45 ans, déjà!

Eh bien oui! Notre bibliothèque municipale fête cet automne ses 45 ans d’existence. En 1972, le conseil municipal de Deschambault, alors dirigé par le maire Claude Sauvageau, adoptait le projet d’offrir à sa population une bibliothèque de prêt, laquelle serait installée au Vieux Presbytère.

Je me souviens de mes visites à la bibliothèque le vendredi soir, avec mes garçons d’abord et plus tard avec ma fille. Les livres pour adultes étaient rangés dans de grandes armoires dont le haut  était muni de portes vitrées, tandis que les étagères du bas offraient leurs trésors aux tout-petits qui s’asseyaient par terre pour fouiller à leur aise. Quelle belle acquisition!  Et c’était gratuit!

30e anniversaire de la Biblio, en 2002. Le maire de l’époque Jacques Bouillé avec l’une des fondatrices de la bibliothèque, Mme Aline Paquin. À l’extrême droite, on voit l’actuelle responsable, Mme Jacqueline Gignac.

Les premières bénévoles que j’ai rencontrées à la bibliothèque étaient Aline Paquin, Gabrielle Dussault et Yvette Loranger. Elles étaient présentes tous les vendredis, beau temps, mauvais temps! Puis, d’autres se sont ajoutées, dont, Jacqueline Gignac, qui est depuis plusieurs années déjà, la responsable, Marielle Vézina, Madeleine Bilodeau, Jeannette Paré, Cécile Bourgeois, Thérèse Tessier, ma petite belle-soeur Diane… et tant d’autres, que je ne peux toutes nommer, de peur d’en oublier! Si on ajoute les bénévoles actuelles, en comptant aussi celles qui ne sont plus de ce monde, ça doit bien faire une cinquantaine de femmes dont les âges varient maintenant entre 12 et pas loin de 80 ans.  Il ne faudrait surtout pas que j’oublie les quelques hommes, souvent des conjoints de nos bénévoles dont la présence nous est tellement utile, surtout lors de notre souper-spaghetti. Et, bien entendu, nos indispensables Guy et Yvon!

Au début, la bibliothèque ouvrait le vendredi soir seulement. Puis, la clientèle se faisant plus nombreuse, on a ajouté l’ouverture du mercredi soir. À ses débuts, notre bibliothèque était affiliée au Réseau de la Mauricie. En 1984, nous sommes passés au Réseau CNCA (Capitale-Nationale/Chaudière-Appalaches). Les volumes venant du Réseau étaient alors plus nombreux et nous avions déjà commencé à  nous enrichir d’une collection locale qui allait elle aussi en augmentant. En 1987, la bibliothèque déménageait dans l’édifice qui porte maintenant le nom de « Paul-Benoît », en rappel du premier maire de Deschambault.  Les présentoirs étaient dissimulés derrière des portes, sur le théâtre. Et les bénévoles s’installaient à la table du conseil pour faire les inscriptions et les retours! C’est à cet endroit que j’ai commencé à « bénévoler » à la bibliothèque; sous la tutelle de Gabrielle Dussault, qui ne négligeait aucun détail. Merci Gabrielle! C’est aussi en 1987, qu’à la suite d’un concours à l’école primaire, notre  biblio fut nommée « Biblio du bord de l’eau » : un nom bien simple, mais on ne peut plus significatif.

En 1993, la Municipalité de Deschambault se dotait d’un Hôtel de ville, en déménageant ses pénates dans l’ancien presbytère –  pas le « Vieux Presbytère », non, le deuxième, celui qui date de 1872.  Les pompiers qui logeaient à l’arrière de la salle s’en allait   dans l’ancien édifice de la compagnie des Autobus Gauthier.  Et nous avions enfin une vraie salle municipale rajeunie et embellie… ce qui signifiait un autre déménagement pour la bibliothèque, qui s’est retrouvée cette fois, à l’Hôtel de ville, au rez-de-chaussée. Mais, on supposait déjà que cet aménagement  n’était que temporaire.

