l’époque de la colonisation de la Nouvelle-France, le titre est très évocateur : Charlot à la Mission des Martyrs; on y retrouvait des personnages de notre manuel d’Histoire du Canada. Parmi mes vieux trésors, il y a cet autre livre, un de mes préférés, qui a pour titre Autour de la Maison, l’auteur était Michelle Le Normand. J’avais aussi reçu en prix de fin d’année Contes et propos divers ainsi que Chez Nous, d’Adjutor Rivard, des livres de récits… j’aimais ces histoires courtes. Je me souviens du premier texte, La Maison, qui commençait ainsi : « Il y en avait de plus grandes, il n’y en avait pas de plus hospitalières… » Plus loin, l’auteur écrit : « Je ferme les yeux, et je la revois encore, la maison de nos gens, blanche dans la lumière, sur le chemin du roi ». Coïncidence, sûrement, j’ai toujours habité des vieilles maisons, elles n’étaient pas toutes blanches, mais celle où nous vivons depuis bientôt quarante-cinq ans est située sur le chemin du Roy et elle est devenue blanche depuis les années quatre-vingt!

Autour de la maison, de Michelle LeNormand, L'un de mes livres préférés...

Autour de la maison, de Michelle LeNormand, l’un de mes livres préférés…

Avec André, j’ai connu ensuite les romans scouts, deux titres me reviennent Le Prince Éric et la suite, Le bracelet de vermeil. Comme nous aimions ces histoires où l’amitié était synonyme de courage et d’honnêteté. Au couvent, nous avions le loisir de puiser dans une bibliothèque bien garnie. Comme la plupart des filles de ma génération, j’ai fait connaissance avec Berthe Bernage, auteure française, dont la série la plus connue est sans aucun doute celle des Brigitte. De cette écrivaine, j’ai quand même préféré les six volumes du Roman d’Élisabeth, que j’ai relu cinq ou six fois. À la maison, nous avions aussi des bandes dessinées, dont le premier héros fut Tintin. Mais ça se lit très vite une B.D.! Alors qu’avec un livre, on plonge, pour n’en ressortir que longtemps après, un peu abasourdi, comme après un décalage horaire, en se frottant les yeux… Quand nous étions en compagnie de nos amis les livres, il fallait nous appeler plusieurs fois pour l’heure des repas, et plus encore, pour l’heure du coucher.

J’ai neuf petits-enfants. Les trois derniers ne lisent pas encore… mais ils se font raconter des histoires par leurs parents ou par les grandes sœurs, il arrive que la même histoire soit redemandée trois ou quatre fois! Les cinq autres, âgés de neuf à presque vingt ans aiment tous la lecture. La deuxième de mes petites-filles vient de publier le premier volet d’un roman fantastique qui en comptera trois. Ai-je besoin de vous dire que j’en suis très fière?

Il y a quelques années, pour l’anniversaire de notre bibliothèque municipale, nous avons fait imprimer un signet qui porte cette phrase de Jacques Folch-Ribas : « Quand tu sauras lire, tu ne seras jamais plus seul. » Les livres sont des amis discrets, qui révèlent leurs secrets lentement au fil des pages qu’on tourne une à une… C’est vrai qu’on ne s’ennuie jamais dans une maison où il y a des livres!

© Madeleine Genest Bouillé, 25 janvier 2016

IMG_20160125_0005

Jeux d’hiver

IMG_20160104_0008J’ai tellement parlé des jeux d’été… il faudrait bien que je parle de ceux qui égayaient nos hivers. Surtout maintenant qu’on a de la neige! Quand j’étais jeune, les jeunes filles et les jeunes gens faisaient du ski. À Deschambault, s’il n’y a pas de montagne digne de ce nom, on a bien quelques buttes, et il était toujours possible de faire du ski de fond. Je ne connais pas la jeune fille qui pose pour cette photo, mais elle vivait à Deschambault, dans les années 40.

IMG_20160119_0008Quand on avait des vieux skis cassés, s’ils étaient d’une certaine longueur, on les coupait, on y clouait une bûche – écorcée ou non, et une planche de travers qui servait de banc; et voilà! On avait un « traîne-fesse » ou un « branle-cul », si le mot ne vous offusque pas. C’est dommage, je n’ai malheureusement pas de photo de ce bolide qui amusait une bonne partie des jeunes de mon époque. Chose certaine, on était inventif dans le temps, il n’est que de voir le superbe petit traîneau dans lequel on promenait mon petit frère qui avait à peine deux ans sur la photo; une « boîte à beurre » fixée solidement sur un petit traîneau, ça faisait l’affaire!

IMG_20160119_0004Quand la neige est « mottante », comme on disait dans le temps, il n’y a pas de plaisir qui égale celui de faire un beau bonhomme de neige. Avec mes amies Colette et Madeleine, nous en avions fait un; d’après mes souvenirs, nous y avions mis beaucoup de temps. Il n’était pas rond, comme la plupart de ses pareils, c’était un grand bonhomme élancé, la taille fine… Pour qu’il soit encore plus grand, il avait une chaudière rouge sur la tête. Heureusement, Madeleine était grande, car Colette et moi n’aurions jamais été capables de finir la tête! Cette photo a été immortalisée sur une toile de Colette, qui est peintre; elle y a ajouté un petit chien… comme elle le fait sur presque toutes ses œuvres.

ballon balai 67-70Dans ma jeunesse, le sport d’hiver à la mode était le ballon-balai. C’était nouveau et tout le monde pouvait jouer. Au début, les garçons – et aussi les filles – jouaient chaussés de bottes d’hiver ou de « claques ». Un peu plus tard, on eut l’idée de coller des morceaux de « styrofoam » en dessous de simples espadrilles. Enfin, ce sport devint lui aussi « organisé », les joueurs et joueuses étant alors équipés de chaussures adaptées et de casques protecteurs, car ça peut frapper dur un ballon gelé! La photo qui date je crois de 1967, a été prise lors d’un tournoi à St-Léonard… on peut voir les joueurs de l’équipe gagnante, de Deschambault. L’autre photo date des années 70, les joueurs sont plus jeunes, on y voit quelques membres de la famille Parent et on reconnaît le « coach », le regretté Marc Gariépy, qui ne ménageait pas son temps pour encourager les jeunes dans les sports d’équipe, été comme hiver!

IMG_20160119_0006Dans mon livre Propos d’hiver et de Noël, dans le texte Au temps du ballon-balai, j’évoque aussi les carnavals de l’O.T.J. Je n’ai pas de photos de ces activités carnavalesques et des bals avec les duchesses et les intendants, et c’est vraiment dommage; elles avaient beaucoup d’allure nos duchesses vêtues de leur costume de sport ou de leur robe de bal. Dans les années 90, après une éclipse de presque vingt ans, le Club Optimiste a fait revivre pour un temps le carnaval d’hiver. On voit ici une soirée carnavalesque en 1995, les sièges des duchesses sont encore vides… mais on peut voir le maire qui remet les clés de la municipalité au Bonhomme Carnaval, selon la coutume!

fete sucreQuand on aime l’hiver, on en profite jusqu’à la fin! Ainsi comme on peut le voir sur cette photo des années 40, quoi de plus amusant qu’une partie de sucre! Je ne reconnais pas tous les participants à cette belle activité où tout le monde semble très heureux… Ça se passait à Deschambault, je sais que certains sont décédés, d’autres ont aujourd’hui quatre-vingt ans et plus. Ça donne envie de chanter : « En caravane, allons à la cabane, on n’est jamais de trop pour goûter au sirop… au bon sirop d’érable! »

© Madeleine Genest Bouillé, 21 janvier 2016