En 1994, la Municipalité acquérait le couvent des Sœurs de la Charité de Québec, dont les dernières religieuses nous avaient quittés à la fin de juin. Déjà on prévoyait  la création  d’une école de  musique qui viendrait perpétuer l’enseignement musical qui avait toujours eu une place de choix du temps des religieuses.  L’ancien parloir abriterait le bureau de la Fabrique, le vestiaire, qui de mon temps d’écolière s’appelait « externat »,   viendrait continuer l’ouvroir que Sœur Lucienne avait déjà créé depuis quelques années. Une salle de réunion, complétait le côté nord du rez-de-chaussée. Évidemment, il était déjà prévu  que les deux pièces contigües à l’avant du côté sud, seraient  dévolues à la Biblio du Bord de l’eau. Le 15 octobre 1995, la bibliothèque déménageait une fois encore… mais on nous assurait que cette fois c’était pour longtemps.

Vingt-deux années ont passé… Lors de l’installation de la bibliothèque au couvent, la responsable était Claire Matte. Ceux qui ont connu Claire savent qu’elle ne comptait pas ses heures de bénévolat; elle avait donc eu l’idée d’ouvrir le lundi dans l’après-midi en plus des mercredi et vendredi soir.  C’était une idée de génie!  Encore maintenant,  c’est la  plupart du temps la période la plus achalandée. Mais… il y a toujours un « mais »! Vingt-deux ans plus tard, la belle bibliothèque spacieuse, bien organisée, meublée de présentoirs  et de comptoirs assortis, est pleine, elle déborde! On a ajouté des présentoirs, de formes, de couleurs et de matériaux différents,  les quelques deux ou trois cents volumes  du Réseau qui sont changés trois fois par année, se comptent  maintenant aux alentours de 800. La  collection locale que nous présentions fièrement en 1995, à 2,500 livres, est rendue à environ 4,000. On ne doit quand même pas se plaindre le ventre plein! Des réaménagements sont prévus, dans  le  plan de rajeunissement de la vénérable bâtisse qui date de 1861. Notre bibliothèque sera sûrement  rénovée,  de quelle façon?  Je n’en ai aucune idée, mais j’ai confiance. Une bibliothèque municipale, qui compte pas loin de 30 bénévoles et qui dessert la population depuis 45 ans, c’est pas rien, ça mérite considération!

Je ne peux terminer sans rappeler à notre souvenir les amies bénévoles qui nous ont quittés : Rita Delisle, Marthe Mongrain, Madeleine Bilodeau, Yvette Loranger, Jeannette Paré, Claire Matte, Céline Naud et Diane Collette-Genest. J’ose espérer que la bibliothèque céleste est bien garnie… Il ne faudrait quand même pas qu’elles s’ennuient!

La Biblio du Bord de l’eau  ne fait pas que du prêt de livres! Les bénévoles s’impliquent dans plusieurs activités culturelles et communautaires et participent ainsi à la vitalité de notre milieu: souper spaghetti, spectacle pour enfants à la Fête nationale, conférences diverses, rallye, heure du conte, club de lecture, lancement de livres d’auteurs locaux, et depuis maintenant deux ans, la Biblio a pris le relais du Cercle des Fermières et organise le traditionnel déjeuner de la St-Jean!

© Madeleine Genest Bouillé, 1er octobre 2017

La mémoire est une bibliothèque

Ce beau mot n’est pas de moi. Je l’ai trouvé dans un livre. Mais j’ai aimé cette expression et je l’ai retournée dans ma tête comme j’ai l’habitude de faire quand j’aime un mot ou une expression. Tenez, comme quand j’étais enfant et que j’avais entendu parler d’un « coffre d’espérance ».

Mado avec chienJe vois très bien la première bibliothèque, toute petite avec seulement les quelques livres d’images que contient la mémoire d’un enfant. Dans ces livres, on voit des jouets, des personnes… un chat, un chien, très laid, mais gentil avec un bon regard. Je vois aussi un tricycle en bois rouge et bleu. La mémoire est aussi auditive; une musique se fait entendre, la petite valse, sur laquelle l’enfant dansait toute seule dans le salon. Un peu plus tard, s’ajoutent une maison, une chambre… des rideaux fleuris. Il y a aussi des odeurs : une tarte aux framboises qui cuit dans le four, un bouquet de muguet, des pommes dans un plateau rose. Peu à peu, l’enfant grandit, la bibliothèque se garnit de toutes sortes de documents pêle-mêle. Il y a encore des photos, mais elles sont mélangées avec les cahiers de devoirs, les livres de classe, des feuilles éparses annotées, tout ce qui rappelle la vie étudiante. Parmi ces souvenirs pas toujours joyeux, se glissent des dessins, des poupées de papier, un view-master. Puis, graduellement, la gardienne de la mémoire fait le ménage; elle ne veut garder que ce qu’elle considère comme de beaux souvenirs. Elle tente de faire disparaître la chambre aux rideaux tirés parce que le soleil pourrait blesser les yeux d’une jeune malade, le lit dans lequel il faut rester couché pendant plusieurs jours à cause de la rougeole. On préfère garder l’image d’un piano, des cahiers de la Bonne Chanson, puis cette chanson que l’enfant aimait beaucoup: « Le rêve bleu, léger, mystérieux… comme un oiseau, vole autour des berceaux… »

MadoJacLes jours, les mois passent… voici que le temps file à toute allure. Le Présent prend toute la place; il prépare l’Avenir et n’a que faire des souvenirs! Pauvre bibliothèque! On la délaisse; pourtant, elle aurait besoin de rangement. Des jeunes dansent sur les airs entraînants diffusés par un juke-box. Les images défilent à toute allure : des robes à crinoline qui virevoltent… des bouteilles de coca-cola, des cornets de frites jonchent les petites tables carrées d’un restaurant. Les odeurs de friture et de cigarette masquent le parfum des fleurs. C’est l’été! Puis, quelque chose se passe… une figure s’impose et fait reculer toutes les autres dans l’ombre. C’est celle d’un garçon. On ne voit que lui! Le Présent, c’est lui! Même s’il ne le sait pas encore, il sera aussi l’Avenir…

enfants2Les années ont passé. Des figures nouvelles sont apparues, des bébés qui ont grandi si vite! La bibliothèque a dû être agrandie. On y voit les photos de deux maisons, une chaloupe, puis une autre et une autre encore. Des murs peints en jaune, puis en vert… Des bouts de papier peint, un piano, des livres, des bandes dessinées. Il y a tout plein de jouets éparpillés, un chat, puis un autre et encore un autre; vraiment une collection de chats! Plus tard enfin, on voit de mignons vêtements roses, des poupées, des toutous, des petites pouliches. On s’attarde sur les albums de photos des fêtes de famille, des Noëls tout illuminés. Comme il y en a! Des autos, plusieurs. Des étés, des voyages en Gaspésie, des automnes, des hivers, et des printemps avec l’amélanchier en fleurs, le parfum des lilas… Et d’autres étés, et encore la Gaspésie!

La famille Genest, en 1956.

Avec le temps, notre bibliothèque a atteint sa pleine capacité, elle travaille jour et nuit, pour choisir ce qui vaut la peine d’être conservé. Des photos en noir et blanc défilent… les images de ceux et celles qui ne sont plus dans le monde des vivants. Pauvre mémoire! En vieillissant, nous lui donnons du fil à retordre… Alors parfois, elle joue à la cachette; elle transmet le mauvais mot, une image différente de ce qu’on voudrait. On dit que la mémoire est capricieuse, ainsi s’il lui arrive d’embellir l’histoire, parfois elle refuse de rappeler certains faits. C’est peut-être mieux ainsi. Elle sait ce qui est bon pour nous et ce qui peut nous faire mal; il y a des choses qu’il est préférable d’oublier. Je termine cette réflexion avec ces paroles d’une chanson qui dit comme ça :

« C’est incroyable, la mémoire, comme ça déforme la vue.
Ça vous raconte une autre histoire, que celle qu’on a vécue. »

Comme c’est vrai!

© Madeleine Genest Bouillé, 24 février 2016